//img.uscri.be/pth/4fe324985e70cc69362c954ebf1f4f0c5f50a9d8
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,63 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'enfant et les violences conjugales

De
163 pages
Déclarées "Grande cause nationale pour l'année 2010" par le gouvernement français, les violences conjugales amènent les acteurs de la protection de l'enfance à se questionner sur les risques qui pèsent sur les enfants exposés aux violences conjugales. Comment en évaluer les répercussions sur l'enfant ? Comment fonctionnent les relations au sein des familles aux prises avec la violence conjugale ? La séparation du couple met-elle fin aux violences ?
Voir plus Voir moins

L’enfant et les violences conjugales

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISSN : 1279-7766
ISBN : 978-2-296-55256-2
EAN : 9782296552562 La revue internationale de
l’éducation familiale
N°29, 2011



L’enfant et les violences conjugales


Dossier coordonné par
Andrée Fortin et Monique Robin
Andrée Fortin est professeure de psychologie à l’Université de Montréal et
membre du Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la
violence faite aux femmes (CRI-VIFF). Psychologue du développement, elle mène
depuis plusieurs années des recherches sur les violences familiales et la situation
de l’enfant exposé aux violences conjugales.

Monique Robin est chercheure en psychologie du développement au CNRS au
laboratoire de recherches sur les liens sociaux (CERLIS) de l’université Paris
Descartes et directrice de publication de La revue internationale de l’éducation
familiale. Son domaine de recherches porte sur la parentalité chez les femmes et
sur la construction de la famille dans une perspective écosystémique.
Référente de l’équipe de rédaction pour ce numéro : Véronique Francis
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
3
La revue internationale de
l’éducation familiale
n°29, 2011
L’enfant et les violences conjugales
Sommaire
Éditorial
Véronique Francis………….………………………...…........….Page 7
Présentation du dossier
Andrée Fortin…………………………………..…..…..……...…...Page 9
Points de repères pour examiner le développement de l’enfant
exposé aux violences conjugales
Nathalie Savard et Chantal Zaouche-Gaudron………..………Page 13
Cooccurrence de violence conjugale et de maltraitance envers
les enfants : facteurs individuels et familiaux associés
Chantal Lavergne, Marie-Ève Clément, Dominique Damant,
Chantal Bourassa, Geneviève Lessard et Pierre Turcotte......Page 37
La parentification chez l’enfant exposé à la violence conjugale
Andrée Fortin et Lise Lachance…………....…………..…….Page 63
Les violences conjugales post-séparation et le devenir
des femmes et des enfants
Patrizia Romito………………………………………………Page 87
Enfants exposés à l’homicide conjugal. Quelques éléments
de réflexion
Myriam Dubé…………………..……..…….………………...Page 107
Varia
Peau d’âme. Enjeux psychiques de la séparation père-fille
d’après le conte de Peau d’âne
Frédéric Caumont…………………………...…………………..Page 125
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
5Notes de lecture……………………………………...……………...…Page 145

