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L'écriture blanche

De
220 pages
Le concept d'écriture blanche est ici défini dans le cadre général des processus mis en oeuvre par le pervers afin de subvertir le sens. Avec le phénomène d'écriture blanche comme effet du démenti pervers, l'écriture est détournée de sa fonction d'adresse à l'autre ; elle n'est plus chargée de représenter dans un imaginaire commun partagé, mais de présentifier les personnages ou les actions que le scripteur met en scène.
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L'écriture blanche

@

L'Harmattan,

2007 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole

polytechnique;

http://www.librairiehannattan.com diffusion.hmmattan@wanadoo.fr hannattanl@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03883-7 EAN : 97822960378837

Pierre BALLANS

L'écriture blanche
Un effet du démenti pervers

L'Harmattan

A Guillaume

INTRODUCTION

C'est cela, la suprématie de l'écn"ture sur la parole. L'une a la voix et laforce éphémère de la vie. L'autre la pérennité et l'indifférence de l'éternité. Malika Mokkedem, Les hommes qui marchent, Grasset et Fasquelle, 1997, p. 277 L'écriture neuve retrouve réellement la condition première de l'art classique: l'instrumentalité. Roland Barthes, Le degré zéro de l'écriture, Le Seuil, 1953, p. 56

L'écriture blanche est un concept utilisé pour désigner une écriture neutre, sèche, vide de toute intention, refusant les ornements du style, où la subjectivité du sujet écrivant s'efface au profit d'un Autre, lieu de la parole, mais qui n'est alors que « le pur sujet de la moderne stratégie des jeux »1 : écriture qui déshumanise, produisant un texte qui fixe sur le support matériel une parole «performative », faisant acte, sur le modèle de l'écrit administratif, juridique, comptable, où chaque mot «compte », dépourvu d'ambiguité, et instaure une loi ou une pression s'exerçant sur des individus abstraits et anonymes. L'écriture blanche retrouve ainsi l'origine utilitaire et minérale de l'écriture: utilitaire, car à partir d'un certain degré de complexité, les sociétés ont dû se doter d'un outil de consignation de lois, règlements, impôts, contrats; et minérale, puisqu'elle fut au départ gravée sur des tablettes de marbre ou d'argile. Elle est pourtant, D'après Roland Barthes, le résultat d'une évolution qui aboutit à ce qu'il appelle un « degré zéro» de l'écriture; il y a une histoire de l'écriture qui se terminerait avec un phénomène
1

Lacan J. « Subversion du sujet et dialectique du désir », Ecrits, Le Seuil, 1966, p. 806.

de concrétion, de solidification, aboutissant à une écriture minérale, hors du temps, une écriture dont l'ossification justifierait le qualificatif de « blanche». De son côté, Maurice Blanchot voit dans cette écriture le signe de la mort de l'auteur: cette écriture sans écriture est celle du «dernier livre », signé par le «dernier écrivain », livre toujours un peu « statue », qui sera «le livre à venir », anonyme, sans auteur, ne renvoyant pas à quelqu'un qui l'aurait fait, mais qui est, dans une virtualité blanche et immobile. Et qui va aboutir à un grand silence dans lequel c'est le « dictateur» qui prendra place. Jacques Derrida tentera de mettre en pratique cette mort du livre en tant qu'objet produit par un auteur: dans Glas, il veut supprimer début et fin, il ne doit y avoir ni première phrase, ni de dernier mot (<< aujourd'hui, ici, maintenant, le débris de... »2. Précisons qu'avec Barthes et Blanchot, nous sommes à l'époque de la mouvance de la «mort du sujet»: la psychanalyse, avec l'inconscient, considère que le sujet ne sait pas ce qu'il dit, ni même qu'il le dit ; pour le structuralisme, le sujet n'est qu'un effet du jeu des structures. Depuis, cependant, un renversement s'est fait, et l'on parle de «retour du sujet », poussé parfois jusqu'au nombrilisme et au déballage de ses expériences les plus intimes. Il n'y a donc pas eu de mort de l'auteur, et le dernier livre n'est pas encore à venir. Cependant, l'écriture blanche existe, marquant une volonté d'effacement de l'auteur. A propos du philosophe allemand Ernst Cassirer (1874-1945), qui analysa les mythes et les religions, Natalie Depraz parle d'une écriture compacte, impersonnelle, où « l'impartialité du savant s'allie à une écriture plate et à la limite de l'ennui »3. Ce qui conduit, ajoute Depraz, au risque «d'identifier purement et simplement la langue naturelle et la langue formelle mathématique ». Cette écriture, qui vise l'épure, la formule algébrique- donc sans auteur - hors du temps et concernant des « inconnues », des x ou des y pouvant représenter n'importe quel objet ou individu, transcrit ce langage «parfait» que nous allons voir recherché par le pervers qui,
2 Cette volonté d'effacer, chez Derrida, la subjectivité de l'auteur est à mettre en relation avec la pensée de la différance - avec un « a}) ce mouvement qui produit des effets de différence. 3 Depraz Natalie, Ecrire en phénoménologue, La Versanne, éd. Encre marine,1999, p. 46-47.

