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L'être et l'écriture dans la psychologie jungienne

De
157 pages
L'écriture en tant que symbole est tout indiquée pour aider à décrypter la Psychologie des Profondeurs dont Jung ouvre la voie. Sa Psychologie Complexe permet de passer du signe visible à l'interprétation de l'invisible, c'est-à-dire des signes répertoriés et utilisés par tous les graphologues à un essai de compréhension des phénomènes inconscients, se traduisant dans le comportement. Dans cet ouvrage, à chaque exposé théorique des grands concepts jungiens, succède une partie graphologique, que l'on peut comparer à l'interprétation des rêves dans la thérapie jungienne.
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L'ÊTRE ET L'ÉCRITURE DANS LA PSYCHOLOGIEJUNGIENNE

Première édition (g MASSON, Paris, 1990

(g L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7750-3 EAN 9782747577502

MONIQUEGENTY

L'ÊTRE ET L'ÉCRITURE DANS LA PSYCHOLOGIE JUNGIENNE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ItaIia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALIE

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

1. La dynamique de la Psyché: la libido. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les lois de la libido. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les formes de la libido. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Le Moi et l'adaptation du conscient au monde extérieur. . . . . . . . . . .
Les types d ' attitude. ...: ....................................

7 10 21 33
34

Les fonctions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3. L'adaptation au monde intérieur ou l'intégration de l'inconscient. ..

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65 68 95 136 143 145 147

L'inconscient personnel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'inconscient collectif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le Soi. . . . . . . . . . . . . . . . '. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. CONCLUSION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . BIBLIOGRAPHIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. INDEX ALPHABÉTIQUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. ..

INTRODUCTION

Cet essai est le fruit de hasards remplis de sens que Jung nomme « synchronicités» et qui, au cours de 30 années de fréquentation et d'approfondissement de cette œuvre riche mais touffue, ont suscité pour nous bon nombre d'étonnements et d'émerveillements. Une mise en forme claire et méthodique de la pensée de Jung est difficile et la conception en fut longue de par le nombre d'approches possibles. Celle-ci est faite en fonction de notre tempérament, et c'est là la caractéristique de la pensée jungienne que de pouvoir être lue et comprise à différents niveaux selon les individus. Les auteurs d'ouvrages ou de conférences, traitant de ce sujet, prennent toujours la précaution de dire « selon mon expérience» ou «d'après ce que j'ai
compris de la pensée de Jung ». Chacun fait donc apparaître une facette de l'œuvre en fonction des résonances qu'elle peut avoir en lui. L'interprétation n'est pas universelle, mais dépend de la typologie de celui qui la commente. L'aide de tous ceux qui ont écrit sur lui a été très utile pour élargir notre propre vision, mais elle reste néanmoins subjective. De façon générale, l'art d'un bon pédagogue devrait être de savoir transmettre un message compréhensible par tous, quel que soit le mode de fonctionnement de chacun. Le grand principe de Jung est que la vérité n'est pas absolue, mais relative, et c'est ce qui a été à l'origine de ses «Types Psychologiques». La lecture directe de son œuvre apporte d'ailleurs plus de confusion que de réelle clarté et, de ce kaléidoscope, il a fallu faire un tout cohérent, au risque de systématiser et d'en donner une optique réductrice, celle en particulier d'une graphologue et non d'une analyste jungienne. Mais cet ouvrage n'est en aucun cas un aboutissement. C'est plutôt une ouverture et un apport modeste à ceux qui cherchent une parcelle de vérité aidant à vivre, un f11conducteur à leur existence, non pas en fonction d'une vérité unique mais en tenant compte de la multiplicité des aspects de la nature humaine. Par son œuvre, Jung a eu l'impression «d'être l'accoucheur d'un processus intérieur naturel de réalisation de soi, qui se déroule de façon très différente suivant la diversité des individus et des destins [ 18] » (M.L. von Franz). Constatant que selon les malades, il fallait employer un langage différent, Jung,

