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L'autodéveloppement? Un défi posé aux ONG

De
208 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 223
EAN13 : 9782296229600
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L'AUTO-DÉVELOPPEMENT? Un défi posé aux ONG

COLLECTION

UCI . VOL. 3

Depuis 1978, une Université Coopérative Internationale (UCI) teste et atteste ses opérations d'université hors les murs, nomade et saisonnière, libre et ouverte. La première décennie -en gros 1980/1990- aura été la décennie d'un déploiement pour cette université" en compagnonnage"; celle qui s'amorce -1990/2000- devrait être celle d'un redéploiement. Ce redéploiement relève, pour sa dimension géographique, de quatre aires culturelles : Afrique (sahélienne surtout, et interlacustre); Amérique Latine (hispanophone essentiellement); Canada (francophone, sans se limiter à la Province de Québec); Europe (sur une base "communautaire", avant de s'ouvrir aux pays circonvoisins). Dans son Réseau Nord-Sud, l'UCI regroupe, en antennes ou en réseaux régionaux, plus d'un milliers de partenaires, selon un régime de recherche permanente apparenté à celui d'une éducation permanente "à la vie longue". Cette recherche permanente relève elle-même d'une rechercheaction dont les productions personnelles et collectives sont basées sur des créativités solitaires ou solidaires. Des expériences cherchent et trouvent leurs expressions pour constituer une banque de données en circulation dans le réseau. C'est sur cette banque de données que la collection L'HARMATTANUCI prélève ouvrages et opuscules afin de les diffuser plus largement. Des acteurs de développement s'y font auteurs de recherches. Celles-ci visent à se ré-investir en programmes et prospectives d'actions innovatrices ou renouvelées, cap sur des développements -éducatifs, gestionnaires, entrepreneuriaux, technologiques ou culturels- qui soient des développements économiquement et écologiquement intégrés. La collection est une caravelle -ou une galère- qui, pour affronter navigation se réclame d'un axiome, celui de Gaston Bachelard. "pour affronter la navigation, il faut des intérêts puissants. Or les véritables intérêts puissants sont les intérêts chimériques. Ce sont les intérêts qu'on rêve, ce ne sont pas ceux qu'on calcule. Ce sont les intérêts fabuleux." UCI-FRANCE 39, Bd St-Germain 75005 PARIS Texte original en anglais, publié par CEBEMO/Royal Tropical Institute . Rotterdam, Pays-Bas, 1987., ISBN 90 6832 019 X Traduction UCI Copyright traduction française, 1991 . Editions de l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique

75005 " Paris
SISO 354.7

ISBN 2-7384-0913-X. CDU [339.96:631/632](81 +594+593)

NUGI659

L'AUTO-DÉVELOPPEMENT?

Un défi posé aux ONG
Eléments comparatifs (Brésil - Indonésie - Thaïlande) Pour des ONG en Recherche-action

Dr Koenraad VERHAGEN

Éditions de l'Harmattan 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Le texte ici publié est celui, après d'autres, d'un rapport final sur l'appui aux activités productrices en zones rurales, étude coordonnée par CEBEMO et conduite par trois organisations non-gouvernementales au Brésil, Indonésie et Tha'11ande.L'auteur est seul responsable des opinions exprimées; leur publication n'implique pas nécessairement que les co-éditeurs (CEBEMO,Royal Tropical Institute -pour la version originale en anglais) ni aucun des partenaires de CEBEMOengagés dans l'étude, y souscrivent.

Ont perticlpé eu treveR de recherche-ectlon

il le b.se

:

Mauro da Costa Souza Joio Cicero de Souza Aloes José Carlos de Santana Souza Panut Wiyarto Dr Kanjara Kaewtlep

Ildes de Oliveira Heinz Bongartz Methodius Kusumahadi Tu Sornchai Dr Kanoksak Kaewtlep

Ont pertlclpé eu trevell de lencement

et d' orgenls.tlon

de le recherche:

