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L’Entrepreneur et le Prince La création du service public de l’eau
Christophe Defeuilley
Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po) L’Entrepreneur et le Prince. La création du service public de l’eau/ Christophe Defeuilley. – Paris : Presses de Sciences Po, 2017.
ISBN papier 978-2-7246-2005-4
ISBN pdf web 978-2-7246-2006-1
ISBN epub 978-2-7246-2007-8
ISBN xml 978-2-7246-2008-5
RAMEAU : – Services des eaux : France : Paris (France) : Histoire – Services des eaux : Grande-Bretagne : Londres (G.-B.) : Histoire – Services des eaux : États-Unis : New York (N. Y.) : Histoire – Politique urbaine : France : Paris (France) : Histoire – Politique urbaine : Grande-Bretagne : Londres (G.-B.) : Histoire – Politique urbaine : États-Unis : New York (N. Y.) : Histoire
DEWEY : – 363.61 : Approvisionnement en eau – 711.4 : Aménagement urbain (urbanisme)
En couverture : le pont Notre-Dame, construit en 1507, démoli en 1853. Pont Notre-Dame, gravure sur acier, coloriée, 1820, de Charles Heath (1785-1848) d’après un dessin de Robert Batty (1789-1848), Paris, collection particulière. © akg-images.
La loi de 1957 sur la propriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée). Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).
© Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2017.
Introduction Le temps des réseaux À l’origine, des compagnies privées Londres, New York, Paris Action publique, contrat et gouvernance
Sources et méthode
Chapitre 1 – L’eau avant les réseaux
Solutions individuelles
Police de l’eau, boues et immondices
Les porteurs d’eau
Consommations, représentations et usages
Épidémies urbaines
Le tournant hygiéniste
Flux et circulations urbaines
Chapitre 2 – Londres, ville pionnière
Hugh Middelton, négociant de la City
Les premiers pas (hésitants) de la New River Company
Deux cents ans d’expansion lente et régulière
Conduites en bois, alimentation discontinue
La guerre de l’eau
Cessation des hostilités, retour aux monopoles
Qualité et prix de l’eau au centre des débats
Edwin Chadwick, santé publique et qualité de l’eau
Un début de régulation
Des profits extravagants
Le « socialisme municipal »
La « municipalisation » Chapitre 3 – Duel à New York Pourquoi New York ? Les premiers réseaux d’eau dans les villes de la côte Est New York a besoin d’eau Les travaux et les jours d’Aaron Burr La Manhattan Company
1804-1835, trois décennies perdues
Du Croton Aqueduct au Catskill System
Compagnies privées, la greffe ne prend pas
Une corruption endémique
Sommaire
9 10 18 23 32 39
41 43 49 54 59 65 70 80
85 87 93 96 102 105 110 117 123 128 133 139 145
151 153 157 160 163 166 173 181 187 198
La prééminence durable de la gestion publique
Chapitre 4 – Le Paris d’Haussmann
La Compagnie des eaux des frères Périer
La polémique entre Mirabeau et Beaumarchais Le canal de l’Ourcq La tentation du privé Les fontaines publiques plutôt que la distribution à domicile L’impulsion haussmannienne La Compagnie générale des eaux Paris, une stratégie d’encerclement
Paris, la vie d’un contrat (1860-1910)
Renouvellement ou reprise en régie directe ?
Trajectoire d’expansion
Difficultés, remises en cause et renégociations La délégation de service public Conclusion La gestion privée, les épidémies urbaines et l’universalisation du service Une question de légitimité L’exception française ou le modèle de « l’action publique déléguée » Annexes Bibliographie Table des documents
Remerciements
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209 211 216 221 225 229 232 241 244 251 259 265 275 281
289 291 295 300
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Introduction
n cette fin d’été 1593, Walter Raleigh et Hugh Midd elton observent El’effervescence qui anime Bassishaw Street à Londre s. Ils commentent les dernières informations en provenance du port et soupèsent les chances de nouvelles entreprises. Walter Raleigh a capturé l’année précé dente une caraque portugaise lourdement chargée mais n’en a pas vraiment tiré profit. Il se débat dans des intrigues de cour tout en s’employant à préparer une nouvelle expédition vers la Guyane (Nicolls et Williams, 2011, p. 81-90). Hugh Middelt on, gros négociant de la City, engagé dans de nombreuses activités aux multiples r amifications, réfléchit probablement à s’associer aux projets de son ami. C’est peut-être à ce moment-là qu’il entend parler pour la première fois de cette nouvel le activité, qui promet beaucoup mais demande l’engagement de capitaux importants : l’adduction et la distribution de l’eau. La fourniture d’eau puis sa vente, apportée à domicile, non par les habituels porteurs d’eau ni par les habitants eux-mêmes, mais par des conduites en bois alimentées par des pompes, des canaux, des réservoirs. Il s’agit de la création d’un véritable réseau, défi technique, financier et humain, œuvre gigantesque, mais seule capable de répondre aux besoins en eau de plus en p lus criants de la capitale. Middelton y songe, sait que l’entreprise risque d’ê tre d’une envergure inédite, que d’autres l’ont tentée avant lui, sans succès... Apr ès bien des atermoiements et de longues discussions avec d’autres entrepreneurs, puis avec les autorités municipales et la Couronne, il finira par se lancer dans l’aventure. Il mettra en chantier la New River Company, jettera les fondations du premier réseau d’eau potable de grande ampleur dans une cap itale européenne, renouant, mais sur d’autres bases, avec les réalisations du monde romain. e À la fin du XVI siècle à Londres et plus