L'Etat mental des hystériques (Volume I)

De
Publié par

Dans le cadre de ses travaux à la salpêtrière, Pierre Janet s'intéresse pleinement à la description de l'hystérie. Si elle trouble la nutrition et toutes les fonctions physiologiques, elle perturbe aussi les phénomènes psychologiques qui sont l'une des fonctions de l'organisme. Préfacé par Pierre Charcot, cet ouvrage résume et complète les études précédentes. Ces stigmates mentaux que sont les anesthésies, les amnésies, les aboulies, les troubles du mouvement, les modifications du caractères.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
Lecture(s) : 62
EAN13 : 9782296175945
Nombre de pages : 248
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Pierre JANET

L'ÉTAT

MENTAL

DES HYSTÉRIQUES
I

LES STIGMATES MENTAUX (1893)

Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.IT

ISBN: 978-2-296-03545-4 EAN : 9782296035454

INTRODUCTION

DE L'ÉDITEUR

Dans sa thèse philosophique de 18891, Pierre Janet (1859-1947) avait déjà eu l'occasion d'étudier certaines hystériques présentant avec une grande netteté des phénomènes d'automatisme psychologique. C'est dans le cadre de ses travaux à la Salpêtrière sous la direction de Charcot qu'il va s'intéresser pleinement à la description de l'hystérie. Si elle trouble la nutrition et toutes les fonctions physiologiques, elle perturbe aussi les phénomènes psychologiques qui sont l'une des fonctions de l'organisme. Les symptômes hystériques, tout en restant de même nature, se présentent cependant de deux manières différentes. Tantôt ils sont essentiels, constitutifs de la maladie, permanents, et jusqu'à un certain point indifférents au malade; tantôt, au contraire, ils sont accidentels, passagers ou périodiques, et pénibles. Cette différence a donné lieu à la distinction classique en stigmates et accidents, que Janet conserve pour nous exposer dans un premier volume l'analyse des stigmates mentaux. L'ouvrage de Janet2 intitulé État mental des hystériques, les stiglnates mentaux, préfacé par Charcot, résume et complète un certain nombre d'études précédentes3 sur les stigmates. Les stigmates mentaux sont les anesthésies, les amnésies, les aboulies, les troubles du mouvement, les modifications du caractère.
1 Janet, P. (2005). L'automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l'activité humaine (1889). Paris: L'Harmattan. Edition fac-similé de l'édition originale de 1889. 2 Janet, P. (I893). État mental des hystériques, les stigmates mentaux. Paris: Rueff et Cie. Pour une seconde édition du livre: Janet, P. (1911). L'état mental des hystériques. Paris: Alcan. 3 cf. Janet, P. (2003). Conférences à la Salpêtrière: Anesthésie, amnésie et suggestion chez les hystériques (1892). Paris: L'Harmattan.

L'étude des anesthésies (chap. I, pp. 6-78) vient tout naturellement en tête de l'analyse de l'état mental des hystériques. Quel que soit leur siège, elles peuvent se présenter sous des formes variées, être systématisées, localisées ou générales; mais, dans toutes ces formes, elles conservent des caractères qui leur sont propres. Dans sa répartition systématisée ou localisée, l'anesthésie dépend des idées du sujet beaucoup plus que de la construction anatomique des organes. Même 10rsqu'eHe est générale, elle modifie très peu et le plus souvent aucunement le fonctionnement physiologique des membres. Elle est absolument indifférente au malade qui l'ignore même, avant qu'on la lui ait signalée et par ces caractères se distingue déjà des anesthésies de cause organique. Mais il en est d'autres encore qui accentuent cette distinction: c'est ainsi que l'anesthésie hystérique non seulement est très mobile, change d'un moment à l'autre, mais encore, pendant le même instant, varie et se manifeste par des phénomènes contradictoires suivant la façon dont on interroge le sujet. En fait, elle n'existe ni dans les membres, ni dans la moelle, ni dans les centres basilaires, mais dans l'esprit. Dans l'esprit luimême, elle porte sur un phénomène particulier: ce n'est que rarement une altération des sensations élémentaires qui restent ce qu'elles doivent être et qui conservent toutes leurs propriétés. EHe porte sur une opération très spéciale, sur la perception personnelle qui nous permet à chaque moment de la vie de rattacher entre elles et à la notion de personnalité les sensations nouvelles. Elle est due à une faiblesse de cette synthèse des éléments psychologiques, que l'auteur appelle la désagrégation psychologique: c'est une maladie de la personnalité. Un autre symptôme, très fréquent, de l'état mental hystérique, c'est l'alnnésie (chap. II, pp. 79-121), revêtant les formes les plus diverses. Ce sont d'abord les amnésies systématisées, localisées, générales; puis les amnésies continues, ces dernières très spéciales. En effet, tandis que les trois premières formes sont de véritables amnésies, portant sur des souvenirs réels que le malade a possédés et a pu manifester pendant un certain temps, dans l'amnésie continue les souvenirs sont altérés dans leur formation même: le malade perd alors d'une manière continue la faculté d'acquérir des souvenirs: plutôt que d'une amnésie, il s'agit alors d'un trouble dans l'attention, dans la façon de percevoir les choses. Considérées dans leur ensemble, toutes les modalités d'amnésie revêtent les mêmes caractères attribués aux anesthésies, de ne pas troubler le fonctionnement intellectuel qui cependant est la conséquence immédiate VI

de la mémoire, d'être indifférentes, mobiles, contradictoires. Cela n'a rien d'étonnant puisqu'il s'agit toujours d'un même trouble psychologique, d'une faiblesse de synthèse mentale s'adressant non plus aux sensations, mais aux images qui sont là-bas des souvenirs4. L'aboulie (chap. III, pp. 122-162) qui, sous toutes ses formes, est une des lésions les plus communes dans les affaiblissements de l'esprit, se rencontre également dans l'hystérie. Au premier abord, les hystériques se présentent sous deux aspects différents, tantôt remuantes, agitées, tantôt rêveuses et mélancoliques. Au fond ces deux types reviennent au même; les malades ont perdu toute activité sérieuse et utile. Ce sont des abouliques. Si l'on peut encore distinguer les aboulies en systématisées, localisées et générales, il est à remarquer toutefois que les deux premiers groupes sont mal déterminés, et le troisième seul important. Les aboulies générales, portant simultanément sur toutes les actions et toutes les pensées, se présentent sous deux aspects presque toujours réunis, mais que la description peut séparer: les aboulies motrices et les aboulies intellectuelles. Elles ont d'ailleurs les mêmes caractères que les anesthésies et les amnésies: mais de plus elles mettent bien en lumière quelques traits qui existaient déjà dans les autres stigmates, bien que moins manifestes, et qui se traduisent par la conservation des actes anciens, la perte des actes nouveaux, la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes, de l'assimilation des actions nouvelles à la grande notion de la personnalité ancienne. Cette lésion fondamentale de l'esprit des hystériques donne bien à l'aboulie la signification d'un stigmate et permet de la rattacher à ceux précédemment décrits. Résolution rare et pénible, mouvements volontaires lents et difficiles, attention réduite, impuissante et suivie même d'accidents dangereux, doute et inintelligence pour les idées nouvelles et en même temps impulsions irrésistibles, continuation monotone d'une même action habituelle, besoin de commandement et de direction, et docilité exagérée, ce sont des caractères en apparence variés qui dépendent tous d'une même lésion de l'esprit. Aux stigmates mentaux se rattachent certains troubles du mouvement surtout volontaire (chap. IV, pp. 163-206). Ces mouvements présentent d'abord des troubles généraux existant aussi bien du côté sensible que du côté insensible et qui sont simplement exagérés par
4

Pour un ouvrage de synthèse
Le cas Emma

sur l'amnésie
(Œuvres

psychogène:
choisies II).

Janet, P. (2006).
Paris: L'Harmattan.

L'amnésie

psychologique.

Dutemple

VII

l'anesthésie. C'est qu'ils sont ralentis, indécis, affaiblis et simplifiés, l'hystérique n'étant plus capable d'exécuter des actes complexes, nécessitant simultanément plusieurs mouvements différents. Lasègue a décrit certaines altérations du mouvement chez les hystériques anesthésiques, que l'on pourrait désigner du nom de syndrome de Lasègue, et qui reconnaissent la même origine. Ce syndrome n'est en résumé qu'un ensemble de perturbations du mouvement qui se présente dans un membre complètement anesthésique, quand le malade ne peut plus le regarder. Il se compose en réalité de phénomènes négatifs et de phénomènes positifs. Les premiers montrent en effet que, dans ces circonstances, en l'absence par exemple de toute notion visuelle, le mouvement est supprimé ou ne peut s'exécuter que de façon très spéciale (syncinésie, allocinésie, étérocinésie). Un second groupe de phénomènes nous montre au contraire que, dans les mêmes circonstances, certains mouvements peuvent être conservés (catalepsies partielles) manifestant non plus le côté négatif des stigmates, c'est-à-dire la perte, pour la conscience personnelle, d'une sensation, mais leur côté positif, la permanence dans l'esprit de toutes les sensations ou images sous la forme de phénomènes isolés et subconscients. De la catalepsie, on peut rapprocher la contracture qui n'est qu'une forme différente d'actes subconscients, dans lesquels il semble que les images motrices soient encore moins conscientes, encore plus séparées de la perception personnelle du sujet qui est tout à fait incapable de les ressaisir. La présence de tous ces stigmates psychiques produisent dans la pensée et dans la conduite des modifications du caractère (chap. V, pp. 207-233). Du côté de l'intelligence, il existe un amoindrissement qui porte surtout sur le pouvoir de progresser et d'acquérir des notions nouvelles, par suite de la difficulté ou de l'impossibilité de l'attention. Par une sorte de contraste, perpétuel dans l'hystérie, tous les phénomènes d'automatisme intellectuel sont, au contraire, exagérés, d'où la tendance aux rêves incessants et aux idées fixes. D'autre part, le défaut de volonté amène l'indifférence et l'ennui. Au point de vue des émotions, on pourrait presque dire, sans faire de paradoxe, que les hystériques ont en réalité moins d'émotions qu'on ne le croit généralement et que leur caractère principal est ici, comme toujours, une diminution des phénomènes psychologiques. Chez une même malade les émotions différentes sont très peu nombreuses; de plus, elles sont très exagérées dans leurs

VIII

manifestations, et même lorsqu'elles sont réelles elles sont disproportionnées par rapport à la circonstance qui les a provoquées. Ce livre de Janet formera le premier tome de ses études sur l'état mental des hystériques, il sera suivi d'un second volume sur les accidents mentaux. Nous remercions les petits-enfants de Pierre Janet, MmeNoëlle Janet et Mf Etienne Pichon, qui nous soutiennent toujours dans cette si belle tâche de réédition des œuvres de leur grand-père.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes (Paris V). Institut de psychologie Directeur de L'Année psychologique Laboratoire Psychologie et Neurosciences cognitives. CNRS - FRE 2987. 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