Actualités des congrès et colloques…………………....……..….Page 152

Formations ……………………….………………………..…………..Page 153

Actualités des revues…………………………...…………...….…..…Page 154

Liste des lecteurs pour 2010…………….……………………….Page 155

Précédents numéros et tarifs………………....……Page 156

Note aux auteurs…………….………………………...….....…...Page 158

Communiqué de la rédaction

La revue internationale de l’éducation familiale fait
désormais partie du catalogue de prêt numérique de
l’Harmathèque (e-books) www.harmatheque.com/
L’harm a intégré le portail BiblioSHS de
l’INIST-CNRS http://biblioshs.inist.fr/
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
6
Éditorial
Ce numéro 29 est structuré autour d’un dossier thématique sur
l’enfant et les violences conjugales coordonné par Andrée Fortin et
Monique Robin. Les contributions réunissent des recherches de deux
champs différents et étroitement complémentaires : celui des violences
faites aux femmes et celui de la protection de l’enfance.
Voici plus de dix ans déjà, la Revue Internationale de l’Éducation
Familiale publiait un article précurseur d’Andrée Fortin intitulé L'enfant
en contexte de violence conjugale : témoin ou victime ? En conclusion, le
texte soulignait l’importance de développer des recherches examinant les
réalités de l’enfant exposé à la violence conjugale et s’attachant à mieux
repérer la diversité des types de violence au sein des familles. Si cette
exigence est toujours valide, ce dossier apporte des éclairages qui
attestent non seulement des différentes approches de la question dans les
politiques publiques mais aussi du développement des recherches et de
l’enrichissement des connaissances sur les enfants exposés à la violence
conjugale, en particulier les répercussions sur leur équilibre
psychologique, sur leur insertion sociale ou encore sur le lien mère-
enfant. Le lecteur constatera en outre que la place attribuée à la
présentation des instruments de recherche témoigne d’une préoccupation
importante, celle d’outiller les professionnels, en vue de repérer les
enfants concernés et d’assurer leur suivi. Ce point s’avère d’autant plus
important que les services de protection, souvent amenés à intervenir
auprès des familles confrontées à la violence conjugale, se trouvent dans
certains cas aux prises avec une cooccurrence de violence conjugale et de
maltraitance envers des enfants.
À la suite de ce dossier, en varia, un article de Frédéric Caumont,
nommé Peau d’âme Enjeux psychiques de la séparation père-fille
d’après le conte de Peau d’âne aborde les enjeux de la séparation entre
l’enfant et le parent de sexe opposé. L’investigation psychanalytique
propose une fine analyse de la version de Peau d’âne par Perrault publiée
en 1694 et du texte des frères Grimm, Peau-de-Mille-Bêtes qui date de
1812. L’approche repose sur une analyse comparative des deux récits et
se propose de penser les conditions de l’humanisation chez le sujet.
Remarquons que la RIEF accueille peu fréquemment des travaux se
référant au modèle psychanalytique. Il nous a semblé que la
problématique de l’inceste, sous jacente dans ce texte, trouvait bien sa
place dans ce numéro consacré aux maltraitances au sein de la famille.
Plusieurs notes de lecture d’ouvrages parus en 2010 enrichissent
cette livraison.
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
7
Monique Robin présente un ouvrage collectif dirigé par Olivier
Prévôt. Cette publication Intervenir auprès des parents. Réfléchir,
construire et expérimenter des projets dans un contexte européen,
financée avec le soutien de la Commission européenne, propose un large
tour d’horizon sur la notion de parentalité et les programmes de soutien à
la parentalité. Les éléments de théorisation précèdent les questions de
méthode sur les processus de mise en œuvre d’un projet, de son
diagnostic à l’évaluation. Accompagné de nombreuses références, il
permettra aux lecteurs, y compris les plus avertis, d’approfondir leur
réflexion.
Catherine Sellenet présente un ouvrage coordonné par Hélène Join-
Lambert Milova, La famille d’accueil et l’enfant. Grâce à différentes
approches, les textes abordent de manière dynamisante l’accueil familial
alors que les écrits sur ce thème sont déjà nombreux. De nouveaux
savoirs sur les assistantes familiales et leur métier sont proposés en
élargissant le regard sur la dimension culturelle de l’accueil, en
questionnant la professionnalisation et ses aléas, la place du conjoint de
l’assistante maternelle ou encore les liens d’attachement qui se nouent au
quotidien.
Enfin, une note rédigée par Daniel Gayet porte sur le livre Enquêtes
au domicile des familles : la recherche dans l’espace privé. Son
originalité doit être saluée, en particulier du fait de la présence d’un texte
construit sous la forme d’un dialogue d’une grande richesse entre les
deux coordinatrices, Bernadette Tillard et Monique Robin qui abordent,
l’une avec le regard de la psychologue, l’autre avec celui de
l’anthropologue, des questions liées à la recherche dans l’espace privé
des familles. Le livre s’intéresse exclusivement à des questions
méthodologiques et, si les ancrages théoriques peuvent s’avérer
différents, les questionnements des psychologues, sociologues,
anthropologues et chercheurs en sciences de l’éducation se rejoignent sur
leur façon d’approcher le terrain. Il témoigne d’une préoccupation qui
rassemble la communauté scientifique des chercheurs en Éducation
Familiale en montrant la richesse des approches qualitatives.
Ce numéro 29 se clôt ainsi par un rapide tour d’horizon de
quelques-unes des prochaines manifestations scientifiques avec
notamment l’annonce du prochain colloque de l’AIFREF organisé par
l’équipe du Luxembourg, du 7 au 9 septembre 2011, colloque qui sera
précisément consacré aux questions méthodologiques en Éducation
Familiale. Enfin, nous publions dans ce numéro la liste des experts ayant
évalué les propositions d’articles soumis en 2010. Nous remercions
vivement ces collègues pour leur collaboration à la RIEF.
Véronique Francis
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
8



