L'état mental des hystériques (Volume II)

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Le second volume de Pierre Janet Etat mental des hystériques, les accidents mentaux complète sa thèse de médecine. Les accidents mentaux qu'il examine sont les idées fixes, les attaques, les somnambulismes et les délires. Un même malade, pendant le développement de l'hystérie peut présenter toutes sortes d'accidents extrêmement nombreux et variés, ayant toujours le caractère de n'être pas uniquement des accidents psychiques mais en même temps des accidents moraux.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782296175952
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Pierre JANET

L'ÉTAT

MENTAL

DES HYSTÉRIQUES
II

LES ACCIDENTS MENTAUX (1894)

Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03546-1 EAN : 9782296035461

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR

Si l'hystérie trouble la nutrition et toutes les fonctions physiologiques, elle perturbe aussi les phénomènes psychologiques qui sont l'une des fonctions de l'organisme. Les symptômes hystériques, tout en restant de même nature, se présentent cependant de deux manières différentes. Tantôt ils sont essentiels, constitutifs de la maladie, permanents, et jusqu'à un certain point indifférents au malade; tantôt, au contraire, ils sont accidentels, passagers ou périodiques, et pénibles. Cette différence a donné lieu à la distinction classique en stigmates et accidents, que Janet conserve pour nous exposer dans un premier volume l'analyse des stigmates mentaux l, dans un second celle des accidents mentaux de l'hystérie2 ; sa thèse de médecine3 servira à rédiger le texte de ce second livre. Pour Pierre Janet (1859-1947), l'hystérie est en grande partie une maladie mentale. Cette thèse, qui est une très remarquable et très belle étude de la psychologie des hystériques, traite des symptômes qui sont surajoutés en quelque sorte à la maladie. Les accidents mentaux qu'il examine sont les idées fixes, les attaques, les somnambulismes et les délires. Un même malade, pendant le développement de l'hystérie, peut présenter toutes sortes d'accidents extrêmement nombreux et variés, ayant toujours cependant ce caractère commun de n'être pas uniquement des accidents physiques, mais en même temps des accidents moraux.
1 2

Qui vient d'être publié chez L'Harmattan dans la même collection. Janet, P. (1894). État mental des hystériques. Les accidents lnentaux.
édition du livre: Janet, P. (1911). L'état mental originale des hystériques. de la thèse

Paris:

Rueff. Pour
Alcan.

une seconde
3

Paris: de 1893.

Janet, P. (2004). Contribution
L'Harmattan.

à l'étude des accidents
de l'édition

mentaux chez les hystériques

(1893).

Paris:

Rééditionfac-simile

Si on examine la conduite et la pensée des hystériques, on remarque bien vite que chez eux certaines idées ne se comportent pas comme les autres et prennent tout à coup une importance démesurée par rapport aux autres. C'est à certaines de ces idées que l'on a donné le nom de suggestions, et la suggestibilité des hystériques est aujourd'hui bien connue. La suggestion et les actes subconscients (chap. l, pp. 5-55) peuvent se faire soit en somnambulisme, soit à l'état de veille, et ce sont ces dernières qui sont tout spécialement étudiées par l'auteur. On peut les ranger d'après leur ordre de complexité croissante et les distinguer en suggestions négatives, suggestions positives élémentaires, suggestions complexes, suggestions générales. Ce qui leur donne à toutes le caractère commun apparent de phénomène psychologique d'une importance exagérée, c'est la durée de ce phénomène en disproportion avec le temps qu'occupent d'ordinaire des phénomènes analogues; c'est aussi la fréquence des répétitions, la régularité amenant le rythme et la périodicité, la facilité de reproduction, le passage rapide de l'idée à l'acte, la conviction qui les accompagne, souvent à un tel degré qu'elles paraissent toujours être objectives. Leur mécanisme psychologique réside d'abord dans la conservation des phénomènes subconscients et automatiques qui fait qu'un système d'images anciennes organisé est reproduit, tend à vivre, c'est-à-dire à durer et à se développer complètement. Mais ce développement est d'autre part tout automatique, il n'est que la répétition des pensées anciennes et il s'effectue sans que le sujet en ait la perception personnel1e. Ce caractère peut être constaté dans toutes les suggestions, mais il se montre d'une manière encore plus évidente dans certaines suggestions particulières. Les actes provoqués par ces procédés sont si nettement isolés, séparés de la personnalité, qu'ils méritent le nom d'actes subconscients. Ces actes subconscients peuvent être déterminés expérimentalement dans trois circonstances différentes: quand on provoque des mouvements dans les membres anesthésiques; quand on produit les suggestions par distraction, quand on se sert de la suggestion post-hypnotique. Quel que soit le procédé employé pour les mettre en lumière, ce ne sont pas de simples réflexes mécaniques, mais des actes intelligents qui ne peuvent être compris que si on admet à leur propos, dans l'esprit du sujet, des sensations, des souvenirs et même des réflexions assez compliquées. De plus, Hs s'accompagnent d'une absence de résistance, de volonté personnelle qui prouvent que le sujet les ignore. Comment se fait-il alors que le même acte puisse être à la fois intelligent VI

et non conscient? Si l'explication psychologique est difficile, le fait n'en est pas moins incontestab le et se présente de deux manières différentes: tantôt ce sont les phénomènes conscients perçus normalement par le sujet qui amènent à leur suite d'autres phénomènes subconscients, manifestés seulement par des mouvements que le sujet ignore; tantôt, au contraire, ce sont les phénomènes subconscients quelle que soit leur origine, qui existent les premiers et qui provoquent de temps en temps dans la pensée consciente des émotions, des images variées surgissant d'une manière inattendue. Tout cela ne peut s'expliquer que par la notion fondamentale du développement de certains phénomènes psychologiques en dehors de la perception personnelle, en dehors de la personnalité, et l'on peut résumer l'étude de la suggestion, soit qu'elle interrompe le cours de la conscience, soit qu'elle se développe à côté et en dehors de la conscience personnelle, en disant qu'elle est toujours une idée isolée de la grande masse des autres pensées, ayant un développement indépendant, et par suite ne pouvant se produire qu'à la condition que les innombrables images dont elle est composée puissent se réveiller et se disposer en série de la façon convenable. Le manque d'équilibre des pensées de l'hystérique ne se manifeste pas seulement dans des expériences artificielles de suggestion, mais donne aussi lieu continuellement à des phénomènes naturels tout à fait analogues. Les idées fixes (chap. II, pp. 56-143) sont des phénomènes de ce genre, c'est-à-dire se développant dans l'esprit d'une manière automatique, en dehors de la volonté et de la perception personnelle du malade. Les idées fixes des hystériques ont certains caractères propres à ces malades: tout d'abord, ils se rendent rarement un compte exact des idées fixes qui les obsèdent, et qui méritent ainsi le qualificatif de subconscientes. Ces idées, ignorées par le malade, peuvent se manifester de bien des manières: dans les attaques d'hystérie où elles s'expriment par des actes et des paroles, dans les rêves qui ont lieu pendant le sommeil ou dans les somnambulismes naturels qui surviennent souvent à ce moment, dans le somnambulisme provoqué. À ces idées fixes se rattachent un grand nombre d'accidents hystériques, tels que les dysesthésies et hyperesthésies, les tics et les mouvements choréiques, certaines paralysies ou contractures. Mais leur action est encore plus étendue; elles ne se bornent pas à modifier isolément un phénomène ou une fonction, elles ont une influence des plus graves sur tous les autres phénomènes psychologiques et transforment l'ensemble de la pensée. Cette opinion a VII

