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L'arganier au Maroc

De
230 pages
En parcourant l'histoire, le droit, la sociologie et l'écologie, ce livre évoque les aspects complexes et fascinants de la "civilisation de l'arganier". Cet arbre multi-usages a sculpté les paysages, il a nourri les hommes et les animaux, il a retenu le sol qui sans lui aurait été emporté vers l'océan.
L'arganier est symbole de l'éternité : présent avant l'arrivée de l'homme, il l'a accompagné depuis l'Antiquité. Producteur de l'huile d'argane, alimentaire ou cosmétique, il pourrait représenter un espoir de vie meilleure pour les populations du sud-ouest marocain, s'il était réhabilité et replanté.
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L'ARGANIER AU MAROC : ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Une civilisation née d'un arbre

<Ç) 'Harmattan, L

2005

ISBN: 2-7475-8453-4 EAN: 9782747584531

Rachida NOUAIM

L'ARGANIERAUMAROC: ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Une civilisation née d'un arbre

Photos de Rémi Chaussod

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

INTRODUCTION

Introduction

sans passion. Ce nom unique comme l'arbre qui le porte fait vibrer l'âme de tous les habitants du Maroc. Plus que toute autre chose, l' arganier constitue pour les marocains le symbole de la vie, de leur vie et de leur chemin à travers les temps. Il était là bien avant le premier homme et a accueilli tous ceux qui sont nés ou qui sont venus se réfugier dans ses forêts. Il leur a offert la protection et l'ombre, le fourrage pour leurs animaux et l'huile pour se nourrir et s'éclairer. Cette espèce à la fois forestière, fruitière et fourragère, est le pivot d'un système agraire traditionnel qui a permis jusqu'ici de répondre aux besoins d'une population dense dans une zone aride. Parfaitement adapté aux sols et au climat de la région, ses caractéristiques physiologiques et écologiques en font l'arbre idéal pour lutter contre l'érosion et la désertification qui menacent très sérieusement le sud marocain. Sans cet arbre, l'eau fuit vers les profondeurs du sol et vers les océans, laissant derrière elle un milieu âpre et aride. Sans cet arbre, le sol glisse à son tour parfois lentement, parfois avec violence vers l'océan et le sable chaud couvre la terre d'un voile empêchant les graines de germer, chassant les hommes et les troupeaux. L'arganier ne laisse jamais indifférent. Il marque les esprits comme il marque le temps et les lieux. Plus qu'un végétal, c'est un être sacré, doué de sentiments, capable d'offrir la protection et la bénédiction. Il est aussi clément et pardonne souvent les outrages et les massacres, à condition de respecter les individus sacrés dispersés ici et là dans la forêt. Il faut les connaître, leur faire des offrandes et quémander toujours leur bénédiction.

A

rganier, un mot qu'on ne peut évoquer sans émotion,

L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités

L'aspect sacré de cet arbre se perd dans la nuit des temps. Il est même permis de penser que les fruits d'or du merveilleux jardin des Hespérides (filles du titan Atlas métamorphosées en arbres), évoqués dans la mythologie grecque, sont des fruits d'argan. Cette légende rapporte qu'Héraclès, parti à la recherche des fruits d'or, parvint au pays de l'Atlas qui est le Maroc actuel. Il proposa à Atlas de le soulager en portant à sa place la voûte céleste, en échange de quoi Atlas demanda à ses filles les fruits d'or pour Héraclès. On a voulu croire que les pommes d'or «jaunes et amères» de la légende étaient des oranges, mais les oranges originaires de Chine ne furent introduites au Maroc que vers la fin du Xèmesiècle. L'or, qui était symbole de l'immortalité chez les grecs anciens et chair des dieux chez les Egyptiens, symbolisait en fait l'éternité. Quoi d'autre que l'arganier pour symboliser cette éternité, présent depuis toujours, vert par tous les temps, couvrant le pays de l'Atlas depuis l'océan jusqu'au désert? Quoi d'autre que les fruits d'argan pour représenter la chair des dieux, luisants au soleil, présents toute l'année, refusant leur chair aux hommes tout en l'offrant aux béliers sacrés? Grâce à son intérêt et ses nombreuses utilisations, la sacralisation de l'arganier s'est confirmée avec le temps. Loin de l'effacer, la religion l'a appuyée. Dans l'islam, Dieu n'évoque-t-il pas, pour se décrire lui-même, un arbre dont les fruits produisent de l'huile qui éclaire le monde entier? Pour l'histoire, l'arganier est toujours présent. Il était là avant l'écriture et son histoire s'est transmise oralement dans les légendes et les contes de fées. Les premiers écrits sur l'arganier sont ceux de géographes et médecins arabes qui ont étudié la région du Maghreb. L'arganier fait partie intégrante du milieu, il est le symbole même de la vie dans une vaste région du Maroc. Il fait la pureté de l'eau et de l'air, la fertilité des sols, la vie de la flore, de la faune et 10

