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L'Europe

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Des fiches claires, synthétiques et pertinentes pour comprendre les enjeux contemporains.

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Chapitre
1
Identités et diversités en Europe
Qu’est-ce-que l’Europe ? La réponse est en apparence aisée, mais plus on tente de définir l’Europe et plus elle apparaît dans sa complexité. L’Europe est à la fois unité et diversité. Lesunitésde l’art, de la philosophie, des sciences et de l’économie font que l’Europe a une cohérence culturelle. Lesdiversitésnationales, régionales et les réticences de la politique fragmentent l’Europe ; ses antagonismes se sont manifestés dans des guerres sanglantes.
Lesdeux véritésne s’excluent pas, elles se complètent. Edgar Morin, dans son ouvrage,Penser l’Europe(1987), montre que l’Europe se définit par unmodèle dialogiquequi fait que« ce sont les interactions entre peuples, cultures, classes, États, qui ont tissé une unité elle-même plurielle et contradictoire »,la culture européenne évoluant selon une dialogique permanente. La dialogique étant ce qui unit deux notions contradictoires mais indissociables pour créer une même réalité, c’est cette réalité qu’il faut prendre en compte pour comprendre l’Europe et la construire.
1
OCÉAN
PACIFIQUE
« L’invention d’Europe » (Jacques Lévy)
AMÉRIQUE LATINE
États-Unis
OCÉAN ATLANTIQUE
Europe Fort peuplement d'origine européenne
Liberia
1900 : un monde européen
OCÉAN ARCTIQUE
EUROPE
AFRIQUE
Empire Russe
Japon
Corée
Chine
Afghanistan
Indes britanniques
Empire  Ottoman
Éthiopie
Colonies et possessions européennes
OCÉAN
INDIEN
Philippines
Siam
OCÉAN
PACIFIQUE
Australie
Nouvelle-Zélande
1 000 km États sous influence européenne directe États et territoires hors de l'influence européenne
Source : d'après G. Chaliand et J.-P. Rageau,Atlas des Européens, Fayard, 1989.
1 L’Europe, presqu’île occidentale de l’Asie
A. « Une sorte de cap du Vieux Continent, un appendice occidental de l’Asie. » (Paul Valéry) Le mot est d’origine grecque. Dans la mythologie grecque, Europe est une princesse phénicienne, donc une Asiatique, enlevée par Zeus, qui, pour la séduire, avait pris la forme d’un taureau. Fragmentée, sans unité géographique, l’Europe, péninsule du continent eurasiatique, est déli-mitée par des frontières maritimes qui se repèrent aisément sur un atlas : l’Atlantique à l’ouest, prolongé par les mers intérieures de la mer du Nord et de la mer Baltique, l’Arctique au nord, la Méditerranée au sud avec son prolongement de la mer Noire. e À l’est sur le continent, Hérodote, auVsiècle av. J.-C., indiquait arbitrairement le Don comme e frontière de l’Europe ; les géographes duXIXsiècle arrêtent l’Europe à l’Oural, qui dessine sur la carte une frontière bien visible du nord au sud, et sur 2 500 km de long. Le général de Gaulle avait repris cette idée qui permettait de refuser la coupure du rideau de fer.
10 )
Partie 1 - Europe(s)
B. Des limites continentales mouvantes La frontière orientalede l’Europe aux Monts Oural ne peut être retenue. L’Oural ne constitue pas une limite de peuplement ou de système économique. Pourquoi la Sibérie colonisée par les Russes ne ferait-elle pas partie de l’Europe si on y inclut une partie de la Russie ? Les villes de Sibérie sont plus européennes que Kiev. Où s’arrête l’Europe ? La Russie elle-même semble hésiter, comme le souligne J.-B. Duroselle : elle est entrée en Europe tardivement « sous Pierre le Grand, Élisabeth et Catherine II… mais elle en est sortie avec la révolution de 1917 ». L’effondrement de l’URSS et la constitution d’États indépendants posent désormais la question de l’appartenance de l’Ukraine à l’UE, alors que les pays Baltes ont déjà adhéré comme bon nombre de pays de l’Europe centrale et orientale. Au sud-est, la Turquieconsidérée sous l’angle géographique est européenne pour une part infime de son territoire, c’est-à-dire la partie d’Istanbul qui se trouve sur la rive occidentale du Bosphore. Ce positionnement géographique permet la candidature de la Turquie à l’UE, puisque dès le Traité de Rome, il est précisé que, pour devenir membre de la Communauté, il faut être en Europe. Cette portion de territoire est-elle suffisante pour faire de la Turquie un pays européen ?
C. Des frontières maritimes pas très sûres Les frontières maritimes apparemment évidentes ne se révèlent pas très assurées non plus… Au sud, la Méditerranée,Mare Nostrum, est une mer d’union ; elle n’a jamais été une coupure mais un moyen de communication jusqu’à la conquête musulmane. À l’ouest, l’océan Atlantique est autant un trait d’union avec l’Amérique, « morceau d’Europe qui est parti aux Amériques », qu’une limite (Edgar Morin).
2 L’Europe se partage le monde, puis le perd
A. L’Europe « a fait le monde » L’Europe a découvert la terre entière et a dominé tous les continents en les occidentalisant. Comme le résume Denis de Rougemont, l’aventure mondiale de l’Europe se déroule à partir de Christophe Colomb. Les étapes de la conquête terrestre par les Européens, c’est d’abord le premier tour du monde, accompli parMagellan, puis ce sont la conquête de l’Amérique du Sud et le peuplement de l’Amérique du Nord. De cette européanisation du continent américain, il reste les trois langues parlées prédominantes que sont l’anglais, l’espagnol et le portugais ainsi que la religion dominante, le christianisme. L’Europe, c’est la découverte des côtes africaines, la e soumission du Proche-Orient puis des Indes auXVIIIsiècle, la colonisation de l’Indonésie par les Portugais et les Hollandais, celle de l’immense Sibérie par les Russes, l’ouverture de l’Extrême-e Orient à la civilisation européenne au milieu duXIXsiècle, enfin la colonisation de l’Afrique noire à partir des années 1880 à 1900. En 1914, « l’Europe allait de Brest à Vladivostok et de Mourmansk au Cap » (Pascal Ory).
B. L’Europe « a perdu le monde » Hors d’elle-même, l’Europe est rejetée au nom même de ses principes de liberté, de justice et d’égalité. « Les continents découverts et régis par l’Europe se sont libérés de sa tutelle : e l’Amérique du Nord la première, dès la fin duXVIIIsiècle ; l’Inde, l’Indonésie, le Sud-Est asiatique et le Proche-Orient au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, puis presque toute l’Afrique vers 1960 » (Denis de Rougemont). L’Europe coloniale a perdu ses colonies au terme de guerres coûteuses, inutiles, laissant la place à des gouvernements autoritaires. L’Europe n’apparaît, après les deux guerres mondiales,« guerres civiles européennes », que déclinante et de moins en moins présente dans le monde. L’Europe se retrouve réduite à elle-même, ramenée dans ses limites de cap asiatique. Elle a du mal à défendre son identité face à une Amérique impériale qui diffuse partout son concept de mondialisation souvent pris dans le sens d’américanisation.
Chapitre 1 - Identités et diversités en Europe
11 (
1 Les territoires d’Outre-mer dans l’UE Les frontières externes de l’Europe ne s’arrêtent pas seulement à ses territoires insulaires mitoyens de l’Europe continentale. Des territoires lointains sont rattachés à l’UE parce qu’ils font partie de l’un des 27 États membres. La prise en compte de la dimension périphérique de l’UE a longtemps été négligée par la construction européenne tournée vers le continent. Les territoires d’Outre-mer sont répartis en trois catégories.
OCÉAN INDIEN
Terre Adélie
2
Territoire Britannique de l’Océan Indien (BIOT)
Territoires britanniques de l’Antarctique (BAT)
Les frontières de l’UE sont aussi « outre-mer »
B. Les PTOM La France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark possèdent desPays et Territoires d’Outre-mer (PTOM). Pour laFrance: Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française,
Partie 1 - Europe(s)
Groenland
Géorgie du Sud et îles Sandwich du Sud
Amsterdam Saint-Paul
La Réunion Iles Éparses
Ile Crozet
A. Les RUP Lesrégions ultrapériphériques (RUP)sont au nombre de sept, elles font partie intégrante du territoire de l’Union européenne. Il s’agit pour la France desdépartements français d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion), pour l’Espagne de l’archipel desCanarieset pour le Portugal de l’archipel desAçores et de Madère. Les RUP bénéficient des programmes et aides des organisations européennes en faveur des régions en retard de développement comme les Fonds structurels (7 milliards d’euros entre 2000 et 2006).
Nouvelle-Calédonie
Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)
Saint-Pierre-et-Miquelon EUROPE Açores Bermudes Madère Anguilla Canaries Montserrat Guadeloupe Martinique Guyane française Ascension Sainte-Hélène
Source : J. Petit, MICN. Régions ultrapériphériques (RUP)
Les confins de l’UE : une Europe hors d’Europe
Pays et territoires d’outre-mer (PTOM)
OCÉAN ATLANTIQUE Iles Falkland
Tristan da Cunha
0 2 500 km (à l’équateur) Iles ou archipels rattachés à des PTOM
Iles Vierges britanniques Iles Turks et Caïcos
Iles Cayman Aruba Antilles néerlandaises
Pitcairn
Wallis-et-Futuna
OCÉAN ARCTIQUE
Polynésie française
PACIFIQUE
OCÉAN
Mayotte
12 )
Saint-Pierre-et-Miquelon, les Terres australes et antarctiques françaises, Wallis-et-Futuna. Pour le Danemark : le Groenland. Pour leRoyaume-Uni: Anguilla, les îles Cayman, les Îles Falkland, la Géorgie du Sud et îles Sandwich du Sud, Montserrat, Pitcairn, Sainte Hélène et dépendances, les Territoire de l’Antarctique britannique, les Territoires britanniques de l’océan Indien, les îles Turks et Caicos, les îles Vierges britanniques. Pour lesPays-Bas: les Antilles néerlandaises et Aruba. Ces territoires ne font pas partie intégrante de l’UE mais ils bénéficient de relations privi-légiées avec l’UE. Leurs habitants sont comme les habitants des RUP des citoyens européens et ont la liberté de circulation et d’établissement dans l’UE. Ils ont un accès libre au marché euro-péen, sans droits de douane. Ils peuvent bénéficier des aides du Fonds européen de dévelop-pement (FED), des prêts de la Banque européenne d’investissement. Ils participent à des programmes communautaires en matière d’éducation, de formation et d’aides aux entreprises.
C. Les TS : territoires spécifiques Quatre territoires ont un statut spécifique qui diffère des deux statuts précédents : Jersey, Guer-nesey, île de Man (Royaume-Uni), Féroé (Danemark).
2 Des régions hétérogènes A. Des situations démographiques disparates : entre stagnation et croissance démographique rapide Les RUP totalisent une population totale de 4,4 millions d’habitants environ. LesCanariesont la population la plus élevée avec plus de 2 millions d’habitants. Viennent ensuite laRéunion (800 000), laGuadeloupeet laMartiniquechacune),(400 000 Madèreet lesAçores(250 000 chacune) et laGuyane: laParmi les PTOM (220 000). Polynésie françaiseest peuplée de 260 000 habitants, laNouvelle-Calédoniede 244 000 etMayotte000.de 187 La population est pratiquement stationnaire dans les RUP portugaises, elle augmente peu en Guadeloupe et Martinique et un peu plus à la Réunion. La croissance de la population des Canaries est surtout due à l’immigration (retraités). Les Antilles françaises ont achevé leur transition démo-graphique et le solde migratoire y est légèrement négatif. En Nouvelle-Calédonie, l’immigration joue encore un rôle primordial dans la croissance de la population. La croissance démogra-phique rapide de la Guyane et de Mayotte s’explique par un taux de fécondité très élevé, plus de 3 enfants par femme, associé à un afflux d’immigrés : Brésil et Surinam pour la Guyane, les Comores pour Mayotte (J.-L. Rallu, INED).
