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L'approche pluridisciplinaire de la coopération transfrontalière

De
186 pages
Le Centre Raymond Poidevin appartient désormais à Dyname (Dynamiques européennes). Il poursuit des travaux centrés sur l'histoire de la construction européenne et celle des relations franco-allemandes. Le présent numéro des Cahiers de Fare, coordonné par Birte Wassenberg, réfléchit de manière comparative sur le regard que posent les différentes disciplines des sciences humaines sur les espaces de voisinage, en interrogeant à la fois les notions de frontière, d'altérité et d'identité.
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5
ISBN : 978-2-343-05269-4
18 euros
L’approche pluridisciplinaire de la coopération transfrontalière













L’approche pluridisciplinaire
de la coopération transfrontalière








Cahiers de fare n° 5






L’approche pluridisciplinaire
de la coopération transfrontalière
Les jalons pour un travail de recherche
interdisciplinaire


Sous la direction de Birte Wassenberg













































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05269-4
EAN : 9782343052694
Sommaire
Préface : Les espaces de voisinage en Europe  7
Jean-Christophe Romer, université de Strasbourg
Introduction  11
Birte Wassenberg, université de Strasbourg
Discours d’ouverture  19
Karl-Heinz Lambertz, communauté germanophone de Belgique
Historiographie de la coopération transfrontalière  29
Birte Wassenberg, université de Strasbourg
Les enjeux d’une approche interdisciplinaire de la coopération 
transfrontalière en Europe  43
Joachim Beck, Euro-Institut Kehl
L’approche pluridisciplinaire des espaces de voisinages 
transfrontaliers – le point de vue des géographes  61
Frédéric Durand, CEPS/INSTEAD, Luxembourg
Les sociologues face aux espaces de voisinage en Europe :   
penser les espaces-frontières  91
Philippe Hamman, université de Strasbourg
Gouvernance et géopolitique des espaces de voisinage  107
Anaïs Marin, université d’Helsinki
Les aspects juridiques de la coopération transfrontalière entre 
collectivités et autorités locales : vrais et faux problèmes  121
Jean-Marie Woehrling, tribunal administratif de Strasbourg
Les arguments économiques en faveur de la coopération 
transfrontalière  141
Eric Jakob, Regio Basiliensis Bâle
Les historiens et la coopération transfrontalière :   
une rencontre tardive, mais fructueuse  151
Martial Libera, université de Strasbourg
Bibliographie générale  165
Les auteurs 175
Préface
LesespacesdevoisinageenEurope
Réféchir sur les espaces de voisinage et sur les relations
transfrontalières en général induit par essence une réfexion d’ordre
pluridisciplinaire. Celle-ci implique de faire appel aux outils qu’ofrent
nombre de disciplines reconnues des sciences sociales et humaines
mais aussi à des qui - tout au moins en France – ne sont
pas reconnues comme telles comme les relations internationales, la
géopolitique, les war studies… alors qu’elles ofrent aussi des outils
méthodologiques pertinents.
Comprendre les espaces de voisinage, c’est aussi comprendre les
notions de frontière, de limite, de marche, de confns, qui doivent
être distinguées les unes des autres mais qui toutes peuvent se référer
à la formule d’Elisée Reclus : « la géographie n’est autre chose que de
l’histoire inscrite dans l’espace et l’histoire de la géographie dans le
temps ». La formule a été actualisée et précisée pour être appliquée à la
notion de frontière par Michel Foucher qui considère celle-ci comme
« le produit d’une combinaison singulière d’éléments identifables dans
les deux catégories du temps et de l’espace ».
