L'élevage français

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Cet ouvrage retrace l'évolution de l'élevage français de la fin de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui, et il s'interroge sur ses perspectives d'avenir. Pris dans l'économie mondiale, strictement encadré par la PAC et des législations souvent lourdes, complexes et parfois contradictoires, soumis à des exigences nouvelles des consommateurs (bien-être des animaux, protection de l'environnement, sécurité sanitaire, prix...), l'élevage français souffre mais il reste vivace et a encore des arguments à faire valoir.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296252073
Nombre de pages : 235
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L’ÉLEVAGE FRANÇAIS
Jacques Risse L’ÉLEVAGE FRANÇAISÉvolutions et perspectives
L’HARMATTAN
© L'HARMATTAN, 2010 57, rue de l'ÉcolePolytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296114579 EAN : 9782296114579
L’élevage est né il y a longtemps, huit ou dix mille ans, au néolithique, probablement en plusieurs endroits à la fois et, en tout cas, contrairement à ce qu’on a longtemps pensé, pas seulement au Moyen Orient. En fait, il est, sembletil, né à peu près partout où vivaient à l’état sauvage des espèces potentiellement domesticables et où l’on trouvait des ressources naturelles suffisantes en même temps qu’un environnement socioculturel favorable. On a parlé à ce propos de révolution. Et c’est sans doute le mot qui convient le mieux pour décrire ce qui s’est alors passé. Les Homo pourtant déjà sapiens du paléolithique et du mésolithique consacraient la quasitotalité de leur temps à la chasse et à la cueillette. Leurs fils, devenus agriculteurs et, de ce fait, libérés pour une part de la hantise des lendemains, pouvaient vaquer à d’autres occupations, penser avenir, réfléchir. En matière d’élevage, deux espèces surtout connaissaient leurs faveurs : le mouton pour sa peau et sa laine, le porc pour sa viande et sa graisse. Le bœuf et le cheval ne seront domestiqués qu’un peu plus tard mais tout de même bien avant les volailles. A leur arrivée en Gaule, les envahisseurs romains durent admettre que l’élevage était déjà solidement implanté dans l’ensemble du pays et qu’il ne se portait pas si mal. C’est ce dont témoigne Varron, contemporain tout à la fois de César et d’Auguste, dans son « Traité d’économie rurale »:Tout peuple,écrivaitil, n’est pas apte à l’élevage, les Gaulois y montrent des dons exceptionnels. Une cinquantaine d’années plus tard, Strabon, l’éminent géographe grec, tenait le même langage :Toute la Gaule produit beaucoup de blé, du millet, des glands et toute sorte de bétail.fait, les Gaulois élevaient des bœufs, des moutons, des porcs, En beaucoup de porcs, mais aussi des oies qu’ils vendaient jusqu’à Rome. Tout au long du Moyen Age, l’élevage se développera mais lentement, très lentement. La priorité allait à la culture des céréales et des plantes vivrières. Les rendements étaient faibles, trop faibles pour que l’on ose seulement envisager de consacrer au bétail des pâtures ou des terres un peu plus vastes.Nourrir les animaux, écrira Marc Bloch dans ses « Caractères originaux de l’histoire rurale française » publiés en 1931, constituait un grave problème, un des plus angoissants de la vie du village.fait les porcs allaient à la glandée dans les forêts et les En moutons pâturaient sur les landes ou les sols arides. Et cela durera encore de longues années.
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e Au XVIII siècle, sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, peut être grâce aux agronomes qui se préoccupaient pourtant d’abord et avant tout des cultures, l’élevage connaîtra un certain développement. Dans les années 17701780, les Français consommaient 12 à 15 kg de viande par personne et par an, buvaient quelques pintes de lait et mangeaient trois ou quatre livres de fromage. C’était encore bien peu. Et pour cause! Ce qu’attendaient les paysans des bovins, c’était d’abord du fumier et du travail, ce qu’ils attendaient des moutons c’était de la laine, ce qu’ils demandaient aux chevaux c’était du travail, de la commodité et du paraître. Seuls les porcs étaient exploités pour leur viande et leur graisse. De mes notes, écrivait l’anglais Arthur Young qui visita la France à la veille de la Révolution,il résulte qu’en Normandie, dans le Bas Poitou, en Limousin, dans le Quercy, en Guyenne, l’importance du bétail est joliment bien comprise et que dans la partie herbagère de la Normandie, la quantité est bien proportionnée à la richesse du pays. Dans tout le reste du Royaume, qui en forme la plus grande partie, il n’y a rien qui mérite d’être noté. Dans les dixhuit vingtièmes du pays, il n’y aurait pour ainsi dire pas de bétail du tout sans la pratique de labourer avec eux. Lavoisier ne disait pas autre chose quand, au même moment, il qualifiait l’élevage demal nécessaire et affirmaitLes bestiauxne sont que les instruments employés pour cultiver et pour fumer et le bénéfice qu’ils procurent n’est qu’un léger accessoire. Sous la Révolution et sous l’Empire les choses commencèrent à changer. Berthollet le chimiste et ses amis, inquiets de la médiocrité de l’élevage français, lancèrent en vendémiaire an III, avec la bénédiction de ces messieurs du Directoire, une enquête d’inspiration très moderne qui se proposait de faire le point sur la situation réelle de notre cheptel. Les enquêteurs reçurent pour mission de collecter un maximum de données sur les effectifs des animaux, sur les conditions dans lesquelles ils étaient élevés, sur les maladies constatées, sur les remèdes utilisés et leur efficacité apparente. Mieux, il leur était demandé de recueillir des informations sur les eaux d’abreuvement et les surfaces consacrées aux pâturages. C’était la première fois que l’on s’intéressait à ce genre de choses. Mais il était trop tôt, beaucoup trop tôt pour que les paysans acceptent de répondre à un questionnaire de ce type. Ils ne tenaient pas du tout à ce que l’Etat, la République en l’occurrence, mette son nez dans leurs affaires. La Royauté les avait longtemps spoliés, exploités. Ils étaient