-

6

comme nous allons le constater, veut mettre en place un «faux symbolique », sans défaut avéré, aboutissant généralement à la production du fétiche, cet objet qui suture la place du manque «en assurant, comme le remarque Henri Rey-Flaud, la fonction de présentifier dans le monde le signifiant de la Chose [...] que le pervers détourne à son profit au cours d'une opération de forçage contre le

langage».
La démarche du pervers le conduit à rechercher la satisfaction immédiate, l'instantanéité de l'acte qui le met en coïncidence avec un présent, en dehors de toute chronologie. Nous verrons que l'écriture lui permet de s'asseoir dans une position de toute-puissance: elle tire de ses origines comptables et administratives le pouvoir de faire de l'autre un objet numéroté dans une série ou un organigramme, de fixer son nom sur un registre. Evoquons déjà le marquis de Sade qui a ainsi utilisé les propriétés de l'écriture pour organiser la scène fondamentale qui le hante, et qu'il a résumé en une maxime: « J'ai le droit de jouir de ton corps... », montrant la parenté de structure entre la loi, telle qu'elle est présentée par Kant comme générale et abstraite, s'appliquant à tous, et l'injonction que développe Sade dans La philosophie dans le boudoir. Mais Sade est un écrivain dont l'écriture ne se réduit pas à l'écriture blanche: il est cultivé, développe des idées sur la nature, l'athéisme, le libertinage. Ce n'est que dans certaines parties de son œuvre - et ceci, nous y reviendrons, sous l'effet de
l'incarcération

- notamment

dans les derniers chapitres des Cent vingt

journées de Sodome, que son écriture devient sèche, minimaliste, visant la neutralité et l' « innocence» de la fiche technique; ou que l'on retrouve, au long de ses écrits, une obsession de la comptabilisation et de la description.
Nous allons donc tenter de montrer les relations qui peuvent exister entre écriture blanche et perversion, de montrer la logique qui conduit à l'écriture blanche comme expression et effet de la perversion.

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ECRITURE ET PERVERSION

Les lettres naissantes n'avaient point encore

porté la corrnptiondans le cœur de ces habitants___
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), Garnier-Flannnarion, 1971, p. 41

Je n'ai pas tellement de choses pures dans ma vie. Ecrire est une de celles-là. Albert Camus, Lettres à Jean Grenier du 18juin 1938 dans Roger Grenier, Albert Camus, Soleil et ombre, Paris, Gallimard, 1987, p. 75

La pureté est horreur de la vie, haine de l 'homme, passion morbide du néant. Michel Tournier, Le roi des Aulnes, Paris, Gallimard, 1970, p. 108

Des différents sens du mot « écriture» Le terme d'écriture renvoie à de multiples représentations. Ainsi, on parlera simplement du tracé, de la matérialité de la lettre, d'une «belle calligraphie », d'écriture ronde ou d'écriture penchée, d'écriture gothique, etc.; les « lignes d'écriture» évoquent ainsi notre scolarité en école primaire. Parler d'écriture peut faire référence à la façon d'écrire propre à un auteur. Jacques Derrida remarque que l'on tend à parler d'écriture, non seulement pour les gestes physiques d'écrire, mais pour tout ce qui la rend possible: on parle donc d'écriture cinématographique, chorégraphique, picturale; et cela s'étend, non seulement au système de notation de ces activités (comme les notes pour la musique), mais au contenu lui-même: ainsi, le biologiste

parle d'écriture à propos de l'ADN4. Cette extension du concept rend difficile le débat sur l'antériorité du langage ou de l'écriture: l'écriture est-elle secondaire, outil de traduction en signes du discours, ou y a-t-il une écriture première du «grand livre du monde », avant que l'homme n'apprenne lui aussi à ordonner les choses par les signes tracés? Ce serait par exemple l' « écriture» de l'ADN que Derrida évoquait, ou ce qui est «écrit» dans les astres et que les astrologues sauraient « lire». Il Y aurait alors une écriture qui ne dépend pas de la main de l'homme, préalable à la civilisation, « écriture naturelle, dit Claude Hagège5, celle-là même qu'Adam déchiffre sur les bêtes marchant et volant, conduites devant lui par l'Eternel en vue de l'attribution des noms. » Mais que l'on parle d'écriture comme matérialité d'une trace faite sur un support, comme manière personnelle pour un écrivain de s'exprimer ou comme système de notation, il s'agit de toute façon d'un ensemble de signes tracés sur une surface et qui forme un système référencé à un code partagé par d'autres qui ainsi peuvent le lire, donc en dégager un sens. L'écriture veut dire quelque chose à quelqu'un qui connaît le vocabulaire et l'ordonnancement des phrases; sinon c'est «illisible ». Avant Champollion, la méconnaissance de l'alphabet et du code des hiéroglyphes ne permettait aucune traduction, mais on savait qu'il y avait du sens. Ce rappel des différents emplois du terme d'écriture nous permet une première approche de notre sujet: l'écriture, quel que soit l'usage que l'on fait de ce mot (tracé de caractères, système de signes, manière de s'exprimer), s'adresse généralement à un destinataire, et ce destinataire connaît le code qui permet de comprendre ce qu' il lit.

