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L'économie de la solidarité

De
242 pages
La solidarité et la philanthropie sont à un tournant capital de leur existence. Les Etats, surendettés et en déficit permanent, vont réduire les concours qu'ils accordaient à leurs populations et aux pays en voie de développement. Il va falloir développer des actions solidaires nouvelles alliant les sphères de la solidarité publique et de la philanthropie privée. Il faudra plus de transparence et prouver, mieux qu'à présent, l'efficacité des interventions pour que les généreux donateurs puissent donner intelligemment...
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L’ÉCONOMIE
DE LA SOLIDARITÉ



© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54761-2
EAN : 9782296547612
Pierre BATTINI
L’ÉCONOMIE DE LA
SOLIDARITÉ


Le monde a besoin de vous…
…Engagez-vous !
Préface de Denis Metzger,
Président d’ACTION CONTRE LA FAIM
L’Harmattan


A Claude,
Thomas et Alexandre. Du même auteur
CAPITAL RISQUE : les Règles du Jeu
EDITIONS D’ORGANISATION, Paris, 1985.
INNOVER POUR GAGNER
DUNOD, Paris, 1991.
Traduit en espagnol sous le titre : INNOVAR PARA GANAR
LIMUSA/NORIEGA EDITORES, Mexico, 1994.
CAPITAL RISQUE : Mode d’emploi – « Best Seller »
Préface de Monsieur Raymond BARRE
EDITIONS D’ORGANISATION, Paris, 1998, 2000, 2001.
DE LA CREATION A LA TRANSMISSION : Financer son
entreprise par le Capital Investissement – MAXIMA – Paris - 2006
L’Économie de la Solidarité
Pages Sommaire
13 – Préface de Denis Metzger
15 - Introduction
23 - PARTIE I : les éléments fondamentaux de la
solidarité
23 - Chapitre I : Des causes, des acteurs et des dons
23 - 1 - Les causes
26 - 2 - Les acteurs de la philanthropie
26 - Ceux qui donnent
27 - Ceux qui gèrent Ceux qui reçoivent
30 - 3 - Les grands principes humanitaires
32 - 4 - Que donne-t-on ?
35 - 5 - Des philanthropes devenus célèbres
35 - 6 - Des célébrités devenues philanthropes
35 - 7 - Les questions à se poser avant de donner
39 - Chapitre II : Acteurs français : Associations et vie associative
39 - 1 - Présentation des associations
40 - 2 - Répartition des associations
41 - 3 - Leurs champs d’action
42 - 4 - La répartition des emplois
43 - 5 - Leur poids économique
45 - Chapitre III : Acteurs français : les fondations
45 - 1 - Présentation des fondations
47 - 2 - Profil des fondations
48 - 3 - Les fondations abritées se multiplient
49 - 4 - Les dépenses des fondations
9L’Économie de la Solidarité
Pages
51 - 5 - Qui sont les créateurs ?
51 - 6 - La pérennité des fondations
52 - 7 - Les fondations d’entreprises
53 - 8 - Le mécénat
54 - 9 - Les fondations universitaires
55 - 10 - La fiducie philanthropique
56 - 11 - Les fonds de dotation
57 - 12 - Le poids des fondations en Europe
59 - Chapitre IV : Associations et fondations : Vie juridique,
gouvernance, contrôle et fiscalité
59 - 1 -L’IFA, Institut Français des Administrateurs
60 - 2 - Les associations
62 - 3 - Les fondations
63 - 4 - Les organes de gestion
64 - 5 - Gouvernance et contrôle
67 - 6 - Aspects comptables
68 - 7 - Aspects fiscaux
71 - Chapitre V : La situation de la solidarité en France
71 - 1 - La France… un pays où il fait bon vivre…
72 - 2 - …Avec des dysfonctionnements anormaux
72 - Les problèmes du logement
74 - Le chômage des jeunes et des seniors
76 - La malnutrition
77 - L’illettrisme …Et quelques autres causes à soutenir
81 - 3 - Exemple d’optimisation : l’aide alimentaire en France
84 - 4 - Quatre acteurs de l’aide alimentaire
84 - La Fédération des Banques alimentaires
