Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

L'Éducation du maréchal de Castellane

De
136 pages

Ce 28 décembre 1792.

Je suis grosse, fort délicate ; mille peines qui ont rempli ma vie ont altéré en moi son principe. Il est donc possible que je succombe à ma couche, et c’est pourquoi je veux écrire ces Notes sur l’éducation de mon fils. Si je suis assez malheureuse pour ne pas la diriger, je veux au moins laisser mes idées, pour qu’elles lui soient utiles. Voulant l’être aussi à l’enfant dont je suis grosse, je vais écrire tout ce que j’ai déjà fait pour Boni, les moyens d’éducation déjà employés et tous les soins continuels et intelligents qui me l’ont conservé.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Cinquante exemplaires de cet ouvrage ont été mis en vente.

Adélaïde-Louise-Guyonne de Rohan-Chabot Castellane

L'Éducation du maréchal de Castellane

Etaient membres de la SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES DU BÉARN, quand le présent ouvrage a été achevé d’imprimer (le 15 février 1877) :

IM. le baron de LAUSSAT, ancien représentant des Basses-Pyrénées.
IIM. Jules de LESTAPIS, sénateur des Basses- Pyrénées.
IIIM. Louis LA CAZE, député des Basses-Pyrénées.
IVM. le marquis de NOAILLES, ambassadeur de France à Rome, conseiller général des Basses-Pyrénées.
VM. LAMOTTE-D’INCAMPS, conseiller général des Basses-Pyrénées.
VIM. Henri de LESTAPIS, conseiller général des Basses-Pyrénées.
VIIM. Adrien PLANTÉ, conseiller général des Basses-Pyrénées.
VIIIM. le docteur DEPAUL, membre de l’Académie de Médecine.
IXM. l’abbé TERRÉS, curé-doyen de Lescar.
XMme A. LAVIGNOLLE.
XIM. le docteur Henri LACOSTE, adjoint au maire de Pau.
XIIM. le marquis de SANTA-COLOMA.
XIIIM. le docteur DUBOUÉ.
XIVM. le comte ESTÈVE.
XVM. Louis LARROUY.
XVIM. Hilarion BARTHETY, maire de Garlin.
XVIIM. Arnaud DÉTROYAT.
XVIIIM. de LASSENCE.
XIXM. Hermann LAVIGNOLLE.
XXM. François SOULÉ, avoué près la cour d’appel.
XXIM. Alexandre de BALEIX.
XXIIM. Adolphe VERONESE, imprimeur.
XXIIIM. Léon RIBAUT, libraire-éditeur.
XXIVM.V. LESPY, secrétaire-général de la Préfecture des Basses-Pyrénées, en retraite.
XXVM. Paul RAYMOND, archiviste du département des Basses-Pyrénées.
IM. Auguste PÉCOUL, archiviste-paléographe.
IIM. Louis LACAZE, vérificateur de l’Enregistrement.
IIIM. Félix ARRIU, adjoint au maire de Pau.
IVM. Emile GINOT, membre du conseil municipal de Pau.
VM. Casimir CHEUVREUX.

NOTICE

Quelques mots sont nécessaires pour expliquer comment ces Notes sur l’éducation du maréchal de Castellane, écrites par sa mère, Adélaïde de Rohan-Chabot, ont été comprises dans la série des publications de la Société des Bibliophiles du Béarn.

M. le comte de Castellane, son père, fut préfet des Basses-Pyrénées, de 1802 à 1810. Naguère encore, on connaissait dans notre ville plusieurs personnes qui l’avaient vu et jugé à l’œuvre. Aux souvenirs qu’elles avaient gardés de lui, se mêlaient ceux qu’avaient laissés Madame de Castellane. C’était une femme distinguée par les brillantes et sérieuses qualités de l’esprit, autant que par la plus exquise bonté du cœur. Elle aima notre pays, elle y fit du bien. A ce titre, ce qu’elle a écrit ne saurait être indifférent au Béarn.

Il n’est pas d’ailleurs sans intérêt de faire connaître aujourd’hui comment, à la fin du XVIIIesiècle, aux jours les plus troublés de la Révolution, une femme d’origine aristocratique comprenait que les enfants devaient être élevés. De pareilles confidences ont une valeur historique ; elles seraient précieuses, n’eussent-elles même d’autre mérite que celui de la rareté.

