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couverture

Du même auteur

La Politique de la monnaie : analyses et propositions

Economica, 1976

 

Sauver l’économie

Calmann-Lévy, 1978

 

Comment juger son temps

Le Nouveau Journal, 1982

 

Pour un nouveau libéralisme

Albin Michel, 1982

 

La Rupture : le libéralisme à l’épreuve des faits

Economica, 1986

 

L’Europe et la Coordination des politiques monétaires

(en collaboration)

Sirey, 1991

L’Économie expliquée à ma fille

Éditions du Seuil, 1997 (1re édition)

 

L’Europe et l’Entreprise : clés pour le décideur

InterÉditions, 1993

 

La Mondialisation racontée à ma fille

Éditions du Seuil, 2001 ; 2e éd. à paraître, 2007

 

Effet de serre : le grand mensonge ?

Éditions du Seuil, 2002

 

Currency crises : a theoretical and empirical perspective

(avec R. Franck)

Edward Elgar, 2004

 

Les secrets de la prospérité

L’économie expliquée à ma fille 2

Seuil, 2001

Ce livre n’a pas besoin de dédicace,
elle est Claire.
Mais à nouvelle édition, nouvel acteur :
à Paul, dans le sillage de sa sœur.

« The trouble with people is not what they don’t know,

but what they know that ain’t so. »

(« Le problème avec les gens ce n’est pas ce

qu’ils ne savent pas, mais ce qu’ils savent et qui n’est pas. »)

Désolé, je ne sais plus à qui rendre cette formidable pensée,

mais quel fameux économiste il eût fait !

« Le premier jour Dieu créa le soleil.

Le Diable de répliquer en créant le coup de soleil.

Le deuxième jour Dieu créa le sexe.

Le Diable contre-attaqua en créant le mariage.

Le troisième jour Dieu créa un économiste.

Dur défi pour le Diable.

Après une longue réflexion, il finit par créer…

un second économiste. »

Les Économistes anonymes.

Préface à la deuxième édition


Presque dix ans après sa sortie, une deuxième édition de ce livre s’imposait. Les temps ont changé, la vision des économistes a évolué. Il fallait en tenir compte. En dépit de son succès national et international (traduit en dix langues) et de ses divers retirages, les changements effectués restèrent marginaux.

Cette nouvelle édition présente un texte largement remanié afin d’intégrer les évolutions de la pensée économique et les modifications du monde. Chaque chapitre a été adapté et enrichi lorsque la nécessité s’en est fait sentir, et un chapitre a été ajouté, le tout en gardant le ton de la conversation au coin du feu et cette « légèreté sérieuse » qui a sans doute fait pour beaucoup le succès de la première édition.

J’espère que le lecteur (ancien ou nouveau) y trouvera son compte et entreprendra ce nouveau voyage en économie avec le même enthousiasme qu’il a été préparé.

A.F.

Prologue


Le plus vieux métier du monde

Écrire un livre ensemble : il y a longtemps que j’en avais envie. Comme lorsque tu étais petite et que nous bâtissions en cheminant main dans la main des poèmes laissant loin derrière nous nos Lamartine et autres Victor Hugo nationaux. Mais jusqu’à aujourd’hui nous étions trop jeunes pour nous lancer dans cette aventure. Le temps a passé et la période me paraît propice. Oh ! rassure-toi, il n’est pas dans mes intentions de t’imposer un labeur à te dégoûter à jamais de l’économie, des économistes, des profs et… de ton père. Non, je voudrais simplement que tu me prêtes quelque attention afin de perpétuer, par l’intermédiaire de l’écriture, le charme des tête-à-tête que nous avons eus depuis ta plus tendre enfance. Une sorte d’échange au coin du feu d’où j’espère jailliront les ondes de la communication et de la compréhension mutuelle.