déjà été exprimée en partie par ceux qui ont prétendu expliquer les stigmates mêmes de l'hystérie par des idées fixes. Si les idées fixes ne créent pas toujours les stigmates, elles peuvent tout au moins les modifier, ce qui d'ailleurs n'a rien d'étonnant. Les stigmates, en effet, ne sont que la manifestation d'une grande distraction, d'un rétrécissement du champ de la conscience: or les idées fixes sont elles-mêmes une cause de distraction, comme une pensée obsédante peut l'être à l'état normal. Chez des hystériques dont la force de pensée et de perception est déjà réduite, l'idée fixe va devenir encore plus gênante, elle absorbe le peu d'attention disponible et laisse le sujet plus distrait, plus anesthésique et amnésique que jamais. En dehors de ces accidents, il en est d'autres que l'on rencontre chez les hystériques et qui se distinguent des précédents en ce qu'ils sont aigus, momentanés, ou périodiques. De ce genre sont les attaques (chap. III, pp. 144-190) qui peuvent revêtir diverses formes: attaque émotionnelle ou de Briquet, attaque de tics ou clownisme, attaque d'idées fixes ou extase, attaque complète ou de Charcot. Considérées par leur côté psychologique, les attaques hystériques semblent dépendre de certaines émotions, images ou idées qui se reproduisent dans l'esprit des malades; elles semblent donc différer peu des autres accidents hystériques et se rattacher, comme la plupart d'entre eux, à des idées fixes plus ou moins complexes. Il est donc possible de résumer simultanément l'étude de ces mêmes accidents en examinant les caractères généraux que prennent les idées fixes dans l'hystérie. Elles se rapprochent des suggestions par leur durée, leur fréquence, leur facilité de développement, leur transformation en mouvements, leur régularité, leur caractère de réminiscence, de répétition. Elles ne peuvent se développer que si l'attention et la volonté sont énormément réduites: elles présentent en un mot au plus haut degré les caractères de l'automatisme psychologique: elles indiquent déjà une division des phénomènes de conscience qui va se manifester complètement dans les somnambulismes. Les somnambulisJnes (chap. IV, pp. 191-229) qui jouent un rôle si considérable dans la pathologie de l'hystérique n'ont pas de caractères qui leur soient propres: ils sont simplement un état normal, distinct de la vie anormale du sujet. II faut pour le reconnaître pouvoir comparer l'état des malades avec leur vie normale et constater qu'il y a dans ces deux moments une autre répartition, un autre équilibre des phénomènes psychologiques. La différence souvent légère serait parfois fort difficile à VIII

apprécier si elle n'amenait pas un phénomène bien apparent, un trouble de la mémoire, le sujet possédant en somnambulisme des souvenirs particuliers qu'il ne retrouve plus quand il rentre dans son état normal. Un autre caractère qui distingue le somnambulisme des attaques, des extases, c'est qu'il s'accompagne d'un certain degré d'intelligence permettant jusqu'à un certain point la perception des phénomènes extérieurs. Chacun de ces deux caractères étant susceptible de variations nombreuses, on peut admettre deux classes de somnambulisme, l'une déterminée par l'étude des modifications de la mémoire et comprenant les somnambulismes réciproques, et dominateurs, en gradation; l'autre déterminée par la considération du degré du développement intellectuel et comprenant l'hémi-somnambulisme, le somnambulisme à forme léthargique, le somnambulisme cataleptique, le somnambulisme monoïdéique, le somnambulisme complet. Il existe d'ailleurs des formes intermédiaires et le même sujet peut présenter, suivant la manière dont on provoque le somnambulisme, suivant la durée de cet état, plusieurs de ces formes différentes. L'oubli au réveil qui est un des phénomènes essentiels du somnambulisme n'est, comme toutes les amnésies hystériques, qu'un trouble de la perception personnelle. Le somnambulisme est oublié parce qu'il est composé de phénomènes psychologiques rattachés par association, réunis autour de certaines sensations, de certaines idées même que le sujet ne sait plus percevoir, et formant toute une existence psychologique parallèle à la première. Le dédoublement de la personnalité, si manifeste dans certaines grandes observations de double existence, existe en réalité dans le plus simple des somnambulismes. Le somnambulisme n'est pas seulement intéressant en lui-même, il se rattache si intimement à tous les autres symptômes de l'hystérie qu'il permet de mieux les comprendre. Le somnambulisme complet n'est qu'une conséquence des stigmates hystériques, il est le développement de phénomènes subconscients, rêves ou idées fixes, il offre la plus grande analogie avec d'autres états analogues de durée plus courte, frayeur, extases, catalepsies, il est en rapport étroit avec l'attaque hystérique proprement dite: il est précisément caractérisé par le même phénomène qui se retrouve au fond de tous les symptômes hystériques, la désagrégation de l'esprit. Bien que la plupart des symptômes hystériques soient le résultat de certains désordres intellectuels, ils ne constituent pas des délires (chap. V, pp. 230-257) proprement dits. Mais il n'est pas rare de voir s'installer IX

