L'ÊTRE SOCIAL

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" L'Être social " présente et développe les principales données concernant la socialisation humaine quant à ses origines, son histoire, ses aspects structuraux et ses tendances actuelles. Une synthèse générale de la socialisation humaine soucieuse d'approfondir certains aspects complexes, ambigus et paradoxaux. Une base d'étude de la personnalisation humaine sociale et individuelle.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296278387
Nombre de pages : 336
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Jean-Paul Huchon

" L'ETRE

SOCIAL

L'Harmattan
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L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - ITALlE

((

Il aurait mieux valu pour l'homme qu'il n'ait

pas été créé, mais, puisqu 'il l'a été, il lui appartient de montrer qu'il a mieux valu qu'il le soit )) (débat rabbinique entre Hillel et Chammai)

CHAPITRE I

ÉTHOLOGIE

GÉNÉRALITÉS

L'éthologie est l'étude du comportement des êtres vivants. Ceuxci sont des sujets, c'est-à-dire des systèmes cybernétiques complexes fonctionnant en autocontrôle finaliste pour leur homéostase. Leur fonctionnement ftnaliste entraîne avec leur environnement des rapports d'adaptation et d'assimilation des objets à intégrer. L'éthologie est ainsi amenée 'à étudier divers aspects du comportement. L'acte instinctif, son déclencheur, l'appétence, les substituts figuratifs de l'objet instinctuel, fantasmes, rêves, jeux, leurre, l'apprentissage, l'empreinte, l'empathie, l'imitation, l'intelligence, le rituel. L'éthologie concerne l'homme et l'animal car le comportement humain est issu du comportement animal. L'éthologie est l'étude du comportement. Elle concerne la communication et la mémoire. C'est un système cybernétique d'intégration adaptative du sujet à son milieu avec utilisation de substituts, les fantasmes et le virtuel. L'éthologie animale est le fondement de l'éthologie humaine qui évolue en psychisme individuel et mythologie sociale. L'organisation cybernétique du comportement est hiérarchisée. On peut distinguer trois niveaux: 1 - Une aptitude innée déterminée par le génome et caractéristique de l'espèce, telle langage parlé pour l'homme ou le chant pour les oiseaux. 2 - Une compétence restrictive de l'aptitude innée fixée généralement de façon spécifique à une période de maturation déterminée. Elle

dépend de l'empreinte du milieu; ainsi la compétence verbale de la langue maternelle chez le jeune enfant ou la compétence spécifique du chant, fixée par empreinte parentale chez l'oisillon. 3 - Des performances existentielles résultant du perfectionnement acquis par apprentissage dans le cadre de la compétence et restrictives de celle-ci. Le tout représente une structure cybernétique complexe, développée historiquement dans le cadre de l'aptitude spécifique innée, en adaptation au milieu. Des feed-backs régulateurs, généralement négatifs, garantissent l'homéostase adaptative du sujet. L'espace, qui est le cadre du comportement, est défini sensoriellement et différemment selon les espèces. Essentiellement visuel et tactile chez l'homme et le singe, il est surtout auditif chez la chauve-souris et la chouette. L'objet, qui est l'unité matérielle visée par le comportement, est défUlÎ par la constance associative de certains caractères sensoriels, malgré la variation des autres. Pour Uexküll, « un objet est ce qui se meut ensemble ». Ce véritable métonyme sensoriel est variable suivant les espèces. Il est retenu et mémorisé sur la base conditionnelle de la sensorialité spécifique, des intérêts instinctifs et du mécanisme associatif. Sa spécificité sensorielle permet l'effet de leurre interspécifique. Ainsi, la proie trompe le prédateur par son changement de couleur ou par son immobilité, qui rendent méconnaissable le métonyme sensoriel habituel. Chez l'homme, à l'identification objectale analogique, définie associativement « en compréhension », s'ajoute l'identification logique « en extension ». Ainsi, défini «en compréhension» comme un objet fait pour s'asseoir avec dossier et appui-bras, le fauteuil est aussi défUlÎ « en extension» comme opposable différentiellement, d'une part aux autres sièges, chaises, tabourets, etc., et d'autre part, aux autres meubles, lit, armoire, commode, etc... Le structuralisme de Lévi-Strauss identifie de même, dans la mythologie, des objets mythiques définis tout à la fois en compréhension et en extension.

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ACTE INSTINCTIF

L'acte instinctif est automatique et pulsionnel. Il apparaît progressivement au cours du développement ontogénique et manifeste les progrès de sa maturation par des mouvements intentionnels inachevés. Il régresse avec l'état physique du sujet et se rétablit avec lui. Il représente l'activité d'un circuit nerveux à caractère biocybernétique dont le déterminisme génétique est aussi précis que celui des organes. Les instincts se différencient comme les organes avec les mêmes lois et les mêmes étapes de maturation. Leur physiologie est comparable à celle des organes et souvent plus stable. Ainsi, leur similitude interspécHique a valeur d'homologie, c'est~à-dire de parenté structurale et non de convergence adaptative. Ils sont innés par nature, c'est-à-dire autonomes et immuables, indépendants du milieu, à la différence des comportements acquis. Le schème comportemental inné semble souvent précéder en maturité l'organe de son exécution qui n'est qu'un des maillons du circuit fonctionnel cybernétique. Chaque espèce possède un nombre défini de modèles d'action, actes instinctifs innés. Ces syntagmes moteurs sont caractéristiques de l'espèce, du genre, de l'ordre et même de la classe. Certains syntagmes instinctifs ne sont utilisés qu'une fois au cours d'une vie individuelle. C'est le cas pour l'accouplement des araignées. Les hybrides n'ont pas un comportement instinctif mixte ni intermédiaire aux deux espèces concernées, mais un comportement archaïque, exprimant l'état phylogénique antérieur à leur divergence chez l'ancêtre commun, comme c'est le cas pour les organes. La sélection adaptative d'un instinct dans chaque espèce est optimisée par le temps mort du feed-back génomique à chaque génération. Ce temps mort est assez long pour éviter la sélection par des variations aléatoires du milieu, et assez court pour permettre la sélection par des variations durables en fonction de l'espèce et de son éthologie. C'est la durée de vie individuelle dans l'espèce. Elle est relative à l'espèce et au milieu. La domestication, par son action sélective, ne transforme pas les instincts, mais elle les modifie en intensité, en précision ou en rythme. Ainsi la destruction des cycles naturels de fécondité chez le bétail ou la volaille, domestiqués pour la reproduction. La pigmentation grise ou bleue de l'œil est présente chez toutes les espèces domestiques, mais elle 7

