L'Être-monde-fantasmé

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Nous ne fabriquons jamais autre chose que du fantasme. Dans le règne du vivant, nous avons été cette « précarité » qui a renversé l'ordre des choses. Frustrations et hyper-désir d’immortalité conduisent notre immanence positiviste à chercher constamment à prendre le pouvoir. L’être-fantasmé rencontre l'apaisement affectif et la reconnaissance sociale par la simple existence de sa progéniture, mais parce que nous sommes incapables d'appréhender la moindre vérité, il y a autant de mondes-fantasmés qu'il y a d'individus. Dès lors, toute philosophie ne sert qu'à noircir des pages blanches. Nous ne vivons jamais dans la contemporanéité de notre propre mort et pourtant lorsque nous mourons, notre être-monde-fantasmé disparaît avec nous...


Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782332989383
Nombre de pages : 68
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ISBN numérique : 978-2-332-98936-9

 

© Edilivre, 2015

Avant-propos

Il n’est pas douteux que chacun de nous vit dans un monde entièrement construit, totalement fantasmé. Tout le sens que nous donnons au monde n’est jamais que le fruit de notre retour-post-perceptif exprimant notre être-monde-fantasmé. Et comme si cela ne suffisait pas, nous remplissons sans cesse notre monde de paroles que nous n’avons jamais prononcées, d’actes que nous n’avons jamais perpétrés, de situations, d’histoires que nous n’avons jamais vécues. Et lorsque nous mourons, notre monde disparaît avec nous.

Philosopher n’est pas autre chose qu’apprendre à mourir.

a- Introduction
Réalité et monde-fantasmé

Dans un état perceptif, nous sommes totalement dépendants de ce qui s’effectue. Par l’exercice de la mémoire, de la réflexion et du jugement nous construisons un monde-fantasmé, monde qui nous accompagnera jusqu’à notre disparition. Cette construction vient comme un apaisement affectif nécessaire car répondant à la quintuple frustration née de l’avènement de l’être-jeté qui s’éveille à la perception. Dans notre étude, cette notion d’être-jeté représente ce que chacun de nous est avant la première perception consciente. Cette première perception est qualifiée ainsi car il s’agit de celle qui va induire pour la première fois un travail de la mémoire. Nous verrons également que l’être-jeté naissant est déjà sollicité de manière affective bien avant cette perception qui engage la conscience. C’est alors que la perception dans son propre fonctionnement va générer ce que nous appelons une quintuple frustration. Là encore les frustrations à tonalité purement affective interviennent chez l’être-jeté bien avant la première perception consciente. Par la suite, l’ensemble du travail post-perceptif que j’effectue peut regrouper ces trois activités que sont le travail de la mémoire, celui de la réflexion et enfin celui du jugement ; nous pouvons le nommer « retour-post-perceptif ». Il est donc évident qu’il existe autant de mondes-fantasmés qu’il existe de retours-post-perceptifs. Pour autant, mon monde-fantasmé disparaîtra avec moi. Tout le sens que j’ai pu penser et dire n’a jamais pu servir à autre chose qu’à remplir mon existence tout en l’apaisant. Tout monde aussi plein de sens, aussi constitué qu’il soit, est condamné à disparaître. Il n’y a que la réalité, c’est-à-dire l’écoulement ininterrompu, pour survivre à tout monde-fantasmé. Tout monde est en réalité un monde-fantasmé. Le monde comme objectivement constitué, comme le lieu d’une vérité immuable, éternelle, universelle et nécessaire n’existe pas. Il n’y a que la réalité qui a une existence propre. Cela afin d’éviter de confondre le monde-fantasmé dans lequel chacun de nous vit et la réalité qui est le « ce » dans quoi nous évoluons tous, un « ce » caractérisé par un écoulement ininterrompu. La réalité même si nous la nommons, garde une dimension échappant à toute approche conceptuelle lorsqu’elle est dite ainsi. Le mot monde par le simple contour englobant que le terme propose, prévoit déjà une sorte d’approche conceptuelle, une main mise de l’homme sur la réalité. Dans notre étude, le mot monde sera toujours synonyme de monde-fantasmé. Dans le même temps, ce contour conceptuel du monde indique que le monde ne peut être finalement que pensé. Il n’en sera jamais ainsi de la réalité. Nous allons montrer que nous ne pensons jamais autre chose qu’un monde-fantasmé et que nous n’avons jamais la moindre prise sur la réalité. Chacun de nous est condamné à vivre dans son monde-fantasmé. De la même façon, les faits qui constituent déjà un découpage de l’écoulement ininterrompu qu’est la réalité, ne sont jamais dans la réalité elle-même mais toujours dans le monde-fantasmé puisqu’ils sont déjà, par le découpage qui les fait naître, la preuve de l’approche conceptuelle de l’homme. Pour autant, ces faits renvoient à des manifestations spontanées de la réalité. Seules ces manifestations appartiennent à la réalité mais rien ne permet de dire que ces manifestations sont indépendantes les unes des autres en tout cas le sont suffisamment pour dire qu’il y a des faits qui s’enchaînent. Nous ne rencontrons jamais ces manifestations ni dans leur nombre, ni dans leur rôle participatif de la réalité. Nous ne pouvons parler au mieux que du « ce » de la manifestation qui entre dans notre perception. Parce que la perception ne dure pas, nous dirons alors qu’il y a au sein du monde, des faits qui s’enchaînent.