L’économie, n’est-ce pas la vie ? Pas toute, bien sûr, mais une bonne part, tu en conviendras. Et maintenant que tu vas devoir te frotter chaque jour davantage au monde et à ses créatures, avec leurs grandeurs et leurs petitesses, comprendre les principales questions économiques de notre temps me paraît faire partie du viatique minimum de l’« honnête femme » du XXIe siècle que tu seras (j’espère que cette formulation comblera tes premières tendances féministes).

Loin de moi l’idée de t’infliger un traité abscons sur l’économie. Tant pis, je rame à contre-courant. Je m’efforcerai donc d’être, du moins je l’espère, clair et compréhensible, voire enjoué en dépit de cette matière dont la réputation première n’est pas d’abriter de joyeux lurons. Et pourtant ! Les économistes et leur science (je vois ton œil goguenard) peuvent être plus ludiques qu’on ne le pense généralement. Oui, oui, je t’assure ! Enfin, dans certaines limites, bien sûr. Mais pour qui aime, tout est miel.

Qu’on s’entende bien. Pas de démagogie, ce n’est pas mon truc, tu le sais. Comprendre l’économie exige quelques efforts et un minimum d’attention. Il ne suffit pas de la pratiquer quotidiennement, comme M. Jourdain faisait sa prose, pour en décoder les énigmes et en saisir les mécanismes. L’économie, comme la médecine, cela s’apprend. Et même si ce n’est pas une matière toujours facile, ce n’est pas non plus le repoussoir que certains veulent en faire. (Einstein aurait dit un jour qu’il souhaitait apprendre l’économie, mais la matière étant trop difficile il avait préféré se tourner vers la physique… Je soupçonne un petit malin d’économiste d’avoir monté cette histoire de toutes pièces pour se faire plaisir. Et comme les économistes ont parfois un ego un peu démesuré – ne t’en fais pas, ce ne sont pas les seuls –, elle s’est répandue dans la profession comme une traînée de poudre.)

Le livre que je te propose n’est donc pas un traité, ni un manuel scolaire, ni une histoire de la pensée fastidieuse, encore moins un morceau de bravoure technique. Je voudrais que tu le prennes comme une narration-conversation sur l’économie et les grandes questions qu’elle agite. Je la voudrais non seulement agréable mais utile, bâtie dans la bonne humeur mais sans tomber dans la légèreté, en bref sérieuse sans se prendre au sérieux. Pas facile à faire, crois-moi.

Cet échange, je ne t’interdis pas de le colporter. Au contraire. Je vais même te livrer un secret : j’en serais ravi. Et si tous tes copains et copines pouvaient convaincre leurs pères, leurs mères, leurs frères et leurs sœurs, en y ajoutant leurs oncles et leurs tantes, leurs cousins et leurs amis, de s’immiscer dans nos débats, qu’ils soient les bienvenus – et je te promets de te dresser une statue. Car je doute que mon éditeur reconnaisse le génie de ton père, et le tien, au point de faire une campagne d’enfer pour promouvoir nos échanges.

Alors, première leçon d’économie – et de vie –, toujours bonne à rappeler : « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

Deuxième leçon, sur les économistes, et leur humour ravageur : « L’économie est sûrement le plus vieux métier du monde, car seuls les économistes sont capables d’avoir créé le chaos là où Dieu avait créé le monde. » N’en crois rien, bien sûr… ils ont fait pire : parfois se prendre pour Dieu !

Maintenant, la suite de l’histoire…

1

Pourquoi l’économie


La barbe à papa

L’économie, c’est la barbe ! Et les économistes, de tristes êtres au cœur sec et à l’âme (s’ils en ont une) rabougrie ! Ces banalités sont tellement répandues que j’ose à peine les mentionner. D’autant qu’elles pourraient te servir d’argument pour ne pas poursuivre au-delà de ces premières lignes. Ce qui serait dommage pour moi (je risquerais de perdre mon premier lecteur…), et peut-être un peu pour toi. L’économie n’est donc pas aussi « lugubre » que certains le prétendent. (C’est à un esthète anglais du XIXe siècle que l’on doit le tendre qualificatif de « science lugubre », brr, appliqué à l’économie. Cette douceur était surtout adressée aux positions du rigoriste pasteur Thomas Malthus selon lesquelles l’augmentation de la population étant beaucoup plus rapide que celle de la production alimentaire, la famine était inéluctable, sauf à tempérer les besoins des pauvres et à les inciter à faire moins d’enfants. Heureusement que les économistes, pour ne rien dire des pasteurs, se trompent et font bien d’autres choses que de prévoir des catastrophes !)

