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L'Asie

De
240 pages

Des fiches claires, synthétiques et pertinentes pour comprendre les enjeux contemporains.

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Chapitre
1
Un ancien monde
1
L’Asie dans les mots
Jusque très récemment, il n’existait pas une conscience commune, un sentiment d’apparte-nance à un espace commun, ni pour l’ensemble des pays d’Asie, ni pour chacun des sous-ensembles reconnus par les écoles géographiques occidentales, comme l’Asie méridionale ou l’Asie du Sud-Est.
1 L’Asie est un concept occidental Comme le rappelle Michel Foucher en introduction d’Asies nouvelles, l’Asie est un concept occidental. Le terme est hérité de la division ternaire du monde inventée par les Grecs ; la carte e du monde connu que dressait Ératosthène auIIIsiècle av. J.-C. distinguait l’Europe, l’Afrique, l’Asie – le terme « Asie » vient de l’assyrienassu, qui désigne le Levant. Ces toponymes ont été repris par l’Occident chrétien. Au cours de son histoire, l’Asie n’a jamais été unifiée, même du temps de l’Empire mongol e (XIII-XIVsiècles). L’Asie n’a jamais été pensée comme un tout par les Asiatiques. Chaque grande civilisation asiatique possédait sa propre géographie qui lui conférait une place centrale. Ainsi, en choisissant de s’identifier comme l’empire du Milieu, le pouvoir chinois se plaçait au centre du monde. La représentation de l’Asie sinisée distinguait les peuples barbares (les « barbares crus ») et les peuples civilisés (les « barbares cuits ») selon le degré d’assimilation de la culture chinoise. Une première couronne de peuples intégrés à l’empire réunissait le Tibet, le Tonkin et Taïwan (ancienne Liuqiu). Les royaumes qui s’édifièrent sur les territoires des actuels Corée, Vietnam central et méridional, Cambodge et Birmanie admettaient leur position de vassaux en offrant un tribut annuel à l’empereur de Chine. Au-delà de cette première couronne, le Japon et l’Insulinde représentaient des territoires autonomes partiellement sinisés. Cette géographie, fondée sur l’opposition du centre et de ses périphéries, se retrouve chez les premiers bouddhistes qui faisaient de l’Inde le centre du monde et, plus récemment, au Japon. Pendant les années 1930, les militaires qui gouvernaient l’Empire nippon se représentaient l’Asie comme un cortège plus ou moins hiérarchisé de périphéries dont leur pays formait le centre. 2 Les mots des Européens pour désigner l’Asie Au Moyen Âge, les Européens n’ont pas une connaissance directe de ces contrées d’Asie orientale, qu’ils réunissent sous le terme générique « Orient ». L’Asie qu’ils connaissaient englobait le Proche- et Moyen-Orient, et les steppes russes, c’est-à-dire l’Occident asiatique. Au-delà des steppes d’Asie centrale, des plateaux iraniens et des sultanats du golfe Persique, la plus grande partie de l’Asie est longtemps restéeterra incognitapour les Occidentaux. À partir du débar-quement de Vasco de Gama à Goa en 1497, les Européens inventèrent plusieurs termes pour désigner les territoires qu’ils découvraient. La période coloniale a vu fleurir toute une nomenclature géographique des espaces de l’Asie : Insulinde (actuelle Indonésie), Indo-Chine, devenue Indochine, Asie orientale, Extrême-Orient, Asie des Moussons… et la liste est loin d’être exhaustive. La notion d’Asie des Moussons s’est imposée dans les années 1930, surtout auprès des géographes français. Le concept d’Asie des Moussons permet de rompre avec une vision européocentrique, mais il présente l’inconvénient d’introduire une optique déterministe associant un type de climat à un type de civilisation. En outre, le Japon, la Corée et le nord de la Chine n’appartien-nent pas véritablement à l’Asie des Moussons. Le toponyme « Extrême-Orient » fut inventé en 1901 par l’École française du même nom et il se subs-titua définitivement à la notion d’« Outre-Asie », imaginée par le philosophe Hegel. Ces deux déno-minations s’inscrivent dans une vision européocentrique du monde, qui est progressivement abandonnée après les décolonisations. À l’origine, l’Extrême-Orient des géographes français asso-ciait l’Inde à l’Indo-chine, la Chine, l’Insulinde et le Japon. Dans les années 1950, le toponyme corres-pondant en anglais, qui est «Far East», sert surtout à désigner la façade asiatique du Pacifique.