86 - Le Secours Populaire français
87 - Les Restos du Cœur
88 - La Croix-Rouge française
91 - 5 - Les dons effectués en France
94 - 6 - Évaluation comparée de la générosité des Français
95 - 7 - La place de la France dans le monde
97 - Chapitre VI : Gros plans sur quelques organismes français :
97 - 1 - Leurs missions sociales, leurs ressources, leurs emplois, les comptes
financiers
98 - 2 - Méthodologie et Etudes de cas
99 - L’Institut Pasteur
103 - L’Institut Curie
107 - L’ARC - Association de la Recherche contre le Cancer
10L’Économie de la Solidarité
Pages
109 - La LNCC - Ligue Nationale Contre le Cancer
111 - ACF - Action Contre la Faim
117 - L’AFM - Association Française contre les Myopathies
122 - Sidaction
126 - La Fondation Abbé Pierre
127 - L’Association Emmaüs
128 - La Fondation de France
132 - La Fondation Bettencourt-Schueller
132 - La Fondation Suez-Gaz de France
133 - 3 - Les très graves dérives de quelques organismes
141 - Chapitre VII : La philanthropie aux USA
141 - 1 - La Fondation Franco Américaine
142 - 2 - L’activité philanthropique aux États-Unis
143 - 3 - Les fondations
143 - 4 - Quatre exemples
143 - La Fondation Carnegie
144 - La Fondation Ford
145 - La Fondation Rockefeller
146 - La Fondation Bill et Melinda Gates
147 - 5 - Ce que l’on reproche aux grandes fondations américaines
148 - 6 - Le poids des fondations aux USA
152 - 7 - Le CRA - Le « Community Reinvestment Act »
153 - 8 - Les CD - Les « Community Development »
155 - 9 - L’action internationale des fondations US
158 - 10 - L’évolution de la philanthropie
159 - 11 - Les aléas dus à la crise
161 - Chapitre VIII : L’aide publique et privée au développement
161 - 1 - Les objectifs du millénaire
163 - 2 - Statistiques de l’OCDE
164 - 3 - La place de la France
166 - 4 - L’AFD - Agence Française de Développement
167 - Investissements
168 - Engagements par secteurs
169 - ents par pays Versements et encours
170 - Ressources et éléments financiers
171 - Cinq exemples d’intervention
172 - 5 - Aide publique et aide privée
173 - Sources de financements et emplois
175 - 6 - Evaluation de l’aide
11L’Économie de la Solidarité
Pages
176 - 7 - Nouvelle stratégie : « Trade, not aid », « Du commerce, plus
d’aide »
176 - La problématique du développement
179 - 8 - L’Afrique en phase de décollage ?
181 - Un ordinateur portable pour chaque enfant
182 - L’aide publique augmente, la pauvreté aussi
183 - Chapitre IX : Organisations intergouvernementales et non
gouvernementales
183 - 1 - Les organisations intergouvernementales - OIG
185 - 2 - Les organisations non gouvernementales - ONG
191 - SECONDE PARTIE : La nouvelle philanthropie –
Ses composantes
191 - Chapitre X : l’entrepreneuriat solidaire et social
192 - 1 - Mohammed Yunus et la Grameen Bank
193 - 2 - Le phénomène micro-crédit
196 - 3 - L’ADIE - Association pour le Droit à l’Initiative Économique
197 - 4 - PlaNet Finance
202 - 5 - Ashoka
207 - Chapitre XI : L’arrivée de nouveaux acteurs
213 - Chapitre XII : La « Venture Philanthropy »
213 - 1 - Naissance de la Nouvelle Philanthropie
214 - 2 - Le parallèle avec le Venture Capital
216 - 3 - Les bonnes pratiques du Capital Risque
217 - 4 - Ces méthodes sont-elles transposables ?
220 - 5 - L’Association européenne de « Venture Philanthropie » - EVPA
222 - 6 – BAC - Business Angels des Cités
223 - 7 - Citizen Capital
225 - 8 - Pour les créateurs d’entreprises.
227 - Conclusion
229 - Sites Internet
231 - Index général
235 - Index noms propres
239 - Bibliographie.