D’ailleurs, pourquoi ne pas pousser encore plus loin la provocation (tu adores, je le sais) ? Loin d’être ennuyeuse, l’économie peut être passionnante. Elle n’est pas une langue morte dont la seule fonction serait de stimuler les neurones ou de donner lieu à quelques jeux intellectuels ou esthétiques. Malgré tout le respect que je porte au latin et au grec (tu m’as suffisamment reproché de te pousser à les apprendre), leur opérationnalité directe n’est pas des plus évidentes, du moins au premier abord. L’objet de la connaissance économique n’est pas non plus d’apporter à son ésotérique détenteur le sésame pour briller dans les salons ou épater la galerie. Non, il ne s’agit pas de cela.

Je voudrais te convaincre que l’économie peut servir à quelque chose. Son but premier est d’aider à comprendre le monde et ses minuscules créatures, à prendre de meilleures décisions dans la vie individuelle et sociale, dans la vie des affaires, au sein des organisations et des associations de toutes sortes. Si l’analyse que fait l’économiste n’a pas pour ambition de décortiquer les méandres de l’âme humaine, elle fournit tout de même des outils puissants pour cerner les contours des comportements individuels et collectifs et de leurs interactions ; elle apporte en cela une compréhension certes partielle mais fructueuse des phénomènes économiques, et plus généralement des phénomènes sociétaux (des hommes en société), qui n’a rien à envier aux explications des autres sciences humaines (sociologie, psychologie, politologie, criminologie, anthropologie), bien au contraire, diront certains. (A ce sujet, d’aucuns accusent l’économie d’« impérialisme intellectuel » tant la démarche de l’économiste est de plus en plus utilisée par les chercheurs pour analyser des phénomènes situés hors de son champ habituel : l’éducation, la bureaucratie, la politique, l’histoire et même… la criminalité, la drogue, la religion, la famille ou l’adultère ! Comme quoi les économistes n’ont peur de rien. Et comme tu entres dans la même catégorie – ceux qui n’ont peur de rien –, je n’hésiterai pas à t’immerger dans ces eaux troubles une fois terminée notre déambulation en économie traditionnelle.)

En résumé, connaître et comprendre les règles essentielles de l’économie, sa philosophie et ses fondements relève (devrait relever) de la culture de base de tout citoyen raisonnablement éduqué. La jeune fille ouverte et curieuse au monde que tu es se doit d’être sensible à cela, n’est-ce pas ?

Loin de moi l’idée de te transformer en chien savant de l’économie ou en prix Nobel en puissance. Je n’ai nulle intention de faire de toi un nouveau John Stuart Mill, un des grands économistes anglais du XIXe siècle : éduqué chez lui par son père (encore un économiste !), il entreprit le grec à l’âge de trois ans et le latin à huit. Dès treize ans, il avait déjà ingurgité un cours complet d’économie politique. Tu vois à quoi tu as échappé ?

Et puis, ce viatique te sera d’un formidable secours face aux talentueux manipulateurs d’idées fausses – et Dieu sait s’ils foisonnent –, il te fournira l’appareillage nécessaire pour aiguiser ton jugement et affiner ta perspicacité.

Il ne s’agit pas pour moi de t’assener un prêchi-prêcha moralisateur. Tu ne me suivrais pas et ta raillerie naturelle s’en donnerait à cœur joie. Je voudrais simplement te fournir des balises, des points de repère, des principes de réflexion et de jugement qui feront de toi un individu plus libre et un citoyen plus responsable. Je serais comblé si la substantifique moelle (ah, ce grand économiste méconnu que fut ce cher Rabelais !) de l’économie nourrissait ton esprit critique et t’offrait quelques moyens supplémentaires pour mieux te situer et agir dans l’environnement chaotique mais fascinant dans lequel tu es appelée à vivre.