tard dans d’autres métrop oles, la distribution de l’eau est l’une de ces nouvelles ac tivités qu’examinent les entrepreneurs, négociants et autres investisseurs l es plus importants. Ceux qui prennent les risques les plus considérables (et eng rangent les plus gros bénéfices), ceux qui sont capables de drainer le plus de capitaux et s’inscrivent dans les réseaux d’informations les mieux organisés. Ceux aussi qui peuvent compter sur le soutien, l’appui et l’aide (parfois intéressée) des autorité s, jusqu’à leurs plus hauts représentants, qui ne rechignent pas à s’engager pe rsonnellement dans les affaires naissantes et à tirer un profit personnel de cette proximité. Ainsi du roi d’Angleterre er Jacques I qui prend une participation personnelle dans le projet de la New River à e Londres au début du XVII siècle. Ainsi d’Aaron Burr, qui fonde la Manhattan Company en 1799 pour desservir New York en eau. Ainsi du comte Camille de Cavour qui acquiert des actions dans la Società Acque Potabili créée pour alimenter Turin en 1847. Ou, sur une plus petite échelle, Sir John Kerle Haberfield, éminent personnage de Bristol, six fois maire de la ville, qui prend p art à la création en 1846 de la Bristol Waterworks Company (Thornton et Pearson, 2013, p. 3 12). Les réseaux d’eau font alors partie, au même titre que le commerce au loin, l’affrètement de navires, l’import-export avec les colonies, la banque ou l’exploitation des mines, de la pointe avancée des activités économiques que seuls les hommes d’affaires les mieux installés et les plus entreprenants peuvent envisager. Ce nouveau pa n d’activité, gourmand en
capitaux, représente en effet de grandes difficulté s techniques pour des résultats hautement aléatoires, qui dépendent en grande partie du consentement à payer des habitants pour ce nouveau service.
Le temps des réseaux e C’est à la fin du XVII siècle à Londres qu’a lieu l’invention de la « forme réseau » ou, pour être exact, la re-découverte des technique s et des moyens utilisés par les antiques cités romaines pour l’adduction et la dist ribution généralisées de l’eau (Dessales, 2008). Elle est le fait des ingénieurs d e la New River Company (Tomory, 2015a). Entre ces deux périodes, des embryons de système de distribution subsistent en empruntant la technique, dite de « ligne », c’es t-à-dire une alimentation à partir d’une source d’eau vers un endroit précis, fontaine publique, établissement religieux ou demeure d’un riche propriétaire (Lee, 2014). Con nue depuis l’Antiquité, encore utilisée au Moyen Âge par certains clients privilég iés, cette technique, simple et éprouvée, ne nécessite que quelques conduites de dimension modeste transportant l’eau provenant d’une source de faible débit (Goube rt, 1986a, p. 51). Mais elle ne permet pas de distribuer l’eau de manière généralisée, à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville, à un ensemble relativement vaste d’habitations. Elle va être supplantée par la forme réticulaire du réseau qui s’appuie sur des infrastructures permettant de capter de grandes quantités d’eau, de les transporter, de les stocker puis de les distribuer à domicile, dans les maisons, les boutiques, les étab lissements publics et les petites industries. Ce réseau fonctionnevia un ensemble d’ouvrages et de conduites, de branchements et de dérivations, liés entre eux, int erconnectés, hiérarchisés, qui permettent aux flux d’être transportés avec un minimum de pertes depuis leur lieu de captage jusqu’à une multitude de points de consomma tion (Guillerme, 1986). C’est une évolution importante, voire une rupture, à la fois technique, économique, sociale et symbolique. Technique tout d’abord. Il faut pouvoir concevoir e t construire des groupes d’ouvrages (pompes ou retenues d’eau, barrages, can aux, réservoirs, conduites, dérivations, embranchements) selon des plans d’ensemble organisés et tracés d’une seule main, sans laisser d’espace, ou fort peu, aux initiatives et solutions individuelles ou d’intérêt local. Il s’agit de remplacer par un s ystème technique cohérent des empilements de situations co-existantes les unes av ec les autres. Le réseau d’eau s’inscrit d’emblée dans la géographie urbaine, il a vocation à couvrir la plus grande partie, voire l’ensemble du territoire et à desserv ir la totalité des habitations. Il est pensé, n’a de sens et n’aura d’existence qu’en fonc tion de sa taille et de ses dimensions. La création des réseaux d’eau se fera a u moyen de techniques éprouvées, utilisées depuis fort longtemps mais qui ne sont pas toujours adaptées pour capter et fournir des quantités d’eau importantes. Pour que cela soit possible, il est nécessaire d’en tirer le meilleur parti, et don c de maîtriser les principes de la science hydraulique, d’effectuer des travaux de car tographie et de calculer avec précision les débits des eaux et les vitesses d’écoulement. Car l’eau doit se propulser toute seule, par le seul effet de la gravité. Les p ompes qui peuvent la surélever sont actionnées par la force de l’eau (principe connu depuis la Haute Antiquité) et atteignent vite leurs limites en termes de hauteur d’eau et de débit. Les barrages et autres retenues d’eau sont également contraints en volume et en masse par les techniques de construction et la propriété des matériaux utili sés pour les ériger. Enfin, les conduites, en bois, fuient abondamment et ne suppor tent pas de pression élevée. Tous ces éléments techniques, croisés avec les donn ées topographiques et la
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