Pieter Damen Tony Fernandes Ben Krommendijk

Vincent Brenninkmeijer Theo Janssen Guido Hilhorst

CEBEMO est une ONG pour la coopération au développement issue de la communauté catholique néerlandaise. Elle gère, au nom de cette communauté, un programme gouvernemental conjoint de financement d'actions de développement à la base. Le Royal Tropicallnstitute a pour activité principale la collecte et la diffusion des connaissances relatives aux pays tropicaux dans le cadre de trois programmes majeurs: le développement rural, la santé en milieu tropical, les transferts de connaissances. Dans sa version originale en langue anglaise, Institute "Studies

a challenge to the NGO Community, est le premier
cations du Royal Tropical loppement rural).

cet ouvrage, intitulé Self help promotion, titre d'une nouvelle série de publiin rural development" (Etudes de Déve-

Pour la traduction et la diffusion, la version française est publiée sous le contrôle de l'Université Coopérative Internationale, grâce à un financement du Ministère suisse pour la Coopération (DDA) vi

Table des matières

p.

Table des figures Préface: S'entraider autrement par le Prof. H. Desroche Avant-propos de l'auteur Cartes présentant les zones d'investigation

ix 1 5 8

Première partie: cadre conceptuel

Hypothèses, objectifs,

11

1 Fondements théoriques de la politique d'appui à l'auto-développement (self-help) De quelques concepts erronés La majorité pauvre de la population rurale L'économie associative en perspective Les ONG : institutions d'appui à l'auto-développement Définition de quelques concepts-clefs Objectifs de l'Etude 2 Méthodologie Cadre conceptuel de l'appui à l'auto-développement Huit instruments d'appui à l'auto-développement Nature et portée de l'étude Composition des équipes de recherche-action Un plan d'intervention en dix étapes Les limites de l'étude 3 Problèmes rencontrés au cours de l'étude Cartes présentant les zones d'investigation

11 13 18 19 24 25 29 31 31 42 48 53 58 63

61 69

Deuxième partie:

constats et conclusions

71 73 73 74 74 75 77

4 Zones de recherche et villages: description De quelques caractères communs et singularités Le Brésil L'Indonésie La Thailande Planche de photographies
vii

5 Comparaison des institutions d'appui à l'autodéveloppement dans les trois pays Historique des IAAD dans les trois pays Objectifs des IAAD Populations-cibleset zones d'intervention La structure organisationnelle Les fonctions du développement Rapports avec les autres institutions Les contradictions du développement 6 Les OAD : activités productrices et résultats
l' APAEB au Brésil Usaha Bersama en Indonésie Groupements d'auto-développement en Thailande Planche de photographies

79 79 81 82 83 85 87 90 97 97 109 116 124 125 125 128 131 135 141 143 146 151 155 155 161 169

7 Susciter et soutenir les activités d'appui à l'autodéveloppement: analyse des huit instruments proposés 1. Identification des populations et groupements-cibles 2. Recherche participative et planification 3. Education et formation réciproques 4. Mobilisation des ressources (endogènes et exogènes) 5. Conseils en gestion 6. Réseaux de relations avec les tiers 7. Processus d'expansion et création d'un mouvement 8. Contrôle continu et évaluation permanente 8 Aspects spécifiques de l'appui à l'auto-développement Le concept de "développementglobal"en Thai1ande Relations entre ONG locales et agences "donatrices" 9 Résumé et principales conclusions

Annexes
1. Liste des abréviations 2. Bibliographie 3. Autres publications diffusées en liaison avec l'étude 4. Index des noms cités

185 187 189 192 193

viii

Tables des Figures
1. Les trois secteurs du système économique 2. L'appui à l'auto-développement : segment d'un processus continu 3. Bases d'une démarche systémique favorisant émergence et appui aux activités OAD 4. Les relations du couple IAAD/OAD avec son environnement 5. Pluralité des niveaux d'intervention 6. Représentation schématisée de la couverture des unités étudiées 7. Les dix phases du plan de réalisation de l'étude
8. Deux démarches différentes dans l'appui à l'autodéveloppement d'activités productrices conduites par les ONG locales 9. Structure de l' APAEB au niveau central 10. Aperçu général des activités de l'APAEB Il. Panorama des activités productrices des groupements UB 12. La dynamique interne d'une structure d'OAD à deux niveaux

p.
20 28 32 38 49 51 57

95 101 103 113 147

13. Evolution dans le temps du schéma de production villageoise: passage d'une économie interne à une économie équilibrée 14. Développement et contre-développement: schématisation d'une démarche "globalisante"
15. Essai de représentation d'un nouveau mode de transfert de fonds d'une institution financière étrangère privée à un pays en développement