de véritables délires qui semblent être le développement de certains symptômes hystériques. L'aboulie en s'exagérant peut aboutir à la confusion mentale, les phénomènes automatiques au délire maniaque, les idées fixes au délire systématisé. On rencontre également chez les hystériques bien d'autres formes délirantes; mais pour admettre la nature hystérique du délire, il faut qu'il soit la conséquence d'un phénomène nettement hystérique; il faut ainsi constater, même dans le délire, le caractère fondamental de l'état mental hystérique, le dédoublement de l'esprit, la formation de phénomènes réellement subconscients. De toutes ces considérations (voir chapitre final, pp. 258-301) il résulte «que l'hystérie est une maladie mentale appartenant au groupe considérable des maladies par faiblesse, par épuisement cérébral; elle n'a que des symptômes physiques assez vagues, consistant surtout dans une diminution générale de la nutrition; elle est surtout caractérisée par des symptômes moraux; le principal est un affaib lissement de la faculté de synthèse psychologique, une aboulie, un rétrécissement du champ de la conscience qui se manifeste d'une manière particulière; un certain nombre de phénomènes élémentaires, sensations et images, cessent d'être perçues et paraissent supprimées de la perception personnelle; il en résulte une tendance à la division, permanente et complète de la personnalité, à la formation de plusieurs groupes indépendants les uns des autres; ces systèmes de faits psycho logiques alternent ou coexistent: enfin ce défaut de synthèse favorise la formation de certaines idées parasites qui se développent complètement et isolément à l'abri du contrôle de la conscience personnelle, et qui se manifestent par les troubles les plus variés d'apparence uniquement physique. » (pp. 300-301) On peut dire aussi plus simplement que « l'hystérie est une forme de désagrégation mentale caractérisée par la tendance au dédoublement permanent de la personnalité» (p. 301). Il est curieux de constater que Janet4 fait référence dans cet écrit à un des textes fondamentaux de Freud5 qui vient de paraître: «Le travail le plus important qui soit venu confirmer nos anciennes études est sans contredit l'article de MM. Breuer
4

Janet, P. (1894). Contribution à l'étude des accidents mentaux chez les hystériques (pp.

269-270). Paris: Rueff et Cie. Il reprend le contenu de l'article: Janet, P. (1893). Quelques définitions récentes de l'hystérie. Archives de Neurologie, 25, juin, n° 76, 417-438. 5 Breuer, J., & Freud, S. (1893). Ueber den psychischen mechanismus hysterischer Phaenomane. (Neurologisches Centralblatt, 1893, n° 1 et 2). Cet article sera réédité deux ans plus tard dans les Études sur l'hystérie (1895) sous le titre de COl1ununication prélÙninaire (voir l'édition classique en langue française de ce texte aux P.U.F.).

x

et Freud, récemment paru dans le Neurologisches Centralblatt. Nous sommes très heureux que ces auteurs, dans leurs recherches indépendantes, aient pu avec autant de précision vérifier les nôtres, et nous les remercions de leur aimable citation. Ils montrent par de nombreux exemp les que les divers symptômes de l'hystérie ne sont pas des manifestations spontanées, idiopathiques de la maladie, mais sont en étroite connexion avec le trauma provocateur. Les accidents les plus ordinaires de l'hystérie, même les hyperesthésies, les douleurs, les attaques banales, doivent être interprétés de la même manière que les accidents de l'hystérie traumatique par la persistance d'une idée, d'un rêve. Le rapport entre l'idée provocatrice et l'accident peut être plus ou moins direct, mais il existe toujours. Il faut cependant constater que, souvent le malade, dans son état normal, ignore cette idée provocatrice qui ne se retrouve nettement que pendant les périodes d'état second naturelles ou provoquées, et c'est précisément à leur isolement que ces idées doivent leur pouvoir. Le malade est guéri, disent ces auteurs, quand il parvient à retrouver la conscience claire de son idée fixe. « Cette division de la conscience, que l'on a constatée avec netteté dans quelques cas célèbres de double existence, existe d'une façon rudimentaire chez toute hystérique; la disposition à cette dissociation et en même temps à la formation d'états de conscience anorlnaux que nous proposons de réunir sous le nom d'états hypnoides, constitue le phénomène fondamental de cette névrose. » (p. 270) Pour Janet cette définition vient confirmer celles qu'il a déjà données, et qui cherchent à grouper tous les symptômes de la maladie autour d'un phénomène principal, le dédoublement de la personnalité. Il résulte des observations de Janet dans ses deux volumes que l'hystérie est essentiellement caractérisée par la faiblesse de la synthèse psychologique, par l'impuissance où est le sujet de réunir, de condenser ses phénomènes psychologiques, de les assimiler à sa personnalité. L'anesthésie et l'amnésie hystériques en sont des exemples. Dans la première, le moi laisse échapper des sensations qui restent hors du champ de la conscience devenu trop étroit. Dans la seconde, ce sont des images qu'il ne peut s'assimiler, parce qu'il ne peut les rattacher aux autres souvenirs. À la faiblesse de la synthèse psychique se joint, dans l'hystérie, la faiblesse de la volonté. On peut même dire qu'elle s'y ramène.

XI

Nous remercions les petits-enfants de Pierre Janet, MmeNoëlle Janet et MT Etienne Pichon, qui nous soutiennent toujours dans cette si belle tâche de réédition des œuvres de leur grand-père.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes (Paris V). Institut de psychologie - Directeur de L'Année psychologique Laboratoire Psychologie et Neurosciences cognitives. CNRS - FRE 2987. 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

XII

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DAN.S LA COLLECTION

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PIERRE JANET
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Tous ul'oils résen"és

ACCIDENTS MENTAUX
DES

HYSTÉRIQUES

INTRODUCTION
VIle même malade, pendant le développement de l'IlYstérie, peut présenter tOlItes sortes'd'accidents extrèrnemel1t nombreux et extrêmement variés. NOlISn'avons aucunement la prétention de les décrire tous, ni d'ét11dier en détailles méthodes "qui permettent de fair0, dans chaque cas particulier, le diagnostic difficile de tel ou tel accident 11ystériquee D'innombrables mémoires ont été publiés sU.rces études et les traités remarquables de 1'11ystérie qui ont paru récemment les ont réllnis et complétés. Nous désirons simplement attirer l'attention sur un caractère q\11 fait partie intégrante de I:}.plupart des accidents llystéri~ ques. Un accident llystérique n'est pas uniquement UIIacci.. dent pllysique, il est en rnême temps un accident Inoral. La perturbation n'existe pas seulement dans les membres ou dans les parties infériellres du système nerveux, e'tle 1

2

ACCIDENTS

~IENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

existe aussi dans les parties de 19écorcecérébrale qlIi président 3lIXfonctions psycll0logiqlIes, et till certain trol1ble de ces fonctions psycll0logiques joue lIn rôle important dans tout accident llystérique. Ce trouble mental est évidel1t dans certains accidents, leIs que des somnambulismes. ou des délires, il se dissimule dans d'autres cas. M. Cbarcot, dans ses leçons célèbres sur les paralysies hystériques de cause l)sycllique, a montré (IU'il fallait, même dans des cas de ce genre, recIlercher le trollble psychologiqlle et montrer son rôle extrêmement important. Nous voudrions, dans cet OltVrage,suivre le conseil qui a été donné par 110treéminent maître, et, salISnier l'existence de toutes sortes d'altérations organiques qui peuvent se rencontrer clans l'hystérie, mettre en évidence la perturbation psycll0logique ql1i les accompagne toujours. Cette étude' nous permettra d'abord de compléter la description cliniq1.1cd'un accident hystérique, ell ajoutant tila description extérieure du malade l'analyse d'un symptôme intérieur et moral qui ne doit pas être Ollblié. Mais peut-être cette étude pourra-t-elle avoir lIn autre avantage. Les accidents de l'llystérie paraissent, au premier abord, indéfiniment variés et sen1blent, dans i)it~11 cas, des se rattacher difficilement les uns aux atttres. Nous pensOns que ces accidents SOlltbeaucoup nloins dissemblables, présentent tIne bien plus grande unité, quand on examine leur aspect moral, au lietl d'étudier uniquement leur aspect extérieur et pllysique. Cette ressemblance apparaîtra, croyons-11ouS,très facilement; il ne sera pas llécessaire, pour la faire voir, de réunir les faits par des théories o~1. des interprétations psychologiq'ues, il suffira de juxtaposer l-es observations. Ce livre n'est qu'un recueil d'observa-

INTRODUCTION

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0

tiOI1S psycI10logicIucs

recueillies

StIr les

11ystériques

et

rapprocllées les unes des autreSe Nous espérons apporter ainsi une légère contribution à l'étude de l'hystérie et ajollter une nouvelle prellve à cette conception de l'unité de la maladie hystérique, qui a été depuis longtenlpS soutenue par les plus éminents cliniciens. Enfin l'analyse de ces pllénomènes moraux 110USperInettra de les distinguer de tOllSles autres troubles de l'esprit dont ils semblent se rapprocI1cr. Toutes les maladies mentales ne se confondent pas les unes avec les autres. Si l'hystérique présente dans ses divers accidents des troubles de l'esprit, ce n'est. pas la cara'ctériser suffisamment que de l'appeler simplement une aliénée; elle n'est pas une aliénée comme toutes les autres. Sans doute, ce diagnostic est difficile, il demanderait une analyse psycllologique des difl'érentes formes de l'alié11ation qui est bien loin d'être acllevée. Nous espérons sell1elnent avoir i11diqué quelques traits qui permettent de caractériser certains pllénomènes hystériques. Les progrès de la psychologie médicale ne tarderont pas à préciser ces études. Cette science donnera la solution d'un problème que nous aVOIlS seulement indiqué, et marqllera la place de 1'}1ystériedallS une classil1cation des maladies mentales.

Paris, 1er Juin 1893.

C.HAPITRE PREMIER
LA SUGGESTION ET LES ACTES SUBCONSCIENTS

Si on examine la conduite, et la pensée de certains malades et en particlllier des 11ystériques, on remarque bien 'vite que chez eux certaines i(lées ne se comportent pas comrne les atltres. Tandis {[lIeles pensées ordinaires, .les sensations provoquées par la V1.ledes objets,. les pensées éveillées continllellement par les conversations restent modérées, simples, el1 équilibre avec tous les autres phéllomènes psycll010giques', une pensée particulière prend tout à coup une importance démesurée, disproportionnée par rapport 'aux atltres et joue dans la vie du sujet un rôle considérablc. Ce fait a été bien souvent, remarqué et signalé par tous les observatellrso Ils se sont attachés à décrire 'et à démontrer cette influence de certaines idées qu'ils ont désignée, suivant les époques, par différents noms: tantôt ils parlaient sinlplement d'une action du rnoral sur' le physique, de l'esprit sur le corps, tantôt ils décrivaient la puissal1lcede l'irn,agination, aujollrd'!lui ils emploient le mot plus à la Inode de suggestion emprunté à la langue des magnétiseurs. La con. naissallce de ces suggestions provoquées artificiellement nous paraît l'introduction nécessaire à l'étude des idees fixes développées naturellement. NOIIS chercl1erons surtout à distinguf'r les sugg~stions de tout ce qui a été sOlIve nt confondu avec elles et nous essayerons de reconnaît.re les con(litions dans lesquelles ces phénomènes se produisent.

6

ACCIDENTS

~IENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

~19 -

DESCRIPTION ET CLASSIFICATION

BeallCoup de pllilosophes et ]a plllpart des anciens magnétiseurs, parmi lesqlLels se trouvaient des observateurs de grande valeur, ont très bien et très so'uvent signalé cette prépondérance de certaines idées. Nous ne pOllvons reproduire ici les descriptions des Puységur, des Deleuze, des Braid, des Cllarpignon, etc., ni reprendre un IIÎstorique de

la suggestionque nOllSavonsdéjà fait ailleurs 1; il faut se
contenter d'en répéter la conclusion: « Rien ne serait plus facile pour tous les pllénomènes sans exception qui ont été signalés comme des nouveaut.és dans les ouvrages d'ITypnotisme moderne que d'emprunter de nOlnbreux cxernples aux ouvrages des nlagnétiseurs français. en particulier à ce11X ql1.iont été publiés de 1850 à 1870. » Parmi les sujets qJli ont été observés par ces auteurs, l)eaucoup, sans aucun doute, devaient être des llystériclltes, cela est quelquefois évident, mais, en général, il n'est pas facile de faire ce diagnostic rétrospectif. Dans rl'autres livres, oÙ.le caractère patll0Iogiqlle des sujets est pIllS évident et pIllS reCOllnu, on trouve également de nombreuses descriptions du .plléno111ène la suggestion. On In'aCCOI'(tera de bien que les anciellnes possédées qtli se roulaient en COl1Vlllsions et se cOllrbaient en arc de cercle devant le prêtre étaient (les lrystériques et l'on peut considérer quelques-uns des comptes rendus des exorcismes comme la description d'une expérience de suggestion. ()n dit au démon: «(Étends le pied droit de cetfe femme », et il ]'étendit tout. raicle; un docteur. de Sorbollne llli dit: « Cause lui du froid aux genollx », ]a femme répondit qu'elle y sentait un grand froid. On lui commancla de faire sept fois le signe de la croix
avec sa langlle, il obéit, etc.2 ) 0

Des faits de ce genre sont décrits, dans beaucoup d'oui. Autoniatisrne psychologique, 1889, 141, 245, 27'1. 2. DO~I. CAI.l\fET. Traité sur l'apparition des esp,"its et sur les vam}J.irrs, 175I, I, 2'12.

LA SUGGESTION ET LES ACTES SUBCONSCIENTS.