dans son ouvrage« Ma Vie» [ 12] dit avoirutiliséles méthodesde Freud et d'Adler,

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Introduction

selon les besoins. Il rejoint, dans cet ordre d'idée, Klages qui pense que « le monde est assez grand pour que plusieurs philosophies soient vraies» [45]. Certains ont considéré qu'il n'avait pas l'esprit scientifique puisqu'il introduisait un principe de relativité peu sécurisant et qu'il n'arrêtait pas de se poser des questions, les réponses restant bien souvent en suspens. Quelques certitudes bien affirmées auraient été plus rassurantes, mais il revenait constamment sur ses intuitions et modifiait à la lumière de l'expérience la définition d'un concept, ce qui ne facilite pas une approche cartésienne de son œuvre, mais par contre ouvre considérablement l'esprit sur l'immense richesse de la nature humaine. De sa tendance naturelle à dialoguer avec l'Inconscient dès son plus jeune âge, il avait établi ses propres concepts avant sa rencontre avec Freud. Si ce dernier n'a jamais voulu prendre en compte les notions de celui qui tùt ensuite son disciple et son plus ardent défenseur - avant la rupture - Jung, en revanche situe ses recherches dans la continuité de celles de son maître, avec cependant le désir de s'en affranchir pour poursuivre sa propre route. Il a laissé à la psychanalyse freudienne le soin de régler les problèmes de refoulement sexuel des premières années de la vie, reproche fondamental qui lui a été fait par Glover dans son virulent pamphlet « Freud ou Jung» [24]. Il prend, lui, en compte les racines du conflit contemporain: ce qui amène un individu à sombrer dans la névrose. A la démarche rétrospective et causale de Freud, il apporte un complément dynamique et frnaliste. De plus, Freud étant neurologue, il n'avait guère dans sa clientèle à s'occuper que de névroses qui sont des perturbations de l'Inconscient Personnel; Jung, en tant que psychiatre, était confronté jour après jour à la psychose, qui ouvre sur l'insondable Inconscient Collectif, mettant les malades directement aux prises avec les forces primitives et archaïques de l'instinct. Outre la difficulté, pour un Allemand de religion juive, de comprendre un Suisse de tradition protestante, Freud ne voulait pas non plus faire la moindre concession au dogme de la théorie sexuelle. IlIa considérait comme un « bastion inébranlable contre l'irruption toujours possible des flots obscurs de l'occultisme », en l'occurrence le mysticisme de Jung, avec sa théorie des Archétypes. Alors que Freud se concentrait uniquement sur le contenu matériel et biologique de l'Inconscient Personnel, Jung, sans pour autant le négliger, y ajoute la découverte d'un Inconscient Collectif, porteur des Archétypes communs a l'humanité. Conscient qu'il ne pouvait traiter les psychoses latentes sans en comprendre leur symbolique, il s'est minutieusement penché sur l'étude de la mythologie, puis de l'alchimie, ce qui l'a effectivement rendu suspect aux yeux de certains scientifiques. Pour Jung, l'inconscient est un réservoir considérable d'énergie. L'œuvre d'une vie devrait en être la prise de conscience et l'utilisation de tout ce potentiel dans un but positif et créatif, les symptômes étant des tentatives de parvenir à de nouvelles synthèses porteuses de sens, et non pas la manifestation de forces destructrices et répressives. Il est vrai qu'il a mené cette investigation de l'âme humaine de manière un peu désordonnée; c'était un empiriste qui avait besoin de vérifier sur le terrain ses intuitions, aussi son œuvre abonde-t-elle en digressions et exemples de tout genre, glanés au cours de son expérience thérapeutique et de ses voyages. Il se comportait comme un explorateur, à la découverte de terres vierges, avec des allers et retours, des redites, des hypothèses plus ou moins prouvées et abandonnées en route; il
..

Introduction

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tourne autour d'un sujet comme un oiseau autour d'un arbre, et il a une démarche non pas linéaire, mais en spirale. Il est donc nécessaire d'avoir un fil d'Ariane pour se retrouver dans la complexité de certaines notions et dans leur articulation logique, d'autant plus que son style est souvent obscur, un peu ésotérique, mais sous la gangue fibreuse apparaissent quelques lumineuses vérités. L'idée sous-jacente de toute son œuvre est l'intégration au Conscient des contenus de llnconscient par l'unification des Contraires, les étapes du processus se succédant selon un ordre relativement déterminé. C'est tout naturellement celui-ci qui sera adopté dans cet ouvrage qui essaie de clarifier les données de la psychologie jungienne; celle-ci apporte une dimension supplémentaire à toute autre caractérologie, en ce sens qu'au-delà du Conscient, elle cherche à percevoir le rôle - le plus souvent perturbateur - de l'Inconscient. L'orientation générale sera effectivement, psychologique, puisque c'est cette dimension même que Freud et Jung ont introduite dans la psychiatrie qui était alors