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Partie 1  Peuples et territoires
À partir des années 1960, les géopolitologues américains proposent le concept de Pacific Rim qui leur permet de rattacher la façade asiatique du Pacifique à l’ensemble des pays riverains de cet océan. Cette représentation d’un espace péripacifique organisé autour d’un axe nippo-américain, a reçu un début de concrétisation avec la création de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) en 1989. L’émergence de la Chine, les difficultés du Japon et le recul de la présence américaine sur le territoire asiatique ont modifié l’interprétation du concept de Pacific Rim. On peut souligner le fait que ces dénominations ont été forgées par les Occidentaux et qu’elles ne trouvent un écho parmi les Asiatiques qu’à partir des années de l’entre-deux-guerres.
3 Les mots de l’Asie pour les Asiatiques Dans leur volonté de redessiner l’espace asiatique, les autorités du Japon des années de l’entre-deux-guerres adoptent l’ancienne expression « Asie orientale » qui est utilisée par le géographe français Élisée Reclus dans saGéographie universelleen 1882. Dans un premier temps, l’Asie orientale désigne la zone d’influence proche (Chine, Corée) de l’Empire nippon. Il faut attendre les années 1990 pour que le toponyme d’Asie orientale soit compris en Occident et en Asie comme l’espace englobant toute la façade pacifique de l’Asie, y compris l’Asie du Sud-Est (François Godement dansLa Renaissance de l’Asie, Odile Jacob, 1993 et 1996 et Jean-Luc Domenach,L’Asie retrouvée, Éditions du Seuil, 1997). Pour les pays situés plus au sud, la terminologie officielle de l’Empire nippon abandonne l’emploi de l’expression « mers du Sud (Nan’ Yô) », reprise des Chinois. Elle lui substitue à partir de 1919 le toponyme « Asie du Sud-Est » (Tônan Ajia) qui était utilisé par les géographes anglo-saxons e (« South-East Asia ») et allemands depuis la fin duXIXsiècle. La création de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) en 1967 a permis de populariser l’expression « Asie du Sud-Est ». qui était peu employée auparavant. En réalité, la prise de conscience par les Asiatiques de l’existence d’un ensemble « asiatique », englobant le monde indien, l’Asie du Sud-Est et le monde sinisé, la Corée et le Japon inclus, remonte aux luttes pour la décolonisation. La conscience asiatique représente, paradoxalement, une forme d’héritage de la colonisation européenne. 4 Asiatisme et panasiatisme e L’idéologie panasiatique apparaît dès les débuts duXXsiècle et elle est présente dans les programmes des mouvements nationalistes et anticolonialistes. Par exemple, dans un discours prononcé à Kobe en 1924, le dirigeant chinois Sun Yat-sen voulait fonder une alliance sino-japonaise sur l’idée d’une communauté des valeurs propres aux Asiatiques. Le gouvernement du Japon impérial fit du panasiatisme un argument pour justifier sa domination, en prétextant qu’il agissait pour libérer les peuples asiatiques du joug occidental. Après 1945, le panasiatisme s’est mué en asiatisme, c’est-à-dire un ensemble de référents culturels et de valeurs morales que les Premiers ministres Mahathir de Malaisie et Lee Kuan Yew de Singapour opposaient dans les années 1990 aux valeurs occidentales. Singapour s’est montrée la plus active dans la volonté de rassemblement des nations asiatiques. La jeune cité-État est l’instigatrice de la seule entente commerciale régionale qui ait fonctionné, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), mieux connue par son acronyme anglais comme l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations). Le sentiment d’appartenance à un espace commun a été renforcé par le développement écono-e mique des dernières décennies duXXsiècle. La croissance des échanges intra-asiatiques concourt à la mise en place de systèmes d’interdépendance entre les économies de la région. Le rôle des diasporas et des réseaux d’entreprises y a contribué de façon décisive. Ces tentatives en vue de fonder une communauté asiatique ne doivent pas masquer les profondes divisions et les tensions qui persistent entre nations asiatiques. De récents conflits entre nations asiatiques, au sujet de délimitations frontalières notamment, traduisent la force des nationalismes. e En ce début duXXIsiècle, près de 20 ans après la fin de la guerre froide, l’Asie apparaît comme une poudrière, en raison de la complexité et de la multiplicité des intérêts nationaux. Aucune puissance ne parvient à assurer un équilibre « régional » durable.
Chapitre 1  Un ancien monde
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Riz, ruralité et civilisations asiatiques
En titrant un de ses ouvragesRiz et civilisation, le géographe Pierre Gourou souligne le fait que les grandes civilisations asiatiques ont fondé leur développement sur la riziculture irriguée et intensive. Dans de nombreuses langues d’Asie du Sud-Est, manger se dit « manger du riz ». Certes, le riz n’est pas la seule céréale cultivée en Asie, mais la riziculture est étroitement asso-ciée aux civilisations asiatiques parce qu’elle détermine des formes spécifiques d’organisation spatiale et sociale.