Quand M. et Madame de Castellane vinrent dans notre département, leur fils Boni avait quatorze ans. Trois années après, il était simple soldat au régiment d’infanterie légère en garnison à Pau. C’est donc ici qu’a commencé la vie militaire de celui qui s’est fait dans l’armée une légende, par laquelle sera perpétué le nom de Esprit-Victor-Elisabeth-Boniface comte de Castellane, maréchal de France.

Les Notes qui rappellent l’éducation qu’il avait reçue, ont été trouvées dans la bibliothèque du savant jurisconsulte béarnais Mourot, qui avait vécu dans l’intimité de M. et de Madame de Castellane.

A ces Notes était joint un autre manuscrit de quelques pages ; c’est le portrait de la femme distinguée qui devait présider avec tant de sollicitude à l’éducation de Boni. Cette esquisse, datée de 1790, représente Madame de Castellane à l’âge de trente ans ; la voici :

« L’homme qui voit Adéla pour la première fois ne la trouvera probablement pas régulièrement jolie, mais s’il la voit souvent, s’il sait surtout lui plaire ou l’intéresser, il la préfèrera bientôt à tout ce qu’il a vu de plus beau. Il admirera la finesse, la blancheur de sa peau, la petitesse de son pied, la délicatesse de ses doigts, l’expression de ses yeux et surtout l’agrément de sa physionomie ; elle suit tellement les mouvements de son âme que le peintre le plus fidèle ne peut pas en saisir l’ensemble et en tracer la plus légère esquisse, peut-être même ne connoîtra-t-il jamais la charmante physionomie d’Adéla ?

S’il l’ennuie ou s’il l’attriste, elle ne sera point jolie pour lui ; on peut dire avec vérité qu’elle l’est quand il lui plaît, et pour qui il lui plaît. Voyez Adéla au milieu d’un cercle d’importuns, obligée de prendre part à une froide conversation, ou voyez-la causer avec son amie, son visage n’est pas le même, à peine le reconnoîtriez-vous.

La sensibilité d’Adéla n’anime pas seulement tous ses traits, mais elle embellit encore son esprit, et lui donne sa physionomie, s’il m’est permis de m’exprimer ainsi. Il est tout à la fois prompt, original, délicat et orné ; son imagination brillante rend avec la même vivacité qu’elle les a reçus tous les objets qui l’ont frappée en bien ou en mal, ce qui a fait penser à quelques personnes qu’Adéla était méchante, tandis qu’elle n’est qu’un peintre délicat et aimable des ridicules de la société.

Adéla est très instruite, mais elle a su éviter toute espèce de pédantisme. Jamais vous ne l’entendrez se vanter de ce qu’elle sait, de ce qu’elle a lu, mais si vous causez avec elle pendant quelque temps, vous vous apercevez bientôt qu’elle a lu beaucoup, et surtout qu’elle a bien lu.

Elle a des talents : elle dessine surtout agréablement ; mais ne pensez pas que ses ouvrages, encadrés avec soin, soient étalés avec ostentation dans ses différents appartements, ils sont mystérieusement renfermés dans ses cartons d’où ils ne sortent jamais que pour être donnés à ses amis.

Le style d’Adéla est naturel et aimable, sa conversation est tout à la fois gaie, franche et intéressante ; elle est surtout remarquable par une bizarrerie d’expressions infiniment agréable ; vous seriez quelquefois tenté de croire qu’elle ne trouve pas sur-le-champ le mot propre à rendre son idée, mais vous vous apercevez bientôt que celui qu’elle y a substitué y donne plus de charme et plus de piquant ; vous éprouvez enfin pour sa conversation le même sentiment que pour celle de ces étrangères aimables qui, conservant dans notre langue la prononciation de la leur, savent y prêter un nouveau charme.

Ne croyez pas qu’Adéla, malgré la supériorité de son esprit, veuille toujours traiter les questions métaphysiques qui se discutent parfois dans la société ; elle pourroit parler sur toutes mieux que toute autre femme, mais elle a remarqué que la femme la plus spirituelle et la plus instruite parle moins bien sur les objets importants de politique et d’administration, que l’homme même médiocre, et, voulant conserver tous ses avantages, elle préfère quelques autres sujets de conversation. Si ceux qu’on a choisis lui déplaisent, elle garde le silence, mais s’ils lui conviennent, elle sait les animer par le feu de son imagination, par la chaleur de son âme ; entendez-la parler sur les questions de sensibilité qu’on croit les plus rebattues, et vous admirerez la grâce, la fraîcheur de ses idées, vous l’entendrez dire des choses toujours nouvelles.