exclusivementsymptomatiqueet médicale. « A la connaissancequi est scientifique,
froide et objective, vient s'ajouter la compréhension qui est chaleureuse, subjective et participative» Jung (Présent et Avenir) [4]. Cette approche est destinée à des graphologues et à ceux qui veulent s'initier aux principaux grands concepts jungiens; l'aspect analytique de l' œuvre ne sera que suggéré et ramené à une utilisation concrète afin d'aider à l'interprétation de certains types d'écriture, en ouvrant des horizons permettant de se poser des questions. Mais les réponses ne seront pas toujours données et, en tout cas, pas sous forme de recettes valables de manière figée ou universelle, ce qui serait contraire à l'esprit de Jung lui-même: «Je ne puis qu'espérer et souhaiter que personne ne sera jungien. Je ne défends pas de doctrine, mais décris des faits et propose certaines affirmations que je tiens pour susceptibles d'être discutées. Je n'annonce pas d'enseignement tout prêt et systématique, et j'ai horreur des « suiveurs aveugles ». Je laisse à chacun la liberté de venir à bout des faits à sa manière car je revendique également pour moi cette liberté» écrit-il en 1946. La complexité de sa typologie ne permet pas d'établir de règles absolues, c'est plutôt une sensibilisation au fait que le comportement est bien souvent régi par des pulsions inconscientes qu'on ne maîtrise pas; c'est à ce jeu subtil qu'il va falloir se livrer. Tout ce qui concerne donc la thérapeutique et l'analyse des rêves ne sera pas abordé et sera également évitée une terminologie difficile, ou « mots de puissance» comme les désignait Jung. Le but de cet ouvrage étant de faciliter la compréhension de cette pensée si touffue et prolixe, mais aussi de permettre un cheminement personnel vers l'Individuation. Le but de toute vie, pensait-il, est d'atteindre à la Réalisation, au Soi, à la Totalité, et c'est l' œuvre en particulier de la seconde moitié de l'existence, alors que tout semble bouché et terminé; c'est ce qui ouvre des horizons et apporte une lumière et un espoir dont notre monde contemporain matérialiste et pessimiste, semble bien dépourvu. René Huyghe dans son livre « La nuit appelle l'Aurore» dit que notre monde actuel a remplacé les aspirations de l'homme par des appétits et des désirs. Ce sont ceux-ci dont Freud a pris conscience, mais sans apporter une solution qui grandisse l'homme; il a négligé la question archétypique du Sens au profit de certitudes immédiates. Jung ne se pose pas pour autant en métaphysicien, mais il a mis l'accent

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Introduction

sur le besoin religieux et spirituel qui est une fonction aussi naturelle chez l'homme que l'instinct sexuel. Et ce qui caractérise l'homme, c'est le développement, l'intégration de l'Inconscient au Conscient. La psychanalyse freudienne est une aide précieuse, indispensable même pour certains, mais elle ne répond pas totalement à l'attente de ceux qui cherchent un sens à leur vie et une prise de conscience effective de leur monde intérieur. Le but de Jung est de faire découvrir à chacun sa caractéristique individuelle et de l'aider à accomplir sa destinée sans qu'elle soit imposée par la norme collective, le « On », et ceci afin de devenir « in-dividué », c'est-à-dire non-divisé. La démarche de Jung est à la fois personnelle et collective. La première étape est la détermination des caractéristiques individuelles, et de voir comment elles permettent de s'intégrer au monde extérieur. Il s'agit ensuite d'assimiler les contenus de son propre inconscient pour être au clair avec soi-même et atteindre ainsi à la Totalité. Cette démarche n'est pas égoïste ni égocentrique, mais permet une «clarification du regard», une «participation mystique» à l'Humanité toute entière par l'intermédiaire des images archétypiques, état auquel Jung a donné le nom « d'identité archaïque ». Comme dit H. Saint-Morand [54] : « pour se réaliser, l'individu doit remplir deux conditions, faire l'unité en lui-même et fondre cette unité dans le tout». Les quelques références littéraires ou artistiques illustrent bien l'apport de l'Inconscient Collectif et du fonds commun de l'Humanité, mais c'est aussi une incitation à élargir l'horizon culturel du graphologue au-delà de sa technique. La culture étant, dit Pierre Emmanuel: « L'art de créer ensemble un sens commun a l'existence», ce qui explique peut -être l'engouement très actuel pour les Grandes Expositions, «signe sociologique qui avoue le besoin de notre époque» (R. Huyghe).
L'écriture en tant que Symbole, est toute indiquée pour aider à décrypter la Psychologie des Profondeurs dont Jung nous ouvre la voie. Plus les connaissances des graphologues seront étendues et plus les portraits seront « riches et ressemblants» dit A. Teillard, et G .E. Magnat ajoute « on ne trouve dans une écriture que ce qu'on y cherche, et on n'y cherche que ce que l'on connaît. » L'acte créateur du graphologue consiste à se servir d'un vocabu-