12PRÉFACE
La faillite des États providence qui croulent sous les dettes et les
déficits publics rend inévitable leur retrait de leurs missions sociales
traditionnelles. Qui, dès lors, devra assurer les besoins vitaux et
primordiaux qu’ils assument, sinon une Nouvelle Solidarité ? Les
Américains orphelins d’un État providence donnent dix fois plus à
leurs causes culturelles, sociales et caritatives que les Européens. Dans
un contexte où les États n’ont plus les moyens d’assurer la totalité des
fonctions de la solidarité, ce sont les capitaux et les dons privés qui, de
plus en plus interpellés, viendront s’y substituer.
L’insoutenable injustice créée par le découplage libéral – les plus
pauvres s’appauvrissent tandis que les plus riches s’enrichissent –
apparaît dans un mouvement de rétrécissement de notre planète qui, à
son tour, contribue à exacerber les contrastes. Tandis que les deux
tiers des enfants qui meurent de faim n’ont accès à aucune aide
internationale, tandis que les États sociaux démocrates échouaient, à
Rome en 2008, à trouver quelques centaines de millions de dollars
pour sauver les enfants de la malnutrition, une banque d’affaires de
Wall Street, s’auto-allouait 16 milliards de bonus, soit près de cinq
cent mille dollars en moyenne par tête d’employé, en 2009.
Pierre Battini appelle très justement de ses vœux une philanthropie
nouvelle « dont ce sera le rôle et l’honneur de prendre le relais des
États pour soulager la misère du monde ». Ce mouvement est déjà en
route. De plus en plus de fortunes industrielles acquises dans le boom
des années 90 sont mises à la disposition des grandes causes
caritatives que sont le Sida, la vaccination, la Tuberculose ou la Faim
dans le monde. Ceci n’est pas un épiphénomène, les moins riches
participant eux aussi de plus en plus à cet élan de solidarité. Les
citoyens des pays occidentaux répondent massivement présents quand
on les sollicite pour le tsunami en Indonésie ou le tremblement de
terre en Haïti.
13L’Économie de la Solidarité
Cet élan de générosité se fait de façon plus responsable que par le
passé, le donateur ayant un œil de plus en plus critique et averti sur ce
que devient son argent. Une nouvelle morale est en train d’émerger,
loin de la morale chrétienne traditionnelle qui magnifiait le don par
amour du prochain. Dans cette nouvelle morale, il ne suffit pas de
donner, il faut aussi être capable de mesurer l’efficacité de l’action
que l’on sert.
La noblesse de la gratuité du don n’en est pour autant pas affectée.
Au-delà de la raison, un État peut décider de dépenser quelques
millions d’euros pour libérer un seul otage. Des citoyens engagés
peuvent lever des centaines de millions d’euros pour faire des
recherches sur les maladies les plus rares. Ces actes généreux défient
la raison comptable. Mais en toute occasion, l’élu ou le donateur se
doit d’établir la part d’irrationalité que sa politique ou son humanisme
lui fait assumer.
Sachons écouter les chantres de l’efficacité sans pour autant perdre
notre âme. Sans émotion, sans coup de cœur, la solidarité finirait par
s’assécher. Il ne suffit pas de mettre le don en équation pour le rendre
efficace et intelligent. On ne compte plus les politiques d’aide au
développement qui ont sombré pour s’être enfermées dans les
certitudes de formules de mesures d’efficacités économétriques.
Vous découvrirez, dans ce bel ouvrage très documenté, comment
contribuer au mieux au développement du monde qui vous entoure.
Que vous soyez chef d’entreprise, cadre dirigeant, acteur d’une ONG,
ou simple citoyen, vous découvrirez au travers de nombreux exemples
que la générosité du passé, émotionnellement utile à celui qui la
pratique, tend à disparaître au profit d’une nouvelle philanthropie
responsable autant utile à soi-même qu’à son environnement immédiat
et qu’aux autres. En rationalisant l’appartenance à son environnement
social, l’entreprise ou le donateur éclairé s’intronise acteur
responsable d’une Nouvelle Solidarité.
Une chose est certaine, au sortir de la lecture de l’excellent ouvrage de
Pierre Battini, vous saurez comment vous rendre utile dans un monde
qui, hélas, a de plus en plus besoin de vous.
Denis Metzger
Président d’Action Contre la Faim (International).
14INTRODUCTION
« La récession – dite aussi grande crise des années 2008 et suivantes –-
fera mourir sept cent mille enfants africains par an » (Le Monde du 5
mai 2009).