-

IX

!J3LI()TÈ()IJE MÉDIC
CHARCOT-DEBOVE
VOLUlllES P./IIl US LJ~~fI"SLA
COLLECT1()IV

LE

v. Hanot. LA CIRRHosr1~ HYPERTRUPHIQUE: AVEC ICTiuu~ CHHONJQUg. G.-M. Debove et Courtois-Suffit. - TRAITl~MI':Nl' DES PLgUIU~SIE:S PU ~ UI.ENTI':S. J. Comby. LERACIHTISIVIE. Ch. Talamon. ApPENDICITg ET F',hUTYPHLl'rg. G.-M. Debove et Rémond (do Metz). LAVAGE Dg L'u.:STOMAC. Dgs TnOUIH..ES DII LANGAGg CHEZ LMSALIÉN~~S. J Seglas. A. Sallard. - LI':8 Al\IYGDAl.l'rgS AIGUÈS. L Dreyfus-Brisao et 1. Bruhl. - PHTISIE: AIGUI~. P. SollieI'. LJ<:s TROUBLgS l)[~ LA l\11~MOIH.r~. l)g LA STÉHILITf; CHEZ LA FI~M!\1E gT JlI'~~ON TH.A[TEl\1E~T. De Sinety. G.-M. Debove et} J. Renault. - l1LCÈRE DE L'ESTOMAC. G. Daremberg. 'TH.AITKM~NT DE LA PHTISII~ PULMONAIRE. ~ vol. Ch. Luzet. [~A CULOROSg. E Mosny. BHONCHd-PNKUMnNII~. A. Mathieu. NI!:URASTIU:~N IE. N. GamaleÏa. LES POISONS BACTgRn~~s. H. Bourges. - LA IJIPI1TÉRIE. Paul Blocq. - LES THOUIH..ES DE LA MAHCHE DANS I.E~ l\IAIADIES NERVEUSES. P Yvon. NOTIONS Dg PHARMACIE Ni~CESSAIH.ES AU l\U'~DE(,JN.'2 voL L. GaIllard. - LE PNEUMuTHORAX. E. Trouessart. - LA TnÉRAPEUTIQUg ANTISgPTIQUE. Juhel-Rénoy. THAITEMENT DE: LA 14'IÈVRE 'rYPI:IOïlH~. J. Gasser. - LI':s CAUSI~S DE LA Ii'JÎ!JVRf<: 'rYPHoïDg.

G. Patein. A. Auvard

-:-

LES

PURGATIFS.

et E. Caubet. ANI'~STHÉSI& CHIRURGICALE OHSTÉTIHCALg. ET Lg PALUDISME: CHRO::\'IQUE. L. Catrin. Labadie-Lagrave. PA1'HOGÉNIE ET TRAITE!\fgNT DES Nl~PHRITJj;S Kr DU MAL Dg BRIGHT. LES HÉMORROïDES. E. Ozenne. Pierre Janet.. 1£'1'AT MENTAL DES HYS'fÉRIQUES. LES STIGMATgS
MENTAUX.

POUR 1)Al{A ITRlt
L. Oapitan Chambard. R. du Castel. Luc. - LEs J. Comby. Legrain. Boulloche. J. Arnould. Achalme. Richardière. Barbier. Boulay. -

})nOCIl.A INE /JIENT

'rH(~RAPEUTIQUg DES MALADIES INFECTIJ~USES.

-

.MORPHINOMANll~.

- 'rUBERCOLOSES CHTANi~ES. NÉVHOPA'fHIJ~S LARYNGÉ~S. Lgs OHEII,LONS. lVIICROSCOPIEY<CLINIQUE. - LES ANGINES A FAUSSES MEMBRANES. - LA DÈSIN}t'~CTION PUBLIQUE. IbRYSIPÈLE. - LA COCJlJELUCHE. LA. ROUGEOLE. PNEUMONIE LOBAIR't; AIGuit. 2 vol.

Chaque

volume

se vend

séparément.

B.clié : 3 fro 50.

ÉTAT MENrf,lL
.DES

HYSTÉRIQUES
LES' STIGMATES MENTAUX
PAR

.PIERRE
Professeur

.TAN~ET

And.,1n élève de t''::I~ole llor1llalt, supérieur~. a~rég-t~ de philosophip, nu C:oUè:rc Rollin, Doch~Ul' ès lettres, Ac.ad\~mic des Sciences mOl'ales

Latu.~at de

l'

PRÉFACE DE M. LE PROFESSEUR CHARCOT

AVEC

7

li"IGUH]~S

DANS

LI~

TEXTE

I) A.l{IS
.R 1.,1 F F E
106,

]~ rr (~ie ,

]~ D l rr .I~{J Il S
1.06

BOULEVARD SAINT-GERMAIN,

1'ous droits réservés.

Je su.is he'urell:r de 'reC0'f1~11ta'Jîde1" public au
liv1'te d'un (le II1~esélèves, ]Ji. Pierre Jarîet

111éfliral

le

sur ['état llepllis

1nental

des ltystér'iques.

Ces ét'udes,

corn11tencées

I01îgte1nps,

nnt élp co'mlJl(~tées dans morn set'vice pt e;r:posées (lans qllelques confi?ren,ces triète. Elles queJU. vien,nent Janel a faites, ce IJ1'1i1îte11~ps, à la /:;alpêsouven.t exp1'iirJ~(ie IJa1.tie 'une

cnnfi1'1-n1er U1îe pensée

da'lîS 'i~OSleçons,

c'est que l'!lysléT'ie

est en grande

maladl.e mentale. C'est là un des côtés de celle malallie qu'il 'i~C{aut ,jamais 1îégligel. si l'o'J~veut la cornprendl.c el la trait e1'O. .1"11. PieT'l"e Janet a voulu jo'in(Z1"'eaussi cornlJlètement que possible les étlldes rnéd'icales aux études philosophiques; il fallait 'pé'l.tni1?f deux genres (le eO'J~nalssances et ces ees cieux éd'ucations pour essaye]" d'analyser' cliniqllelnent f'état 1nental d'un malade.

J~-M. CHARCOT.

Paris,

le 1 er novelnbre

1892.

ÉTAT MENTAJJ
DES

HY TERIQUES

INTRODUCTION
« L'llystérie est 1111e lllaladie g'él1érale qui nl0difie l'or-

ganisme tout entier 1. » Si elle trollble la nlJtrîtioll et tOlltes les fOllctions pllysiologicllles, elle troll])le allssi les phénolnènes psychologiq11es Cllli sont l'llne des fOllCtions de l'org'anisIlle. Ce sont ces perturbations pSYCll0logiques produites par rhyslérie dans l'état nlental (les malades considéré comn18 l111efonctioll des centres Sllpérieurs de l'encépllale que je désire exaITliller dans cet ollvrag~e. Il Il'~Ta pas lieu de reCOffilnencer ic:i }'antiqtle qllerelle dll physiqlle et du -Inoral, qui, au point de Vlle scientifiqlle, est tOlIt à fait oisellse. Le médecin COl1state silnplement des phénomènes qui se prodllisent cllez les malades; il les COllsidère tOllS con1111e allssi réels les uns qlle les alltres, Oll dll moins COl11me des expressions d'llne réalité illconnlle, et il eherche seulement à établir entre ees faits les liens d'un détermi1. BRIQUET,T1Ytité de l'hystérie, 1859,517.

2

ÉTAT

MENT AL DES

HYSTÉRIQUES.

nisme rigoureux. Quelles qu'e soient donc nos opinions métaphysiques, l'étllde dll llloral d'lIn malade doit faire partie de sa description cliniqtle, et les relations des phénomènes psychologiql1es entre ellX ainsi Qlle leurs relations avec les faits })hysiologifllles doivent être Ininlltiellseme11t rec11ercl1ése C'est ainsi selllement Qlle la I11édecine IJourra conqllérir la conl1aissal1ce de 1'11omn1c tOllt entier et comprendre des Inaladies qlli affectent tOlit l'organisme. Des rec}lerches antérielIres Sllr les pl1énornènes atltomatiq11es de l'esprit m'ont condl1it à étlldier des malades hystériqtleS qlli présentent ces pl1énomènes avec le 1)}115 11al1t degré de netteté. Ces travaux, Oll dll moins quelqlles-ul1s d'entre el1X, ont été réllnis dans Ul1e tl1èse philosophique présel1tée à la Sorbonne el1 1889. Je vOl1drais les reprendre al1jol1rd'!1ui à lIn point de Vlle différent. Au lieu de rattacl1er accidentellement la description des n1alades à l'étllde des problèmes phiIosopl1iqlles, je vellX essayer de décrire le nlalade en llliInêrne et l)Ollr Illi-n1Ôn1e. Les études psycllologiqlles seront accessoires et serviront selllement à ll1iet1x faire comprelldre des phéll0n1ènes 111aladifs dalls lesqllels, « sallS COl1teslation possible, l'élément l)sychiql1e joue

un rôle considérable quand jl n'est. pas prédomil1allt 1 ».
Je prie le lectellr de m'excuser si je renvoie qllelquefois à des travaux antérieurs da11s lesquels ces clllestions philosophiqtles sont disclltées d'll11e manière pIllS con1plète c!u'iI11'est possible de le faire dans lln ollvrage de médecine. La métl10de d'observation jOlIe le pril1cipal rôle dans ces rccl1ercllcs : c'est la nlétllode cliniql1c appliqtlée aux maladies de l'esprit.. L'expérirnentatio11 vient setlleIIlent, et flaIls Tll1petit nOI11bre de cas, la confirrller; et encorc cette expéril11811tation n'est bien sOllvent qll'llne obser... i. CllARCOT, De f;,~~olen!enl dans le ltl--tiletnent de l'hystéfie, Leçons Su?- les 1n,rtlarlies du 8.1Jstènt~ nel'vell.r, 1R87, III, ~;J8.
1883

INTR OD U'CTI 0 N.