Présentation du dossier

L’enfant et les violences conjugales
Andrée Fortin


Les premiers travaux sur les enfants exposés à la violence conjugale
sont apparus en Amérique du Nord au cours des années 1980. Ils faisaient
suite aux recherches sur les effets du divorce sur le développement de
l'enfant qui montraient que la sévérité des conflits conjugaux, bien
davantage que la séparation d'avec un parent ou la modification de la
situation économique de la famille, prédisait les difficultés d’adaptation
de l'enfant. L'analyse de la situation de l’enfant confronté aux violences
conjugales a ensuite été intégrée à celle des mauvais traitements envers
l'enfant. L’exposition à la violence conjugale a ainsi été jugée comme une
forme de mauvais traitement psychologique que le parent exerce sur
l’enfant puisqu’elle a pour effet de terroriser l’enfant, de l’isoler par
crainte ou honte de la violence et, enfin, de le corrompre en le socialisant
à l’abus de pouvoir et à des formes inadaptées de relations
interpersonnelles.
Les enfants exposés à la violence conjugale peuvent présenter des
niveaux de détresse élevés et des difficultés comparables à celles
associées aux autres formes de maltraitance. Les recherches sont
nombreuses à identifier ces conséquences néfastes pour l’enfant. Elles
permettent également une analyse de plus en plus fine des mécanismes
qui rendent compte de ces effets. Les connaissances acquises conduisent
progressivement à des propositions d’interventions diversifiées. Ce
numéro spécial de La revue internationale de l’éducation familiale
intitulé « L’enfant et les violences conjugales » se compose de cinq
contributions qui jettent un regard différent et complémentaire sur la
réalité de l’enfant confronté à ces violences.
En France, l’intérêt pour l’étude de l’enfant exposé à la violence
conjugale est relativement récent. À ce propos, Nathalie Savard et
Chantal Zaouche-Gaudron notent qu’en 2010 les violences conjugales ont
été déclarées par le gouvernement français « Grande cause nationale ».
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
9
Les répercussions qu’elles entraînent sur les enfants qui y sont exposés
sont encore trop peu prises en compte. C’est pourquoi, ces auteures
proposent un bref rappel des différents effets que peut entraîner
l’exposition à la violence conjugale sur le développement des enfants et
des adolescents. Elles présentent ensuite une sélection d’instruments de
recherche en langue française utilisés soit dans le domaine précis que
sont les violences conjugales, soit dans une perspective plus large qui
concerne certains secteurs du développement des enfants et des
adolescents et qui sont susceptibles d’intéresser les professionnels,
notamment psychologues et travailleurs sociaux, soucieux de repérer et
d’examiner les dysfonctionnements de l’enfant et de mettre en place des
suivis thérapeutiques adaptés.
Depuis 2006, la Loi sur la Protection de la jeunesse au Québec
reconnaît l’exposition à la violence conjugale comme un motif de
signalement aux services de protection de l’enfance. Ces services sont
ainsi de plus en plus appelés à intervenir auprès des familles aux prises
avec une cooccurrence de violence conjugale et d’autres formes de
maltraitance envers les enfants. Or, le profil des familles présentant des
situations de cooccurrence reste peu connu. Dans une étude réalisée à
partir d’un échantillon de 1025 enfants dont le signalement a été retenu
par les Services de protection de l’enfance de la région montréalaise,
Chantal Lavergne et ses collaborateurs vérifient dans quelle mesure les
situations de cooccurrence de violence conjugale et de mauvais
traitements envers les enfants sont associées à un portrait plus lourd au
plan des formes de maltraitance, des conséquences pour l’enfant et des
facteurs de risques parentaux et familiaux.
La violence conjugale favorise une diffusion des frontières entre les
différents systèmes au sein de la famille, ce qui peut amener l’enfant à
jouer un rôle de parent. L’enfant parentifié devient responsable des tâches
domestiques, éducateur des plus jeunes, protecteur du parent, confident,
ami, médiateur ou gardien de la paix. Au-delà de la violence elle-même,
la parentification contribue à la détresse de l’enfant. À ce jour, les
variables associées à la parentification de l’enfant exposé à la violence
conjugale sont peu étudiées. Andrée Fortin et Lise Lachance présentent
une recherche menée auprès de 117 dyades mère-enfant victimes de
violence conjugale et examinent les facteurs associés à la parentification
de l’enfant. Les auteures vérifient la contribution respective des
caractéristiques propres à l’enfant, à la mère ainsi qu’à la relation mère-
enfant.
La séparation du couple pourrait laisser croire à la fin des violences
conjugales. Patrizia Romito présente une série d’évidences montrant au
contraire que ces violences peuvent se poursuivre après la séparation
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
10
mais restent une réalité peu visible et encore occultée. Les conflits liés
aux droits de garde et les rencontres entre ex-conjoints rendues
nécessaires pour confier les enfants à l’autre parent deviennent souvent
l’occasion de ces violences. Dans un texte aux nombreuses références et à
l’aide de cas recensés dans plusieurs pays, l’auteure montre combien la
violence conjugale post-séparation est fréquente, souvent très grave, et
représente un obstacle majeur à ce que les femmes et les enfants qui ont
subi des violences conjugales retrouvent leur sérénité. Un texte engagé
qui ne manquera pas d’interpeller les divers intervenants auprès des
familles aux prises avec les violences conjugales.
Enfin, Myriam Dubé aborde la question des enfants confrontés à la
perte d’un parent suite à un homicide conjugal. Ce type d’homicide
s’inscrit trop souvent dans la continuité des violences conjugales les plus
graves où les femmes sont davantage victimisées que les hommes.
L’impact de l’homicide conjugal pour les enfants est dévastateur. Aux
conséquences néfastes de l’exposition aux violences conjugales,
s’ajoutent celles liées à la mort d’un parent et à la perte de l’autre parent
condamné par la justice. Les données de recherche sur ce sujet sont
encore très rares. À partir de données surtout rétrospectives, l’auteure
tente de dresser un premier bilan des expériences vécues par l’enfant.
En résumé, ce numéro présente un condensé d’études qui reflètent
bien la diversité des thèmes abordés dans les recherches sur les enfants
exposés à la violence conjugale. En 1998, dans cette même revue, nous
1avons publié un article sur l’enfant exposé à la violence conjugale dans
lequel nous rappelions combien la recherche et l'intervention portant sur
la violence faite aux femmes et celle faite aux enfants avaient évolué dans
des univers conceptuels et institutionnels distincts et relativement
hermétiques. Nous soulignions alors que la réalité de l’enfant exposé à la
violence conjugale appelait à une analyse mieux arrimée des divers types
de violence au sein de la famille. Une exigence qui reste d’actualité.