Tels sont les propos de Shantaganan Devarajan l’économiste en chef de
la Banque Mondiale pour l’Afrique.
Autre affirmation : d’ici à fin 2009, en raison de la crise économique, ce
seront un milliard deux cents millions de personnes qui souffriront de la
faim, soit cent millions de plus que l’an dernier.
En 2010, ces prévisions se sont malheureusement réalisées et plus d’un
milliard de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde.
Presque toutes vivent dans les pays en développement, la moitié environ
dans la zone Asie-Pacifique et un quart en Afrique Subsaharienne.
En ligne de mire l’année 2050 où la terre sera peuplée de plus de neuf
milliards d’habitants !
Devant ces chiffres on se pose naturellement les questions suivantes : Mais
que font les États ou les pouvoirs publics nationaux, pour porter remède et
éradiquer définitivement la crise alimentaire dans le monde, phénomène qui
n’est pas nouveau ? Que font les organismes intergouvernementaux comme
l’ONU, la FAO, l’UNICEF ? Et que font les agents privés, personnes
physiques, personnes morales, associations de toute nature… ?
C’est que nous examinerons dans le corps de l’ouvrage.
Mais prenons un exemple : pour l’Afrique par exemple, que fait la Banque
mondiale ? Sur les quarante-trois milliards de dollars d’aides que la Banque
dépense en trois ans pour les pays pauvres dans le cadre de l’AID - Aide
Internationale au Développement -, la moitié est consacrée à l’Afrique ;
« nous augmentons l’aide à l’agriculture qui reçoit cette année un milliard de
dollars contre quatre cents millions par an seulement il y a cinq ans, et nous
espérons que les bailleurs de fonds tiendront leurs promesses » dit le
Directeur Général.
Au niveau des nations, chaque pays développé possède un budget d’aide au
développement qu’il affecte selon les problèmes de fond qu’il souhaite aider
à résoudre ou les urgences qui se présentent.
15L’Économie de la Solidarité
On connaît les liens anciens et forts qui unissent par exemple la France à
l’Afrique et nous examinerons le soutien qui est apporté dans ce cadre.
Mais les acteurs privés ne restent pas inactifs et ont toujours été présents
répondant également aux demandes permanentes ou occasionnelles de
famines particulièrement graves ou de cataclysmes particuliers.
Il faut dire que nombreuses sont les causes à soutenir, qui vont dans le
monde des enfants atteints de bilharziose, aux adultes décimés par le sida, ou
le troisième âge atteint par les maladies neuro-dégénératives, maladie
d’Alzheimer, sclérose en plaques…
Mais il faut aussi mentionner tous ceux atteints de malnutrition, les
handicapés qu’il faut aider à intégrer la société pour y exercer un petit
emploi, faciliter la réinsertion des prisonniers qui sortent de prison, ou les
créateurs d’entreprises dans les banlieues défavorisées… La sous-nutrition et
les carences alimentaires sont évidemment les plus criantes, les plus
voyantes et celles qui émeuvent le plus lorsqu’on regarde par exemple les
journaux télévisés.
Mais toutes les causes à soutenir sont différentes, et aux yeux des donateurs,
toutes dignes d’intérêt. On verra leur grande variété et ici comme ailleurs, les
États, et les grandes organisations internationales ou les ONG –
Organisations non gouvernementales – ne peuvent pas tout.
Il y a donc une place prépondérante à prendre par les organismes privés,
ou personnes physiques qui veulent y consacrer tout ou partie de leur
temps et y contribuer financièrement.
C’est le champ de la philanthropie, de la solidarité pratiquée de façon
anonyme et apparemment à petite échelle par les passagers du métro qui
glissent une pièce d’un euro à ceux qui les interpellent, à grande échelle par
les organismes connus mondialement comme Médecins sans Frontières,
Action contre la Faim, ou les grandes fondations européennes ou
américaines.
La solidarité entre les générations est un principe bien connu en France
puisque c’est sur elle que repose le système des retraites par répartition. Il ne
s’agit évidemment pas d’une solidarité choisie mais imposée, les actifs
cotisant aux différents systèmes de retraites et les pensions étant
immédiatement versées aux retraités.