4

Derrida Jacques, De la grammatologie, collection « Critique », Paris, éditions de Minuit, 1967, p. 19. S Hagège Claude, L 'homme de paroles, Fayard, 1985, p.70.

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Pouvoir et coup de force

Lieu du sens, l'écriture permet le pouvoir: dès l'origine, l'écriture est l'apanage d'une élite, les scribes, caste respectée, et elle est au service d'un pouvoir de contrainte qui administre la circulation des biens, permet de contrôler les impôts, énonce les lois de façon durable (comme le code d'Hammourabi). Celui qui comprend, qui est aussi celui qui peut tracer les lettres et rédiger les phrases, peut ordonner l'ordre des choses. Dieu écrit les Dix commandements, le maître d'école a longtemps tenu son prestige du fait d'apprendre à lire et à écrire, les arrêts de tribunaux sont rédigés et font ainsi force de loi, un contrat ou un engagement s'écrivent et se paraphent: la signature doit être «honorée». La force de l'écriture n'est pas simplement attachée au sens qui se dégage du texte, mais au fait que le tracé (la griffe, la signature) engage le scripteur de façon irréversible. Ce lieu du sens, lieu du pouvoir, permet alors tous les détournements possibles: subversion du sens, appropriation du pouvoir à son profit, ceci en profitant de la légitimité que donne l'écriture: si la forme est respectée, l'action entreprise a toutes les apparences du droit. Prenons l'exemple de l'os exposé au musée de Saint-Germain-en-Laye sur lequel le chasseur magdalénien gravait des entailles chaque fois qu'il tuait un animal, forme d'écriture montrant ainsi l'accès au symbolique puisque le trait coché (<< signifiant premier »6) représentait un animal et que l'os luimême pouvait représenter le chasseur auprès du chef de clan: or, ce chasseur pouvait très bien tricher en « oubliant» de tracer un trait afin de détourner pour son usage personnel un animal tué. Cela témoigne, dit Henri Rey-Flaud7 à qui nous empruntons cet exemple, «que l'invention du langage représentatif introduisait l'homme à la capacité de mentir », et ceci tout en gardant l'apparence de la légalité grâce à l'écrit. La trace permet ainsi la «triche»: les procès staliniens donnaient lieu à des écrits formellement impeccables; en droit
6 Lacan Jacques, Les quatre conceptsfondamentaux..., Le Seuil 1973, p. 231. 7 Rey-Flaud Hemi, Le démenti pervers, Paris, Aubier, 2002, p. 251.

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civil, on peut imaginer un professionnel sans scrupule, « véreux », qui profite du manque d'aisance de son client envers l'écrit juridique pour l'amener à signer n'importe quoi. A propos de l'écrit juridique, nous verrons l'usage que faisait Léopold de Sacher-Masoch du contrat. Nous pouvons déjà voir comment Léopold opère un détournement, au niveau de l'idée même de contrat comme au niveau du contenu particulier. Au niveau du concept, le contrat - acte social par excellence puisqu'il convoque le tiers social - permet une mise en scène qui pourtant doit rester cachée pour permettre le face-à-face, le duel excluant le tiers; au niveau du contenu, il utilise le langage commun, celui du tiers social, du « trésor des signifiants », dont il extrait des signifiants «( crime de lèse-majesté », caprice de la souveraine, « votre âme m'appartient », etc.) qui sont d'un registre étranger à l'esprit du contrat - celui-ci restant soumis, en vertu de la hiérarchie des lois, aux principes des droits de I'homme - mais qui est cependant rédigé dans le style neutre, objectif et « innocent» du contrat véritable. Enfin, une autre façon d'exercer son pouvoir sur l'autre est la rédaction de lettres anonymes, calomnieuses ou dénonciatrices, comme le fait le « corbeau ». Celui-ci, par ses écrits, vise à s'introduire dans la psyché de la victime, à la contrôler, à en être le maître en créant une relation dissymétrique entre celui qui « sait» quand il va frapper et jusqu'où il peut aller; et la victime qui devient une proie traquée et désorientée. Voilà donc des exemples d'utilisation des propriétés de l'écriture pour en détourner l'usage à son profit de façon que nous qualifions de perverse - pervertere, renverser, retourner - et qui rejoint ce que Henri Rey-Flaud qualifie de « coup de force» contre le sens, opération qui « correspond à une véritable subversion du

langage» 8.