laire de signes « comme le compositeurunit des notes de musiquepour composerune fugue
ou un menuet. » (L'Arne et l'Écriture [55], p. 14). La Psychologie Complexe de Jung qui désigne sa doctrine de psychologue, doit aider à passer du signe visible à l'interprétation de l'invisible. Les signes visibles, répertoriés par Crépieux -Jamin, sont connus et utilisés par tous les graphologues, quelle que soit leur école; c'est la base commune, les notes de musique, les touches de couleur permettant toutes les compositions. Passant de Crépieux-Jamin à la graphologie allemande et suisse, on passe de l'application d'une caractérologie tempéramentale, comme celle de Le Senne décrivant le conscient, à une typologie de l'inconscient, comportementale et qui est celle de Jung. A la partie théorique exposant les grands concepts jungiens, succédera, pour chaque chapitre, la partie graphologique, celle de l'interprétation, que l'on peut comparer à l'interprétation des rêves dans la thérapie jungienne, et qui fait appel à des connaissances approfondies, sinon à la Mythologie ou à l'Alchimie, comme le faisait Jung, du moins à une vision élargie de la psychologie et des grandes lignes de la psychanalyse. Plus le graphologue est évolué, plus il est capable de «voir» dans l'écriture des autres et plus il est à même d'éviter les projections qui modifient une interprétation objective. Dans les correspondances graphologiques des différents concepts jungiens, il sera donné une première impression qui fixera l'idée-maîtresse, puis seront indiquées les quelques

Introduction

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espèces jaminiennes permettant de décrire le caractère, c'est-à-dire le Conscient et ses manifestations visibles, ensuite les interprétations de Klages, Pulver et Hégar, qui ont introduit dans la graphologie la dimension de l'Inconscient et de la Psychologie des profondeurs. Klages fait passer ses conceptions philosophiques, Pulver introduit le symbolisme de l'espace et Hégar, celui du trait avec son expressivité. Dans les références graphologiques, la part sera faite belle bien sûr à A. Teillard, la seule disciple ayant connu Jung à s'être penchée sur la graphologie; on y ajoutera également les recherches de J.-Ch. Gille-Maisani sur les Types Psychologiques, dans ses différents ouvrages, et les nouvelles espèces qu'il a contribué à définir. Les travaux qu'il a menés avec F. Lefebure sur Szondi, permettront de faire quelques rapprochements éclairants. Des articles anciens de A. Teillard parus dans « La Graphologie» ont la valeur d'inédits et ont permis d'articuler certaines notions complexes. Les recherches de CI. Boureille, qui lui appartiennent en tant qu'analyste, ne seront qu'évoquées ici. Certaines hypothèses sont à l'état de recherche et incitent à l'instar de Jung lui-même à se poser des questions au-delà du visible, et avec le plus d'objectivité possible. Cet essai est œuvre de compilation et non de création personnelle, les nombreuses citations ont pour but d'entrouvrir des portes. Pour la partie psychologique, outre les références à l' œuvre de Jung elle-même principalement [ I] et [2], et à celles de biographes ou disciples, le canevas général de l'ouvrage est largement inspiré du livre de Y. Jacobi: La Psychologie de C.G. Jung [26] et des notes et préfaces éclairantes de R. Caben. Le graphologue voit moins les réactions extériorisées, la conduite, que les motifs de celle-ci, et cet ouvrage veut mettre l'accent sur le fait que le comportement est bien souvent

régi par les pulsionsinconscientesque l'on ne maîtrise pas. « L'écriture est un acte réflexe,
par lequel l'Inconscient s'exprime sous le contrôle du Conscient» (M. Resten, Méthode de Graphologie [53]). Avant Klages, comme le dit Hégar, « la graphologie ne connaît pas la différence entre expression et représentation, et est quant à l'essentiel naïvement expressionniste» [44]. Jung nous apprend que l'expression du Conscient, qui a la volonté à sa disposition, est bien souvent perturbée par l'action sous-jacente de l'Inconscient que l'on subit. Mes remerciements vont à M.L. Bretagne, ma grand-mère aujourd'hui décédée, qui a passé le premier examen de La Société de Graphologie en 1947. Elle fut mon premier professeur, il ya plus de 30 ans et m"initia à la pensée de Jung. Ma réflexion graphologique et humaine ne s'est pas faite en solitaire mais avec tous ceux et celles que j'ai rencontrés, qui ont participé indirectement à mon cheminement et auxquels j'exprime ma reconnaissance.