Introduction

des hommes. Il a permis le développement d'une civilisation unique où l'on vogue toujours entre archaïsme et modernisme. A travers l'arganier se mêlent le présent, le passé et l'avenir; mais le présent et le futur plongent sans cesse dans les légendes et les songes du passé.

L'origine du mot "argane" viendrait de serg, qui désigne chez la tribu des Aït Bouzemmour "faire du bois", qui a donné par la suite erg puis ergen synonyme de "noyau d'arganier" et argan, arbre au bois lourd ou arbre au bois de fer. En 1219 dans son traité des simples, Ibn El-Beïthar évoque « l'arbre appelé Arc{jân qui donne un fruit appelé amande berbère qui pousse dans le pays des Hahâ et des Regraga. L 'huile de herc{jân que les berbères du Maroc appellent arc{jânou bien encore argân est très estimée par les habitants» traduction de L. Leclerc (1877). Notons que dans la région d'Essaouira, les anciens parlent encore de herdjân et non pas d'argan.

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Première partie

REPARTITION

ET CARACTERISTIQUES

DE L'ARGANIER

Aire naturelle de l' arganier

AIRE NATURELLE DE L'ARGANIER
'arganeraie s'étend actuellement sur huit cent vingt huit mille hectares selon les chiffres de la Direction des Eaux et Forêts, ce qui fait de l'arganier l'une des toutes premières essences forestières du Maroc avec le chêne vert (un million trois cent mille hectares) et le thuya (six cent mille hectares). L'arganier (Argania spinosa) est localisé principalement dans le sud-ouest marocain, mais on trouve quelques peuplements isolés au nord-est du pays dans le massif montagneux des Beni Snassen et dans le centre (haute vallée de l'oued Grou). Enfin, on a aussi rapporté son existence, sous forme d'arbrisseaux, dans le Sahara entre le jbel Ouarkziz et la hamada de Tindouf et sur celleci, ainsi que dans le Rio de Oro ou "oued Argan" aux confins de la Mauritanie. Actuellement, la plus grande partie de l'arganeraie couvre une bande côtière plus ou moins clairsemée, depuis l'embouchure de l'oued Tensift au nord d'Essaouira, jusqu'à celle de l'oued Souss. L'arganeraie s'étale aussi dans une grande partie de la plaine du Souss, sur le versant sud du Haut Atlas et sur le versant nord de l'Anti-Atlas, jusqu'au massif du Siroua à l'Est. La limite sud-est de l'arganier se situe aux environs de l'oued Noun. Des forages pour l'eau dans la région de Smara ont dernièrement révélé l'existence de bois d'arganier dans le sous-sol saharien et des observations récentes ont aussi montré qu'à sa limite sud l'arganier coexiste avec le Balanites, un arbre typiquement sahélien. Ceci prouve l'étendue autrefois plus importante de l'arganeraie dans le sud du pays et plaide en faveur d'un continuum d'une flore, aujourd'hui disparue, depuis l'Afrique jusqu'aux tropiques. L'arganier assure la transition espèces tropicales et les espèces méditerranéennes. du Nord entre les C'est le

