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L'Empire germanique sous la direction de Bismarck et de Guillaume II

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156 pages

On a souvent dit et écrit que la guerre de 1870 aurait pu être évitée, qu’elle l’aurait été, par exemple, si Napoléon III, au lieu de rester neutre entre la Prusse et l’Autriche en 1866, s’était prononcé en faveur de l’Autriche. L’observation n’est pas sans valeur, mais la France, en 1866, n’était pas assez forte militairement pour intervenir dans un conflit où la Russie serait entrée à son tour en faveur de la Prusse.

Napoléon III avait si bien compris l’insuffisance de notre armée, que le 14 janvier 1867 il affirma devant le Corps législatif la nécessité « d’augmenter nos forces défensives », et de « nous organiser de manière à être invulnérables ».

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Jean-Louis de Lanessan

L'Empire germanique sous la direction de Bismarck et de Guillaume II

CHAPITRE PREMIER

L’EMPIRE GERMANIQUE SOUS LA DIRECTION DE BISMARCK

§ I. — LA GUERRE DE 1870 ET LA FONDATION DE L’EMPIRE GERMANIQUE

On a souvent dit et écrit que la guerre de 1870 aurait pu être évitée, qu’elle l’aurait été, par exemple, si Napoléon III, au lieu de rester neutre entre la Prusse et l’Autriche en 1866, s’était prononcé en faveur de l’Autriche. L’observation n’est pas sans valeur, mais la France, en 1866, n’était pas assez forte militairement pour intervenir dans un conflit où la Russie serait entrée à son tour en faveur de la Prusse.

Napoléon III avait si bien compris l’insuffisance de notre armée, que le 14 janvier 1867 il affirma devant le Corps législatif la nécessité « d’augmenter nos forces défensives », et de « nous organiser de manière à être invulnérables ». Il avait lui-même préparé un projet qui fut déposé sur le bureau de la Chambre des députés par le maréchal Niel, ministre de la Guerre, le 21 juin 1867. Devant l’opposition qui se manifesta sur tous les bancs de la Chambre, le gouvernement crut devoir remplacer ce projet pas un autre moins étendu, mais qui cependant dotait la France d’une armée active de 400 000 hommes, d’une armée de réservistes de 400 000 hommes et d’une territoriale comprenant également 400 000 hommes. Ce nouveau projet fut voté par la majorité gouvernementale ; mais les députés les plus ministériels eux-mêmes se montrèrent ensuite rebelles aux augmentations de crédits qui auraient été nécessaires pour réaliser la nouvelle organisation.

L’armée permanente était condamnée, en principe, par les républicains. Les autres partis reconnaissaient sa nécessité ; mais, pour être agréables aux électeurs, ils s’efforçaient d’en réduire le plus possible les effectifs. Tous, en outre, étaient hostiles au principe du service militaire obligatoire que Napoléon III et le maréchal Niel voulaient introduire dans notre législation.

La conséquence de leur conduite fut que le jour où la guerre éclata notre armée active se trouva très inférieure à ce qu’elle aurait dû être pour que nous pussions résister à l’attaque brusquée de l’Allemagne, car celle-ci disposait d’un million d’hommes.

La guerre était pourtant inévitable. Après avoir éliminé l’Autriche de la Confédération germanique, la Prusse avait résolu d’unifier tous les États de l’Allemagne. Elle y était poussée par les populations, mais pas un seul des multiples souverains allemands n’était disposé à perdre, dans cette unification, la moindre parcelle de son omnipotence féodale. Après la victoire de Sadowa, la Prusse put constater la persistance de l’attachement des États du Sud pour l’Autriche qui incarnait les principes féodaux chers à ces États. En juillet et août 1868, les fêtes de tir qui eurent lieu à Vienne servirent de prétexte à des manifestations bruyantes en faveur de l’Autriche et contre la Prusse, de la part des représentants de Francfort et de Heidelberg.