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vrages anciens1, Inais il faut arriver à des périodes plus récentes pour que la vérit.able nature de ces pllénomèncs soit reconnue. Brodie, en 1857, montre l'impOl~tance qlte prouvent certaines idées chez les llystériques; Despine e11 1840, montre cllez lIne 11ystériqlle,Estelle, tous ]es genres d'automatisme, e11particulier, l'irnitation s]Jéculaire, {(la main opposée de )a n131adesuivait tous les mouvements de ma main2 n. Husselllleynolds, en 1869, étlldie les paralysies depenllent of. idea. Hack 'f'uke en 1872, CIl. I\icllct, en 1875, montrent (le nombreux exemples de suggestions faites à des névropathese McCllarcot, surtollt dans ses grandes leçons de 1884 et 1885 sur les monoplégies hystériques s, a réuni la description et la théorie de ces pllénornènes; il a montré un grand 110mbrede paralysies et d~ contractures survenant cllez des 11ystériques à la suite d'une émotion et d'un « sl10ck » et a démontré leur véritable nature en le~ reproduisant artificiellement sur d'autres sujets. Depuis, M. Paul Ricller, dans «( la grande hystérie », 1885, et tous les auteurs qui ont parlé de ces malades ont JTIisen relief leur relnarquable suggestibilité. Dans le dernier livre de ce genre, M. Gilles de la 1'ourette rèSUlne tout l'état Inental des 11ystériques « en UIl selll mot gros de conséquences, la suggestibilite4-)). Peut-être ne seriolls-nous pas aussi affirmatif, car nous croyons qu'il existe dans l'Irystérie un certain nombre d'altérations nlentales antérieures à la suggestion, mais nous croyons qu'il y a dans cette pensée 'lIne grande part de vérité. La plupart des études sur les suggestions ont été faîtes d'abor(l pendant Ul1état particulier des sujets, le sornnambulisme. Mais beaucoup d'auteurs ont remarqué que ce
1. l)ar exen1ple, BEAucutNE de l'influence des affections de l'drne... : an VII, 141. - DEMANGEO~. l'i1nagination dans ses effets S'lUit De Lt o'Ill e et les ani1naux, 1829, 58. h m 2. DESI)HiE (d'Aix). Le 1nagnétisme anÏ1nal dans le lrailell1.enl des maladies nel'veuses, 1840, 144. 5. CUARCOT. du syst. nerveux, III, 542. ltlal. 4. GILLESE Li\.TOURETTE. 'l'ailé clinique et tluJ11tapeutique de l' hysD T térie, 1891, 492.

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ACCIDENTS IUENTAUX

DES HYSTÉRIQUES.

l'ait se produit chez certains sujets sans (lU.il soit 11éces.. saire de provoqller le somnamblllisme. 1\'1.Ch. 11icllett en '1882, 1\1.Bel';nheim en 18842, tVl. Cllarcot. ell 1885 ont

décrit de nornbreux exemples de sllggestions faites pendant la veille. J'ai pu 111e convaincre que ce phénomène élait très général chez les }lystéric!uesij. Cette ren1arque, très importante pOlIr la conception de l'hystérie, facilite attssi l'étllde de la suggestion.. Elle nous permet de séparer à pell près cornplètement la s11ggestiondu somnamblllisme, de l'étudier en elle-mêrne, pendant ]a veille, sans la compliquer en y àjoll1ant (les éléments étr3I1gers. Toutes' ]es sllggestions clont il sera parlé dans ce chapitre, à moins d'indications spéciales, sont donc faites pendant la veille. L'idée dont nous vOlIlonsétudier le développer11entanormal et exagéré est indiquée au~slljet par un nloyen d'expression qllelconqlle, le plus souvent par la parole. Cette reproduction expérirnentale (les idées exagérées des llystériques 'va nOllSpermettre d'abord de les répartir en quelques grandes classes et (le faire quelques remarq1les Sllr chacu11ed'elles. Il est difficile de classer t.ous les pllénomèncs qlle }'011 peut prOdtlire par' la suggestion; car, d'lIn côté, ils sont innOlllbrables et extrêmel11ent variés et, de l'autre, jIs se 111éJangentsans cesse les uns 3Ye(~les atltres sans présenter de différences bien trancl1ées. Le meilleur lTIoyende les énllmérer nOllS paraît être de les ranger d'après Ietlr ordre de complexité croissante et de distinguer: 10 des suggestions négatives; 2° des suggestions positives élémenlail'tes; 5° des s'llggestions c01n}Jlexes;4° des suggestions
géné1~alese

10 Suggestions négatives. - Par différents procédés et, C]1ezles sujets très sensibles, par simple affirmation, on pelIt supprirner en apparence complètelTICnt des phéno1. CR.RIcREr.Bulletin de la Société de biologle, 1882, 21. L'honlfllc. et l'intelligence, 1883, 523. 2. nJ~nNnEIi\J. la suggestion dans l'état hypnotique et dans ['élat De de veille, 1884. 3. Aulonlalisme psychologique, 1889, '17'5.

LA SUGGESTION

ET LES ACTES SUBCONSCIENTS.

{)

mènes psychologiques qui paraissaient jusque-là se produire normaleUlent. On peut faire l1aîtrc des al1estllésies de di verses espèces, des amnésies, des paralysies; en un mot, on peut produire artificicllelnent "des phériolnènes analogues aux stigl11atesordinaires de J'llystérie. Si on affirme au Stljet qu'il ne sent plus, qtl'il a perdll l'usage de ses sens, 011voit apparaître tOtItes les formes d'anestllésie : Je sujet peut être totalement insensible, Otl aveugle, Otl sourd et ces insensibilités sont assez profondes pour qlle des excitations violentes, des piqûres, des brûlures ne provoqllent plus aucune réaction. Une forte lumière projetée directement dans les yeux de Lucie la fail d' ordiné\ire tomber en catalepsie, qtland je lui ai suggéré ({ll'elle est avellgle, elle ne détollrne rnême pas le regard et continue à parler avec indifférence. Cette expérience rappelle eelle de lVI~I. llinet et Féré qui ont fait disparaître par sllggestion lIn gong dont le bruit Il'étai t pIllS alors entendu par le malade et ne provoquait plus la catalepsie. Quand la peall a été ainsi rendlIe insensible, il arrive quelqllefois que les points Jlystérogènes ont atlssÎ totalenlent perdlt lellr Înflllence ordinaire; quelqllefois cependanlla pression exercée StIr ces points, quoiC!lle non sentie par le sl1jet n'en arnène pas moins l'attaquee Ces anesthésies suggérées peuvent aussi prendre la forme localisée: on pelIt dessiner sur un bras ordinairement sensible des carrés e11affirmant au sujet qu'il ne sent plus rien à l'intérieur de ces figllres. Quoiqu.'il ait la tête déto.urnée et semble ne pas se rendre compte de l'endroit où il est piqué, il se plaint tOlItes les fois qll'on le pique en dell0rs de cc carré et ne sent rien quand la piqûre est. à !'inférietlr. Enfin les anestllésies suggérées peuvent être systénlatisées et n'enlever au slljet Q"U'lln certain nombre, un cerLain systèllle de sensations ou d'images en laissant parvenir à la conscience la connaissance de tous les atltres pllénoIIlènes fOllrnis par ce même sens. Cette expérience très clIrieuse a été l'objet d'lIn grand nombre d'études aussi bien de la part des anciens inagnétiseurs fiue des

