L'élite urbaine dans l'espace agricole africain

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De simple facteur de production agricole d'autoconsommation, la terre est devenue, dans l'espace agricole africain, un objet de convoitise en vue de la satisfaction des besoins d'investissement agricole de l'élite urbaine. Tout le système foncier traditionnel qui assurait depuis des millénaires la paix et la cohésion sociale et familiale dans les villages s'en trouve ainsi complètement bouleversé. Cet ouvrage est élaboré à partir des situations concrètes au Cameroun et au Sénégal.
Publié le : jeudi 1 décembre 2011
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EAN13 : 9782296475250
Nombre de pages : 312
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L’élite urbaine
dans l’espace agricole africain






















Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


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Joseph Gabriel ELONG (éd.)







L’élite urbaine
dans l’espace agricole africain

Exemples camerounais et sénégalais





Préface de Guy Mainet


















Du même auteur


Organisations paysannes et construction des pouvoirs dans le Cameroun
forestier, Yaoundé, Presse Universitaire de Yaoundé (PUY), 2005, 151 p.
Initiation à la géographie rurale et urbaine, Yaoundé, Éditions CLE,
2011, 240 p. ( Co-auteur : Priso D.Dickens).








Photo de couverture
Une palmeraie en création par une élite urbaine dans l’arrondissement de
Meyomessala (département de la Dja-et-Lobo, région du Sud,
Cameroun). Photo auteur, juillet 2010.

.














© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55619-5
EAN : 9782296556195
PRÉFACE
L’urbanisation des pays du Sud progresse inexorablement de
décennie en décennie, au Cameroun comme au Sénégal. Nous sommes dans
une phase où les habitants des villes portent leur attention en direction des
campagnes d’une façon toujours plus intéressée. Les crises sont passées par
là ; l’État- providence ne déverse plus sa manne sur les populations ; la quête
d’un emploi et la survivance de la famille sont plus que jamais les soucis de
tous les jours.
L’ombre portée de la ville, de la très grande cité à la toute petite
bourgade, s’impose dans tous les domaines (interactions politiques,
instruments financiers et investissements, pratiques foncières, spéculations,
missions de développement, développement local ou endogène), dans toutes
sortes de flux (personnes, véhicules, monnaie, échanges culturels) avec les
villages.
Il me souvient, il y a trente à quarante années, que certains collègues
de l’université de Yaoundé, des géographes comme moi, -certes pour obtenir
un supplément de revenus, mais pas seulement, me semble-t-il-, avaient
lancé des initiatives relativement pionnières autour d’eux, c’est-à-dire dans
leurs villages d’origine. Vers Lolodorf, l’un (qui avait fait ses études
supérieures à Bordeaux), avait fait la propagande de l’élevage avicole au
Cameroun : il avait contribué au lancement de l’émission radiophonique
quotidienne et populaire baptisée « Mangez un œuf chaque jour ! ». Un
autre, regardant vers Eséka en pays bassa, avait encouragé la création de
périmètres plantés en pieds d’ananas pour la vente. Un troisième (pour se
limiter à trois !) dans la périphérie de Yaoundé, vers le collège Vogt,
s’évertuait à rassembler de la provende pour un élevage de poulets de chair
difficile à faire décoller et à maintenir dans une durée économique vitale.
Je signale ces exemples pour indiquer qu’on ne parlait pas encore
d’ « élite urbaine » à tout va ! L’urbanisation se déroulait selon un long
fleuve tranquille. Les néo-citadins se présentaient aux portes (c’est-à-dire
aux gares routières !) de la grande ville, en fin de semaine ou en période de
congés, pour chercher à rejoindre la famille restée au village, souvent en
compagnie d’enfants séjournant en ville pour poursuivre leurs études. Des
échanges incessants de produits manufacturés (petit outillage, savon), des
comestibles de première nécessité comme huile, farine, sucre, pain, mais
aussi alcools ou boissons diverses, tout cela accompagné de quelques billets,
dans un sens, étaient compensés en retour avec des produits de la terre
(légumes, racines, céréales, fruits, volailles ou petit bétail) ou de la forêt
(gibier).
Les grandes crises depuis les années 1980 ont largement changé le
décor rural. Les cultures de rente ont quasiment sombré, surtout le café et le
cacao au Cameroun, l’arachide au Sénégal. Les grandes métropoles
camerounaises et au Sénégal, Dakar et Touba ont facilement doublé leur
population depuis dix ou vingt ans. À Douala (mais pas uniquement !), on a
vu apparaître des citadins de deuxième ou de troisième génération. C’est-à-
dire que les Bamiléké sont devenus désormais pour beaucoup des
« ressortissants de Douala même », dont le point d’ancrage dans une
chefferie des hautes terres de l’Ouest n’est plus autant essentiel ; où il n’y a
plus moyen d’obtenir un arpent de terre de la part des anciens et où il n’est
plus envisagé ni impératif de mettre en terre la dépouille d’un défunt (escorté
par tous ses amis de même classe d’âge), ni même d’ériger une villa près de
la chefferie d’origine ou proche de la maison des vieux parents.
Mais, cette mise à distance n’aboutit pas à une perte des relations
familiales ou communautaires. Chaque chefferie ou chaque « peuple »
s’ingénie à promouvoir un « congrès » annuel donnant lieu à des
rassemblements fort nombreux, parfois pendant huit jours d’affilée,
occasionnant des dépenses somptuaires (on peut le craindre !). Ces
manifestations d’allure culturelle peuvent être entachées d’un certain
folklore, en ces temps d’hyper-communication. Elles peuvent être l’objet de
récupérations multiples sur les plans politique, économique, administratif,
voire sportif ou culturel… Les notables locaux ou « originaires » cherchent à
s’implanter de manière durable pour obtenir une carrière politique au long
cours, au niveau de la région ou au niveau national. Quiconque aura fait ses
preuves, ou aura montré une certaine « surface » (la plantation de palmiers à
huile est propice à cette mise en évidence, ou bien encore un ranch conduit
de manière moderne), mettra des atouts de son côté (encore que des règles
du jeu sont à respecter, si non tôt ou tard gare au retour de bâton !)….
Au final, avec les effets des crises successives, citadins et ruraux se
retrouvent plongés dans le même bain. On n’établit plus comme naguère une
séparation nette entre villes et campagnes. On parle de l’exode « urbain », de
grandes métropoles aux villes petites et moyennes. Avec l’avènement des
téléphones portables ou d’Internet, les mouvements de personnes, les flux de
marchandises, la communication se font avec un maximum d’efficacité quoi
qu’il en soit. Et, - c’est un souvenir d’il y a quarante ans pour nous -, nous
avions déjà à ce moment-là anticipé quel pourrait être le poids des femmes
dynamiques et affairées qu’on appelle les « bayam- sellam » sur les marchés
des grandes villes camerounaises, entre les centres urbains et jusqu’au
profond des campagnes, pour acheminer jusqu’aux consommateurs la
production vivrière indispensable aux populations du pays.
Les élites sont quant à elles à la fois urbaines et rurales, intéressées
au sort des villages et ouvertes au monde. Nul doute que la part double de
chacun trouve à se manifester : d’un côté ambition personnelle, recherche
des honneurs, appât du gain ; de l’autre, l’esprit de clocher, le patriotisme
local, l’amour des parents et de la famille, l’amour de la terre….
L’ouvrage qu’a produit notre ancien étudiant, ami et collègue,
Joseph Gabriel Elong, en témoigne. Plusieurs générations d’auteurs sont
regroupées, avec des géographes, des sociologues et des historiens, avec
quelques contributrices abordant la question du « genre » et la place des
femmes dans le monde agricole. Un véritable fil rouge traverse le Cameroun
(le Sud, le Centre, les hautes terres de l’Ouest et le Nord). Le Sénégal est
scruté au cœur, avec l’exemple hors norme de Touba.
Guy MAINET
Professeur des Universités émérite honoraire
Université de Yaoundé, FLSH, 1971- 1982
Université Cheikh Anta Diop, 1985- 1989