Je sais, tu entends répéter que les économistes ne sont jamais d’accord entre eux, que leur « science » est à la vraie science ce que l’alchimie était à la chimie, bref qu’il conviendrait de traiter ces hurluberlus comme ces charmantes sorcières de ton enfance qui assuraient lire le monde à partir de sécrétions de crapaud ou d’extraits de chauve-souris. Opinion répandue mais facile. Je m’efforcerai de t’expliquer au chapitre suivant le pourquoi de ces désaccords, qui au demeurant sont moins importants que les beaux esprits de café souvent ignorants veulent bien le dire.

Donc, patience. Je n’éviterai pas la confrontation ni le débat. J’essaierai d’être aussi honnête que possible, d’examiner les différentes positions, même si je ne les partage pas, l’esprit aussi ouvert qu’un humain puisse l’avoir. Il n’en demeure pas moins que certaines démarches s’avèrent plus solides que d’autres, que certains résultats sont davantage fiables que d’autres, que certaines explications sont supérieures à d’autres. Ce sont les analyses qui me paraissent entrer dans cette catégorie que j’aimerais te faire partager. Autrement dit, t’initier à ce que je crois le plus juste – ou le moins faux –, en essayant d’en faire ressortir les forces et les faiblesses.

Voilà, ces considérations te rendront sans doute quelque peu dubitative. Peut-être n’en verras-tu pas l’intérêt immédiat. Ou pire, penseras-tu que je radote. En tout cas j’espère stimuler ta réflexion. Et peut-être te faire saisir l’importance et l’utilité, sinon pour aujourd’hui du moins pour demain, de cette matière à la fois très sèche et très humaine qu’est l’économie. Alors, suis-moi, nous allons cheminer ensemble sur ces routes parfois escarpées, parfois rudes mais souvent exaltantes. Quelques points de méthode sont cependant nécessaires pour bien commencer à pétrir la pâte.

2

Un peu de méthode


Le bucolique et le stressé

« Il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie. » Lorsque j’assène cette maxime dans une salle de cours ou, pis, dans quelque conférence, la contestation ne se fait pas attendre. (Au fait, la maxime n’est pas de moi mais du grand mathématicien-physicien et philosophe des sciences Henri Poincaré.) Si je suis en bonne forme et prêt à faire face à une émeute, c’est vers John Maynard Keynes, le très célèbre économiste anglais qui eut l’idée saugrenue de mourir l’année de ma naissance, que je me tourne : « … les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. A vrai dire le monde est exclusivement mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste passé. Les visionnaires influents, qui entendent des voix dans le ciel, distillent des utopies nées quelques années plus tôt dans le cerveau de quelque écrivailleur de Faculté. » Eh bien !

Oui, « il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie ». Toute vision du monde, toute analyse est la conséquence d’une théorie (on pourrait dire aussi d’un modèle). C’est le seul moyen de cerner la réalité et de bâtir les fondements de l’action.

Pourquoi ? Parce que la « complexité du monde » est telle qu’elle exige une représentation simplifiée, souvent outrageusement simplifiée, pour la comprendre, ne fût-ce que de façon approximative, et que cette représentation simplifiée est indispensable à l’agir.