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persuadés que la République en ferait tout autant s’ils entraient dans son jeu. Répondre à ses questions leur paraissait dangereux, répondre honnêtement leur paraissait suicidaire. Réflexion faite, ils se résignèrent à faire ce qu’on leur avait appris à faire tout au long des siècles et qu’ils faisaient fort bien, ils exprimèrent des doléances, des plaintes assorties de quelques requêtes. Seules les informations concernant l’état sanitaire du cheptel paraissent à peu près fiables. Même si tout donne à croire que la fréquence et la gravité des maladies parasitaires ou des épizooties ont été exagérées, il n’en reste pas moins que la situation était passablement inquiétante et les taux de mortalité souvent catastrophiques. En fait, ce n’est guère avant 1850 que l’élevage prendra son essor sous les effets conjugués des progrès agricoles et industriels, de la hausse du niveau de vie, de l’urbanisation, de l’évolution des mœurs et, bien entendu, de l’avènement de la zootechnie et du bond en avant de la médecine vétérinaire. En ces derniers temps, écrivait André Sanson en 1885,la consommation de viande a pris, dans l’Europe occidentale, de très grands développements, déterminés surtout par la hausse des salaires, qui a été ellemême la conséquence des changements politiques intervenus. Le sentiment de l’égalité, en France particulièrement, a fait naître de vives aspirations au bien être parmi les travailleurs. Or ces aspirations se réalisent d’abord par l’amélioration du régime alimentaire, premier besoin de l’homme, et, dans cette amélioration, c’est la viande qui occupe le premier rang.La consommation de viande qui, dans notre pays, s’élevait, semblet il, en moyenne à 18 kg par personne et par an en 1812, atteignait, selon des estimations jugées assez fiables, 23 kg en 1856, 33 kg en 1852 et 45 kg en 1910. La consommation de lait évoluait à peu près parallèlement. C’est ainsi que les chiffres dont nous disposons donnent à penser que les Parisiens multiplièrent par deux leur consommation individuelle entre 1850 et 1900 ! Dans les vingt courtes années qui allaient séparer les deux dramatiques conflits mondiaux, d’autres progrès seront réalisés. Des progrès considérables qui verront par exemple la consommation de viande passer de 45 à 57 kg par personne et par an et la part de l’élevage dans le revenu agricole brut s’approcher de 45%. Ceci étant, c’est tout de même après la Seconde Guerre mondiale que l’élevage se développera.
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Au cours d’une première période, qui correspond grosso modo aux Trente Glorieuses, il prendra son essor, se construira avec pour préoccupation majeure de répondre à la demande des consommateurs tout en dégageant de légitimes profits pour les éleveurs. La crise de 1973, sans être, et à loin près, aussi grave que la crise actuelle, mettra un terme à cette première période, marquera une sorte de rupture qu’avaient peutêtre, et peu ou prou, annoncé les évènements de mai 68. On ne dira toutefois pasMerde à Vauban!De 1975 à 2005, tout au long de ces trente années que l’on pourrait qualifier de laborieuses, l’élevage se consolidera, se structurera. Les managers succèderont aux conquérants. Ils devront faire face à d’importants changements, relever de nombreux défis : la chute du mur de Berlin et la décrépitude du communisme, la construction de l’Europe, la globalisation de l’économie, l’extension du commerce international, les crises sanitaires, l’irruption de l’écologie, du développement durable, de l’aménagement rural ou du bienêtre animal dans la politique. La monumentale crise financière et économique née en 2007, mais en gestation depuis quelque temps déjà, a mis un terme à cette deuxième période. Elle provoquera inévitablement des remises en cause. Nos certitudes de demain ne seront probablement plus tout à fait celles d’aujourd’hui. Elle aura, cette crise, une influence sur les façons de penser, sur les manières d’être des Français, des Américains, des Chinois, des Russes ou des Africains, sur leur façon de vivre et de manger. Selon toute probabilité, ces évènements influeront sur les négociations internationales, sur celles de l’OMC et, par contrecoup, sur les aménagements de la PAC. D’éminents économistes se sont demandé si cette crise n’était pas le premier gros échec de la mondialisation. Peut être fautil se poser la question... Que deviendra dans ces conditions l’élevage français ? S’adapterat il ? Et si oui, comment? Quelle place prendratil sur l’échiquier mondial ? C’est à ces questions que nous essaierons de répondre dans la dernière partie de cet ouvrage. Les pathologistes savent depuis longtemps qu’un examen clinique ne peut se satisfaire des seuls symptômes du moment et qu’il leur faut connaître le passé de leur patient pour poser un diagnostic, établir un pronostic et instituer un traitement. C’est le processus que nous avons suivi en examinant ce qui s’était passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et en nous appuyant sur les statistiques qui sont pour 10
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