Par ailleurs, puisque les frontières sont, entre autres fonctions, ces
lignes – issues en général des règlements de paix qui suivent les guerres
– destinées à séparer les États ou d’autres entités, on pourrait, a priori, les
considérer comme des barrières dont la fonction serait naturellement de
séparer. Certes, mais elles sont aussi des lieux de construction d’identité
qui permettent, dès lors que l’on s’est soi-même identifé, s’ouvrir à
l’Autre, c’est-à-dire au voisin, proche ou lointain.
La relation de voisinage est en efet organisée autour de la distinction
du Même et de l’Autre. Or, les vicissitudes de l’histoire européenne ont
été telles que parfois, le Même n’est pas toujours même, pas plus que
l’Autre n’est forcément et totalement autre.
oMichel Foucher, L’Invention des frontières, Paris, Cahier de la FEDN, n 4, 986,
p. 44.
Les espaces de voisinage en Europe
Il ne s’agit pas ici de refaire une histoire de l’Europe ni celle de ses
frontières, mais de s’arrêter sur quelques éléments directement issus
de la chute du mur de Berlin et de la réunifcation du continent après
989. Car cet événement majeur de l’histoire mondiale – en ce qu’il
marque défnitivement la disparition d’un ordre international – a
profondément transformé les représentations du voisin dans la nouvelle
architecture européenne qui se met en place, voire s’institutionnalise.
Le sentiment d’identité/altérité a ainsi pu être confronté à des
frontières nouvelles qui apparaissent à la suite de la décomposition/
recomposition d’États fédéraux (URSS, Tchécoslovaquie, Yougoslavie),
voire à des « murs » nouveaux ou perçus comme tels. Ainsi en est-il de
l’espace de Schengen, parfois qualifé de nouveau mur de séparation
des Européens – en général par ceux qui sont à l’extérieur de l’espace.
C’est sans doute dans cet esprit qu’a été lancée par l’Union
européenne (UE), en 2003, la Politique européenne de voisinage
(PEV). Il s’agissait d’atténuer les efets des conséquences centrifuges
entre nouveaux membres de l’UE et les exclus, temporaires ou non,
du « club » et à plus forte raison les exclus de l’espace de Schengen. À
l’initiative de la Pologne et de la Suède, cette politique a été renforcée
par l’adoption d’un « partenariat oriental » en 2008. L’intention était
louable et malgré certaines dispositions concrètes, on peut penser que,
la crise européenne aidant, cette politique ne soit remisée au rayon des
« gadgets » et accessoires divers de l’UE. Cet échec relatif revient aussi à
se poser la question de savoir si les questions de voisinage peuvent être
réglées de manière satisfaisante dans une structure aussi importante que
l’UE à 28 ou bien si des initiatives locales – susceptibles néanmoins
d’être soutenues par Bruxelles – et géographiquement plus réduites
ne seraient pas plus efcaces. Les eurorégions et autres formes de
coopération transfrontalière constituent, semble-t-il, des modes de qui ont, d’ores et déjà, fait leurs preuves en montrant
que des ambitions locales peuvent être plus efcaces que le produit de
vanités politiques au plus haut niveau.
La notion de voisinage s’est d’ailleurs complexifée avec le
lancement, en avril 2007, d’une nouvelle initiative de coopération
régionale : la « synergie de la mer Noire ». Si l’importance de cet espace
est incontestable, surtout après l’adhésion de la Roumanie et de la
Bulgarie, la fonction première renvoie surtout à l’idée du voisinage
oLes Cahiers de fare n
sous une forme nouvelle et originale. Il s’agit en efet de légitimer,
par un voisinage maritime, l’adjonction des trois pays du Caucase du
sud (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie) à la PEV en tant que « voisins
européens de l’UE » au même titre que l’Ukraine, par exemple, dont
ni le voisinage de l’UE ni l’européanité ne suscitent quelque doute que
ce soit. Alors, bien sûr, l’un des efets pervers – voulu ou non – de cette
décision est de donner une réponse claire et nette à une question que
l’UE se refuse de poser : celle de l’européanité de la Turquie. Car si les
trois pays du Caucase sont des voisins « européens » de l’UE, comment
afrmer ensuite que la Turquie ne le serait pas. Mais il s’avère que cette
logique n’a guère été développée.