n'apparaît jamais chez les espèces sauvages en raison de contraintes adaptatives. Il en est de même pour la néoténie, qui est une des caractéristiques de l'homme. L'acte instinctif correspond à la libération biocybernétique d'une rythmicité neuronale endogène. Il est automatique et dépend du niveau de tension dans le centre nerveux instinctuel. Cette notion est commune à l'éthologie et à la psychanalyse. Il est normalement libéré par un déclencheur spécifique pour une tension moyenne. Une fois déclenché, il se déroule par enchaînement automatique précis. Son intensité dépend de la tension du centre et non de l'intensité du déclencheur. Normalement il s'épuise rapidement par feed-back négatif. Si la tension du centre dépasse un certain seuil, il peut y avoir déclenchement «à vide» de l'acte instinctif, c'est-à-dire en l'absence de tout déclencheur objectif. L'acte à vide est souvent intense et dangereux de par son caractère inadapté. C'est le cas pour l'animal avec les «hallucinations» des fauves en cage, et, pour l'homme, dans l'épilepsie psychomotrice. Chez les animaux supérieurs, le système des actes instinctifs forme un ensemble cybernétique hiérarchiquement complexe, ordonné en inhibition par des feed-backs négatifs superposés. Ainsi, les préparations de moelle isolée par Hollst ont un automatisme élémentaire rythmique.. Ces automatismes moteurs, par eux-mêmes indéfiniment rythmiques, sont inhibés par des centres supérieurs. Un lombric décérébré ne cesse de ramper, ni un crabe de manger. Les automatismes endogènes sont souvent très primitifs, tels griffer ou mordre chez l'homme. Leur libération pathologique dans les comas donne des stéréotypies de succion et de mâchonnement. L'acte instinctif est une réaction automatique à un déclencheur inné qui le libère. Coordination motrice héréditaire, déclencheur inné et centre inhibiteur forment une unité fonctionnelle. Le déclencheur est un caractère sensoriel dont la simplicité et l'improbabilité sont les propriétés essentielles, assurant un optimum informatif que l'apprentissage organise en signification. Schèmes simples et précis, les déclencheurs établissent un reflet du milieu selon les paramètres de la fonction en cause. Le déclencheur est un métonyme de l'objet, dissociable expérimentalement de ses autres caractères; ainsi le cri ou la couleur. Les actes ipstinctifs sont indépendants les uns des autres, comme
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les organes le sont anatomiquement. Les déclencheurs spécifiques restent indépendants même lorsqu'ils sont rassemblés sur le même individu où ils forment une mosaïque instinctuelle, comme c'est le cas pour le compagnon chez l'animal ou pour la mère chez le nourrisson. Le congénère est perçu différemment pour chaque déclencheur métonymique, ce qui peut entraîner des dissociations et des contradictions comportementales par interférence cybernétique. Il se produit alors des actes manqués ou des déplacements d'instinct, fréquents chez les oiseaux. Ainsi le jars décrit par Konrad Lorenz, qui, pris dans la contradiction entre instincts de rivalité et de compagnonnage, picorait furieusement l'herbe alentour. Ce peut être aussi un comportement paradoxal vis-à-vis du même objet dans des situations différentes, telle l'attaque d'un groupe d'oiseaux sur leur compagnon humain quand il s'empare d'un de leurs congénères. C'est un mécanisme substitutif comparable à celui rencontré chez l'homme au niveau fantasmatique dans les troubles névrotiques. Lorsque le déclencheur est une partie du corps de l'individu, son caractère métonymique est évident. C'est le cas pour la becquée des oisillons, la tête des parents nourriciers étant un déclencheur caractérisé par les trois traits perceptifs de «Haut, «Petit» et Près ». C'est le cas pour la reconnaissance du visage maternel chez le nourrisson avec le schème caractéristique des yeux et de la bouche. On trouve cette métonymie dans les peintures rupestres de la préhistoire avec les formes charnelles des animaux ou des humains. On la retrouve schématique et dissociée dans les dessins psychotiques et chez les peintres modernes comme Picasso ou Rouault. En fait, c'est un trait figuratif de base de l'esthétique. Ce qui la distingue du symbolisme analogique général, c'est la référence instinctuelle originelle, support de l'émotion, qui en fait un fantasme. Émotion et affect sont des phénomènes subjectifs qui accompagnent et motivent les comportements instinctifs. Chez l'animal, une plus grande variété instinctive que chez l'homme entraîne une plus grande richesse émotive. C'est ainsi qu'il y a différentes expressions de frayeur suivant le prédateur en vol ou surIe sol.

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APPÉTENCE

L'acte instinctif est un acte réflexe « désiré». Il y a appétence, c'est-à-dire désir, en rapport avec la tension instinctive. Au-delà d'un certain seuil, l'appétence déclenche « l'acte à vide ». La masturbation, fréquente chez l'oligophrène et l'autiste, en est le prototype. De même le mérycisme, les stéréotypies de mordre, griffer, pincer, vomir, s'arracher les cheveux, se frapper la tête, etc... qui sont accompagnées d'émotions brutes et non organisées, contrairement aux rêves. En deçà du seuil, l'appétence suscite des substituts figuratifs du déclencheur, souvenirs sensoriels ou fantasmes. L'appétence « en soi », sans passage à l'acte faute d'objet naturel, essaye les substituts figuratifs (rêves, fantasmes, jeu) en amorce d'apprentissage. Le fantasme est un substitut analogique de l'objet instinctuel comme le leurre expérimental, le jouet ou l'objet transitionnel. Ils fournissent un but virtuel à l'appétence. N'entraînant pas satisfaction, ils n'entraînent pas satiété et peuvent se répéter et se déplacer selon un mécanisme comparable à celui observé par Konrad Lorentz chez le jars soumis à des contradictions instinctives. C'est la substitution d'un segment fonctionnel dans un système cybernétique. Substituts figuratifs de l'objet instinctuel, le jouet et l'objet transitionnel sont des objets réels matérialisés. Le fantasme, lui, est une entité mentale. En fait, c'est un message nerveux figuratif, c'est-à-dire codé en analogie. C'est l'élément de base de la communication interne et de la mémoire figurative de l'individu. Il est fondateur du psychisme qui n'est que communication interne et mémoire. Pour permettre la communication, le codage doit avoir une signification consensuelle. À l'intérieur de l'espèce, la similitude des individus assure le consensus significatif des actes instinctifs, des mouvements d'intention, des rituels, et donc des émotions qui leur sont subjectivement liées. C'est la communication empathique, projection identificatrice. Leur codage figuratif en fantasmes dépend de l'expérience existentielle de l'individu. Codage fantasmatique et communication empathique se développent en interaction dans les relations inter-individuelles de l'espèce, d'où, normalement, le consensus significatif des fantasmes à l'intérieur de l'espèce. En l'absence de communication empathique, ce consensus fantasmatique se développe peu ou pas du tout. C'est le cas des autistes 10

dont les fantasmes bruts restent incommunicables. Mensonge et comédie sont des performances de la compétence empathique. Elle ne peut pas mentir, ce qui nécessiterait le langage, mais elle peut tromper, « se mettre à la place de ». Les singes organisent des scénarios émotifs pour influer psychologiquement sur autrui, tels que prendre un petit sur soi pour échapper à l'agression d'un dominant. Chez les chimpanzés, les femelles sont les meilleurs comédiens et les meilleurs dupeurs. D'une façon générale, elles sont aussi les meilleurs utilisateurs de leurres. Chez l'homme, le théâtralisme demande une manipulation trompeuse des émotions. Le bon comédien sublime son trac. Tout examen oral relève partiellement du théâtre et le candidat doit maîtriser ses émotions. Les jeux de compétition de l'adulte ont souvent le caractère de compétitions rituelles témoignant de l'intégration sociale et du contrôle. institutionnel, comme les mouvements d'intention dans les sports de combat, judo, karaté, escrime. La virtualité fantasmatique homologue est le fait des spectateurs. Elle est quasi identique à celle des rêves. Le jeu, comme le rêve, cherche à maîtriser l'appétence par substitution figurative, sans réalisation instinctive. Ils tendent à modéliser la réalité en substituts analogiques, objectaux pour le jeu, et fantasmatiques pour le rêve. Les signaux de jeu sont très répandus. Ils sont puissants et peu ambigus. Ils sont interspécifiques à l'inverse des signaux amoureux très spécifiques. L'activité de jeu est socialisante. Il y a corrélation positive entre la pratique du jeu et l'aptitude à la communication figurative. L'importance, la durée et la diversité des jeux sont d'autant plus fortes que l'espèce est plus évoluée dans l'échelle phylogénique d'après Beach. Chez les gorilles, la chasse, la lutte et les taquineries sont l'essentiel du jeu social. Le jeu, comme le rêve, est un apprentissage comportemental. Il organise la mémoire motrice comme le rêve organise la mémoire perceptive. Ainsi, les jeux sportifs de ski, patin, bicyclette, etc... Chez le chimpanzé, la fréquence du jeu acrobatique est au maximum lorsque le poids et la force de l'animal se développent le plus vite. Rêve et jeu sont plus importants chez le jeune, ce qui témoigne de l'apprentissage, qui, comme tout apprentissage, repose sur une mémoire adaptative. L'appétence pure, appétence « en soi », se manifeste dans le rêve et dans le jeu par les fantasmes, substituts figuratifs de l'objet désiré. Dans le rêve, l'appétence ou désir (faim - soif - sexualité) est déta11