Fortin, A.(1998). L'enfant en contexte de violence conjugale: témoin ou victime ?
La revue internationale de l'éducation familiale, 2(1), 41-56
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
11
Points de repères pour examiner le développement de
l’enfant exposé aux violences conjugales
1Nathalie Savard et Chantal Zaouche Gaudron
___________________________________________________________
Les conséquences de la violence conjugale sur le développement de
l’enfant sont encore trop peu prises en considération en France. Les
chercheurs et les professionnels intervenants dans ce domaine soulignent
le manque d’outils utilisables en langue française pour repérer ces effets.
Pour pallier cette insuffisance et permettre l’évaluation de la situation
des enfants exposés à la violence conjugale, cet article a pour but de
recenser les outils utilisables en langue française afin de pouvoir
analyser l’impact des violences conjugales sur le développement social,
cognitif, intellectuel et affectif des enfants et des adolescents (0-18 ans).
Mots-clés : violence conjugale, développement de l’enfant, évaluation
Tests for assessing children exposed to domestic violence
In France, the consequences of domestic violence on a child’s
development have not been substantially explored. Researchers and
professionals working in this field have emphasized the lack of French-
language instruments to identify these consequences. To remedy this
insufficiency and enable the assessment of the situation of the child
exposed to domestic violence, this article describes the inventory of
instruments available in French in order to measure the impact of
domestic violence on the social, cognitive, intellectual and emotional
development of children and teenagers (0-18 years-old).
Key-words : domestic violence, child development, assessment

