L'autre développement

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Le développement socialement soutenable "garantit aux générations présentes et futures l'amélioration des capacités de bien-être (sociales, économiques ou écologiques) pour tous, à travers la recherche de l'équité, d'une part, dans la distribution intra-générationnelle de ces capacités et, d'autre part, dans leur transmission inter-générationnelle".
Sur cet autre développement et sur le retour au social qu'il implique, cet ouvrage apporte un cadre conceptuel permettant de renouveler autant l'éthique que l'économie du développement.
Publié le : mercredi 1 juin 2005
Lecture(s) : 224
EAN13 : 9782336268071
Nombre de pages : 134
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L'autre développement

Ethique Economique Collection dirigée par François Régis Mahieu
L'éthique rejoint l'économie dans la recherche du bonheur pour soi et pour les autres. L'individu n'est pas totalement opportuniste, il concilie égoïsme et altruisme. Reconnaître les formes de l'éthique est une priorité en économie: vertu, responsabilité, discussion, justice. Une attention particulière est accordée à l'éthique du développement, en particulier à la considération accordée à la justice intra et intergénérationnelle dans le cadre du développement durable. L'éthique se traduit par des évaluations et des sanctions vis-à-vis de ceux qui ont la responsabilité de la vie bonne. Cette collection concilie recherche et pédagogie, réflexion et action, dans l'optique la plus large possible. Déjà paru

J.P. MINVIELLE et A. LAILLER, Les politiques de sécurité alimentaire au Sénégal depuis l'indépendance, 2005. Roland GUILLON, Les tensions sur l'activité en Afrique de l'ouest. Une apporche comparative Nord-Sud, 2003. Jérôme BALLET, Roland GUILLON, Regards croisés sur le capital social, 2003.

Jérôme Ballet, Jean-Luc Dubois, François- Régis Mahieu

L'autre développement
Le développement socialement soutenable

L'Harmattan 5-7,me de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino !TALlE

2005 ISBN: 2-7475-8774-6 EAN : 9782747587747

@ L'Harmattan,

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage est issu des recherches du Centre d'Ethique et d'Economie pour l'Environnement et le Développement (C3ED) à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines. Ce projet de recherche sur la soutenabilité sociale du développement a bénéficié du soutien financier de l'Institut de Recherche pour le Développement et de l'émulation scientifique initiée par le réseau« Human Development and Capability Approach» (HDCA). Les auteurs remercient tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage, tout en conservant la seule responsabilité de ses imperfections.

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INTRODUCTION
Le développement humain durable représente une perspective nouvelle dans les organisations internationales au début des années 1990. Il accompagne la mise au point au PNUD d'indices du développement humain (Indicateur du Développement Humain, Indicateur de Privation de Capacités, Indicateur de Pauvreté Humaine). Ce changement, largement inspiré des travaux d'Amartya Sen, engage la mesure du développement vers la reconnaissance d'une dimension humaine, dépassant en cela les agrégats standards. Cette perspective humaine consiste à mieux préciser les catégories, par exemple à l'intérieur de la pauvreté, et à humaniser les objectifs du développement. Dans une telle perspective, la dimension humaine n'est plus une simple retombée secondaire de la croissance globale; elle devient le centre et l'objet du développement. Pourtant, l'expression «humaine» reste floue. Elle désigne en fait les aspects sociaux du développement ou encore les conditions de vie: santé, éducation, logement, emploi... La notion « d'homme» est également indéfinie. Le développement reste mesuré au niveau des ménages et théorisé sur la base d'individus opportunistes, évitant toute allusion aux solidarités qui permettent de réagir à la pauvreté. Si le concept de développement humain durable donne à l'économie une perspective plus humaine, il fait aussi preuve d'insuffisances. Nous proposons de dépasser le cadre de réflexion fixé par ce concept. Pour cela, nous développons une approche fondée sur un développement socialement soutenable. Nous entendons par là, «un développement qui garantit aux générations présentes et futures l'amélioration des capacités de bien-être (sociales, économiques ou écologiques) pour tous, à 9