1 La riziculture irriguée de l’Asie des Moussons Si les grandes civilisations de l’Asie du Sud et de l’Est se sont incarnées dans de prestigieuses cités (Angkor, Ayuthya, Kaifeng, Nankin), leur existence reposait sur la maîtrise de l’hydraulique et la science du végétal. Importée de Chine, la riziculture irriguée se propagea dans toute l’Asie des Moussons. Dans le Sichuan, le système d’irrigation de Minjiang remonte à 2200 ans. En 1971, pendant la Révolution culturelle, sa modernisation a abouti au nivellement de 100 000 kilomètres de canaux tertiaires et au creusement de 60 000 kilomètres de nouvelles tranchées. La riziculture implique la maîtrise hydraulique et son intensification fait appel à de réelles connaissances agronomiques. Les paysans asiatiques ont su ainsi sélectionner les variétés de riz adaptées aux conditions locales de leur environnement. L’irrégularité des précipitations est la principale contrainte qui pèse sur la mise en valeur rizicole. Le calendrier des travaux agricoles est rythmé par les variations saisonnières du climat, dont les effets indésirables (excès ou insuffisance des précipitations) ont nécessité une correction par la mise en jeu de systèmes hydrauliques. Les différents aménagements (réservoirs, canaux, terrasses) et la diversification des systèmes de culture sont autant de réponses aux inégalités des condi-tions topographiques locales et aux combinaisons multiples du régime des précipitations. Les aplanissements des grandes vallées et des deltas tropicaux se prêtent le mieux à la pratique de la riziculture irriguée. En effet, l’inondation de la parcelle rizicole implique d’utiliser des surfaces planes pour maintenir une épaisseur homogène de la tranche d’eau au cours de la croissance des plants. Cela suppose l’aménagement d’une parcelle aplanie entourée de diguettes de façon à retenir l’eau. Les diguettes, qui sont percées par une vanne, permettant de faire varier le niveau de la nappe d’eau dans la parcelle en riz.
Les paysages rizicoles du delta tonkinois
« …la beauté du paysage est liée au rapport de couleurs, à des symphonies de nuances. Il y a le paysage de février où le riz que l’on vient de repiquer brille d’un tendre éclat sur le gris perlé de l’eau qui le reflète […]. En août, le riz nouvellement planté de la deuxième récolte ne couvre pas encore toute la rizière, et c’est alors, jusqu’à l’horizon, un jeu changeant d’eau miroitante, de reflets azurés, de nuages en procession dont l’image progresse de parcelle en parcelle. Il y a le paysage de septembre, où les rizières forment un tapis continu tissé de toutes les nuances du vert. En novembre […] la plaine entière chatoie sous l’or des rizières mûres, exalté par le vert toujours franc des bambous et des arbres. »
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Partie 1  Peuples et territoires
Pierre. Gourou,Les Paysans du delta tonkinois, 1936, p. 555.
Dans les deltas asiatiques, les parcelles rizicoles représentent souvent plus des 2/3 de la superficie cultivée. Dans la plaine du Tonkin qu’étudiait Pierre Gourou vers 1950, 80 % du sol était en culture et 92 % de la SAU était destinée au riz. En dehors du village, tout l’espace était consacré au riz : pas de pâturages ni de bosquets d’arbres ; seul le cimetière n’était pas cultivé. Sur 15 000 kilomètres carrés, vivaient 7 millions de paysans, ce qui représentait moins de 1 hectare cultivé pour cinq personnes ! Dans le souci de réserver à la riziculture l’essentiel de l’espace disponible, les prairies sont rares et l’élevage se limite, pour l’essentiel, aux animaux de petite taille qui se nourrissent des déchets des récoltes (canards, volailles et porcins). Le monde indien fait exception, puisque les bovins y sont omniprésents.
2 Une savante polyculture L’évocation des campagnes de l’Asie tropicale suscite immédiatement l’image de la rizière, mais cette représentation ne traduit pas la diversité agricole de l’Asie, qui est considérable. Le rizi-culteur asiatique pratique des assolements complexes qui associent plusieurs plantes : cultures sèches sur la parcelle vidée de son eau, cultures dérobées (cultures à cycle végétatif court prati-quées entre deux cultures principales) et complantées (soja, légumes et tubercules). Le blé représente la base de l’alimentation des populations de la Chine du Nord et du nord-ouest de l’Inde, tandis que le sorgho et le mil occupent les plateaux du Deccan et de la diagonale sèche de la Chine. Les plantes américaines, comme le maïs, le manioc et la tomate, ont été e adoptées par les paysans asiatiques dès leXVIIsiècle. En outre, si la riziculture irriguée constitue le système de culture le plus performant, la riziculture sèche est largement pratiquée sur les plateaux et les versants montagneux en Indochine, en Chine du Sud et dans le Deccan indien. L’arboriculture est développée sur les collines et les piémonts bien arrosés : plantations de théiers, d’agrumes et de mûriers dans le cadre de l’élevage du ver à soie. Les cultures maraîchères et horticoles, ainsi que les élevages industriels, connaissent un déve-loppement accéléré dans les espaces périurbains.