L

L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités

représentant le plus septentrional des Sapotacées, famille essentiellement tropicale. On pense que sa présence au Maroc remonterait à l'ère tertiaire, la famille des Sapotacées étant connue depuis le crétacé supérieur. Ceci est corroboré par la découverte en Sardaigne d'un bois fossile du tertiaire que Biondi décrivit en 1981 sous le genre Arganioxylon et qui présente de grandes affinités avec l'arganier. Ce dernier aurait vu son aire régresser lors des périodes plus froides correspondant, en Afrique du Nord, aux glaciations européennes du quaternaire. Mais il n'a pas disparu, ce qui atteste de sa grande résistance et de sa capacité d'adaptation. L'arganier est en effet un arbre thermophile (adapté aux fortes températures) et xérophile (supportant la sécheresse), dont l'aire chevauche à la fois les étages climatiques semi-aride et aride. Le secteur semi-aride s'étend surtout le long de la côte atlantique de Safi jusqu'à Agadir et pénètre jusqu'à plus de 60 km à l'intérieur du pays. Les précipitations moyennes annuelles dans cette zone sont comprises entre 290 et 400 mm et la température moyenne du mois le plus froid est le plus souvent supérieure à 7°C. Le secteur aride, qui constitue les deux tiers de l'arganeraie, comprend la plaine du Souss et l'Anti-Atlas. Les précipitations moyennes annuelles oscillent entre 150 et 300 mm et la température moyenne du mois le plus froid entre 3 et 7°C. L'arganier résiste à de grandes amplitudes de température et à l'irrégularité des précipitations, caractéristiques de son aire géographique. L'arganier peut tolérer des températures minimales extrêmes plutôt basses (-2,6°C à Agadir en novembre 1955), tout comme des températures estivales élevées, parfois de plus de 50°C. Il réagit aux périodes de sécheresse prolongée en perdant tout ou partie de son feuillage. En fait, dans les zones arides et semi-arides où pousse actuellement l'arganier, la climatologie se caractérise surtout par

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Aire naturelle de l'arganier

une forte influence océanique. Celle-ci se manifeste par une importante humidité de l'air, de fréquentes rosées matinales et des brumes et brouillards se maintenant une grande partie de lajoumée, notamment en été, produisant au total chaque année quelques dizaines de millimètres de « précipitations occultes ». C'est d'abord et avant tout cette océanité qui règle, dans le sud marocain, la répartition de l'arganier. Il est intéressant de noter ici que la flore qui accompagne l'arganier présente les mêmes exigences climatiques, mais se retrouve aussi dans les îles voisines du Cap Vert et des Canaries. Cette zone relativement homogène au plan climatique et floristique est appelée domaine macaronésien. En 1906, Gentil écrivait: « On s'accorde à regarder l'arganier et le Sideroxylon marmulano de l'île Madère comme les représentants d'une famille dont les espèces sont en majeure partie tropicales. Ces deux essences qui se trouvent ainsi sur le même parallèle ne coexistent pas et sont inconnues aux Canaries. Elles montrent par leur situation géographique une relation évidente entre deux régions aussi voisines que Madère et la côte sud du Maroc et marquent les vestiges d'une flore tropicale disparue qui devait être uniformément répandue à cette latitude ».

En altitude, c'est le froid qui détermine la limite supérieure de l'arganier. Celle-ci est de l'ordre de 1300 m dans l'Anti-AtIas, 900 m dans le Haut Atlas et 600 m dans les Ida-ou-Tanane. L'arganier n'a aucune exigence par rapport au type de sol. Il a une grande faculté d'adaptation et pousse aussi bien sur des schistes, des quartzites, que sur des roches calcaires ou sur des alluvions. On peut même le retrouver sur des sols salés. En revanche, il ne peut s'installer sur les sables mobiles profonds, probablement à cause du décapage éolien, susceptible de mettre à nu ses racines. L. Gentil (1906) a bien décrit l'indifférence de
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L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités

l'arganier à la nature du sol: « Il convient de remarquer que cette essence paraît tout à fait indifférente à la nature du sol. L'arganier subsiste dans les Chiadma aussi bien sur les dunes et les alluvions du quaternaire que sur les argiles et grès du crétacé ou sur les calcaires jurassiques qui forment la voûte des .!bel Hadid et Koural et jusqu'à la vallée de l'oued Tensift. Mes recherches ne peuvent laisser subsister de doute à cet égard. Les terrains primaires, secondaires ou tertiaires, aussi bien argileux ou calcaires que siliceux, meubles que compacts, sont susceptibles de lui offrir un sol favorable à son essor. Il faut donc chercher la cause de sa dissémination dans une question climatique. Il ne peut vivre qu'au dessus d'une température déterminée et à la faveur de l 'humidité du littoral atlantique».