ché de l'acte instinctif qui est inhibé par la paralysie du sommeil. Le rêve est, tout à la fois, un leurre personnel qui protège le sommeil, et un apprentissage du désir. Ses scénarios adaptent figurativement le désir; d'où la parenté du rêve, de l'illusion et de l'hallucination. La tension instinctive insatisfaite induit des déclencheurs analogiques, des fantasmes. C'est un tâtonnement de scénarios figurativement adaptatifs du désir. Les déclencheurs analogiques, métonymes et métaphores de l'objet instinctuel, sont essayés virtuellement à la recherche d'un équilibre adaptatif. Dans le jeu, il n'y a pas de paralysie inhibitrice comme dans le sommeil, et le substitut de l'objet instinctif est un objet réel analogique. L'ensemble n'est donc pas virtuel. C'est un simple déplacement analogique. Aussi, le jeu se manifeste-t-il quand il n'y a pas forte tension instinctive, mais plutôt maturation en cours, comme c'est le cas pour le chaton qui joue avec une pelote de laine. Les jeux de l'enfant sont une étape maturative à caractère d'apprentissage. Ils intègrent, par essais et erreurs, des chaînons innés et des chaînons acquis dans le syntagme comportemental. Le rêve enchaîne des scénarios incohérents, absurdes et confus. C'est un théâtre autoreprésentatif avec ses personnages, ses thèmes, ses scènes successives et sa conclusion qui provoque souvent l'éveil par son inefficacité sensorielle. Les poissons, batraciens et reptiles ne rêvent pas et ne jouent pas. Il y a chez eux absence apparente d'activité fantasmatique et prédominance des réflexes. Le rêve apparaît chez les oiseaux et les mammifères avec le développement du cortex associatif, support des représentations mentales. Le rêve est d'autant plus long que le cortex associatif est plus important dans l'espèce considérée. Il est de trente secondes chez la poule, six minutes chez le chat, vingt minutes chez l'homme. L'importance de l'activité de jeu se montre parallèle, comme on le constate chez le chaton. Le jeu est un rêve éveillé. Les prédateurs rêvent plus que le gibier et jouent davantage car leur appétence est davantage sollicitée, dans des situations variées. Chez l'homme, rêve et jeu sont des manifestations de la pensée fantasmatique dont l'évolution individuelle représente le processus de personnalisation. Les jeux de groupe, pour leur part, participent à la socialisation. Ainsi le jeu des bébés qui, lorsqu'ils mangent en groupe, tapent dans la purée en jubilant. Ils échangent des morceaux d'aliments sucés ou mâchés, dans une amorce de communication empathique, non encore codifiée par le rituel de la table. 12

De façon générale, la personnalisation de l'enfant repose: 1 - sur le rêve 2 - sur le jeu 3 - sur le théâtre quotidien, opposition, mensonge et manipulation 4 - sur la parole avec le « JE ». Phylogéniquement, les comportements névrotiques apparaissent chez l'animal, oiseaux et mammifères, en même temps que l'onirisme, c'est-à-dire que les fantasmes, équivalents virtuels de l'objet instinctuel. Les animaux supérieurs, avec l'activité fantasmatique, présentent la possibilité des troubles psychiques qui lui sont liés: 1 - la dépression anaclitique des chiens privés de leur maitre rappelle celle du nourrisson privé de son objet libidinal maternel. 2 - les ( hallucinations» des fauves en cage dont la frustration ins-

tinctuelle entraîne des ( actes à vide ».
3 - les diverses névroses animales, telle la « phobie» de son ombre présentée par le cheval d'Alexandre.

APPRENTISSAGE

Alors que l'instinct est un comportement génétiquement déterminé, autonome et immuable, l'apprentissage est un comportement acquis par tâtonnements adaptatifs, dépendant du milieu et muable avec celuiCl.

L'apprentissage se manifeste dans un cadre génétiquement déterminé. Un codage génétique ouvert détermine l'aptitude à une fonction, c'est-à-dire le domaine d'apprentissage de cette fonction. C'est un phénomène complexe et différent suivant les espèces. Celles-ci n'ont pas la même façon d'apprendre et, pour chacune d'elles, les informations ne sont pas également sujettes à apprentissage, c'est-à-dire à signification. Ainsi, pour les enfants comme pour de nombreuses espèces animales, la crainte des serpents est innée, alors que les différences de dangerosité doivent être enseignées et apprises. L'apprentissage est orienté et facilité par le phénomène de l'empreinte qui fixe la compétence minimale, compétence que l'apprentissage vient développer et moduler. Ainsi, l'apprentissage est facile et étroit pour le chant des oiseaux et la langue maternelle de l'enfant. Il est difficile et large pour l'adaptation relevant de la curiosité 13

générale comme les langues étrangères. Chez les oiseaux et les mammifères, l'apprentissage peut être facilité par l'exemple. Les poissons peuvent apprendre presque aussi bien que les rats si on place les tests sur le fond du bassin, sensoriellement prévalent pour eux. L'apprentissage est une adaptation active, une assimilation du milieu au sens de Piaget, tandis que le conditionnement est une adaptation passive par simples associations. Dans l'apprentissage, l'acquisition du savoir se fait par tâtonnements progressifs. C'est un mécanisme cybernétique où le résultat rétroagit sur le comportement par essais et erreurs correctrices. Les modèles expérimentaux sont des réseaux, tels ceux utilisés pour la détection sous-marine des mines, ou pour la lecture. Le réseau est de structure variable suivant le nombre de paramètres à analyser. Chaque ligne superposée du réseau correspond à une étape de différenciation analytique. Une faible structuration permet la généralisation de l'analyse différentielle, moyennant son imprécision. Ainsi, la distinction peu spécifique des mines d'avec les autres reliefs sous-marins, ou la lecture phonétiquement imprécise d'un texte. Inversement, une forte structuration du réseau permet une précision supérieure, moyennant un moindre pouvoir de généralisation. Ainsi, les mines seront plus précisément identifiées par un plus grand nombre de caractères différentiels, mais l'apprentissage du réseau se refermera progressivement sur cette spécificité différentielle aux dépens de l'aptitude à la généralisation analytique. De même, la lecture sera phonétiquement plus précise, allant plus loin dans la hiérarchisation différentielle, mais, par là même, ne pourra intégrer des variantes voisines qui auraient été assimilées en analogie par un réseau plus faiblement structuré. C'est pourquoi l'amputation du réseau, en réduisant sa structuration, entraîne une diminution de précision avec conservation globale de la gestalt identificatrice. Ce phénomène de réseau est le même que celui observé dans les hologrammes dont l'amputation entraîne un flou de l'image. Dans le réseau nerveux, comme dans le hologramme, il s'établit un champ d'interférence des caractères objectaux. Dans le réseau d'apprentissage, il se stabilise cybemétiquement peu à peu sous le contrôle , résultat. du Neurologiquement, le cervelet apparaît le prototype du réseau nerveux d'apprentissage, tant par sa structure que par son fonctionnement, d'après J. Eccles. Il contrôle en feed-back l'adéquation du mou14

vement à son but. Son déficit entraîne, entre autres, un tremblement intentionnel, c'est-à-dU:e en cours de mouvement, par difficulté d'adéquation au but visé. Les noyaux gris centraux, structure sous-corticale, contrôlent en feed-back l'adéquation du mouvement à lui-même, c'est-à-dire la dynamique du tonus entre muscles agonis tes et antagonistes. Leur déficit entraîne un tremblement de repos par inadéquation tonique dans l'équilibre de ces muscles d'action inverse. De même, les structures sous-corticales contrôlent en feed-back l'auto-adéquation de l'expressivité émotive telle que le sourire ou la mimique. Celle-ci, présente chez l'oligophrène, est absente chez le Parkinsonien par déficit sous cortical, et chez l'autiste par absence de motivation empathique. Tout mouvement est contrôlé en feed-back par son effet: 1 - Effet moteur contrôlant l'apprentissage. 2 - Effet communicatif pour le rituel, où le caractère analogique et la pression d'intelligibilité entraînent répétitivité et stéréotypie. Le grasping et la succion sont des réflexes archaiques, normalement inhibés chez l'adulte et libérés chez le comateux et le nourrisson, ce qui témoigne du caractère cybernétique hierarchisé du système nerveux central. Ils sont indépendants de la nature de l'objet, d'où l'utilisation de leurres chez le comateux et du biberon chez l'enfant. À l'intérieur du syntagme comportemental, la coordination motrice héréditaire est le système le plus économique, mais elle est rigide et mal adaptée aux variations d'un milieu hétérogène. Dans un tel milieu, elle doit se fragmenter en éléments d'autant plus petits que le milieu est plus hétérogène. Elle se réorganise en syntagme adaptatif en intégrant des éléments acquis. La locomotion est tout entière adaptée par fractionnement et réorganisation de segments instinctifs augmentant ainsi la plasticité motrice. C'est le cas chez le crabe dont le système nerveux apparaît, cybernétiquement, comme un simple réseau de neurones. Chez les mammifères il y a hiérarchie du réseau avec contrôle à divers niveaux. On peut décrire: 1 - L'équilibre dynamique du tonus des muscles agonistes et antagonistes au cours du mouvement. 2 - Le contrôle continu de l'orientation du mouvement en cours d'exécution. 15