AVANT-PROPOS
L’idée de produire un ouvrage collectif sur « l’élite urbaine dans
l’espace agricole africain » est née à l’issue d’une conférence publique que
j’avais donnée sur ce thème au Groupe de recherche interdisciplinaire sur
l’Afrique au Sud du Sahara (GRIASS) de l’Université catholique de Louvain en
Belgique, où j’ai exercé comme professeur invité en février 2010. De par le
caractère interdisciplinaire de ce groupe de recherche, mon propos a été accueilli
ce 26 février 2010, non seulement par les géographes, mais également par les
sociologues, anthropologues, historiens, politologues, économistes, écologistes,
journalistes, agronomes, tous chercheurs émanant pour la plupart, sinon
exclusivement, de l’Afrique noire. Le caractère complémentaire et très souvent
contradictoire des débats m’a montré à quel point la réalité camerounaise en la
matière se retrouvait, à des degrés divers, dans bon nombre de pays africains.
L’enthousiasme de se lancer dans un ouvrage collectif avec les chercheurs du
GRIASS a été réel à la fin des débats, lorsque j’ai annoncé le projet d’ouvrage à
l’assistance. Malheureusement, il n’a sans doute pas pu être effectif, car
quelques mois plus tard, mon collègue, le professeur Jean-Marie Wautelet,
coordonnateur du GRIASS, prenait sa retraite.
À l’issue de l’appel à contribution, les expériences glanées ici et là sur
ce thème ne portent donc finalement, à mon grand regret, que sur deux pays, le
Cameroun et le Sénégal ; alors que mon intention première était de donner un
caractère totalement africain à cet ouvrage. Malgré cela et certainement du fait
de mon contact avec le GRIASS, j’ai gagné sur un autre aspect : lui donner un
caractère interdisciplinaire, montrant, si besoin en était, que la géographie était
au centre des sciences humaines et sociales. Il dévoile donc le croisement des
savoirs des géographes, sociologues, politiques, historiens sur le thème abordé.
Je m’en réjouis, car l’approche interdisciplinaire reste encore faiblement
pratiquée dans nos institutions universitaires.
Sur un tout autre plan, cet ouvrage est en réalité le fruit des échanges
menés depuis quatre ans par le Laboratoire des savoir faire endogènes et du
développement participatif (LASEDEP), que j’anime au sein du département de
Géographie de l’université de Yaoundé I et à partir desquels a émané le thème
de la conférence donnée au GRIASS. Ces échanges ont porté et portent encore
sur l’un de nos axes majeurs de recherche : «Savoir-faire endogènes et
mobilisation des nouveaux acteurs dans la relance de production agricole ».
Parmi ces nouveaux acteurs, figure entre autre l’élite urbaine dont les contours
des stratégies d’implication dans la production agricole ne sont pas encore bien
cernés, notamment dans la logique de la démarche participative. Cet ouvrage
apporte donc sûrement quelques réponses à ce questionnement.
Ainsi sorti du GRIASS, le projet de cet ouvrage a donc été finalement
« récupéré » par le LASEDEP et il est impossible de passer sous silence les
apports scientifiques décisifs de ses chercheurs des universités de Yaoundé I, de
Dschang, de Maroua et de l’université catholique d’Afrique centrale. La
particularité de la contribution du LASEDEP réside surtout dans l’engagement
pris par les chercheurs avérés de tenir la main des doctorants intégrés dans nos
thématiques de recherche, dans l’objectif majeur de les former à la production
d’un article scientifique de qualité, en un mot, dans la structuration de l’analyse
géographique. C’est à notre humble avis, l’un des mérites scientifiques majeurs
de cet ouvrage.
Les contributions des auteurs sénégalais, quant à elles, ont eu pour
rampe de lancement, le Laboratoire Aménagement, Développement,
Environnement, Santé et Sociétés (ADES) de l’université Michel de Montaigne
Bordeaux 3 (France). Ici, collègues et doctorants très avancés en thèse de
géographie et de communication m’ont manifesté leur intérêt pour le thème et
l’ont finalement concrétisé à travers des travaux originaux. Ceux-ci démontrent
que les médias et la religion, notamment l’islam, sont d’autres voies
qu’emprunte l’élite urbaine pour s’infiltrer dans les campagnes africaines, et non
plus seulement à travers les pratiques agricoles.
Il ne me reste plus qu’à remercier tous ceux et celles qui ont accepté de
m’accompagner dans cette aventure intellectuelle et dont les contributions sont
rassemblées dans cet ouvrage. Certains auteurs, notamment des doctorants, ne se
sont pas seulement engagés dans la correction de leurs contributions à l’issue
des expertises ; ils m’ont apporté une aide précieuse dans la lecture et la
relecture de l’ensemble des textes et en particulier Thomas Éric Ndjogui,
Blandine Roseline Tchonang Goudjou, Félix-Marcel Obam, Gwladys Laure
Nguieyep, Loveline Nsahlai Kongla, dont j’ai apprécié la disponibilité à temps
et à contretemps. A côté d’eux et de manière permanente, Joseph Teke et Lionel
Brice Ngeutzeu Nkouga ont tenu, eux aussi, à m’accompagner dans la lecture et
la relecture des textes. À l’orée du doctorat, ils sont conscients de n’être pas
sortis indemnes de cet exercice scientifique.
Je reste également infiniment reconnaissant au Dr Marie-Désiré SOL,
Assistante au département de Français de la Faculté des arts, lettres et sciences
humaines de l’université de Yaoundé I, qui s’est investie pour revisiter
l’expression française des contributions et à Vincent Bounou, chéville ouvrière
de mon invitation à l’Université catholique de Louvain où je l’encadre comme
co-directeur de thèse.
Je ne peux pas aussi manquer de témoigner ma profonde gratitude au
professeur Guy Mainet qui a accepté spontanément de préfacer cet ouvrage, lui
qui a passé sa longue carrière d’universitaire à décortiquer les problématiques
des villes et citadins d’Afrique et m’a initié en la matière, non seulement comme
étudiant, mais également comme collègue, à travers les échanges et pendant les
jurys de soutenance de thèses à Bordeaux 3.
Enfin, lors des investigations que j’ai menées sur la question au
Cameroun et plus particulièrement dans la région du Sud, de nombreuses élites,
tout comme les services administratifs, ont accordé un très grand intérêt à ma
démarche, en échangeant librement avec moi et en mettant gracieusement leurs
documentations à ma disposition. Qu’ils en soient remerciés.
Joseph Gabriel ELONG
1
SOMMAIRE
PRÉFACE ....................................................................................................
....................................................................................... 11 AVANT-PROPOS
DÉDICACE .................................................................................................
INTRODUCTION GÉNÉRALE ................................................................. 17
PREMIÈRE PARTIE : INTERACTIONS POLITIQUES, INSTRUMENTS
DE PÉNÉTRATION ET D’EXPANSION ................................ 21
Chapitre 1. L’activisme agricole des élites urbaines au Cameroun :
socioanalyse d’une pratique en plein essor
ZAMBO BELINGA Joseph-Marie, MANGA Jean-Marcellin, MANIRAKIZA