Note: Pour une lecture à deux niveaux de cet ouvrage, la partie théorique est en caractère normal, la partie graphologique est en petit caractère.

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LA DYNAMIQUE DE LA PSYCHÉ: LA LIBIDO

La Psychéest un mot grec signifiant « âme », mais pour Jung cela implique la
totalité des processus psychiques conscients et inconscients. Il s'agit donc dit Y. Jacobi « de quelque chose de supérieur à l'âme, de plus vaste que l'âme, celle-ci n'étant pour lui qu'un complexe délimité de fonctions ». L'âme fait donc partie de la Psyché et c'est à cause de ce qu'elle représentait, comme besoin spirituel, que Jung a éprouvé la nécessité de s'adresser à tout homme qu'il soit malade ou non, afin de l'aider à progresser. Les grandes découvertes au sujet de l'Inconscient ont eu lieu aux alentours de 1900, « à une époque de l'histoire de l'esprit où la pensée technique avait pléthore d'aliments, alors que la pensée de la Connaissance de l'Arne manquait du nécessaire» (Klages [45], p. 30). Ce début de siècle fut une époque de trouble et de malaise de la culture européenne, et l'irrationnel commence à acquérir droit de cité, avec le Symbolisme en peinture et en littérature; Baudelaire, dès le milieu du ~ siècle, établit de mystérieuses correspondances entre le monde des sensations et l'univers supra-sensible. La science n'échappe pas elle non plus à ce renouveau avec la théorie de la relativité d'Einstein. Tout ceci permet l'entrée en scène de l'Inconscient et de l'étude de son rapport avec le Conscient. Freud, a parlé le premier de cette terre inexplorée, lieu de tous les refoulements, sexuels en particulier, que l'ère puritaine et victorienne voilait plus que pudiquement. Vienne était en cette fin de siècle un lieu de refoulements sexuels morbides à l'égal de Londres. Jung, à peu près à la même époque que Freud, s'est intéressé à la relation complémentaire et compensatoire du Conscient par rapport à l'Inconscient, mais de manière dynamique. Ils forment au sein de la Psyché un couple d'opposés d'où naît de l'énergie. René Huyghe, dans « Les signes du Temps et l'Art moderne» constate que si « un matérialisme trop exclusif a pesé sur le ~ siècle et suscité dans l'art des phénomènes de malaise ou de compensation, du moins un facteur positif et exaltant s'est-il manifesté, l'élan de l'énergie ». L'Énergie, pour Jung, naît de la polarité entre les contraires: cette notion, il l'avait apprise de son maître Bleuler qui avait dégagé l'idée d'Ambivalence de ses

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La dynamique de la Psyché: la libido