157 160

167

ix

S'entraider

autrement

Préface par le Professeur Henri Desroche

Le "message" de Koenraad Verhagen s'inscrit dans une conjoncture internationale triplement bousculée et donc trois fois mutante: dans une "premier" monde à l'Ouest; dans un "deuxième" monde à l'Est; dans le "Tiers Monde" au Sud. Dans le premier, dit (péjorativement) "capitaliste" et (familièrement) "entrepreneurial", voici que, sous le signe d'un Good bye Mr Taylor, ses entreprises, pour se vouloir "de qualité", "d'excellence", de "troisième type" ou de "cinquièmepouvoir" se conçoivent, se profilent et s'architecturent comme décidément "participatives", cette participation allant des "co-déterminations" (Mitbestimmung en allemand) à des performances conjointes Goint venture anglo-saxonne) en passant par des motivations de plus en plus mobilisantes et synergiques . Dans le deuxième, dit (prétendument) "socialiste", celui qui, depuis troisquarts de siècle -et en piétinant allègrement I'humanisme de ses inspirateurs- se régulait selon des socialismes autoritaires, des planifications bureaucratiques, des idéologies monopolistes, c'est le déferlement de la Perestroïka, de sa contre-offensive de plus en plus généralisée dans les pays de l'Est. Si à l'Ouest l'entreprise se doit d'être de plus en plus participative, à l'Est -en postulant économie de marché, Etat de droit et multipartisme-, ce sont les anciennes manières de prendre parti et même de prendre parti unique, qui demandent à être relayées dans des partenariats -à parties librement et même libéralement
prenantes.. .

Dans le Tiers-Monde enfin, tout se passe comme si on s'en allait vers un rendez-vous avec les deux mutations précédentes, celle d'un "Bonsoir Monsieur Taylor"; celle d'un "Bonjour Madame Glasnost". Rendez-vous du donner et du recevoir, comme on dit en Afrique et comme si, du Nord au Sud, chacun devait couvrir au moins la moitié du chemin pour s'ajuster au rendez-vous. En fait, on peut se demander si les répercussions du Nord n'accuseraientpas plutôt quelque retard, tant est routinisé, endurci, sclérosé, le double biais de. ses transferts, les technologiques au vent d'Ouest et les idéologiques au ventd'Est. Par contre, des créativités au Sud n'en seraient-ellespas à prendre de l'avance? C'est la question à laquelle Koenraad Verhagen, à partir de ses inductions sur quatre cas de figure, voudrait répondre: "oui"... sous certaines conditions, "oui"... toutes choses égales d'ailleurs, "oui"... toutes circonspections dOment nuancées, et "oui" ... toutes précautions sourcilleusement stipulées... Cette réponse en elle-même, c'est sa spécificitéet c'est son mérite, contraste avec des décennies antérieures, tour à tour sceptiques (un tiers-monde mal parti) ou soupçonneuses (peuHl partir ?) Scepticismesou/et soupçons qui, hélas, ont de quoi trop souvent encore entretenir et maintenir des pessimismes, avec ou 1