3 La riziculture, une culture peuplante La riziculture irriguée nécessite une main-d’œuvre abondante, notamment lors de la récolte et du repiquage, tout en procurant une importante quantité de calories par unité de surface. Au cours du dernier millénaire, la riziculture asiatique a bénéficié des progrès agronomiques et d’in-génieux perfectionnements des techniques hydrauliques. Par exemple, le repiquage du riz réduit le temps d’occupation de la rizière et permet d’économiser les semences, tout en favorisant une croissance plus vigoureuse des plants que s’ils étaient semés directement. Jusqu’à la révo-e lution agricole duXIXsiècle, les rendements en riz atteignaient en Asie orientale des niveaux bien supérieurs à ceux de l’agriculture européenne. L’intensification de la riziculture irriguée a été le support de la croissance démographique excep-tionnelle dans les deltas et les grandes vallées d’Asie. On compte près de 1 000 habitants au kilo-mètre carré en moyenne dans le centre de Java et dans le delta du Gange au Bangladesh et au Bengale indien. Par un effet rétroactif, les fortes densités humaines permettent de disposer de la force de travail indispensable pour obtenir des rendements agricoles élevés. La riziculture intensive réclame l’intervention constante de l’agriculteur et une minutie dans les opérations, qui confine au jardinage. Des buffles ou des bœufs sont souvent utilisés pour les labours, mais l’essentiel du travail agricole s’effectue manuellement. En l’absence de mécanisation agricole, 1 hectare ou 2 hectares de rizière suffisent à occuper à temps plein un travailleur agricole pendant presque toute l’année. Les progrès récents de la mécanisation en Asie orientale et dans certains secteurs de l’Asie du Sud ont permis de libérer une partie de la main-d’œuvre agricole, mais la producti-vité du travail reste faible par comparaison avec les agricultures occidentales.
Chapitre 1  Un ancien monde
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4 Le riz, une plante de civilisation La gestion et la construction des infrastructures hydrauliques et l’organisation des travaux collectifs en relation avec la riziculture irriguée supposent une organisation sociale rigoureuse. La mobilisa-tion de la communauté villageoise et le travail collectif sont indispensables pour endiguer les fleuves, entretenir et construire les terrasses et les canaux d’irrigation. Obtenir deux ou trois récoltes annuelles sur un même champ oblige le paysan à se plier à un strict calendrier agricole dont le respect rythme la vie des campagnes asiatiques. La ferveur et la vigueur de la participation des villageois aux manifestations politiques, culturelles et cultuelles manifestent leur attachement à la vie communautaire (maisons communautaires au Vietnam). Un lien est souvent établi entre les exigences de la riziculture irriguée et les vertus reconnues au travailleur asiatique : aptitude au travail collectif ; discipline et minutie dans l’exécution des tâches ; curiosité pour l’innovation technologique et motivation pour l’apprentissage de nouvelles techniques. Certes, il n’existe pas de déterminisme absolu, mais la structure agraire de la riziculture irriguée favorise une organisation politique centralisée. Le géographe René Lebeau écrit à propos des civilisations rizicoles : «Aucune plante ne détermine avec autant de rigueur que le riz un paysage rural. Partout dans le monde, les terroirs rizicoles se ressemblent : bel exemple de la tyrannie d’une technique agricole sur l’activité humaine» (Les Grands Types de structures agrai-res dans le monde, p. 116). Le mandat du ciel que recevaient les rois et les empereurs impliquait que le chef assure les conditions de la subsistance en veillant à l’entretien des systèmes hydrauliques et en constituant des réserves alimentaires. L’aménagement fluvial est une des tâches majeures de tous les gouvernements chinois depuis les origines. L’actuel régime chinois, en décidant la construction du barrage des Trois-Gorges, s’inscrit dans une tradition historique ancienne (Grand Canal impérial). Les anciennes civilisations reposaient sur l’efficacité de leur mandarinat. On peut aussi se demander si des catastrophes écologiques n’expliquent pas le déclin des anciennes civilisa-tions, moins évoluées en matière agronomique (Angkor). L’extension de la riziculture irriguée et de la polyculture intensive explique la concentration des populations rurales dans les terres basses et planes de l’Asie. Néanmoins, il existe des paysan-neries dans les espaces montagnards et les terroirs d’altitude.