1 Laboratoire Psychologie du Développement et Processus de Socialisation,
Université de Toulouse, Toulouse II Le Mirail, 5 allées Antonio Machado, 31058
Toulouse Cedex 9, France.
Contact : nathalie.savard@oned.gouv.fr ; zaouche@univ-tlse2.fr

La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
13
En France, à l’heure où les violences conjugales ont été déclarées
« Grande cause nationale pour l’année 2010 » par le gouvernement, les
répercussions qu’elles entraînent sur les enfants qui y sont exposés sont
encore trop peu prises en compte. Il apparaît important de rappeler que, à
ce jour, il n’existe aucune étude dans notre pays, en psychologie du
développement, qui évalue les effets de la violence conjugale sur les
enfants. Or, ces conséquences sont importantes à prendre en
considération puisqu’elles vont retentir sur l’ensemble de la personnalité
de l’enfant, son organisation psychique ainsi que sur sa construction. De
plus, l’exposition à la violence s’accompagne souvent de circonstances
qui peuvent considérablement aggraver ces effets : fréquence, intensité,
1durabilité. L’Observatoire National de l’Enfance en Danger en
partenariat avec le Service du Droit des Femmes et de l’Égalité
soulignent, dans leurs préconisations à destination des pouvoirs publics
concernant l’enfant exposé à la violence conjugale, l’importance de
l’évaluation de l’impact des violences sur l’enfant qui permet notamment
une prise en charge adaptée aux besoins de l’enfant. Les préconisations
issues de ce partenariat ainsi que de nombreuses conférences organisées
2sur ce thème déplorent le manque d’instruments disponibles pour repérer
les effets de la violence sur le développement de l’enfant et encouragent
la construction ainsi que l’adaptation d’outils de repérage et d’évaluation.
Or, certains existent et sont souvent utilisés dans le Nord de l’Amérique,
mais sont apparemment à ce jour peu connus des chercheurs et des
professionnels intervenant dans ce contexte en France. Le recensement
d’outils disponibles en langue française et utiles au repérage de la gravité
des conséquences sur le développement de l’enfant nous apparaît donc
nécessaire.
Dans une première partie, sera exposé un bref rappel de certains
effets que peut entraîner l’exposition à la violence conjugale sur le
développement de l’enfant, rappel réalisé à partir d’études principalement
nord-américaines et québécoises dans le champ de la psychologie (et non
de la pédopsychiatrie). L’objectif de la seconde partie est de présenter
une sélection d’instruments de recherche utilisés soit dans le domaine
précis que sont les violences conjugales, soit dans une perspective plus

1 http://www.oned.gouv.fr/
2 Colloque du 9 Mars 2009 organisé par l’Observatoire Départemental des
violences envers les femmes (93) sur le thème : impact des violences dans le
èmecouple sur les femmes et les enfants ; Colloque organisé à l’occasion du 20
anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant par le Conseil
Général du Val d’Oise sur le thème : crise conjugale et maltraitance.
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
14
large qui concerne certains secteurs du développement des enfants et des
adolescents au vu des précisions apportées dans la première partie.
Il convient de préciser d’emblée que la plupart de ces outils sont
issus du champ de la recherche et qu’ils ne sont pas directement
transposables et utilisables dans le domaine des pratiques
professionnelles, même si certains d’entre eux indiquent des seuils
cliniques. Ils ne sont donc que des points de repères pour apprécier le
développement des enfants et pour réaliser au besoin une évaluation par
des psychologues au sein d’une équipe pluridisciplinaire.

