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L'enfant a droit à son père

296 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 68
EAN13 : 9782296292352
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L'ENFANT

A DROIT À SON PÈRE

Collection "Pratiques Sociales" dirigée par Pierre Lassus et Dominique Desjeux

Les travailleurs sociaux sont de plus en plus soumis aux pressions des demandes de prise en charge des laissés-pour-compte de la société, que ce soit la nouvelle pauvreté, l'exclusion ou le handicap mental et physique. Ils ont à faire face à des situations qui les dépassent. Il devient nécessaire de créer des outils nouveaux et qui soient propres au travail social, au-delà de ce qu'ils peuvent retirer par ailleurs de la sociologie, de la psychologie ou de l'économie. La collection "Pratiques Sociales" se propose de publier des ouvrages qui présentent: -les nouveaux champs du travail social, - la construction d'une identité professionnelle,

-le

contenu des outils et des méthodes,

.

-

les conditions pratiques de l'évaluation de l'action.

Déjà paru:
Aline Fino-Dhers, Assistante sociale: un métier entre indé-

termination et technicité, 1994.

Guy de VOGÜÉ, Émile RICARD

L'ENFANT
A DROIT À SON PÈRE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'HARMATIAN,

1994 ISBN: 2-7384-2682-4

Pour Lucciana et Sophie,
et pour tous les autres...

Nous remercions particulièrement pour les indications ou les critiques qui nous ont permis d'organiser notre travail, Monsieur le Professeur Robert, de l'Université de Genève, Madame Paillet, maître de conférence à l'Université de Toulon, Madame de Vogüé Lupinko, maître de conférence à l'université de Nanterre, Maître G. Antonowicz, ainsi que, Maître Bru, Maître Bauchy, M. et Mme Hector Robert, Mme A. Cohen, M. Laurent Cserniejewski, et particulièrement M. R. Jardin et M. R. Pacaud, ainsi que tous les amis du Pradet qui nous ont permis de réaliser cet ouvrage.

« On peut s'étonner du silence des hommes depuis cette mutation extraordinaire qui a commencé depuis vingt ans. Ni livre, ni films, ni réflexion en profondeur sur leur condition nouvelle~ ils restent muets, comme tétanisés par une évolution qu'ils ne contrôlent pas. »
E. Badinter, L'un est l'autre, ed. o. Jacob, 1986, p. 341.

« Je souhaite simplement dire aux pères et aux mères ...que le corps du père fait partie intégrante de l'inconscient de l'enfant...Il est dommage que ce sujet ne soit pas développé par un homme pour les autres hommes. »
Christiane Olivier, le Nouvel Observateur, 10 mars 1994. Les fils d'Oreste ou la question du père, Flammarion.

La parole du père n'importe que si elle est prononcée « au nom de » l'enfant et pour l'enfant.
G.V. E.R.

AVERTISSEMENT

-

Ce livre vient de la rencontre d'un certain nombre de pères, désorientés par la soudaine disparition de leur enfant. Piégés dans un engrenage, nous nous sommes retrouvés consternés, contraints à des attitudes que nous ignorions auparavant, manipulés par un système judiciaire incompréhensible, et inexorablement interdits de paternité réelle. Ayant tous déjà milité, notamment pour l'égalité des sexes et la procréation responsable, notre préoccupation a été de prévenir les autres pères de ce que nous avions vécu, et d'éviter à d'autres enfants la situation qui était faite au nôtre. Il nous importait d'abord de leur décrire la réalité concrète qui les attendait. Puis essayer de leur transmettre notre expérience et leur suggérer les meilleures façons d'agir. Inévitablement s'est posée la question «Mais au fait, pourquoi un père? », toujours éludée dans les débats médiatiques. L'évidence de sa nécessité pour l'enfant nous est tous les jours rappellée par les éducateurs, démontrée par les spécialistes du développement de l'enfant, et s'impose dans la tradition de notre civilisation. Cela nous a conduit à en poser une autre, « Quelle est la raison qui conduit à son occultation et à notre élimination, et par quels mécanismes? » Il nous a donc fallu rassembler les éléments de psychologie, d'histoire et de droit qui puissent en donner une explication cohérente. Nous avons lu les textes des juristes et leurs manuels de formation afin de cerner, en renvoyant à leurs propres expressions, les raisons qui font que notre démarche s'inscrit, non dans leur fantasme de guerre des sexes, tnais dans un commentaire qui place l'enfant là où ils veulent l'oublier. * Nous ne nous opposons ni à la femme, ni aux femmes, encore moins aux mères. * Nous dénonçons le mépris de la Loi par une pratique judiciaire surannée, reliquat du patriarcat. * Nous disons que celle-ci est responsable de l'affrontement père/mère, et non la soi-disant guerre des sexes, et qu'elle est malfaisante tout autant pour l'enfant que pour la société.

Cette démarche d'élimination du père, rejoint celle des banques de sperme, de l'accouchement sous "X", ou bien des formes d'adoption anonymes. Non seulement elle ne respecte pas la Loi, mais elle conduit à détruire le Lien de Filiation et le symbole de l'interdit de l'inceste, qui sont les fondements du Droit. La situation infligée à notre enfant s'insère donc dans un fait de société qui interpelle celle-ci dans son ensemble.

G.V. E.R.