D’un autre côté, l’Autriche saisissait assez habilement toutes les occasions de témoigner des sympathies à la France et de montrer qu’elle ne se désintéressait pas des affaires allemandes. En 1867, François-Joseph et l’impératrice d’Autriche firent, à Saltzbourg, une réception brillante à Napoléon III et à l’impératrice Eugénie et François-Joseph tint à se rendre à Paris pour visiter l’Exposition universelle. Lorsque la question du Luxembourg faillit faire éclater la guerre entre la France et la Prusse, François-Joseph se posa en médiateur. En 1869, le chancelier de l’empire austro-hongrois, Beust, essaya même de former une entente de l’Autriche, de l’Italie et de la France, contre la Prusse, mais ce projet « fut contrecarré par l’attitude de la Russie dont Bismarck avait assidûment cultivé la bienveillance1 ».

Tout cela irritait vivement la Prusse ; elle en déduisait, non sans raison, d’une part que l’Autriche n’avait pas renoncé à sa prétention de jouer un rôle dans les affaires allemandes et, d’autre part, que les États allemands étaient peu disposés à accepter l’hégémonie prussienne. Bismarck en concluait que pour édifier l’empire germanique, il faudrait une grande guerre d’où la Prusse sortirait avec le prestige de la victoire et de la force. Il a dit lui-même2 : « J’étais convaincu que l’abîme qu’avaient creusé au cours de l’histoire entre le sud et le nord de la patrie, la divergence des sentiments, de race, de dynastie et la différence du genre de vie ne pouvait être plus heureusement comblé que par une guerre nationale contre le peuple voisin qui était notre séculaire agresseur. »

N’ayant rien fait pour nous garantir contre cette guerre, ni au point de vue de la préparation militaire ni à celui des relations internationales, nous étions condamnés à la défaite d’où devait sortir l’empire germanique. Celui-ci fut proclamé à Versailles le 18 janvier 1871. Guillaume II fut couronné « empereur allemand ». L’empire était constitué par la fédération de 26 États3 ayant chacun son gouvernement et son parlement (Landtag). A la tête de l’empire était le roi de Prusse avec un gouvernement et un parlement (Reichstag) commun à tout l’empire. L’empereur communique avec le Reichstag par un chancelier d’empire et des ministres ; mais si le parlement a le droit de critique, il n’a le droit de renverser ni le chancelier ni les ministres. Il vote les lois d’empire et le budget des dépenses communes et jouit par là d’une autorité morale incontestable, mais il s’y trouve presque toujours une majorité pour suivre avec docilité les indications du gouvernement impérial. L’empire germanique est, en somme, un empire autocratique en même temps que fédératif.

§ II. — LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DE L’EMPIRE DANS SES RELATIONS AVEC LA CENTRALISATION ET L’ACCROISSEMENT DES FORCES MILITAIRES

Bismarck devait chercher ailleurs que dans les réformes politiques le moyen de gagner au nouvel empire les sympathies des populatious et des chefs des divers États. C’est dans les progrès économiques qu’il le trouva.

Ses desseins à cet égard furent singulièrement favorisés par les conditions dans lesquelles naissait l’empire germanique. Aussitôt après sa constitution, ’Allemagne subit nécessairement l’évolution qui se manifeste toujours comme conséquence de la fusion de multiples petits États jusqu’alors indépendants, rivaux et dépourvus de ressources, dans un grand État centralisé au triple point de vue politique, militaire et économique.

Pour maintenir dans un tel État l’unité politique, il faut multiplier les voies de communication entre toutes les parties de son territoire, sans quoi les directions centrales ne se feraient pas sentir assez rapidement sur toute son étendue. Pour le mettre à l’abri des convoitises et des attaques de l’étranger, il faut la doter d’une armée proportionnée, par le nombre de ses hommes et la puissance de son matériel de guerre, aux forces des pays voisins. Cette armée elle-même ne peut remplir son rôle que si elle est bien logée, bien nourrie, bien armée, bien approvisionnée en munitions de guerre. Il faut donc que l’État provoque le développement sur son sol de toutes les industries nécessaires aux besoins de l’armée. Et plus celle-ci comprendra d’hommes, soit en temps de paix, soit en temps de guerre, plus il faudra que soient développées les industries destinées à faire face à son entretien et à son armement. Enfin, la centralisation économique a pour conséquence inévitable la disparition de toutes les barrières intérieures que les petits États opposent au commerce en vue de leurs intérêts particuliers. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’histoire de la France pour s’assurer que plus l’État y a été concentralisé par la disparition graduelle des principautés féodales et plus s’y sont développées, en même temps que les armées d’État, les industries nationales, les voies de communication et les lois ayant pour objet le développement économique général.