On connaît les problèmes qui se posent à ce système : une base d’actifs
cotisants qui se réduit, notamment en temps de crise, et un nombre de
bénéficiaires qui ne cesse d’augmenter grâce aux progrès médicaux réalisés.
Aucun système de retraites n’étant parfait les pays qui pratiquent la retraite
par capitalisation sont confrontés aux mêmes problèmes à la suite de la
grande crise et les fonds de pension anglo-saxons auront du mal à servir les
pensions aux ayants droit.
16L’Économie de la Solidarité
L’origine de la philanthropie
Du grec philos (ami) et anthropos (homme) la philanthropie est une
philosophie qui met « l’homme et donc l’humanité au premier rang de ses
priorités ».
Le philanthrope, ami des hommes veut améliorer le sort de ses semblables,
les nécessiteux, les malheureux, les malades, les désespérés, les jeunes, les
adultes, les vieillards…
La philanthropie s’oppose naturellement à la misanthropie dont Molière nous
donne les grands traits, celle-ci pouvant s’accompagner au-delà du « ne rien
faire » par une forme de méchanceté dirigée contre les hommes en
particulier et l’humanité en général.
Les exemples sont nombreux et on ne pourra les mentionner tous ; on ne
pourra évidemment pas parler par exemple des soixante mille fondations
existantes aux USA, ni des soixante mille associations françaises oeuvrant
dans la sphère de la solidarité.
On n’aura garde cependant d’oublier les accrocs, heureusement rares, les
scandales largement relatés par les médias, escroqueries ou naïvetés en tous
genres qui jettent une ombre sur toutes ces actions et la malhonnêteté de
quelques-uns engagés dans ces actions qui doivent rester désintéressées.
En France, on utilisera souvent le terme de solidarité pour montrer cet intérêt
de l’homme pour l’homme, dans les pays anglo-saxons ce sera la
philanthropie qui l’emportera.
D’origine très ancienne, la philanthropie comprend dans ses rangs les
mécènes, terme qui tire son nom d’un Romain, Mécène (69 – 8 avant JC)
faisant partie de l’entourage d’Auguste et connu pour ses générosités.
Des penseurs et des philosophes vont mettre en avant ces termes, dans leurs
écrits ou leurs actions, ainsi le Grec Aristote dans son Éthique à Nicomaque
ou le Romain Cicéron dans Des devoirs.
Par la suite et à notre époque femmes et hommes célèbres, ou qui le sont
devenus, laisseront leur nom dans cette histoire éternelle, le Docteur
Schweitzer, l’Abbé Pierre « the french Doctor » Bernard Kouchner, Mère
Térésa, Bill Clinton, et Bill Gates passé de l’industrie à la philanthropie…
tous vont laisser leur trace se positionnant de façon originale parce qu’un
jour ils ont eu vraiment la révélation qu’ils pourraient être utiles au-delà de
leurs spécialités quotidiennes.
L’histoire de l’Économie de la solidarité n’est pas un long fleuve
tranquille linéaire et uniforme : elle a connu quelques phases d’avancées
et de reculs souvent liées aux évolutions économiques ; la crise fait
augmenter le nombre des nécessiteux, la croissance économique permet
aux « généreux donateurs » de découvrir des besoins à satisfaire et leur
surface financière va leur permettre d’y répondre positivement.
17L’Économie de la Solidarité
Se posera toujours le problème de l’efficacité de ces actions : quels résultats
retenir pour en juger ? Le nombre de jeunes enfants à qui on procure cent
grammes de nourriture par jour à la suite d’un calcul primaire ou plutôt ceux
qu’on a réellement sauvés par des aides alimentaires nutritionnelles
équilibrées mais aussi par des actions de formation et d’enseignement qui
vont vraiment leur permettre de « s’en sortir » ?
En même temps son champ s’est élargi. Le Prix Nobel de la Paix
Mohammed Yunus a montré qu’avec le microcrédit on pouvait redonner de
l’espoir à ceux qui n’en avaient plus, en les aidant à créer leur propre emploi,
en d’autres termes en pouvant enfin gagner leur vie non plus en mendiant
mais en travaillant. Le micro crédit à permis a de nombreux bénéficiaires
non seulement d’avoir un travail mais de relever la tête. Ce micro crédit s’est
également professionnalisé et quelques financiers philanthropes ont aidé la
création d’entreprises avec l’objectif, « non seulement vous allez créer votre
emploi mais une vraie entreprise avec de vrais salariés : vous allez devenir
créateurs d’emplois et aussi créateurs de richesses, pas seulement financières
mais aussi sociales ».
Depuis les années 1990, la Nouvelle Philanthropie a vu le jour.
La concernant, trois éléments nous semblent la caractériser : l’introduction
de l’entrepreneuriat solidaire et social dont le père fondateur est Mohammed
Yunus, la nouvelle orientation donnée à l’Aide Publique au Développement
privilégiant le commerce aux aides classiques, et l’arrivée de nouveaux
acteurs, souvent de riches acteurs, qui souhaitent introduire dans les actions
philanthropiques plus d’efficacité – au niveau de la sélection des causes et
des résultats obtenus – en reprenant les principes qui ont prévalu dans le
« Venture Capital » transposant celui-ci en « Venture Philanthropy ».
Mais peut-on comparer une action charitable à une activité économique et
financière censée développer des entreprises et générer des profits –
autrefois – fabuleux ?
Charity Business, telle est la nouvelle expression à la mode !
La charité est-elle soluble dans le business ? Ou le business peut-il se
dissoudre dans la charité ? Ni l’un ni l’autre. Il ne s’agit pas de ramener
la charité à du business devant déboucher forcément sur des
rendements financiers, mais il s’agit d’appliquer quelques principes de
base tenant à une gestion plus rigoureuse, des choix plus ciblés et une
rentabilité sociale mesurable et plus efficace. « La charité est devenue un
produit de consommation de masse. Nous sommes habitués au tam-tam de la
philanthropie, les instruments se sont lentement mis en place année par
année. Nous vivons à leur rythme », disait Bernard Kouchner, déjà en 1986 !
Certains économistes contestent évidemment l’intrusion de « méthodes
capitalistes » dans le champ de la solidarité y voyant une nouvelle face
18L’Économie de la Solidarité
cachée du diable, le capitalisme s’habillant de nouveaux atours… On
donnera au lecteur les éléments pour qu’il se fasse sa propre opinion.
Quoi qu’il en soit, devant les dégâts occasionnés par la dernière crise
financière et économique qui a mené les états sur la voie du surendettement,
les budgets d’aides à l’intérieur des frontières mais aussi et surtout à
l’extérieur vont subir des coupes sombres.
Or les causes de plus en plus nombreuses, de plus en plus graves à
soutenir à travers le monde risquent d’être plus ou moins abandonnées ;
ce sera le rôle et l’honneur de la philanthropie privée de prendre le
relais pour soulager la misère du monde.
Nous examinerons les acteurs qui interviennent dans le champ de la
solidarité, reconnue ou non, d’intérêt public, les moyens d’actions, les
politiques publiques en cette matière, relaterons les expériences et la vie de
quelques-uns, parlerons de la nouvelle philanthropie, ce qu’on peut en
attendre, les problèmes qui vont se poser au monde et en illustrant par de
nombreux exemples quelques-uns connus, beaucoup restant à découvrir
grâce à Internet notamment qui relaie toutes les initiatives mondiales.
L’aide publique au développement est aujourd’hui remise en question pour
une bonne et simple raison : les résultats ne sont pas au rendez-vous. C’est
pourquoi certains économistes reprennent à leur compte un slogan des
années soixante : « Trade, not aid », du commerce pas d’aide. Cet avis est
d’ailleurs partagé par certains des bénéficiaires.
La période récente, avant la crise, a vu en forte augmentation le nombre de
millionnaires et de milliardaires ? Est-ce une bonne chose ? ou une
mauvaise ? C’est une bonne chose si on peut les inciter à prendre place dans
ce mouvement mondial qu’est la solidarité ou même à augmenter les apports
qu’ils font déjà s’ils en sont familiers.
De ce point de vue les États en général ont encouragé tous les donateurs
par des exemptions fiscales et pour une fois la France se situe depuis peu
dans les pays les plus avantagés.