première

PARTIE

AU PERE QUI VA SE SEPARER DE LA MERE DE SON ENFANT.
Lorsque vous avez reçu l'enfant de sa mère, comme tout homme et toute femme qui ont eu un enfant ensemble, vous avez connu un des plus intenses moments de la vie. Tout le monde s'en est toujours émerveillé. Autrefois ce bonheur n'était qu'une étape dans la vie conjugale. La principale fête était le mariage ~celui-ci attirait et dominait la vie de tous. Il permettait de s'établir dans la vie. La famille légitime qu'il établissait était l'élément d'organisation fondamental de la société. Aujourd'hui de plus en plus on ne se marie pas ou seulement après avoir eu un enfant ~ ou bien pour en avoir un. Ce qui importe au couple d'abord, c'est lui. La place de l'homme dans le couple a changé, les rapports familiaux aussi. Vous ne possédez plus votre femme comme du temps du patriarcat, qui vous permettait une vie double tout en vous garantissant sa présence soumise. Et l'enfant n'est plus une annexe de ce type de rapports. Vous n'avez plus de droits ni sur l'un ni sur l'autre. Si vous êtes religieux votre religion vous oblige à des devoirs envers l'un et l'autre. Mais les droits, c'est terminé. Une personne humaine ne peut plus appartenir à une autre personne. Le divorce a été institué, après combien de conflits et de luttes. En conséquence, le mariage n'est plus cette institution sacrée pour l'éternité comme autrefois. Evidement si vous êtes croyants, cette conception subsiste. Mais la Loi, elle, s'en est détachée. Le droit au bonheur est maintenant reconnu, chacun a la faculté de se séparer de sa compagne afin de le trouver dans un nouveau couple ou d'échapper au malheur qu'il vit dans son couple présent. Pourtant le contrat que l'on a passé avec son conjoint à propos de l'enfant n'est pas pour autant levé. Un enfant ne change pas de père ou de mère au gré de leurs problèmes amoureux, quel que légitimes qu'ils soient. La famille est devenue ce qui s'est constitué autour de lui. Il n'y a aucune raison de la détruire parce que votre couple se sépare.

Il

Dans l'émotion de sa conception et de sa naissance, vous avez été bien conscient d'avoir contracté des obligations juridiques et un devoir moral à son égard. Ce que vous ne savez peut-être pas, parce que l'on est très discret sur ce sujet, c'est que depuis 1970, la Loi a été bouleversée. Autrefois l'obligation envers l'enfant découlait de l'institution du mariage, et du pouvoir donné à la « puissance paternelle ». Aujourd'hui elle est la conséquence d'une nouvelle institution qui concerne non plus uniquement les gens mariés, mais tous les parents et qui s'appelle l' « autorité parentale ». Regardez bien ces deux schémas. Le premier résume l'organisation du mariage patriarcal, qui a son origine dans le droit romain du bas-empire (2èmesiècle après 1.C), a été repris par le droit Canonique (jusqu'à la Révolution) et institué dès son origine par le Code Civil. Mais depuis 1884, date de l'autorisation du divorce, en passant par 1907, date du statut juridique accordé à tous les enfants (même aux enfants naturels « maudits »), jusqu'à 1952, date de celle de la procréation volontaire et contrôlée, le mariage a été progressivement vidé des trois principes qui lui donnaient statut d'institution fondamentale. En 1970, deux ans après les «événements de 68 », la Loi prend en compte les conditions qui permettent de donner à l'enfant, le mineur, les possibilités optimales pour atteindre son épanouissement et son insertion dans la vie d'adulte. Elle institue donc l'autorité parentale, structure qui ne fait que reprendre ce que les parents, les éducateurs et les hommes de science appliquaient en pratique, ou préconisaient depuis longtemps. Mais évidemment une telle révolution, qui déplace et bouleverse les moeurs façonnées par près de seize siècles des mauvaises habitudes de la puissance paternelle, ne s'est pas faite sans réticences. Les deux schémas qui suivent font apparaître au premier coup d'oeil la différence entre les places qui président à ces deux structures. Si vous voulez comprendre en quoi les règles de droit, qui déterminent chez les gens la base de leur comportement, ont été modifiées dans les rapports avec et autour de l'enfant, vous devez impérativement les connaître. Surtout si vous êtes dans la situation de vous séparer de sa mère et qu'il vous faut avec elle, assumer cette situation en adulte, vis à vis de votre enfant.

12

Schéma I :

ORGANISATION DU MARIAGE PATRIARCAL ET DE LA PUISSANCE PATERNELLE
Fascinant Fondateur
1:\
:

-

Fondamental' institue la FAMILLE LEGITIME

Ep~use (incapacité)
Femme HOMME
/

hen

I

~
-------~
~~
éducation

! conjugal
EPOUX

MAR

I AGE

~
Mtre

PEKE PUISSANCE PATE~E Garde

~

~

~

~

enfantement

~

enfant « lé2itime » (exclusion des autres)

Tout rayonne autour du mariage, qui place le père en position centrale de la société. La mère-épouse est sous sa dépendance. L'enfant lui est soumis. Les enfants hors légitimité du mariage sont "maudits". La "famille légitime" était la base de la société.

Schéma II: ORGANISATION DE LA PROCREATION RESPONSABLE ET DE L'AUTORITE PARENTALE-

HOMME
accOUPlement FEMME

MERE

>
'- ~
arent!!

PROCREATION

-

établit la FAMILLE« PARENTALE» ~

lien de
~

.ation
tout

lien ~~er

~UTORlTE

~NTALE

~

ENFANT sans exclusion,

PEKE

/

1

(onction co-responsable enfaveur de l'enfant

La procréation succède au mariage comme fondation de la famille. Tout converge vers l'enfant. Le père et la mère en sont co-responsables dans l'égalité. Tous les enfants ont le même droit. La "famille parentale" devrait être devenue la base de la société. 13

Examinons le schéma I qui décrit la situation d'autrefois. D'abord il yale MARIAGE.

Fondateur:
LE MARIAGE

Fonde le rapport HOMMElfemme/enfant

~

~~

/

~--h;cinant:
la

Domine et attire le corps social
Fournit l'assise de la société

institue

Fondamental: famille légitime...

Il occupe le devant de la scène ~tout le monde pense à lui, c'est la condition d'une vie heureuse. A partir de lui, c'est l'émancipation des jeunes, le bonheur, le foyer, la place dans la vie... La famille « légitime» qu'il crée procure un modèle pour l'organisation de toutes les autres institutions. Le mariage est fascinant, fondamental et fondateur. Quels LIENS crée-t-il ?
lien coniugal ~ lien de filiation ~ enfant

Le mariage crée un lien conjugal entre les époux. Dans le cadre de celui-ci, ils vont s'aimer et procréer. Et l'enfant va arriver. Son statut le rattache à leur lien conjugal et le lien de filiation de l'enfant en dépend. Qu'ORGANISE-T-IL dans la réalité? EPOUX

épouse

~

ERE .. egttnne

~

PUISSANCFPATERNELLE , education ---------'

RE
~

~ -~

~llfant

Au niveau du lien conjugal, l'époux était prépondérant sur son épouse par de nombreuses dispositions financières et légales. C'est ce que l'on nommait « incapacité» de l'épouse. * Dès qu'il devient père, tout le rapport avec l'enfant va lui être soumis, car la puissance paternelle. dispose d'un pouvoir absolu, la 2arde. * L'éducation de l'enfant découle du mariage. Pas d'éducation pour l'enfant naturel! * En somme tout est dans le camp du Père-époux. C'est lui qui préside au couple et à la famille. Les rapports du couple et de la famille sont ordonnés par la « PUISSANCE PATERNELLE », appellation qui veut bien dire ce qu'elle annonce! * La femme est soumise dans son couple à l'autorité de l'homme. En tant que mère elle a des droits et des devoirs sur l'enfant du fait de son mariage, mais sous le patronage et l'autorité du père.