3

vation plus précise et llfi pell plus prépar~e. Il fatlt se défier des expériences compliqtIées, qtIi 11e SOIlt pas faciles à faire StIr l'esprit: letlr appareil stlffit pOlIr bOllleverser l'état mental qlle l'on vellt étlldier. La ])S)7_ cllologie lle nOllS paraît pas assez avancée pOtlr Ôtre SllSceptible de beaucoup de 111esures de précision. J-Jallatllre générale des pl1éIIOlllèIles, lellrs l11ille variatiollS, lellrs conditions changealltes, ne SOllt IJas. assez connlles pOlIr clue 1'011 se vante de rneSllrer un de ces faits isolé des autres. Il est intltile et lnêlne dangereux de prendre tIn ITlicrosCOIJe pOlIr faire de la g'rosse anatolllie : on s'expose à ne pas savoir ce qtle l"on regarde. Je crois qll'il fallt avant tOtIt bien conllaître son sujet dans sa vie, dans' son éducation, dans SOIl caractère, dans ses idées, et qll'il faut être convaincu qu'on ne le connaît jamais assez. Il faut ellsuite mettre cette personne daIls des circonstances simples et bien déterminées et noter exactement et sur le mOInent même ce qu'elle fera et ce qu'elle dira. Examiner les actes et les paroles, voilà encore le meilletlr Inoyen de connaître les 11ommes, et je ne lrOllve ni' inutile ni fastidielIx d'écrire mot ~lmot les divagations d'llne aliénée. Le lectellr ne sera donc pas étonné s'il m'arrive de décrire lIne action de détail, de citer une p}lrase prononcée ou écrite par llne n1alade. J-1esparoles, les écrits des malades sont les ,réritables dOCllments, les graphiqlIes de la psycllologie pathologiqlle : il faut sans doute les interpréter, mais il ne fallt jamais les otlblier lli les transformer. Qtl0iqlle la statisticItle Il'ait pas ici U11e grande inl-'" portance et qlle les observations ne soiellt jamais assez nOlnbretlses, il est jllste el'avertir le lectellr dll ,noll1bre des lllalades exan1illés el des eonditioI1S dans lesqllelles les observatiollS onl été prises. Les remarqlles qlle j'expose sont fondées su r cen l vingt observations d 'llYS'" tériqlles (Ille j'ai reclleillies avec le pltls de détails possible et StIr llne douzaiIle d~alltres (lui m'ont été communiqllées par mes amis avec utle obligeance dont je

4

ÉTAT

MENtAL

DE'S

H~YSTÉRIQU ES..

les remercie. Les premiers cas qlle j'ai décrits autrefois ont été étlldiés dans la ville du Havre, grâce à l'assistance de Ines excellents amis, M. Gibert et M. Po\vilewicz. Mais la pIllS g'rande partie de ces observations est 110llvelle; elle a été reclleillie pe11dant mon séjollr dans les hôpitallx. de Paris, dans les services de mes én1inents maîtres, M. .fllles Falret, M. GllY011,M. Siredey, M. Carnil, M. LandollZ)r, M. Ilanot, et Sllrtollt dans le service si ricl1e de M. le professeur Charcot, qlli a bien VOUlll m'accepter comme lIn de ses élèves à la Salpêtrière. Qlland je suis vellU travailler dans le service de M. Cl1arcot, la synlpathie, l'amitié de tous que j'ai rencontrées m'ont rendu cller le service de la clinique des maladies nervellses, et, si Ines hUlnbles traVatlx pellvent ajOtlter qtlclque petit détail atlX belleR recherches qtli y ont été faites, je Sllis heUretlX de les lui offrir. Il est impossible, sans compliqller beallcollp la rédaction de ces étlldes, de faire allusion à tOllS ces malades: sllÎvallt lIn procédé Qlle j'ai déjà employé et qlli ln'a parll con1ffiode,je citerai tOlljollrs de préférence les mêmes personnes, CIlli, une fois bien cOnntleS, pern1ettent de comprendre pIllS facilel11ent les descriptions. Ces malades, bien entendu, nc sont pas pris all hasard; ils sont choisis parmi cellX qui Ollt été ]e plus longllement éttldiés et qui, à différents points de Vtle, présentaiellt les syn)ptômes les pIllS caractéristiqlles. Des comparaisons mOl1trent le degr'é de généralité de chaque phénomène et sa dégradatio11 cllez les slljets qllÎ le présentellt à l'état frtlste. Les symptômes 11ystériqtleS, totlt en gardant contil1uellement à pell près la IDf!lne natllre, se présentel1.t cepel1dant de dellx manières différentes: tantôt ils sont essentiels, COl1stitlltifs de la maladie; ils sont pernzaneTlls et dllrent à peu près autant qlle les dernières traces de la maladie; enft!l ils sont jllSQll'à tIn certain point indiffé1~ents atl Inalade, qui se se11taffaibli, mais saI1S POllvoir préciser atl juste le symptôme dont il souffre;.~

lNTRODlTCTI0N.

;)

ta.ntôt, au contraire, ils sont accidentels, surajolltés e11 qlle]qlle sorte Ü Ja nla]adie, qlli 11e conlporte pas nécessairement ce phénomè11e particlllier, passagers 011 tOllt all plus. périodiqlles et pénibles pOlIr le 111alade qlli sait I)récisément ce (!lli le tOllrmente le pIllS. Cette différence a donné naissance à la distinctioll classiqllc des stigmates et des accl"denls. J-Ja séparation est cIllel. quefois assez facile à faire et l'on peut dire assez facileInent qll'llne anesthésie est un stignlate et qll'une attaQlle est lIn accident; mais SOllvent allssi lIn symptôme pellt ètre rattaché à l'llne ou à l'autre catégorie. Nous conserverons cependant cette dislinction qui est conllllode", ell divisant cette étude de l'état ll1ental des hystériqlles en deux parties: 10 l'analyse des stig1nates rnentaux,. 20 l'examen des acci{lents 1ltentaux de 1'11Ystérie. Le présent VOlllllle de cet ollvrage 11etraitera que des stigIllates et nous réserverons pOlIr le second vo. lllme l'examen des accidents mentallX de l'hystérie.