En quoi consiste ce coup de force contre le sens? il faut d'abord le rapprocher de la nécessité, chez le pervers, de désavouer la réalité: démenti qu'une réalité inflige à une croyance - celle du pénis féminin - et qui aboutit à l'instauration du fétiche. C'est la
8 Rey-Flaud Henri, Comment Paris, Payot, 1994, p. 223. Freud inventa le fétichisme... et réinventa la psychanalyse,

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notion de Verleugnung, traduite par «désaveu}), «répudiation}) ou, préfère Lacan, «démenti}) ( on dément lorsqu'on prétend qu'une chose est contraire à la vérité). Octave Mannoni9 décrit ainsi la démarche qui est à la base de toute perversion, celle du fétichiste: le fétichiste « sait bien}) que les femmes n'ont pas de pénis, «mais quand même}) il yale fétiche. Le fétiche, c'est-àdire le substitut du pénis manquant de la mère. Ainsi, le fétiche permet d'affirmer à la fois l'absence de pénis chez la mère (<<je sais bien}» et sa présence (<< mais quand même}), il yale fétiche). Cette subversion du langage qui heurte la logique, le bon sens, pas avoirlO - s'applique à l'usage que le pervers fait de l'écriture. Le «je sais bien... mais quand même... }) est utilisé par SacherMasoch lorsqu'il rédige son « contrat}) qui le lie à Fanny de PistoL Je sais bien que ce contrat n'a pas valeur juridique - on ne va pas déposer chez le notaire un engagement à se soumettre comme un esclave à sa maîtresse - mais quand même, la forme est celle de l'engagement contractuel, je fais comme si l'Autre (comme lieu de la loi) était convoqué; et ceci rendu possible par les propriétés mêmes de l'écriture (caractère formel de la rédaction, exigence de cohésion, et matérialité minérale et donc éternelle de la chose gravée sur un support). Ici, ce n'est pas le représentant de l'Autre qui est convoqué (le juge, le notaire, etc.), c'est directement l'Autre, l'Autre qui fonde la loi - mais laquelle? la loi de la Nature
ou la loi sociale?

l'honnêteté intellectuelle - on ne peut en même temps avoir et ne

- un

Autre supposé existant quelque part et qui

est matérialisé, rendu présent par l'écriture. Le mot en lui-même permet cette subversion du sens. Un signifiant ne pouvant être isolé en dehors de toute chaîne langagière, car en vertu de son autonomie, il est détaché de tout référent comme de tout signifié, le sens va surgir de l'association de signifiants entre eux. Si on isole un signifiant, on en fait un signifiant pur, lieu vide que l'on peut investir, occuper au sens militaire du terme. Ainsi, nous verrons que le mot «maîtresse»
9 Mannoni Octave, Clefs pour l'imaginaire, Le Seuil, 1969, p. Il. 10 Mais ne nous arrive-t-il pas de tenir ce genre de position, sans que l'on n'évoque une perversion sexuelle, dans la vie courante? Dans ce cas, on parlera couramment de mauvaise foi sans qu'il soie question de déni ou de démenti. Mais Sartre qui rejetait l'idée de l'inconscient y mettait justement à la place la « mauvaise foi ».

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peut être utilisé pour désigner aussi bien l'institutrice (maîtresse d'école), la femme entretenue hors mariage du théâtre de boulevard, et toute personne exerçant un pouvoir de contrainte: la maîtresse de maison et sa servante, la maîtresse et son esclave. Le travail du pervers sera alors de condenser dans le signifiant, ainsi isolé, toutes ces images associées à «maîtresse» afin d'abolir la barre de la signification, ce qui soude ainsi le signifiant à tous ces signifiés et ainsi de jouer sur tous les registres à la fois: je sais bien que la maîtresse d'école n'a pas pour vocation de maltraiter des «esclaves », mais quand même, je joue sur l'idée de pouvoir toujours sous-entendue. Ainsi, dans le « contrat» ci-dessous rédigé par un émule de Sacher-Masoch.
Madame, Je vous prends comme maîtresse de maison. Vous exercerez toute autorité sur les personnes de la maison et vous disposerez comme vous l'entendez de ma personne et de mes biens [..] De votre côté, vous me prenez comme attaché à votre personne. Je vous obéirai selon vos désirs et je ferai tout pour vous satisfaire sans délai [..j