B. Les enjeux de l’ultrapériphéricité Les RUP ont enregistré une forte croissance économique depuis les années 1980 (+ 3,5 % par an en moyenne) mais elles figurent toujours parmi les régions les moins avancées « d’Europe ». Le PIB moyen des RUP représente environ 77 % de l’UE-27. Elles sont fortement polarisées sur le secteur tertiaire (80 % du PIB). Dans les DOM, l’écart de niveau de vie avec la métropole est de – 40 % mais le niveau de vie est supérieur à celui des plus riches à l’échelle régionale. L’activité touristique reste relativement marginale dans les DOM. Le faible emploi des jeunes, voire celui des adultes, est le problème majeur des départements d’Outre-mer français et ce malgré l’émigration. La situation est différente aux Canaries où le niveau de vie est équivalent à celui de l’Espagne et à Madère où il est supérieur à celui du Portugal. Le tourisme est le moteur principal de la crois-sance aux Canaries et à Madère. Aujourd’hui, l’UE dispose de près de 68 000 km de côtes et l’application du nouveau droit de la mer (ZEE de 200 milles) ouvre de nouveaux horizons. L’Europe dispose avec ses îles périphériques et ultrapériphériques d’un positionnement stratégique qui peut se révéler précieux au plan géostratégique dans le cas de la mise en place d’une politique étrangère et de sécurité unifiée.
Chapitre 1 - Identités et diversités en Europe
13 (
3
L’Europe-civilisation : l’art
La chrétienté en expansion
Bergen Oudenarde Bruxelles AmiensTrondheim NoyonUppsala Coutances Beauvais LaonStavanger Rouen Caen Soissons Senlis Reims Chartres Châlons Paris MerWarnheim Le Mans Sensdu Troyes Roskilge ToursNord 1191Mer Rievaulx Auxerre BourgesYork Malmo BeverleyBaltique Poitiers Nevers Lincoln Dantzig Cambridge Lubeck Groucester Deventer Verden Londres Wells 1245 Exeter Utrecht Canterbury Poznan Munster Magdebourg Salisbury Gand Malines Chichester Ypres Neuss Hallerstadt Paderborn Breslau Marbourg Naumbourg Eberbach Cologne Mayence Mt St-Michel Cracovie OCÉAN 1248 Prague Trêves Bamberg Dol 1348 Quimper Metz Nuremberg Nantes Ratisbonne Kosice ATLANTIQUE Ulm Vienne Bâle Gran Lausanne Clermont Lyon Kalocza Genêve Milan Oviedo Bordeaux Vérone Le Puy Vienne Venise Orense Rodez Verceil Bayonne Léon Parme Albi Gênes Bologne 1255 Burgos Toulouse Porto Béziers St-Maximin 1221 Florence Tudèle Pise Salamanque Carcassone Coimbre 1204 Aix Ségovie S. Galgano Sienne Sigüenza C. Rodrigo Orvieto Avila Viterbe Tarragone Barcelone Lisbonne Cuenca Evora Tolède Barletta 1226 Fossanova Valence Matera Séville Naples Palma 1276 0 400 km Cosenza Région de naissance deMer MéditerranéeNicosie (Chypre) e 1200 l’art gothique (XII siècle) Grandes cathédrales de e Ésiècle) Influence directe de l’Ile-de-Francedifices significatifs (XIII l’âge classique (1140-1250)
1 Une et plurielle A.Dans laGrammaire des civilisations, l’historien Fernand Braudel associe la « civilisation » à la lon-gue durée en la définissant comme « ce qui, à travers des séries d’économies, des séries de sociétés, persiste à vivre en ne se laissant qu’à peine et peu à peu infléchir ». On peut dès lors en reprenant F. Braudel définirune identité de l’Europe comme résultant des « unités brillantes de l’art et de l’esprit ».
B.
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L’Europe a été le cadre de foyers initiaux qui ont révolutionné l’art C’est le cas de lapeintureitalienne de laRenaissance, avec les œuvres de Botticelli, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Titien, le Tintoret et Véronèse, ou del’impressionnisme, dès 1860, avec Paul Cézanne, Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley, Édouard Manet. e La peinture duXXsiècle doit beaucoup à l’Europe, qui est le berceau du cubisme avec Georges Braque et Pablo Picasso et de lapeinture abstraiteavec Vassily Kandinsky. Que l’on considère les grands noms ou les grands foyers initiaux, c’est bien d’une peintureeuropéennequ’il s’agit, d’une peinture occidentale, car elle a débordé le continent européen (Fernand Braudel).