Désiré ......................................................................................... 23
Chapitre 2. Élite urbaine et microfinance en milieu rural, entre espoir et
désillusion : une analyse à partir des paysanneries de l’Ouest
Cameroun
TCHEKOTE Hervé, KUETE Martin et FOUDA MOULENDE Thérèse ....... 41
Chapitre 3. L’utilisation des medias par l'élite urbaine dans la conquête du
monde rural : cas sénégalais
CORREA Patrice ............................................................................ 55
Chapitre 4. Urban elite and rural livelihood transformation: case study of the
EPA and IRF agro-pastoral enterprises of Santa and Bafou
(West Cameroon)
OJUKU TIAFACK .......................................................................... 67
Chapitre 5. /? Élite urbaine dans le projet de la relance de la cacaoculture par la
société de développement du cacao (SODECAO) dans le
Cameroun forestier
ELONG Joseph Gabriel ................................................................... 85
Chapitre 6. Motivations et investissements des élites urbaines dans le secteur
agricole dans la région du Sud (Cameroun)
TCHONANG GOUDJOU Blandine, OBAM Felix Marcel,
NGUIEYEP Gwladys Laure .............................................................. 95
DEUXIÈME PARTIE : GENRE ET DYNAMIQUES SPATIALES .. 107
Chapitre 7. Elite participation and issues of gender in agrarian capitalism:
case of rice cultivation in Bamunka, North-Western Cameroon
MOPE SIMO John, NSAHLAI KONGLA Loveline ............................... 109
Chapitre 8. Détournement des logiques d’État par les élites masculines et
problématique foncière en milieu rural sénégalais
FATOU DIOP SALL et ALPHA BA .................................................. 125
Chapitre 9. Touba au Sénégal : élites religieuses, aménagement et étalement
urbain
DJIB Faye, MORIN Serge ............................................................. 139
Chapitre 10 Pratiques foncières liées à l’implantation des élites urbaines
dans la région du Sud (Cameroun)
ELONG Joseph Gabriel, TCHONANG GOUDJOU Blandine ................. 165
Chapitre 11. Élites urbaines dans la région du Sud (Cameroun) : analyse
des spéculations et des superficies des exploitations
PRISO D. Dickens, NDJOGUI Thomas Eric ....................................... 175
TROISIÈME PARTIE : DÉV LOPPEMENT LOCAL ET RÉPONSES
PAYSANNES ........................................................................ 197
Chapitre 12 Plantations de palmiers à huile des élites urbaines, mutations
sociospatiales et effets d’entra nement dans la région du Sud
(Cameroun)
OBAM Félix Marcel, TCHONANG GOUDJOU Blandine ..................... 199
Chapitre 13. Réponses paysannes à l’expansion des plantations de palmiers à
huile dans la région du Sud DX Cameroun
OBAM Félix Marcel, ELONG Joseph Gabriel ..................................... 211
Chapitre 14 Élite urbaine, élæiculture et développement endogène de
l’arrondissement de Ngog-Mapubi dans le Nyong-et-Kelle,
région du Centre (Cameroun)
NGAMBI Jules Raymond, MBOUHNOUM Philippe Alexandre Emmanuel,
NDJOGUI Thomas Eric ................................................................. 225
Chapitre 15 Peripheral agriculture by Yaounde urban dwellers in the
Nsimalen area: a socio-economic and environmental analysis
MBANGA Lawrence AKEI, TAKEM MBI Bienvenu Magloire ................ 241
Chapitre 16. Élites urbaines et développement local au Nord-Cameroun : le
cas du département du Mayo-Danay (1982-2010)
ABWA Daniel, TASSOU André ....................................................... 257
Chapitre 17. Élite urbaine et agriculture à l’Ouest-Cameroun : Enjeux et sens
des pratiques à Babadjou
YEMELONG TEMGOUA Nadine, YEMMAFOUO Aristide .................... 279
CONCLUSION GÉNÉRALE ................................................................. 299
v(À mes petits-enfants
Roxane Juliana KANA
Yohann Arthur KANA ELONG
Un hommage particulier à notre collègue MOPE SIMO John, Directeur de
Recherche au ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation (MINRESI),
enseignant à l’université catholique d’Afrique centrale (UCAC), dont la contribution
se trouve dans cet ouvrage et qui est décédé accidentellement avant sa parution.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Depuis près d’une vingtaine d’années, les relations ville-campagne,
telles qu’elles ont été observées en Afrique subsaharienne, ont suivi des
évolutions qui se démarquent de plus en plus de ce qui en était la constante,
à savoir l’approvisionnement des villes en denrées alimentaires par les
campagnes. En effet, comme un phénomène de retour, ces campagnes sont
de plus en plus confrontées à une demande forte qui leur provient des villes
et qui s’appuie essentiellement sur l’acquisition des terres à des coûts
abordables. On sait que c’est l’un des mobiles, sinon le principal, qui
explique l’ampleur qu’ont pris la périurbanisation et la rurbanisation en
Afrique subsaharienne et qui ont depuis lors modifié les relations ville-
campagne, estompant progressivement la frontière entre paysans et non
paysans. En clair, c’est bien le rapport à la terre qui justifie mieux les
évolutions des relations ville-campagne en Afrique subsaharienne au point
de penser que l’élite urbaine, au centre de notre réflexion, veut retrouver
dans les campagnes ce que la ville lui a suffisamment refusé : la terre. Pour
l’élite urbaine en particulier, ce rapport à la terre, dans l’objectif des
pratiques agricoles, s’appuie au moins sur trois niveaux majeurs
d’explication.
En effet, depuis le début des années 1990, l’agriculture des États
africains est confrontée à une nouvelle réalité : la libéralisation des marchés
à travers la mise en place des politiques agricoles donnant plus de place au
désengagement des États, aux privatisations, liquidations voire dissolutions
des sociétés publiques de production agricole sous l’instigation de la Banque
mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), avec le concours de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est dans ce contexte de
libéralisation qu’il faut d’abord situer l’entrée en scène de l’élite urbaine
dans l’espace agricole africain, le « moins d’État » instauré ayant davantage
libéré l’espace d’intervention économique au secteur privé pour
accompagner les exploitations agricoles familiales dans leurs activités de
production. Malheureusement, on s’apercevra très rapidement que le secteur
privé a hésité à assurer la relève des États, notamment en ce qui concerne
l’octroi des crédits, l’approvisionnement en intrants et l’appui à la
commercialisation, à cause des risques encourus, si bien que les producteurs
ruraux se sont subitement retrouvés abandonnés à eux-mêmes. Cela a
énormément réduit les chances de ceux que Ela J.M. (1981) appelle
affectueusement « les gens de la brousse » à s’inscrire progressivement dans
les nouveaux enjeux économiques de la libéralisation, à cause de leurs
faibles capacités à s’adapter aux réalités du marché national et international
marquées par la compétitivité et la concurrence, et qui exigeaient d’eux
savoir-faire, moyens humains et matériels pas du tout en leur possession.