sans bouc émissaire. Mais dans la décennie récente, se sont succédés diagnostics et pronostics en sens inverse. Les Nations-Unies ont aperçu ou laissent apercevoir ce qu'elles ont nommé une "zone grise", qui n'était plus, du moins, la "zone noire" de situations dangereusement faméliques, sans emplois, et culturellement exclues. Au monolithisme d'un "sous-développement"s'objectaient des pays -en particulier asiatiques- devenant ou même devenus performants, y compris pour un marché mondial, pays coïncidant plus ou moins avec ceux dans JesqueJsune enquête BIT est alJée dénkher J'innovation des CBM (= coopératives à buts multiples)... D'aucuns ont parlé de "développer autrement" (Rouillé d'Orfeuil); d'autres évoquent une issue de crise pour une" Afrique en crise" (Lloyd Timberhdc:e); le Club de Rome a cautionné une "révolution aux pieds nus" (B. Schneider); après avoir circulé de long en large, P. Pradervant vient de saluer une" Afrique du courage" alias" Afrique en marche". Un autre a passé et repassé au peigne fin tenants et aboutissantsde "l'Aide par Projet" (B. Lecomte). Et surtout, à ces réinterprétationsthéoriques, ont correspondu, correspondent et correspondront, semble-t-il, de mieux en mieux, un formidableraz de marée d'ONG en activités de développement: celles du Nord, de moins en moins caritatives et de plus en plus entrepreneuriales; celles du Sud de plus en plus autodéveloppantes et de moins. en moins satellisées par un développement exogène; celles du NordSud, y compris en Nord-Nord versus Sud-Sud, en peine, en train et en voie de s'aider et de s'entraider autrement. C'est dans cette conjoncture et cette mutation du Tiers Monde -souterrainement communiquantesavec les mutations concommitantesdans le Nord- que se déploie la modélisationfaçonnée par le présent essai: quelque chose comme une partie carrée entre Nord versus Sud, plus OGI versus ONG, et de palier plus exogène à palier plus endogène, ce qui nous vaut plusieurs sigles, ici, portés sur les fonts baptismaux (OAD, IAAD..). Raffinements terminologiques (et conceptuels) mis à part et dament salués, c'est un modèle sur lequel une recension érudite ne manquera pas d'épingler, sinon des mots et des choses, soit parallèles, soit antérieurs; mais ce seront plutôt des tests de validation "ex
post facto"

...

Sur cette lancée d'antécédences, générales ou spécifiques, Koenraad Verhagen assume la tâche -ingrate et prestigieuse- d'être et d'avoir été l'écrivain public tréfilant le susdit modèle, ciselant ses organigrammes, rédigeant ou plutôt "rédactionnant" son commentaire sous la dictée de parties prenantes en expériences contrastées, retenues comme champ opératoire et source d'inductions. Ayant souvent, moi-même, -trop souvent- joué ce rôle de l'écrivain public pour formaliser un matériau préalablement collecté... je puis témoigner que ses relectures et sa récriture postulent des endurances, dont certes le jeu vaut la chandelle mais dont la chandelle se broie par les deux bouts. C'est une première raison -latente- à mon empathie!
Autre titre -et cette fois manifeste- à mon contentement. J'ai mainte fois allégué que le développement coopératif et intercoopératif en pays du Tiers-

I

OG

= Organisation

Gouvernementale; ONG

= Organisation

Non Gouvernementale.

2

Monde -mon hobby depuis trois décennies- allait passer la main, avait passé la main aux hypothèses, postulats et problématiques des développements communautaires et métacommunautaires, sous l'une ou l'autre de leurs trois manifestations: celle d'une économie coopérative élargie en économies sociales, d'ailleurs instituantes plutôt qu'instituées ;

- celle d'ONG, de leurs proliférations au Nord, de leurs champignognages au Sud, de leurs jumelages ou contrats de solidarités des axes Nord-Sud;
- celle d'associations encore informelles, en ce sens de "nébuleuses primitives", prégnantes de persistances coutumières et d'innovations modernisantes, associations intergénérationnellesd'originaires ou de ressortissants, de femmes et de classes d'âge, de prévoyances et crédits tontiniers, villageoises ou suburbaines, etc... Quelque chose comme des coopératives "alternatives", contrastées avec des coopératives "conventionnelles"qu'elles réitèrent ou réactivent, relaient ou relèvent.

