L'espace euro-méditerranéen entre conflits et métissages

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A lire l'actualité, l'espace euro-méditerranéen évoque aujourd'hui massivement une zone de conflits culturels, religieux ou économiques, plus ou moins ouverts, jusqu'à menacer le vivre ensemble de communautés que caractérisent pourtant, sur la longue durée, des pratiques d'échanges qui ont assuré, d'une rive à l'autre, une cohabitation renouvelée, sinon toujours pacifique. L'ouvrage essaie de mettre l'accent sur leurs points de convergence, sans angélisme, mais fort d'une perspective humaniste.
Publié le : dimanche 1 février 2015
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EAN13 : 9782336369518
Nombre de pages : 188
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ÉDITEURS
Laure Lévêque, Philippe Bonfils, Yusuf Kocoglu Thierry Santolini, Delphine van Hoorebeke
L’ESPACEEUROMÉDITERRANÉENENTRE CONFLITS ET MÉTISSAGES
RENCONTRES, ÉCHANGES, REPRÉSENTATIONS
Introduction de Philippe Taquet Président de l’Académie des Sciences
L’ESPACE EURO-MÉDITERRANÉENENTRE CONFLITS ET MÉTISSAGESRENCONTRES,ÉCHANGES, REPRÉSENTATIONS
Éditeurs scientifiques : Laure LÉVÊQUEPhilippe BONFILS Yusuf KOCOGLUThierry SANTOLINI DelphineVANHOOREBEKE
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05514-5 EAN : 9782343055145
COMITÉ SCIENTIFIQUEJacques-Emmanuel BERNARD, Professeur de Littérature ancienne et comparée, Université de Toulon Mohamed BOUGROUM,d’Économie, Université Cadi Ayyad, Professeur Marrakech André BOYER,Professeur en Sciences de Gestion, Université de Nice Rita COMPATANGELO-SOUSSIGNAN, Professeur d’Histoire de l’Antiquité, Université du Maine Philippe GILLES,Professeur d’Économie, Université de Toulon Luigi LABRUNA,Professeur de Droit romain, Université Federico II, Naples Laurent REVERSO, Professeur d’Histoire du Droit, Université de Toulon Sylvie TACCOLA-LAPIERRE,Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université de Toulon
AVANT-PROPOS
Prenant, en 1937, la tête de la Maison de la Culture d’Alger, Albert Camus y prononce, le 8 février de la même année, une conférence intitulée « La culture indigène – la nouvelle culture méditerranéenne ». Actant le fait que « ne sont plus à démontrer » ni « l’existence » ni « la grandeur » de cet héritage reçu de civilisations qui, des Phéniciens aux Grecs, aux Puniques et aux Romains, ont fait de l’espace circumméditerranéen un espace de culture intégré que traduit l’expressionmare nostrum, c’est précisément sur cette communauté d’origine et de valeurs que Camus, transcendant les frontières, fait porter son discours, écartant d’emblée toute tentation particulariste qui consisterait à se replier sur d’étroits « régionalismes » suspects de servir l’intérêt de nationalismes pressés, alors que la décolonisation est bien loin d’être entamée, d’« exalter la supériorité d’une culture par rapport à une autre ». Pariant sur « l’homme » plutôt que sur des idéologies impérialistes – qu’elles soient politiques ou religieuses – et clivantes qui n’ont su accoucher que d’un choc des civilisations qui a culminé avec les Croisades avant que les guerres coloniales ne fassent rejouer les antagonismes dans toute leur violence, Camus en appelle à « l’internationalisme » pour rouvrir l’avenir, osant la « vraie question » : « une nouvelle culture méditerranéenne est-elle réalisable ? ». Entendons une culture respectueuse de l’identité de chacun et qui traite à égalité les régimes d’historicité pluriels connus par les différents points de l’aire euro-méditerranéenne, condition préalable pour penser l’invention, hors de toute hégémonie, de nouveaux rapports, qui soient ceux d’un échange moins inégal, dans un équilibre et une solidarité profitables à tous les acteurs de l’espace euro-méditerranéen. Ce pari de Camus, c’est aussi celui de ce livre auquel ont collaboré 15 chercheurs, spécialistes des questions euro-méditerranéennes, issus des rives méridionale, orientale et septentrionale de la Méditerranée, et en cela représentatifs de la « dizaine de pays » qui entrent dans ce « bassin international traversé par tous les courants » et qui, pourtant, peut être regardé lui-même comme « un pays », quand bien même il prend appui sur