Partie 1 - Europe(s)
On pourrait aussi prendre l’exemple dela musique, depuis la polyphonie qui apparaît au e IXsiècle, suivie par la création du concert avec la musique instrumentale dite « de chambre », jusqu’à l’avènement de la symphonie, grande musique d’orchestre avec de nombreux instru-ments et de nombreux auditeurs.
C.Les unités n’excluent pas les diversités nationales ou régionalessous-jacentes. Chaque État a toujours tendu à former un monde culturel en soi, mais ceci n’empêche pas les unissons qui donnent àla civilisation européenne « une allure presque fraternelle, presque uniforme, comme si elle était envahie par une seule et même lumière… Tout mouvement, surgi en un point de son espace, a tendance à le saisir en son entier »(Fernand Braudel). Tel bien culturel peut se heurter à des réticences, des refus peuvent exister en certains points de l’Europe ou au contraire déborder les frontières pour devenir mondial. Il n’en demeure pas moins que l’Europe présente une cohérence culturelle affirmée malgré ses divisions et ses ruptures face au reste du monde.
2 « D’immenses marées, lentes à recouvrir sa totalité » (Fernand Braudel)
A. L’Europe médiévale de l’art roman et de l’art gothique L’art roman, fruit d’une société profondément religieuse et rurale, naît en Europe autour de l’an mille. Il s’étend d’abord dans toute la zone qui va de l’Italie du Nord à la Catalogne. Il se e propage ensuite en Europe occidentale pendant tout leXIIsiècle, en suivant les routes du commerce et les chemins de pèlerinages.
e L’art gothiquevoit le jour au milieu duXIIsiècle avec la construction du chœur de la basilique de Saint-Denis. Il se diffuse depuis l’Île-de-France, prenant des formes régionales, et couvrant pendant trois siècles l’Europe de cathédrales. La culture gothique apparaît comme le lien unifi-cateur de cette Europe politiquement fractionnée.
B. De l’âge humaniste au temps des Lumières e À partir duXIVsiècle, un art nouveau apparaît en Toscane, l’art de laRenaissance. Cet art er est introduit en France par les artistes italiens que François I fait venir. Il se propage aux e e XVetXVIsiècles dans toute l’Europe. Il introduit une rupture avec l’art gothique dédié à Dieu, renoue avec la culture antique grecque et romaine,l’hommedevient le centre de la réflexion. Ce courant bénéficie pour son rayonnement des progrès del’imprimerie.
e AuXVIsiècle,l’art baroque, instrument de la reconquête catholique, de la Contre-Réforme, est issu de Rome et de l’Espagne. Art de la mise en scène, art de masse, il doit impressionner le croyant et stimuler l’émotion collective. Il débordera l’espace de la Contre-Réforme pour recouvrir e également l’Europe protestante, il pénètre tous les arts jusqu’au milieu duXVIIIsiècle. Il se répandra dans les colonies espagnoles et portugaises. L’Italie perdra sa primauté dans la peinture avec les œuvres de Rubens, Vélasquez et Rembrandt. e Si pendant deux siècles l’Europe devient baroque, la France résiste et développe auXVIIsiècle une voie originale qui exprime la grandeur du pouvoir royal, c’est leclassicisme. Le symbole de ce style monumental qui privilégie les lignes droites, l’équilibre et la rationalité reste le château de Versailles et son jardin « à la française » dessiné par Le Nôtre. L’art classiquecolporté par les e Français jusqu’auXVIIIsiècle fait naître en Europe une soixantaine de Versailles. e Le penchant pour l’Antiquité se traduit dans la deuxième moitié duXVIIIsiècle dans lenéo-classicisme, cet art qui naît simultanément, en Italie, en Angleterre et en France. La rupture avec le néoclassicisme interviendra avec leromantismequi apparaît progressive-e e ment auXVIIIsiècle et s’imposera jusqu’au milieu duXIXsiècle à toute l’Europe, notamment en Angleterre, en France et en Allemagne.