3 - Le réajustement éventuel du mouvement volontaire en fonction des motivations. Le mouvement volontaire est foncièrement explorateur. La notion de vérité est d'abord une efficacité motricè comme en témoigne la linguis tique: en Français « exact}) s'analyse en « ex}) (venant de) et « act}) (action). En anglais, «actual}) s'analyse en «act}) (action et « ual}) (désinence adjective). En allemand « wirklich » s'analyse en «wirken })(agir) et « lich })(désinence adjective). Les déclencheurs acquis sont contrôlés en feed-back par le résultat instinctuel qui clôt le syntagme moteur complexe: 1 - Soit, généralement, par un feed-back négatif. C'est l'habituation qui éteint le comportement. 2 - Soit, parfois, par un feed-back positif qui entraîne l'exacerbation comportementale. C'est le cas pour le « frenzy state}) des requins quand ils perçoivent du sang dans leur environnement. Les activités rythmiques sont d'autant mieux intégrées dans l'ensemble fonctionnel de coordination motrice qu'elles sont en phase et dans un rapport simple. Ainsi l'intégration de la respiration et du pas, dans la course, présente des formes optimales, connues des coureurs expérimentés et différentes suivant la vitesse. La coordination motrice est souvent de type structural, fonction du nombre de possibilités instrumentales, telles que le nombre de pattes. Elle se réorganise après amputation du membre chez le crabe, témoignant d'un réseau nerveux adaptable cybernétiquement. Chez les animaux supérieurs, il y a souvent alternance syntagmatique de chaînons divers, innés et acquis, automatiques et finalisés. Ainsi, dans la fonction alimentaire, les automatismes instinctifs de mâcher, saliver, déglutir, etc., s'intègrent à l'apprentissage des aliments comestibles et aux rituels de convivialité. L'apprentissage fonctionne dans le cadre temporel d'une génération. Il adapte activement l'individu à son milieu, sans transmission génétique directe des résultats, donc sans passage d'une génération à l'autre en dehors de l'enseignement, exceptionnel chez l'animal et facilité chez l'homme par le langage. Dépendant du milieu, l'apprentissage est modifiable au cours de l'existence individuelle en fonction de la situation adaptative. L'insight est un apprentissage sans tâtonnement autre que mental,
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c'est-à-dire virtuel. Il concerne essentiellement la compétence spatiale comme le montre l'insight des chimpanzés en laboratoire ou les rotations mentales en psychologie expérimentale. Ces rotations sont comparables à celles qu'effectue un ordinateur sur son écran, avec un logiciel adéquat. Le génome, structure fIxe et immuable chez l'individu, se comporte comme un réseau en apprentissage à travers les générations. Il s'adapte cybernétiquement par le feedback passif de la sélection naturelle, mais aussi par son organisation structurale dynamique. Le conditionnement est un apprentissage passif. Son mécanisme est de type analogique, fait d'associations spatiales et temporelles. Il est génétiquement encadré et limité à un système unique, tel que plaisir et déplaisir digestifs conditionnant l'alimentation. Il y a superposition fonctionnelle : 1 - de l'aptitude masticatrice. 2 - de la compétence alimentaire. 3 - Des performances gustatives culturelles. Les animaux n'associent pas également tous les stimuli. Le conditionnement et l'apprentissage sont des phénomènes en secteur. Il y a à l'intérieur d'une aptitude génétiquement déterminée, prédisposition à une attention sélective qui défInit par assimilation du milieu une compétence acquise. Le modèle inné est corrigé en feed back par essais et erreurs plus ou moins rapides. 'Ainsi, le chant des oisillons ou la marche des gazelles à la naissance. Associations conditionnelles et apprentissage ne sont pas neutres. Ils ne portent que sur ce qui est adaptatif et négligent le reste. C'est le principe d'utilité. Cependant les traits corollaires, non utilitaires directement, restent disponibles pour l'utilisation analogique des rituels, adaptation à la communication. La tendance humaine à confondre corrélation et causalité témoigne du caractère inné de la perception associative et du caractère acquis de la perception causale, en restriction logique dans le champ de l'attention adaptative spécifique. De même qu'au déclencheur instinctif naturel peuvent être substitués des déclencheurs fIguratifs oniriques et fantasmatiques, de même l'apprentissage, au lieu de porter sur le déclencheur naturel, peut porter sur ses substituts fIguratifs, oniriques et fantasmatiques. Ce sont, chez l'homme, les processus du rêve, à court terme, et de l'organisation névrotique, c'est-à-dire caractérielle, à long terme, dont la fInalité est la 17

personnalisation. Dans la société, cette organisation figurative personnalisante se retrouve avec la mythologie, la culture, la religion et l'idéologie, en adaptation des contradictions sociales.

EMPREINTE

ET ADAPTATION

Dans l'empreinte, le déclencheur de l'acte instinctif est acqUis, tout en restant encadré génétiquement. Cybernétiquement, l'induction embryogénique et l'empreinte éthologique déterminent une compétence, respectivement organique, physiologique ou comportementale, en restriction d'une aptitude innée plus générale. L'empreinte restreint historiquement le cadre instinctuel génétique, tout en conservant une marge d'apprentissage adaptatif Pour un instinct donné, l'aptitude générale est déterminée par le génome et l'empreinte réalise la fixation instinctive sur un objet, suivant les conditions historiques du milieu pendant une période de sensibilité post maturative: 1 - La sensibilisation par empreinte est comparable à l'induction embryogénique. Elle reste insensible aux conditions du comportement adulte ultérieur qu'elle détermine irréversiblement. 2 - La durée de la période de sensibilité est variable suivant les espèces, en fonction de la hiérarchie phylogénjque. Elle est de quelques heures chez le poussin, quelques jours chez le chaton, quelques mois

chez les primates.

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3 - La fixation se fajt sur des caractères généraux, généralement spécifiques et non sur des caractères individuels. Ainsi, pour le nourrisson, la fixation se fajt sur le schéma du visage humain. 4 - L'empreinte concerne la sociabilité, essentiellement la reconnajssance du parent, du conjoint, du compagnon. S - Le déclencheur acquis est plus riche en signes que le déclencheur inné, et plus spécifique du fait que les signes sont associés sur le même objet. 6 - Le phénomène de l'empreinte est rapide majs pas instantané. Très large au débu-f;et approximatif, il se précise et se corrige pendant la période de sensibilité par un apprentissage complémentaire. Ainsi, pour le chant des oiseaux ou la reconnaissance du visage maternel. Ce qui 18

rappelle les délais de régulation dans l'embryogénèse des organismes à mosaïque. La force de l'empreinte chez le caneton, d'après Hess, est fonction de l'effort de poursuite effectué par le sujet, plutôt que de la durée d'exposition. C'est un effet d'autostructuration cybernétique. Pour l'oie comme pour l'enfant, la fixation se fait d'abord sur l'espèce puis sur un individu privilégié de cette espèce, qui servira de modèle ultérieur à l'âge adulte pour le partenaire sexuel ou le compagnon. L'empreinte est moins nette chez les mammifères, du fait de sa préparation et de son étalement au cours de la grossesse, le fœtus étant au contact de sa mère par l'intermédiaire du liquide amniotique à la différence de l'œuf. Dans l'évolution biologique générale, l'empreinte apparaît un stade intermédiaire et progressif entre l'instinct et l'apprentissage. L'imitation est la reproduction d'un acte perçu: 1 - Soit instinctif, comme l'envol ou le cri d'alarme, et accompagné alors d'émotion. 2 - Soit volontaire, dans l'apprentissage. Elle permet alors de transmettre un savoir d'un individu à un autre, indépendamment de la génétique; mais, chez l'animal, elle dépend de la présence effective de l'objet qui la conditionne. Acte intentionnel et imitation sont fondés sur l'appétence et permettent la communication, base de la sociabilité. Chez l'homme, c'est une condition nécessaire à l'acquisition du langage. Chez les oiseaux, l'imitation porte surtout sur le chant spécifique, homologue de la langue maternelle. Le chant spécifique est inné en ce qui concerne le schéma auditif. C'est une aptitude qui apparaît très tôt dès le 12ème jour et ne se réalise en compétence, soit chant effectif complet, qu'au bout de plusieurs mois, sous le contrôle de l'imitation. Un moineau élevé parmi plusieurs oiseaux chanteurs réalise, à terme, le pépiement le plus proche de son chant spécifique. Pour l'oiseau, comme pour l'enfant, il y a : 1 - aptitude schématique innée. C'est le « template» de l'oiseau et la lallation phonétique générale de l'enfant. 2 - Réalisation circonstancielle en fonction du milieu et de l'état sensori-moteur, par hétéroimitation et autoimitation. Pour imiter autrui, il faut s'identifier à lui, ne serait-ce que partiel19