5 Les sociétés rurales des plateaux et des montagnes L’opposition montagne/plaine est une figure classique dans les descriptions de la répartition des populations dans l’Asie orientale. Cette opposition traduit l’existence de deux modes diffé-rents de mise en valeur agricole et de deux types différents de société rurale. Ces oppositions ont une traduction ethnique. Les peuples de la plaine et ceux des montagnes se sont longtemps mutuellement ignorés et méprisés. En Chine du Nord, en Corée et au Japon, les hauteurs sont inhabitées et représentent le domaine de la forêt, des bêtes sauvages et des fièvres. Elles servent de demeure aux ermites, aux fugitifs et aux esprits plus ou moins redoutables. Dans le monde indien et dans l’Asie du Sud-Est, les montagnes servent de refuge à des communautés ethnolinguistiques (Mhongs, Thaïs des montagnes, Kachins, Semangs, aborigènes indiens) qui ont été chassées des terres basses par l’expansion des peuples dominants au cours de l’histoire (Thaïs, Birmans, Khmers, Indonésiens, Malais). Certaines de ces communautés sont entrées en résistance armée en réponse à la domination du pouvoir central (Karens de Birmanie). Tandis que les denses communautés de paysans sédentaires pratiquent la riziculture irriguée et la polyculture intensive dans les plaines, des peuples de montagnards se livrent à l’élevage pastoral et à l’agriculture pluviale, souvent itinérante et sur brûlis (appeléeladangen Indonésie etraien Indochine). Les rendements de cette agriculture pluviale sont faibles, de l’ordre de 5 quintaux à l’hectare pour le riz contre 50 dans les plaines littorales chinoises et japonaises, Dans le Triangle d’Or, au nord de l’Indochine, les revenus monétaires proviennent essentielle-ment du revenu des cultures illégales, l’opium notamment, et des remises des émigrants partis travailler dans les plaines.
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Partie 1  Peuples et territoires
Les densités rurales sont généralement comprises entre 50 et 200 habitants par kilomètre carré. Les densités les plus élevées correspondent à quelques vallées des montagnes himalayennes et à des terroirs rizicoles, où des terrasses ont été aménagées sur les versants ; on les rencontre à Java, dans le centre de Bali, de Sulawesi, du Népal et de Taïwan, sur les collines de la Chine du Sud et aux Philippines. En pays ifugao, au nord-est de Luçon (Philippines), des terrasses rizicoles ont été aménagées sur des versants longs de plusieurs centaines de mètres.
Au cours des récentes décennies, les hauts plateaux et les secteurs de collines de l’Asie du Sud ont fait l’objet de défrichements massifs. Ceux-ci ont été encouragés par les gouvernements soucieux de développer des cultures commerciales et de répondre à la faim de terres des popu-lations rurales des plaines. Des exploitations forestières ont mis en coupe réglée les forêts de l’Asie du Sud-Est. Des fronts pionniers agricoles se sont ouverts en Chine du Sud, en Malaisie (plantations d’hévéas et de palmiers à huile), au Vietnam (culture du café), à Bornéo et en Irian Jaya, dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée (riz, manioc). Les populations locales ont parfois répondu par la résistance armée (Dayaks de Bornéo, Papous d’Irian Jaya) à ce qu’elles considèrent comme une invasion.
Le Triangle d’or
La région baptisée Triangle d’or se situe dans un secteur montagneux transfrontalier qui recouvre le sud de la province chinoise du Yunnan, le Nord-Ouest du Vietnam et les régions septentrionales de la Birmanie, de la Thaïlande et du Laos. Traditionnellement, l’opium était produit et consommé par les populations appartenant aux ethnies montagnardes (Thaï, Thaï-lao, H’Mong, Karen, Shan). Celles-ci ont trouvé refuge dans ces secteurs escarpés où la culture du pavot à opium représente leur principal revenu. Ces populations ont long-temps considéré que la consommation de la drogue faisait partie intégrante de leur mode de vie. e Depuis le début duXXsiècle, cette région a été le principal centre de production de l’opium commer-cialisé illégalement dans le monde. Dans les années 1980, elle a été supplantée par l’Afghanistan dont la production a doublé entre 2004 et 2007 (environ 90 % de la production mondiale). Dans les années 1970, la demande accrue de drogues de la part des soldats américains engagés dans la guerre du Vietnam et la hausse régulière de la consommation en Occident ont favorisé la constitution de réseaux mafieux dans la région du Triangle d’or. Des seigneurs de la drogue ont armé des milices et ont pris le contrôle de territoires devenus des zones de non-droit. Ces bandes armées achètent l’opium et le raffinent en héroïne qu’ils revendent à des intermédiaires. Le surnom donné à cette région provient du fait que les trafiquants payaient en or la drogue qu’ils achetaient aux populations