Conséquences de la violence conjugale sur le développement de
l’enfant
Conséquences de la violence conjugale sur le développement
comportemental et social de l’enfant

Les recherches qui analysent les conséquences de la violence sur le
développement comportemental et les compétences sociales de l’enfant
rapportent divers problèmes observés chez ces derniers comparativement
à ceux qui ne sont pas exposés à la violence (Wolfe, Jaffe, Wilson, &
Zak, 1985). Ainsi, ces enfants sont plus agressifs envers l’adulte mais
également envers leurs pairs. En ce qui concerne la relation avec l’adulte,
qu’il s’agisse de professionnels ou de leurs propres parents, ils sont
souvent désobéissants, ils utilisent beaucoup de mots grossiers et ont
tendance à mentir (Winstok & Eisikovits, 2003). Leurs comportements
agressifs, pour résoudre leurs problèmes interpersonnels, les amènent
également à avoir une mauvaise relation avec leurs camarades (Katz &
Woodin, 2002). Ils adoptent plus de comportements de retrait social ou
relationnel, s’isolent et ont plutôt tendance à être secrets et à refuser de
parler (Fortin, Trabelsi, & Dupuis, 2002). On peut également observer
des comportements d’hyperactivité et de désadaptation sociale (Moe,
King, & Bailly, 2004) comme le fait de tricher en classe, voler, se battre,
casser des objets et se montrer cruels notamment envers les animaux. Les
études menées auprès des adolescents révèlent que les filles sont plus
agressives, violentes et délinquantes et les garçons manifestent plus de
comportements de désadaptation sociale (Bourassa, 2007 ; Becker &
McCloskey, 2002 ; Llomaki, Viilo, Hakko, Marttunen, Makikyro, &
Rasanen, 2006).



La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
15
Conséquences de la violence conjugale sur le développement affectif de
l’enfant

Sur le plan affectif et émotionnel, les recherches indiquent que ces
enfants manifestent plus de problèmes intériorisés comparativement à
ceux n’étant pas exposés à la violence conjugale (Hughes, 1988 ;
Rodriguez, 2006). On repère ainsi des symptômes d’anxiété et de
dépression (Maughan & Cicchetti, 2002 ; Fortin, 2005), mais aussi des
signes de forte dépendance envers l’adulte. L’exposition des enfants à la
violence conjugale amène aussi une désorganisation au niveau de leur
attachement. Ces derniers présentent, en effet, pour la majorité, un ent de type insécurisé/désorganisé (Savard & Zaouche-Gaudron,
2010b ; Zeanah, Danis, Hirshberg, Benoit, Miller, & Heller, 1999). Ils
sont souvent coléreux, tristes et inquiets (Katz, Hessler, & Annest, 2007)
et ont une faible estime d’eux-mêmes (Grych & Fincham, 1993). Les
scores obtenus par la plupart de ces enfants à l’échelle des troubles
intériorisés du Child Behavior Checklist (Achenbach, 1991) évaluent
d’ailleurs des symptômes suffisamment sévères pour être considérés
comme étant d’ordre clinique (Christopoulos, Cohn, Shaw, & Joyce,
1987).

Le syndrome de stress post-traumatique

Selon le DSM-IV, l’un des critères diagnostiques du syndrome de
stress post-traumatique est l’exposition du sujet à un évènement
traumatique intense, comme la mort d’une personne, une menace de
mort, une blessure grave ou une menace pour son intégrité physique. Le
sujet a une réaction de terreur, de détresse ou d’horreur et son
comportement devient désorganisé. La littérature indique que la plupart
des enfants exposés à la violence conjugale de façon prolongée ou intense
manifestent des symptômes de stress post-traumatique (Kilpatrick, Litt, &
Williams, 1997 ; Chemtob & Carlson, 2004), plus fréquemment observés
chez les très jeunes enfants (Lehmann, 1997). Des études rétrospectives
mettent en exergue le fait que l’exposition à la violence conjugale durant
l’enfance entraîne aussi des syndromes de stress post-traumatiques à
l’âge adulte (Taft, Schumm, Marshall, Panuzio, & Holtzworth-Munroe,
2008).

Conséquences de la violence conjugale sur la santé de l’enfant

Sur le plan physique, les enfants exposés à la violence conjugale
manifestent plus de problèmes de santé que ceux non exposés (Kérouac,
La revue internationale de l’éducation familiale, n°29, 2011
16