CIl PITI{E PREMIEI{
lES AN EST H É Si ES

t.es insensibilités Qlle l'on pelIt très souvent observer chez les hystériqlles ne semblent pas, all premier abord, lIn des symptômes les pIllS importants de leur lnaladie; d'autres pl1é110mènes, ell apparence plus g'raves, ont davantage frappé les l)reulÎers observatellrs. Aussi, quoiqlle ce caractère fftt connu depllis fort longtelnps, ainsi qlle le prollve la recherclle de la marque dll diable chez les sorcières, a-t-il été laissé de côté dans beallcoup de descriptio11S allciennes. Sydenham (1681), Louyer - Villermay (1816), Georget (1824), Landollz~y (1846) n'en font allcune me11tion. Ce 11'est que depuis cinqllante ans à peine que ce symptônle essentiel est sig'llalé par Piorry (1843), Macario (i 844), Gendrin (184H), Henrot (1847), Sl{ol(alsl<y, E. Mesllet, A. Voisin et surlOllt par Briquet qlli, dans son bealllivre (1859), a décrit avec tant de soin la plllpart des phénonlènes IllorallX présentés par ces malades 1 QM. Charcot, dans ses leçons de 1872, a bien mis en relief, non seulement la réalité et la fréquence de ce caractère, filais encore son extrême ilnportanee pour le diagnostic et l'étllde des 11ystériqlles 2.
1. RésUlllé historique d'après PITRES. Leçons cliniques sut l'Izyslé1"ie, 1891, I, p. lJ9. 2. J .-M. CHARCOT,Lefons SU?' les ?naladies du syslètne ner'Vell:1.:, t)e édit. 1884-, p. 300.

LES

ANESTHÉSIES.

7

L'anesthésie en effet est tIn excellent signe pOlIr le, diagnostic: il est net, facilemellt appréciable et très caractérisqlle pOlIr le médecin; il est pOlIr le lnalade pell connll et difficilemel1t silnlllal)le 1. Il doit allssi, croyolls-nOlls, jouer lIn gra11d rôle dans la théorie de cette maladie; car il n'existe 1)38 aIl mên1e deg'ré et SOlISla mêlne forme dans les alltres perturbations de l'espril, et il l)eul être considéré camIlle le type des alltres symptômes de l'}ly"stérie. E11fin, il est précieux pour l'examell psycll0logiqlIe : la sensibilité et l'insensibilité, tOllt en étant psychiques, senlblent posséder facilelnent des manifestations extériellres. On pellt assez' ])ien vérifier, si tIn membre est sensible Otl s'il ne l'est pas, et l'aneslhésie est le fait psycholog'iqlle le plus commode à étudier :expérimentalement. Si l' 011 veut l)iell se rappeler a\lssi le rôle immense Qlle tOllS les ps~ycl101ogues ont fait j011er allX sen"satio11S dans la forn1ation de l'intellig~ence, on comprenclra qlle, pour tOlItes ces raisons, l'étude de l'anesthésie soit placée en tête de l'analyse d'un état mental patll01ogiqlle. Dans cette étude 2, il lne semble tItile d'i11sister tOlIt d'abord SlIr les caractères et Sllr l'interprétation générale de cette insensibilité et de rejeter à la fin dll chapitre les étlldes pa"rticulières Sllr telle ou telle forme spéciale d'anesthésie, clui seroIlt présentées comIne cOlnplén1ent et comme vérification des hypotllèse~ générales.

S 1. -

CLASSIFICATION

Err CAHACTÈRES

GÉNÉRAUX

Un grand nombre de malades atteints d'}lystérie, placés daI1s les COllditions Olllln homme normal éprOtl1. PITRES, Op. cil., 1, 79. 2. Cc chapitre sur l'anesthésie roproduit en partie et cOlnplète une leçon faite it ]a SalpÙtrière dans le service de IVI.Charcot, 10 111nars 1892, et publiée dans les ATchi,'es de neu1'ologie, I1)ai 1892.

SL

ÉTAT

MENTAL

nES

HYSTÉRIQUES.

verait 11ne sensation pIllS Oll Illoins vive, se conduisent commR s'ils ne senlaient absoltlment rien: ils ne réag'issent pas, et ne se plaig'nent pas si on les pillce, si on les piqlle, si on les brllle; interrogés, ils déclarent n'avoir pas enlendll un hrllit ou n'avoir pas Vll lIn objet éclairé et placé cependaIlt devant leur œil Ollvert. C'est cette altitl1de dll nlalade qui est désignée sous le nom d'anesthésie. Cette al1esthésie n'existe pas absolument chez tOllS les malades, et il 11e falldrait pas repousser le diagnostic d'hystérie, -par cette seule raison que ce symptôme 11'existe à allClln degré; il Y a, comme 011le verra, d'alltres symptômes moraux n10ins nets, et surtOllt moins patl1ognomoniques, qui pellvent, dans certains cas, se substitller à cellli-Ià. Mais cette anesthésie, SOllS une de ses formes variées, existe certainen1ent dans la g'ral1de majorité des cas, et peut êlre considérée comlne tOllt à fait caractéristiqlle. L'anesthésie 11ystérique pellt être plus ou n10ins cOlnplète, et se borner quelquefois à lIne diminution de sensibilité normale., 11ypoesthésie plus difficile à apprécier. Elle peut porter Sllr tOlltes les- sensati011S que l?esprit hUlnain est susceptible de ressentir. Absolllment tous les sel1S, les sens tactile, n1usclllaire, gustatif, olfactif, }'ollïe, la vision, etc., peuvent être atteints isolén1en tOll Silllllltal1ément. La sensibilité des 111l1qlleuses, all llloins des n1l1quellses accessibles, est Inodifiée allssi bien que celle de la peall : on sait l'inlportance que certains cliniciens comIne Chairoll accordaient, non sans qllelc!lle exagération, à l'anesthésie de la ml1queuse qui reCOllvre }'épiglotte et le pl1ar)TnX 1.
.

