L'essentiel des grandes œuvres politiques de Platon à nos jours

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Ce livre présente en 4 chapitres les grandes œuvres politiques de Platon à nos jours. Elles ont été choisies en fonction de leur auteur mais surtout de leur apport au vaste domaine des idées politiques. Au total, 20 œuvres sont passées en revue.
Chacune d’entre elles fait l’objet d’une fiche qui présente de manière synthétique, rigoureuse et pratique l’ensemble des connaissances que, de Platon à Habermas, l’étudiant doit acquérir. La biographie de l’auteur, le contexte historique, le contenu et les principales références bibliographiques sont détaillées pour chaque œuvre. Un livre qui vous permet d’accéder facilement à 20 œuvres majeures.


- Étudiants des facultés de droit, de sciences sociales et de science politique (licence et master)

- Candidats aux concours de la fonction publique

- Toute personne intéressée par les œuvres politiques


Raphaël Piastra, docteur en droit public de l’université de Paris I, est maître de conférences à l’université d’Auvergne, habilité à diriger des recherches.

Publié le : vendredi 1 novembre 2013
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EAN13 : 9782297038768
Nombre de pages : 120
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Les
auteurs
antiques
CHAPITRE 1
On considère que la période antique débute avec les poèmes grecs dHomère, le plus ancien arrivé e intact jusquà nous (VIIsiècle av. J.C.), quelle englobe la Grèce classique, la période hellénistique, la montée en puissance de Rome, lessor du christianisme et lapogée de lEmpire romain, et quelle finit avec la dissolution de la culture classique et le début de la période dite de lAntiquité tardive (dans les années 300). Le Forum romain est le haut lieu de lAntiquité classique. Les auteurs antiques nont pas influencé de suite le monde des idées. On retrouve une influence e e forte dans lEurope desXVIIIetXIXsiècles. 018La République, Platon (env. 380 av. J.C.) 0212Les Politiques, Aristote (384382 av. J.C.)
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La République, Platon (env. 380 av. J.C.)
Platon est né en 428 avant J.C. dans une famille aristocrate, riche propriétaire terrienne dAthènes. Il a 3 frères et une sœur, Potone, laquelle lui succédera à lAcadémie. Certains de ses ascendants (Chritias et Charmide) appartiendront auConseil des Tyrans,régime oligar chique de Sparte dans les années 400 av. J.C. À lâge de 20 ans, Platon, comme deux de ses frères avant lui, suit lenseignement de Socrate, «le plus sage des hommes». Ce dernier se contentant, on le sait, dune philosophie essentiel lement orale et morale, na rien écrit. Grâce auxDialoguesde Platon dont il est le héros, on sait que Socrate est le père de la dialectique et, par extension, de toute la philosophie. On découvre aussi que cest Socrate, personnage aussi insaisissable quambigu (il a été condamné à boire la ciguë), qui a « inventé » la maïeutique ou lart daccoucher les esprits. Il soppose ainsi aux sophistes. Platon va semployer, dans un premier temps, à réhabiliter son maître et à diffuser sonœuvre (Dialogues). Dans un second temps, il va essayer de le dépasser en se consacrant à une réflexion sur lorganisation idéale de la cité, dans laquelle les hommes pourront évoluer vers la perfection. Plutôt opposé à la démocratie athénienne, dont il constate le déclin, il naura jamais de fonction dans la cité. Il fait le choix de « philosopher ». En 388 avant J.C., il est appelé en Sicile par Denys lAncien pour mettre ses idées en pratique. Platon va essayer de convaincre letyran de Syracuse.Mais ce dernier finit par le chasser du pays. Revenu à Athènes, Platon fonde lAcadémieen 387. Celleci a pour but de former la jeunesse afin quelle gouverne selon les principes de la justice. Cette école est pluridisciplinaire puisquon y enseigne la philosophie et les sciences. Elle connaît un succès dans tout le bassin méditerranéen. Mais Platon ne parvient pas à faire mettre en pratique, notamment en Sicile, ses préceptes. Un de ses plus célèbres élèves nest autre quAristote (lequel deviendra aussi un opposant). Il meurt à lâge de 80 ans à Athènes lors dun repas de fête. Il est inhumé à lAcadémieet laisse un fils, Adamante.
