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L'Art de la maternité chez les Lumbu du Congo

De
94 pages
L'initiation à la maternité occupe une place essentielle dans les us et coutumes des Lumbu du Congo. Des femmes, des éducatrices "assiègent" la nouvelle mère dans son quotidien, dans son intimité, dans sa vie, pour lui apprendre l'art de la maternité. Au-delà du caractère pédagogique, cette tradition transmise depuis des lustres est une cure stimulante qui redonne de la vitalité à la mère. En même temps, il est également une prise en charge de la beauté et de la féminité.
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L'Art de la maternité chez les Lumbu du Congo
Musorifi

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Seyni MOUMOUNI, Vie et œuvre du Cheik Uthmân Dan Fodio (1754-1817). De l'islam au soufisme, 2008. Boubacar BA, Agriculture et sécurité alimentaire au Sénégal, 2008. Pierre KAMDEM, Le Mouvement associatif de la diaspora camerounaise. Enjeux et perspectives, 2008. e. DILI PALAI, D. PARE (sous la dir.), Littératures et déchirures, 2008. Nuah M. Makungu Masudi, L'Expérience d'élevage préiurbain à kinshasa. Entre « débrouille» et « entreprise », 2008. Alain CALOSCI, Education, culture, développement: quelles relations? L'exemple de la Guinée Conakry, 2008. Télesphore ONDO, Le Droit parlementaire gabonais, 2008. Babacar Mbaye DIOP et Doudou DIENG (textes réunis par), La conscience historique africaine, 2008. Paul Koffi KOFFI, Le défi du développement en Côte d'ivoire, 2008. Stéphanie NKOGHE, La psychologie du tourisme, 2008. Jean-Claude K. BROU, Privatisation en Côte d'Ivoire, 2008. Ibrahim S. NJOY A, Chasse au Cameroun, 2008. Jean de Dieu MOLEKA LlAMBI, Promesse de liberté et pratique politique en République démocratique du Congo, 2008. Alain ELLOUE ENGOUNE, Du Sphinx au Mvett, 2008. Fweley DIANGITUKW A, Flux migratoires internationaux et stratégies de développement, 2008. BOUOPDA Pierre Kamé, Cameroun, du Protectorat vers la démocratie (1884-1992),2008. Jean-Pacifique BALAAMO MOKELWA, Eglises et Etat en République démocratique du Congo. Histoire du droit congolais des religions (1885-2003), 2008. Toumany MENDY, Sénégal. Politiques publiques et engagement politique, 2008. Alfred Yambangba SAWADOGO, Afrique: la démocratie n'a pas eu lieu, 2008.

Ghislaine Nelly Huguette Sathoud

L'Art de la maternité

chez les Lumbu du Congo
Musonft

L'Harmattan

Du même auteur

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Le combat desfemmes au Congo-Brazzaville, Éditions

L'Harmattan,

Paris, 2007 (Essai). - L'amour en migration,Éditions Ménaibuc, Paris, 2007 (Roman). - Les femmes d'Afrique tentrale au Québec, Éditions L'Harmattan, Paris, 2006 (Essai). - Les Frères de Dieu, Éditions (Nouvelles). Mélanie, Montréal, 2006

- Hymne à la tolérante,Éditions Mélanie, Montréal, 2004 (Roman). - Itiana, Éditions Carte Blanche, Montréal, 2002 (Conte). - Les maux du silente, Maison Sherbrooke, 2000 (Théâtre). culturelle « Les Ancêtres »,

- Pleurs du cœur,Expédit, Paris, 1995 (poésie). - L'Ombre de Banda, CE.E., Paris, 1990 (poésie) - Poèmesde majeunesse, LCA, Pointe-Noire, 1988 (poésie).