Quand un sens est coml)lexe, il pellt être atteint part,ielleUlent, tel élément ayant disparu, tandis (Ille tel alltre subsiste. L'Ilystériqlle pellt l)erdre la sensibilité tactile proprement dite, Oll selllement la sensation de
1. GILLES DE LA rrOURETTE. T1'ailé clinique t'hystérie, 1891, 185. et thér'apeulique de

LES ANESTHÉSIESe

~)

dOlllellr, celle de c11aleur, celle (lue provoqlle

le COll-

rant électriqlle 1, celle que provoqlle la torsion ou le
tiraillement des joilltllres, etc. La Vlle petlt être atteinte dans ses divers éléments, l'acuité visllelle, le sens des cOlllellrs, }'étendlle dll chan1p visuel. En lIn mot, il n'y a pas lIne sensatiol1 reCOllfil1e par les psychologtles qlli ne pllisse être lnodifiée ou sllpprimée par l'anesthésie de ces nlalades. Quel que soit leur siège, ces anesthésies pellvent se I)résenter SOllS des formes variées qlle l'on pellt ran1ener à trois principales: elles peuvent être systérnatisées,
localisées ou géné1'aleso

Les anesthésies 'systématisées sont, à n10n avis, plus fréquelltes qll'on ne croit g'énéralement, car on ne les remarqlle pas tOlljolIrs. Elles ne portent pas Sllr tOlItes les sensations provenant de l'excitation d'l111 certain sens 011 d'llfi certain point dll corps, Inais Sllr Ul1 grollpe de sensations formant lIn systèllle, ell laissant l)arvenir à la conscience la connaissance de tOllS les alllres phénornènes qui iITI})ressioIlnent ce même sens 011 ce n1ême POillt de la sllrface clltanée. Ce genre d'insensibilité très étlldié par les allciens magnétiseurs est facile à constater peI}dant le sOlnmeilll)rpnOtique et à prodllire par des sllggestions appropriées. Le sujet, par exemple, verra tOlItes les personl1cs de la salle, Inais 11e pOllrra pIllS voir ni entendre 11110certaille personne qll' on llti allra désig~née ; il pOllrra voir des objets, des papiers qll'011 lui présente, mais ne pOllrra pIllS voir certains papiers portant lIne croix ou Inarqllés d'lIn clliffre impair. L'analyse de ce pIlénomène a été pour moi le point de dél)art de l'étllde des allestllésies hystériqlles C!llÎ sont, pIllS qll' on ne le croit)all premier abord, semblables à ce modèle 2.
1. CH. RICHET, Recherches e:rpét'imentales et cliniques SU11 la sensibilité, 1877, 279. 2. Sur les anesthésies systématisées, voir deux études précédentes: r Anesthésie systérnatisée et la dissociation des IJhéno1nènes psyclto-

10

l~TAT

l\'IENTAL

DE&

JJYSTÉRr.Ql1ES.

Cette anestl1ésie systématisée se rencontre aussi et natllrelleI11ent pendant les somnamblllisIIles, qllello qlle soi t IOlIr origillo. I-Je sOlll11amblIle ne pellt voir qu'nne certaine catégorie, un cortai11 système d'objet.s ell raI)porl. avec S011 rêve, Ifiais qll0iq\l'il ait les sens ouverts 1)0111'ces objets-Itl, il senlblc inse11siblü pOtlr tous les alltres. Le sujet 11ypnotisé entel1d SOIl 11ypnotisellr et se]11ble Il'enlendre a\lCUne autre })ersonne; l'alltonlate, si bien d~crit par M. Mesnct, 118 voit Qlle son allllmette à llli et lIon celles Qll'Oll essaye de lui présenter; une sornIlan1bule nalllrelJe, qlle j'ai décrite, voyait fort bien que la lampe apportée par elle avait besoi11 d'être remontée, mais ne voyait pas les personnes présentes cl1ercllallt en vain à attirer SOIl altel1tion i. Enfin le nlènle fait peut encore se l)résenter natllrellement pendant la veille des malades. J'ai étlldié a'ltrefois lIne jelIne fille C{lli m'avait paru fort singlllière : elle avait les dellx maillS absolllnlent anesthésiqlles, mais elle reC01111aissait tOlljours all contact dellX 011 trois objets sellle111en t appartel1ant à sa toilette 11abitllelle, ses boucles d'oreille et ses épingles à c}1evellx en écaille. r:rol)t autre objet mis dans ses n1ains, lIne pièce d'or ou lln crayon n'étaient abso1ll1nent pas sel1tis. Une alItre rnalade, ayant également les mains tout à fait anestl1ésiqlles, savait toUjOllI'S par le sinlple contact et sans miroir si sa coiffure était ])ien 011 mal disposée selon ses goûts 2 On I)eut lire
tO

dalls l'ouvrage de M. Gilles de la TOllrette llne observation analog'lle : des 11ystériqlles, 110l1Sdit-il, conlinllent à sentir cert.ains goûls qlland elles selublellt
logiques (nevue philosophique, 1881, I, /J:49) et l'aulornal'isrne psychologique, 1889, 271. La provocation cxpériInentale de ces inscnsibilit~)s syst.énlatisées sera étudil~e dans le second volurnc de cet ouvrage à }lrOpOS des suggestions. 1. Elcetivité ou csthésie systéluatisée. A ulonl. ])sych., 1889, 281.

