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L'Espagne sous M. O'Donnel

De
100 pages

25 Août 1859.

Il vient de se passer en Espagne un de ces faits qui marquent d’un cachet tout particulier une époque, une situation, comme disent nos voisins d’au delà des Pyrénées. Voici ce fait, tel qu’il se dégage de la polémique ardente dont en ce moment même il est l’objet dans les journaux de Madrid. Nous ne ferons qu’en extraire en quelque sorte l’essence, avouée par les feuilles de tous les partis ; c’est la seule manière de ne point nous égarer dans ce dédale d’appréciations diverses et de récriminations sanglantes dont chaque courrier de Madrid nous apporte le déplorable spectacle.

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Baron Rignon

L'Espagne sous M. O'Donnel

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Le gouvernement du général O’Donnell ayant interdit l’introduction du Messager de Bayonne en Espagne, il s’en est naturellement suivi deux choses : la première, c’est que notre journal est aujourd’hui plus recherché que jamais en Espagne ; la seconde, c’est qu’il nous est impossible de satisfaire avec nos tirages ordinaires toutes les personnes qui nous demandent les numéros contenant les articles incriminés, vu que ces numéros sont épuisés depuis long-temps. Nous avons donc décidé de réimprimer ces articles sous un format plus manuel, non-seulement pour nous mettre en mesure de satisfaire aux demandes, chaque jour plus nombreuses, qui nous arrivent, mais encore et surtout afin de fournir à nos amis le moyen aisé de se convaincre, en nous lisant, de la maladresse et de l’injustice criante dont M. O’Donnell vient de faire preuve envers nous. Il n’a pas voulu d’un journal lui faisant opposition ; eh bien ! le journal se fait livre pour le mieux combattre. Il aura de la sorte, outre le journal prohibé, une série de brochures qu’il aura beau prohiber également, mais qui n’en répandront pas moins en Espagne et partout les violences et les scandales de sa dictature. Voilà ce qu’il aura gagné à enfreindre une fois de plus la loi pour nous empêcher de faire parvenir la vérité aux lieux où il lui convient qu’elle ne soit pas connue. Elle le sera par les soins des nombreux amis qui nous aident, et alors, gare à lui !

I

25 Août 1859.

Il vient de se passer en Espagne un de ces faits qui marquent d’un cachet tout particulier une époque, une situation, comme disent nos voisins d’au delà des Pyrénées. Voici ce fait, tel qu’il se dégage de la polémique ardente dont en ce moment même il est l’objet dans les journaux de Madrid. Nous ne ferons qu’en extraire en quelque sorte l’essence, avouée par les feuilles de tous les partis ; c’est la seule manière de ne point nous égarer dans ce dédale d’appréciations diverses et de récriminations sanglantes dont chaque courrier de Madrid nous apporte le déplorable spectacle. Ainsi nos lecteurs connaîtront le fait en question, et ils seront en mesure de le juger par eux-mêmes. Nous nous en rapportons à leur bon sens.

On se rappelle le procès récent du ministre M. Collantes. Parmi les innombrables actes d’immoralité qu’on attribuait vaguement à l’administration de M. le comte de San-Luis, sans pourtant en bien préciser aucun, le tout pour expliquer, pour justifier même la révolution de 1854, il s’en trouva un enfin au bout de cinq ans, dans ce triste procès, bien manifeste, bien caractérisé. Le délit était flagrant : un vol de près d’un million de réaux avait été commis avec une rare audace et une maladresse remarquable, sous le couvert d’un service public simulé. Cela s’était passé au ministère de M. Collantes. M. Collantes fut donc accusé par le congrès des députés, mis en prison, et soumis à la juridiction du sénat, constitué en cour de justice pour le juger. Ce fut naturellement une grande victoire pour les amis de la révolution, mis aujourd’hui à la tête des affaires. L’immoralité de l’administration San-Luis, dont cette révolution, on se le rappelle, avait fait son mot d’ordre, n’était donc pas un prétexte : un grand acte d’escroquerie avait été commis sous cette administration par un ministre, ou du moins par un haut fonctionnaire. Le procès eut donc lieu avec une imposante solennité ; c’était la première fois que l’article constitutionnel relatif à la responsabilité des ministres recevait son application en Espagne. M. Collantes, habilement défendu par M. Cortina, fut acquitté ; mais le directeur des travaux publics, M. Mora, fut condamné à vingt ans de travaux forcés et à la restitution du million disparu.

Cette sentence ne fut pas plus tôt publiée, que tous les journaux ministériels commencèrent à se déchaîner en invectives contre le sénat ; jamais le mépris pour la chose jugée ne fut porté à un tel degré de violence. Cependant, une fois la responsabilité ministérielle mise hors de cause, le procès ayant prouvé que le vol en question n’avait été qu’un acte isolé, un indigne abus de confiance de la part de M. Mora, commis uniquement à son profit, on cessa de se préoccuper de l’affaire, vu qu’elle ne fournissait pas matière aux scandales autrement plus importants qu’on semblait en espérer. Mais voilà que tout-a-coup M. Mora, résidant à Londres, à l’abri des poursuites de la justice rendue contre lui (l’extradition n’étant pas établie entre l’Espagne et l’Angleterre), publia dans un journal ministériel ce fameux mémoire ou plutôt ce libelle que nos lecteurs connaissent déjà, et dans lequel, tout en essayant de flétrir son ancien ami et bienfaiteur M. Collantes, il avoue franchement son délit. Il pousse même le cynisme de ses déclarations jusqu’à reconnaître que le million volé n’est sorti du trésor public que pour aller aux mains de son beau-frère M. Pastor, soustrait également par la fuite aux conséquences de sa participation à cette affaire de bagne. C’est déjà ce que le procès avait mis hors de doute.

Mais ce n’est pas encore tout. M. Mora, dans son manifeste, ne se borne pas à insulter M. Collantes. Il prétend que tous les hommes publics en Espagne sont à peu près des bandits ; que l’immoralité y est tellement répandue et sanctionnée par d’illustres exemples, que ce qu’il a fait lui-même, en aidant au vol d’un million, ne saurait être considéré que comme une vétille. Ses coups visent même plus loin et plus haut, au sujet de la destination probable du million escroqué, dit-il, par décision du conseil des ministres. Eh bien ! croirait-on que ce mémoire a été répandu à cinquante mille exemplaires par un journal qui soutient le ministère et que le ministère soutient à son tour ? Voudra-t-on croire, et voilà qui est encore bien plus singulier, qu’il a suffi à M. Mora de signer ces turpitudes pour être reçu d’emblée dans les rangs de ce qu’on nomme en Espagne l’Union libérale ? Les feuilles du ministère, ses organes même les plus avoués, n’ont que des éloges pour lui. Au mépris du code, sans égard pour les plus simples convenances, il dispose de ces journaux pour y plaisanter à son aise de la sentence du sénat, pour vanter le bien-être et la sécurité parfaite dont il jouit sur les bords hospitaliers de la Tamise. Il continue en style facétieux ses insultes contre ses anciens amis ; et ses nouveaux amis d’applaudir à la force de son caractère, à la justesse de ses raisonnements !