14

* Et l'enfant? il se trouve relégué en bout de ligne, prié de se soumettre au rapport d'autorité du Pater familias. Sans le mariage de ses parents, il n'a pas de statut juridique, il est « maudit ».

Examinons A l'origine, Un homme bien qui ne ho

maintenant le schéma II que la Loi de 1970 a institué. il y a la PROCREATION. et une femme, qui ont peut-être entre eux le lien conjugal du mariage ou l'ont pas, font un ENFANT.

e avec ou sans PROCREATION lien conjugal ~ ENFANT

femme Quels LIENS sont ainsi crées? * il Ya égalité entre le père et la mère * entre eux se trouve créé un nouveau lien ~lien inter-parental, distinct du lien conjugal qui existe ou n'existe pas, * non plus soumis au mariage mais à la procréation de l'enfant. * Le lien de filiation se raccroche au lien inter-parental et non plus au lien conjugal, s'il existe.

ENF ~

lien de filiation

./
~

{E~en inter-parental
MERE

Qu'est-ce qui est ainsi ORGANISE dans la réalité? . Nous constatons que tout a été

re~~:

- C'est l'enfant qui est à la première place, Le père et la mère sont égaux et également responsables de l'enfant, Tous les deux sont dépositaires de l'autorité parentale. /
"-... ) PERE

ENF ANT

AUTORITE PARENT ALE

'-'-'

t

égalité
co-responsable

) ME~

Quelles en sont les CARACTERISTIQUES? * Pour que l'autorité parentale soit solennelle, la Loi ne vous autorise pas à y renoncer. * Personne d'autre n'en aura l'attribution, même si quelqu'un l'exerce à votre place. * Nul ne peut vous en priver, elle est souveraine. 15

* En être déchu est toute une histoire ~ il faut vraiment que vous ayez gravement et cruellement porté atteinte à votre enfant pour que vous subissiez cette condamnation ~ car elle est symbolique. En somme, pour utiliser une formule comme les aiment les juristes, l'autorité parentale est une institution solennelle, souveraine, symbolique et soumise à l'enfant. En ce qui concerne l'enfant, elle a remplacé l'institution du mariage. Vous voyez que (théoriquement) tout a changé. Autrefois, l'enfant dépendait de sa famille légitime sur laquelle régnait le père. Aujourd'hui c'est par sa naissance qu'existe la famille et il a des droits sur vous, ses deux parents qui lui ont donné vie. Ce n'est plus l'enfant qui appartient à son père mais les deux parents qui appartiennent à leur enfant. Ils ont une responsabilité commune, partagée dans l'égalité sans qu'aucun n'ait la prééminence sur l'autre. Vous ne pouvez plus dire, personne n'a le droit de dire «cet enfant m'appartient ». Mais vous devez dire j'appartiens à cet enfant, de même que sa mère lui appartient, tant qu'il aura besoin de nous ~et cela restera vrai, même si votre femme se sépare de vous ou inversement. Cela implique beaucoup de choses, .notamment vis à vis de sa mère. Votre responsabilité commune équivaut à un CONTRAT passé entre vous par sa procréation, dont l'objet exclusif est l' enfant ~ il porte sur les mesures nécessaires pour le mener à son épanouissement afin qu'il assume sa vie d'adulte. Vous avez passé d'autres contrats avec elle, par exemple votre mariage. Celui-là vous pouvez le rompre puisque le divorce ~st légal. Mais le fait même que l'enfant soit en vie et ne soit pas encore émancipé majeur vous oblige à respecter avec sa mère et réciproquement, ce contrat dont seul il représente l'enjeu. Certes, par un subterfuge dont nous parlerons, ces considérations ne sont pas respectées par le système judiciaire ~mais elles découlent de la Loi.
Des « drames )) de la rupture

-

Mais dit-on, il n'est pas réaliste d'imaginer une séparation sans drame. Il faut le scandale, la bagarre, les scènes de ménage, la fureur. Cet engrenage est dans la nature de l'homme! De plus l'enfant sera inéluctablement déchiré entre ses parents. Il subira la honte de leur séparation. Il est marqué à jamais. Nous retrouvons là tous les poncifs du patriarcat, abondamment relatés dans la littérature et le cinéma. Il faut dire aussi que de nombreux faits divers leur sont consacrés. Ah Othello le superbe, ou bien Carmen la splendide! Le goût du drame fait oublier l'humour de Molière. Mais même au cinéma, cela fait de plus en plus ridicule. Autrefois cela s'expliquait. La femme appartenait au mari, et par l'intermédiaire du mariage, le mari appartenait à la femme. Que l'un ou l'autre s'en aille avec quelqu'un d'autre c'était un scandale, un vol et un pêché impardonnable. La honte en rejaillissait sur toute la famille. De plus toute l'organisation financière et sociale du ménage s'effondrait. 16