Au voisinage par la terre, puis au voisinage par la mer, il convient
d’ajouter le voisinage par la culture. Le voisinage n’est, en efet, pas
nécessairement perçu de la même manière par tous en l’occurrence
par le centre (UE) et par la périphérie (pays de la PEV). De plus à
l’intérieur même du centre tous ne perçoivent pas de la même manière
l’identité et l’altérité.
Pour illustrer ces propos et pour ce qui doit rester une brève
introduction, on ne prendra qu’un exemple qui paraît particulièrement
signifcatif, celui de la Pologne dont le destin très particulier et souvent
tragique est lié aux vicissitudes de l’histoire qui la conduisit à rester,
durant plus d’un siècle, sans existence réelle. En témoigne cette
introduction d’Alfred Jarry à sa pièce Ubu roi (896) dont « l’action se
déroule en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». Mais entre Rhin et Bug,
on pourrait en dire autant, sinon de tous les États, tout au moins de
toutes leurs frontières dont aucune ne peut prétendre à une légitimité
historique.
Mais pour revenir à la Pologne, au lendemain de l‘adoption de la
directive sur les services, dite directive Bolkenstein (janvier 2004), s’est
développé notamment en en France au cours de l’année 2005, un
gigantesque fantasme à propos de la Pologne et de ses « plombiers ».
Lorsqu’il arrive en France, ce plombier polonais aurait dû être, a priori,
perçu par les Français comme Même puisque l’un et l’autre détiennent
la même citoyenneté européenne. Or il est perçu non seulement comme
Autre, mais comme Autre menaçant montrant ainsi son altérité, un
peu comme il l’a été - au même titre que par exemple les Italiens – dans
les années 920-30. L’UE n’aurait-elle donc servi à rien ? Par contre,
Les espaces de voisinage en Europe
ce même « plombier » polonais se percevra dans une bien plus forte
identité avec son voisin ukrainien, pourtant hors UE et, de surcroît,
séparé, depuis décembre 2007, par la barrière de Schengen.
Est-ce compatible avec la mission première de la construction
européenne qui était faite pour unir et non pour séparer ? Et ce choix
de la séparation tient fnalement plus à la géographie qu’à l’histoire.
Car cette histoire du continent, complexe et souvent troublée, peut être
une source aussi bien d’identité que d’altérité de part et d’autre d’une
frontière. Si l’on prend par exemple le Galicien, aujourd’hui Ukrainien,
il a souvent la même histoire que son voisin polonais alors que d’autres
Ukrainiens se considèrent plus Ukrainiens et même plus Russes.
Le voisinage est donc une notion ambivalente, sujette autant à
rapprochement qu’à séparation et qui doit, de ce fait, être étudiée dans
toute sa complexité et au moyens de tous les outils d’analyse qu’ofrent
les sciences humaines et sociales ; mais surtout, en aucun cas guidée par
des intérêts « techniques » ou politiciens à court terme.
Jean-Christophe RomerIntroduction
Ce volume réunit les contributions d’enseignants-chercheurs
en histoire, sciences politiques, géographie, sciences économiques,
sociologie et en droit qui ont été présentées le 9 janvier 202 à
l’Association parlementaire européenne (APE) à Strasbourg, lors d’un
séminaire sur « l’approche pluridisciplinaire des espaces de voisinage de
proximité ».
Le séminaire a été organisé dans le cadre de l’axe « frontières » du
centre de recherches des historiens Frontières, acteurs, représentations
d’Europe (FARE) de l’Université de Strasbourg. Il constitue en quelque
sorte un premier bilan du cycle de recherches sur la coopération
transfrontalière que FARE et l’Euro-Institut de Kehl ont mené ensemble
entre 2008 et 200. Mais le séminaire est aussi la première réponse à
un besoin qui est ressorti de façon récurrente au cours des diférentes
journées d’étude et des colloques du cycle de recherche : celui de
trouver une grille d’analyse pluridisciplinaire, voire une approche
interdisciplinaire du phénomène de la coopération transfrontalière en
Europe. Comment éviter la simple juxtaposition des contributions en
sciences humaines (droit, sciences politiques, économiques, sociologie,
géographie, histoire) et permettre, au contraire, un véritable dialogue
entre les chercheurs issus de diférents champs disciplinaires ? Une
comparaison entre ces travaux de recherche es est-elle
possible, compte tenu de leurs diférentes approches méthodologiques,
leurs sujets de recherche respectifs, voire leurs fnalités scientifques
difér entes ?