On voit l'utilisation de l'ambiguïté inhérente au mot maîtresse. «Maîtresse de maison)) permet de glisser d'un sens professionnel « innocent )) à un sens chargé de connotations perverses: «vous disposerez comme vous l'entendez...)) qui nous entraîne sur le registre de la domination I soumission. De même, avec le terme d' « attaché )) : il existe des « attachés de presse )), des «attachés culturels ), etc. Mais «attaché)) peut vouloir dire aussi «ligoter» et donc sous dépendance totale, comme l'indique bien «je vous obéirai )). La polysémie ouvre la voie à l'omipotence : on peut jouer sur le sens pour ordonner les choses à sa guise. Le signifiant, surdéterminé de façon à souder des signifiés, devient ainsi un «signe ), le signe de la jouissance. Ici, le mot « maîtresse )) présentifie la femme, on pourrait écrire La femme, à la fois possédante et possédée, lieu vide que l'on peut investir et remplir, en un mot la Chose.

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Dans une logique de pouvoir, qu'elle soit au service d'une administration des choses ou à des fins perverses de maîtrise de l'autre, il s'agit donc de tendre vers une écriture qui se suffirait à elle-même pour faire acte parce qu'elle vise à poser des signifiants qui, en dehors d'une articulation des signifiants entre eux, font sens et font effet sur le lecteur. Une écriture qui, avec l'exemple du contrat, se caractérise par une « objectivité» évacuant l'auteur et utilisant des mots qui font « signe }}. Ce type d'écriture est connu sous le terme d' « écriture blanche }}.

L'écriture blanche

L'écriture blanche désigne une manière d'écrire qui se veut le plus neutre possible, « innocente }},et qui pour certains signe la mort de l'écriture, la mort de l'écrivain, aboutissant à un assèchement, une minéralisation de l'écriture, un « degré zéro }}. Cette mise en perspective de l'histoire de l'écriture, se situant dans la seconde partie du XXème siècle, correspond à l'idéologie de la « mort du sujet}} et de la « fin de l'histoire }}.Comme nous l'avons déjà noté, il semble que l'on assiste, aujourd'hui, au retour du sujet, mais cela est du ressort des critiques littéraires. Ici, notre propos est de montrer que l'écriture blanche, qui existe en tant que mode d'écriture de façon anhistorique, peut être un aboutissement du processus pervers. C'est Roland Barthes qui, dans Le degré zéro de l'écriturell, veut démontrer que l'écriture blanche est l'aboutissement d'une évolution: à partir de L'Etranger d'Albert Camus, il donne l'exemple d'une écriture qui veut ainsi traduire une vision désenchantée du monde.
Langue, style, écriture Avant d'expliciter ce que Roland Barthes entend par « écriture blanche }},rappelons ce qu'il entend exactement par « écriture }}.

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Barthes Roland, Le degré zéro de l'écriture,

Paris, Le Seuil, 1972.

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Nous reprenons la distinction qu'il fait entre langue, style et écriture] 2. La langue est un paysage, moins une provision de matériaux qu'un horizon. «Ces secrets sont sur la même ligne que les mots, et ce qu'elle cache est dénoué par la durée même de son
contenu» : elle a une structure horizontale 13
.

Le style, au contraire, a une dimension verticale, «il plonge dans le souvenir de la personne ». Aussi, le style est toujours un secret: «sous le nom de style, se forme un langage autarcique qui ne plonge que dans la mythologie de l'auteur, dans cette hypophysique de la parole où se forment les premiers couples des mots et des choses ». Plus loin, Barthes dit que «le style est la chose de l'écrivain, il est sa solitude », élaboré «à la limite de la chair et du monde». Aussi, «par son origine biologique, le style se situe hors de l'art, c'est-à-dire hors du pacte qui lie l'écrivain à la société »]4. « Langue et style sont des forces aveugles» : la langue est en deçà de la littérature, le style au-delà. Entre les deux, Barthes place l'écriture. Si langue et style sont des objets, l'écriture est unefonction car elle est le rapport entre la création et la société. Face à ces forces aveugles que sont la langue et le style, l'écriture est un acte de solidarité historique. Roland Barthes illustre ainsi sa position: Mérimée et Fénelon pratiquent une langue chargée d'une même intentionnalité, ils acceptent un même ordre de conventions, et donc, malgré quelques différences liées à l'écart entre les époques, ils ont la même écriture. Alors que des contemporains comme Gide et Queneau, ou Claudel et Camus, partageant le même état historique de la langue, usent d'écritures différentes: «tout les sépare: le ton, le débit, le fin, la morale, le naturel de leur parole. » Mais si le choix et la responsabilité d'une écriture désignent donc une liberté, celle-ci n'offre pas la même marge vis-à-vis de la
12