lement. L'imitation est l'expression d'une identification. Tout mammifère ou oiseau a une aptitude innée plus ou moins développée à l'imitation. Il acquiert ainsi des comportements nécessaires avec des éléments corollaires non nécessaires. Ces éléments corollaires, par leur variabilité, permettent la différenciation culturelle des groupes. Ainsi, chez les chimpanzés, la baguette permet l'extraction des fourmis et ses différents modes d'utilisation différencient les groupes. Il y a, de même, apprentissage individuel par imitation et diversité différentielle de groupe, pour les chants d'oiseau et les langues humaines. L'intelligence animale est caractérisée par la curiosité, appétence à l'apprentissage « en soi». C'est l'essai paradigmatique de tous les comportements possibles dans le cadre du déterminisme génétique, de toutes les méthodes, donc de toutes les compétences, dans le cadre de l'aptitude instinctuelle. Le déclencheur en est, par définition, très large et peu spécifique, contrairement à celui de l'acte instinctif inné. La chaîne comportementale a peu de chaînons instinctifs, contrairement au jeu. C'est un tâtonnement généralisé, cybernétiquement une structure ouverte. Le comportement de curiosité se retrouve chez les espèces peu spécialisées. C'est un choix adaptatif que l'on rencontre dans chaque groupe taxonomique, sur une des diverses radiations, les rats pour les rongeurs, les corbeaux pour les oiseaux chanteurs, les hommes pour les primates. Il y a un rapport étroit entre intelligence et réaction d'orientation. Le comportement intelligent est souvent actif dans une situation génétiquement définie; par exemple, l'intelligence spatiale et le vol pour les oiseaux, ou la vie arboricole pour les singes. Elle représente, dans la situation considérée, une méthodologie adaptative caractéristique de la radiation, tell'orang-outan pour la vie arboricole par opposition au gorille "et au chimpanzé. Actes instinctifs et actes intelligents sont dans un rapport inverse. Les insectes sociaux sont hautement instinctifs et les anthropoïdes hautement intelligents. Dans les cas intermédiaires, l'acte instinctif se retrouve intact au terme du syntagme comportemental, alors que le reste de celui-ci relève des acquis, le tout étant organisé en un système cybernétique. Le leurre est une illusion provoquée, la perception erronée du déclencheur instinctif. Le crapaud est leurré par un petit objet en déplace20

ment, simulacre d'un insecte. Le rouge-gorge, leurré par une couleur rouge, émet son chant d'alerte. Le poisson est leurré par l'appât du pêcheur, sa couleur, sa forme, son mouvement. L'oiseau est leurré par le dessin des ailes du papillon qui simule des yeux de prédateur. Le phénomène du leurre se retrouve dans tous les domaines instinctuels, sexe, aliments, territoire, prédation, etc... Le leurre, très répandu chez les animaux, est un instrument d'adaptation interspécifique. Ainsi, la gorge hypercolorée du petit coucou leurre les parents nourriciers d'une autre espèce aux dépens de leurs propres petits. Ainsi, la catalepsie d'un gibier comme la perdrix, leurre, par inhibition, l'instinct de chasse du prédateur. Chez l'homme, la représentation mentale, substitut de l'objet instinctuel, prête au leurre. Ce sont les fantasmes oniriques qui leurrent le désir au bénéfice du sommeil, les fantasmes esthétiques qui leurrent le désir en métonymes et métaphores culturelles. L'homme s'invente des leurres individuels et sociaux, arts, sports, religions, idéologies, etc... Les premiers sont au service de l'organisation psychique et les seconds au service de l'organisation sociale, dominance, cohabitation, politique, etc... Comme tout comportement instinctuel, le leurre s'intègre dans une circularité cybernétique avec l'organisme. Chez les agneaux, l'objet maternel provoque le plaisir, blotissement, motilité intestinale et sécrétion d'endorphines cérébrales. Il en est de même avec un leurre maternel. Tout le processus est bloqué, en revanche, par un antimorphinique comme la Naloxone. Le leurre et la drogue sont apparentés. Tous deux interviennent dans le circuit cybernétique organo-comportemental en substituts directs ou indirects de l'objet instinctuel. Tous deux répondent illusoirement au désir. La drogue est un leurre chimique qui se substitue de façon plus ou moins complexe aux endorphines dans le circuit du plaisir. On la trouve chez les animaux: 1 - Chez les pigeons avec les graines de chanvre. 2 - Chez les oiseaux avec la belladone. 3 - Chez les herbivores avec le tabac. 4 - Chez les chats avec la valériane 5 - Chez les fourmis avec la loméchure. 6 - Chez le chien avec la drogue affective qu'est son maitre et dont témoigne le syndrome de manque lors de la séparation, hurlements, . incontinence, substituts personnalisés par l'odeur.
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7 - Chez l'homme avec le tabac, l'alcool, le hachisch, les stupéfiants, etc... et la conduite à risque. Il y a tendance individuelle à l'amplification orgastique par feedback positif. Inversement, la ritualisation a un effet modérateur, par contrôle social en feed-back négatif sur la drogue individuelle. Mais il y a tendance amplificatrice en feed-back positif, pour la drogue sociale des idéologies dans les manifestations de foule et les rituels de masse. La fixation sensorielle monotone éteint la vigilance et favorise le sommeil et l'hypnose. Dans l'hypnose, comme dans le sommeil, la motricité est suspendue. Avec la fixation sensorielle, on observe souvent la catalepsie et l'indifférence aux autres sens. La chirurgie chinoise sous hypnose et l'anesthésie du combattant en témoignent. L'hypnose est fréquente comme l'indique Cyrulnik,chez les antmaux: 1 - Le chouca est hypnotisé par un feu de bois. 2 - Effet cataleptisant du tord-nez chez les ruminants. 3 - De la piqûre chez la grenouille. 4 - Du plumage chez les volailles. . 5 - De la vibration du sol chez les invertébrés. 6 - Hypnotisation expérimentale des grenouilles, lézards, écrevisses, poules, canards, oies, cygnes, pigeons, canaris, serins, dindons, etc... La technique de l'hypnotisme est d'attirer l'attention sur une perception qui devient prégnante, véritable contrainte sensorielle, miroitement, dessin, posture, pression, sonorité, rythmicité. Chez l'homme, la représentation mentale domine la perception brute. Il y a souvent hypnose par fantasme d'où le rôle de la verbalisation inductrice, évocation d'incendie, d'inondation, d'accident, de séisme, d'émotion. Il y a effet hypnotique du théâtre et surtout du cinéma. Chez l'enfant il y a effet hypnotique de la brillance des yeux et des basses fréquences vocaliques de la mère pour l'endormissement du nourrisson. Il y a sensibilité hypnotique du toucher, de la somatosensibilité, de la rythmicité avec la berceuse ou le hamac. Il y a parenté du sommeil et de l'hypnose: 1 - Inhibition motrice, avec l'atonie du sommeil et la catalepsie de l'hypnose. 2 - Leurre, avec suggestibilité hypnotique et l'autosuggestibilité du rêve.
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L'endormissement est souvent une auto-hypnose volontaire comme dans le compte des moutons. Ce peut-être aussi l'effet involontaire d'une contagion hypnotique comme dans les bâillements en groupe. L'empathie, perception émotive, peut être hypnotisante. Il y a contagion hypnotique des émotions ritualisées, manifestations de masse, effet de foule. Dans certaines formes de la maladie de Pickwick, l'endormissement ou la catalepsie sont déclenchés par une émotion soudaine. L'électroencéphalogramme sous hypnose s'apparente à l'électroencéphalogramme du sommeil paradoxal. Dans les deux cas, il y a fermeture neuro-cybernétique au niveau onirique. Des agneaux sont retirés à leur mère et confiés à des brebis adoptives. L'adoption réussit si on badigeonne l'agneau avec le liquide amniotique de sa marâtre. Mais, parvenus à l'âge adulte, ils sont moins intégrés au groupe, moins participants que le groupe normal des agneaux élevés par leur mère, et se montrent moins hypnotisables. Il y a corrélation positive entre l'empreinte maternelle, la sociabilité et l'hypnose. Toutes trois relèvent de la vie émotive et fantasmatique, c'est-à-dire du même niveau neuro-cybernétique. La séduction est une hypnose induite par autrui qui révèle et cultive les désirs du sujet. Le rêve, autohypnose,est une autoséduction par ses fantasmes, expressions figurées du désir. Dans la pathologie mentale, le phénomène hypnotique est fréquent: - Suggestibilité de l'hystérique ou de l'oligophrène - Catalepsie du schizophrène - Autohypnose du monoidéisme délirant - Rêve éveillé des bouffées délirantes - Etc...