L’idée du séminaire sur l’approche pluridisciplinaire des espaces
de voisinage de proximité était de partir de l’acquis du cycle de
recherches pour refocaliser l’attention sur l’objet étudié : la coopération
transfrontalière. Il s’agissait ainsi de faire établir un état des lieux par
Le séminaire a été organisé sous la direction de Birte Wassenberg, professeur en histoire
contemporaine, en coopération avec Jean-Christophe Romer, pren e
contemporaine, directeur du laboratoire FARE et responsable de l’axe 2 « frontières ».
11Introduction
les chercheurs sur chaque discipline de recherche concernée (droit,
économie, histoire, etc.).
Les résultats du cycle de recherches sur la coopération 
transfrontalière
Le cycle de recherches pluridisciplinaires et internationales sur la
coopération transfrontalière a été réalisé entre 2008 et 200, avec
le soutien du Pôle européen d’administration publique (PEAP) de
Strasbourg.
Concrètement, six séminaires ont été organisés sur :
er• « L’origine de la coopération transfrontalière », le février 2008,
à l’institut des Hautes études européennes (IHEE) ;
• « Les acteurs de la coopération transfrontalière », 3 juin 2008, à
l’institut d’études politiques (IEP) ;
• « Les aspects théoriques et politiques de la coopération », le
26 septembre 2008, à la Fachhochschule de Kehl ;
• « Les formes de gouvernance transfrontalière : l’exemple des
régions frontalières allemandes », le 6 février 2009, à la Deutsche
Hochschule für Verwaltungswissenschaften (DHV), Spire ;
• « La dimension européenne de la coopération transfrontalière »,
le 3 juin 2009, au Conseil de l’Europe ;
er• « Les régions transfrontalières sensibles », le décembre 2009,
à l’IHEE.
En 200, le cycle s’est achevé sur un colloque sur le thème « Construire
des ponts à travers les frontières : vers une cohésion territoriale en
erEurope ? », qui s’est déroulé à la Maison de la Région ( jour), à l’APE
er(table ronde politique – soirée du jour) et au Conseil de l’Europe
e(2 jour). Le résultat de ce cycle de recherche se présente sous forme
de six ouvrages intitulés Vivre et penser la coopération transfrontalière,
dont quatre sont parus entre 2009 et 20 chez l’éditeur Steiner, à
2Stuttgart .
2 Birte Wassenberg (dir.), Vivre et penser la coopération transfrontalière (Volume 1) :
les régions frontalières françaises, Stuttgart, Steiner Verlag, 2009 ; Joachim Beck,
Birte Wassenberg (dir.), Grenzüberschreitende Zusammenarbeit leben und erforschen
(Band 2) : Governance in deutschen Grenzregionen, Stuttgart, Steiner Verlag, 20 ;
12oLes Cahiers de fare n
Les deux derniers volumes reprennent les thèmes traités lors du
3colloque fnal . Le premier volume sur les régions frontalières françaises
apporte surtout une vision historique de la coopération transfrontalière.