Pour l'enfant, son lien de filiation découlait du mariage de ses parents. Que celui-ci soit rompu et la malédiction s'abattait sur lui, analogue à celle qui frappait les enfants naturels. Peu importe qu'on le confie à des nourrices ou qu'on s'en débarrasse dans des internats. Aucune importance si on lui impose une vie journalière de conflits parentaux mélangés de haine. Mais la séparation de ses parents, cela ne peut être qu'une catastrophe. A ujourd 'hui avec l'autorité parentale, le lien de filiation le rattache directement à chacun de ses parents, mariés ou non; et avec le divorce, le droit au bonheur à deux a remplacé le droit à la fidélité de l'autre. On nous a longtemps dit que jalousie et violence étaient dans la nature de l'homme, comme d'ailleurs sa supériorité ou son droit de propriété sur la femme et l'enfant. Si nature de l'homme il y a, elle est d'abord à chercher dans l'ordre du langage qui organise la société. L'on pourrait tout aussi bien prétendre qu'elle se trouve dans les rapports qu'instaure l'enfant, plutôt que dans les excès ridicules sécrétés par la rupture du mariage patriarcal. Qu'il y ait souffrance lors d'une séparation, quoi de plus normal? Il est rare que l'un et l'autre partagent la même envie de s~ quitter. La souffrance de l'un entraîne la mauvaise conscience de l'autre, même si celui-ci est rayonnant du bonheur d'un nouvel amour. Cette souffrance là doit être exprimée et dite, y compris à l'enfant. Mais pourquoi y aurait-il honte? Pourquoi y aurait-il drame et colère? Et surtout pourquoi y aurait-il rupture du contrat passé autour de l'enfant? Pourquoi en reporterait-on les effets sur lui? Si vous devez vous séparer de la mère de votre enfant, votre problème est d'éviter que la souffrance subie ou imposée à l'autre, ne fasse renaître des comportements démodés. Car à partir de là, colère et violence vont revenir; les intrigues parmi les amis, la parenté et les beaux-parents, tous ceux qui sont persuadés de détenir la « vraie» morale vont vous replonger dans les v~eux réflexes de l'ancien temps.

Le pécuniaire La situation se complique encore davantage avec le partage des biens. Il ne faut pas oublier que le mariage d'autrefois avait pour premier but l'établissement d'une cellule économique. L'argent et les biens étaient le moteur des unions dans la mesure où ils conduisaient à la fortune et la puissance, ou même tout simplement au pouvoir d'agir dans la société. Quitter sa femme c'était lui rendre sa dot. Perdre son mari, c'était perdre toutes ses ressources. Le divorce était donc une affaire qu'il fallait gagner. Bien sûr ce n'est plus la même chose aujourd'hui. Le travail des femmes commence à être reconnu au même titre que celui des hommes. Mais du patriarcat, on a gardé cette hargne à se disputer le moindre objet dès lors que la bagarre s'est installée.

17

Et l'enfant alors? Il devient tout naturellement un des objets qui va compter dans la répartition. On en arrive à des situations de marchandage du genre « tu me donnes tel bien et tu pourras téléphoner à l'enfant» ! Il est devenu un objet de troc. Vous retrouverez la même histoire au tribunal. Que fait-on pour l'enfant? Et pour l'argent? Le tout est mélangé. (On ne dit pas l'argent d'ailleurs, on dit le pécuniaire). Non pas que le pécuniaire n'ait pas d'importance. Mais il est d'un autre ordre que l'enfant. Le pécuniaire se coupe en deux, pas l'enfant. Le pécuniaire c'est du domaine de l'objet, et vous n'avez aucune loyauté à lui devoir. Mais l'enfant est une personne.

Si vous divorcez, ne vous laissez pas entraîner dans ces galères. D'abord parce que votre premier devoir est d'éviter de casser le développement de votre enfant. Bien sûr, et le Docteur Dolto le souligne sans cesse, il a un melVeilleux, extraordinaire besoin de vivre. Vous n'allez pas le laisser handicaper dès son départ dans la vie en le privant de la structure parentale qui conditionne son développement harmonieux. Bien plus, vous n'en avez pas le droit. Vous y êtes obligé par l'autorité parentale et par la Convention sur les droits de l'enfant que la France a ratifiée. Vous devez appliquer la Loi même si le système judiciaire s'en écarte. C'est en tenant compte de ces priorités que vous prouverez votre caractère d'homme . responsable. Puisque l'enfant a le droit à ses deux parents, cela veut dire que ceux-ci doivent remplir leur contrat à son égard. C'est la Loi. La première urgence est donc de vous entendre avec sa mère. Impérativement. En conséquence, vous devez parler avec elle et prendre en commun les décisions qui vont conduire l'enfant durant sa petite enfance, son enfance et son adolescence, jusqu'à ce qu'il n'ait plus besoin de vous. Et n'oubliez pas aussi qu'il a besoin de savoir qu'il est venu au monde à la suite d'un acte d'amour entre vous, ses parents. Il faut le lui redire chacun, si votre chagrin ou votre mauvaise humeur vous empêche de le dire ensemble. Il doit pouvoir vous conselVer l'un et l'autre. Bien sûr il sera bien obligé de résider chez l'un d'entre vous. Mais il a droit à maintenir de vraies relations avec chacun de vous. Ses parents vivent dans deux maisons séparées, et lui vit principalement chez l'un d'eux, il y a son domicile. Voilà tout. La difficulté vient du système judiciaire actuel qui préside aux décisions de Justice se rapportant à la séparation des couples. Il impose encore les règles et les comportements du patriarcat, comme autrefois, mais en inversant les places de la mère et du père. Reprenons donc les schémas pour le comprendre. 18

SCHEMA I:

ET DE LA-PUISSANCE PATERNELLE
LE MARIAGE

ORGANISATION DU MARIAGE PATRIARCAL - (abolie en 1970)'

I

épouse

mère

enfant « lésrltime » exclusion des autres

Si vous ne vous accordez pas avec votre conjoint, l'organisation de la séparation parentale par L'EXERCICE de l'autorité parentale, va rayer tout ce qui constitue l'essentiel de l'autorité parentale.

SCHEMA II modifié:, l'organisation de la PROCREATION RESPONSABLE est transformée par le système judiciaire .: MERE

~

,,-- ~1_ parental

AUTO~LE
e .

ENFANT
enfant de parents

~

f~~sab

~!![ant

séparés

(discrimination)

On repousse l'enfant à.1a fin, COMME UN OBJET dont on dispose, tout en protestant vertueusement, en clamant que c'est pour son « intérêt». Le père n'a même plus les droits qu'avait la mère sous le patriarcat. Il n'est pas seulement mis en position inférieure, IL EST EVACUE.