RITUELS

La communication instinctive est une fonction d'adaptation dont le mécanisme est différent suivant les espèces: 1 - Chez les insectes, elle est fondée sur des déclencheurs chimiques, les phéromones. 2 - Chez les batraciens et les reptiles, elle est fondée sur des inter23

actions sensorielles.

3 - Chez les oiseaux et les mammifères, il y a substitution figurative du déclencheur instinctif. Ce sont les rituels de chant, danse, protocole, etc... avec émotion projective. C'est chez les oiseaux que les rituels sont les plus caractérisés, de par la prédominance de l'encadrement génétique, de l'empreinte et du conditionnement sur la variabilité adaptative individuelle de l'appren tissage. Ainsi le rituel alimentaire des oisillons, la parade sexuelle comme la danse des grues décrite par Selma Lagerloff, les cris d'alerte, d'appel, d'envol, etc... Inversement, chez les mammifères, il y a prédominance de l'apprentissage et de l'insight. Chez l'homme, de plus, il yale langage et la culture. Le langage humain et le chant des oiseaux ont plusieurs caractères communs: 1 - Localisation cérébrale gauche le plus souvent.

2 - Cadre héréditaire de l'aptitude.

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3 - Période de sensibilisation rappelant l'empreinte. 4 - Apprentissage spécifique du jeune par imitation d'adulte. S - Autoapprentissage complémentaire. 6 - Progressivité et étapes structurales de compétence. Avant d'être un outil de communication logique, la parole parait avoir été, à l'origine, un rituel. En témoignent, le shamanisme, le caractère totémique des genres grammaticaux, l'évolution de l'écriture chinoise de la divination figurative au hiéroglyphe, puis à la systématisation logique. La parole, perçue sans pouvoir distinguer l'articulation verbale indique tout de même, figurativement, le sexe, l'humeur et partiellement l'identité du locuteur, comme il en est pour le chant des oiseaux. Les animaux domestiques ont une ritualisation instaurée par leur maitre en véritable culture, à tel point que pour certains d'entre eux, comme les chiens, on peut, en observant l'animal, connaître nombre de traditions et de traits caractériels du maître. La ritualisation, codage analogique de la communication instinctive, est une aptitude déterminée génetiquement, fixée historiquement en compétence dans la niche écologique, et qui se réalise existentiellement en performances dépendantes des motivations subjectives et du contexte.
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À l'origine des rituels, suivant Bateson, il y a tendance à s'intéresser à des gestalts d'objet instinctuel, différentes mais similaires, c'est-à-dire, cybernétiquement, qu'il y a substitution analogique du déclencheur instinctif. C'est un processus comparabte à la généralisation analogique dans l'apprentissage expérimentat des réseaux. L'analogie peut-être métonymique, ou métaphorique, ou de voisinage dans le temps et l'espace comme dans te conditionnement. D'après Desmond Morris, le processus de ritualisation d'un schème de base passerait historiquement par divers mécanismes: 1 - Abaissement du seuil de réactivité à la stimulation. 2 - Répétition rythmique. 3 - Schématisation analogique, par omission de composantes (c'est la métonymie), modification de la succession des composantes, modification de la coordination, accélération ou ralentissement de l'exécution, modification de la vigueur d'exécution. Ainsi, l'expression faciale et la vocalisation sont évolutivement liées, à partit de manifestations originellement physiologiques, précipitation respiratoire, rétrécissement des yeux, orientation des oreilles. La ritualisation significative se précise et se stéréotype avec la perte du caractère gradué et les modifications analogiques différentes suivant les espèces. Comme pour les instincts, la similarité interspécifique a valeur d'homologie et la différentialité a valeur d'identité spécifique, la combinaison des deux indiquant la distance de parenté. La ritualisation, étant communication figurative, représente un système consensuel, c'est-à-dire d'équilibre cybernétique pour cette communication, sous ses deux formes, externe avec autrui et interne avec soi-même. Il y a consensus interindividuel, dans l'espace, pour le rituel social structurant le groupe. Il y a aussi consensus personnel, dans le temps, pour le rituel de la névrose et des fantasmes structurant la personnalité. Chez l'animal, le rituel est véritablement contraignant, comme un conditionnement. Il prend l'aspect d'un réflexe conditionnel. Chez l'homme, sa valeur émotive de substitut analogique au déclencheur instinctif, qui l'apparente au rêve, au jeu, au leurre, en font un instrument communicatif relativement contraignant sur le mode séductif comme l'hypnose, la névrose et la magie du shaman. Dans les relations sociales de masse, les effets du rituel, comme son déclenchement, sont commandés par des feed-back de groupe qui 25

s'imposent émotivement à l'individu. Négatifs, ils sont généralement institutionnels et ils éteignent le comportement. C'est la clôture d'un défùé, la dispersion d'une manifestation, le « Ite missa est». Positifs, ils sont institutionnellement incontrôlés et exacerbent le comportement en une implosion qui rappelle le « Frenzy state» des requins. Ce sont, par exemple, les « jacqueries ». Les institutions sont des instruments sociaux qui contrôlent rituellement les comportements individuels, en feed-back, généralement négatif. Ainsi, le contrôle de l'agressivité par l'institution judiciaire fortement ritualisée. L'émotion sert la communication instinctive. Elle manifeste l'appétence. Les animaux supérieurs pensent et communiquent en émotions. Les actes intentionnels, ébauches instinctives, prennent souvent valeur de communication émotive. Ils sont figuratifs et contagieux par identification passive. Ainsi, le claquement d'ailes des oiseaux grégaires. Ces métonymes instinctifs servent une communication analogique. La différenciation et la spécialisation croissantes du schéma communicatif structurent le rituel. La ritualisation chez l'animal, concerne essentiellement la sexualité et l'agressivité intraspécifique. Fondée sur des mouvements d'intention, elle a un caractère symbolique et se distingue nettement des actes instinctifs efficaces. Elle commande l'organisation sociale et se structure différentiellement entre espèces voisines. C'est le rituel qui commande la relation sociale désirée, et non pas l'inverse. Les rituels s'organisent souvent en structures. Dans une espèce donnée, il y a équilibre des rituels antagonistes d'agressivité et de paix qui commandent les relations sociales. Chez certains oiseaux chanteurs, piesgrièches, barbus, drongos, le chant alterne entre les deux partenaires sexuels, dans une structure spécifique du couple. Chez les pipridès, les mâles courtisent indifféremment les femelles de toute espèce, mais celles-ci ne répondent qu'aux mâles de leur espèce. Pour le rituel, comme pour le langage, la structure est support de signification. Chez l'homme, contrairement aux autres anthropoïdes, la ritualisation instinctive, telle que bâiller, s'étirer, se gratter, se curer le nez, etc... est réprimée, tandis que domine la ritualisation culturelle, telle que honte et pudeur. Cette dernière vient renforcer, à contrario, l'effet émotif des caractères sexuels secondaires. On retrouve dans les rituels, la bipolarité des instincts avec l'ambivalence des signes analogiques dans les attitudes et les gestes. Ain26