C'est même parce que, dans un ouvrage antérieur, j'avais admiré ses tabulations contrastées, que j'avais souhaité une version française au présent ouvrage; et enfin la voici. Au surplus, le scénario de cette coopérative contrastée s'y campe dans le décor de l'intraduisible tryptique : self-helf, mutual aid, selfreliance, à tenir et à retenir comme l'ABC rétrospectif et prospectif d'une stratégie, d'une déontologie et même d'une éthique coopératives... y compris dans le cas -et c'est le cas ici- d'une coopération Nord-Sud. J'avais, autrefois, cherché des équivalences: self-help = créativité; mutual
aid

Gaston Bachelard, le jeu des équivalences n'est pas facile à jouer, surtout s'il se joue entre une langue" à genres" et un texte" condamné à rêver dans une langue sans genres" (cf. G.B. La Poétique des rêves, p. 34). Du moins, ici, le jeu aura-t-il été refait sur une nouvelle donne puisque l'auteur -masculin- aura bénéficié d'une traductrice -féminine- même si celle-ci demeure, comme à l'accoutumée, discrète sur les acrobaties de sa remise en jeu. Saluons l'exemplarité du tandem et de son concours qui, pour s'avérer européen, n'en demeure pas moins un tandem citoyen du monde. Si, après avoir secondé les scripteurs, j'avais à en seconder les lecteurs, je conseillerais volontiers à ceux-ci: - d'abord et peut-être, de croiser une double lecture de cet opus, l'une à l'endroit, l'autre à l'envers, et même, -pourquoi pas 1- en commençant par la seconde qui, dès lors, irriguerait et irradierait la première;

= solidarité;

self-reliance

= subsidiarité.

Mais, comme l'avait déjà déploré

- ensuite, de ne pas occulter le fait que, derrière cette raffinerie, il y a des

gisements sur lesquels des praticiens-chercheursou chercheurs-praticiensont accompli l'exhaure avant d'en retransmettre les extrants aux intrants des rédactions finales. Ce qui crédite cette recherche-action d'avoir été une écriture collective... et réciproquement;

2

K. VERHAGEN Cooperation for Survival, Amsterdam 1984, p. 158. 3

- enfin, de bien vouloir saluer le présent essai comme une inconscientepostérité de Marcel Mauss, et, en tout cas, de son axiome anthropologique "Délivrez-nousdes mots en ismes"... (Capitalisme, libéralisme, socialisme... ou même coopératisme) et de leurs abstractions dogmatiques donc préjudiciables. Il n'y a pas ici le moindre atome d'une échauffourée entre des mots en "ismes".
Ce qui n'empêche pas d'envelopper un grand dessein ou/et même plusieurs. Celui d'une créativité, c'est-à-dire, malgré tout, de faire quelque chose avec du presque rien. Celui d'une solidarité, c'est-à-dire servir sans desservir ni asservir, alias, selon la devise des Groupements Naam, "Développer sans abtmer" au Burkina Faso. Celui d'une subsidiarité, c'est-à-dire, pour l'OG ou le Nord, ne pas se substituer à l'ONG du Sud et, pour l'ONG-Sud, ne recourir ni au Nord ni à l'OG, sauf en dernière instance... Self-help, mutual aid, self-reliance... Si cela ne se dit pas ou se dit mal, cela se pense et se vit dans toutes les langues du monde, avec ou sans genres, anciennesou modernes... Cela se disait même dans la langue de Saint-Augustin: "Tu donnes du pain à qui a faim, mais mieux vaudrait que nul n'ait faim". Ni faim de moyens de vivre. Ni faim de raisons de vivre. Ce qui, moyens contre raisons, raisons contre moyens, Nord-Nord contre Sud-Sud ou inversement, devrait nous induire et nous convier à nous "entraider autrement".
Après Koenraad Verhagen et son élucidation sur cette mutation au Sud

mutation consonante et corrélée avec de grandes mutations au Nord-, penser et agir autrement devient incontournable, sous peine de fossilisation.
En nous conviant à nous entraider autrement, cet ouvrage nous invite précisément à penser et agir autrement. Il suffira de l'avoir lu pour s'en expliquer. Henri Desroche 21 janvier 1990