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ACCIDENTS

~IENTAUX DES IIYSTÉRIQUES.

modernes 11ypnotiseursi. J'ai décrit alltrefois, au déblIt de mes éludes sur ]'anestllésie, un grand nombre d'observations sur ce fait2, je crois inutile de les répéter ici car ce sont des recllerclles plus psycllologiqucs que cliniqlles. Les amnésies peuvent être provoquées de la mêlne manière que les anesthésies; on pourrait sans aUCllndoute provoquer des amnésies générales, Qlloiqlle cela ait été fait rarement; plus souvent on suggère au nlalade d'oublier une période de sa vie ou bien certains événements déterminés. J'ai connu une 11ystérique qui, pendant qllinze ans, a oublié certains événements graves de sa vie dOll! un magnétiseur lui avait supprimé le souvenir. L'anlnésie s-ystématisée est encore ici Întéressallte et, grâce à elle, le sujet qui conserve toute son illtelligence a perdtl la mémoire d'un acte, d'un mot, de SOlInom même, tandis qu'il se souvient de tout le resteS. Enfin il est tout naturel que l'on puisse suggérer des paralysies variées qui ne SOlltici qu'une variante des amnésies précédentes. On sait comment M. Cllarcot, dans ses leçons de 1884, provoquait StIr des Irystériques éveillées et même StIr une llystériqlle éveillée, Hab, des mOll0plégies expérimentales pOlIr montrer ]a véritable nature des accidents traumatiqlIes de Pin. et de Porc. M. Cl1arcot rernarqllait fort bien et avec beaucouI) de prudence que ces paralysies sllggérées peuvent différer d'aspect el suivant les sujets s'accolnpagner ou nOll d'anestllésie tactile et muscu-

laire ". Je l'ai vue quelquefoisen effetseproduire seule sans
anestllésie, comme cela arrive d'ailleurs exceptionnellement, même da11sles pétralysies naturelles par fraumatÎsmee Il y a eu cette année dans le service de la Salpêtrière un exemple de ce genre, mais cela est certaÎn£1ment rare et M" Cllarcot a bien décrit la forme générale de ces nl01101. Voirl'historique de cette question. Autom. psych., 271. 2. L'anesthésie syslélTIê1tisée la dissociation des phén. psycho!. et Revuepltilosophique, 1887, I, 449" 3. Cu. RICHET. Expériences d'amnésie. L'homnze et l'intelligence,
1R84, 539. - PAUL RICIIER. I-Jagrande ltyslé1'ie, 1885, 740. 4. CHARr:OT. syst. ne1'V., III, 553. Mal.

LA SUGGESTION

ET LES ACTES SUnCONSCIENTSe

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plégies suggérées; elles s'accompagnent d'une anesthésie tactile et Sllrtout musculaire de tout le membre limitée par lIne ligne à pell près circulaire et perpendiculaire à l'axe dll mernbre 1. Les cIloses se sont passées ainsi cl1ezplusieurs sujets.à Clllij'avais fait cette suggestion pour la première fois. Les anciens magnétisellfs avaient déjà remarqué que l'on peut défendre à UIl Sllj~t de faire lIn certain mouvement, de prononcer tel mot, all d'écrire telle lettre. « Un individu ne peut arriver à écrire la l,ett1'eA, il la supprime quand il écrit son nom!:. ) Il est facile de comprendre comment un sujet clui pellt faire de son bras tous les rnouvements possibles, sauf ceux qui sont nécessaires pour écrire lIn A, ressemble au sujet qtli peut avec son œil voir tous les objets, sauf une seule personne désignéeS9 Tous ces phénolnènes produits par la suggestion négative ressemblent fort aux stignlates natllrels de l'hystérie.. Il ne faudrait cependant pas trop se hâter de conclure il une identité absolue. 2° Suggestions positives élé1nentaires. - Une idée suggérée par la parole all lieu de supprimer des pllénomènes psyclloIogiqlles réels les produit et les auglnenteo On peut suggérer ainsi des attitudes et des mouvements, commander au sujet de maintenir son bras en l'air ou de répéter indéfiniment lIne mê111eoscillation. Il le fera sans pouvoir spontanément ni baisser son bras ni arrêter le Illouvement; dans certains cas, cette attitllde perlnanente dcvielldra une vraiè contracture. Ce phénolnène ressemble un peu aux catalepsies partielles que nous avons déjà étudiées; en réalité, les différences psycllologiques sont assez profondes4-..On n'observe ici, il moins d'éducation spéciale, ni la même anestllésie 5, ni la Inême immobilité sans
1. CUARCOT. 1tlal. sysl. ne1~V., 111,548. 2. Dr PUILIPS(Durand de Gros). COU1"Se Br-aidislne, 1860, 120. d 5. Autom. psych., 556, 557.
4. Aulol1~. psych., 146.

5. PITRES. Leçons cliniques sur l'hystérie, II, 548.

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ACCIDENTS l\IEl'4TAUX

DES IIYST~RIQUES.