Le monde est en quelque sorte un modèle, un simulacre, une reconstruction de ce qui nous reste du retour-post-perceptif. Nous ne parlons jamais de la réalité, nous ne pouvons approcher au mieux que le monde-fantasmé dans lequel nous vivons. La perception n’embrasse que le fait jamais la manifestation. En effet, la réalité est Une et jamais elle ne commence ni ne s’arrête. La manifestation par le biais de notre perception introduit la multiplicité au sein de la réalité. Mais cette multiplicité n’est que la trace de notre retour-post-perceptif. C’est parce que nous découpons que nous introduisons la multiplicité. D’ailleurs notre étude va montrer que nous devrions tous prendre acte du fait que rien n’est dissocié de rien, voie de l’humilité en quelque sorte. Cet aspect constitue un secret de polichinelle pour le philosophe. Ce qui le conduit à vivre dans la contemporanéité de sa propre mort.

La réalité est Une. Soit. Ce que nous retenons de ses manifestations ne l’est jamais. Prenons une manifestation quelconque et demandons aux témoins de cette dernière de nous la décrire : il n’y a jamais superposition des deux descriptions. La réalité, y compris par le biais de la manifestation, échappe à toute perception. La manifestation n’est là qu’en tant que preuve in fine de l’existence d’un arrière fond que nous pouvons appeler réalité. La seule vérité qui soit est la réalité elle-même. Quelle désillusion de devoir admettre que cela aussi doit à jamais nous échapper. Alors que le philosophe le sait, l’homme que nous sommes ne peut faire autrement que de chercher à se convaincre du contraire et cette dynamique mensongère constitue l’homme intrinsèquement. Un des aspects d’ailleurs montrant que le philosophe ne peut exister, que l’homme ne peut être philosophe. Tout juste pouvons-nous tenter au plus souvent de notre être-monde-fantasmé de tendre vers la sagesse de ce que nous sommes capables de dire comme nous tendrions vers une limite que nous ne serons, quoi qu’il en soit, jamais capables d’atteindre.

Ce constat d’inaccessibilité de la réalité et donc de la vérité ne nous conduit pas pour autant à être humbles. L’homme est cette espèce, cette forme du vivant qui ne peut être autrement que prétentieuse. C’est d’ailleurs la preuve de cette fatalité que notre étude va montrer.

Originairement chétif, faible, d’une existence précaire en tant que vivant, l’homme s’est progressivement emparé de son environnement à l’aide de sa main. Ainsi il saisit, il possède, il prend le pouvoir. Nous croyons que notre rôle est de prendre le pouvoir, comment peut-il en être autrement ? Une existence aussi précaire que la nôtre a pris presque mécaniquement en charge le cours des choses parce qu’elle a pu progressivement changer ce cours. C’est notamment par la possession de son environnement immédiat en tant qu’objet utile, que la main a conféré à l’homme le pouvoir de ne plus être la victime privilégiée de quelque prédateur. Il y a fort à parier que ce bouleversement de l’ordre des choses est celui-là même qui peut induire la naissance d’un retour-post-perceptif qui va s’installer et prendre le pouvoir en l’homme, tout comme ce dernier le prend sur la matérialité de sa vie. De cet hominidé lointain à l’homme occidental contemporain dit civilisé, il n’y a eu que cette lente et certaine construction de l’être-monde-fantasmé. La pensée positiviste qui affirme que ce que nous ignorons correspond à ce que la science n’a pas encore investi, est là depuis toujours. Cette pensée naît de la précarité qui renverse le cours des choses. Elle naît quand la précarité prend le pouvoir ! Or l’homme est cette précarité qui prend le pouvoir. L’homme est la pensée positiviste. L’homme ne peut être autrement que positiviste. Le projet positiviste est le fil conducteur de la destinée humaine. C’est pour cela que le monde ne peut avoir de constitution objective. La notion de monde elle-même est introduite par l’homme. La prise de pouvoir est une dynamique tentaculaire. Le monde n’est là que pour être entièrement appréhendé, entièrement possédé. Et d’ailleurs il l’est. Mais le monde en question n’est jamais autre chose que le monde-fantasmé, il n’est jamais la réalité, le ce dans quoi nous évoluons ! C’est lorsque la précarité prend le pouvoir que l’homme peut alors s’orienter. Il n’y a pas d’orientation, pas de projet, pas de destinée humaine sans dynamique de prise de pouvoir. Nous ne voulons pas croire à la réalité qui nous échappe de toute éternité car nous ne pouvons pas nous orienter dans une réalité au sujet de laquelle nous ne pouvons pourtant énoncer de vérité plus certaine que celle qui nous fait dire que la réalité n’a jamais attendu, n’attend pas et n’attendra jamais rien de l’existence humaine.

La réalité c’est ce qui est indéfectible au sens de LE ROY (1501). Le « ce » même ...

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