-

4

Avant propos de l'auteur

Depuis que l'homme existe, les moyens qu'il a imaginés pour parvenir à se prendre lui-même en charge3ont été innombrables. Aujourd'hui encore, c'est ce qui caractérise essentiellement la démarche à laquelle en zones rurales les pauvres recourent pour mener leurs activités productrices. Appliquées dans le passé aux problèmes de développement, les politiques d'inspiration technicoscientifiques ont le plus souvent ignoré ce potentiel. Au lieu de stimuler la capacité des populations rurales pauvres à s'assumer et à s'autodéterminer, elles l'ont stérilisée en introduisant autoritairement de nouveaux systèmes d'organisation et de production. Tandis que la modernisation de l'économie ouvrait à une minorité de privilégiés, dans certaines régions du Brésil, de la Thailande et de l'Indonésie (où cette recherche fut conduite) toute une gamme de nouvelles chances, cette même modernisation a eu pour effet de restreindre encore la base économique de la "majorité pauvre". Des constats semblablesont été avancés sur la situation des populations rurales pauvres dans d'autres pays en voie de développement. Au cours des dernières décennies, cette population a vu son statut réduit à celui de "bénéficiaire" de projets de développement, "attributaire" de nouvelles technologies, "consommateur" de services de santé publique mal coordonnés. Beaucoup de paysans, après avoir perdu leurs terres sont devenus travailleurs agricoles journaliers, dans les plantations, ouvriers sur des chantiers, etc.. Ils se retrouvent dans des situations de dépendance telle que leur sort se décide selon le bon vouloir, les initiatives, les capacités et les ressources d'autres qu'eux-mêmes. Observer que la croissance économiquenationale à elle seule ne peut enrayer la progression d'une pauvreté populaire est devenu un lieu commun. En fait, en surestimant les réalisations économiquesadoptéespar les décideurs politiques nationaux, on a déclanché, et c'est un processus inquiétant, une polarisation socio-économiqueet aggravé les clivages sociaux, aussi bien en ville qu'en zone rurale (cf El Ghonemy, 1985; et Rahman Kahn et Lee, 1984, pour information factuelle et analyse). Dès lors que les ruraux pauvres sont devenus trop nombreux pour que l'aide extérieure suffise à la demande, la solution illustrée par la formule "aide-toitoi-même" (self-help)émerge comme le nouveauparadigme pour lutter contre la pauvreté. Aussi l'appui à "l'auto-développement"apparaît-il comme la principale stratégie qui s'impose aux ONG locales dans les pays en développement. Les expériences prometteuses de certaines d'entre elles ont conduit des Agences

3

L'expression anglaise "self help" n'a pas d'équivalent exact en français. Elle revient

fréquemment dans cet ouvrage et, chaque fois, nous devrons recourir à une périphrase adaptée au contexte pour en traduire approximativement la portée. 5

allemandesd'aide à se saisir du concept d'auto-développement (self-help) pour en faire le thème majeur de leurs recherches documentaires et de leurs discussions (cf Osner et al., 1984; DSE, 1985). Sur le plan politique, l'engagement des ONG dans la promotion de l'autodéveloppementet dans des activités productrices est actuellement un problème sensible, et la nature de leurs relations par rapport aux initiativesgouvernementales est devenu un sujet de discussion fondamental sur les scènes nationales et internationales (OCDE, 1986; van Dijk, 1986; Tongsawate et Tips, 1985; Hendrata Lukas, 1983). Les cas observés dans l'étude que nous présentons ici illustrent la complexité du problème. Telle qu'elle se pose aujourd'hui la question-clef est celle de savoir si des micro-initiatives, recevant l'appui des ONG, peuvent constituer un contrepoids efficace face aux effets économiquesnégatifs des macro-programmes en cours.
Notre étude n'apporte pas de réponse définitive: elle ne peut proposer qu'une perspective d'espérance à l'image de celle qu'offrent aux populations rurales pauvres les activités productrices dans lesquelles elles s'engagent. La démarche analysée ici se rapporte au travail d'ONG de développement s'étant fixé pour objectif de diversifier les perspectives d'action autonome dans et par des populations rurales pauvres afin de promouvoir leur capacité d'infléchir le changement économique dans une direction compatible avec leurs priorités propres et leurs intérêts à long terme. Deux clefs ouvrent l'accès à cette démarche, soit: . bâtir à partir de ce que ces gens possèdent et non plus sur ce qui leur manque; . stimuler et développer leur capacité d'organisation. CEBEMO a pris l'initiative de cette étude. Si des ONG locales, dans ces trois pays, ont accepté d'en partager tous les risques, c'est que -et elles en avaient conscience- leurs conditions de travail ne leur donnaient guère le temps de réfléchir plus méthodiquement sur leur expérience, souvent grande en matière d'appui à l'auto-développement. Elles ont accueilli cette offre de collaboration comme une chance d'analyser plus profondément certaines questions jugées vitales pour la poursuite de leurs objectifs. Ces ONG, établies dans chaque pays, étaient, pour le Brésil, le MOC (Movimentode Organizaçao Comunitaria, à Feira de Santana) soutenu par le CERlS, à Rio de Janeiro; pour l'Indonésie, la Bina Swadaya (à Jakarta); et pour la Thailande, deux CDAS (Centres Diocésains d'Action Sociale) appuyés par leur organisation fattière, le CCDT à Bangkok. Ce rapport comporte deux parties. La première (chapitres 1 à 4) traite des hypothèses, des concepts et de la méthodologie de l'étude. Définis .en termes généraux au commencement de la recherche, ces objectifs ont été affinés, redéployés et ajustés au fil de l'étude pour prendre en compte un dialogue permanent instauré à cette occasion entre les ONG participantes des trois pays ainsi que les apports des membres du Comité de Coordination créé au sein de CEBEMO.