locales. À la différence de l’Afghanistan, l’essentiel de la drogue est consommé dans les pays de production. Ces bandes ajoutent à leurs activités de trafiquants de drogue le commerce des armes et les activités liées à la prostitution. Les États centraux ont toléré cette activité aussi longtemps qu’elle ne donnait pas lieu à un intense trafic international et ne servait pas au soutien de mouvements armés. Ainsi, en Birmanie, les différentes guérillas ethniques (Shan, Karen) financent avec l’argent de la drogue leur lutte contre le pouvoir central. Certains de ces groupes armés ne sont en réalité que des groupes mafieux qui arguent du prétexte ethnique pour légitimer leur trafic. D’ailleurs, en Birmanie, au Laos et en Thaïlande, des membres des forces de sécurité sont impliqués dans le trafic de drogues et les gouvernements ont longtemps consi-déré que le commerce du pavot était une source importante de devises. En outre, l’argent de la drogue pallie les carences des États dans ces régions enclavées et mal développées. Le désenclavement récent des vallées du triangle d’Or et l’ouverture de zones franches ont facilité le blanchiment de l’argent de la drogue. Ces capitaux illégaux sont réinvestis dans des activités licites : casinos, exploitations forestières, etc. Ces activités attirent de nombreux immigrants, modifiant ainsi la composition ethnique de ces régions. La Chine s’inquiète du développement du trafic sur son territoire. L’ouverture de corridor routier depuis les villes du Yunnan vers le Laos (route 3), la Thaïlande et la Birmanie (Myanmar) confère à la Chine du Sud un rôle de plaque tournante et d’espace de transit du trafic de la drogue. À l’instar de la dynastie Qing qui e tenta d’interdire le commerce de l’opium au début duXIXsiècle (« guerres de l’opium » en 1839-1842 et 1856-1860), l’actuel gouvernement chinois mène une politique répressive à l’égard des trafiquants de toute nationalité. Pékin craint une résurgence de l’opiomanie dans une Chine qui fut, avant l’interdiction de la production d’opium en 1950, le premier consommateur de cette drogue dans le monde.
Chapitre 1  Un ancien monde
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Langues et civilisations en Asie
À l’exception notable du Japon et de la Corée, les nations asiatiques sont pluriethniques. Le défi de la coexistence de populations différentes se pose depuis les origines des empires chinois et indiens. En dépit des résistances et des revendications identitaires, ces vieux empires sont parvenus à acculturer la plupart des peuples qu’ils dominaient. Ainsi, l’unité de la Chine et de l’Inde ne relève pas de critères ethniques ou raciaux, malgré l’importance du rameau han en Chine, mais de l’appartenance à l’aire de civilisation chinoise ou indienne.
1 Une mosaïque ethnolinguistique L’Asie est un inépuisable sujet d’études pour les ethnologues. Plusieurs milliers de groupes ethniques parlent environ 1 000 langues différentes, ce qui représente environ le tiers de toutes les langues recensées dans le monde. La plupart de ces langues ne sont utilisées que par un faible nombre de locuteurs et certaines d’entre elles sont menacées d’extinction. Près de 80 % des langues parlées en Asie ne s’écrivent pas. Les langues les plus importantes utilisent deux systèmes d’écriture distincts, soit alphabétique dans le monde indien, insulindien et tibétain, soit idéophonographique dans le monde sinisé. Les linguistes distinguent sept grandes familles linguistiques dont la répartition géographique forme une mosaïque complexe : – la famille altaïque regroupe le coréen, le japonais, le ouïgour et le mongol ; – la famille indo-européenne est surtout représentée par l’hindi, qui est parlé dans le nord de l’Inde, par le sri-lankais et par le bengali ; – la famille Thaï-Kadai (thaï, thaï lao et thaï des peuples montagnards) domine en Thaïlande et parmi les peuples montagnards de l’Indochine ; – la famille sino-tibétaine est représentée par le chinois, le birman, et par les langues des montagnes du Nord et de l’Ouest birman (chin, karen) ; – la famille austroasiatique domine à l’est et au sud de l’Indochine (khmer, mon, vietnamien, semang et semoï de Malaisie centrale) ; – la famille austronésienne regroupe essentiellement le malais, l’indonésien, les langues des Philippines et le cham des montagnes du Vietnam central ; – la famille dravidienne individualise l’Inde du Sud. Ces grands groupes linguistiques sont presque tous représentés en Asie du Sud-Est et en Chine du Sud. En Inde, l’éventail linguistique est plus resserré, tout en restant assez vaste, puisque la Constitution indienne a reconnu, en 1999, dix-huit langues officielles. Dans ce pays, on recense 104 langues dont chacune est parlée par plus de 10 000 personnes. L’anglais sert souvent de langue véhiculaire parmi les élites de ce pays.