fatigue, ni la mêllle inconscience. On peut provoquer. aussi, par ce n10yen, un nOllveau pllénomène, ]'Jlallucination: le slljet exprilne par son attitllde et ses paroles, qu'il éprolIve à propos de ces suggestions, tOlItes espèces de sensations falIsses. On lui fait cntendre ainsi le son des cloches, des cllants. des fanfares, on lui fait voir des fleurs, des oisea ux, sentir des odellrs, apprécier des goûts, sOlllever des fardeallx in1aginaires, etc. En lIn mot OIl provoque dans sa consciericr tOllS les pllénomènes qui d'ordinaire correspondent à des impressions réelles faites SlIr les différents sens. Ces hallucinations sont ordinaircmel1t violentes et aussi vives ({lIe seraient de vérilables sensations. ()uelqllefois.. all contraire, l'llallucin3tion sera faible, en apparence lointaine, et pourra se comporter COlllmelin SOlI enir faux plutôt ql!e comme line sensation v fausse. « Dans le somnall1bulismc et r11ypnotislTIe,disait autl~efois 1\1.rraine J, le patient ({ui est devenu très sensible à la slIg'gestion est sujet à de semblables illllsions de la ]némoire; on llli annonce qu'il a comrnis tel cl~ime et sa figure exprilne 1'11orreur et l'llffrei. » Les mOllvemenl.set les Ilallucinations sllggérées SOlltdes pl1énolnènes tiUlnèrne genre qui s'accompag'oellt à peu près. contintlellenlent et présentent un dé veloppe111cnt parallèle 2. 5° Suggestion.~COln]J/exes. Les suggestions sont rarefilcnt aussi priIIlitives, . elles renferll1ent presque toujollrs. UIl certaill nombre dïn1agcs el de mouvements. Si l'on sllggère à Bertlle qu'elle est au bal, elle cesse de voir la cllanlbre où elle se trouve et les objets qu'elle renferme, c'est la partie négative de la sllggestion; elle voit une salle de bal, des personnes, des costumes, elle rit, elle salue et danse, etc. Il y a là un ensen1ble considérable de pllénomènes psycllologiqlles (lui se développe dans son esprit. On trouverait dans tous les ouvrages de nombretlX exernples de ces suggestions qlli se compliquent. spontanément. C'est là ce qlli rend souvent ces rêves milnès si amusants CIlland
'1. TAI~E.Intelligence, 5° édit., 1878, II, 222. 2. AUt01U.psych., '14~.

LA SUGGESTION

ET LES A.CTES SUBCONSCIENTS"

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on fi affaire à lIn sujet vif et assez intelligent. Je ne veux insister que sur un point, c'est l'association étr'oite' qui existe entre les différents éléments de ces rêves. Quand à plusieurs jours d'intervalle, on répète au mênle sujet la même sllggestion, on obtient à peu près exactement la même scène: les mêmes actes, ]es mêmes paroles se reproduisent au mème Inoment. Il y a là une série de faits enchaînés les uns aux autres d'une façon presque indissoluble. Quelquefois, cette 11nionde phénomènes différents amène ties détails cllricux qui ont été signalés à plusieurs reprises: des frissons, des nallsées et mênle des vomissements peuvent former partie intégrante de 'ees rèves et sont provoqués par de ~ertaines images. Des mouvelne11ts de la bou<os elle, des l1arines, des sourcils, des paupières accompagnent certaines hallucinations. La sensibilité 011l'insensibilité de la cornée, des mOllvements même de la pllpille se prodllÎsent quand le sujet a telle ou telle hallucination, quand il croit regarder tout près ou très loin!. TOllt l'organisme comme tOtlt l'esprit semble prendre part à la suggestion. De cette association doesim3ges dans une suggestion complexe, résulte un pllénonlène extrêmement grave, c'est Qll'il suffit de faire l1uîtrc d'llne façon qllelconqlle dans l'esprit du sujet un des ternles de cette série pOlIr qu'allssitôt tous les autres se produisent régulièrement à la suite. Or, dallS de pareilles suggestions complexes, soit qu'on l'ait voulu expressément, soit que cela résulte du J13sard, entrent souvent de véritables sensatio11s qui font partie de la' cllaine des phénomènes. Une douleur dans un membre., la sensation de elI0e est associée de cette façon avec l'idée de maladie, de fracture, d'impotence, et M. Cllarcot a montré, il y a-qllelques années; à une époque OiltOllSces pllénomènes psychologiques étaient bien moins connus qu'au.. jourd'}luÎ, « qlle l'on pèut produire des paralysies du bras cl1ez les malades sugge~tibles, non plus cette fois au -moyen d'une injonction, Inais en faisant intervenir lIn agent ana1e FÉnÉ. Arch. neurol., 1882, J~ 286.

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ACCIDENTS

l\IE~TAUX DES II.YSTÉRIQUES.

logue à celui qui a déterminé ]a monoplégie 3ussi bien chez Porez, qlle cllez Pin, c'est-à-dire lIn simple elIDe sur }'épaule 1. »

Si je dis à Marie qu'elle verra un papillon tl~averser la cllambre quand l'lleure sonl1era, Otl qu'elle verra UI1oiseall sur l'appui de la fenêtre: eJle ne voit le papillon qu'all Inoment 011 l'hcllre sonne et Il'aperçoit l'oiseau que sur l'appui de la fenêtre et non ailleurs. Un mot C!llia été prononcé, 'un signe, un attouchement d'une partie du corps sont incorporés dans l'ensemble de la sllggestion. Et dorénavant, il suffira de provoquer volontairement ou involontairement cette même sensation pour que la suite de la suggestion se déraule quelquefois 3U grand étonnement de l'opératellr qlli croit constater la manifestatioll d'llne loi pllysiologiqlle très extraordinaire. Si, au monlent où vous faites naître dans }gesprit des images gaies qui provocIuent le rire, vous pressez un point déterminé du corps, il va se produire dans la suite un fait étrange, c'est que le sujet se nlcttra à rire toutes les fois qlle l'on toucllera le même point: il faut .éviter d'illventer à ce propos un point idéogène. Ces 'sensations qlli font partie d'llne suggestion COID-. plexe et qui, par leur seule présence, en amènent tOllt le développement ont reçu un nom bien significatif. On les a appelés des.points de l:-elJèreet les suggestions où elles
interviennent des sU9gestiorts à points de repè1~e<&lles sont E

des pIllS importantes et pour produire et pour explicluer certains faits; i~ est, à mon avis, impossible de rien conlprendre aux divers accidents de l'hystérie si on n'a pas constamment présente à l'esprit la pensée de ce pllénQ-' mène. Je ne signale ici que des exemples em'pruntés aux suggestions artificielles. Voici une expérience bien COnnl[~ qui s'explique de cette manière: 011montre à un sujet urn portrait imaginaire sur une carte en apparence toute: blanclle, et on confond ensuite cette carte avec plusiellrs: autres; le sujet retrouve presque tOlljours le portrait sur la} rnènle carte qu'on lui a montrée et dans la même position,
'1. CUARCOT. Mal. du syst. ner".., III, 554.

IJA SUGGESTION

ET LES ACTES SUBCONSCIENTS.