Ibid., p. 13-18 Ce caractère d'horizontalité et cette propriété d'assomption du sens le long d'une continuité linéaire se rapproche de la chaîne signifiante que décrit Lacan. 14 Déjà, Georges Buffon, le natnraliste, associait le style au plaisir, dans son Discours sur le style de 1753, lors de sa réception à l'Académie française: « la chaleur naîtra de ce plaisir, se répandra partout et donnera de la vie à chaque expression ». Michel Onftay défmit le style comme « identité incarnée» (La sculpture de soi, Grasset 1993, p.108). 13

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traduction, des contraintes sociales et politiques, de la morale sociale ou personnelle. Il y a donc, pour Barthes, une Histoire de l'écriture. Cette histoire aboutit à l'écriture blanche: on pouvait penser, à son époque, à une fin de l'Histoire. Evidemment, prétendre proclamer la fin de l'auteur et donc du style dans l'écriture entraîne ainsi une autre question sur ce que Philippe Sollers15 appelle «une source permanente d'aveuglement », parce que des changements imperceptibles se produisent: nous croyons inchangeable ce qui ne cesse de changer. Sade reste pris dans la généralité de son époque et en a même besoin pour pouvoir accomplir la transgression; mais il préparait, consciemment ou non, une rupture dans le rôle de l'écriture. C'est ainsi que le voit Sollers: «la transgression n'est touchée que par l'écriture, qui devient le lieu d'une affirmation sans limites, c'està-dire ne renvoyant (comme le désir) qu'à elle-même », donc écrire se fait« dans le seul but de détruire incessamment les règles »16. Ecriture et transgression, écriture et crime: écrire n'est pas innocent. Peut-il y avoir alors une écriture sans sujet qui écrit, innocente et sans hérédité, sans ce style qui, nous dit Barthes, s'enracine dans la chair? Ce serait l'écriture automatique, directement dictée par l'inconscient, ou le cadavre exquis des surréalistes. Ce peut être l'écriture du pervers lorsqu'il est contraint à l'écriture pour imposer son fantasme sur le mode du contrat ou pour immobiliser ses personnages dans un univers minéral.

La scène de la prison Afin de situer cette écriture blanche comme écriture neutre et désenchantée, nous allons évoquer une scène du livre de Camus qui montre la radicale altérité rendant impossible la compréhension réciproque entre Meursault, «l'Etranger» à la froide lucidité, et l'aumônier de la prison qui se veut porteur d'une vérité révélée. Les deux hommes s'affrontent dans l'espace étroit et clos d'une cellule de prison. Tout les oppose; aussi, le prêtre essaie de trouver les mots qui pourraient convaincre le détenu, et pour cela s'appuie
15 Sollers Philippe, L'écriture 16 Ibid., p.66. et l'expérience des limites, Paris, Le Seuil, 1968, p. 21.

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sur une réalité qui s'impose à tous deux, les murs de la cellule. « Toutes ces pierres suent la douleur », reconnaît-il mais il ajoute: «je sais que les plus misérables d'entre vous ont vu sortir de leur obscurité un visage divin. C'est ce visage que je vous demande de voir. » A cette imploration de croire en un au-delà de la réalité sensible, Meursault oppose un froid constat: « je n'ai jamais rien vu sortir de cette sueur de pierre». Et ne voulant pas, dit-il, perdre le peu de temps qu'il lui reste, il chasse l'aumônier et, dès lors, se sent en harmonie avec «la tendre indifférence du monde », un monde comme lui «vidé d'espoir ». Par la violence qui coupe net le dialogue, Camus durcit cette opposition entre deux conceptions du monde radicalement étrangères l'une à l'autre: pas de synthèse possible qui aurait fait dépassement de deux moments de la pensée mis en dialogue, mais altérité radicale de deux postures qui ne peuvent être tenues qu'en tenant l'autre pour fausse. A la religion (relegere, rassembler ou relier) s'oppose le sentiment de l'indifférence et de l'absurdité du monde. Ce discours réclame une écriture qui sera le résultat de ce refus de l'émotion, et adoptera plutôt la froideur du constat désenchanté. Albert Camus fait le choix d'une écriture neutre, impersonnelle, sans ornement, d'une pureté linéaire, faites de phrases sobres, sans recherche de séduction. « Aujourd'hui, maman est morte. Ou peutêtre hier, je ne sais pas ». Plus loin, après le verdict qui le condamne à mort: « je ne pensais plus à rien. Mais le président m'a demandé si je n'avais plus rien à ajouter. J'ai réfléchi. J'ai dit: non.» L'écriture blanche selon Barthes Pour nous faire ainsi entrer dans un univers étrange et étranger - et c'est ainsi que le ressent l'aumônier qui ne peut trouver des mots qui auraient été partageables - Albert Camus adopte une écriture que Roland Barthes qualifie d' « écriture blanche ))17. Cette écriture blanche, Barthes la caractérise comme « neutre », « innocente )}. Neutre, parce que marquée d'une lucidité sans complaisance; innocente, parce que «libérée de toute servitude à un ordre marquée du langage », et dégagée de tout héritage. Elle
17 Barthes Roland, Le degré zéro..., op. cit., p.56.

