Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 6,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

L'échange inégal et la loi de la valeur

De
576 pages
Samir Amin reprend ici le débat concernant les problèmes de l'échange international inégal. Les discussions relatives à la théorie de la valeur ont été dominées par une interprétation étroitement économiste de l'analyse du monde de production capitaliste. L'auteur s'élève contre le schéma mécaniste et linéaire du matérialisme historique qui découle de cette vulgarisation. Il fait apparaître la prééminence de l'unité du système mondial et critique la causalité linéaire mécaniste des modèles mathématiques utilisés pour démontrer l'existence d'une relation entre le développement des forces productives et le niveau des salaires. Cette nouvelle édition est enrichie de plusieurs études concernant précisément cette dialectique
Voir plus Voir moins
Extrait
Préface

L’échange inégal et la loi de la valeur a été publié pour la première fois par les Éditions Anthropos en 1973. Le texte central qui a donné son nom à l'ouvrage n'a pas été remanié. Cependant, l'annexe a été refaite pour tenir compte d'une critique justifiée qui lui avait été adressée.

Nous complétons ce texte central, dans cette édition, par une série d'études complémentaires. La publication de l'ouvrage de K. Amoa et O. Braun, Échanges internationaux et sous-développement (1974), nous avait donné l'occasion de discuter de certains travaux néoricardiens concernant le commerce international. Nous réaffirmons à cette occasion l'exigence de dépasser le cadre positiviste empiriste et économiste de la critique sraffienne pour poser dans les termes du matérialisme historique les deux questions fondamentales; celle de la mondialisation de la loi de la valeur, et celle de la dialectique lutte de classes/reproduction économique.

La publication du livre de Beaud, Bellon et François, Lire le capitalisme (1976), nous invitait à reprendre certains aspects de ces deux questions fondamentales, notamment en rappelant que la thèse révisionniste de « l'adaptation au développement des forces productives » annihilait la dialectique en question pour faire de la technologie — neutre — le moteur d'une histoire aliénante. Ce retour au déterminisme de la philosophie des Lumières supprimait du même coup le matérialisme historique pour lui substituer une science économique, et assimilait la soumission de la société aux lois de cette science économique à celle de l'univers aux lois de la nature.

L’exploitation des paysans du Tiers-monde dans le système impérialiste mondial reprend la question de l'intégration des mondes ruraux dans l'exploitation capitaliste globale. Les formes de cette intégration commandent en effet l'extraction d'un surtravail paysan, transformé en profit du capital dominant. Du coup la libération et la construction socialiste exigent la destruction de ces rapports d'exploitation, l'établissement de relations d'égalité villes-campagnes (des échanges égaux agriculture-industrie).

Dans Une stratégie de développement autocentré est-elle possible pour l'Afrique ?, nous mettons l'accent sur les implications de ces rapports agriculture-industrie dans la transition socialiste : les rapports marchands égaux villes-campagnes impliquent des formes populaires d'organisation sociale de la production rurale, une stratégie d'industrialisation fondée sur la priorité au soutien du développement agricole et une structure des prix déconnectée de celle qui caractérise le système mondial.

La crise générale contemporaine, en mettant un terme à l'ajustement relativement aisé des économies de la périphérie aux exigences de l'accumulation au centre, rappelle, avec plus de force encore que dans la période précédente, que le développement autocentré passe nécessairement par la « déconnexion », c'est-à-dire la rupture avec la logique de la mondialisation de la valeur.

Développement autocentré, autonomie collective et ordre économique international (1977) propose, dans le cadre de cette problématique, une critique des propositions faites par les bourgeoisies du Tiers monde, réunies sous le titre de « Nouvel Ordre Économique International » (N.O.E.I.) et une analyse des raisons qui devaient conduire à l'échec les « négociations » Nord-Sud.

Cette critique est poursuivie dans l'étude suivante (Du Rapport Pearson au Rapport Brandt, la crise de l’idéologie du développement, 1980), qui s'adresse aux propositions des réformistes regroupés dans la « Commission Brandt ». Ici l'accent est placé sur l'incohérence de ces propositions, en conflit avec la logique de « l'interdépendance » dont elles refusent pourtant de se séparer.

Ainsi la crise sonne-t-elle le glas de l'« époque de Bandoung » (Il y a trente ans, Bandoung, 1985), caractérisée par la tentative d'une construction nationale bourgeoise autonome dans l'interdépendance acceptée. La recompradorisation des bourgeoisies du Tiers monde en cours met à l'ordre du jour de nouvelles luttes de libération que les bourgeoisies locales ne peuvent plus diriger.


Dans les deux dernières études (Les conditions d’une sortie à gauche de la crise; La crise, le Tiers monde et les relations Nord-Sud et Est-Ouest, 1983), nous nous sommes précisément attachés à tenter de dégager les lignes directrices d'une stratégie politique positive permettant d'amorcer la déconnexion et le développement autocentré national et populaire.

Tous ces textes sont datés. Plutôt que d'entreprendre leur révision à la lumière des derniers événements, nous croyons plus pédagogique de les offrir au lecteur tel quel. Nous éviterons ainsi l'exercice qui consiste à masquer les faiblesses éventuelles de l'argument, espérant créer ainsi de meilleures conditions pour l'approfondissement du débat.

L'unité de l'ouvrage s'organise autour du thème fondamental du texte central, à savoir la mondialisation de la valeur. C'est pourquoi nous n'avons pas modifié le titre d'origine, bien que celui-ci portasse la marque du débat de l'époque. La thèse de « l'échange inégal », proposée par Arghiri Emmanuel, avait reçu dans l'ensemble un accueil défavorable. Ce rejet nous paraissait témoigner du refus obstiné de tirer jusqu'au bout les conclusions politiques de l'expansion impérialiste. Les limites de la thèse d'Emmanuel servaient alors de prétexte pour rejeter la pertinence des questions qu'elle posait, sous couvert par exemple d'accusation de circulationisme. Nous tenions alors de montrer qu'en fait derrière « l'échange inégal » — l'apparence immédiate — se profilaient les mécanismes complexes de l'exploitation différentielle du travail par le capital opérant à l'échelle mondiale.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin