L'Elégie érotique romaine. L'amour, la poésie et l'Occident

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Qui sont ces Lesbie ou ces Corinne, les héroïnes dont nous parlent les élégies de la Rome antique ? Quel est le monde qu'elles nous décrivent ? D'où vient ce sentiment d'étrangeté que l'on éprouve à les lire ? Comment un écrivain peut-il faire entendre un accent de sincérité tout en nous infligeant de longs morceaux conventionnels - mythologiques notamment ?



Devant ces apparentes incongruités, Paul Veyne pose aux textes une question essentielle et pourtant absente de la critique : Comment étaient-ils lus, reçus ? Quel contrat proposaient-ils au lecteur ? De quelle esthétique, aujourd'hui disparue, relèvent-ils ?



La réponse consiste à rapprocher l'élégie de la bucolique, qui met en scène avec le même artifice des bergers imaginaires jouant du pipeau. Véritable " pastorale en costume de ville ", l'élégie se révèle être un monde où l'on fait semblant, avec humour, d'être amoureux, un peu comme dans une baraque foraine, on joue à se faire peur.


Publié le : mardi 25 février 2014
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EAN13 : 9782021158304
Nombre de pages : 256
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L’élégie érotique romaine
L’Élégie érotique romaine
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L’élégie érotique romaine
Paul Veyne
L’Élégie érotique romaine L’amour, la poésie et l’Occident
Éditions du Seuil
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L’élégie érotique romaine
La première édition de cet ouvrage a paru dans la collection « Pierres Vives ».
ISBN 978-2-02-115829-8 re (ISBN 2-02-006555-X, 1 publication)
© Éditions du Seuil, 1983
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STELLAECANDIDAEVENTVRISACRVM
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L’élégie érotique romaine
Avant-propos et petite anthologie
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Avant-propos et petite anthologie
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C’est une des formes d’art les plus sophistiquées de toute l’histoire des littératures; il n’en est pas beaucoup non plus dont la nature ait été davantage méconnue. Deux ou trois décennies avant le début de notre ère, de jeunes poètes romains, Properce, Tibulle et, à la génération suivante, Ovide, entreprirent de chanter à la première personne, sous leur véritable nom, des épisodes amoureux et de rapporter ces divers épisodes à une seule et même héroïne, désignée par un nom mythologique; l’imagination des lecteurs se peupla ainsi de couples de rêve: Properce et sa Cynthie, Tibulle et sa Délie, Ovide et sa Corinne. En Grèce et à Rome, on classait volontiers les genres poétiques d’après le mètre dans lequel ils étaient écrits, de même que nous clas-sons les danses d’après leur rythme ; ces vers d’amour étaient en rythme élégiaque (qui avait été employé aussi à des poèmes de deuil, à des vers didactiques, à des satires, etc.) ; on parle donc de l’élégie érotique romaine. Jusqu’ici, nous pouvons nous croire en pays de connais-sance ; nous songeons à Dante ou Pétrarque racontant leurs amours platoniques pour Béatrice et Laure, aux troubadours chantant une noble dame sous un pseudonyme ousenhal, à Scève avec sa Délie, à Ronsard avec sa Cassandre. Et il est bien vrai que l’élégie romaine a eu en Occident une postérité qui, légitime ou non, durera jusqu’à Lamartine, ou Aragon. Il y a cependant une première différence qui ne sera pas la dernière ni la plus grande ; pour Délie, Cassandre ou Diane, Scève, Ronsard ou Aubigné soupirèrent en vain (c’était presque la loi du genre), tandis qu’en leurs héroïnes
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nos Romains ne trouvaient pas de cruelles. Sauf dans des élégies où on les voit mendier à leur héroïne des nuits d’amour une par une : il était posé en principe qu’elle dis-tribuait ses faveurs comme elle voulait et à tous ceux qu’elle voulait. Cette héroïne, bien qu’adorée par de nobles poètes (l’élégie est une poésie du beau monde), n’est pas une noble dame, à la différence de sa postérité littéraire; qu’est-elle donc censée être ? Une irrégulière, une de celles qu’on n’épouse pas : nos poètes ne précisent pas davantage et on verra qu’ils n’ont pas besoin d’en dire plus pour que le genre élégiaque soit ce qu’il est. Voilà donc des adora-teurs qui sont prêts à tout pour leur belle, sauf à l’épouser. Ce serait de la muflerie, si c’était vrai ; mais, comme tout cela est en papier, nous commençons à entrevoir ce que fut l’élégie romaine : une poésie qui ne plaide le réel que pour glisser une imperceptible fêlure entre elle et lui ; une fiction qui, au lieu d’être cohérente avec elle-même et de concur-rencer ainsi l’état civil, se dément elle-même. Pour les modernes, Gongora, ou bien leDivan occidentalde Goethe, avec ce qu’on appelle l’ironie goethéenne, en donne peut-être l’analogie la moins éloignée. On devine combien les sémiologues et tous les chimistes de la littérature s’en don-neraient à cœur joie sur un composé aussi raffiné. On devine aussi combien le contresens est inévitable. L’héroïne est une impure : donc l’élégie sera une peinture du demi-monde, ou plutôt elle fera songer à l’art des quar-tiers de plaisir du vieux Japon, avec leurs honorables courtisanes, car un paganisme en vaut bien un autre. Le poète et adorateur, lui, dit « je » et parle de lui-même sous son vrai nom de Properce ou de Tibulle : nous croirons donc retrouver ses traits dans ceux de sa postérité pétrarquiste et romantique et nous ne douterons pas qu’il exprime sa pas-sion, qu’il nous fait confidence de ses souffrances et qu’il parcourt pour nous tous la voie royale du cœur humain. À vrai dire, les commentateurs ont cultivé ce contresens psychologiste beaucoup plus volontiers que le contresens sociologiste; ils ont préféré ne pas trop savoir ce que les amours élégiaques avaient de peu édifiant. En 1957, il a fallu qu’E. Pasoli explique que, dans son élégie I, 5, Pro perce
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