Ce que fait l’économiste, c’est de formuler autant que faire se peut les mécanismes qui régissent la relation entre l’action A et l’objectif B auquel elle est supposée conduire. Tant que cette relation n’est pas élucidée, il est impossible, d’abord de savoir pourquoi l’action A n’a pas, ou a mal, débouché sur B, ensuite de perfectionner l’explication (la théorie, le modèle) de cette relation, et donc d’améliorer la décision dans le futur. Il n’est donc pas question de critiquer un modèle parce qu’il serait trop simple, qu’il ne serait pas « réaliste ». Bien sûr qu’il n’est pas réaliste, l’économiste n’est pas aveugle au point de ne pas le savoir. S’il fait une théorie, c’est justement pour arriver à saisir l’essentiel de phénomènes trop complexes pour nos petits cerveaux ; d’où l’impérieuse nécessité de créer une représentation simplifiée, « irréaliste », desdits phénomènes. C’est l’histoire de la science depuis le Moyen Age. Les physiciens utilisent des modèles atrocement simplifiés des atomes, les économistes des modèles non moins atrocement simplifiés des marchés. Critique-t-on les physiciens pour autant ? Pourtant, les pauvres économistes, qu’est-ce qu’ils peuvent entendre !

Cela dit, il ne faut pas en conclure à l’égale validité des théories. Ni qu’il faille construire des modèles tellement simples qu’ils en deviennent absurdes. « Ce qui est simple est faux, ce qui est complexe est inutilisable » (Valéry). Il convient d’élaborer une théorie telle que tous les aspects sans importance d’un phénomène soient négligés, mais qui en incorpore les facteurs clés. Et y parvenir relève autant de la science que de l’art. (Message d’outre-tombe de la part d’Albert Einstein : « Everything should be made as simple as possible, but not more so », ou, pour ne pas trop te fatiguer mais avec de la saveur en moins : « Les choses doivent être envisagées aussi simplement que possible, mais pas plus. »)

Un exemple. Lorsque nous prenons la voiture pour traverser la France de Paris à Pau, nous utilisons un modèle : la carte routière. Si nous souhaitons arriver le plus rapidement possible parce que ta grand-mère est impatiente de nous revoir, nous examinons la carte des autoroutes et des grands axes, une représentation (un modèle) très grossière de la réalité topographique entre la capitale et le château de notre bon roi Henri (« nousté Enric », ventre-saint-gris !). Pourtant cette représentation sera beaucoup plus fructueuse qu’une carte complète et détaillée de l’ensemble des routes nationales, départementales et autres chemins vicinaux ; celle-ci n’aurait qu’une seule conséquence : nous faire perdre. En revanche, fussions-nous libres de toute contrainte, d’humeur à musarder et à visiter les coins et recoins de notre douce France, nous aurions alors tout intérêt à utiliser un stock de cartes à échelle beaucoup plus grande.

La morale de cette fable ? Qu’une théorie n’est bonne qu’en fonction de l’utilisation qu’on souhaite en faire. Ce n’est ni sa complexité ni son degré de précision absolue qui en détermine la fécondité.

Rien d’étonnant donc que les économistes, tout distingués qu’ils soient, ne paraissent jamais d’accord : il y a ceux à qui la vitesse s’impose et ceux qui prennent le temps de flâner. Des palabres sans fin auront alors lieu sur les vertus respectives des cartes, au grand dam de l’observateur qui ne demande qu’à trouver son chemin. Et qui en conclura à la confusion mentale de ces Diafoirus de l’économie. En fait, à objectifs différents théories différentes.

Et le malentendu pourra s’aggraver. Car seront peut-être pris en compte les choix politiques, culturels, esthétiques ou moraux de nos gardiens des cartes. L’un jugera que vivre à 200 à l’heure est la seule manière de supporter cette terre et devrait constituer un mode de vie général. Il rejettera a priori la carte détaillée et ira jusqu’à la considérer comme nuisible à la qualité de la vie, voire immorale. Il portera un jugement sur ce qui devrait être, il fera de l’« économie normative ». L’autre ne cherchera pas à convaincre du bonheur à 30 plutôt qu’à 200 à l’heure ou, pis, à l’imposer. Il adoptera la carte la mieux adaptée à son objectif du moment (aller vite ou lanterner). Il voudra donc une représentation de ce qui est, sans porter de jugement de valeur sur les vertus du lièvre ou de la tortue ; il fera de l’« économie positive ». Comme tu peux l’imaginer, cette distinction est matière à multiples malentendus.

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