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Aire naturelle de l' arganier

Phytosociologie

de l'arganier

Du point de vue biocIimatique, une large part de l'arganeraie relève de l'étage inframéditerranéen, que l'on peut considérer comme une variante à forte influence océanique du thermoméditerranéen. L'étage inframéditerranéen coïncide en grande partie avec le domaine floristique macaronésien dont l'arganier lui-même fait partie. Le domaine macaronésien s'étend des côtes atlantiques marocaines aux îles voisines, Cap Vert et Canaries. Les arganeraies sont des forêts assez particulières. Elles ont une physionomie très ouverte, les arbres étant très distants les uns des autres. Celles de la zone aride -les plus étendues- peuvent être rattachées à un type de végétation non sylvatique correspondant à une steppe ligneuse arborée. En revanche, les arganeraies semi-arides constituent le plus souvent des matorrals (comparables à la dehesa de chêne-liège en Espagne). A l'heure actuelle, la phytosociologie de l'arganeraie est relativement bien connue. Elle a été largement étudiée par Jean-Paul Peltier et son équipe franco-marocaine (Peltier, 1982; El Aboudi, 1990; Msanda, 2004). Ces travaux ont abouti à la description des différents taxons et associations floristiques dans les régions des arganeraies. Ils ont aussi donné lieu à des cartes de la végétation précieuses pour l'écologue ou pour l'aménagement dans le cadre de programmes de réhabilitation des forêts d'arganiers. Selon leur position géographique, les associations végétales des arganeraies relèvent de l'élément méditerranéen, de l'élément macaronésien, de l'élément tropical ou de l'élément saharo-sindien. La plupart de ces associations ont été rattachées à un ordre spécial, que les scientifiques dénomment l'Acacio-Arganietalia. Ces associations regroupent de nombreuses espèces tropicales ou endémiques qui traduisent une rare richesse et une grande diversité végétale. Une bonne quinzaine d'associations ont été décrites. La plus remarquable est certainement celle à arganier et euphorbe de Beaumier (Euphorbia ojJicinarum L. var. beaumierana) qui s'étend sur une étroite bande côtière au nord d'Agadir et qui comporte un lot important d'espèces de « plantes grasses}) pour la plupart de souche macaronésienne, en rapport avec l'hygrométrie élevée due aux brouillards côtiers. La plus étendue est celle à arganier et euphorbe oursin (Euphorbia echinus) qui couvre une grande partie de la terminaison occidentale de l'Anti-Atlas.

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L'arganier au Maroc: entre mythes et réalités

A la découverte de l'arganier, quelques écrits et témoignages à travers les siècles.
En 1219 dans son «traité des simples », traduit par L. Leclerc (1877), Ibn El-Beïthar (Dhya Eddine Abou Mohamed Abd Allah Ben Ahmed, surnommé En Nabâty, le botaniste) a décrit l'arganier et la technique d'extraction de l'huile: « l'arbre appelé Arcljân qui donne un fruit appelé amande berbère qui pousse dans le pays des Hahâ et des Regraga. L 'huile de hercljân que les berbères du Maroc appellent arcljân ou bien encore argân est très estimée par les habitants ». Jean-Léon L'Africain en parle également en 1515 et décrit l'huile comme servant pour l'alimentation et l'éclairage (traduction d'Epaulard, 1956). Hosst (1781) mentionne l'utilisation de l'huile dans des usines, notamment à Marseille, pour la fabrication du savon. A la suite d'un voyage effectué à la fin du 18ème siècle, le Consul Général du Danemark au Maroc publiera des observations sur la flore marocaine et en particulier sur l'arganier (Schousboe, 1801) ; ses écrits seront ultérieurement repris par de nombreux auteurs. Outre une description de l'arbre, Hooker (1878) donnera des informations sur le mode d'obtention de l'huile. Louis Gentil (1906) précisera l'aire géographique de l'arganier. Il a décrit l'arbre et ses caractéristiques ainsi que ses exigences climatiques. A la même époque, Eugène Aubin, marqué lui aussi par la présence de l'arganier, écrivait dans «Morocco to-day» (1906): «De Mogador à Safi, nous avons préféré abandonner le chemin (la route) de Makhzen et faire un détour par l'intérieur à travers la chaîne du Jbel El Hadid.. La région a une bonne couverture végétale, jujubier, caroubier...et surtout l'arbre de fer qui constitue la note caractéristique de ce pays... ».