Avant-propos trois continents : l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Au reste, si le terme d’« Euro-Méditerranée » s’est imposé pour désigner un espace riverain, partagé, une zone de confluence, la dénomination est rien moins que dénuée d’ambiguïté et, alors même qu’elle invoque l’unité et souligne la logique d’interface, elle n’est pas sans en même temps interroger sur d’éventuels rapports de subordination entre les territoires concernés, avec ce primat accordé à l’Europe, lourd du poids du passé colonial, qui pose immédiatement la question du point de vue. Cet important chapitre, qui engage le jeu interprétatif et, finalement, la représentation et la vision même de l’Autre, fait l’objet de la première partie du présent ouvrage, qui opte pour une confrontation des perspectives en s’attachant à ces regards croisés, souvent curieux, tantôt méfiants, parfois irrités, mais toujours intéressés que se jettent d’une rive à l’autre des hommes qui mettent les contacts à profit pour comparer modèles et référents sociétaux, voire pour les importer ou les adapter, qu’il s’agisse de mœurs, d’institutions, politiques ou religieuses, dans une optique marquée au coin d’un solide pragmatisme. On suit ces échanges de vue dans la diversité des rencontres qu’autorisent le commerce et les arcanes de la géopolitique, entre méandres de la diplomatie et conflits armés, mais aussi dans d’autres types de circulation : expéditions savantes et tourisme, de Venise à Constantinople en passant par Lépante, de Marseille en Syrie, en Égypte et en Tripolitaine, de Carthage à Grenade, de Djerba à Rome, de Fès en Arabie, à Alger la blanche ou à Missolonghi..., balisant l’ensemble du pourtour méditerranéen et reprenant à Braudel, penseur s’il en est de la Méditerranée, son concept fondateur de « longue durée » puisqu’un large spectre temporel est ici embrassé, depuis la plus haute Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, afin de saisir en diachronie les caractères de la culture propre à cet espace méditerranéen et de mettre en évidence les voies et les vecteurs de son intégration. De fait, au fil de cette dialectique du Même et de l’Autre, c’est bien une anthropologie culturelle qui se dégage, dont la prise en considération importe fondamentalement pour que puissent être dépassés les crispations et les blocages qui tiennent aux blessures de l’histoire et que la réconciliation entre l’Orient et l’Occident puisse s’envisager sur un mode moins tragiquement ironique que dans leBouvard et Pécuchetde Flaubert (1881), où elle n’est guère qu’une vue de l’esprit de ses deux nigauds, qui 1 voient « l’avenir de l’Humanité en beau » .
1 Flaubert,Bouvard et Pécuchet, Paris, Gallimard, « Folio », 1979, p. 412. 8
Avant-propos C’est pourtant à ce beau programme que s’attèle la seconde partie de ce livre, qui s’appuie sur des enquêtes, des programmes et des expériences qui permettent de mesurer la part active des transferts, qu’ils soient de migrants, de savoirs, de compétences, de pratiques, de devises ou d’actifs, mais toujours source d’un développement qui s’entend à bénéfice mutuel. Les cas d’étude ici présentés reposent sur des enquêtes de terrain des plus récentes et, bien souvent, toujours en cours, menées par des chercheurs en économie, en gestion, en sciences de l’information et de la communication. Ils livrent, pour le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie, et même pour nombre de pays d’Afrique subsaharienne, des données précieuses qui permettent de répertorier un certain nombre de bonnes pratiques qui favorisent les échanges et œuvrent à leur réciprocité, sans pour autant ignorer les limites que rencontre ce protocole vertueux dans un réel qui ne l’est pas toujours. Ils permettent notamment de mettre en évidence le rôle prééminent que joue la confiance, qui entre comme une conditionsine qua nondans ces actions de coopération, comme la fonction motrice du dialogisme, clé d’un développement harmonieux. Déjà le plaidoyer de Camus, tout entier tendu vers un avenir que cristallise alors, dans le contexte de 1937, la conjoncture espagnole, articulait une anthropologie culturelle porteuse d’un éthos et la nécessaire prise en compte des enjeux économiques, Camus insistant sur la nécessité de « rendre [la Méditerranée] prête à recevoir les formes économiques qui l’attendent », autrement dit, dans la conception holistique qui est la sienne, « de favoriser les aspects divers de cette culture ». C’est de cette organicité qui coagule une pluralité de mécanismes et d’enjeux qui convergent pour, dans une incidence dialectique, orienter les dynamiques et vectoriser le devenir de l’espace euro-méditerranéen, que ce livre se reconnaît l’héritier, en abordant l’histoire contrastive des rapports – humains, culturels, économiques – qui s’y jouent dans une interdisciplinarité revendiquée qui nous semble le premier pas d’une démarche d’ouverture à l’Autre. Si l’ouverture chronologique permettait de modéliser à grande échelle, ouvrant sur des typologies bien documentées, l’ouverture disciplinaire permet, elle, de lever les biais qu’induisent les limites propres aux champs académiques, trop repliés bien souvent sur leurs habitus et idiolectes respectifs. C’est donc, à tous les sens du terme, à un dialogue culturel qu’a voulu en appeler l’Axe stratégique Civilisations et Sociétés Euro-méditerranéennes et Comparées de l’Université de Toulon en prenant l’initiative d’un colloque sur l’espace euro-méditerranéen comme zone de convergence, colloque qui
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