travers la recherche de l'équité d'une part, dans la distribution intra-générationnelle de ces capacités et, d'autre part, dans leur transmission intergénérationnelle ». L'approche du développement socialement soutenable appelle immédiatement plusieurs commentaires. D'abord, nous utilisons de préférence le terme «soutenabilité» à celui de «durabilité ». L'expression «durable» prête en effet à confusion. Certaines particularités sociales sont durables sans pour autant que l'on puisse les considérer comme soutenables. Par exemple, une dictature fondée sur la cruauté et/ ou un populisme «tous pour un, un pour tous» peut s'avérer durable (dans le temps). Cependant elle n'est pas soutenable (à aucun moment du temps) et ne représente pas un patrimoine à préserver pour les générations futures. La soutenabilité sociale ne veut donc pas dire la préservation de ce qui existe. Ensuite, la définition que nous donnons renvoie aux capacités des individus. Nous signifions par capacités l'équivalent du terme anglais «capabilities ». L'équivalent de ce terme en langue française n'existe pas réellement, et la traduction par «capacités» n'est pas toujours assez précise. C'est pourquoi nous utiliserons souvent directement le terme « capabilités » . Selon Sen (1992/2000, p.66): «Elle (la capabilité) représente les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir. La capabilité est, par conséquent, un ensemble de vecteurs de fonctionnement, qui indique qu'un individu est libre de mener tel ou tel type de vie» 1. Elle allie la liberté au «pouvoir- faire »2.
1 La citation est tirée de la version française publiée en (2000) aux éditions du Seuil. Nous reviendrons plus en détail sur cette notion dans le chapitre 2. 2 Ce qui, selon Ricœur (1995), correspond au terme anglais d' « agency» , souvent traduit par «qualité d'agent» afin de le 10

Enfin, la définition que nous donnons du développement socialement soutenable implique les trois dimensions du développement: sociale, économique et environnementale. Cependant, dans cet ouvrage, nous nous centrerons essentiellement sur la dimension sociale. Cela ne veut pas dire que nous oublions les autres dimensions, mais la dimension sociale a reçu jusqu'à présent le moins d'attention. Notre objectif vise en bonne partie à remédier à cet oubli injustifié. Œuvrer pour un développement qui soit plus humain suppose inéluctablement de tenir compte de la dimension sociale. Dans cette perspective, nous partons d'un postulat simple que la valeur de la vie humaine est infinie et universelle. Or les politiques de développement ne sont pas neutres sur la dimension sociale. L'essentiel est de reconnaître l'ambivalence des politiques de développement, de leurs succès et de leurs échecs; et dans ces constats, que les responsabilités soient partagées et non plus assumées exclusivement par la « partie nationale ». Se pose donc la question des effets des politiques; du degré de réversibilité ou d'irréversibilité de ceuxci. Certes, le développement peut être conçu comme un processus continu et cumulatif, mais en fait, nombre de projets sont insoutenables et disparaissent; le développement lui-même est typé comme une situation instable où les efforts et les gains associés se transforment en pertes, fatalisant le «développement du sousdéveloppement ». Or, ces pertes peuvent être mesurées en nombre de vies humaines détruites, en pertes de capabilités, en exclusion, en appauvrissement, etc. Il faut alors se demander si les
différencier du « bien-être ». Initialement liée au bien-être, la capabilité, dans les écrits récents de Sen, se rapproche de l'agency, sans aller jusqu'à associer la responsabilité à la capabilité comme le fait Ricœur. 11

effets des politiques sont réversibles ou non et (ce qui vient en second) compensables ou non. Ainsi une mort humaine est irréversible, même si elle peut être en partie compensable. Une perte de capacité peut s'avérer plus ou moins irréversible, mais parfois non compensable. Les irréversibilités plus ou moins fortes ne doivent pas être confondues avec la soutenabilité forte ou faible. Dans le cas d'un dégât humain irréversible, on parle d'irréversibilité forte ce qui implique que le processus de développement n'est pas soutenable. La soutenabilité désigne l'évolution du processus tandis que l'irréversibilité désigne les effets des mesures prises pour modifier un état donné. Le point de départ du développement socialement soutenable est la reconnaissance des extemalités de tous types que crée un programme de développement et l'imputation des responsabilités conséquentes. Le développement socialement durable est ainsi une perspective nouvelle dans le développement en prenant en compte les aspects négatifs en plus des aspects positifs du développement, notamment des politiques et en imputant la responsabilité des erreurs aux concepteurs comme aux acteurs. Cette approche s'appuie sur une dimension anthropologique en considérant la personne et en lui reconnaissant une éthique face aux autres. Cette éthique se traduit par une auto-contrainte sur la liberté, et se manifeste pratiquement par des formes de coopération sociale; par exemple la solidarité «informelle» dans le travail, les transferts, la protection familiale. Elle repose donc la question du sujet du développement, de sa capacité à réagir face aux contraintes qui lui sont imposées par des politiques. En ce sens, les questions relatives à la soutenabilité sociale de certaines politiques de développement dépendent étroitement des capacités de réaction des agents économiques. 12

Nous développerons notre point de vue à partir de quatre chapitres. Dans le premier chapitre, nous proposons une définition et une analyse du développement socialement soutenable. Dans un second chapitre, nous revenons sur les fondements éthiques de cette approche et insistons sur la personne-sujet du développement. Dans un troisième chapitre, nous développons une réflexion sur la non-soutenabilité du développement. Enfin, un quatrième chapitre défend l'idée de la priorité du développement socialement soutenable et préconise la mise en œuvre d'un principe de précaution sociale.

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