études sur la schizophrénie où l'on constate une juxtaposition d'attitudes opposées, amour/haine, bien/mal, etc., dénotant la bi-polarité de l'esprit. Les étranges phénomènes de J'hypnotisme et de l'hystérie étant à l'ordre du jour, Janet s'y était longuement consacré après Charcot, et avait transmis à son élève Jung quelques éléments de sa Psychologie Énergétique. Il y étudiait les «actes coûteux» et la dépense d'énergie plus ou moins grande que cela demande à chacun, en fonction de sa capacité d'adaptation au réel, et d'où naît la tension psychologique. Cette antithèse fondamentale «par l'activité dynamique qu'elle provoque, joue un rôle indispensable dans la dialectique du développement humain. » (Pulver, Le Symbolisme de l'Écriture [52], p. 304). L'ensemble du système psychique est en continuel mouvement énergétique pour s'ajuster à la fois au monde extérieur et aux poussées de ce monde intérieur qu'est l'Inconscient. C'est cette Énergie psychique que Jung nomme Libido. Tout comme Klages, il préfère le mot « Énergie» au mot « Force », et c'est « dans l'intensité du mouvement que se montre l'énergie de l'activité intérieure» (L'Expression du Caractère dans l'Écriture [46], p. 94). Ce concept sous-tend « un désir ou une impulsion que n'entrave aucune instance morale ou autre... Nous sommes également contraints de considérer du point de vue énergétique toute aspiration ou désir, donc aussi la faim et tout ce que nous pouvons appeler tendance. Et cela nous conduit à un concept de Libido qui s'élargit de façon générale jusqu'à la notion de « tendre vers »... Il est plus prudent d'entendre par ce terme une valeur énergétique qui peut se communiquer à un domaine quelconque, puissance, haine, faim, sexualité, religion, etc... sans être une tendance spécifique. » (Métamorphoses de l'Ame et ses Symboles [5], p. 244). Jung élargit donc le concept de libido freudien qui concerne les tendances sexuelles dans leur ensemble. Dans le même sens, on peut faire référence à la théorie de besoins de Maslow, en psychologie sociale. Celui -ci distingue en effet les besoins primaires: matériels et physiques, et également les besoins de sécurité psychologiques et économiques, des besoins supérieurs qui sont les besoins sociaux d'estime et de considération, puis de réalisation de soi. Il rejoint également la notion d'« élan vital » de Bergson, effort générateur de vie ; l'acte libre est celui qui jaillit des profondeurs, c'est-à-dire d'une pulsion vitale, morale du pur élan et qui sous-tend une «force qui va» selon l'expression de Jacques Maritain, donc une dynamique. Cette structure dynamique de la Psyché est pour Jung une conséquence directe de l'Opposition des contraires qui est une loi régissant toute la vie psychique, plus complexe que la résultante des forces en physique, mais de même nature. Il n'y a pas d'équilibre possible sans paire d'opposés, et Héraclite au v siècle avant J.C. avait le premier découvert cette Fonction Régulatrice des Contraires, qu'il nomme Enantiodromie: la vie naît de la mort et la mort de la vie, dans un flux constant et perpétuel; rien ne demeure immuable, la vie est sans cesse opposition des contraires: santé-maladie, amourhaine, donner-prendre, systole-diastole, jour-nuit, été-hiver etc., symbolisé par l'Ourouboros, serpent qui mord sa propre queue. De même dans la vie psychique, plus le point de vue du conscient est unilatéral, plus on peut être certain de voir apparaître l'attitude inverse par le jeu d'un automatisme qui veut recréer l'équilibre. Ce qui se passe également sur le plan sociologique et historique avec les mouvements de balancier auxquels on peut assister.

La dynamique de la Psyché: la libido

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Toute l'œuvre de Jung est basée sur ce Principe de Polarité; au Conscient s'oppose l'Inconscient, qui se présentent en rapport de symétrie, et entrent en conflit à cause de leur différence de structure. De fait, lorsqu'il n'y a pas assez de tension dynamique entre les opposés, il y a laisser-aller, ennui, dégoût de la vie. Au sein de la Psyché, d'autres couples d'opposés devront s'équilibrer: l'instinct et l'esprit, l'Introversion et l'Extraversion, les Fonctions dans leur jeu entre elles, l'Anima dans la Psyché de l'homme et l'Animus dans celle de la femme... et c'est du heurt de ces contraires que jaillit la flamme de la vie. Tout comme cette vie est maintenue dans l'organisme par le rythme cardiaque: systole-diastole, ou par le rythme respiratoire fait de l'alternance de l'inspiration et de l'expiration. On retrouve cette même polarité chez Szondi, où ce qui est vécu dans le conscient a un signe positif, et ce qui est dans l'inconscient est perturbateur et affecté d'un signe négatif: Dans ses cours au Bauhaus, le peintre Kandinsky, en 1926, a exposé dans sa partie théorique, l'étude des tensions « c'est-à-dire des forces plus ou moins actives inhérentes aux éléments. Les tensions inhérentes des éléments sont des forces statiques qui attendent des rencontres leur permettant de devenir actives = dynamiques ; les tensions simples et primaires d'un élément à un autre créent le rythme, le rythme définit l'œuvre ». Belle défInition de peintre, qui pourrait être celle d'un graphologue devant la magnifique écriture du peintre, au Formniveau élevé correspondant à cette force jai1lissante qui naît de la tension entre les opposés et qui donne l'intensité, la plénitude et l'originalité: la « nécessité intérieure », dont il parle dans « Le spirituel dans l'art».

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du peintre Kandinsky.

La libido est donc le «mobile fondamental du sujet, son intensité psychique, parmi les poussées qui surgissent de l'intérieur» (H. Saint-Morand, L'équilibre et le déséquilibre dans l'écriture [54]).