L’histoire de chaque région est unique et le démarrage des coopérations
n’a pas lieu au même moment. Toutefois, il a été possible d’identifer
deux périodes clés : celle des années 960, quand la coopération
commence dans les régions à la frontière franco-allemande, et celle des
années 990, lorsque les autres régions françaises s’investissent dans ce
domaine, grâce à l’introduction, par la Commission européenne, du
programme Interreg. Le deuxième volume sur la gouvernance dans les
régions frontalières allemandes examine surtout la question de la
multilevel-governance en Europe. Du point de vue des historiens, cet ouvrage
apporte deux éléments importants : premièrement, les coopérations
transfrontalières qui se développent après la chute du mur de Berlin
entre les régions allemandes et leurs voisins à l’Est se distinguent
clairement de celles des régions transfrontalières « établies » à l’ouest.
Elles se développent surtout dans l’objectif de préparer l’adhésion
des pays d’Europe centrale et orientale à l’Union européenne (UE).
Deuxièmement, malgré le rêve des politistes de pouvoir développer un
jour un modèle théorique de la gouvernance transfrontalière, il s’avère
que les systèmes de gouvernance restent étroitement liés aux conditions
et aux facteurs du développement historique de chaque région. Sans
la prise en compte de l’histoire, les coopérations transfrontalières ne
peuvent donc pas être appréhendées dans toute leur complexité. Le
troisième volume sur la dimension européenne apporte un autre élément
crucial : les contributions révèlent un double lien entre la coopération
transfrontalière et le processus d’intégration européenne. D’un côté,
les régions transfrontalières contribuent à ce processus et peuvent
même être considérées comme des modèles d’une « micro-intégration »
Birte Wassenberg, Joachim Beck (dir.), Living and Researching Cross-Border Cooperation
(Volume 3) : the European Dimension, Stuttgart, Steiner Verlag, 20; Birte Wassenberg,
Joachim Beck (dir.), Vivre et penser la coopération transfrontalière (Volume 4) : les régions
frontalières sensibles, Stuttgart, Steiner Verlag, 20.
3 Joachim Beck, Birte Wassenberg (dir.), Grenzüberschreitende Zusammenarbeit leben
und erforschen (Band 5): Integration und (trans-)regionale Identitäten, Stuttgart, Steiner
Verlag, 203; Joachim Beck, Birte Wassenberg (dir.), Vivre et penser la coopération
transfrontalière (Volume 6) : vers une cohésion territoriale ?, Stuttgart, Steiner Verlag,
203.
13Introduction
européenne. De l’autre côté, les organisations européennes, c’est-à-dire
principalement l’UE et le Conseil de l’Europe, contribuent aussi à la
coopération transfrontalière : elles lui fournissent un cadre juridique
et les moyens fnanciers nécessaires pour son développement. Enfn,
notre ouvrage sur les régions frontalières sensibles met en lumière les
résistances aux coopérations transfrontalières. De nombreux obstacles y
sont identifées, dont la plupart peuvent être attribuées aux « cicatrices »
de l’histoire : des problèmes de minorités, des incompatibilités entre
diférents systèmes politiques et diférentes cultures administratives,
des difcultés interculturelles, les mémoires de frontière et la peur
de l’Autre. Ces obstacles freinent aussi le processus d’intégration
européenne et peuvent être à l’origine des oppositions à l’Europe.
Les défs d’un travail interdisciplinaire et international sur 
les espaces de voisinage
La démarche du cycle de recherche était très ambitieuse. Nous voulions
premièrement réunir des universitaires, des jeunes chercheurs, mais
aussi des praticiens de la coopération transfrontalière. Deuxièmement,
nous avons souhaité une approche pluridisciplinaire qui regroupe
diférentes disciplines de recherche, notamment des historiens, des
politologues, des juristes, des géographes etc. Enfn, il s’agissait aussi
d’examiner diférentes régions géographiques de l’UE, avec, toutefois
au départ une attention particulière accordée à la coopération
francogermano-suisse dans l’espace du Rhin supérieur.
Lors du premier séminaire à Strasbourg, à l’IHEE, l’historien Rolf
Wittenbrock de Saarbruck, qui a une longue expérience professionnelle
en matière de coopération transfrontalière, avait prévenu que ce cycle de
recherches n’allait pas être une entreprise facile, car entre les diférentes
disciplines scientifques, entre les chercheurs et les acteurs sur le terrain
et entre les diférentes zones frontalières, une approche comparative
semble presque impossible à établir.