L’évolution qui s’est faite en France lentement, au cours de plusieurs siècles, se produisit brusquement en Allemagne après la constitution de l’empire germanique. Au point de vue militaire, une modification profonde fut introduite dans l’État. D’après le statut de la constitution fédérale de 1866, l’effectif budgétaire de l’armée de la Confédération ne devait pas dépasser 1 p. 100 du chiffre total de la population des États conférés. En 1871, le principe ne fut pas modifié, mais il fut plus rigoureusement appliqué que dans le passé et il en résulta une augmentation notable des effectifs réels de l’armée germanique. Plus tard, le principe lui-même a été violé sans mesure.

Il faut ajouter à la formidable augmentation des armées allemandes, la création de la flotte de guerre réalisée par l’empire depuis 1870. C’est par milliards que se comptent les sommes dépensées pour la construction de cette flotte et celle des arsenaux, des ports, etc., qui lui sont nécessaires, sans parler du canal de Kiel dont le creusement n’a été exécuté qu’en vue de son passage de la Baltique dans la mer du Nord et réciproquement. S’il est une vérité incontestée dans le monde industriel, c’est que l’État joue, par ses commandes, un rôle capital dans la vie des grandes industries. En Allemagne, ce rôle a toujours été plus considérable qu’en France, non seulement parce que l’État germanique dépensait plus que nous pour son armée ou sa marine, mais encore parce que ses dépenses pour ce double objet étaient très régulières. Les industries métallurgiques, par exemple, et les chantiers de construction auxquels il assurait des bénéfices certains, se trouvaient en excellente posture pour solliciter les commandes des gouvernements étrangers et des particuliers.

L’examen des développements des chantiers de construction et des sociétés de navigation en Allemagne, établit qu’ils se sont accentués surtout à partir du moment où l’empire germanique s’est lancé dans la construction d’une marine de guerre, c’est-à-dire depuis une vingtaine d’années. En 1891, le nombre des navires marchands de l’Allemagne jaugeant 100 tonneaux et au-dessus n’était que de 689 ; en 1907, il s’élevait à 1351, Dans le même laps de temps, le tonnage total de cette flotte était passé de 2110 tonnes à 3 780 000 tonnes4.

Il est intéressant et nécessaire de noter que l’énorme accroissement de la marine marchande réalisé par l’Allemagne s’est produit au détriment des nations maritimes de l’Europe. C’est ainsi que les sociétés de navigation allemandes ont pris la première place dans les ports d’Anvers et de Rotterdam, dans le port français de Cherbourg, dans les ports italiens de Gênes, de Naples et de Palerme, dans les ports autrichiens de Trieste et Fiume, etc. Marseille elle-même vit sa marine marchande concurrencée par les navires allemands. Le Nord-deutscher-Lloyd avait établi un service luxueux de navires pour passagers et marchandises ayant pour tête de ligne Marseille et desservant Naples et Alexandrie. Diverses lignes hambourgeoises ont établi aussi à Marseille leur point d’attache principal pour le service des ports de la Méditerranée orientale et de la mer Noire.

En même temps que les forces militaires et maritimes du nouvel empire se développaient, tous les services publics s’accroissaient et les voies de communication se multipliaient pour mettre en relations les unes avec les autres toutes les parties du territoire. Le budget de l’empire n’était que de 340 millions de marks en 1872 ; il atteignit, en 1913, le chiffre d’environ 3 milliards et demi de marks. En ajoutant à ce chiffre les budgets des différents États, on obtient le chiffre énorme de 9 milliards 661 millions de marks, soit près de 12 milliards de francs.

Dans ces budgets figurent des sommes considérables pour les travaux publics5, En 1870, l’Allemagne ne possédait que 19 575 kilomètres de voies ferrées ; en 1910 elle en avait 61 148 kilomètres. L’empire a racheté toutes les lignes afin d’être maître de leurs tarifs. Des sommes énormes ont été dépensées pour améliorer les voies navigables naturelles, creuser des canaux, créer des ports, etc. L’Elbe et l’Oder sont unis par des canaux qui font de l’Oder un véritable affluent de l’Elbe. Grâce à la multiplication des voies ferrées et à l’aménagement des voies fluviales, le prix du transport des marchandises est extrêmement réduit et le tonnage des bateaux circulant sur les fleuves a quintuplé depuis trente ans6. Les services postaux, télégraphiques et téléphoniques qui sont, avec les voles de communication, les outils les plus utiles au commerce et à l’industrie ont pris une extension telle que le nombre des bureaux de postes s’élève à 79,4 pour 1 000 habitants en Allemagne, tandis qu’il est seulement de 34,7 en France. Le développement de l’armée, de la marine et des services publics a eu pour conséquence nécessaire celui de toutes les industries7.