Contexte e e En ceIVsiècle av. J.C., la société grecque est en crise. Après le brillant siècle de Périclès (Vav. J.C.), les guerres ont éclaté. Celle du Péloponnèse (débutée en 431 et achevée en 404) a fait des ravages. Des tyrans se sont emparés du pouvoir à Athènes en 403. Le rétablissement dune certaine démocratie a lieu en 399. Dautres guerres intercités se déroulent (Athènes, Sparte, Thèbes). La société athénienne sest appauvrie et les Athéniens se désintéressent de la vie
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publique. Elle se délite et connaît un déclin irrémédiable. Lexpérience démocratique athénienne se disloque petit à petit et le temps des Sages sachève. Platon va donc tenter de mettre en place, dabord théoriquement, un idéal politique exprimé essentiellement dans laRépublique. Contenu LaRépubliqueest divisée en 10 livres. Elle peut être considérée comme lidéal de la cité juste, voire radieuse. Elle développe plusieurs aspects essentiels. 1) Un idéal de justice Selon une démarche dialectique bien connue, Platon estime quil ne faut pas confondre ce qui est légal avec ce qui est juste. Pour agir justement, lhomme doit se situer dans le contexte dun État juste fondé sur la vertu et la sagesse. La justice est un art difficile et, dans le cadre de cet État juste, celui qui gouverne doit le faire honnêtement pour le bien des gouvernés. Platon compare cette mission à celle du médecin au profit de son malade. 2) La cité idéale Lacité naturelleest celle où les hommes, ne pouvant se suffire à euxmêmes, sassocient politi quement en sorganisant selon diverses fonctions au service de l: commerçants,intérêt général artisans, penseurs, guerriers, gouvernants... Afin de faire évoluer cette cité vers plus de justice, Platon préconise une spécialisation selon les dispositions naturelles des hommes. Il fixe alors une hiérarchie non héréditaire fondée sur trois classes : larace dairain ou de fer;(les producteurs) larace dargent(les guerriers) ; larace dor(les gardiens, les gouvernants de la cité). Cest une conception assez élitiste. Il estime que la justice dans la cité dépendra de cette hiérar chie de classes. Pour Platon, il ny a pas de différence de nature entre lindividu et la société. Lindividu juste est le fruit dune cité qui lest tout autant. Il est alors naturel que la justice prévale selon cette hiérarchie dans laquelle chacun exécute sa tâche avec raison et volonté. Mais selon Platon, cette société « parfaite » doit être également fondée sur léducation, cette dernière devant être adaptée selon les classes et complète (exercices intellectuels, physiques, sciences exactes, arts). Il faut noter que Platon ne fait pas de discrimination entre les sexes. 3) Un idéal communautaire Les membres de la race dor ont droit à la meilleure éducation car ils ont vocation à gouverner la cité. Cest surtout la race dargent qui est communautaire. Les biens sont mis en commun pour éviter toute dérive physique ou matérielle. Même les femmes nappartiennent à personne. Les
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unions sont faites par des magistrats selon caractères et aptitudes. Les enfants sont élevés par la collectivité puis sélectionnés par les magistrats pour une éducation méritocratique. Il y a indénia blement ici un trait autoritaire. Cest cet aspect communautariste qui inspirera aussi directement le régime communiste.
4) Le gouvernement idéal Platon décrit la manière dont on passe dun régime politique à un autre. Cet enchaînement na pas, pour lélève de Socrate, une valeur historique. Comme dans leTimée, il sagit de présenter une succession essentiellement logique. Platon est le premier philosophe à distinguer cinq régimes : laristocratie, gouvernement des meilleurs, est le seul régime parfait selon lui (les quatre suivants sont imparfaits). Laristocratie correspond à lidéal du «philosopheroi»,qui réunit pouvoir et sagesse entre ses mains ; la timocratie, régime fondé sur lhonneur ; loligarchie, régime fondé sur les richesses ; la démocratie, régime fondé sur légalité ; la tyrannie; ce dernier régime marque la fin de la politique, puisqu, régime fondé sur le désir il abolit les lois. Le déséquilibre dans les cités, par lequel on passe dun régime à un autre, correspond au déséqui libre qui sinscrit dans la hiérarchie entre les parties de lâme. De même quune vie juste suppose que lenoûsgouverne lethumos, et que celuici contrôle lépithumia, la cité juste implique le gouvernement des philosophes, dont lenoûs, la raison, est la vertu essentielle. Au contraire, le régime timocratique correspond au gouvernement duthumos, le courage et lardeur guerrière, vertus essentielles des soldats, ou gardiens de la cité, et le régime tyrannique à celui de lépi thumia: la tyrannie est donc un régime où seules dominent les passions du tyran. 5) La connaissance La connaissance est essentiellement symbolisée par lallégorie de la caverne et exposée par Platon dans le Livre VII de La République. Elle met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à lentrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées dobjets au loin derrière eux. Elle expose en termes imagés la capacité des hommes à accéder à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance. Platon explicite la démarche : « (...)cette remontée depuis la grotte souterraine jusque vers le soleil ; et une fois parvenu là, cette direction du regard vers les apparences divines (...) voilà ce que toute cette entreprise des arts que nous avons exposée a le pouvoir de réaliser».
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Pour Platon, la condition première de lhumanité, cest lignorance dont il faut se départir impéra tivement : produit de notre éducation et de nos habitudes, elle nous rend prisonniers des appa rences. Dans lallégorie de la caverne, Platon décrit à travers la parole de Socrate cette situation de nonsavoir dans laquelle nous nous trouvons. Et cest le devoir du philosophe que daider à la connaissance. Cette allégorie est aussi une sorte de leçon sur les devoirs du philosophe. Apport Si lAcadémie,comme on la vu, a rencontré un réel succès,La Républiquena pas connu à lépoque une forte influence. En fait, les idées politiques de Platon étaient décalées car la cité athénienne nétait plus autarcique ; elle avait dépassé ses propres frontières au profit dune dimen sion quasi universelle. Le cadre hellénohellénique proposé par Platon était à contrecourant, dautant plus quil était assez austère dans une république athénienne, devenue hédoniste, et qui avait commencé son déclin. Lœuvre de Platon apparaît alors surtout comme celle dun moraliste dans un État décadent. Mais de façon intemporelle,La Républiqueconstitue la première tentative dune réflexion systéma tique et globale sur le pouvoir politique. Platon livre dailleurs la première analyse des régimes poli tiques. Lordre politique repose sur la morale, la justice, léthique individuelle, la connaissance. Ne sontce pas là des thèmes dactualité ? En même temps, il ne faut pas oublier un axe majeur de son enseignement : sur la base de sa cité idéale, le bonheur est possible. Mais lorsque lon parle de quelque chose de platonique, rappelons quil sagit aussi de ce qui est purement idéal et dénué de toute sensualité. Le platonisme est lensemble des doctrines se réclamant de Platon. Enfin, si ce dernier a influé sur les idées de toute lAntiquité, il a aussi compté dans la pensée chré tienne (St Augustin) et occidentale. Références bibliographiques ANNASJ.E.,Introduction à la République(traduction B. Han), PUF. BRUNSCHWIGJ.,PlatonLa République,inDictionnaire desŒuvres Politiques (E. Pisier, F. Chatelet, O. Duhamel), PUF. CHATELETF.,Platon,Gallimard. PLATON,La République,traduction et notes R. Baccou, GarnierFlammarion. PLATON,Œuvres complètes, traduction L. Robin, Gallimard, La Pléiade. ROBINL.,Platon, PUF.
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Les Politiques, Aristote (384382 av. J.C.)
Aristote, ditle Stagirite,est né en 385 av. J.C. à Stagire, petite ville de la Thrace (région du sudest de lEurope). Il est le fils de Nicomaque, médecin célèbre descendant dEsculape (dieu romain de la médecine, assimilé à lAsclépios grec). Sa mère, Phéstias, est sagefemme. À la mort de ses parents, Aristote se rend à Athènes où il entre à lAcadémiede Platon. Stagire étant une colonie grecque, Aristote est grec mais métèque à Athènes, à la vie politique de laquelle il na jamais pu participer. Il a eu deux femmes, Pythias dont il eut une fille (Pythias), et Herpyllis. En 347, il est ambassadeur auprès du roi de Macédoine, Philippe, et il devient le précepteur de son fils, le futur AlexandreleGrand. En 355, Aristote revient à Athènes et fondele Lycée,où il enseigne de façon assez novatrice. En effet, il se promène en échangeant des idées avec ses disciples ditspéripatéticiens. Mais Aristote écrit aussi de très nombreux ouvrages de type ency clopédiques couvrant tous les domaines du savoir de lépoque (physique, rhétorique, politique, métaphysique) ; ainsiLa Constitution dAthènes,LÉthiqueet surtoutLa République. Il est un des auteurs grecs les plus prolifiques. Il se différencie de son maître Platon notamment en réha bilitant létude de la nature et la métaphysique. Il est le créateur de la logique (aristotélisme). En 323, à la mort dAlexandre, dont il a été le protégé, il est contraint de sexiler dans lîle dEubée (mer Égée). Cest en 322 av. J.C. que, souffrant dune maladie destomac, il décède à Chalcis, ville natale de sa mère. Ses biographes le décrivent tous comme ayant un léger problème délocution (bégaiement ou zozotement), imberbe (rare à lépoque) et coquet. Son er école subsiste jusquen 529 lorsque Justinien 1 , empereur romain, décide de supprimer la philosophie « païenne ».
Contexte Le déclin de la démocratie grecque se poursuit durant toute lépoque dAristote. Ce dernier a été, diton le précepteur dAlexandreleGrand, roi de Macédoine (356323 av. J.C.), maître de la Grèce puis, après une gigantesque épopée, de lempire perse jusquà lIndus (fleuve indopakistanais). Il a donc vu agir et a même parfois conseillé lun des plus grands conquérants de lAntiquité. Son statut demétèque,qui lempêche de sengager politiquement, lui laisse cepen dant la liberté de penser sur la société grecque. Il réfléchit notamment sur le fondement de lorga nisation sociale voire sociétale. DansPolitique,il expose une véritable théorie organisationnelle de la cité, véritable lieu de vie, quil assimile à un ordre social spontané fonctionnant comme un orga nisme vivant.
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Contenu Aristote sattache à analyser les affaires humaines en tant quelles se déroulent dans lespace de la Cité. Il vise à déchiffrer le comportement politique des hommes et à comprendre ce qui est en jeu sous lexpression vie politique. Les Politiquesse décomposent en VIII livres qui analysent 4 grandes thématiques. 1) La nature «La nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux, lhomme a un langage».Donc lhomme est unanimal politiquepar le langage etpar nature.Il ne peut, à la différence de lanimal, rester à létat naturel car il a besoin de vivre en société pour sépanouir. Il vit naturelle ment en famille, en tribu, en village et dans la cité. Lapolisest uneréalité naturelle. Il en résulte que le pouvoir politique nest pas comparable aux autres pouvoirs à linstar de celui de chef de famille car «lun sexerce sur des hommes libres par nature, lautre sur des esclaves, et le pouvoir du chef de famille est une monarchie alors que le pouvoir politique sapplique à des hommes libres et égaux». La communauté politique existe ainsi en vue, non seulement, du « vivre ensemble » mais du « bien vivre ». Non en vue dactions communes comme chez Platon. Aristote prône, lui, une conception individuelle du bonheur. Le communautarisme nest pas son postulat. La politique doit donc se faire en fonction de la nature et cest ainsi quil se pose la question de savoir si la monarchie absolue est un bon système ou pas en fonction de savoir sil est conforme à la nature. Il en conclut que le pouvoir tyrannique nest pas conforme à la nature pas plus que les constitutions déviantes. 2) La cité «Questce quune cité? » sinterroge Aristote. Cest plusieurs villages vivant en autarcie laquelle permet aux gens de mener une vie heureuse. Donc toute cité est naturelle puisquelle procède de villages qui le sont aussi. Dès lors, il est normal de vivre dans cette cité et en accord avec la nature. «Une cité nest pas une communauté de lieu établie en vue déviter les injustices mutuelles et de permettre les échanges (...). Une cité est la communauté de la vie heureuse, cestàdire dont la fin est une vie parfaite et autarcique.» Aristote établit une distinction entre les gens de la cité. Pour lui, il y a les gens très aisés, les gens très modestes et en troisième lieu, les gens intermédiaires. La meilleure communauté politique qui existe est celle constituée par des gens moyens. Si la part des modestes est prépondérante alors on tombe dans la démocratie. Dans le livre VI, il réfléchit à tous les éléments qui doivent composer une cité.
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«Une cité première est nécessairement celle qui est formée dun nombre de gens qui est le nombre minimum pour atteindre lautarcie en vue de la vie heureuse qui convient à la commu nauté politique (...). Dès lors, il est évident que la meilleure limite pour une cité, cest le nombre maximum de citoyens propre à assurer une vie autarcique et quon peut saisir dun seul coup dœil».La cité parfaite se doit davoir un terrain difficile à envahir par les ennemis mais facile à évacuer par ses habitants. Ce même territoire doit être le plus autarcique possible mais permettre une vie de loisirs. Vie politique et vie éthique sont indissociables au sein dune citélieu de vie heureuse. 3) Les constitutions Aristote se livre à une analyse de la notion de constitution et à une classification des constitutions. Il commence par enquêter sur les constitutions, quelles soient réelles ou bien théoriques. Il se penche donc sur lorganisation de la constitution. Selon Aristote, il faut préférer la souveraineté de la loi (à celle des citoyens) qui est considérée comme lorigine de létat de droit. Mais «il est manifeste que si elle avance trop sur la voie de lunité, une cité nen sera plus une, car la cité a dans la nature dêtre une certaine sorte de multiplicité». Aristote étudie aussi la notion de propriété. Pour lui, une partie de celleci doit être commune mais il faut «que fondamentalement elles soient privées». «Il est nécessaire de diviser le territoire en deux parties : lune sera commune et lautre appartiendra aux particuliers». Aristote étudie diverses constitutions comme celle de Sparte, dHippodamos de Millet, de Crète, de Carthage... Selon lui, il existe plusieurs formes de constitutions : celles qui visent lavantage commun, les constitutions droites et celles au contraire qui ne visent que lintérêt des gouvernants qui sont des constitutions déviantes. Ainsi, il met en avant : laroyauté: pouvoir dun seul désintéressé ; bonne solution qui peut cependant dégénérer en tyrannie, pouvoir dun seul égoïste, mauvaise solution (pouvoir de lUn) ; laristocratie: pouvoir exercé par les meilleurs, bonne solution mais qui peut dégénérer en oligarchie, pouvoir d;un petit nombre égoïste (pouvoir du petit nombre) lapoliteia(gouvernement constitutionnel) qui est la bonne solution, mais peut dégénérer en régime mixte (= démocratie) qui est la mauvaise solution (un petit nombre égoïste gouverne en salliant avec le grand nombre). Ce sont des formes déviantes car elles ne visent pas lavantage commun. Le gouvernement de gens modestes pour les autres modestes est un gouvernement déviant puisquil ne sintéresse pas à lintérêt commun. Selon Aristote, la meilleure des constitutions est la constitution aristocratique car elle donne le pouvoir aux meilleurs. Il établit alors un ordre dans les constitutions déviées pour savoir laquelle serait la moins mauvaise : tyrannie, oligarchie, démocratie.
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À qui donner le pouvoir ? «Donner la souveraineté à un homme et non à la loi est mauvais, puisque lâme de cet homme peut être sujette aux passions. Mais si on la donne à la loi, que celleci soit oligarchique ou démocratique, quelle différence cela feratil eu égard aux difficultés qui nous occupent ?» Il faut donner le pouvoir en fonction des compétences et non pas en fonc tion de la naissance. Aristote est sévère contre lostracisme quil voit comme une dérive des démo craties. Légalité recherchée par ce système pousse les gens à exclure ceux qui semblent dépasser les autres. Il existe trois parties dans toutes constitutions : celle qui délibère sur les affaires communes, celle qui concerne la magistrature et celle qui rend la justice. Ces trois parties peuvent être organisées selon plusieurs manières, à tour de rôle, par la représentation. 4) Le citoyen Le citoyen est celui qui habite la cité. Mais la définition ne peut pas être aussi simple car lesclave ou le métèque y habitent aussi sans être citoyen. Ainsi, le citoyen est défini par la participation à une fonction judiciaire et à une magistrature. La citoyenneté est héréditaire (alors que lesclavage ne lest pas). On peut être citoyen de façon juste ou injuste. Cependant, il ne faut pas remettre en cause la qualité du citoyen admis de façon injuste. Aristote cherche donc à savoir qui est citoyen et qui ne lest pas. «Lexcellence du citoyen est nécessairement fonction de la constitution.» Le pouvoir politique, cest de gouverner des gens du même genre que soi, cestàdire libre. Ainsi, il existe la vertu de commandement et la vertu dobéissance chez les hommes libres. La constitution est nécessaire du fait que lhomme est avant tout un animal politique et quil a ainsi tendance naturellement à aller vers les autres. Mais la constitution va dépendre du type de citoyen quil y a dans la cité. Ainsi la royauté est caractéristique dune certaine époque car au commencement il était rare de trouver des hommes supérieurs en vertu. Mais avec le développement des cités, le nombre de citoyens vertueux s: on change de système. «est développé Il est donc nécessaire quil y ait autant de constitutions quil y a dorganisations de magistratures». e Aristote conclut son 8 et dernier livre sur léducation. Notamment celle du citoyen. «Il faut dispenser une éducation adaptée à chaque constitution.» Cette éducation doit comprendre des matières utiles, mais pas avilissantes, lobjectif général de cette éducation étant de devenir apte à une vie de loisir. Toute communauté politique est constituée de gouvernants et de gouvernés. Il faut que léducation sadapte à cela. Apport Certains thèmes abordés dansLes Politiquessont critiquables (justification économique de lescla vage, infériorité des femmes, eugénisme étatique). En revanche, la majorité des thèmes abordés est dune modernité certaine. Sa réflexion sur lorganisation de la cité, sur «lhomme animal poli tique», sa recherche dujuste milieu,fait toujours référence. Il a aussi inventé la méthode
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comparative en analysant les différentes constitutions et leurs régimes. Et lorsquil distingue les trois parties des constitutions (celle qui délibère, celle qui prend les décisions et les exécute, celle qui rend les verdicts de justice), il invente la première répartition tripartite des pouvoirs. Si lon ne devait retenir quune chose de lœuvre aristotélicienne, ce serait labsence dabsolu en politique et le fait que la vertu politique réside dans le juste milieu. Ce sont Averroès (philosophe arabomusulman dEspagne) et St Thomas dAquin qui ont relancé, e auXIIsiècle, laristotélisme. Références bibliographiques ARISTOTE,Les Politiques,(traductionde P. Pellegrin) GarnierFlammarion, 1993. ARISTOTE,Politique, préface de M. Prélot, Gauthier, coll. Médiations, 1964. BARREAUH.,Aristote,Seghers, 1972. LEFEBVRER.,Politique,Ellipses, 1997. WOLFFF.,Aristote et la politique, PUF.
Pour aller plus loin À la suite des penseurs grecs, arrivent dabord ceux de lempire romain qui analysent la constitution de Rome et sa pratique. Ce sont Polybe, historien grec (Histoires), mais surtout Cicéron (La Répu blique), Sénèque (traités surLa Clémence, Les Bienfaits),Marc Aurèle (Pensées).Puis, la pensée poli tique moyenâgeuse étudie lordre chrétien avec notamment St Augustin (354430), évêque dAfrique du Nord, écrivain latin et docteur. Ce dernier devient le théologien majeur de son époque dont les e écrits influencent la pensée religieuse et philosophique occidentale jusquauXIIIsiècle, puis du e e XVIauXVIII(Confessions).On compte aussi Bernard de Clairvaux (10901153), apôtre dun royaume e e théocratique. Au second moyen âge (XIIXIV), des penseurs cherchent à faire cohabiter philosophie et religion. Parmi les plus importants figure Thomas dAquin (1265) qui synthétise les deux en les enrichissant dune dimension juridicopolitique (Du Royaume).Par la suite, on peut citer des auteurs qui analysent les rapports justice, peuple, raison en estimant notamment que le pouvoir doit être soumis à cette dernière : Marsile de Padoue (12751342,Le Défenseur de la Paix) et Guillaume dOccam (ou dOckham, 12901349,Commentaires des Sentences).Il faut aussi citer Dante qui, avec laDivine comédie(13071321) produit non seulement le premier chefdœuvre de la littérature italienne mais livre aussi une analyse de lÉtat qui, quelques siècles plus tard, fera lobjet de la thèse de Kelsen.
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