Cette entrée en scène de l’élite urbaine dans l’espace agricole s’est
servie d’un autre créneau dans les années 1990 : l’instauration du
multipartisme dans les États africains pour leur permettre de s’insérer dans
les jeux démocratiques qui facilitent la construction politique et économique.
Du coup, l’élite urbaine s’est lancée dans la bataille du positionnement
politique pour imposer son point de vue dans les grandes décisions locales et
nationales, afin de mieux contrôler les autres positionnements dans la
société ; or, en Afrique, ce positionnement politique n’a une signification
réelle que lorsqu’il est transposé dans la région et surtout le village d’origine,
pour y laisser voir ce que Mouiche (2002) a appelé le «bigmanisme
politique» qui s’exprime avant tout par l’importance qualitative et
quantitative des investissements socio-économiques réalisés en direction du
terroir. Pour montrer leur rapprochement aux paysanneries dans le but de
conquérir l’électorat des producteurs ruraux en faveur de leurs partis
politiques, c’est dans le secteur agricole que l’élite urbaine s’est d’abord
investie, sans se rendre compte que ce biais instaurait ainsi une agriculture
sans paysans dans les campagnes africaines à travers des grandes
exploitations de palmiers à huile, d’ananas, de cultures maraîchères et de
plus en plus de cacaos, comme c’est le cas au Cameroun, exploitations
tournant totalement le dos au monde rural.
L’autre tremplin concerne la pratique de l’agriculture, surtout par la
classe moyenne de l’élite urbaine comme marquage foncier. Celle-ci
commence des espaces périurbains au rural profond. Dans un premier temps,
l’agriculture est pratiquée dans l’un ou l’autre cas pour faire face à
l’insécurité alimentaire croissante des villes avec la possibilité de
commercialiser le surplus de la production pour renforcer les salaires
précaires instaurés par la récession économique. Ensuite, à l’insécurité
alimentaire s’ajoute celle du foncier, l’espace jadis agricole est réorienté
progressivement vers l’habitat, surtout dans le périurbain, du fait de la forte
croissance spatiale et surtout démographique observée dans les villes ces
vingt dernières années. Dans le rural profond, les exploitations agricoles
créées sont orientées vers le vivrier marchand et les cultures qui prennent de
plus en plus la place du café et du cacao, à l’exemple du palmier à huile et
l’ananas. Ici, les titres fonciers sont rapidement acquis pour sécuriser les
héritages éventuels qui seront gérés par les générations futures.
Ces trois niveaux majeurs peuvent être complétés par d’autres
contextes non moins singuliers et au rang desquels :
- la persistance de la crise alimentaire dans les pays africains et
notamment dans les villes ;
- l’effet grandissant des migrations de retour, qui desservent de plus
en plus des jeunes scolarisés, des sans-emplois des villes et les
retraités dans les campagnes ;
- le découragement dans lequel sombrent actuellement les paysans du
fait de l’échec de nombreux projets et programmes agricoles à
18
travers lesquels les États pensaient construire un développement
rural durable ;
- l’instauration de nouvelles orientations des politiques socio-
économiques mieux appropriées aussi bien par les urbains que les
ruraux à savoir : participation, décentralisation, gouvernance locale,
démocratisation.
Dans ce contexte global, certains analystes n’hésitent pas déjà à
annoncer l’avènement futur des paysans sans terre en Afrique. Ce point de
vue sera renforcé si, à court terme, l’Afrique devient la cible des
délocalisations agricoles pratiquées par les Occidentaux vers les pays
pauvres.
Tels sont les faits structurants qui contribuent au contrôle des
territoires ruraux par l’élite urbaine africaine. Toutefois, des particularités
sont propres à certains pays et il ne faudra pas hésiter à les inscrire au
compte de cette réflexion.
Cet ouvrage est bâti sur des analyses à partir des situations concrètes
observées surtout au Cameroun et dans une moindre mesure au Sénégal.
Elles dégagent les logiques déployées, les résultats obtenus et les impacts
observés, en vue de cerner pourquoi l’émergence actuelle des élites dans
l’espace agricole des pays africains est capable ou non de s’insérer dans les
jeux d’acteurs porteurs d’espoir pour le développement rural en Afrique.
Aujourd’hui en effet, il faut bien comprendre si les nouveaux acteurs de la
construction du développement rural africain, au rang desquels s’inscrit
l’élite urbaine, ne vont pas perpétuer la stratégie par le haut qui a conduit à la
déstructuration socio-économique des campagnes africaines. Et pour rester
optimiste, sans doute un nouveau modèle d’agriculture est en train de gagner
les campagnes africaines à travers l’élite urbaine. Pour apporter une réponse
à ce questionnement, nous avons structuré notre réflexion en trois parties
comportant au total dix-sept chapitres.
La première partie rassemble six chapitres qui traitent des
interactions sociopolitiques et des instruments de pénétration et d’expansion
de l’élite urbaine dans l’espace agricole africain. D’entrée de jeu, elle justifie
l’activisme agricole actuel des élites urbaines par des jeux sociopolitiques.
Ensuite elle montre comment les structures de micro-finance, les médias, les
entreprises et les missions de développement, sont à leur tour des
instruments qu’utilisent les élites urbaines pour s’infiltrer dans le paysage
agricole africain.
La deuxième partie met l’accent sur le genre et les dynamiques
spatiales dans un ensemble de cinq contributions. La révélation forte qu’on y
découvre est que ce n’est pas seulement l’élite urbaine masculine qui est
versée dans la logique de l’infiltration de l’espace agricole, mais aussi l’élite
féminine urbaine, toutes deux dans un processus de compétition, comme on
l’observe dans la culture du riz à Bamunka, au nord-ouest du Cameroun. De
manière plus accentuée, cette partie analyse sous le prisme des dynamiques
19
spatiales, les pratiques foncières en cours et les conséquences qui en
découlent, les cultures que les élites pratiquent et les superficies qu’elles
occupent. Un exemple tiré d’une ville sénégalaise, Touba, montre par
exemple comment l’élite religieuse s’implique dans l’aménagement et
l’étalement urbain aux dépens de l’espace rural.
La troisième partie, constituée de six chapitres, dresse en quelque
sorte le bilan de la présence des élites urbaines dans le paysage agricole
africain sous un double regard : d’abord, du point de vue de la construction
du développement local et ensuite des réponses paysannes face à ce
mouvement de l’élite urbaine en direction du monde rural pour y pratiquer
l’agriculture.
Joseph Gabriel ELONG
20
PREMIÈRE PARTIE
INTERACTIONS POLITIQUES,
INSTRUMENTS DE PÉNÉTRATION
ET D’EXPANSION CHAPITRE 1
L’ACTIVISME AGRICOLE DES ÉLITES
URBAINES AU CAMEROUN : SOCIOANALYSE
D’UNE PRATIQUE EN PLEIN ESSOR
1 2ZAMBO BELINGA Joseph-Marie , MANGA Jean-Marcellin ,
3MANIRAKIZA Désiré
INTRODUCTION
Depuis plus de deux décennies, le monde paysan camerounais n’a
cessé de connaître une transformation de sa scène agricole. Une des portes
d’entrée à partir de laquelle on peut apprécier cette modification est, sans
aucun doute, l’émergence de nouveaux acteurs qui s’emploient de plus en
plus dans les campagnes camerounaises. En effet, alors que l’agriculture
était généralement perçue comme un domaine d’exclusivité paysanne et
n’avait par conséquent intéressé que quelques hauts cadres égarés de
l’administration coloniale et publique post-indépendance, cette situation a
brusquement changé de physionomie depuis la fin de la décennie 80.
Aujourd’hui, les paysans sont contraints d’accepter de cohabiter avec les
élites qui, arguant leur connaissance des milieux ruraux et mettant en avant
leurs capitaux aussi bien culturels que financiers, se présentent comme de
véritables entrepreneurs agricoles. Comment comprendre cette ruée des
élites vers le domaine agricole ?
L’ENGAGEMENT DES ÉLITES DANS L’AGRICULTURE AU
CAMEROUN : UNE ACTION PLUTOT COMPLEXE
Le discours dominant a souvent présenté le retour des élites urbaines
au village et leur implication dans l’agriculture comme une action
consécutive au retrait de l’État de ce secteur et à la nécessité de trouver un
nouveau partenaire au monde paysan. Si l’on ne peut nier la pertinence de
telles explications, il faut remarquer qu’il est réducteur de ne s’en tenir qu’à
ces deux variables dans l’intelligibilisation des mutations qui affectent les
zones rurales.
1 Maître de Conférences, Département de Sociologie, Université de Yaoundé I
2 Doctorant, Département de Sociologie, Université de Yaoundé I
3t, Dépa

En effet, à y regarder de plus près, on constate que l’implication des
élites dans l’agriculture est consécutive à plusieurs facteurs. L’on est informé
qu’au lendemain de son accession à l’autonomie, le Cameroun a, comme
4beaucoup d’autres États de l’Afrique noire, connu une agriculture prospère .
L’on sait également que, suite à la crise économique des années 1980
consécutive à la détérioration des termes de l’échange et à la crise pétrolière,
la situation du secteur agricole s’est grièvement dégradée. Cette défaillance
économique a érodé la capacité de l’État-providence à stimuler le secteur
agricole.
Pour pallier ce marasme, plusieurs mesures ont été mises sur pied
dans les années 1990 parmi lesquelles, sans prétendre à l’exhaustivité, la
libéralisation des marchés à travers la mise en place des politiques agricoles,
la liquidation et la dissolution de certaines sociétés publiques de production
agricoles sous l’instigation de la Banque mondiale (BM) et du Fonds
monétaire international (FMI), avec le concours de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC). C’est dans cet environnement social marqué par
l’idéologie libérale que l’irruption de l’élite urbaine dans le monde paysan
camerounais trouve son acte de naissance. Alors qu’au départ, on pense qu’il
s’agit de quelques élites dont l’investissement rural s’adosse sur la volonté
d’accompagner les populations, peu à peu, le phénomène a gagné du terrain.
Aujourd’hui, les élites se positionnent, de plus en plus, comme de véritables
entrepreneurs agricoles. Si l’on peut dire que les programmes d’ajustement
structurel qui sont venus au chevet de l’État ont rétréci sa liberté d’action, on
aurait tort de ne pas faire mention du fait que leurs conséquences sociales ont
davantage corrodé et émoussé les conditions d’existence de bien de
5ménages déjà fragiles à deux niveaux au moins.
D’un côté, les liquidations et la fermeture de nombreuses sociétés
para-étatiques, les réductions massives d’effectifs, les baisses drastiques des
salaires et le gel des recrutements - qui ont été opérés dans la fonction
publique et dans les entreprises pour pallier la dégradation de la situation
financière caractérisée par des tensions de trésorerie - ont contribué à libérer
une masse de salariés. Ne pouvant plus vivre avec leur salaire ou n’ayant
plus de salaire, certains anciens employés se sont vus obligés de se
6reconvertir dans des activités agricoles .
De l’autre côté, les populations aux abois ont cessé de croire à
l’agriculture. Pour comprendre les motifs de ce désintérêt, il faut se rappeler
que l’une des causes de la crise économique qui survient au cours de la
4 Aerts J-J et al. 2000 - L’économie camerounaise : un espoir évanoui. Paris, Karthala, p. 15
5Nzhié Engono, J. 2010. Les « déflatés » de la fonction publique au Cameroun : du rêve au
désenchantement. », Le bulletin de l’APAD, n° 18, Itinéraires de « déflaté » au Cameroun,
[En ligne], mis en ligne le : 24 juillet 2006. URL : http://apad.revues/org/document457.htlm.
Consulté le 21 juin 2010.
6 Ela J. M ; 1990. Quand l’Etat pénètre en brousse … Les ripostes paysannes à la crise, Paris,
Karthala.
24
décennie 1980 est la chute des prix du cacao et du café sur le marché
mondial ; or, il s’agit des principales cultures qui fournissaient aux ruraux le
gros de leurs revenus. À cela, il faut ajouter la dissolution de certaines
7structures ayant pour principale mission l’encadrement du secteur rural .
Dans une telle situation, l’agriculture représente désormais
davantage un moyen de survie que d’enrichissement. C’est en partie pour
cela que, durant cette période, on a enregistré des taux élevés de
déplacement des populations, surtout jeunes, vers les centres urbains qui, aux
8yeux des migrants, offrent plusieurs possibilités d’ascension sociale . Sur le
plan agricole, ce départ d’une population active vers les villes a provoqué
non seulement un accroissement exponentiel de la population urbaine mais
aussi et surtout la désarticulation et le déséquilibre entre l’offre et la
demande, l’agriculture tenue par les paysans étant devenue incapable de
satisfaire tout le monde. L’intérêt que les élites urbaines accordent à
l’agriculture peut également se comprendre davantage lorsqu’on analyse la
position géostratégique du Cameroun dans la sous-région de l’Afrique
centrale, sa situation démographique et le rapport qui existe entre
l’agriculture et l’économie.
En effet, le Cameroun est le seul pays qui partage les frontières des
cinq États avec lesquels il constitue la Communauté économique et
monétaire des États de l’Afrique centrale (CEMAC). Il est, en outre, le pays
le plus grand en termes de superficie et a la plus grande densité de
population. Situé à l’intersection de pays ayant une faible population et qui,
de surcroît, ont expérimenté la guerre ou se sont spécialisés dans des
9activités autres qu’agricoles , le Cameroun se présente comme un espace où
faire de l’agriculture peut se révéler très lucratif. Une visite inopinée des
marchés vivriers situés aux frontières gabonaise et équato-guinéenne permet
de constater que l’agriculture, plus que n’importe quelle autre activité,
rapporte beaucoup à ceux qui s’y investissent. La pertinence d’un tel
placement n’a pas échappé aux élites urbaines qui disposent de moyens
pouvant leur permettre de s’investir dans une agriculture semi-extensive.
Celles-ci sont bénies par les pouvoirs en place au Cameroun qui, par la voie
du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER),
entendent faire du Cameroun le grenier de l’Afrique centrale. C’est pour cela
7 À l’exemple de la dissolution du Fonds national de développement rural (FONADER).
8 Dans ce sens, il faut relever l’existence d’un fort taux de chômage urbain compte tenu du
fait que les villes de Yaoundé et de Douala, respectivement capitale politique et capitale
économique enregistrent les taux de chômage les plus élevés du Cameroun : soit 30 % pour
Yaoundé et 22 % en ce qui concerne la cité de Douala. Voir Cameroon Tribune n°
8789/4968 du 17 janvier 2007. Cette forte proportion du chômage à Douala et à Yaoundé
trouve une clé d’élucidation dans le fait qu’elle peut être lue comme une conséquence d’un
taux élevé de migration des populations en provenance d’autres localités du pays vers ces
deux territoires urbains qui constituent de véritables pourvoyeurs d’emplois non agricoles.
9 Une bonne partie des populations de la Guinée équatoriale et du Gabon trouve, par exemple,
l’essentiel de sa ration alimentaire au Cameroun.
25
que, à titre d’illustration, le MINADER entend, par la distribution des terres
non exploitées à ceux qui peuvent les mettre en œuvre, faire la promotion de
l’agriculture de seconde génération qui repose essentiellement sur le
développement des moyennes et grandes exploitations agricoles. Comme on
peut le constater, c’est pour plus d’une raison que les élites pénètrent en
brousse.
CONTOURS DE L’IMPLICATION DES NOUVEAUX ACTEURS …
La combinaison de tous les facteurs évoqués en amont aide à
comprendre la présence des hommes d’État dans ce qui, il y a peu de temps
encore, était considéré comme une activité dégradante. Hormis leur
engagement indirect qui se décline sous la forme de donations d’un
ensemble de matériel agricole aux populations lors de certains meetings
d’exhibition qu’elles organisent au niveau de leurs villages d’origine, la
présence des élites dans le secteur agricole peut s’apprécier à travers le
rythme de création et d’accroissement de leurs plantations, lesquelles
s’écartent des standards des plantations traditionnelles et villageoises sur
bien des aspects.
La première caractéristique des plantations des élites est leur taille
assez importante (Cf. Chapitre 11). Ce sont des espaces qui s’étendent sur
des hectares variant entre trois et plus de cent hectares, comme dans la
région du Sud. À côté de la taille, la nature des cultures de prédilection et la
finalité poursuivie sont aussi deux autres caractéristiques qui permettent
d’asseoir la distinction de l’ancrage des élites. En effet, s’il est vrai qu’au
Cameroun, on note une variabilité des cultures en fonction de la diversité
régionale, il faut reconnaître que la plupart des élites, quand elles ne se
spécialisent pas dans la production des cultures de rente, le font tout
simplement dans celle des cultures vivrières. Elles s’investissent ainsi dans
la création de vastes plantations de cacao, de palmiers à huile, d’ananas, de
bananeraies, de tomates (Cf. le chapitre 11, deuxième partie de cet ouvrage).
Est-ce un hasard du calendrier ou une stratégie de patrimonialisation de
l’Etat ? Toujours est-il que la création de ces plantations coïncide souvent
avec les programmes gouvernementaux de relance de certaines filières
agricoles. C’est le cas de la phase expérimentale de la cacaoculture moderne
au Cameroun, une initiative prise par les pouvoirs publics, pilotée par la
Société de développement du cacao (SODECAO) et qui en est à sa troisième
année d’expérimentation. Les produits issus des plantations des élites
urbaines sont prioritairement destinés à la commercialisation. Il ne saurait
d’ailleurs en être autrement, eu égard aux surfaces cultivées. Alors que
l’agriculture paysanne est réputée pour son caractère rudimentaire, les
techniques culturales appliquées par les élites sont semi-intensives. Ici, on
utilise des techniques modernes comme la fertilisation des sols, l’irrigation,
l’outillage, l’amélioration des semences, l’étude des sols, le recours aux
26
agronomes, l’usage des engins : le tout couronné par le recours à une main-
d’œuvre non familiale et l’usage d’une rationalité économique différente des
supputations qui président à la conduite d’une entreprise familiale
traditionnelle.
JEU POLITIQUE CAMEROUNAIS ET RAPPROCHEMENT DES
ÉLITES DU MONDE RURAL
Si, dans la première partie de cette réflexion, il a été question de
mettre en évidence l’étiologie de l’irruption des élites sur la scène agricole,
laquelle se résume fondamentalement à des arguments économiques, il faut
se hâter de préciser que la compréhension de l’importance que les élites
accordent à l’agriculture peut difficilement se faire sans une prise en
considération des dividendes politiques que celle-ci peut leur générer. En
d’autres mots, pour comprendre le rapprochement ostentatoire que les élites
font du monde paysan, il faut également prendre en compte la singularité du
jeu politique camerounais, ancré sur la proximité. En étant attentif à cette
variable explicative, on peut analyser autrement la présence des élites dans le
monde paysan et se rendre compte que leur engagement s’explique non
seulement par la recherche d’une visibilité politique, mais également par leur
volonté de conquérir, d’obtenir et de pérenniser un certain nombre de
capitaux susceptibles d’être politiquement capitalisables.
Le rôle de la grande plantation dans les jeux de la proximité
L’intelligibilité du retour des hommes politiques au village et leur
forte implication dans la promotion d’activités de tout genre ont
régulièrement été interprétées suivant deux prismes qui s’enchevêtrent. Il
s’agit, d’une part, d’un procédé visant à honorer les attentes sociales en
termes de redistribution et à éviter la colère de leurs parents afin d’échapper
10ainsi à la sorcellerie qui en résulterait . D’autre part, certains y voient une
façon « d’insuffler une dynamique nouvelle dans le processus de
11développement des couches sociales urbaines et rurales » après le retrait
de l’État consécutif à la crise économique des années 1980. A rebrousse-poil
de ces lectures, une analyse attentive du contexte politique actuel montre
que, en s’intéressant à leurs régions d’origine, les élites sont davantage
préoccupées par leurs propres gains en termes de positionnement politique :
d’où l’obligation qu’elles ont de réaliser un travail politique à la base en vue
d’accroître leur popularité.
10 Geschiere P., 1996. « Sorcellerie et politique : les pièges du rapport élite-village »,
Politique africaine, n° 63 : 82-96.
11Mimché H. , Bios Nelem C. , Njoya Mama M. , 2006. «Les élites urbaines et le
développement local au Cameroun », GeolNova : Revista do Departamento de Geografia e
Planeamento Regional (Lisboa), n° 12, p. 109.
27
En effet, sous le règne du parti unique caractérisé par l’obsession de
la construction d’un État unitaire (1966-1990) s’accommodant mal des
12logiques tribales et factionnelles , le sort des élites était davantage entre les
mains du Président de la République. À cette époque, on n’avait pas besoin
d’un fief électoral pour être candidat à la députation ou pour gagner les
élections. Les politiciens « devaient leur investiture au sommet et tout effort