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est nouvelle, parce qu'elle serait « le dernier épisode d'une Passion de l'écriture qui suit pas à pas le déchirement de la conscience, et qui aboutit à cette parole transparente inaugurée par L'Etranger de Camus. Aux époques classique et romantique, l'unité de la bourgeoisie a imposé une écriture unique dont la forme ne pouvait être déchirée, la conscience ne l'étant pas. C'est vers 1850 que l'écrivain cesse d'être un témoin de l'universel, pour devenir conscience malheureuse, ceci suite aux révolutions, au relativisme et, plus près de nous, à la reconnaissance de cultures et d'arts différents. Cette évolution, Barthes la décrit en prenant appui sur trois auteurs du XIXème siècle; Chateaubriand, avec qui « l'écriture se sépare à peine de sa fiction instrumentale»; Flaubert, artisan de l'écriture, avec qui la forme devient « fabrication» au sens compagnonnique du terme et, ainsi, la littérature se constitue définitivement comme objet; enfin, Mallarmé, qui radicalise cette objectivation par le «meurtre du langage )) (pour Maurice Blanchot, Mallarmé est le meurtrier du langage), faisant de la littérature un cadavre. Roland Barthes parle ainsi de phénomène progressif qui aboutit à l'écriture blanche: évolution qui peut être décrite en termes de «solidification progressive )), de concrétion, de minéralisation. Ecriture minimaliste qui mérite donc d'être qualifiée de « degré zéro)) de l'écriture. Forme pure, sans hérédité, « innocente )), libérée de tout contexte. Robbe-Grillet: un style « code civil » Alain Robbe-Grillet fut considéré comme représentant de ce que l'on a appelé le « nouveau roman )). Un Américain, Edmund White18, décrit sa découverte de cet écrivain, découverte qui se fit d'abord par le cinéma avec L'année dernière à Marienbad. En dehors du scénario, les personnages n'existent pas, ils sont sans passé, sans vie extérieure, sans projet; et surtout, il les voit comme « ces mannequins élégants, ces figures impassibles, dénués de toute expression personnelle, et qui se déplacent comme des pions )), donc des personnages semblables, interchangeables, mécaniques. C'est ce type de personnage que nous retrouverons
18

White Edmund, Marienbad,

Michigan,

« Critique », n° 651-652, septembre

2001, p. 588.

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peuplant le fantasme pervers. Edmund White lira ensuite RobbeGrillet et, à propos de La Jalousie, il note « l'absence complète de métaphores» et « le style code civil» d'une écriture qui « à première vue, semblait ne devoir rien à personne ». Il donne ainsi ce qui peut être pris comme définition de l'écriture blanche:
...

son absence de chronologie,

son usage fréquent

du

présent grammatical, ses longues descriptions quasi scientifiques de bananiers et son indifférence pour l'analyse ou l'interprétation psychologique. En fait, c'est à la seconde lecture que je compris finalement qu'il y avait bien un narrateur presque invisible au cœur du récit - un
narrateur qui ne disait jamais «je ».

Ernst Cassirer: l'impartialité du savant Natalie Depraz19 décrit ainsi l'écriture du philosophe allemand Ernst Cassirer: « L'écriture de Cassirer est tout à la fois régulière et monotone. Il n'y a guère d'aspérité (images, marquages formels, rythmes différenciés des phrases) qui arrêtent le regard sur la page et suscitent ce faisant le passage à la réflexion du lecteur. [...] On a affaire à une sorte d'écriture à la fois blanche et compacte, récit impersonnel d'une histoire, celle du langage, ainsi que d'un mouvement progressif d'objectivation ». Cela vire à la caricature chez Cassirer: « l'impartialité du savant s'allie à une écriture plate et à la limite de l'ennui », ce qui conduit au risque « d'identifier purement et simplement la langue naturelle et la langue formelle mathématique». Ainsi, celui qui écrit de cette écriture blanche, impersonnelle, tend à une écriture de formulation mathématique, donc sans auteur: le sujet disparaît pour n'être plus que le scribe qui rend compte. De la même façon, il s'efface en tant que sujet historique: la formule mathématique est valable, quelle que soit l'époque. Barthes parle ainsi de la mort de l' auteur20. Pour lui, l'auteur disparaît et c'est le lecteur qui valide l'écriture.