Il ne faut pas sous-estimer les difficultés de communication entre les différents groupes linguis-tiques à l’intérieur d’une même nation. L’incompréhension est source de méconnaissance et de tensions interethniques. À l’époque contemporaine, les gouvernements asiatiques ont hésité entre l’assimilation des minorités au groupe dominant et une voie « indigéniste » qui valoriserait les cultures et langues minoritaires.
2 Les minorités et la question nationale L’analyse spatiale en termes de centres et de périphéries s’applique à la distribution des groupes ethniques sur les territoires des nations d’Asie. Les territoires nationaux sont organisés à partir
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Partie 1  Peuples et territoires
d’un espace central qui est occupé par le groupe ethnique dominant, à la fois démographiquement et politiquement. Ce groupe a fondé sa prospérité sur la maîtrise hydraulique et sur l’organisa-tion d’un système agricole intensif, généralement rizicole, dans des plaines, de larges vallées et des deltas. Historiquement, les grandes capitales impériales et royales se situaient au cœur de ces grands bassins agricoles densément peuplés. Ce dualisme centre/périphérie existe dans les États archipélagiques à travers l’opposition entre île centrale (Java en Indonésie, Luçon aux Philippines) et îles périphériques plus ou moins intégrées. L’intensification agricole a favorisé l’accumulation des hommes et la formation d’appareils militaires au service d’États centralisés. À l’heure actuelle, les groupes ethniques dominants dirigent l’appareil d’État et détiennent une hégémonie culturelle sur la société nationale. Leur langue s’est imposée comme la langue nationale, sauf en Indonésie. En Asie du Sud-Est, les peuples dominants partagent le pouvoir économique avec des milieux d’affaires issus de la diaspora chinoise ou indienne. L’expansion territoriale des peuples dominants a pu susciter des rapports conflictuels avec les peuples minoritaires. Ceux-ci ont été repoussés au cours de l’histoire vers les espaces de collines et de montagnes en périphérie du territoire central. La plupart des minorités ethnolinguistiques en Asie du Sud-Est occupent des territoires difficiles d’accès, à l’instar des Papous qui se cachent dans les profondeurs de la forêt sempervirente, au cœur des hautes montagnes de l’Irian Jaya. L’opposition initiale demeure fortement marquée en Asie du Sud-Est où la question de l’appartenance à la communauté nationale reste posée. De longs conflits et des tensions durables se perpétuent dans les montagnes de la Birmanie (ou Myanmar) et dans les archipels périphériques d’Indonésie (révoltes des Dayaks). La crainte de la sécession justifie l’emploi de la répression militaire par les pouvoirs centraux et une surveillance policière constante (territoires sous juridiction spéciale). En Inde, les pères de l’indépendance ont fait le choix du fédéralisme et du multiculturalisme. Delhi a admis les revendications identitaires en accordant, par exemple, des territoires protégés aux aborigènes et une large autonomie aux populations de l’Assam. Néanmoins, les tensions restent fortes entre le pouvoir fédéral et les pouvoirs des États, ainsi qu’entre les différentes composantes de la mosaïque ethnique et culturelle que représente l’Inde. Le Japon et la Corée revendiquent leur homogénéité ethnique et les membres des petites minorités ethniques (Aïnous à Hokkaido par exemple) ou étrangères (Coréens au Japon) sont marginalisés. Au cours des derniers siècles, les pouvoirs coréens et japonais ont plus cultivé leurs particularismes que recherché la diffusion de leurs cultures. L’expansion territoriale de la Chine s’est accompagnée d’une acculturation des populations conquises. L’assimilation de la culture chinoise s’est faite plus rapidement dans le sud qu’en e Mandchourie, où la sinisation des populations n’intervient qu’à la fin duXIXsiècle sous l’impulsion de la dynastie impériale d’origine mandchoue. Les peuples « périphériques » de l’ouest de la Chine et des montagnes du Sud-Ouest (province du Yunnan) ont résisté à la sinisation et sont parvenus jusque dans les années 1950 à conserver leur propre civilisation.
Les minorités ethniques en Chine
En Chine, les 55 minorités officiellement recensées comptent 110 millions de personnes (8 % de la popu-lation chinoise), dont 20 millions de Zhuang du Yunnan, 12 millions de Mandchous et 11 millions de Miao du Sichuan et du Hunan. Ces minorités occupent les deux tiers du territoire national et la quasi-totalité des espaces frontaliers. Jusqu’à une date récente, elles représentaient la majorité de la population dans les trois régions autonomes du Xinjiang, du Tibet et de la Mongolie-Intérieure. On assiste actuellement à une accélération de la sinisation de ces territoires que Pékin a toujours considérés comme stratégiques en raison de leur situation frontalière et de la présence d’installations sensibles : complexes pénitentiaires, bases spatiales, centres d’essais et de recherches nucléaires. La défense de la langue et de la religion locales fonde le plus souvent les revendications identitaires, voire sécessionnistes.