Cela nous donne le SCHEMA III (qui reprend les règles du SCHEMA 1): EXERCICE de l'autorité parentale après DIVORCE CONFLICTUEL« EXERCICE» de l'autorité parentale == PUISSANCE MATERNELLE enfant de --Garde divorcé (retour de la lien de filiation escamoté discrimination) rapport à l'enfant « démembré»

1:\

>K
pere
v,

19

Que remarquez-vous, lorsque la séparation du couple s'est effectuée sans accord et dans le cadre du système judiciaire actuel du divorce conflictuel? 1°) Il Ya rupture du lien conjugal, qui entraîne inexorablement la rupture du lien interparental. Et pourquoi? Nous verrons qu'il y a un Juge qui a dit non à cette coutume que l'on qualifie d'inexorable! C'est donc possible. Nous verrons plus loin les raisons de cette tradition désastreuse. 2°) Ensuite on raye une des deux composantes de l'autorité parentale, ce qui l'annule. Autrement dit il ne reste au père qu'un lien de filiation symbolique théorique qui l'exclut de l'organisation familiale, ce qui est ruiner la structure de développement de l' enfant. L'enfant se retrouve en position d'objet de la mère comme il l'était du père sous le patriarcat 3°) On donne à la mère le pouvoir absolu sur l'enfant qui existait pour le père sous l'organisation patriarcale, mais on ne donne pas au père la possibilité de rapports avec l'enfant que la mère avait en ce temps-là. 4°) Enfin on offre au père, si la mère le veut bien, des rapports fragmentaires. Ils ne correspondent guère plus qu'à ceux qu'il aurait avec son grand-père, et encore! Nous développerons plus loin ces questions. Donc essayez autant que possible d'éviter de vous trouver dans cette situation. Plus de co-responsabilité, plus de possibilité de remplir son contrat envers l'enfant, plus de père sans l'autorisation de la mère. La femme avec qui vous avez eu un enfant est sûrement intelligente et sensible, vous ne l'auriez pas aimé sinon. Mais sans son bon vouloir, vous n'aurez aucune chance de garder votre obligation paternelle et préserver ainsi sa famille à l'enfant. Car on accorde à la mère tous les pouvoirs et on la pousse à vous éliminer. Vous devez donc tout faire pour l'aider à renoncer au pouvoir discrétionnaire que le système judiciaire lui accorde ces temps-ci ~et ce pour le bien de l'enfant que vous avez fait ensemble. C'est incontestablement une « mission impossible », mais il faut la réussir. Voilà la réalité qu'il faut que vous connaissiez si vous êtes à la veille de la séparation de votre couple. Un seul impératif: né2:ocier.

20

LA FAMILLE AUJOURD'HUI -

L'ambiance familiale n'est plus celle d'autrefois. Chez vous, l'homme n'est plus le patron qui donne ses ordres à sa femme et à ses enfants. Il n'y a plus que de rares familles dans lesquelles il impose son autorité et où chacun lui est soumis, mais on le remarque et on se moque de lui. La femme au foyer, qui fait tout le travail domestique, ce n'est plus le modèle idéal. L'homme n'est plus le seul à pouvoir travailler, à gagner l'argent du couple. Les grands parents n'habitent plus sous le même toit. Les logements sont plus petits, et la ville n'est plus une bourgade. Les occupations, la répartition du temps, les distractions ont changé. Les gens qui pensent encore que l'homme est « supérieur» sont considérés comme des originaux stupides, mais ils existent encore. Le patriarcat n'apparaît plus que par des manifestations indirectes, détournées. Au travail, dans l'administration ou les professions libérales on trouve encore des petits chefs, des abus de pouvoir ou des attitudes d'intimidation. On voit encore interférer avec le comportement responsable qui reconnaît la nécessité d'une loi commune, celui d'antan qui imposait l'autorité sans discussion. Certes, personne ne considère plus ces phénomènes comme « naturels» ainsi que cela a été pendant des siècles. Mais le patriarcat se prolonge par des effets diffus, des comportements bizarres, des vieilles manies que l'on baptise traditionnelles, ou des règles de droit restées inchangées. On en plaisante ou on s'en irrite. De-toute façon ce n'est plus accepté comme la norme sociale. Le rapport des parents et des enfants est nouveau. Vous parlez à votre enfant, vous vous en occupez, il est vraiment ce qui vous tient le plus a coeur. Il y a plus d'un demi-siècle, Jacques Lacan écrivait une introduction à une étude sur la

famille1.
Il décrit la naissance d'un enfant « autrefois». Le médecin donne ses ordres à la sage-femme qui donne les siens à l' accouchée ~ l'enfant est pris dès la sortie du ventre maternel, lavé en pleine lumière, changé, pesé par des fonctionnaires médicaux et mis dans son berceau. L'infirmière le fait voir au père et ne le remet à la mère que pour la première tétée.

1. JACQUES

lACAN,

dans Encyclq>édie

de la famille, 1936.

21

« A ujourd 'hui» dit Lacan, (c'était déjà il y a cinquante ans!) il est né « sans violence ». La mère s'est faite accompagner pendant toute sa grossesse par le père. A la naissance c'est lui qui fait les gestes qu'elle ne peut faire tant que le cordon ombilical n'est pas coupé, qui le tend à sa femme « qui recrée de l'extérieur le corps à corps de la mère et de l'enfant. » Autrefois le père était invité à venir « voir» l'enfant, et la mère à s'en occuper. Aujourd'hui « la naissance s'est faite avec lui, et les trois sont réunis pour vivre et s'accompagner. » Trente ans après ce texte, le législateur institue l'autorité parentale ~ la Loi désigne comme règle, l'esprit qui a présidé à cette nouvelle façon de naître. Bien évidemment les membres d'une famille, constituée après une telle naissance ne peuvent modifier ces nouveaux rapports et reprendre ceux qu'impliquait le patriarcat. Pour vous cela a été ainsi. Pour quasiment tous vos amis c'est pareil. Votre famille, la famille c'est d'abord l'enfant. C'est autour de lui que tout s'est organisé. Il en est devenu l'axe. Evidemment, on entend encore parler d'enfants traités à coups de paires de claques, auxquels les parents ne parlent pas et qui se désintéressent de son éducation et de l'école. Bref qui n'ont rien à faire de leur enfant. Ils relèvent maintenant du psychologue ou de la protection sociale de l'enfance. Pour une telle attitude de brutalité un éducateur serait poursuivi.