L’évolution ascendante de l’industrie allemande a été encore beaucoup déterminée et favorisée par deux conditions qui sont particulières à l’Allemagne : les défectuosités de son agriculture et l’accroissement rapide de sa population.

En raison de la nature de son sol et de son climat, l’Allemagne est incapable de produire tous les aliments nécessaires à sa population. Chaque année, elle est obligée d’acheter aux étrangers une partie considérable des produits exigés pour son alimentation. « En 18908, elle en importait pour un milliard de marks ; en 1900, elle en importait déjà pour 1 584 000 000 ; en 1908, elle a acheté à l’étranger pour 2 043 000 000 marks de denrées. En 1908 elle dut acheter pour 600 millions de marks de blé, de seigle, d’avoine, d’orge et de maïs, pour 115 millions de marks de son et pour 145 millions de marks de viande. » Sa population agricole ne représente que 28 1/2 p. 100 de la population totale, tandis qu’en France près de la moitié des citoyens actifs se livrent à l’agriculture. « Si, dit fort justement M. Bourdon9, l’Allemagne a retenu le geste de Bismarck lui montrant les mines à creuser, l’industrie à créer, c’est par besoin vital.... La terre allemande est pauvre, incapable de nourrir plus de 50 millions d’habitants, et lorsque la nation doit faire venir du dehors la nourriture de 20 millions de ses enfants, comment la payera-t-elle, si elle ne trouve, dans les produits de sa fabrication, l’équivalent des biens que lui refuse la terre ? c’est ainsi que l’Allemagne poussée par la parcimonie de son sol et la richesse du sous-sol, devint industrielle et commerçante. »

Ses industries, une fois créées et organisées, se développèrent avec d’autant plus de rapidité que l’accroissement incessant de sa population lui fournissait une main-d’œuvre abondante et, par conséquent, bon marché. En 1870, la population de l’empire germanique ne dépassait guère, au total, le chiffre de 40800000 individus ; en 1910 il dépassait celui de 64 800 000 individus. En outre, l’émigration des Allemands à l’étranger est allée sans cesse en diminuant. En 1880, elle atteignait le chiffre de 184 000. Depuis cette date, elle a diminué graduellement au point qu’en 1909, le chiffre des émigrants allemands n’était plus que de 18 315. La diminution de l’émigration, déterminée par le développement croissant des industries, a été accompagnée d’une élévation des salaires et d’un accroissement de la consommation de tous les produits indigènes ou importés.

L’évolution ascendante de l’industrie allemande a été considérablement favorisée par la remarquable activité des industriels et des commerçants, par la dispersion dans toutes les parties du monde de la jeunesse allemande instruite et par la création d’établissements allemands partout où il y avait quelque chose à faire et quelque argent à gagner. Il n’y a guère de pays où l’on ne trouve de jeunes Allemands dans les comptoirs commerciaux ou dans les usines. Tout ce personnel était recherché en raison de son assiduité, de sa discipline, et des bas prix dont il se contentait. Après avoir servi dans les comptoirs commerciaux étrangers, beaucoup s’établissaient à leur compte et se servaient de ce qu’ils avaient appris chez leurs patrons pour tenter de leur enlever leurs clientèles.