19 Depraz Natalie, Ecrire en phénoménologue, éd. Encre marine, 1999, p.46-47. 20 Barthes Roland, « La mort de l'auteur» (1968), dans Le bruissement de la langue. Essais critiques IV, Paris, Le Seuil, 1984, p. 63-69.

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Stéphane Mallarmé: une langue immaculée Pour Stéphane Mallarmé, le lecteur ne doit pas être n'importe qui: dans la revue L'Artiste, en 1862, il rêve d'une forme de poésie qui écarterait les «importuns» par des formules hiératiques, l'art devant avoir, comme la religion, des arcanes réservées aux initiés, par ce qu'il appelle une langue immaculée. Il est vrai que sa recherche de l'idée pure le conduira à dissoudre le sens des mots dans un bain de sonorités et d'accomplir la mise à mort de la littérature. Maurice Blanchot, dans Le livre à venirl, cite Mallarmé. «Je n'ai créé mon œuvre que par élimination, et toute vérité acquise ne naissait que par la perte d'une impression qui, ayant étincelé, s'était consumée et me permettait, grâce à ses ténèbres dégagées, d'avancer plus profondément dans la sensation des Ténèbres absolues. La destruction fut ma Béatrice. » Jean-Luc Steinmetz22 souligne que Mallarmé exècre le mot «poète» autant que celui d'auteur, car il rêve d'un art « à la fois éternel et d'accroissement continu », existant en dehors de chaque personnalité particulière. Robbe-Grillet, rappelle Edmund White, défendait l'idée que dans un monde sans Dieu et sans nature humaine (un monde qui avait cessé d'être anthrocentrique), les choses ne pouvaient plus être interprétées comme des reflets de l'esprit humain. Dans l'univers du roman à venir, les gestes et les objets seront là avant d'être quelque chose, jetant d'un même coup les fondations du « chosisme » et de « l'école du regard ». White ajoute que RobbeGrillet se bat contre le sens et l'interprétation. S'interrogeant sur le caractère avant-gardiste (nouveau roman) ou« bourgeois» (infidélité conjugale narrée par le mari trompé) du roman La Jalousie, White évoque l'hypothèse d'un roman « objectif» dans lequel les actions des hommes n'ont pas plus d'importance que la mort d'un mille-pattes ou la disposition d'une rangée de bananiers.

21 Blanchot Maurice, Le livre à venir, Paris, Gallimard, 1959, p. 306. 22 Steinmetz Jean-Luc, Stéphane Mallarmé, Fayard, 1998, p. 404.

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Maurice Blanchot: le livre à venir Blanchot, dans ses propres romans, cultive la « blancheur », la nudité, l'intemporalité, avec une écriture hiératique qui ignore le beau style. Dans ses ouvrages théoriques, il se questionne sur l'écriture. Il reprend la distinction de Roland Barthes (langue, style, écriture) et son analyse du procès de concrétion et d'assèchement de l'écriture jusqu'à un « degré zéro» : la littérature est amenée à ce point d'absence où elle disparaif3, et l'on peut effectivement parler d'écriture « blanche, absente et neutre. » « Le livre à venir» sera alors un livre qui ne contiendra qu'une écriture « sans écriture », et donc « un phénomène immobilisé dans le monde des choses, alors qu'elle est le vide même de ce monde». Le présent de l'indicatif traduira cette immobilisation: « s'il est bien vrai qu'il n'y a pas de présent, si le présent est nécessairement inactuel et en quelque sorte faux et fictif, ce sera donc le temps par excellence de l'œuvre irréelle24. » Résultera « un grand silence» de cette évolution: « le livre véritable est toujours un peu statue. Il s'élève et s'organise comme une puissance silencieuse qui donne forme et fermeté au silence et par ce silence». Cette idée de livre-statue évoque le monde minéral de la pierre dressée, nous le rapprochons ce monde silencieux et figé que Mikkel Borch-Jacobsen25 trouve caractéristique du monde « paranoïaque» de Jacques Lacan lorsque celui-ci décrit le stade du miroir: monde de statues statiques, stables (Borch-Jacobsen fait remarquer l'importance de la racine sta dans plusieurs passages de l'œuvre de Lacan), et érigées telle menhir, telle corps de l'enfant reflété par le miroir, image d'un corps dressé et désirable. Nous abordons là les rapports qui peuvent exister entre écriture blanche et phénomène de la perversion: phallicisation du corps lorsqu'il est dressé, uni et désirable. Minéralisation et éternité Cette écriture innocente, vide de toute intention et de toute subjectivité, est donc, pour Barthes, un aboutissement. Mais ce
23 Blanchot Maurice, op. cit., p.282. 24 Ibid., p. 312. 25 Borch-Jacobsen Mikkel, Lacan. le maître absolu, Champs Flammarion,

1990, p. 79.

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