Le patriarcat?

Qu'est-ce que cela recouvre?

Nous avons déjà évoqué le patriarcat, cette forme de société qui prend son nom de la place qu'y tenait le père. La puissance paternelle régnait sur la famille dans un but d'établissement social Jusqu'en 1970, la famille dépendait de la puissance paternelle. Cette organisation est issue du droit romain et repris par le droit canonique ~ le père, doué de sagesse et de raison, seul capable de mesurer l'intérêt de sa femme et de ses enfants, n'avait nul compte à rendre et régentait la famille. Cette organisation était nécessaire pour résoudre les problèmes d' héritage2, de transmission et de répartition des biens familiaux. Le moteur de la famille se trouvait dans le processus de son établissement social, et les relations interpersonnelles y étaient soumises. Un modèle pour toutes les formes de pouvoir La famille était présentée comme un exemple à tous les niveaux de l'organisation sociale des hommes, avec un Chef paré de toutes les qualités, qui régentait femme et enfant. Ceux-ci devaient se montrer soumis à son autorité. C'est à partir de la famille que se répartissaient les terres, s'établissaient commerces, se nouaient les relations, se développaient les fortunes.
2. P. LEGENDRE, THOMAS, citant I. Paulus, Le dossier occidental de la parenté, ed Fayard.,1988, p. 37.

les

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On la célébrait car à partir d'elle s'organisaient les rapports socIaux et surtout l'organisation des entreprises, des gouvernements et des états. A chaque niveau il y avait un chef pourvu de la puissance paternelle, le père de famille, le père de l'entreprise, le père de la nation etc... il Ya même eu un petit père du peuple! Sans compter les chefs, leaders et führers. Et tout cela se raccordait aux divinités qui sont toujours apparues comme des Pères. Ce « tout» était cohérent. L'infériorité de la femme, l'assujettissement de l'enfant-

Une des conséquences en était que dès le mariage célébré, la femme était frappée d'incapacité, autrement dit qu'elle ne représentait plus qu'une annexe de son mari. Il est vrai que sa dot lui donnait la possibilité de le tenir en respect, dans la mesure où celle-ci marquait la puissance de sa propre famille. Mais elle devait obéir et se soumettre. Quant à l'enfant, s'il était l'aîné, il était pris en considération comme futur héritier ~ mais les autres ne comptaient pas sauf s'ils permettaient d'envisager des mariages, donc des alliances socialement utiles.. Ainsi l'homme imposait sa loi dans l'organisation générale de la famille, mais son travail et sa « supériorité naturelle» le poussaient à investir l'essentiel de sa vie à l'extérieur. Quand on disait d'une famille qu'elle était unie, il ne s'agissait pas des problèmes affectifs existant entre ses membres, mais de la façon dont le père de famille contrôlait ses membres. Des moeurs spécifiques De ces rapports sont nés des comportements, des attitudes, des façons de penser et de réagir, aussi bien de l'homme que de la femme. Cela se traduisait dans les règles de la vie sociale, mais d'abord dans la vie de famille. Le patriarcat conduisait l'homme à affirmer son pouvoir, mais à se désintéresser de l'accessoire qu'était sa sphère familiale ~ donc il incitait la femme à gérer celle-ci dont il était absent, avec la même autorité, exigeant la même soumission. L'enfant était le domaine de la mère, mais souvent elle le faisait élever par des domestiques. A tous les niveaux de la société subsistent ou resurgissent ces relents de la mentalité . qu'a produit la puissance paternelle, même s'ils sont condamnés inexorablement par le temps. Entre autres, le Code civil avec toutes ses conséquences sur la vie en société, reflète la tradition qui l'a constitué. Il s'est bien sûr modifié au fur et à mesure du vote de Lois nouvelles. Mais dans certains domaines comme la séparation des couples, le législateur renâcle au changement; dès lors les acteurs du système judiciaire ont gardé les réflexes et le langage du patriarcat.

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Tout cet ensemble est ce que l'on désigne par «patriarcat ». Etant axé autour du pouvoir et de l'argent, il ne concernait guère ceux qui en étaient dépourvus. Mais c'était quand même à partir de lui qu'étaient établies les lois pour tous. C'est bien pour cela qu'il faut le connaître, parce que son héritage va conditionner votre situation. A son opposé, la Coutume Avant l'arrivée du droit romain et canonique, vers le Iyème siècle, les moeurs des gens qui habitaient dans les régions qui actuellement composent géographiquement la France, étaient organisées selon des habitudes, et régies par des coutumes. Le droit canonique s'y est implanté. Il présentait le grand avantage d'être écrit, d'où son nom de droit savant. Il s'est répandu dans la mesure où il permettait aux puissants d'établir leur pouvoir en toute légalité sur les plus faibles ~ moyennant quoi l'église instaurait son pouvoir et sa richesse. Il est amusant de se souvenir des règles qu'il avait instituées sur l'inceste. Il avait décidé que ce pêché existait dans les unions concernant les cousins jusqu'à la septième génération. Comme le fait remarquer A. Schütz3, cela voulait dire que l'on commettait l'inceste si on se mariait avec quelqu'un qui avait eu le même ancêtre deux cents ans auparavant. Autrement dit, comme on ne voyageait pas beaucoup, on était à peu près certain de ne pouvoir épouser aucune fille du voisinage... sauf si l'église vous accordait une dispense. Contre quels avantages? Cet exemple est instructif. Avec celui du meurtre, le premier interdit que pose une société est celui de l'inceste. Il garantit le lien de filiation, fondateur à la fois du droit et de l'individu Et le droit canonique s'en arrange selon ses intérêts ~ c'est dire que les références de sa moralité sont difficilement compréhensibles aujourd'hui. Il ne faut pas croire que le droit canonique s'est impo~é rapidement. Quand on avait un ennui et que l'on allait voir le Juge, on le choisissait selon le régime juridique que l'on reconnaissait. Sous Charlemagne il n'y avait qu'un Juge de droit canonique à Lyon, et le droit coutumier était la règle au nord d'une ligne Genève-La Rochelle. Pour s'imposer il a donc du composer avec la coutume. Et cela a été particulièrement perceptible dans le domaine de l'enfant, autour duquel tout le cérémonial de Noël s'est développé... sans pour autant supprimer la structure de la famille patriarcale qui l'assujettissait. Sa différence principale, du moins celle qui s'est maintenue sans relâche, se manifestait en effet dans les rapports familiaux. De seigneur et maître autour de l'enfant, il n'yen avait pas. Le père et la mère le protégeaient tant qu'il en avait besoin. C'était l'amorce de la dualité parentale.