si, offrir la partie du corps la plus vulnérable en signe de soumission, c'est-à-dire la gorge pour le cruen qui se met sur le dos, et la nuque ou la tête inclinée pour l'homme qui s'agenouille et s'incline. La contagion comportementale du mouvement intentionnel assure la synchronisation du groupe. Ainsi, le battement d'ailes induit l'envol chez les oiseaux grégaires et le bâillement est contagieux chez les humains, induisant le sommeil. En servant la communication instinctive, les rituels assurent la coordination comportementale dans le groupe. Chez les oiseaux, les signes sont essentiellement sonores et moteurs, cris d'appel pour le contact hors la vue, battements d'ailes intentionnels pour l'envol du groupe, chants alternés et danse pour la pariade. Il y a fréquemment amalgame des rituels de sexualité. et de dominance. Indépendamment de la morphologie sexuelle, le comportement dépend alors du contexte de groupe, avec homosexualité de dominance. La dominance apparaît un lien affectif dont l'homologue humain est le sado-masochisme. Chaque espèce organise un dialogue de sexualo-dominance spécifique, en opposition structurale différentielle d'avec les autres espèces: 1 - Chez les lézards, le comportement rituellement marqué entraîne le combat; non marqué il entraîne la pariade. 2 - Inversement chez les cichlidès, rituellement marqué il entraîne la pariade et non marqué il entraîne le combat. Chez les humains, le jeune enfant présente une ambivalence sexuelle qui se différencie secondairement par inhibition culturelle. C'est le stade œdipien décrit par la psychanalyse. Chez l'animal, la hiérarchisation sociale est corrélée à la structure du groupe: 1 - Dans un groupe naturel, en liberté, elle est permanente et coopérative avec tolérance de haut en bas. 2 - Dans une cage surpeuplée, elle est provisoire et concurrentielle avec agressivité de haut en bas. Chez les canards, pour les mêmes mouvements de pariade, les espèces ont des coloris déclencheurs qui s'opposent de façon tranchée, comme les couleurs des drapeaux nationaux chez l'homme. Chez les oiseaux chanteurs, le motif musical du chant diffère significativement d'une espèce à l'autre, comme la structure des langues maternelles chez l'homme. Comme les rituels d'animaux spécifiques à l'intérieur d'un même 27

genre, les cultures humaines se différencient en opposition réciproque dans chacune de leurs composantes, vêtement, alimentation, mœurs, mythologie, arts, religions, idéologies, etc... Toute rencontre d'animaux de la même espèce est ambivalente, faite d'attraction et de répulsion, en proje~tion empathique bipolaire. C'est le contexte et les motivations subjectives qui polarisent l'ambivalence. Il en est de même pour certaines relations socio-affectives chez l'homme. Ainsi, des attitudes peuvent-elles signifier tout à la fois un ordre et une interdiction. C'est le cas pour le « double bind» de certains psychotiques. C'est le cas, aussi, dans beaucoup de religions pour le caractère « tabou» ou « sacré ». La difficulté ou l'impossibilité de polariser cette ambivalence entraîne l'anxiété, dont la manifestation motrice, dans son mécanisme neuro-cybernétique, bascule d'un pôle à l'autre. C'est l'inhibition par feed-back négatif, ou le raptus par feed-back positif, avec équilibre instable et alternance des extrêmes, comme on le retrouve dans la cyclothymie. La ritualisation est une forme primitive d'institutionnalisation qui virtualise cette ambivalence projective pour l'adapter significativement en protocoles comportementaux, chants, danses, etc... selon un codage analogique. Les signes rituels sont souvent ambivalents car ils ont une valeur empathique bi-univoque, étant comportementalement symétriques entre l'émetteur et le récepteur. Ils s'opposent, par leur caractère significatif, à l'absence de signification de l'indifférence affective, du silence ou de l'immobilité utilisée par la proie pour leurrer son prédateur. Le sens d'un signe ambivalent est donné par la motivation subjective et le contexte. Ainsi, du clignement d'œil, signe d'intérêt et d'accord dans le flirt, ou de contestation ironique dans la discussion. Chez l'homme, la pensée fantasmatique de l'individu et la pensée mythologique de la société se développent suivant les mêmes mécanismes figuratifs. Ce sont des images mnésiques organisées analogiquement en métonymes, métaphores, déplacements, amalgame, condensation, inversion qui réalisent des scénarios oniriques pour l'individu et mythologiques pour la société. Ces scénarios obéissent au finalisme homéostasiant de la cybernétique subjective. Ils construisent historiquement des structures névrotiques, figurativement adaptatives des contradictions existentielles. C'est le processus de personnalisation, caractérielle pour l'individu et idéologique pour la société.

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SOCIABILITÉ

La compagnie des congénères est un facteur vital pour l'individu, parce qu'elle est une régulation cybernétique à tous les niveaux: 1 - Les rythmes cardiaque et respiratoire du nourrisson, sont liés au maternage, d'où leur trouble chez l'autiste qui ne communique pas empathiquement. 2 - Il en est de même pour les rythmes du sommeil, de l'alimentation, pour le développement de la personnalité et l'harmonisation relationnelle qui dépendent aussi de la communication empathique avec l'entourage. Le groupe est lui-même une entité cybernétique autorégulée en finalité pour son homéostase. Son organisation dépend de l'environnement. C'est une adaptation à sa niche écologique. Elle varie avec celle-ci: 1 - En milieu naturel, par exemple, dans la luxuriance forestière pour les grands singes, la sociabilité est supérieure. 2 - Elle est inférieure en savane ou en milieu difficile, avec conflits, abandons, etc... 3 - Elle devient nulle en surpopulation cloîtrée artificielle, comme dans les zoos, avec impossibilité de fuite. C'est la situation rencontrée chez l'homme au siècle dernier dans les banlieues parisiennes et londoniennes avec l'augmentation massive des formes de délinquance. La sociabilité concerne les différents liens empathiques interindividuels, sexuels, maternels, compagnonnage, dominance, etc... Chez l'homme, leur ftguration générale est, pour la sexualité, le « dormir ensemble» et pour la sociabilité, le « manger ensemble ». La stabilité d'un groupe de primates est un équilibre délicat entre

les facteurs de cohésion et ceux d'opposition. La hiérarchisation participe à la personnalisation du groupe qui est, par ailleurs, spécifiquement différentielle des autres groupes. La violence intraspécifique est rare chez l'animal. Elle se rencontre dans des situations anormales, telles que la maladie ou la surpopulation. La dominance est une alternative à la violence. La ritualisation, par les attitudes de menace et la hiérarchisation, évite le passage à l'acte. Il s'agit d'une substitution instable, l'agressivité réapparaissant à l'occasion d'un imprévu, tel que la maladie du dominant. La hiérarchie est stabilisée par l'attitude des dominés, plutôt que 29

par celle du dominant. Le système de dominance parait commander une orientation de l'attention dans le groupe, des dominés vers le dominant, qui est le leader. La dominance est un système rituel variable suivant les espèces et les situations. Elle peut-être modifiée par les coalitions, d'où l'intérêt des alliances. Sa logique relève de la théorie des jeux. Le système peut être transitif, c'est-à-dire ordonné linéairement du supérieur à l'inférieur, ou intransitif, c'est-à-dire ordonné circulairement, tel que l'extrême inférieur soit supérieur à l'extrême supérieur. Ce dernier schéma se retrouve dans les comédies de Shakespeare où les liens amoureux s'enchaînent en rond. Tout instinct social est ambivalent par symétrie cybernétique. Ainsi, peur et agressivité, attirance et répulsion, dominant et dominé, mâle et femelle. La figuration sociale est bipolaire, ce qui permet la gradation et l'adaptation alternative, ainsi que le fonctionnement cyclique, comme pour tout système cybernétique. Les rituels sociaux sont figuratifs, rythmiquement répétitifs et coadaptatifs, voir chez l'homme les danses de guerre. Ils construisent parfois des structures de type névrotique qui associent des instincts contradictoires avec des métonymes divers, de menace, d'alimentation, de grattage, etc... Ainsi, le picorement furieux du jars pris dans la contradiction de rivalité et de compagnonnage, mais aussi, dans la même situation logiquement insoluble, les branches cassées du chimpanzé ou le vase brisé par le conjoint humain. De façon générale, la ritualisation sociale est d'autant plus forte que l'individu est plus dominé. Chez l'homme, il y a persistance des instincts archaïques qui sont remodelés figurativement par la culture. Ainsi, travailler pour chasser, lieu de travail pour terrain de chasse, maison pour antre, mariage pour couple sexuel, etc... Cette évolution figurative réalise de véritables névroses culturelles par adaptation de tendances contradictoires. C'est le refoulement des signes sexuels primaires avec attitude féminine des jambes fermées ou croisées, mais accentuation directe ou indirecte des signes secondaires avec le maquillage et la mode vestimentaire. La compétence relationnelle de l'individu dans le groupe est empathique. Elle est modelée par l'empreinte et par l'apprentissage à partir du cadre systémique fixé héréditairement par le génome. L'intégration empathique dans le groupe protège l'individu. Les prédateurs s'attaquent à l'isolé, par ailleurs mal adapté. Une moindre intégration empathique entraîne la désorganisation comportementale et trop d'intégration entraîne la stéréotypie et l'hypnose, voir les moutons 30