de mobilisation populaire était perçu comme une tendance à la subversion –
13accusation particulièrement dangereuse sous le régime Ahidjo ». À cet
effet, M. Ahidjo, ancien Président du Cameroun, déclarait qu’ « il faut faire
comprendre aux candidats qu’ils ne vont pas être élus (…) en raison de leur
popularité, de leur compétence dans tel domaine, ou en raison de leur degré
d’instruction. Ils seront élus uniquement en raison de leur fidélité au parti,
c’est-à-dire au régime, de leur capacité à être des pions efficaces et loyaux
14sur l’échiquier du parti » .
15 L’ouverture du jeu politique en 1991 a changé la donne .
Désormais, chaque candidat se doit, tout en restant fidèle au parti et plus
16encore à son chef, d’avoir un fief électoral réel ou supposé . Surtout, la mise
en œuvre de l’équilibre régional a provoqué une lutte sans merci entre les
élites urbaines qui se sont vues contraintes de revenir dans leurs régions
d’origine afin de s’investir dans des activités de tout genre visant, entre
autres, à créer une connivence avec les populations, et à se faire connaître
d’elles. Le capital sympathie ainsi forgé est supposé engendrer un capital
politique qui lui-même doit (et/ou est supposé) se convertir en capital
17économique . La lutte entre hommes politiques s’est aggravée du fait que,
lors des consultations électorales, les têtes de liste des partis politiques sont
choisies non pas toujours en fonction de leurs programmes ou de leurs
compétences, mais aussi en raison de l’aura populaire dont elles jouissent,
aura qui, elle-même ne s’acquiert qu’après moult actions destinées à enjôler
18les populations .
12Mouiche I., 2005. Autorités traditionnelles et démocratisation au Cameroun. Entre
centralité de l’État et logiques du terroir, Münster, LIT Verlag.
13 Geschiere P. , « Sorcellerie et politique… », art. cit., p. 87.
14 Cité par Zambo Belinga J-M., 2004. « Parlementaires, crise de légitimité et obstruction du
processus démocratique dans la première république », Revue camerounaise de Sociologie et
d’Anthropologie (RCSA), Yaoundé, Presses Universitaires de Yaoundé, , p.39.
15
Il faut cependant rappeler que dès 1987, l’enjeu de la réputation se faisait déjà ressentir. On
a pu l’observer lors des municipales de la même année et au cours des législatives de 1988.
Ceci s’explique par le fait que pendant cette période, le président du parti au pouvoir ayant
demandé la pluralité des listes au sein de sa formation politique, seuls les candidats qui
bénéficiaient d’une renommée que les populations jugeaient positive ont pu se faire élire en
l’emportant sur des maires qui étaient jusque-là inamovibles.
16 Manirakiza D., 2010. « Football amateur au Cameroun : entre clientélisme politique et
échanges mutuels », Politique africaine, n°118, juin 2010, p.103-122.
17Terray E. (dir.), 1987. L’État contemporain en Afrique noire, Paris, L’Harmattan, Daloz J.-
P. , « “Big Men in Sub-Saharan Africa… », art. cit.
18 Mouiche I. . Autorités traditionnelles…, op. cit., p. 50.
28
Ce contexte politique qui exige une proximité avec les populations
locales et qui se décline en une formule lapidaire selon laquelle « politics na
19njangui » (« la politique, c’est la tontine ») explique, en grande partie, le
renouveau de l’activisme des élites, notamment envers la promotion du
développement de leurs localités d’origine. Cet activisme se matérialise,
entre autres, par la mise sur pied de grandes plantations avec toutes les
retombées y afférentes : création d’emplois pour la population locale,
approvisionnement en denrées alimentaires en qualité et en quantité
suffisante, effets d’entrainement induits par l’exemplarité à travers laquelle
20ces élites se présentifient , identification du reste de la population à la
nature des produits qu’ils cultivent ainsi qu’à leurs techniques culturales
dont la conséquence majeure est de booster et de transformer l’agriculture
traditionnelle, octroi des dons de matériels agricoles, etc. Si de telles actions
sont salutaires et semblent être une démonstration de l’amour que ces
« hommes supérieurs » ont pour leurs villages d’origine, leur valeur sociale
mérite d’être relativisée lorsqu’on se décide à porter le regard sur les
propriétés sociales et politiques des acteurs majoritairement concernés.
D’un côté, la grande majorité des élites dont les exploitations
agricoles se distinguent par l’étendue et la modernité du système cultural
sont soit des hommes qui sont bien placés dans la hiérarchie du parti au
pouvoir, soit de hauts dignitaires de l’appareil politico-administratif ou des
directeurs généraux d’entreprises parapubliques.
En étant attentif à la proportion d’ouvriers qui travaillent dans leurs
plantations, on pourrait bénir l’action de ces élites et estimer qu’il y a une
21sorte de substitution des élites à l’État . Toutefois, une telle conclusion
relèverait de la méconnaissance des enjeux qui se cachent dernière ces
actions. En effet, en créant des plantations et en devenant ainsi des acteurs
proches des populations locales de par la similitude de leurs activités, les
élites deviennent des acteurs incontournables dans la médiation entre le
pouvoir de Yaoundé et les populations rurales. Profitant de leur statut social
qui les place au sommet de la hiérarchie sociale, les élites jouissent de la
confiance des populations qui leur confient la mission de porter leurs
doléances auprès des autorités compétentes. Une telle position est
politiquement rentable dans la mesure où elle permet non seulement à ces
19Sindjoun L., 1996. « Le champ social camerounais : désordre inventif, mythes
simplificateurs et stabilité hégémonique de l’État », Politique africaine, n° 62, juin 1996,
p. 65. Voir aussi A. Socpa, « Les dons dans le jeu électoral au Cameroun », Cahiers d’études
africaines, n° 157, 2000, p. 91-108.
20 Rocher G. Introduction à la sociologie générale. Le changement social, HMH, 1968, p.144.
21 L’État-providence, encore appelé « État social » a été une conception du rôle de l’État qui
lui a attribué la responsabilité de jouer un rôle actif dans la promotion de la croissance
économique de fournir une protection sociale aux citoyens et de corriger les injustices
sociales. L’Etat a, par conséquent, mené une politique ouvertement interventionniste. Mais, la
crise économique a érodé cette possibilité et les élites semblent avoir pris le relais de cet État.