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Aire naturelle de l'arganier

A la découverte de l'arganier, quelques écrits et témoignages à travers les siècles (suite)
Dans ses notes sur l'expédition Allison Vincent Aromour (19251927) Exploring for plants, Fairchild décrit ainsi son voyage et sa rencontre avec l'arganier : « L'expédition à dû demander la permission au commandement de Marrakech pour visiter Agadir qui était fermée aux visiteurs à cette époque (..). Sur la route de Marrakech à Mogador, des plaines monotones, puis arrivée soudaine dans la forêt d'arganier, Argania sideroxylon qui occupe un million d'ha dans la région (..). L'arganier a fait naître une curieuse civilisation qui semble entièrement dépendante de cet arbre. Au Maroc, l'arganier est le support d'une civilisation pauvre et misérable, c'est vrai, mais composée d'une population de pasteurs à caractère rude et courageux (..). Parmi tous les pays visités c'est l'endroit le plus romantique que je n'ai jamais vu. Il est resté marqué dans ma mémoire et j'y repense toujours avec beaucoup de nostalgie (..). Estee que l'arganier peut être introduit dans nos régions arides? Ce n'est pas intéressant car sa croissance est très lente. Il est hors de question de l'utiliser dans l'industrie du bois car planté, il faut attendre 3 générations avant qu'il ne soit rentable. L 'huile est extraite d'une petite amande, les quantités sont trop faibles pour considérer une production oléagineuse ». Si l'arganier a fortement impressionné les explorateurs d'autrefois, il continue de marquer l'esprit et d'enrichir l'imaginaire des voyageurs qui le découvrent aujourd'hui. Paul Bowles dans Leurs mains sont bleues écrivait en 1989 : « Après Taroudant, Tiznit, Tanout, Timri, Tiffermit. D'immenses vallées étouffantes couleur de poussière au milieu des montagnes dénudées, parsemées d'arganiers sans feuilles, gris comme des bouffées de fumée. Les arganiers poussent partout, par milliers, épineux et courtauds, agrippés aux rochers situés au-dessous, dans leur ombre incertaine. Ils prospèrent là où rien d'autre ne grandit, pas même les mauvaises herbes ou les cactus. Leur écorce écailleuse ressemble à de la peau de crocodile et donne la sensation de fer. Là où pousse l'arganier, les chèvres ont la vie belle ».

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Caractéristiques

de l' arganier

CARACTÉRISTIQUES

DE L'ARGANIER

inné, qui n'avait eu à sa disposition que des rameaux séchés et sans fleur, avait donné la description spécifique de l'arganier en 1737 dans son Hortus ClifJortianus sous le nom de Sideroxylon spinosum. L'arganier appartient à la famille botanique des Sapotacées. C'est le représentant le plus septentrional d'une famille regroupant environ 600 espèces de plantes tropicales. Plusieurs espèces de cette famille présentent un grand intérêt économique, d'ordre alimentaire (Karité) ou industriel (production de Gutta Percha). Le plus proche parent de l'arganier est le Sideroxylon marmulano de l'île de Madère qui forme des arbrisseaux de 1 à 2 mètres de haut et non pas des arbres volumineux comme l'arganier. Les premiers botanistes avaient d'ailleurs classé l'arganier dans le même genre. Il en résulte une certaine confusion sur son éventuelle existence dans d'autres régions du monde comme l'Amérique du Sud (Nouaïm et al., 1991). Le fait est aujourd'hui bien établi: l'arganier, Argania spinosa, est le seul représentant de son genre et son aire naturelle actuelle est limitée au Maroc et à quelques individus hamada de Tindouf, dans le sud-ouest de l'Algérie. Se diversifier pour mieux durer. Si cet arbre millénaire est unique, il est aussi doté d'une extraordinaire variabilité génétique, très probablement à l'origine de sa grande résilience. Il a en effet résisté aux mauvais traitements et dans une certaine mesure aux changements climatiques depuis l'ère tertiaire jusqu'à nos jours. Contrairement à d'autres arbres où l'uniformité des ports dans la

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