Il a eu raison. Les difcultés que nous avons rencontrées pour réaliser
ce cycle de recherches sont liées à la fois à la méthodologie choisie et
au domaine spécifque que représente la coopération transfrontalière.
Le travail interdisciplinaire n’est pas facile car il faut toujours veiller
à ce qu’il y ait un objectif commun bien défni pour éviter la simple
14oLes Cahiers de fare n
juxtaposition d’approches. De plus, le domaine de la coopération
transfrontalière est extrêmement diversifé : il y a plus de 200 régions es en Europe et chacune a son histoire et ses acteurs clés.
Il a donc fallu limiter le champ géographique d’intervention tout en
essayant de lui conférer une dimension européenne. C’est pourquoi
nous avions décidé d’examiner d’abord les régions françaises, puis
les régions allemandes, enfn le lien entre organisations européennes
et coopération transfrontalière pour terminer avec un type de région
4particulière : la région « sensible ». Mais si cette méthodologie
permettait la comparaison entre les diférents espaces, la comparaison
entre les diférentes disciplines universitaires n’était toujours pas
évidente. Comment tirer un bilan entre toutes les communications des
chercheurs et en plus les témoignages des acteurs ?
Afn de remédier à ce problème, dans le cadre de la préparation du
colloque fnal « Construire des ponts à travers les frontières : vers une
cohésion territoriale en Europe ? », un groupe de travail a été constitué
au printemps 2009. Il réunissait des chercheurs de diférentes disciplines
universitaires de l’espace du Rhin supérieur afn de poursuivre les
5réfexions sur l’interdisciplinarité . Ce groupe s’est attaché à défnir la
manière dont chaque discipline travaillait et analysait la coopération
transfrontalière dans le but de mieux démontrer les complémentarités
possibles et par là même tout l’intérêt du travail inter- voire
transdisciplinaire sur le sujet. Les résultats des travaux ont été discutés
lors d’une table ronde du colloque fnal le 9 octobre 200, au Conseil
de l’Europe. À travers cette table-ronde, les participants et intervenants
ont pu prendre du recul par rapport à leurs propres pratiques ou leurs
4 « Qu’est-ce une région transfrontalière sensible ? », in Birte Wassenberg, Joachim Beck
(dir.), Vivre et penser la coopération transfrontalière (Volume 4) : les régions frontalières
sensibles, op. cit., p. 67-89.
5 Les membres du groupe de travail étaient : Joachim Beck, directeur de l’Euro-Institut,
docteur en sciences politiques et administratives ; Philippe Hamman, professeur de
sociologie, université de Strasbourg ; Joanne Hunting, haut-fonctionnaire du Congrès
des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe ; Simon Lang, docteur en
sciences politiques et administratives, DHV, Speyer ; Martial Libera, maître de
conférences en histoire contemporaine, université de Strasbourg ; Birte Wassenberg,
maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Strasbourg ; Bernard
Reitel, professeur en géographie, université d’Arras (jusqu’en 20 à l’université de
Haute-Alsace, Mulhouse).
1Introduction
méthodes de recherches, en se voyant ofrir un temps de réfexion
et d’échange. La possibilité pour les chercheurs de confronter leurs
recherches et théories aux exemples dont ont témoignés les praticiens
a constitué une véritable valeur ajoutée, tout comme le fait pour les
praticiens de pouvoir s’ouvrir à de nouveaux champs de réfexion et
de participer à la conceptualisation de leurs pratiques a contribué à les
faire avancer au quotidien.