Adéla enfin, je ne puis trop le répéter, agit toujours par sensibilité, elle voudroit être tout pour ses amis et rien pour les indifférents. Ce seul trait ne la peint-il pas et ne devrois-je point m’arrêter ? Oui, sans doute ; mais j’éprouve un tel plaisir à continuer mon ouvrage, que je n’ai pas le courage de l’abandonner, et qu’au risque de l’affoiblir, je veux encore y ajouter quelques traits.

Elle est douée d’une force de caractère bien surprenante pour une femme aussi foible et aussi délicate, elle a prouvé dans plusieurs occasions qu’elle sait prendre les plus grands partis, et j’aime à penser qu’elle peut tout supporter, excepté l’idée de se voir moins aimée. Son esprit est trop distingué, son âme est trop élevée pour que les idées petites et méprisables de la vanité puissent y trouver place, mais vous remarquez en elle une fierté qui aurait même trouvé grâce devant l’orgueilleux philosophe.

Je viens de tracer le portrait d’Adéla ; il n’est assurément pas soigné ni travaillé, mais il lui est offert par l’ami le plus tendre qui la connoît assez bien, pour savoir qu’elle préfère les qualités du cœur aux avantages de l’esprit. Puisse-t-elle trouver dans cette foible esquisse quelques idées dictées par le sentiment : elle sera contente et je me trouverai parfaitement heureux. »

Telle était Madame de Castellane comme femme ; si l’on publie ces Notes pour montrer ce qu’elle fut comme mère, c’est qu’elle nous appartient, peut-on dire, pour avoir passé à Pau les dernières années de sa vie. On lit dans les registres de la Mairie :

« Le 2 pluviôse, an 13 (21 janvier 1805) est décédée à Pau, hôtel de la préfecture, Louise-Adélaïde-Guyonne de Rohan-Chabot, âgée de 44 ans, née à Paris, fille de Charles-Rosalie de Rohan-Chabot, ancien officier général, et de Guyonne-Hyacinthe de Pons-Saint-Maurice, épouse de Boniface-Louis-André de Castellane, général de brigade, préfet du département des Basses-Pyrénées. »

NOTES SUR L’ÉDUCATION DE MES ENFANTS

Ce 28 décembre 1792.

Je suis grosse, fort délicate ; mille peines qui ont rempli ma vie ont altéré en moi son principe. Il est donc possible que je succombe à ma couche, et c’est pourquoi je veux écrire ces Notes sur l’éducation de mon fils. Si je suis assez malheureuse pour ne pas la diriger, je veux au moins laisser mes idées, pour qu’elles lui soient utiles. Voulant l’être aussi à l’enfant dont je suis grosse, je vais écrire tout ce que j’ai déjà fait pour Boni, les moyens d’éducation déjà employés et tous les soins continuels et intelligents qui me l’ont conservé.

J’eus aussi des peines et des souffrances dans la grossesse de mon fils, je craignis pour sa vie et pour la mienne ; enfin il naquit foible, mais avec une apparence de vivacité qui donna l’espérance de le sauver.

Pendant ma grossesse j’avois lu avec attention tous les bons livres qui indiquent les soins nécessaires à l’enfance ; à la lecture des Pensées de Locke, j’avois joint les ouvrages de Mme de Genlis et quelques autres dont les auteurs moins connus m’avoient cependant paru mériter quelques méditations. J’avois beaucoup causé avec les femmes vraiment mères ; je retirai de mes lectures et de mes conversations la résolution de ne rien exagérer, de ne suivre aucun système.

Je fis faire de petits vêtements laissant les bras, les jambes, tous les mouvements libres ; point de grosses couvertures ni d’épingles ; des langes de flanelle, de toile et des morceaux de taffetas ciré ; précautions indispensables contre les saletés, suites nécessaires de cet âge. Je ne le fis pas baigner à l’eau froide, mais laver avec une éponge fine trempée dans l’eau froide, chaque fois qu’il satisfaisoit au besoin ; j’ajoutai à cela des bains dans l’eau dégourdie. Je fis couvrir sa tête d’un bonnet léger, qu’il garda toujours jusqu’à la fin de sa dentition.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin