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L'ÉTAT ET LA PSYCHOSE

De
250 pages
Ce n'est pas un hasard si l'Etat et la Folie ont le même statut juridique, celui de l'irresponsabilité pénale. Quel est le sens de cette irresponsabilité ? Les discours qui se tiennent sur les psychoses et leur traitement rejoignent ceux tenus sur les Etats et la politique : relations des Etats entre eux, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, droits de l'homme, droit d'ingérence…
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L'Etat et la psychose

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9519-2

Philippe RAPP ARD

L'ETAT ET LA PSYCHOSE
COUPABLES NUUS PAS RESPONSABLES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal

L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.

Dernières parutions
Freud, l'antisémitisme et la langue-mère, SABINERAILLARD Le problème de l'inconscient (livre I), CLAUDEBRODEUR La structure de la pensée (livre II), CLAUDEBRODEUR La vie de l'esprit (livre III), CLAUDEBRODEUR Essai sur les phénomènes transgénérationnels, J.P. DUTHOIT Le corps et l'écriture, CLAUDEJAMARTet VANNI DELLAGIUSTINA(eds). Travail culturel de la pulsion et rapport à l'altérité, H. BENDAHMAN(sous la direction de), 2000. Autisme, Naissance, Séparations. Avec Thibaut sur le chemin. Chronique d'un parcours psychanalytique avec une enfant de quatre ans, B. ALGRANTI-FILDIER,2000.

INTRODUCTION
« La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie» PASCAL, ensées 297 (79), 330. P

Coupable, si la matérialité des faits est établie; irresponsable s'il est Etat ou psychotique. Qu'il ne puisse pas se prêter à un procès de répression et qu'il échappe de ce fait au tribunal, d'accord! Mais que du même coup il échappe à la justice (comme en France avec le non-lieu judiciaire), alors les points de vue divergent. En France, où l'Etat reste jacobin, le malade mental échappe à la justice et la psychiatrie est là pour s'y substituer, dans le cadre administratif de l'hospitalisation sous contrainte. L'article 122-1 du nouveau code pénal (loi du 22 juillet 1992) ne modifie pas fondamentalement l'ancien article 64 du code pénal de 1810, sauf qu'il n'annule plus l'acte accompli, rejoignant ainsi la réforme du code civil de 1968. Quant à l'article 121-2, il rend aux personnes morales leur responsabilité pénale « à l'exclusion de l'Etat ». La pratique psychiatrique a été marquée par cette homologie juridique de la Folie et de l'Etat et les différentes études qui composent cet ouvrage l'abordent avec des outils conceptuels multiples. Le médecin de tout temps, utilisait les outils de corps de métier variés, mais il a toujours établi un amour malheureux avec les concepts. Il ne s'agissait pas pour lui de les utiliser comme armes matérielles, mais comme armes intellectuelles et plus particulièrement en psychiatrie où le délirant évolue dans un discours qui dépasse souvent en complexité celui des philosophes et des théologiens. Ainsi l'Etat a dû assumer la folie que rejetait la société civile, comme l'avaient fait avant lui les ordres religieux, car certaines affinités lient l'Etat, la Religion et la Folie. La laïcisation s'efforce depuis cinquante ans de pallier ce

rejet en invitant les communautés civiles à assumer ce qui se trouve séparé soit sous forme délirante, soit sous forme politique! Mais l'homme n'est pas tout. La prévalence accordée aujourd'hui aux droits de l'homme, ne doit pas faire oublier ceux du citoyen! Pourquoi la citoyenneté, dont les effets thérapeutiques sont recherchés dans la prise en charge des malades mentaux, pourquoi la citoyenneté n'est-elle plus mise en exergue des déclarations d'aujourd'hui, comme si l'appartenance à l'Etat posait quelques problèmes? Le clivage du Moi a un caractère fondateur et la séparation entre l'homme et le citoyen apparaît comme fondatrice du sujet selon les «jusnaturalistes » modernes. Le retour des droits de l'homme vise, non pas à déloger le citoyen, mais à remettre à sa place l'Etat-nation et son autodétermination. Il s'agit donc d'éviter que des interprétations utilitaristes de l'éthique, en renversant l'ordre naturel de subordination des «valeurs-moyens» aux « valeurs-fins », ne rendent inefficientes des déclarations des droits qui ne seraient pas mues seulement par l'amour de la justice. L'interversion des moyens et des fins est une cause de faiblesse qui déforme les rapports individu-société et Etat-société civile. L'Etat n'est que l'enveloppe juridique de la société civile. Lieu des identifications narcissiques, il a servi, dans l'époque post-coloniale, à forger les identités collectives dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », Ce droit a fini par supplanter tous les autres dans un champ qui est celui de la passion agressive narcissique et de l'institutionnel, aux dépens de l'individu. En psychiatrie, confronté à la psychose, ce problème individu-société (insoluble en tant que tel) n'est pas à résoudre, mais simplement à bien poser. Si la psychose renvoie à la régression narcissique, à l'identification primaire, à l'Etat et 8

aux institutions, l'approche actuelle incite à la situer par rapport à la société civile, qui la rejette cependant d'autant plus que le psychotique, spontanément, ne l'investit pas. Il ne convient donc pas, dans la vie sociale ordinaire (ou dans la réinsertion thérapeutique), de «désinstitutionnaliser », c'est-à-dire de tuer le primaire et les fondements de l' individuation. La dissociation et l'autisme, par le refus de la différence des sexes, enferment le psychotique (qui fonctionne comme la foule et la masse), dans la prégénitalité où l'individu et le chef ne font qu'un. Le chef: c'est-à-dire celui dont le narcissisme est absolu et qui représente l'unité et non pas l'individu. En face de l'idéal du che£: l'individu se constitue en sujet, mais non pas en citoyen. Sujet qui, en définitive, n'a pas de droit, puisqu'il les aliène totalement dans la personne morale du chef ou de la collectivité. C'est là que se situe le problème des droits de l'homme et des droits du citoyen. L'homme, en tant que sujet n'a pas de droit il est sujet du droit! Pour certains philosophes (ne citons ici qu'ARISTOTEet HEGEL), la notion de droits de l'homme n'a pas de sens, si elle n'est pas connectée par la notion de droits du citoyen. En termes psychanalytiques, disons que le narcissisme est ajuridique et que l'Œdipe est contemporain du prégénital et du narcissisme. Actuellement il y a un retour au droit naturel, c'est à-dire au droit des gens par delà le droit des Etats. Dans la communauté européenne et dans l'universalisme contemporain, il importe donc, puisque l'état perd sa fonction de « signifiant ultime», que l' homme redevienne mesure de toute chose, l'homme qui est en même temps citoyen, mais citoyen du monde. Cette notion de citoyen du monde, prônée par Michel FOUCAULT,eprend sens dans ce contexte. Four CAULTqui dénonçait les appareils d'état dans leur aspect répressif: nous renvoie, à travers la notion de citoyen du monde, non pas à un Etat universel, mais à un tribunal uni9

versel : espèce de retour à l'Etre Suprême, incarné dans une instance juridique supra-nationale! Le discours du droit supplante celui de l'Etat! Mais en quoi consiste le droit et en quoi consiste l'homme? L'homme n'existe qu'appartenant à une communauté. La sixième thèse de MARx sur FEUERBACH, ermet p concrètement de préciser ce dont il s'agit: «l'être humain n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, c'est l'ensemble des rapports sociaux... ». Puisse la défense des droits de l'homme, aujourd'hui, revaloriser les rapports de coopération, qui sont ceux utilisés dans la thérapeutique et qui permettent à l'individu de ne pas fonctionner comme isolat ajuridique (autistique), mais comme personne et comme citoyen. Le discours juridique prend sens dans ce type de relation, autrement il risque de conforter la loi du plus fort. Or il s'agit non du droit du plus fort, mais du droit le plus fort (au sens de KELSEN),c'est-à-dire du droit à la communauté (au sens d'Ernest BLOCH),le droit consistant à ne pas permettre que l'individu puisse être nié, isolé, exclu... L'éthique, la médecine et la démocratie, se rejoignent dans la citoyenneté thérapeutique, celle que la psychiatrie de secteur s'efforce de maintenir et de faire valoir pour les malades et les handicapés mentaux, en actualisant le droit par une équipe soignante. Les droits, en tant que jouissance, persistent même si leur exercice est entravé pendant un temps, et ne peuvent se pratiquer qu'avec l'aide de ceux dont c'est le métier de ne pas les laisser perdre. Médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, tuteurs, éducateurs, etc. remettent « la forclusion» en question à ce niveau juridique. Le préliminaire à tout traitement de la psychose consiste à obtenir par des moyens techniques ambiantiaux, sociothérapiques et juridiques, la levée d'une forclusion, c'est-à-dire d'un droit perdu parce qu'on ne l'a pas fait valoir dans les délais requis. Il s'agit dans cette affaire d'une cause la

perdue et non d'un objet perdu. Il faut que le droit fonctionne comme cause, à la fois efficiente, finale et formelle, pour reprendre les caractéristiques de la magie, de la religion et de la science selon Marcel MAuss, rassemblées ici dans une intrication de positions à ne pas disjoindre. L'Etat doit jouer son rôle d'Etat de droit, en restant pour l'individu le droit suprême, c'est-à-dire d'être membre de cet Etat. A ne pas en être membre on est fou. L'autonomie du droit administratif: en France et en Europe, autant que la fonction publique, sont à remettre en cause, par delà l'économie de marché qui perd son sens lorsqu'elle est érigée en forme de société civile totalitaire. Sans société civile il y a l'Etat totalitaire, mais sans l'Etat, la société devient totalitaire. C'est dans l'articulation de l'Etat et de la société civile, que l'individu, à travers les idéologies (nécessaires mais insuffisantes) est interpellé et constitué en sujet, au sens où il convient d'utiliser aujourd'hui ce terme c'est-à-dire au sens contextuell. L'état pour les phénoménologues du droit, apparaît comme la troisième forme de « l' éthicité », après la famille et la société civile. L'Etat qui doit se présenter comme instance neutre, tierce et non pas accaparée par une classe ou une catégorie. Accaparé, l'Etat perd sa qualité d'instance tierce et nous ramène à la bipolarité bon-mauvais, bipolarité que « le nouvel esprit scientifique» de Gaston BACHELARD, urait a souhaité dépasser par delà « l'âpre dialectique des contradictoires». Une éthique de la complémentarité fonderait la dé1 La notion de « contexte», bien que contestée par certains, est pratique et permet de travailler. Elle signifie que les mots et les phrases changent de sens suivant le passage où ils se trouvent placés. Par métaphore, un fait donné n'a de sens que dans l'ensemble des circonstances où il s'insère. Ainsi en est-il de la subjectivité en psychiatrie et partout ailleurs. Si le « Moi» peut se passer du contexte (c'est la mégalomanie ou le délire), le « Sujet», lui, dépend du contexte et est produit par lui. Quand le « Sujet» agit et n'est pas seulement déterminé par des « relations », on peut dire qu'il est « citoyen». Il

mocratie qui est autant une forme de société qu'une forme de gouv.ernement. C'est dire que par delà l'institution imaginaire, l'ordre symbolique social serait celui des droits de l'homme. La base de l'éthique est l'accueil permanent de l'autre quel qu'il soit. Dans un état non théocratique, c'est la laïcité qui devient le cadre de l'éthique, et c'est l'individu et non plus le groupe, qui dès lors représente l'espèce toute entière. La conception étriquée du droit classique qui limitait à chaque victime le droit de se plaindre, laisse la place à un ordre public international, dont la personne est le centre. La communauté fonctionne comme au-delà du corps individuel, qu'elle défend et représente. Ce ne sont donc pas les principes qui font problèmes, mais la récupération qui peut en être faite consciemment ou inconsciemment par les instances techno-bureaucratiques en lutte avec les différents professionnels. Là où la défense des droits de l'homme se présente comme la nouvelle idéologie, il convient d'y adjoindre en permanence des organes critiques en utilisant les outils conceptuels mis à notre disposition aujourd'hui: sciences critiques comme la psychanalyse, le matérialisme dialectique, la sémiotique, la théorie du texte, etc. En marchant sur deux jambes: une jambe idéologique et une jambe analytique, seront mieux évités les totalitarismes fonctionnant en milieu clos ou diffus, de droite ou de gauche.

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CHAPITRE
Un point d'évolution

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sociale 2

Quelle psychiatrie pour quelle société? A cette question nous pouvons répondre que nous passons d'une psychiatrie de l'Etat à une psychiatrie de la société civile, ce qui ne signifie pas forcément la psychiatrisation de la société civile, mais plutôt la civilisation de la société psychiatrique. Née de la laïcité, la psychiatrie en est devenue paradoxalement la prêtrise chargée à la fois de gouverner, d'éduquer et d'analyser les être humains, en tant qu'individus et en tant que groupes trois situations impossibles, selon FREUD! Le Droit (et en particulier le Droit-étatisé, selon l'expression de KOJEVE)intervient pour nous faire passer de 1'« Etre» (à savoir l' entremangeaillerie universelle selon HOBBES,ou l'Etat de nature selon ROUSSEAU),au « devoir être », (c'est à dire à la socialité). Or le Droit fondamental est le «Droit à la communauté », rôle que l'Etat de droit s'efforce de garantir face à une société civile fonctionnant à l'excellence et à l'exclusion. L'Etat, pour civiliser la société marquée par la violence, devient le dépositaire de la «violence légitime », pour reprendre l'expression de Max WEBER.ROUSSEAU parlait d'une « aliénation totale» dans le collectif, ce qui fait entrer l'être humain de l'état de nature dans l'état civil. Il «entre en institution» l'institution des institutions étant l'Etat de Droit, celui qui se refuse à être totalitaire. Car l'état totalitaire, comme l'institution totalitaire, détruisent le social. Le totalitarisme, d'ailleurs, n'est pas l'apanage de l'Etat, mais de toute organisation individuelle ou collective qui ne s'articule pas à un organe repré2

Communication aux premières journées de l'E.P.S.B. Barthélemy Du-

RAND« Quelle psychiatrie pour quelle société? » Etampes 1997.

- 4 décembre

sentatif Authentiquement représentatif du collectif: car autrement le représentant est un imposteur mortifère. Comment ne pas être un imposteur quand on assume des fonctions de chefferie? DAUMEZON, bien avant les sociologues interactionnistes américains, dès 1952, analysait le phénomène dans son fameux article (avec P. KOECKLIN) « Psychothérapie institutionnelle française contemporaine» (Anaïs Portugueses de Psichiatria). Hannah ARENDT dans « les origines du totalitarisme» (1951), entamait la même critique à l'échelon macrosociologique des Etats. Cette logique de la désolation, fermée sur elle-même, envisagée au niveau des institutions et de l'Etat, nous renvoie à certaines formes de chronicité en rapport ou non avec les institutions psychiatriques. Il s'agit d'un phénomène de totalisation (étudié par JP. SARTRE)dont la folie, dans ses formes paranoïaques et autistiques, est assez représentative à l'échelon individuel. Il n'y a plus de relation à l'autre et l'être se referme dans une dualité originaire narcissique. Le rôle de l'Etat de droit est ici de fonctionner comme tiers, selon les modalités œdipiennes du conflit, mais non selon les modalités narcissiques de l'inertie et de l'entropie. L'Etat et la société civile dépendent l'un de l'autre et il n'y a pas de communauté possible sans référence à l'Etat, étant entendu que le fondement de notre pratique, est la vie quotidienne où l'Etat ne doit pas être absolutisé dans une relation je-il, mais humanisé dans une relation je-tu. L'Etat est en chacun de nous, au niveau de nos statuts socioprofessionnels qui structurent nos comportements et nous permettent de jouer un rôle. Sans ce rôle, vivant et fondateur de relations interpersonnelles, les statuts perdent leur sens. En tant qu'appareil d'Etat fonctionnant à l'idéologie (idéologie psychiatrique de secteur) et non plus à la violence, la psychiatrie (publique autant que privée) est là pour aider la société à assumer en son sein la folie. Le psychotique, en effet, ne peut

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estomper le délire, que si une vie communautaire lui est préparée au sein de la cruauté normale de la société civile. Le psychotique ne se, reconnaît pas devant une attitude purement médicale ou analytique et ne se restructure ou reconstruit que si lui sont offertes ces « procédures narcissiques », pourrait-on dire, qui sont celles «des droits de l'homme », c'est à dire de cette ouverture au social à travers ce que nous avons appelé une « citoyenneté thérapeutique» et une « psychothérapie (DAUMEZON)nstitutionnelle », voire i un maternage thérapeutique (TOSQUELLES). Mais lorsque la fonction symbolique est altérée par ce que LACANdésigne comme « forclusion du nom du père» ou que LECLAIRE désigne comme un signifiant manquant, le collectif soignant doit, à partir de «l'hallucinant» (selon l'expression de EY, qui vient ici contrebalancer l'expression lacanienne d' analysant), la compenser en faisant apparaître dans l'ordre symbolique social «le schème du devenir soimême », dont parlait RICOEUR.«L'ambiguïté du symbole» c'est aussi l'ambiguïté de l'imaginaire symbolique hallucinatoire et l'ubiquité du mythe de l'identité à travers les rapports de l'Etat et de la société civile. Si l'Etat s'est voulu thérapeutique, face à la cruauté de la société civile, ce n'est pas pour exercer un pouvoir (serait-ce le pouvoir de guérison), mais pour mettre en place un pouvoir qui le dépasse, comme le « pouvoir de la cure» dépasse celui de l'analyste. Anti-psychiatrie et champ transférentiel élargi

Si la folie doit être acceptée, lorsqu'elle se civilise, l'Etat le doit aussi. Les psychiatries sont ainsi fonction de la structure des Etats, structure que venaient dénoncer les antipsychiatries au cours des années soixante. Structure de l'Etat régional italien, structure de la monarchie anglaise constitutionnelle, structure de l'Etat fédéral américain. En France cette structure de l'Etat et de ses institutions avait déjà fait 15

l'objet, en psychiatrie, de l'autocritique des travailleurs de la santé mentale, autocritique étayée par la psychothérapie institutionnelle (d'obédience psychanalytique) et la politique psychiatrique de secteur. Une antipsychiatrie n'y fUt donc pas opportune et l'œuvre de Michel FOUCAULT, dans ce domaine, fUt une reprise, en langage philosophique et sociologique, à la portée des universitaires, de l'auto-analyse institutionnelle des appareils de soins et des savoirs pratiqués par les professionnels de la santé mentale, professionnels, à l'époque non reconnus par l'université, mais uniquement par l'administration. L'Etat donc (et la psychiatrie de ce fait) ne se veut plus gestionnaire de la folie, pas plus qu'il ne se veut gestionnaire des religions. Il doit leur permettre de s'exprimer, sans que cette expression nuise à l'ordre public et à la sécurité des personnes. La désinstitutionnalisation, le désengagement de l'Etat, reposent sur une fausse interprétation des réalités sociales et aboutissent au désordre et à la violence. Le social est partout présent, sauf dans « le psychologique pur» qui nous ramène à la psychose et à la chronicité. Lorsque le bio-psychologique et le social ne s'accrochent plus, l'existence s'arrête. Le malade mental « est», mais il « n'existe pas» quand il ne se situe pas en dehors de lui dans le social.

Mais qu'est ce que le social?
Le signifiant «social» est mobilisateur, justement parce que l'on ne sait pas trop ce qu'il recouvre. Et cependant ce qu'il recouvre est l'essence même de l'homme, qui ne se développe que dans un réseau de relations interpersonnelles Comme nous le disait une patiente qui ne pouvait fonctionner qu'à la deuxième personne du singulier «Tu m'as rendue l'âme, parce que tu m'as rendue sociable, tu m'as rendue à la société». C'est le but de la politique psychiatrique de secteur,

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préconisée par notre Etat de Droit, et qui visait, à travers l'appareil de soins psychiatriques à réadapter et à réintégrer le malade mental dans la société civile et non à le « ségréguer »

(selon l'expression chère à BONNAFE) en des lieux protégés,
plus ou moins coupés de la vie sociale. Fonctionnant en isolats culturels, ces lieux d'asile, résumaient à eux seuls l'assistance psychiatrique (prise dans le droit administratif et la comptabilité publique). Ils étaient devenus le « signifiant ultime» de la folie, au même titre que des diagnostics chosifiants qui avaient des effets prédictifs et chronicisants. Les établissements publics et privés n'étaient pas chronicisants en tant que tels, mais c'était le statut d'irresponsabilité du malade mental qui paralysait l'action autant des soignants que des soignés et l'on sait que Hermann SIMON,le père de la « thérapeutique plus active », contestait dès les années vingt ce statut d'irresponsabilité. « L' animal homo sapiens», selon l' expression d'Alexandre KOJEVE, ne peut vivre qu'en collectivité, en communauté, où ses droits individuels et collectifs soient reconnus par une instance tierce qui, dans nos sociétés, est le « Droit étatisé ». Sans cette reconnaissance, qui prend la suite de la reconnaissance maternelle et paternelle, la vie collective se réduit à une «entremangeaillerie universelle », selon l'expression de HOBBES. Ainsi il n'y a pas de droits de l'homme sans droits du citoyen. Ici le droit français apparaît dans son originalité (contestée d'ailleurs par certains auteurs anglo-saxons). L'Etat ne doit pas renoncer à son rôle normatif dans le domaine de la justice sociale (heureusement redécouverte par John RAWLS,1971, U.S.A.), dans celui des différentes sphères de justice (Michael WALZER,1988, New-York) et dans celui du secteur associatif (3èmesecteur par delà le secteur privé et public, Jérémie RIFKIN, 1995, New-York) etc. Ainsi redécouvre-t-on les conceptions de nos juristes sociologues du début du siècle (comme HAURIoU1925 et RENARD1930).
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Mais le désengagement de l'Etat ne doit pas se traduire par un dirigisme en matière d'association, dirigisme qui viendrait annuler la spontanéité créatrice ou thérapeutique des associés et ferait perdre à nos institutions leur vocation républicaine. Ce désengagement aboutit à un contrôle « a priori» des activités à caractère social, alors que le principe fondamental de notre droit est le contrôle « a posteriori» des activités. Seules les procédures doivent pré-exister, les contenus restant libres c'est la règle démocratique qui écarte l'autoritarisme ou l'anarchie. La démocratie fonde le social et favorise un fonctionnement de type transférentiel, par delà les processus d'identification narcissique aux chefs et aux phénomènes de masse. L'hypnose est une foule à deux, pour FREUD. Le transfert est la plus petite démocratie, celle où la règle fondamentale nous situe dans la métaphore et les sublimations normatives. La politique psychiatrique de secteur et la psychothérapie institutionnelle aménagent un champ transférentiel élargi: celui de la vie sociale.

La Sociologie et le Droit
Faut-il donner la prééminence à l'homme ou au citoyen ? Le malade mental perd-t-il son humanité ou sa citoyenneté ? La thérapeutique et la réadaptation sociale consistent-elles à refaire un homme ou à refaire un citoyen. Karl MARx a déjà évoqué ce problème de la dichotomie HommeCitoyen, dans la société civile. Rappelons à ce sujet l'analyse qu'il faisait des différentes déclarations des droits de l'homme et du citoyen de 1789 à 1795 en reprenant les critiques de HEGEL pour qui, si les droits du citoyen étaient concevables, les droits de l'homme ne l'étaient pas. Cette dichotomie, Homme-Citoyen réapparaît actuellement dans l'opposition entre les soins et l'assistance que DAUMEZON pressentait dès 1952 et exprimait ainsi dans un numéro spé18

cial de la revue Esprit intitulé «Misère de la psychiatrie» « le médecin peut combattre la maladie, seule la société peut combattre l'aliénation ». Cette remarque inaugurait la psychothérapie institutionnelle. C'est que la maladie mentale est un fait (au sens juridique du terme) et que le droit ne s'occupe pas des faits. Jacques ELLUL,en bon juriste le disait souvent «on ne discute pas avec un fait ». D'où l'intérêt d'ailleurs de la position de l'antipsychiatre américain Thomas SZASZpour lequel justement la maladie mentale n'était pas à considérer comme un fait mais comme un mythe. Position qui rejoint celle de MONTESQUIEU dénonçant «cette ironique doctrine que le fait, dans ce monde se couvre de droit comme il peut». La maladie mentale donc, en tant que fait, n'a pas été recouverte par le droit, et ce que dénonce Thomas SZASZ, ce sont les préjugés contre les déviants et les marginaux que la psychiatrie, en tant que discipline assumant ce qui échappait au droit, a étudié scientifiquement comme fantasme et comme mythe. Mais ce que le Droit de notre société actuelle n'assume pas, le Droit social, dans le sens d'utopie réaliste que lui donnait Georges GURVITCH, pu le réaliser comme a utopie du droit dans la société thérapeutique. A travers une formulation idéographique, LACAN s'est efforcé de ne pas appliquer aux phénomènes de la conscience (qu'il s'agisse des actes ou des états, collectifs, inter mentaux ou individuels, ou qu'il s'agisse de ces actes et états très particuliers révélés par la situation transférentielle psychanalytique), des images empruntées au monde extérieur. Ces images en effet, ne correspondent pas à la vie psychique qui est toujours extra-spatiale et extra-temporelle, et déroutent. Par ailleurs les images empruntées au morcellement de l'espace incitent à opposer conscient et inconscient, collectif et individuel et à nous emmener dans des considérations durkheimienne sur la conscience collective, ou jungienne sur l'inconscient collectif. Pour si utiles que soient ces auteurs 19

dans notre pratique, il s'agit de ne pas s'enfermer dans l'univers clos des discours qui nous ramènent à l'inconnaissable « chose en soi », et à 1'« Etre suprême », ou à la «chose immatérielle» selon DURKHEIMque serait la conscience collective, chose extérieure et transcendante au psychisme. Or comme l'indique Georges GURVITCH dans sa critique (autant de TARDEque de DURKHEIM),a conscience l collective n'est jamais trans-cendante mais toujours immanente, et fondée sur la réciprocité de perspective entre le psychisme individuel et le psychisme collectif qui ne sont que deux vues abstraites prises sur la totalité concrète du psychisme. C'est avec ces réserves qu'il convient de reprendre les considérations intéressantes pour nous de DURKHEIM sur le droit, considérations qui nous éclairent, malgré leur imperfection sur les vieux problèmes du « physique et du moral », de «l'individuel et du collectif» du «biologique et du social», de « l'organique et du psychique», de « l'automatisme ou de la liberté». DURKHEIM oppose solidarité mécanique et solidarité organique. Dans la première, il voit un rattachement immédiat, sans aucun intermédiaire, de l'individu à la société globale. Dans la solidarité organique, il voit une immanence croissante de la conscience collective dans la conscience individuelle avec renforcement progressif de la personnalité des membres. La solidarité mécanique se lie à la structure hiérarchique et inégalitaire de la société, tandis que la solidarité organique conduit à la liberté individuelle en transformant les rapports de domination en rapports de coopération. Quant aux rapports entre solidarité mécanique et solidarité organique, ce sont les symboles et les rites, et en particulier les « symboles juridiques» qui les expriment le mieux. Si l'expression la plus visible de la solidarité est le Droit, le Droit se manifeste alors de deux façons par les sanctions organisées qui l'accompagnent. Les sanctions répressives correspondent à la 20

solidarité mécanique et les sanctions restitutives correspondent à la solidarité organique. La sanction répressive implique un blâme infligé par la société, un déshonneur, une peine privative de liberté et une limitation de droit, enfin un reproche rendu public. La sanction restitutive consiste, elle, à seulement remettre les choses en état. Ainsi la sanction civile n'est qu'un cas particulier de la sanction restitutive qui comprend toutes les sanctions non pénales établies par le droit. Remarquons que le droit pénal enlevait aux malades mentaux leur responsabilité civile en même temps que leur responsabilité pénale jusqu'à la loi du 3 janvier 1968 portant réforme du droit des incapables majeures, qui les obligeait dès lors à réparation, même s'ils avaient agi sous l'empire d'un trouble mental. Cette réforme a donc rendu les malades mentaux à la solidarité organique tout en les excluant de la solidarité mécanique, où l'hallucination et le délire paraissent les seuls maîtres. Dans les sociétés les plus archaïques, le Droit pénal règne en exclusivité, alors que plus la société évolue, plus le Droit civil et les autres espèces du Droit (droit commercial, droit administratif: droit constitutionnel), se développent en donnant la primauté aux sanctions restitutives et non aux sanctions répreSSIves. . L'article 64 du Code Pénal de 1810 a donc ici inauguré une évolution qu'il convient de parfaire en l'écartant des déviations où l'entraînent les problèmes d'imputabilité et de responsabilité du fait d'autrui qui en résultent dans la pratique, même si théoriquement il est dit que la responsabilité du fait d'autrui n'existe pas. Le problème ici, est celui de la prévention de la récidive, qui oriente le droit restitutif dans le sens d'un droit réel, d'un rapport de caractère négatif se réduisant à une pure abstention et non d'un droit coopératif de type contractuel comme la thérapeutique en ouvre la possibilité. DURKHEIM ici conduit à analyser la notion de contrat est dans son évolution parallèle à celle de l'Etat, car pour lui 21

l'Etat et le contrat ne sont pas inversement proportionnels mais bien interdépendants. Pour lui notre dépendance vis-à-vis de l'Etat va toujours en s'accroissant, Etat de plus en plus soutenu par des sanctions purement restitutives et s'appuyant de plus en plus sur la collaboration des syndicats professionnels. Droit civil et Droit public se différencient ainsi de plus en plus du Droit Pénal et finissent par prévaloir sur lui, en commandant de moins en moins et en même temps qu'il soumet toujours davantage. Ainsi cette coopération quasiment contractuelle, dans le cadre de la division sociale du travail, aboutit à un droit statutaire de nouveaux groupes irréductibles à la somme de leurs membres et que les juristes dénomment «actesrègles, «contrats d'adhésion», «procédures de l'institution », qui vont de paire avec, non pas un dépérissement de l'Etat, mais avec de nouveaux types de solidarité appelés

«solidarité contractuelle» et «solidarité institutionnelle».
Georges GURVITCH demande s'il est utile alors de contise nuer à distinguer « solidarité mécanique» et « solidarité organique» devant cette polysegmentarité de nos sociétés actuelles opposée à l'unisegmentarité de la société primitive ou de la horde. L'Etat accroît en effet son influence en augmentant ses fonctions et en diminuant sa fonction oppressive et en faisant de plus en plus appel (comme le notait Saint-SIMoN) à ses services publics qui gèrent mais ne commandent pas. Ainsi, au fur et à mesure que l'Etat élargit ses fonctions, il commande de moins en moins à ses sujets, mais il favorise la multiplication et le développement des relations contractuelles. C'est dans ce sens que les psychothérapies institutionnelles ont été conduites à se développer dans les hôpitaux psychiatriques où elles se sont exercées dans le cadre contractuel d'associations privées de type loi 1901. DAUMEZON faisait remarquer que les effets psychothérapiques se développaient lorsqu'on multipliait les structures et les types de rela22

tion y existant. De même BIERER,en Angleterre, dès avant 1938 préconisait le gouvernement autonome organisé des clubs sociothérapiques, dans la mesure où le rôle de l'état était d'administrer et non de gouverner. La pratique des psychothérapies institutionnelles en France, rejoint cette position de DURKHEIM pour qui l'Etat et le Contrat sont partout deux manifestations différentes de la même solidarité. La tendance actuelle du «moins d'Etat» aboutit d'ailleurs, à travers la décentralisation et l'intervention des cours régionales des comptes à réprimer le contrat (affaire de la Fondation pie, de l'association montpelliéraine d'aide à la santé mentale, de la Croix Rouge française, etc...). Le parallélisme de l'Etat et du Contrat dans leur genèse, leur avance, leur recul ou leur décadence décrit par des juristes sociologues comme HAURIOU à la fin du X1Xèmesiècle, semble se manifester à la fin du XXème,au profit de ce que GURVITCH définissait comme des institutions juridiques d'un nouveau genre à savoir le « Droit Social» (1932) et qu'il devait en 1944 présenter sous forme d'un « Projet de la déclaration des Droits Sociaux». Ce projet, tombé dans l'oubli voulait inspirer à la libération, l'Assemblée constituante française.

Les Droits Sociaux
Pour DURKHEIMet GURVITCHil y a un problème d'anomie, c'est à dire de « décalage entre mœurs et droit ou entre pratiques et règles». Cette anomie consiste dans le fait que l'Etat pour enserrer une société composée d'individus inorganisés, doit s'hypertrophier, ce qui constitue une monstruosité sociologique. Pour pallier cette monstruosité DURKHEIM propose la solution corporatiste (division sociale du travail) et GURVITCHune démocratie qui par le biais des corps de métier intègre les membres dans un droit social original. Mais la démocratie se fonde sur le territoire et non à partir des groupements économiques, et GURVITCH, ontraic
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rement à DURKHEIMveut intégrer les deux sans aboutir à L'Etat-patron qui absorbe le social et l'économique, ou à l'Etat-syndical. Pour que l'un des termes de la contradiction Société-Etat ne soit pas sacrifié, il faut qu'à travers le droit social la conception traditionnelle de la séparation des pouvoirs soit revue. Car les rapports sont toujours douloureux entre sphère politique et sphère économique, et le principe autogestionnaire ne se veut pas une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Si l'usine apparaît comme le foyer d'une création juridique particulière, comme une communauté capable d'engendrer son droit propre, là où un système juridique d'ailleurs fonctionne avant même que la communauté qui l'anime ne se constitue en une institution définie, l'usine cependant n'a pas l'apanage du droit social. Ce droit social, cette démocratie juridique, n'est pas le propre du mouvement ouvrier comme le fait remarquer Jacques MICHEL,il est coextensif à toute communauté quelle que soit sa nature. Ce droit trouve en effet sa source primaire dans les faits normatifs et ce sont précisément ces communautés qui sont ces faits normatifs parce qu'en elles « la constitution par le droit et la génération d'un droit coïncident» on y découvre la justice et les valeurs juridiques en tant qu'idées-actions et valeurs créatives. On assiste là au droit à l'état naissant, comme dans les communautés thérapeutiques et en psychothérapies institutionnelles on assiste à la reconstitution, du Moi et de l'instituant à travers ce que Hermann SIMONappelait la thérapeutique active, et que les juristes sociologues, à travers le droit social, appelle « la méthode sociologique dynamisée». Le droit social est donc fondé sur la reconnaissance de la totalité groupale. « La restructuration à partir de l'autisme» préconisée par François TOSQUELLES, rejoint dans son esprit et sa formulation cette phrase de GURVITCH« Un groupe n'admet dans son idéal ni son hypostase en entité simple, ni sa dissolution dans un assemblage d'individus dispersés et 24

soumis à une loi abstraite» (I.D.S. p. 77). Et plus loin GURVITCH,en un style de psychothérapeute institutionnel avant la lettre, fait remarquer que conformément à la définition du Droit social, intégrer un membre dans un tout « c'est le faire participer à ce tout comme un élément d'engendrement de sa totalité et selon les principes de son unité, sans le soumettre à un commandement unilatéral ». Son droit social est cependant fondé « sur une correspondance entre prétentions et devoirs, (car il n' est pas) seulement un ordre de droit objectif mais aussi un système de droits subjectifs ». Le problème du droit est le même que celui de la démocratie, et la thérapeutique collective des malades mentaux, dans ses effets curatifs, a toujours visé à greffer sur la structure hiérarchique des Etablissements, une organisation démocratique, le club des malades ouvert sur le monde extérieur et à gouvernement autonome organisé. Comme les conseils d'usine les clubs psychothérapiques constituent l'ossature normative d'une organisation économique démocratique fondée sur un droit social et intégrant tous les membres (malades et personnel soignant) dans une totalité. C'est ce que l'arrêté et la circulaire du 4 février 1958 sur l'organisation du travail et de la vie sociale des malades à l'hôpital psychiatrique s'étaient efforcé de préciser en proposant le recours à la loi du 1er juillet 1901, dont de nombreux psychiatres français s'étaient déjà d'ailleurs servis depuis les années 1947 pour mettre en acte la psychothérapie et la sociothérapie institutionnelle dans et à l'extérieur des établissements de soins. Si la démocratie socialiste n'a pas pris dans les usines et les entreprises, elle a pris dans le monde thérapeutique où nous sommes confrontés au fait de l'expérience délirante primaire» et de « l'autisme», fait que le droit quantitatif ne pouvait pas assumer en tant que fait, mais qui par delà la démocratie politique représentée par l'Etat et les collectivités locales devaient aboutir à cette démocratie sociale 25