Chapitre 1  Un ancien monde
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3 Monde sinisé et monde indien Les civilisations indienne et chinoise possèdent une incontestable capacité d’acculturation des peuples qui ont été soumis par les pouvoirs politiques indiens et chinois. La civilisation chinoise a été fondée très tôt sur un système d’écriture idéophonographique, où chaque signe transcrit un son et traduit une idée. Des formes primitives d’idéogrammes, qui ont été trouvées près de Chengdu, sont vieilles de 4 000 à 5 000 ans.
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Bureaucratie et centralisation politique dans la Chine ancienne
L’adoption précoce d’un système d’écriture a contribué à la pérennité de la civilisation chinoise, en favo-e risant la transmission d’un passé commun. Dès leIIsiècle av. J.-C., le territoire chinois était parcouru par les navettes des courriers impériaux. Les systèmes d’encadrement de la population mis en place par les pouvoirs politiques successifs ont contribué à bâtir l’unité de la civilisation chinoise. À partir de l’Empire des Han, une puissante bureaucratie recrutée par concours (système du mandarinat) et un système fiscal efficace contribuent à la centralisation du pouvoir. L’espace chinois est contrôlé à partir d’un réseau de places centrales, qui disposent de greniers à grains, d’une garnison et de fortifications.
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Dès l’Antiquité, la civilisation chinoise avait atteint un degré élevé de raffinement et de sophisti-er cation. Au cours du I millénaire de l’ère chrétienne, la Chine connaît de remarquables progrès technologiques et scientifiques dans presque tous les domaines. L’Europe n’égalera le niveau e technologique de la Chine duXIIIsiècle qu’avec les acquis du Siècle des lumières, à la fin du e XVIIIsiècle. En Asie, le rayonnement de la civilisation chinoise s’est étendu à la Corée, au Japon et au Vietnam. Dans ces trois pays, les pouvoirs en place ont cherché à imiter le modèle impé-rial chinois et à en calquer l’organisation administrative. Les fondements de la civilisation des pays du monde sinisé ont longtemps reposé sur l’importation des savoirs et des techniques de la Chine, jusqu’à en percer les secrets technologiques, comme celui la sériciculture au profit du Japon. À plusieurs reprises au cours de leurs histoires respectives, la Corée, l’actuel Népal et les royaumes de la péninsule indochinoise se sont reconnus comme vassaux de l’Empire chinois. e Même les conquérants de la Chine que furent les Mongols auXIVsiècle et les Mandchous au e XVIIsiècle se convertirent aux modes de vie chinois. La cour impériale mandchoue distinguait ainsi les barbares crus, c’est-à-dire non sinisés, et les barbares cuits, partiellement sinisés. La civilisation indienne a connu une évolution parallèle à celle de la Chine et les progrès agrono-miques (cultures du riz, de la canne à sucre, du coton) et scientifiques (algèbre, métallurgie, astronomie) sont souvent contemporains. Les échanges entre ces deux grands foyers de culture se matérialisaient par la circulation constante des moines bouddhistes et des commerçants. Les caravanes empruntaient les cols himalayens le long des routes de la soie, tandis que les cargaisons en provenance d’Inde et de Chine s’échangeaient dans les ports de l’Asie du Sud-Est. Cette tradition d’échanges maritimes explique la formation des premières diasporas chinoises de commerçants en Insulinde et dans la péninsule indochinoise. L’influence de la civilisation indienne s’est étendue sur l’Insulinde et le Sud de l’Indochine. Entre e e leIIet leXIIIsiècle apr. J.-C., des royaumes indianisés (hindouistes ou bouddhistes) ont dominé l’actuel Cambodge (Empire khmer) et les îles occidentales de l’actuel archipel indonésien. À la différence du monde sinisé, l’empreinte de la civilisation indienne fut moins durable dans les territoires situés hors du sous-continent indien. L’hindouisme a presque disparu de l’Insulinde au profit de l’islam, tandis que le bouddhisme domine en Indochine. L’hindouisme subsiste dans quelques îles de l’Asie du Sud-Est, comme à Bali, et dans les grandes villes commerçantes où une importante diaspora indienne est présente, comme à Singapour. On ne retrouve pas en Asie du Sud-Est l’organisation sociale en castes, qui est consubstantielle à l’hindouisme. Depuis l’époque de la colonisation européenne, l’idée qui prévaut est celle d’une société indienne fondée sur le principe d’une stricte hiérarchie entre les groupes d’individus.
Partie 1  Peuples et territoires