6

Nous avons délibérément rédigé cette première partie de façon distincte: toute organisation envisageantde se lancer dans une recherche de même nature et visant un objectif similaire, pourra l'utiliser séparément soit comme document de travail, soit comme base de discussion. Elle s'achève sur l'exposé des problèmes rencontrés par les ONG participantes, au cours de leur analyse. Cette section est particulièrement riche d'enseignements (chapitre 4). La seconde partie de l'ouvrage (chapitres 5 à 10), porte sur les "résultats de la recherche et ses conclusions". Il s'agit d'une synthèse et d'une refonte des études menées dans les trois pays. Pour faciliter la présentation, les activités des ONG locales y sont dénommées, Institutions d'Appui à l'Auto-Développement (IAAD); elles sont passées en revue et mises en perspective selon leur interaction avec les "OAD" Organisations d'Auto-Développement (self-help). Les résultats obtenus par ces dernières y sont analysés en tant que produit final (output) du système global de l'appui à l'auto-développement. Les agences de financement étrangères, considérées comme faisant partie du système du fait de leur fonction d'assistance financière, jouent un rôle significatif dans ce processus. Aussi le chapitre 9 analyse-t-ildans sa deuxième section changements et ajustements souhaitables selon les modes d'intervention de ces agences.
La complexité et la diversité des actions observables au Brésil justifient un plus grand nombre de pages consacrées à l'analyse des OAD brésiliennes4. Par ailleurs, nous avons complété l'exposé sur la Thal1ande par une section consacrée à la démarche "globalisante" (holistic), en raison de son originalité (1ère partie du chap. 9). Dans chaque pays, les études de terrain se sont déroulées sur une période de six mois environ. En sont issus trois rapports puis un rapport de synthèse provisoire. Enfin, une session de "mise en commun" s'est tenue aux PaysBas. Pour les équipes de chercheurs et pour les représentants des ONG locales concernées, cette session a été l'occasion de scruter et comparer les résultats de leurs recherches respectives ainsi que les programmes de suivi déjà envisagés. Leurs perspectives et leurs stratégies de développement ont fait l'objet d'un débat en profondeur avec le personnel de CEBEMO. Des documents distincts (CEBEMO 1986a et 1986b) ont consigné et cette "session de mise en commun" et les programmes de suivi (présentés par les ONG impliquées).

4

Cette remarque s'applique à la version originale anglaise car, pour cette section consacrée

au Brésil, à la demande de l'Auteur, la traduction française ne reproduit pas le texte original dans son intégralité. 7

Cartes représentant les zones de recherche

Localisation de la zone enquêtée, District de Gunung dans la Province (Territoire Spécial) de Yogyakarta,

Kidul, Java

Indonésie

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8

Localisation des zones enquêtées, Province de Sisaket au nord-est et dans le District de Chomthong près de la ville de Chiengmai au nord de la Thaïlande

Localisation de la zone enquêtée, «Municipio» dans l'État de Bahia, au nord-est du Brésil.

(district) de Serrinha