Les grandes industries allemandes elles-mêmes fondaient des établissements dans les divers pays. Plus de la moitié des mines de Saint-Pierremont, dans le riche bassin de Longwy, les concessions voisines de Joanville et de Batilly, les mines de fer de Normandie appartiennent aux Allemands. « La même ardeur entreprenante et envahissante se remarque chez les financiers allemands. C’est ainsi que la Deutsche Bank et, stimulées par son exemple, les autres grandes banques allemandes, poursuivent la conquête des marchés étrangers. Elles se sont déjà implantées en Amérique, en Extrême-Orient, en Afrique. A plus forte raison, leurs efforts pour conquérir l’Europe ont-ils été méthodiques et persévérants. Elles font preuve d’une obstination et d’une discipline merveilleuse, réussissant, à force de patience et grâce à des procédés souples et séduisants, à attirer l’épargne et à créer des débouchés nouveaux pour l’industrie et le commerce allemands10. » Il n’y a pas, en un mot, un seul des domaines de l’activité humaine dans lequel, depuis la création de l’empire germanique et avec les encouragements des autorités impériales, les Allemands n’aient fait des efforts incessants pour conquérir des situations humbles ou fortes, peu productives ou prédominantes, en concurrençant les nationaux de tous les autres peuples, même chez eux.

Le développement des industries allemandes a été favorisé encore par des mesures législatives et administratives de divers ordres. Par exemple, tout produit allemand destiné aux pays d’outre mer jouit sur les voies ferrées de tarifs réduits, à la condition d’être embarqué dans un port allemand et sur un navire allemand. D’après une commission d’enquête anglaise, la diminution des frais de transport résultant de cette mesure est tellement considérable, que les produits fabriqués en Angleterre, similaires de ceux de l’Allemagne, ne peuvent pas faire concurrence à ces derniers. La commission anglaise notait le fait que le consul général de Grande-Bretagne à Hambourg avait été avisé que « des commerçants britanniques en rapport d’affaires avec le Levant et l’Afrique orientale se trouvent obligés, dans l’intérêt de leurs clients du Levant et de l’Afrique orientale, de confier des commandes de ces clients à des fabricants allemands ; les commandes pourraient être exécutées dans le Royaume-Uni, mais il est impossible au fabricant britannique de faire concurrence aux articles allemands, dont les prix inférieurs sont dus, dans une large mesure, aux taux de transport fortement réduits d’Allemagne en ces pays11 ».

Elle applique aux émigrants des procédés analogues. Beaucoup de Russes traversent le territoire allemand afin d’aller s’embarquer pour l’Amérique ; mais on ne les y laisse pénétrer que s’ils sont munis d’un billet de passage sur les bâtiments de quelque Compagnie de navigation allemande. L’Allemagne assure ainsi du fret humain à sa marine marchande, comme elle lui assure du fret de matières par ses tarifs de transport sur les voies ferrées12.

La nécessité absolue dans laquelle se trouvent les industriels allemands de vendre leurs produits à n’importe quel prix les a conduits à un système d’association ou cartel qui, tout en fixant la production de chaque industriel, autorise la vente aux étrangers à des prix inférieurs à ceux que paient les nationaux. C’est ainsi qu’on voit des tôles fabriquées en Allemagne servir à construire dans les chantiers anglais des navires pour le compte d’armateurs allemands.

Toutes les statistiques du commerce et de la navigation prouvent que ces mesures ont favorisé le développement des industries, des ports de commerce et de la navigation marchande de l’Allemagne, au point de lui permettre de concurrencer avantageusement sur la plupart, des marchés du monde les industries, le commerce et les lignes de navigation de tous les autres pays.

§ III. — BISMARCK ET LA COLONISATION

Bismarck n’était pas favorable à l’expansion coloniale de l’empire germanique, Il estimait que l’impérialisme militaire et économique pratiqué comme il vient d’être dit, suffirait pour permettre à l’Allemagne d’étendre sur le monde son influence politique en même temps que d’y répandre les produits de ses industries. En février 1871, après la signature des préliminaires de paix entre la France et l’Allemagne, le Times ayant parlé de l’éventualité dans laquelle le gouvernement de Berlin réclamerait la session de notre colonie de Pondichéry, Bismarck déclarait13 : « Je ne veux pas de colonies. Elles ne sont bonnes qu’à créer des sinécures. C’est tout ce que l’Angleterre et l’Espagne en font. Nous autres, Allemands, si nous avions des colonies, nous ressemblerions aux nobles de Pologne : ils ont des fourrures d’hermine sur les épaules et pas de chemise dessous. » Il avait néanmoins fait procéder à l’occupation des îles Samoa dans le Pacifique, du Cameroun sur la côte occidentale d’Afrique, peut-être pour donner quelque satisfaction au parti colonial qui déjà se constituait en Allemagne.

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