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c'est qlf.'il reconnait sans doute le papiel' à queI(Iues petits signes caractéristiques. En effet, le slIjet se tronlpe dès que l'on Cll0isit des papiers biell semblables et quand on évite de froisser celui qu'on lui présente. ~I~.f.Binet et l?éré, dans leurs expériences si originales de la lorgnette, du miroir, du prisme1, ont montré que si le point de repère varie d'llne manière quelconque, grandit, dirninue, se dédOtlble, 1'11aIlllcinution a1lra exactement le même sort. Si on a montré à L11cietIn serpent enro1llé autour de la larnpe, elle verra dans la glace un second serpent ainsi Qll'tlne seconde lampe. J'ai rapporté ailleurs bien d'alllres exemples de ce mêllle phénomène, je ne les rappelle ici que pour montrer sa très grande importance pratique~ 4° Suggestio'ns gériéraleso - Je donne ce 110m à un dernier degré de complication de la suggestion. Les phénomènes psychologiques qllÎ la composent deviennent si nombreux qu'ils remplissel1t complètement l'esprit et le transfornlent entièrement. Un exemple tiendra licll de description: lVlarguerite est tIne jeune fille de vingt-trois ans qlli est à la Salpêtrière depuis plus d'u~ an et qlli, par conséqtlent, nous connaît tous très bien. Elle a ell une série d.accidents hystériq1les, contracture, œdème bleu, attaCflles qui l'ont rendue fort malade; elle présente tOllS'les stignlates de l'Ilystérie, anestl1ésie tOllt à fait complète de tout le côté droit, anest11ésie musculaire telle qll' elle est incapable de remller son bras droit sans le voir et qll'elle le laisse dans des postures cataleptiques quand on le ~éplace à son insu, rétrécissement du champ visuel à 55 degrés, etc. Ell bien, je lui dis simplement, en insistant un peu sur ce simple mot: « Bonjour, ~{argot ». Elle a tIne petite secousse et elle. cllange de visage. Comme elle me regarde d'un air étonné, je lui demande ce qu'elle a et ce qui l'inquiète:
«(Mais, je ne vous connais pas, monsieur.

-

Comment, tu

viens de me voir ce matin. - Mais non, ce matin j'étais en classe et j'ai fait mes devoirs. » Surpris de ces réponses, je
1. FÉnÉ. A1.chives de neurol., 1882, I, 295. l1tagnétis'tne anil1lal, 1887, 167. BINETet FÉnÉ. /"e

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ACCIDENTS MENTAUX

DES HYSTÉRIQUES.

l'cx3mine plus attentivement et je ln'aperçois cfu'ellc a cOlnplètcment oublié la Salpêtrière, sa propre l11aladie,tout ce ({n'elle a fait dans ces dernieres années et ({ue, :1l1 contraire, elle se souvient de son enfance avec une précisioll étonnante. Bie11plus, Je constate qu'elle n'a plus aucun stigmate hystériqlle : elle crie dès que je pince S011 bras droit, elle le remue sans le VOil'et ne garde pIllS les poses cataleptiques, elle a un champ visilel qui est devenu absolument nornlal.~ Que s'est-il donc passé? I] suffit de lui demander son âge: « J'ai 11uit ans», nous dit-elle. 'fout s'explique, le mot « Margot» est le nom qll'on lui donnait à la pension ql1and elle avait l'âge de huit ans, et ce mot prononcé par nous a réveillé dans son esprit tout le systèlne énorme de souvenirs, d'images et même de sensations auquel il était lié~ Même la sensibilité tactile et lTIUSCUlaire du côté droit, qui semblait disparue de la conscience, mais qui existait latente, comme 110USle savons, s'est réveillée, s'est rattacllée à la conscience. personnelle pour reconstituer le systènle complet de Margot à huit ans à la pension. J'ai montré que l'on peut quelquefois ramener ainsi les sujets it difi~erentsâges et constater tous ]es états divers de la sensibilité par lesquels ils ont passé, ainsi qlle

les causes de toutes les modifications.Mo Pitres f a très bien
étlldié un état de délire, q"u'il appelle déli1~eeC1nnésique, dans lequel le sujet semble revivre une période de sa vie passëe. Il a constaté également que leg stigmates 11ystériques présents disparaissent dans cette période de délire et que le malade, entièrement transformé, reprenait en entier un état psycl10Iogiqlle aIltérieure On peut 3llssi rattac]ler à ces suggestions générâles, les nlodifications de la personnalité qlle les magnétiseurs ailnaient à produire da11sleurs séances et que 1\1. Il. Riclleti C a si bien (lécrites. Le slljet, suivant le rêve qu'on lui suggère, se trOtlVetransformé ell prédicateur, en général d'armée, etc. Ce sont là, hien entendu, les mêmes pllénomènes qlle pré1. PiTRES. eçons cliniques sur l'hystérie, II, 2D3. L 2. Cu. RICHET. 1/ho1n1neet l'intelligence, 1885, 233..

LA SUGGESTION

ET LES ACTES SUBCONSCIENTS.

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cédemment, Inais ils ont grandi et peu à peu ont transformt~ tout l'esprit. Je ne décrirai pas ici les -effets physiologiques que pellvent avoir les suggestions; quelques-uns, comme les rubéfactions de la peau, les brûlures, les vésicatoires, sont

aussi certains qu'ils sont étranges 10 Leur étude amènera

probablèment plus tard J'intelligence des phénomènes organiques et viscéraux que l'on observe si souvent cllez les hystériqlles. Dans cet ouvrage je n'ai pas à sortirrle l'exame11 de leur état mental. Cette revue rapide des pllénomènes de suggestion nous a montré des faits en apparence très différe11tsles uns des autres. Ils avaient toûs, cependant, le grand caractère signalé au début. Ces idées, qui s'accompagnaient d'actes~ d'hallucinations, de rêves complexes, de modifications de toute la personnalité, prenaient évidemment dans l'espl'Ït une place exagérée. Elles dépassaient, elles effaçaient les autres pensées ]lormalement développées.. Cette description a permis de constater, sinon de cOInprendre, la sugges.... tibilité qui est si générale et si forte cllez les llystériques.
2. CARACTÈRES PSYCHOJ..OGIQUES DE LA SUGGESTION..

~

Les suggestions ont-elles des caractères psychologiques qui leur soient propres? doivent-elles être distinguées des alltres phénolnè11es qui se passent dans l'esprit humain? Certains allteurs ]'ont nié complètement; ils ont dit que la suggestion était un fàit moral quelconque et qu'il n'y avait aucune distinct.ion à faire. « Je définis la suggestion, dit M. Bernllcim : c'est l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui 2. » Tout cc qui entre dans l'esprit par un sens qtlelconque, tout ce qui I~stprovoqué par les associations d'idées, par la lecture, par l'enseignement, tout ce qui est inventé par le Stljet lui-même,
,[. Autoln. psyclt., 165. 2. nER~HEnl. Hypnotis1ue, 18ûfL 24. 2

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