@ L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http:! jwww.librairieharmattan.com di ffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06059-3 EAN : 9782296060593

Avant propos
L'expression Musonfi est utilisée chez les Lumbu pour désigner une nouvelle mère, la mère d'un nourrisson. Dans mon pays le Congo, ce peuple est généralement natif de la région du Niari. Mais, on retrouve également des Lumbu dans la région du Kouilou. Il faut aussi souligner présence de cette ethnie au Gabon voisin. la

J'ai donc baigné dans cette culture. Pour être plus précise, je suis originaire de la Banda, mes deux parents sont originaires de Banda, une localité située dans le Sud-Ouest du Congo... dans la région du Niari. À Banda, comme partout dans le monde, nous avons des mœurs et des coutumes qui déterminent notre identité. Comme toutes les jeunes filles, je m'intéressais particulièrement à un rituel sur la maternité. II faut dire que cette coutume défrayait la chronique et suscitait des débats: le camp favorable défendait la nécessité de préserver les valeurs du terroir et de conserver les pratiques ancestrales. Le camp défavorable précisait que certaines pratiques deviennent caduques avec l'évolution de la société. Ainsi, on conseille souvent de bannir les coutumes jugées archaïques... Bien entendu, dans la confusion occasionnée par ces échanges acrimonieux, il était pratiquement impossible de trouver un consensus. Alors, à défaut collective, les coutumes «problématiques» d'une décision s'appliquaient,

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comme si de rien n'était. En fait, la coutume sur l'initiation à la maternité constituait un grand enjeu pour les défenseurs de la tradition: il fallait à tout prix qu'elle s'applique. Cette rigueur inquiétait les jeunes filles, d'oÙ le grand intérêt pour la maternité et ses contours... Voilà, entre autres, pourquoi j'ai souvent été interpellée par l'initiation à la maternité. Pendant mon adolescence, je ne comprenais pas pourquoi on tàisait subir autant d'épreuves aux nouvelles mères. J'étais surtout interloquée et étonnée par le rituel de la maternité: d'ailleurs, on l'appelait ironiquement le rituel de «l'eau chaude». Selon les défenseurs de cette pratique, cette eau bouillante « aspergée» sur les parties génitales de la Musonfi et sur tout son corps contribuait à lui redonner plus rapidement sa vitalité. Et on dit aussi qu'elle restitue le corps de la femme après la «désagréable» transformation causée par la grossesse. Une cure de rajeunissement? Une compagne de séduction? Une chose est certaine: de l'avis général, ce rituel rendrait la nouvelle mère plus belle et surtout plus «séduisante». . . Quoi qu'il en soit, l'inquiétude à propos de cette pratique était généralisée chez les jeunes. En effet, je n'étais pas la seule à dénoncer cette pratique complètement douloureuse pour les nouvelles mères. Je n'essayais même d'en savoir davantage pour éventuellement découvrir les effets positifs du rituel. Je me limitais tout simplement aux inconvénients. Au fil du temps, j'ai changé d'avis... Aujourd'hui, j'admets que ma manière de procéder était défaillante: comment condamner une pratique sans prendre le temps de bien la connaître? Si nous trouvions des failles

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à ce rituel, il y avait sûrement aussi des avantages... Autrement, pourquoi cette tradition existait depuis des temps immémoriaux? Mais bon, je savais que mon tour arriverait un jour. Mieux, je savais surtout qu'il me serait impossible «d'échapper» à cette coutume qui apparaissait comme un passage obligé pour toutes les mères... En fàit, l'art de la maternité se transmet par ce rituel depuis des lustres. De ce fait, les femmes se donnent affectueusement maternité des astuces pour vivre «agréablement» précieusement «l'intimité» la et préserver de la

mère. Elles se donnent des astuces pour garder les capacités de séduction au-delà de la maternité. Partant du principe que les changements liés à la grossesse peuvent transformer <d'image» de la nouvelle mère, ce rituel est mis en œuvre pour «corriger» les imperfections, pour redonner à la mère le goût de prendre soin de son corps: tout le corps bien sÜr, mais particulièrement «l'intimité », le corps qui sert de passage au nouveau-né. Il s'agit de réparer les éventuels dégâts causés à la suite du passage du bébé. Il s'agit de remettre en état cet «instrument» pour l'aider à assumer convenablement ses autres fonctions. De toute évidence, une «négligence» s'installe souvent à cause des nombreuses vicissitudes et surtout des versatilités de la grossesse. Ce laisser-aller transforme inévitablement la femme. En fin de compte, la future mère vit dans la précarité et surtout, elle se laisse rapidement entraîner par la confusion: les malaises s'imposent donc au point de changer radicalement habitudes. Alors, la mère s'oublie: et négativement les désormais toute son

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