L'élaboration du premier test d'intelligence (1904-1905)

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Il y a maintenant un siècle que le premier test d'intelligence a été élaboré par Alfred Binet (1857-1911) avec son collaborateur Théodore Simon (1873-1961). C'est pour dépister les enfants arriérés et distinguer avec le minimum d'erreurs entre les retards dus à un déficit d'intelligence et les retards dus aux conditions défavorables du milieu et de la scolarité que Binet a construit son test dont la première version fut publiée en 1905. Ce livre présente et analyse dans une perspective historique les écrits constitutifs de la première version du test d'intelligence. La suite est consacrée à la réédition de leurs premiers articles.
Publié le : mardi 1 juin 2004
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EAN13 : 9782296337039
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L'ÉLABORATION DU PREMIER
TEST D'INTELLIGENCE
( 1904-1905)
ŒUVRES CHOISIES

II

(Ç)L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-5236-5

Alfred BINET & Théodore SIMON

L'ÉLABORATION DU PREMIER TEST D'INTELLIGENCE (1904-1905)
ŒUVRES CHOISIES II
Sur la nécessité d'établir un diagnostic scientifique des états inférieurs de l'intelligence.
Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux.

Application des méthodes nouvelles au diagnostic du niveau intellectuel chez des enfants normaux et anormaux d'hospice et d'école primaire.

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 ]026 Budapest HONGRIE

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Encyclopédie Psychologique Collection dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd 'hui la science fondamentale de I'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L' objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. On pourra utilement compléter l'étude de ces œuvres en consultant les articles contenus dans la revue « Psychologie et Histoire» consultable sur le Web :http://lpe.psycho.univparis5 .fr/membres/nico las/nicolas. francais .html.

Dernières parutions Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues considérés surtout du point de vue de l'action du moral sur le physique, 2004. Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie, 2004 Paul BROCA, Écrits sur l'aphasie (textes réunis par S. Nicolas), 2004. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille, 2004. Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière, 2003. L.F. LELUT, La phrénologie, 2003. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine, 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920), 2003. Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870),2002.

SOMMAIRE

PREFACE DE L'EDITEUR

VII

Sur la nécessité d'établir un diagnostic scientifique des états inférieurs de l'intelligence (1905)

..163

Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux (1905)

191

Application des méthodes nouvelles au diagnostic du niveau intellectuel chez des enfants normaux

et anormaux d'hospice et d'école primaire (1905)

245

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR SUR LA PREMIÈRE VERSION DU TEST D'INTELLIGENCE DE BINET ET SIMON (1905)

Les signes physiques de l'intelligence: Lavater, Gall et Galton
Le pasteur suisse Johann-Kaspar Lavater (1741-1801) pensait que l'homme intérieur coïncidait avec l'homme extérieur, que les lignes et les contours du visage pennettaient de révéler le caractère de l'homme. Si l'on veut que la physiognomonie soit une science sérieuse c'est par l'étude du crâne que l'on doit commencer. Dans l'œuvre la plus importante de Lavater, les Physiognomische Fragmente, parus entre 1775 et 1778, Lavater montre que plus l'angle facial est ouvert, plus le crâne et le cerveau sont développés, et donc plus l'intelligence est saillante. Le fondateur de la phrénologie, Franz Joseph Gall (1758-1828), sera en désaccord profond avec la physiognomonie de Lavater et de ses adeptes: "Il ny a, ni dans le nez, ni dans les dents, ni dans les lèvres, ni dans les

mâchoires

(oo.J

aucune cause matérielle qui puisse déterminer l'existence

d'une qualité ou d'une faculté,. ces parties ne peuvent donc fournir aucune indication relative au caractère moral ou intellectuel (..). Il ny a que la forme du cerveau, et celle de la boîte osseuse (..) qui puissent nous faire juger des qualités et des facultés". Les phrénologues resteront hostiles à l'angle facial parce que la tangente au front ne livre aucune information sur la forme de sa courbe qui détermine l'ampleur des lobes frontaux.

VII

Gall a officiellement exposé les principes fondamentaux de sa doctrine en 1798 dans sa lettre à Retzer publiée dans le Nouveau Mercure Allemand. Selon lui: 1° les facultés et les penchants sont innés dans l'homme et les animaux; 2° les facultés et les penchants de l'homme ont leur siège dans le cerveau; 3 ° les facultés sont distinctes et indépendantes des penchants; 4° les facultés et les penchants ont leur siège dans des parties du cerveau distinctes et indépendantes entre elles; 5° de la différente distribution des différents organes et de leurs divers développements résultent des formes différentes du cerveau; 6° de l'ensemble et du développement d'organes déterminés résulte une forme déterminée, soit de tout le cerveau, soit de ses parties ou de ses régions partielles; 7° depuis la formation des os de la tête jusque dans l'âge le plus avancé, la conformation de la surface interne du crâne est déterminée par la conformation extérieure du cerveau; on peut donc être assuré de certaines facultés et de certains penchants, tant que la surface extérieure du crâne s'accorde avec sa surface intérieure, ou bien tant que la forme de celui-ci ne s'éloigne pas des déviations connues. « Ce n'est pas la masse absolue du cerveau, qui détermine seule, ni tel caractère moral, ni tel génie,. mais chaque partie cérébrale, en particulier, en tant qu'elle a acquis un développement plus ou moins favorable, peut modifier le degré de manifestation de telle qualité morale, et de telle faculté intellectuelle particulière» ; voilà ce qu'affirmera Gall en 1812 (p. 355) dans le second tome de son fameux ouvrage intitulé: Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux, par la configuration de leur tête. C'est dans ce livre qu'il affirme l'existence d'au moins vingt-sept facultés fondamentales (innées) et crut avoir déterminé exactement les organes cérébraux pour la plupart de ces fonctions. Il regroupe l'ensemble de ces facultés sous trois rubriques et trouve huit facultés spécifiques à I'homme intelligent localisées dans le cortex sur la moitié supérieure des lobes antérieurs: sagacité comparative; esprit métaphysique et profondeur d'esprit; esprit caustique; talent poétique; sentiment du juste et de l'injuste; talent de l'imitation, dévotion; fermeté de caractère. La phrénologie eut un immense succès dans les pays anglo-saxons qui l'utilisèrent à des fins de sélection du personnel. Mais elle eut aussi une influence indéniable auprès d'un des plus fameux savants anglais du XIXe siècle.

VIII

Francis Galton (1822-1911) fut un savant anglais au sens large du terme puisqu'il contribua au développement de nombreuses disciplines comme la géographie, la météorologie, la criminologie, la biologie, les statistiques, et bien sûr la psychologie. C'est lui qui a notamment introduit l'idée des tests d'intelligence, fondé le mouvement eugéniste et popularisé les termes" nature et éducation (nurture) ". Cousin de Charles Darwin (1809-1882), enfant choyé et admiré par toute sa famille, Galton fut considéré très tôt comme un enfant prodige. Nombreux furent les phrénologues professionnels qu'il consulta et qui le confirmèrent dans sa supériorité intellectuelle. Mais lorsqu'il entreprend des études universitaires, ses résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances. En 1849, il consulte alors un phrénologue professionnel londonien (Donovan) qui lui parla de ses capacités intellectuelles supérieures héritées de ses ancêtres et susceptibles de s'exprimer chez lui de façon plus efficace dans la vie quotidienne que dans le cadre universitaire classique. Ayant obtenu une explication plausible de ses performances académiques moyennes, il décide alors, aidé par I'héritage que lui cède son père, de devenir un grand explorateur du continent africain afin que ses capacités supérieures s'épanouissent enfin. En 1859, la lecture du livre "Sur l'Origine des Espèces" de son cousin Charles Darwin le bouleverse. Il décide alors immédiatement d'étendre les conséquences de la sélection naturelle au cas de 1'homme et de la société. Deux idées liées

entre elles vont germer dans l'imagination de Galton: 1 Comme les
0

caractéristiques physiques, les capacités intellectuelles sont innées; 20 Par conséquent, l'évolution intellectuelle humaine peut être accélérée par un programme spécial de sélection (il en tira très rapidement une nouvelle idéologie qu'il appela en 1883 l'eugénisme). Il va souligner ces deux idées dans un article de 1865, " Hereditary talent and character", et les élaborer dans un ouvrage publié en 1869 " Hereditary genius" (Ie génie héréditaire). Dans ces deux écrits, Galton montre que les individus éminents intellectuellement ont plus de chance d'avoir ou d'avoir eu un ou plusieurs membres de leur famille ayant les mêmes caractéristiques. Il minimisa toujours le rôle des facteurs environnementaux tels que les traditions, la religion et le contexte national dans la production de scientifiques éminents. Stimulé par les écrits critiques du botaniste suisse Alphonse de Candolle (1806-1893), il proposa la distinction" naturenurture" afin de représenter l'interaction nature versus environnement. Il utilisa ces termes dans un ouvrage important, " English Men of Science: IX

Their Nature and Nurture" (1874) montrant que chez les scientifiques l'amour de la science est inné. Galton tenta ensuite de réaliser le programme de test d'intelligence qu'il avait d'abord proposé en 1865. Il pensait que les caractères psychologiques étaient héréditaires et que les capacités naturelles de certains individus étaient liées aux qualités innées du cerveau et du système nerveux. Ainsi, il développa au cours des années 1880, au sein de son laboratoire anthropométrique qui eut un succès remarquable lors de l'exposition internationale sur la santé mentale, des mesures anthropométriques dont celle qui consiste à mesurer la taille de la tête car, selon lui, il existe une corrélation entre la taille du cerveau et l'intelligence. Il reconnut cependant assez rapidement que la seule mesure de la taille du cerveau était un indicateur imparfait et pensa que la taille du cerveau devait interagir avec l'efficacité globale du système nerveux pour produire l'intelligence. Une des mesures de l'efficacité neuronale semblait être le temps de réaction; un thème de recherche développé à l'époque par un jeune psychologue américain au sein du laboratoire de Wilhelm Wundt (1832-1920) à Leipzig.

Les tests mentaux de J. McK. Cattell
James McKeen Cattell (1860-1944) avait développé dans le cadre de sa thèse allemande de fameuses expériences sur les temps de réaction (Cattell, 1885, 1886a, b, 1887 ; voir le numéro de 2001 de la revue Psychologie et Histoire pour une traduction française de ces textes). Cependant, dans ses recherches, il montrait encore peu d'intérêt à l'époque pour les différences interindividuelles. Lorsque Galton le contacte, il sent bien que ce dernier lui fournit un programme scientifique d'envergure: la mesure des différences interindividuelles à l'aide des procédures expérimentales développées à Leipzig. C'est dans ce contexte que Cattell décide de rejoindre Galton en Angleterre qui va l'aider à créer son propre laboratoire anthropométrique à Cambridge (1887-1888). Mais en janvier 1889, Cattell est embauché comme professeur de psychologie à l'Université de Pennsylvanie. Il y établit un nouveau laboratoire et commence à former des étudiants dans le but d'étendre le programme anthropométrique de Galton. C'est dans ce contexte qu'il fit paraître l'article intitulé "mental tests and measurements" (Cattell, 1890) dont nous donnons une traduction dans la suite déjà publiée par nos soins dans la revue Psychologie et Histoire:

x

La psychologie ne peut atteindre le caractère indiscutable et la rigueur des sciences physiques, à moins de reposer sur des fondements d'expérience et de mesure. Un pas en cette direction pourrait être fait en appliquant une série de tests mentaux à un grand nombre d'individus. Les résultats auraient une portée scientifique considérable pour la découverte des invariants des processus mentaux, de leur interdépendance et de leur fluctuation dans différentes circonstances. Les personnes, en outre, trouveraient leurs tests intéressants et, peut-être, utiles pour la formation, le mode de vie ou comme signe de maladie. La valeur scientifique et pratique de tels tests serait largement augmentée si un système uniforme était adopté, de telle façon que des évaluations faites à des moments et en des lieux différents puissent être comparées et combinées. Avec l'idée d'obtenir un accord parmi les intéressés, je me risque à suggérer les séries suivantes de tests et de mesures, accompagnés des méthodes pour les mettre au pointl. La première série de dix tests sont réalisés dans le laboratoire de l'université de Pennsylvanie auprès de tout volontaire se présentant et les séries complètes le sont auprès d'étudiants de psychologie expérimentale. Les résultats seront publiés lorsque suffisamment de données auront été collectées. En attendant, j'aimerais que les tests et les méthodes pour les mettre au point soient discutées point par point. Les dix tests suivants sont proposés .-

I.

Pression dynamométrique

II. Vitesse du mouvement
III. Zones sensitives IV. Pression douloureuse V. Seuil différentiel de poids VI. Temps de réaction auditif VII. Temps de dénomination de couleurs VIII. Bissection d'une ligne de 50 cm IX. Jugement d'une durée de JOsecondes X. Nombre de lettres mémorisées après une écoute
I

M Francis Galton, dans son laboratoire anthropométrique au musée de Kensington sud,
séries proposées ici rencontreront son combinant des tests physiques comme des évaluations psychophysiques et de la présente discussion. Le nom (ou ainsi que la nationalité (incluant celle

utilise déjà certains de ces tests et j'espère que les approbation. Il est commode de suivre Mf Galton en le poids, la taille, la couleur des yeux etc., avec mentales, mais ce sont ces dernières qui font l'objet les initiales) des personnes testées devrait être noté, des parents), l'âge, le sexe, l'activité et l'état de santé.

XI

On notera que les séries commencent par des évaluations plutôt physiques que mentales, et vont des mesures psychophysiques aux mesures plus purement mentales2. On peut aisément faire passer les tests à des personnes inexpérimentées, le temps requis pour les séries étant d'environ une heure. Le laboratoire devrait être aménagé de façon commode, i! devrait être calme et aucun spectateur ne devrait être présent lors du déroulement des expériences. La somme d'instructions que la personne testée doit recevoir et le nombre d'essais qu'elle doit subir sont des points qui devraient être fIXés afin de s'assurer de l'uniformité des résultats. La longueur de la consigne dépend de l'expérimentateur et du sujet et ne peut, malheureusement, être défini précisément. On peut seulement dire que le sujet doit clairement comprendre ce qu'i! a à faire. Un nombre élevé et uniforme d'essais serait bien sûr idéal, la moyenne, la variation moyenne, le maximum et le minimum étant notés. Le temps est cependant, un point important si un grand nombre de personnes sont testées. L'arrangement le plus économique en temps serait de tester minutieusement un petit nombre de personnes, et un plus grand nombre de façon plus globale. Le nombre d'essais que je préconise dans chaque test est indiqué ci-dessous, ainsi que la considération de la moyenne ou du «meilleur» essai comme étant le plus satisfaisant pour les comparaisons. Considérons maintenant les tests dans l'ordre. l Pression dynamométrique. La plus grande pression possible de la main peut être considérée par beaucoup comme une quantité purement physiologique. Il est pourtant impossible de séparer l'énergie physique de l'énergie mentale. La « sensation d'effort» et les effets de la volonté sur le corps font partie des questions les plus débattues en psychologie et meme en métaphysique. Des expériences intéressantes ont été conduites sur la relation entre contrôle volontaire ou excitation émotionnelle et la pression dynamométrique. D'autres évaluations de la puissance physique pourraient être faites (dans la seconde série, j'ai inclus la « traction de l'archer» et la pression du pouce et de l'index), mais la pression de la main semble convenir le mieux. Cela peut être
La netteté de la vision (incluant la vision des couleurs) et l'audition devraient peut-être être incluses dans la liste. Je les ai omises car un temps considérable est requis pour être à même de découvrir l'étendue et la nature du déficit (qui est généralement d'ordre physique et non mental), et parce que d'abondantes statistiques ont été publiées et sont collectées par les oculistes et les audiologues.
2

XII

réalisé facilement, ne peut s'avérer préjudiciable, dépend des conditions mentales et permet de comparer la puissance des mains droite et gauche. Ilfaut montrer au sujet la façon de tenir le dynamomètre afin d'obtenir la pression maximale. J'autorise deux essais avec chaque main (l'ordre étant droite, gauche, droite, gauche) et je prends en compte la pression maximum pour chaque main.

II. Vitesse du mouvement. Une telle évaluation paraît extrêmement intéressante, tout particulièrement en relation avec la précédente. En effet, son importance physiologique est telle qu'il est surprenant que des mesures attentives n'aient jusqu'ici pas étéfaites. La vitesse de mouvement a les mêmes rapports psychologiques que la force du mouvement. Remarquons en plus des aspects déjà mentionnés, la relation entre force et vitesse de mouvement d'une part et les « quatre tempéraments» d'autre part. Je conduis actuellement des expériences afin de déterminer la vitesse de différents mouvements. Comme test général, je suggère le mouvement le plus rapide de la main et du bras droits depuis le repos jusqu'à atteindre 50 cm. Un appareil approprié peut être obtenu auprès de Clark & Torbensen, Philadelphie. Un circuit électrique estfermé par le premier mouvement de la main et ouvert quand le mouvement a atteint 50 cm. Je mesure le temps defermeture du circuit avec le chronoscope de Hipp, mais cela peut être réalisé avec n'importe quelle méthode chronographique. Le chronoscope de Hipp peut être obtenu auprès de Peyer & Favager, Neuchâtel. C'est un appareil très pratique, mais ilfaut prêter attention à son réglage et à son contrôle (voir Mind N° 42).
III. Zones sensitives. La distance à laquelle deux points doivent être séparés sur la peau de telle façon qu'ils soient perçus comme deux est une constante, intéressant à la fois les physiologistes et les psychologues. Sa variation aux différents endroits du corps (de J à 68 mm) a été une des plus grandes découvertes. On ne peut prédire quelle peut être la variation individuelle et quelles inférences on peut en faire; mais tout ce qui permet d'éclairer le développement de l'idée d'espace mérite une étude attentive. Seule une partie du corps peut eîre testée dans une série comme celle présentée ici. Je suggère le dos de la main droite fermée, entre les ligaments du pouce et de l'index, dans une orientation longitudinale. Utiliser des compas à pointes arrondies en bois ou en

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caoutchouc et je suggère que la courbure ait un rayon de 0.5 mm. Cette expérience requiert quelque attention et adresse de la part de l'expérimentateur. Les points doivent erre touchés simultanément et pas trop fortement. Le sujet doit détourner la tête. Afin d'obtenir des résultats précis, un grand nombre d'essais sont nécessaires et toute I 'habileté de l'expérimentateur est requise pour déterminer, sans perte de temps inutile, la distance à laquelle les points touchés peuvent être juste distingués. IV. Pression douloureuse. Ceci est, tout comme la vitesse du mouvement, une évaluationjusqu 'alors peu prise en compte et si d'autres tests plus importants peuvent être mis au point ils pourraient être substitués à ceux-ci. Mais la limite à partir de laquelle une pression peut être douloureuse peut être une constante importante et dans tous les cas, elle peut être valide pour le diagnostic de maladies nerveuses et dans l'étude des états de conscience anormaux. L'évaluation de quelque point fzxé ou de la quantité de plaisir ou de douleur est une question qui présente un grand intérer du point de vue de l'éthique théorique et pratique, et je serais content d'inclure de tels tests dans la série présentée ici. Pour déterminer la valeur de la pression douloureuse j'utilise un outil (que l'on peut se procurer auprès de Clay & Tobensen et qui mesure la pression exercée par une pointe de caoutchouc dur d'un rayon de 0.5 mm). Je cherche actuellement à déterminer la pression douloureuse en différents endroits du corps,. pour la série présentée, je recommande le centre du front. La pression doit être augmentée progressivement et la valeur maximum doit être lue sur l'indicateur à la fin du test. Comme règle, la valeur pour laquelle le sujet dit que la pression est douloureuse devra être notée, mais dans certains cas, il peut être nécessaire de noter la valeur pour laquelle des signes de douleur se sont manifestés. Je fais deux essais et les enregistre tous les deux.

v. Seuil différentiel de poids. Le seuil sensitif et le seuil différentiel de sensation sont des constantes qui présentent un grand intérêt psychologique. En effet, la question de la mesure de l'intensité mentale est probablement la plus importante dont les psychologues ont à traiter. Le seuil sensitif ne peut erre déterminé qu'avec grand peine, si tant est qu'il puisse l'être: la valeur habituellement observée étant en réalité la plus petite différence entre stimuli flous. Cette dernière valeur XIV

est elle-même tellement difficile à établir que je l'ai reportée à la seconde série. Le seuil différentiel de sensation pour des stimuli d'intensité donnée peut être plus facilement établi, mais cela requiert un peu de temps et, par conséquent, pas plus d'un sens et d'une intensité ne peuvent être testés dans une série préliminaire. Je suis M. Galton en choisissant la «sensation d'effort» ou de poids. J'utilise pour cela des petites boîtes en bois, la boîte standard pesant J00 g et les autres, JOJ, J02 jusque J JOg. Le poids standard et un autre (commençant avec J05 g) étant donné au sujet, on lui demande lequel est le plus lourd. Je lui donne environ JO s pour prendre sa décision. Je note la valeur pour laquelle il donne une réponse correcte, en faisant attention à noter que le sujet est toujours exact avec le poids plus lourd suivant. VI. Temps de réaction auditif. Le temps s'écoulant avant qu'un stimulus ne provoque un mouvement devrait certainement être inclus dans une série de tests psychophysiques : le point sur lequel il faut se décider est quel stimulus choisir. Je préfère le son, pour lequel le temps de réaction semble le plus court et le plus régulier, et pour lequel les appareils sont les plus faciles à installer. Je mesure le temps à l'aide d'un chronoscope de Hipp, mais de nombreuses méthodes chronoscopiques ont été utilisées. Un instrument plus simple, moins cher et plus transportable serait nécessaire pour mesurer les temps courts. M. Galton utilise un appareil ingénieux, dans lequel le temps est mesuré par le déplacement d'une baguette qui tombe et qui ne nécessite pas d'électricité. Mais avec cette méthode on ne peut mesurer des temps au-delà de J/3 de seconde. Dans la mesure des temps de réaction, je suggère que trois réactions valides soient considérées et que le minimum soit collecté. Plus tard, la moyenne et la variation moyenne peuvent erre calculées.

VII. Temps de dénomination de couleurs. Une réaction est essentiellement réflexe et je pense, qu'en plus, le temps de réalisation de processus plus purement mentaux devrait être mesuré. Plusieurs de ces processus sont inclus dans la seconde série,. pour la série présente je suggère le temps nécessaire pour voir et dénommer une couleur. Ce temps peut facilement être mesuré pour une couleur unique au moyen d'appareils appropriés (voir MIND N° 42), mais pour une utilisation générale une précision sufflSantepeut erre atteinte en permettant au sujet de dénommer dix couleurs et en prenant la moyenne. Je colle des papiers xv

colorés (rouge, jaune, vert et bleu) de 2 cm2, J cm de côté, verticalement sur une bande de carton noir. Je les découvre soudainement et démarre un chronoscope que j'arrête quand les dix couleurs ont été nommées. J'autorise deux essais (l'ordre des couleurs étant différent à chaque fois) et enregistre le temps moyen par couleur à l'essai le plus rapide.

VIII. Bissection d'une ligne de 50 cm. La précision avec laquelle l'espace et le temps sont jugés peuvent être facilement testés, et ce avec des résultats intéressants. Je suis M. Galton en laissant le sujet diviser une règle d'ébonite (3 cm de largeur) en deux parties égales à l'aide d'une ligne mobile, mas je recommande 50 cm plutôt que J pied car avec ce dernier l'erreur est si petite qu'elle est difficile à mesurer et le système métrique semble préférable. L'erreur en mm (la distance au centre exact) doit être enregistrée et si elle est sur la droite ou sur la gauche. Un essai semblerait être suffisant.
lX. Jugement d'une durée de JO s. Cette évaluation est facile à réaliser. Je donne un premier coup sur la table avec l'extrémité d'un stylo puis un autre après JO secondes, et je laisse le sujet en retour donner un coup quand il juge qu'un intervalle identique s'est écoulé. Je n'autorise qu'un seul essai et enregistre le temps, à partir duquel la valeur de l'erreur et sa direction peuvent être déterminés.

X Nombre

de lettres

reproduites

après

une présentation.

La

mémoire et l'attention peuvent être testées en déterminant combien de lettres peuvent répétées après une seule présentation. Je nomme distinctement six lettres à la cadence de deux par secondes, et si le sujet peut les répéter après moi je passe à 7, puis 8 etc. ,. si les six ne sont pas répétées correctement après trois essais (avec des lettres différentes), j'en donne cinq, quatre, etc. Le nombre maximum de lettres pouvant être saisies et mémorisées est alors déterminé. Seules des consonnes doivent être utilisées afin d'éviter les syllabes. La psychologie expérimentale va probablement dans le programme éducatif de nos écoles et universités. une observation exacte et un raisonnement correct de la que les autres sciences naturelles, et offre un stock de intéressantes et utiles à chacun. Je prépare actuellement prendre place Elle enseigne même manière connaissances un manuel de

XVI

laboratoire qui inclura des tests des sens et des mesures du temps mental, intensité et extensité, mais il me semble utile de donner ici une liste des tests que je considère comme les plus importants afin qu'une attention leur soit portée, et qu'une coopération soit assurée dans le choix des meilleures séries de tests et des méthodes les plus exactes et les plus pratiques. Dans les séries qui suivent, cinquante tests sont proposés, mais certains d'entre eux incluent plus d'une mesure. Vue 1. Accommodation (myopie, presbytie, astigmatisme). 2. Dessin des figures de Purkinje et tâche aveugle. 3. Finesse de la vision des couleurs, incluant le rouge le plus bas et le violet le plus haut qui soient visibles. 4. Mesure du champ de vision pour laforme et la couleur. 5. Mesure de ce que les sujets estiment être un rouge, jaune, vert et bleu normaux. 6. Plus petite lumière visible et plus petite quantité de couleur distinguée du gris. 7. Plus petite différence perceptible en intensité, déterminée pour des stimuli de trois degrés de luminosité. 8. Le temps durant lequel une couleur doit être dirigée sur la rétine pour produire une sensation, la sensation maximale et un degré donné de fatigue. 9. Nature et durée des images persistantes. 10. Mesure de la quantité de contraste. Il. Précision avec laquelle la distance peut être évaluée avec un et avec deux yeux. 12. Test avec stéréoscope et résistance des deux champs de vision. 13. Erreurs de perception, incluant la bissection d'une ligne, le dessin d'un carré, etc. 14. Couleur et arrangement des couleurs préférées. Forme de lafigure et du rectangle préférés.

Audition

15.Plus faible

son perceptible et seuil différentiel d'intensité pour des sons de troisforces.

XVII

16. Tonalité audible la plus haute et la plus basse, plus petite différence de hauteur pour C, C " C ' " et point auquel les intervalles et les accords (en mélodie et en harmonie) sont juste perçus comme étant faux. 17. Jugement de hauteur absolue et de la nature des intervalles, accords et désaccords. 18. Nombre et nature des harmoniques pouvant être entendus avec et sans résonateur. 19. Précision avec laquelle la direction et la distance de sons peuvent être jugées. 20. Précision avec laquelle un rythme peut être suivi et avec laquelle la complexité d'un rythme peut être saisie. 21. Point auquel l'intensité et l'aigu d'un son deviennent douloureux. Points auxquels les temps sont les plus désagréables. 22. Son de nature la plus agréable. Tonalité musicale, accord, instrument et composition préférés. Goût et odorat 23. Plus petite quantité perceptible de sucre canne, quinine, sel de cuisine et acide sulfurique, et détermination des parties de la bouche avec lesquelles ils sont goûtés. 24. Plus petite quantité perceptible de camphre et de brome. 25. Goûts et odeurs jugées comme particulièrement agréables et
désagréables.

Toucher et température Plus petite pression notable pour différentes parties du corps. Seuil différentiel de pression, avec des poids de JO, J00 et J000 mg. Mesure de zones sensitives dans différentes parties du corps. Précision avec laquelle peuvent être jugées l'amplitude et la direction du mouvement d'un point sur la peau. 30. Seuil différentiel de température. 31. Détermination de la chaleur, du froid et de points de pression sur la peau. 32. Point auquel la pression, la chaleur et le froid provoquent une douleur. 26. 27. 28. 29.

XVIII

Sensation d'effort et de mouvemenf 33. Seuil différentiel de poids, lors du soulèvement de poids de 10, 100 et 1000 mg. 34. Force de pression des mains, pression avec le pouce et l'index, et traction de l'archer. 35. Vitesse maximum et normale du mouvement. 36. Précision avec laquelle la force, l'amplitude et la vitesse de mouvements actifs et passifs peuvent être jugées. Temps mental 37. Le temps durant lequel des stimuli doivent être présentés à l'oreille et à 1'œilpour provoquer des sensations. 38. Temps de réaction pour le son, la lumière, la pression et des stimulations électriques. 39. Temps de perception des couleurs, objets, lettres et mots. 40. Temps de dénomination des couleurs, objets, lettres et mots. 41. Temps nécessaire pour mémoriser et pour prendre une décision. 42. Temps d'association mentale. 43. Effets de l'attention, de l'entraînement et de la fatigue sur le temps mental. Intensité mentale 44. Résultats de différentes méthodes utilisées pour déterminer le seuil différentiel de sensation. 45. Intensité mentale enfonction du temps mental. Extensité mentale 46. Nombre d'impressions pouvant être perçues simultanément. 47. Nombre d'impressions successives pouvant être correctement répétées et nombre de fois qu'un plus grand nombre d'impressions successives doivent être entendues ou vues de façon à ce qu'elles soient correctement répétées. 48. Vitesse à laquelle une sensation simple s'efface de la mémoire. 49. Précision avec laquelle des intervalles temporels sont mémorisés. 50. Corrélation entre temps mental, intensité et extensité.
3

Les sensations organiques et les sensations de mouvement, d'équilibre et de vertige

devraient peut-être être incluses dans ces séries.

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L'objectif de Cattell fut de développer une mesure des différences interindividuelles. Si le programme s'inscrivait nettement dans la perspective évolutionniste néo-darwiniste de Galton, celui-ci faillit ne pas aboutir à cause des nouvelles charges universitaires de Cattell. Mais comme la perspective d'établir un nouvel instrument de mesure des capacités intellectuelles intéressait de très nombreux éducateurs, Cattell ne laissa pas tomber son programme sur les tests mentaux. En septembre 1894 le programme, élargi à d'autres épreuves (tests crâniométriques, de perceptions sonores, de mémorisation, etc.) par rapport à celui de 1890, fut développé avec raide de son collègue Farrand (cf., Cattell & Farrand, 1896) mais n'aboutit pas à des résultats tranchés. En décembre 1895, sous la présidence de Cattell, l'APA (American Psychological Association) nomma un comité destiné à étudier la faisabilité de la coopération de divers laboratoires de psychologie pour la mise au point de diverses épreuves physiques et mentales. Le comité présenta un rapport préliminaire en décembre 1897 (ct:, Baldwin, Cattell, & Jastrow, 1898). Jastrow souligna que le test devait inclure des épreuves physiques et mentales destinées à mesurer a) les capacités sensorielles, b) les capacités motrices et éventuellement c) les processus mentaux plus complexes. Après discussion, cette dernière catégorie fut écartée malgré l'insistance de James Mark Baldwin (1861-1934) qui voulait faire une plus large place en particulier aux épreuves de mémoire. Les critiques de Baldwin furent les premières mais pas les dernières au sein de la communauté scientifique américaine (cf. Sharp, 1899). Au cours des années 1890, Cattell fut le seul à réellement poursuivre son programme de tests anthropométriques. Son élève, Clark Wissler (1870-1947), qui avait appris la technique des corrélations inventée par Galton, l'appliqua aux nouvelles données recueillies dans le cadre du programme recherche. Mais l'analyse de ces données ne montra aucune corrélation entre les résultats aux divers tests, ni aucune corrélation entre les performances et le niveau universitaire. Cet échec sonna le glas du programme anthropométrique américain à une époque où Cattell abandonnait la recherche psychologique en s'engageant de plus en plus dans une activité d'édition. Quelques années plus tard, des psychologues français réussirent là où tous les autres avaient échoué.

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L'élaboration du premier test d'intelligence par Binet et Simon

Alfred Binet: Un psychologue français de renom Alfred Binet (1857-1911) est généralement connu pour être l'inventeur du premier test d'intelligence. Pourtant tout au long de sa longue carrière Binet a été en phase avec les thèmes de recherches de son époque et au tournant du siècle il est un psychologue très connu et estimé en France et à l'étranger. Sa carrière avait commencé en 1883 dans le service du neuropsychiatre parisien Jean-Martin Charcot (1825-1893) à la Salpêtrière où il s'intéresse à la pathologie mentale et à l'hypnotisme. C'est l'étude des phénomènes de transfert occasionnés par l'aimant qui va faire connaître le nom de Binet. TIs consistent en ceci que l'aimant aurait la propriété de faire passer, chez certaines personnes extrasensibles, de gauche à droite et vice-versa, certaines manifestations unilatérales. Ainsi, pour Blanche Wittman, l'une des hystériques vedettes du service de Charcot, étant mise en catalepsie à gauche, en léthargie ou en somnambulisme à droite, si l'on approche d'elle, à son insu, un aimant soit à droite, soit à gauche, on renversera ce double état, le côté droit sera mis en catalepsie et le côté gauche en léthargie ou en somnambulisme. Le corps humain participerait de la nature de l'aimant. Les études sur ce thème paraissent en 1885 (cf. Binet & Féré, 1885a, 1885b, 1885c) dans la "Revue Philosophique de la France et l'Étranger" dirigée par le fondateur de la psychologie française Théodule Ribot (1839-1916) qui a été son parrain en psychologie. Ses recherches expérimentales par I'hypnotisme feront l'objet d'un premier ouvrage sur « La psychologie du raisonnement» (Binet, 1886) et d'un second ouvrage, écrit dans l'atmosphère de la Salpêtrière et dédicacé à Charcot, intitulé «Le magnétisme animal» (Binet & Féré, 1887). Il publiera aussi en 1890 un ouvrage en langue anglaise «On double consciousness» (Binet, 1890) qui constitue un recueil d'articles rédigés pour des revues américaines, et en 1892 les «Altérations de la personnalité» (Binet, 1892), ouvrage également inspiré par les leçons de Charcot et qui fut couronné par l'Académie des Sciences. Mais la variété de ses intérêts à cette époque est grande; elle est remarquablement bien illustrée dans un ouvrage intitulé « Etudes de psychologie expérimentale» (Binet, 1888) à l'intérieur duquel on trouve, entre autres, des chapitres sur les problèmes de l'hystérie, de

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l'hypnose et sur la vie psychique des micro-organismes. En effet, il ne travaille pas seulement avec Charcot mais aussi avec son beau-père E.G. Balbiani (1825-1899), professeur d'embryologie au Collège de France, dont il présentera les cours sur les théories modernes de la reproduction et de l'hérédité et au laboratoire de zoologie où il prépare une licence ès sciences naturelles (1890) et une thèse de doctorat ès sciences naturelles qu'il présenta en 1894 sous le titre: « Contribution à l'étude du système nerveux intestinal des insectes». Malgré cette activité intellectuelle multiple et débordante, la naissance de ses deux filles, Madeleine (18851961) et Alice (1887-1938) a certainement marqué un tournant dans sa carrière en ce sens que la psychologie normale va exercer sur lui un attrait désormais irrésistible. Au début des années 1890, il saisit l'opportunité qui allait lui ouvrir les portes de la Sorbonne et abandonner du même coup la psychologie pathologique et quelques années plus tard la biologie. À cette époque, il fait la connaissance personnelle du physiologiste nancéen Henry Beaunis (1830-1921) qui, deux années plus tôt, avait pris en charge la direction du laboratoire de psychologie physiologique de l'École Pratique des Hautes Études installé dans les locaux de la Sorbonne depuis sa fondation en 1889. Binet lui offre ses services, ce que Beaunis, pauvre en personnel, accepte tout de suite malgré la rivalité qui les a opposés sur la question de la suggestion dans l'hypnose quelques années auparavant. Binet ne tarde pas à prendre dans le laboratoire une place importante et est nommé d'abord préparateur puis, en 1892, Directeur Adjoint à l'âge de 35 ans. Au cours de l'année 1893, le laboratoire s'organise avec une série de nominations officielles: Jean Philippe (chef de travaux), Jules Courtier (chef adjoint des travaux) et Charles Henry (Maître de Conférences). À cette époque, quelques élèves, dont le plus en vue fut certainement Victor Henri (1872-1940), quelques curieux et quelques étrangers vinrent y travailler. La majorité des travaux sortis du Laboratoire furent publiés par Henry Beaunis à ses frais dans les bulletins des" Travaux du Laboratoire de Psychologie Physiologique" (1893 pour les travaux de 1892 ; 1894 pour les travaux de 1893). Dans ces bulletins on trouve surtout de nombreux articles écrits par Binet seul ou en collaboration. Les principaux thèmes de recherche semblent d'abord avoir été centrés autour de l'étude du phénomène d'audition colorée, puis de l'étude des calculateurs prodiges et des joueurs d'échecs qui jouent sans voir (cf., Binet, 1894c), et enfin de J'étude de Ja mémoire visuelle. Ces bulletins, qui ne sont que des comptes-rendus de recherches de laboratoire, furent

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