La dernière élection présidentielle américaine est la plus onéreuse de tous les
temps avec des dépenses estimées à deux milliards de dollars. Les
sympathisants des deux grands partis sont toujours appelés à participer
financièrement pour soutenir les candidats de leur choix. Au-delà des
grandes compagnies industrielles, banques, compagnies d’assurances et
universités, des gens fortunés et des acteurs d’Hollywood, il apparaît que le
candidat Barack Obama a récolté de nombreux dons de la classe moyenne et
des minorités qui lui auraient apporté 48 % des dons reçus sur un total de
745 M$ ; le faible montant des dons moyens – 77 $ – apparaît bien comme
quelque chose de nouveau dans ces élections, et il faudra aussi compter avec
ce phénomène pour la prochaine élection non seulement aux USA mais
pourquoi pas en France.
19L’Économie de la Solidarité
Des anonymes ont cru en ses promesses « Yes, we can » et l’ont soutenu
avec enthousiasme.
À ce sujet une tradition américaine très singulière : les grands donateurs des
campagnes présidentielles sont souvent récompensés quand leur candidat est
élu et Barack Obama n’a pas dérogé à celle-ci en nommant Matthew Barzun,
chef d’entreprise du Kentucky ambassadeur en Suède pour avoir « levé »
cinq cent mille dollars pour aider au financement de la campagne
présidentielle, et Samuel Kaplan, avocat de Minneapolis (trois cent mille
dollars) ambassadeur au Maroc.
La situation des USA et de l’Europe est foncièrement différente ;
traditionnellement les États européens s’occupent du côté social et du bien-
être de la population par des mesures adéquates bien connues en France
(aide au logement, allocations familiales, prime à l’emploi, RMI, revenu
minimum d’insertion, transformé en RSA, Revenu de solidarité active, une
création de Martin Hirsch…) et aux USA ce seraient les agents privés, très
actifs depuis notamment la création des grandes fondations par les
industriels au milieu du XIXe siècle, qui s’en occuperaient.
Pour aider les donateurs, anciens ou nouveaux, personnes physiques ou
personnes morales, nous avons développé dans cet ouvrage une analyse
financière légère d’un certain nombre de ces organismes : quelles sont leurs
ressources, comment les emploient-ils, quels sont leurs frais généraux ; ont-
ils suffisamment d’argent, ou au contraire en ont-ils trop par rapport à leurs
engagements ; quelle est la surface de leur patrimoine, leurs actifs
immobiliers, corporels ou financiers, leurs réserves : pas assez importantes ?
trop importantes ? dans la moyenne ?…
Un aspect financier qui n’existe pas dans d’autres livres.
Comment se présente l’avenir pour la décennie présente ? Le futur
immédiat c’est que malheureusement les états très endettés suite à la crise
dont nous ne sommes pas encore sortis – et que Jacques Attali voit suivie
d’une autre beaucoup plus dramatique – il ne faudra pas compter que ceux-ci
augmentent suffisamment leurs concours financiers ou matériels pour
améliorer sensiblement la situation.
Mais l’argent n’est pas tout et les aides à la personne par des assistances
permanentes peuvent aussi aider à régler de nombreux problèmes, et
principalement ceux que l’on trouve dans les pays dits développés, mal-
logement, illettrisme, malnutrition…
Dans ce paysage, quelle est la situation de la France ? Un chapitre lui est
consacré ; elle est classée avec les élèves qui pourraient faire beaucoup
mieux.
20L’Économie de la Solidarité
En réalité nous sommes à un tournant et certains faits récents
entraîneront des bouleversements complets dans la sphère de la
solidarité ; retenons notamment :
« Vivre aux dépens de l’État n’est plus une option possible »
déclare David Cameron, premier Ministre britannique, annonçant ainsi
la diminution, voire la suppression, de certaines aides publiques, et la
venue d’une « Big Society » ;
Bill Gates et Warren Buffet invitant les milliardaires de tous les
pays à les rejoindre dans l’action philanthropique ;
À la tribune des Nations Unies, le Président français relance
l’idée d’une taxe sur les flux financiers pour venir en aide aux plus
défavorisés ;
L’ONU déclare vouloir mettre en place une Sécurité sociale pour
un milliard quatre cents millions de personnes défavorisées,
Et enfin, bonne nouvelle, l’Afrique serait prête au décollage
économique, cher aux économistes.
L’Économie de la solidarité est-elle une économie comme une autre ?