2. Ibid., 291.

I~ES ANESTHÉSIES.

fi

avail' l)erdll tOllS les atltres, lIne n1alade ne ~avait pIllS recollnaÎtre que le goût dl1 jllS d'oignons 1. Dans tous ces ras, il sell1ble que la sensibilité et l'insensi))ilité soient rél)artics non pas d'après des modifications pl1ysiqlles dl1 sens Illi-mêll1e, lnais d'après de certaines idées du lnalade qlli déternlinent le cl10ix des iIllpressio11S senties 011nOIl senties. Anesthésies localisées. - 011 d011ne ce nom à des insensibilités cOlnplètes siégeant sur une rég~ion particulière dll corps; aucune excitation faite Sllr cette rég'ion ne prodllit une sensation dans la conscience, tandis qlle les mêmes excitations faites à côté sur lIne rég'ioIl voisine sont parfaitement senties. T.JapIllS fré~ quente et la plus curieuse de ces localisations mérite bien le 110m d'hémi.anesthésie, car elle occllpe }'llne des moitiés latérales du corps et s'arrête assez exactement à la ligne médiane. Qua11d elle est complète, allCllne ilnpression doulollrellse, tactile, t.l1ermiqlle 011 mllsclllaire })rovoquée Sllr ce côté, qui est le !)}llS SOllvent le coté ga'uche 2, l1e provoque une sensation consciente. l/anesthésie des sens spéciaux du même côté n'accon1I)agne pas l1écessairement cette hélnianesthésie, mais elle s'y joint souvent. La répartitio11 de la sel1sibilité n'est pas toujours allssÎ simple. On !)ellt voir 11118sorte de croisement, 1'11éII1Îanesthésie q11i siège sur la face, le bras et le tronc du côté gallclle, !)asse à la jambe du côté droit, tandis qlle la ja111be g~allche reste sel1sible 3. J'ai Vll pIllS sOllvent des 111alades ayant la face anesthésique d'un côté et le corps do l'autre. El1fin des plaqlles, des îlots d'anesthésie peuvent (~tre déterminés irréglllièrement sur le corps sans ordre bien apparent. Parmi ces anesthésies localisées, les pIllS curiellses ont été alltrefois décrites par M. Cl1arcot sous le nom 1.
GILLES DE LA TOURE'l"fE, op. cit., 183.

2. 'rroÏs anesthésies du cÔté gauche pour une du cûLÔ droit, disai t BRIQUET,op. cit., 218. J. PITRES, op. eit., I. 133.

2 'J

ÉTAT

MENTAL

DES

HYSTÉRIQUES9

d'anesthésies en segments géornétl'iques 1. Des membres entiers ou des parties de l11embres, 11n doigt, la main, Otl les ctlisses de'viennent anesthésiques dans tOllte leur Slll)erficie et l'inse11sibilité est lilnitée par des lignes assez réglllières, perpendiclllaires le pIllS SOllvel1t à l'axe dll membre: ce sont là les anesthésies, en nlanche de veste, ell g'igot, etc. .Je crois !)ouvoir rattac}1er à cette classe une répartition assez singulière que

j'avais décrite alltrefois comme une simple Cllriosité

2

et Qlle je viens de revoir deux fois. Cette répétition de l'observation ]ne fait penser qu'il y a pellt-êlre là alltre chose qlle du hasard. Certaines malades présentent de l'a11estllésie nette sur tOllt lIn côté, mais elles ont conservé des bracelets de sensibilité intacte autollr de tOlltes les articlllations. Inversement 110 Inalade à derni-glléri d'llne nlonoplégie hracl1iale avait recouvré la sensibilité dlI bras; mais g'ardait I1n bracelet d'anesthésie fort net au 11ivealI de son poignet encore pell mobile. Enfin, M. Gilles de la

rrourette

3

a appelé l'attention

sur lIne répartition hiell

intéressante all point de vue psychologiqlle : SOlIvent une tacIle d'anestllésie vient se sllperposer à l'endroit dll corps où siège déjà un autre accident hystéri(llle, comme une parésie OlllIn spasn1e. Isabelle, par exelnple, une malade qlle nous citerons qllelqllefois, a norn1aIerne11t une 11émianesthésie gallclle qlli s'arrête netteInent Sllr la lig'ne médialle du COlI, COl11meStIr le tronc. SOllvent, après une attaql1e, elle a des spasmes de la régio11 dll larynx et des ffillscles hyoïdieIls et elle ne pelIt plus parler. A ce moment, l'anesll1ésie gauche forme 1111eencocl1e sur le côté se11sible et recouvre la rég'ion dll larynx et la région hyoïdienne. Ces répartitions de l'anestllésie l1e correspondent évidemment pas à des régions a11atoll1iqtlen1ent dis~. CHARCOT, ,Leçons ;U1~les rn a ladies A utorn. psych., 31
~t GILLES DE LA 'fOURETTE, op. cit., du système
.

ne1~vellX, 111,345.

1t)8.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.