de Panurge. Chez les oiseaux, l'empreinte est le socle de l'apprentissage émotionnel et l'intégration au groupe par empathie. Attirance et répulsion forment un couple oppositionnel significatif. Chez les goélands, l'émotion est contagieuse et significative par apprentissage. Un trouble des relations parentales entraîne un défaut de signification émotionnelle et, par là, un comportement inadapté et désordonné, affolement, agitation, blessure, etc... Chez les primates non humains, il y a apprentissage émotionnel et symbolique, attitudes, gestes orientés, théâtre, qui permettent l'organisation du groupe par les relations sociales, la dominance, la hiérarchie. L'empreinte des poussins se fait entre la treizième et la dixseptième heures, avec le pic de synthèse de l'acétyl-cholinéstérase, neuromédiateur de la mémoire. Elle entraîne la catégorisation de l'environnement. En milieu non catégorisé, c'est-à-dire étrange, l'animal désorganise son comportement, sommeil, alimentation, troubles sphinctériens, etc... La catégoiisation par L'empreinte permet, avec le jeu d'attirance et de répulsion, l'apprentissage émotionnel. Les expériences chez le poussin montrent la désorganisation du comportement lors du retrait de l'objet d'empreinte et la normalisation lors de son retour. Il y a parenté entre l'objet d'empreinte chez l'animal et l'objet transitionnel, son avatar comme substitut maternel chez l'homme. Les troubles de l'interaction précoce entraînent: 1 - Chez l'animal, lors de la période sensible à l'empreinte, des anomalies comportementales et biologiques définitives. 2 - Chez le nourrisson humain, des troubles à court terme, évolutifs en réparation ou aggravation suivant l'histoire à long terme. Il y a sensibilité relationnelle, sans véritable empreinte, entre la mère et le bébé, avec détermination adaptative complexe, des derniers mois de grossesse jusqu'au quatrième mois d'enfance. La relation interindividuelle de base est la relation mère-enfant. Il y a interaction cybernétique entre maternage, lactation et réaction infantile. C'est un auto entretien fonctionnel. Il met en place, chez l'enfant, des segments fantasmatiques qui resteront disponibles pour les futurs circuits relationnels de l'adulte, tels ceux de la fillette devenue mère. Chez l'homme, la relation mère-enfant utilise une grande variété de signaux ritualisés ou non. Elle se poursuit au-delà des buts instinc31

tuels proprement dits, dans un feed-back relationnel qui développe la communication empathique, et donc la ritualisation, pour elles-mêmes, d'où la motivation au langage. Les effets de la séparation de la mère et de l'enfant sont différents chez le singe et chez l'homme. Ils témoignent d'une cybernétique relationnelle plus riche chez ce dernier. Chez le singe, le traumatisme est plus important si c'est la mère qui est retirée; à l'inverse de l'homme où le traumatisme est le plus fort si c'est l'enfant qui est retiré. Par ailleurs, chez le singe, la mère de retour est accueillie sans difficulté, à l'inverse de l'enfant qui rejette plus ou moins longtemps sa mère après son retour. Goodall donne des exemples de fusion maternelle chez le chimpanzé. Il y a répétitivement une réassurance du petit par le contact mammaire et la tétée. Il y a méconnaissance par la mère des blessures, plaies ou même mort de son petit qu'elle continue de materner dans une communication à sens unique, ignorante subjectivement de la réalité. Lors d'un brusque mouvement de la mère on voit le petit se raccrocher spontanément non pas à la fourrure materoelle, mais à sa propre tête qu'il était en train de gratter. La copulation de la mère est vécue comme une agression par le petit, qui cherche à repousser le mâle. Chez l'homme, ultérieurement au stade du maternage, les interactions entre enfants paraissent importantes pour la socialisation, d'où l'intérêt thérapeutique d'un suivi précoce de l'autiste dans un groupe du même âge, en crèche ou en garderie. En effet, les troubles précoces du la psychogénèse entraînent l'arrêt ou la régression de la pensée fantasmatique comme on l'observe chez l'autiste avec les stéréotypies, l'absence de jeu et de communication empathique. Ces stéréotypies sont comparables à celles des batraciens et des reptiles dépourvus de vie fantasmatique. Ce sont des oscillations rythmiques, des balancements, des rotations alternées du corps, gestes répétitifs ou persistants, de caractère primaire. On les observe aussi chez les oiseaux et mammifères cloîtrés, les chimpanzés en laboratoire, les hommes privés durablement d'information comme les prisonniers en cellule et chez les petits, animaux ou humains, privés de maternage. Ce tableau clinique correspond à la restriction de pensée fantasmatique, avec réassurances narcissiques primaires. La thérapeutique en découle. Elle consiste à favoriser la relation maternelle au stade du maternage et, ultérieurement, la relation sociale dans un groupe du même âge. Elle sera d'autant plus difficile que plus tardive.

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Chez l'homme, la personnalisation passe par différentes étapes d'organisation subjective. Pendant la grossesse, le fœtus est sensible à l'odeur et au goût. Il boit chaque jour, quatre à cinq litres de liquide amniotique, vecteur de ces deux sensorialités. Il est tactilement sensible, aux basses vibrations vocales, alors que les hautes vibrations sont arrêtées par les tissus maternels qui l'enveloppent. Il explore ce qui flotte, son pouce, le cordon ombilical. Il a une mémoire biologique de quelques minutes. Durant les dernières semaines, il s'entraîne à la tétée en suçant son pouce. À la naissance, il est préparé à la tétée du sein par sa forme, son odeur et son goût de colostrum. Le déclenchement dépendra de la disponibilité maternelle. Il existe alors une étroite connivence sensorielle entre la mère et l'enfant. Lors de la tétée, le bébé hume d'abord le sein, balance la tête en un fouissement de plus en plus précis, s'arrête sur le mamelon et le lèche, puis tête en liant son regard à celui de sa mère. La disponibilité maximale de la mère pour son nourrisson se situe dans les cent premiers jours, avec hypervigilance aux indices sensoriels. Le nourrisson, de son côté, se familiarise à son environnement maternel, mais aussi matériel stable et non agressif. Il établit progressivement une structure relationnelle évolutive. Il y a recherche exploratoire avec, à six semaines, avancée vers l'objet désiré, des épaules, des mains et des pieds, orientation du regard et fixation durant deux à trois minutes, avancée des lèvres et de la langue. Au troisième mois, la différenciation imitative remplace l'indifférenciation d'avec la mère. Au onzième mois apparaît le théâtralisme, manipulation d'autrui, avec transitivisme figuratif. La mère vient à l'aide du nouveau-né en fonction de son émotivité, de sa personnalité, de son éducation et de sa culture. Une aide trop rapide et trop active comble le nouveau-né et entrave son adaptation à la frustration par la suppléance de la fantasmation et de l'objet transitionnel. Une aide absente ou inaffective entraîne un manque excessif qui bloque le développement empathique et fantasmatique. L'objet transitionnel est un substitut maternel hypnotisant. Les carences affectives laissent des traces dépourvues de représentation mentale car antérieures à celles-ci, d'où la somatisation de leurs rappels existentiels avec les colites, troubles cutanés ou digestifs, explosions émotives, lors de frustrations ultérieures. Ces troubles se retrouvent chez les chiens séparés de leur maître. À deux mois, le bébé réagit aux traits du visage et aux mimiques qu'il imite. À cinq mois il différencie les visages masculins et féminins. À 33

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