Évidemment non.
Certes elle repose sur des flux financiers et des flux de produits et services,
qui s’adressent, une fois n’est pas coutume, aux plus défavorisés.
Toute économie est créatrice de richesse et celle-ci n’y échappe pas. Mais les
bénéfices ne sont pas du type financier, les bénéfices retirés s’appellent
éducation, santé, réconfort, reclassement, nutrition, nourriture, alimentation,
guérisons… et « sauvetage » des individus les plus déshérités… mais aussi
satisfaction de ceux qui ont permis ces actions et les ont accomplies.
Cet ouvrage doit permettre à tous de mieux comprendre les mécanismes de
cette économie très particulière, les enjeux et les solutions, d’arbitrer
certaines priorités ou urgences dans leurs dons, mais aussi de donner ou de
redonner envie de participer à une grande et belle aventure humaine.
Paris, décembre 2010.
21


PARTIE I : les éléments fondamentaux
de la solidarité
Nous proposons dans cette première partie de procéder à la description des
« fondamentaux » de l’économie solidaire, des acteurs et des causes, des
moyens et techniques employés permettant une mise en œuvre efficiente, en
même temps qu’un tour du monde de cette activité présentant des
comparaisons entre pays… qui réservent quelques surprises.
CHAPITRE I
DES CAUSES, DES ACTEURS ET DES DONS
1 - Les causes
Multiples sont les causes, multiples sont les donateurs, multiples sont les
formes que revêtent les dons. Une présentation est donc nécessaire d’autant
que leur nombre et leurs spécialisations évoluent régulièrement en fonction
des objectifs – à court, moyen ou long terme – et des impératifs qui
surgissent – tels tsunamis, famines, tremblements de terre, épidémies,
typhons…–.
La Foundation Center est la plus importante source d’information sur la
« private philanthropy » aux USA. Elle aide les donateurs, les bénéficiaires,
les chercheurs, les hommes politiques, les médias et le public à mieux
comprendre le champ de la philanthropie pour mieux intervenir.
Créée en 1956 elle regroupe aujourd'hui 550 fondations américaines ; c’est
une « non profit organization » reconnue comme incontournable aux USA et
dans le monde.
La Foundation Center a dressé avec le « Center’s Grants Classification » la
liste des grandes causes de la solidarité.
Dix thèmes principaux sont retenus donnant deux douzaines de sous familles
dont on trouvera le résumé ci-après.
23L’Économie de la Solidarité
1 – L’Art, la Culture, les humanités
2 – L’Éducation
3 – Tout ce qui concerne l’environnement et la protection des animaux
4 – Le domaine de la Santé
La santé au sens général,
La santé mentale,
Toutes les disciplines médicales,
La recherche médicale,
5 – Les services à la personne
Les protections publiques, la prévention des crimes et de la
délinquance,
L’emploi,
La nourriture, la nutrition, l’agriculture,
Le logement,
La sécurité des citoyens,
Les loisirs, les sports, les spectacles,
La formation et le développement des jeunes,
6 – L’International et les affaires étrangères
7 – La vie publique et en société
Les droits civiques, l’action sociale,
La vie en collectivité,
La philanthropie, le bénévolat, l’aide des fondations,
La recherche dans les sciences et la technologie,
La Recherche en sciences sociales,
8 – La religion
9 – Le secteur mutualiste et les bénéficiaires
10 – Autres.
D’une assistance aux personnes qu’elle fut pendant des siècles, depuis deux
décennies la philanthropie a ajouté à ces causes traditionnelles celles de la
protection de la nature et des espèces, de l’environnement et du
développement durable, le tout sous l’influence des atteintes portées à la
planète et au réchauffement climatique ; on sait par exemple que les
ressources en eau sont déjà compromises et que ce problème, cette nouvelle
cause, va devenir la nouvelle urgence à régler dans les années qui viennent.
Dans les chapitres qui suivent, par un certain nombre d’exemples concrets
on présentera les interventions détaillées de ces « organisations non
profitables » pour mieux saisir le contenu social, économique et financier de
cette activité.
Pour bien montrer l’arborescence des causes principales et des causes liées,
la société NPC – Nouvelle Philanthropie Conseil – nous a autorisés à publier
le tableau récapitulatif suivant.
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