29
hommes politiques de fidéliser les populations aux idéaux du pouvoir, mais
aussi d’acquérir et d’accroître leur visibilité politique.
En effet, en les désignant comme leurs porte-paroles auprès des
autorités publiques, les populations acceptent, par la même occasion, que ces
élites leur annoncent la manière avec laquelle lesdites autorités ont accueilli
leurs doléances. C’est en guise de réponse à leurs doléances que des discours
du genre de celui qui suit sont régulièrement prononcés : « Le chef nous a
demandé de vous dire qu’il pense à vous. Les temps sont durs (référence à la
crise économique), mais voici ce qu’il vous offre en signe de reconnaissance
et d’amitié. Il vous demande de lui faire confiance une fois de plus. Il promet
22d’apporter des solutions à vos doléances... » . Ces propos qu’on prête, à tort
ou à raison, au Chef de l’État, visent à fidéliser les populations aux idéaux
du parti au pouvoir pendant que leurs auteurs gagnent en visibilité au sein de
leur formation politique. Cette tâche de fidélisation n’est d’ailleurs pas
nouvelle ; l’élite camerounaise l’a toujours exécutée et ce depuis la première
République. Bah et Saïbou démontrent comment par le passé, les élites
politiques avaient à charge « la mobilisation politique intense et la
23fidélisation de leurs communautés respectives au régime en place » . En
plus, ils constatent que « la boulimie de positionnement en a fait et ne cesse
d’en faire des instruments de propagande et d’antagonismes interethniques
dont elles se servent comme ‘rampe de lancement vers les hautes sphères de
24l’État » .
De l’autre côté, pour comprendre les véritables ressorts de la
reconversion des élites, il faut analyser leur âge d’entrée dans le monde rural.
Pour la plupart, ils font un retour aux sources après une longue période
d’indifférence vis-à-vis de leur terroir. Généralement, les élites prennent
conscience de l’importance du village à l’approche de leur départ à la retraite :
moment incertain qui présente plus de chances d’entraîner ces acteurs vers
une mort sociale. Dans ce contexte, le rapprochement des élites du monde
paysan, au-delà de sa dimension sociale et économique, fait partie des
stratégies élaborées en vue de préparer son avenir, surtout que « le
fonctionnaire admis à faire valoir ses droits à la retraite espère parfois une
nouvelle carrière à travers un poste électif : député, maire, conseiller
25municipal, responsable important du parti » . Mais cet espoir doit se fonder
sur des éléments objectifs et c’est pour cela qu’en créant des plantations et
en accompagnant cet acte de création d’une rhétorique savamment huilée sur
le développement local, l’assimilation, ces élites en quête d’une nouvelle
22 Socpa A. , « Les dons dans le jeu électoral au Cameroun », Cahiers d’études africaines,
n° 157, 2000, p. 97.
23 Bah T. ; Saïbou I., 1997. « Relations inter-ethniques, problème de l’intégration nationale et
la sécurité aux abords du Lac Tchad », in P. Nkwi et F. Nyamnjoh (ed.), Équilibre régional et
intégration nationale au Cameroun, Yaoundé, African studies center & Icassrt, p. 282.
24 Bah T. ; Saïbou I., « Relations inter-ethniques… », Idem.
25 Abega S.C., 1999. Société civile et réduction de la pauvreté, Yaoundé, Ed. Clé, p. 174.
30
26identité, entendent entretenir de bonnes relations avec leurs populations ,
27élément important dans l’accumulation d’un capital-sympathie qui pourra
être activé et converti en capital politique et/ou économique afin de mettre
son détenteur à l’abri du besoin. On comprend, après tout ce qui précède
28que, d’une part, les politiciens entrepreneurs que sont les ministres, les
députés, les responsables des partis politiques engloutissent leurs fortunes
dans les activités agricoles dans le but, non seulement d’implanter leurs
formations politiques au fond de la brousse, mais aussi et surtout, de
produire leur propre pouvoir en travaillant à écarter leurs potentiels
concurrents. D’autre part, certaines élites, envahies par la peur que suscite en
elles le départ imminent à la retraite se reconvertissent, avec le soutien des
pouvoirs publics, en agriculteurs pour espérer naître de nouveau.
De l’agriculture au politique…
Il a été vu comment des élites politiques créent de grandes
plantations agricoles en vue certes de développer leurs localités, mais aussi
dans le but d’accroitre leur audience, élément important dans les stratégies
de conservation de leurs positions politiques. Il a été également vu que le
Cameroun, de par sa position géostratégique, est un espace où faire de
l’agriculture peut se révéler lucratif. Ceci a été perçu par les acteurs
économiques qui, en s’investissant dans les activités agricoles, amassent des
fortunes et utilisent celles-ci pour faire leur entrée sur la scène politique. Une
telle idée est vérifiable, entre autres lieux à l’Ouest du Cameroun. En effet,
l’histoire politique du Cameroun révèle que les ressortissants de l’Ouest ont
été fortement représentés dans les rangs de l’Union des populations du
Cameroun (UPC). Ce qui explique la place que ceux-ci ont joué dans le
maquis. La répression que l’occupant français a infligé à cette communauté
et les pertes en vies humaines qui en ont été la conséquence expliquent en
partie le traumatisme historique qui, pendant longtemps, a caractérisé l’élite
de cette communauté qui assimilait, il y a encore quelques années, l’activité
29politique à une réalité eschatologique . Mais dans les années 1990, on a
constaté une arrivée massive des ressortissants de cette région dans le champ
politique, certains ayant converti la puissance économique qu’ils ont acquise
en s’investissant, dans l’agriculture par exemple pour se faire coopter dans
les arènes du pouvoir politique.
26 Mimche H., Bios Nelem C., Njoya Mama M., « Les élites urbaines… », art.cit, p. 115.
27 Manirakiza D., « Football amateur au Cameroun … », art.cit
28 Faure Y.-A. ; Medard J.-F. 1995. « L’État-business et les politiciens entrepreneurs. Néo-
patrimonialisme et big men : économie et politique », in S.Ellis et Y.-A. Fauré (dir.),
Entreprises et entrepreneurs africains, Paris, Karthala/Orstrom, p. 289-309.
29 Sur le traumatisme historique des élites de l’Ouest du Cameroun, lire utilement Mouiche I.,
Autorités traditionnelles et …, op.cit
31

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