3. P. LEGENDRE, A. sCHÜfz, Fayard,1988.

M SMITH, Y. THOMAS, Le dossier occidental de la parenté, ed

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La Révolution française a repris ces thèmes. Mais le Code Napoléon est revenu à la puissance paternelle qui n'a été remise en cause qu'au lendemain de la révolte des jeunes en 1968, avec l'autorité parentale. Nous retournons donc à l'héritage de la coutume. Protéger l'enfant qu'on avait mis au monde avec sa mère, autrement dit lui donner les conditions d'un développement harmonieux, n'impliquait peut-être pas une vaste conception métaphysique. Mais cela imposait des valeurs, des comportements, des attitudes, opposés à ceux du patriarcat, et imposés par l'enfant dans la vie journalière. Ils sont demeurés plus ou moins en chacun. Pourquoi faut-il parler de tout cela au début de ce livre? D'abord parce que la famille patriarcale, qu'elle se présente comme étant conforme à la nature de l'homme, ou qu'elle se vante d'être la tradition de la France, n'est qu'un moment de notre histoire. Elle a été la forme d'organisation nécessaire au pouvoir et à la fortune. Mais, pour préserver sa respectabilité, elle fabriquait des exclus, des filles mères déshonorées et

des enfants naturels maudits.

.

Son efficacité en matière de puissance et de fabrication de richesses ne peut faire oublier ce que déjà Pascal disait du mariage, l' « institution la plus pénible et la plus basse des conditions du christianisme... car les maris quoique riches et sages, sont des païens devant Dieu »4. Ensuite parce que le mariage, a perdu ses trois piliers, depuis 1884 il n'est plus indissoluble, depuis 1907 il n'a plus l'exclusivité de la procréation, et celle-ci depuis 1967 n'est plus liée à la sexualité. La famille ne peut donc plus être définie par le lien conjugal mais par le lien interparental, obligation nécessaire au respect du lien de filiation de l'enfant. Nous vivons à un moment de l'histoire qui voit enfin reconnaître le caractère humain de la coutume, mais où chacun traîne à se dépêtrer de ses vieux réflexes du Patriarcat. Et dans le système judiciaire civil, seul celui qui concerne l'enfant et la famille lorsque les parents se séparent se trouve à la traîne, près d'un siècle en arrière. Pas de chance certes, mais il va falloir faire avec.

4.

MAZFAUD,

leçons de droit civil"

ed Mootchr~ien,

1978, p.38

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CE QUE L'ON SAIT AUJOURD'HUI

DE L'ENFANT

-

Il a besoin de son père et de sa mère. Cela on le sait depuis toujours. Mais une fois que l'on a dit cela, il faut en préciser les raisons. Dans le domaine biologique, il n'y a pas d'espèces vivantes, végétales, animales, humaine, qui soient immortelles. Le problème de toutes les espèces, est de se perpétuer, donc de se reproduire d'une façon ou d'une autre. Une fois cette reproduction accomplie, le nouvel arrivant va requérir tout un ensemble de facteurs spécifiques pour pouvoir vivre et perpétuer l'espèce. La différence entre l'espèce humaine et les autres espèces, végétales ou animales, c'est évidement le langage. Il peut y avoir des analogies entre une paramécie, organisme mono-cellulaire qui connait la sexualité, et un vertébré supérieur, entre un oiseau exotique et une fleur, entre un chimpanzé qui reconnaît deux cent signes et l'homme, etc. La vulgarisation scientifique stimulée par l'énorme intérêt porté à la connaissance de la nature, en présente chaque jour des aspects nouveaux. Mais il ne faut pas oublier ni cacher que le langage différencie l'espèce humaine des autres espèces vivantes aussi précisément que la nature de la membrane cellulaire différencie le règne animal du règne végétal. Il y a toujours des gens qui cherchent à expliquer un enfant à partir des connaissances des biologistes sur les espèces animales, qui changent chaque jour. Leur « oubli» de la nature du langage et de sa prééminence de la structure qu'il impose est toujours suspecte et ne peut être pris à la légère depuis que ce fut la base de l'idéologie monstrueuse du nazisme. L'importance du langage a des raisons fort simples. Les dispositions anatomiques, nerveuses et physiologiques de l 'homme autorisent la constitution d'un nombre indéfini de vocables. Chacun d'entre eux peut acquérir un sens ou se charger du sens d'un autre par les mécanismes que les linguistes appellent la métaphore et la métonymie. Ainsi peut s y greffer un univers symbolique qui va imprégner toute l'espèce humaine. Chaque individu va donc être' intégré dans une structure qui le dépasse et qui va lui permettre de jouer son rôle dans l'espèce. Le nouveau-né humain va y être baigné dès sa vie utérine.. Tout son comportement va en dépendre et ainsi lui permettre de se développer et d'établir les relations avec les autres. La vie de l'enfant va donc s'organiser autour des liens symboliques tissés autour de lui, et qui s'inscrivent dans l'univers du langage. Le problème posé par son développement se résume à comprendre cette structure qui l'entoure et dont il a besoin pour grandir dans le bonheur, et aussi pour permettre à l' « espèce parlante» à laquelle il appartient, de survivre.