Une nouvelle approche pluridisciplinaire
Mais la nécessité d’aller au-delà de ce premier échange s’est fait
entendre lors du colloque fnal du cycle de recherche : une nouvelle
approche pluridisciplinaire de la coopération transfrontalière semblait
s’imposer avant d’entamer un véritable travail interdisciplinaire. En efet,
l’interdisciplinarité implique une connaissance mutuelle approfondie
de ce que chaque discipline universitaire apporte à la recherche
sur la coopération transfrontalière. C’est l’objectif du séminaire de
FARE sur l’approche pluridisciplinaire des espaces de voisinage de
proximité. Comment chaque discipline approche-t-elle la coopération
transfrontalière ? Depuis quand les chercheurs se consacrent-t-ils à ce
thème de recherche ? Quelle est la méthodologie choisie et quel est l’objet
étudié ? Les diférentes disciplines, abordent-elles de manière équivalente
la terminologie (frontière, région, etc.), les espaces ou les acteurs ?
Le discours d’ouverture du ministre-président de la Communauté
germanophone de Belgique, Karl-Heinz Lambertz, met l’accent sur
l’intérêt d’une telle approche pluridisciplinaire de la coopération. En tant
que président de l’Association des régions frontalières d’Europe (ARFE)
et prde la commission sur la gouvernance au Congrès des pouvoirs
locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, il est convaincu qu’il faut
d’abord « penser la coopération transfrontalière » avant de la « vivre »
et de la « raconter ». Mais avant de la « penser », il s’agit de rappeler le
contexte de ce champ d’étude pluridisciplinaire. Dans sa préface,
JeanChristophe Romer place le thème de la coopération transfrontalière
dans le cadre des études historiques sur les espaces de voisinage et les
area studies. Il établit plus généralement un lien entre la recherche sur
la coopération transfrontalière et l’histoire des relations internationales.
Birte Wassenberg complète ces propos introductifs avec un aperçu
1oLes Cahiers de fare n
général sur l’historiographie de la coopération transfrontalière. Dans
son « feuve imaginaire historiographique », la recherche commence au
début des années 970 par des études de quelques géographes sur le
phénomène de la frontière pour progressivement s’élargir, d’abord aux
sociologues, ensuite aux politistes et juristes, pour terminer avec les
économistes et – en dernier lieu – les historiens. Dans les années 2000,
le matériel de recherche des diférentes disciplines universitaires est
déjà abondant : l’historiographie de la coopération transfrontalière
peut donc joindre le courant principal des recherches en relations
internationales. En partant de cette richesse des travaux déjà existants,
Joachim Beck explique que les enjeux d’une approche interdisciplinaire
de la coopération transfrontalière se présentent à la fois par rapport à
la grande diversité et à la pluralité des territoires transfrontaliers en
Europe. En résultent les difcultés pour délimiter l’objet de recherche :
sur quelle dimension de région (macro, méso, micro), sur quel type
de frontière (naturelle, politique, etc.) et en quelle relation avec
la construction européenne s’agit-il de travailler ? Il identife sept
grands défs pour la coopération transfrontalière et propose une grille
d’analyse permettant une approche interdisciplinaire qui est, selon
lui, indispensable pour la compréhension des espaces transfrontaliers.
L’approche pluridisciplinaire de la coopération transfrontalière est donc
le point de départ de ce travail.
Lors de notre séminaire, les diférents chercheurs ont pu donner
un aperçu sur le point de départ, l’état d’avancement et le résultat de
leur propre discipline de recherche sur la coopération transfrontalière.
Frédéric Durand présente ainsi l’approche des géographes des espaces
de voisinage transfrontaliers. En prenant l’exemple de l’Eurométropole
Lille-Kortrijk-Tournai, il démontre comment les géographes soulignent
le rôle clé de la frontière comme révélateur du changement social dans
la constitution à la fois territoriale et sociale des espaces de voisinage.
Philippe Hamman, sociologue, aborde la coopération transfrontalière
plutôt à travers la focale des passages de frontière : l’espace-frontière
fait l’objet des recherches sociologiques dans sa caractéristique
d’espace transactionnel, où s’établissent des rapports sociaux, des
transactions entre acteurs, entre des personnes qui vivent d’un côté
et de l’autre d’une frontière nationale. L’intérêt des juristes pour la
coopération transfrontalière est diférent. Jean-Marie Woehrling fait
1