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Dans toute civilisation, le lien qui unit l'enfant à son père et à sa mère, que l'on nomme « lien de filiation», est fondamental. C'est à partir de lui que va se nouer sa relation à la société, donc créer les conditions de son épanouissement. Mais la façon dont père et mère vont l'accueillir effectivement est tout aussi indispensable. C'est ce que l'on désigne par « organisation familiale ». «Lien de filiation» et «organisation familiale» sont complémen~res de la structure du développement de l'enfant. les deux ruveaux

Evoquons d'abord l'aspect pratique qu'est l' « organisation familiale ».
L'ORGANISATION FAMILIALE -

ENF ANT
mer~-'

'Père lien inter-parental dualité co-responsable de l' organisation familiale but: ASSURER

-- - . . - - --- -. --- - - . - - . - - . - . . - . - - .-- - .-- : : : --

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SON DEVELOPPEMENT

Le schéma précédent met d'abord en évidence la cellule de base qu'est la FAMILLE PARENT ALE. Elle crée entre les père et mère un LIEN INTERPARENT AL. Celui-ci a comme objectif, et comme seul objectif, d'assurer le développement de l'enfant. Et pour cela la Loi française a institué une' obligation RESPONSABLE qui devra régenter l'organisation familiale. de DUALITE CO-

La Loi précise en outre comment elle conçoit les conditions de ce développement: * climat familial qui le rassure, qui lui fait considérer l'autre en ce qu'il est, * ce qu'il dit, et ce qu'il fait, qui le conduit à son autonomie. *

Mais c'est exprimé différemment par la Convention sur les droits de l'enfant, et par les articles du Code Civil qui instituent l'autorité parentale.

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« Parents » « Les deux parents » «Bonheur, amour et compréhension Croissance harmonieuse Préparer à vie individuelle dans la société» (Pour la Convention)

« Père et Mère » « Garder, Surveiller Instruire» dans le respect mutuel (Pour le Code Civil, art. 371 et 371-2)

Malgré leur différence de vocabulaire, l'un et l'autre texte couvrent en fait la même réalité. Il faut se garder de confondre la« garde» telle qu'elle était comprise par le patriarcat et la trilogie «garder, surveiller, instruire». Autant la première formule impliquait la contrainte, autant la seconde marque les faces complémentaires de l'activité nécessaire au développement de l'enfant à condition que chacun respecte et considère la dignité de l'autre. La Convention parle de « parents» ou « deux parents». Le Code Civil parle de « père et mère », formulation beaucoup plus heureuse car elle indique qu'il s'agit de' deux personnes différentes réunies autour de l'enfant. Si ces conditions sont nécessaires pour entourer l'enfant, il faut aussi le préparer à vivre avec les autres. Pour s'intégrer dans une société il faut en accepter les règles ~ou sinon, plus d'harmonie ni de bonheur ni d'avenir. C'est cela que l'on désigne par la Loi.

Accepter la LOI qui le protège, permet son inse~

/ l

~

qui l'oblige à l'acceptation de l'autre dans sa différence.

et qui conditionne la survie de 1'« espèce parlante» (d'où l'Interdit de l'Inceste et l'Interdit du Meurtre)

Accepter la Loi prend donc sa racine dans les deux seules règles que l'on retrouve dans toutes les sociétés qui ont existé et existent dans le monde. On les désigne sous le nom d' « Interdits majeurs». LES INTERDITS MAJEURS A quoi correspondent cet « Interdit du Meurtre» et cet « Interdit de l'Inceste », le tout avec des majuscules? Meurtre et inceste sont parmi les fautes les plus graves qu'ont à sanctionner une société. L'interdit s'y rapporte bien sûr.

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Mais elles ont ici de l'intérêt dans le sens où elles désignent les limites extrêmes qu'il ne faut pas franchir sans risquer de mettre en péril la survie de l' « espèce parlante» qu'est la nôtre. Et ce sur les deux axes de son expansion, celui des rapports des hommes entre eux pendant le temps qu'ils doivent vivre ensemble sans nuire à l'espèce. Et celui du «déroulement inexorable du temps» qui fait que les générations se succèdent au rythme de la vie et de la mort, et qu'il faut bien qu'il y ait un système établi de façon immuable pour transmettre par delà les générations, les règles de survie et d'expansion qu'elles auront établies.
On trouve dans la Bible en deux endroits l' établissement des règles qui régissent les rapports hwnains, mélangés au problème des origines de l 'homme. Citens, dans la traductioo. littérale prq:>osée par Chouraqui dans les « paroles» 27-16/25 (ou deutéroo.ome) . « Henni soit qui maudit soo. père et sa mère (16). Henni soit qui déplace la froo.tière de soo. compa~oo. - qui égare l'aveugle sur sa route - qui détowne le droit du métèque, de l'orphelin, de la veuve! (17-19). Henni soit qui couche avec la femme de sen père: oui, il découvre l'aile de sen père qui couche avec toute bête - ...avec sa soeur ...avec sa belle-mère - (20-24). Henni soit le frappeur de sen compa~oo. en secret - le preneur de pot-de-vin pour frapper à l' être tm sang innocent (24-25). » Ce qui se retrouve sous tme autre formulatioo. dans les « Noms » 20 12/15 (ou Exode) : « Glorifie too. père et ta mère, pour que se proloo.gent tes jours sur la glèbe, ...Tu n'assassineras pas - Tu n'aduhéreras pas - etc. ... » Nous avens là, en evidence, dans ces premiers textes écrits à partir de la traditioo. de Moïse, les deux Interdits et leur significatioo.: respecter l'autre, et la généalogie qui transmet la Loi protectrice. Nous le retrouveroo.s dans l'article 371 du Code Civil « L'enfant, à tout âge, doit hooneur et respect à ses père et mère».

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L'Interdit

du Meurtre

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Le premier, l'Interdit du Meurtre se comprend de lui-même. Une espèce qui autorise ses membres à s'entre-tuer risque à l'évidence de se détruire. Cet interdit n'a pas prohibé guerres ou massacres, ni même certaines formes de meurtre. Mais chacun se réclame de considérations supérieures, que ce soit la légitime défense ou la prévention d'un mal plus grand, qui cherchent leur justification dans la préservation de l'espèce. La véritable fonction de l'interdit du meurtre est d'inciter les hommes à s'entendre par delà leurs différences. Cette limite extrême garantit l'acceptation de l'autre et incite à le reconnaître. Dans la Bible, dès leur éviction du paradis terrestre au chapitre 4 de la Genèse, Eve enfante Caïn puis Abel ~ et la première chose que la Bible marque, c'est leur .différence dans leur fonction sociale. L'un est pâtre et l'autre laboureur. Sans qu'on en sache beaucoup plus, Caïn tue Abel. Il sera châtié. La première règle concerne au delà du refus du meurtre qui va de soi, la fixation d'une conduite des hommes entre

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