Chapitre 1 - Identités et diversités en Europe
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4
Irlande
L’identité sociologique
Royaume d’Angleterre
Royaume de France
Pays et régions catholiques Régions devenues luthériennes
e Catholiques et protestants en Europe auXVsiècle
Mer du Nord
Royaume de Norvège
Royaume de Danemark
Saint-Empire
Rép. de Venise
Régions devenues calvinistes Domaine de la Réforme anglicane
Royaume de Suède
Fortes minorités : Catholiques
Mer Baltique
Royaume de Pologne
Hongrie
0
Luthériennes
Finlande
Estonie
Lituanie
300 km
Calvinistes
Source : G. Chaliand et J.-P. Rageau,Atlas des Européens, Fayard, 1988.
Dans son ouvrage l’Europe des Européens, le sociologue Henri Mendras définit l’Europe occi-dentale à partir de quatre traits :individualisme, nation, capitalisme, démocratie, qui sont les fondements d’un modèle inédit de civilisation expliquant les grandes structures et les grandes institutions de l’Europe.
1L’individualisme Contrairement à ce qui s’observe dans les autres civilisations, l’individu est premier, le groupe social est second. L’individualisme se manifeste particulièrement dans trois domaines : religieux, juridique et politique.
A. Religieux Pour Henri Mendras, les Évangiles fondent l’individualisme occidental en « établissant un rapport direct entre la créature et son Créateur ». Dans l’Évangile, chaque créature attend son salut personnel de son Créateur et de lui seul. Paradoxalement, c’est une institution,l’Église romaine, qui imposera pendant seize siècles sa médiation pour accéder au royaume de Dieu,
16 )
Partie 1 - Europe(s)
et condamnera toutes « les hérésies » qui tentent de renouer avec le lien direct par la lecture de la Bible, jusqu’au succès du protestantisme, qui conteste à l’Église cette médiation. Il en résul-tera une division de l’Europe entre l’Europe du Nord protestante et l’Europe du Sudcatholique.
B.Juridique La deuxième racine de l’individualisme occidental se trouve dans ledroit romain. Il n’est pas de droit plus individualiste, tant pour le droit des personnes que pour le droit des biens. Il affirme que« nul n’est censé rester dans l’indivision », principe qui détruit toutes les communautés familiales. Il affirme qu’une « chose ne peut avoir qu’un seul maître, et que celui-ci a tous les droits sur sa chose :usus, fructus, abususSur sa terre, le maître a tous les droits d’usage et de récolte des fruits, personne d’autre ne peut partager ce droit ». Ce principe ne se retrouve pas dans la plupart des civilisations où la terre peut être l’objet de plusieurs formes de droits d’usage mais non de propriété. La proclamation de la propriété comme un droit de l’homme dans la Déclaration de 1789 est très édifiante à ce propos.
C.Politique La philosophie dusiècle des Lumières,enfin, est individualiste. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen se donne pour objectif d’assurer le bonheur des citoyens. La souverai-neté du peuple résultant de l’amalgame de leurs volontés.
2 Nation, capitalisme et démocratie A.L’idée de nation Cette idée d’État-nationqui fait coïncider sur un même territoire un peuple et une langue, avec ses « frontières naturelles », les frontières linéaires, est une rupture majeure avec la féodalité. L’Europe occidentale apparaît, globalement et avec le recul de l’histoire, comme le foyer par excellence de cette construction qui s’est généralisée à l’échelle de la planète. Cette construction n’est pas allée sans mal, il a fallu des siècles pour y parvenir : l’Italie, l’Allemagne n’ont terminé e leur unité qu’en pleinXIXsiècle. De plus cette édification a entraîné des affrontements interna-tionaux majeurs, comme les trois guerres qui opposèrent la France et l’Allemagne entre 1870 et 1945.
B.Le capitalisme e Le capitalisme est né véritablement en Europe, auXVIsiècle, et s’épanouit ensuite avec l’âge de l’industrie. Les travaux deMax Weber (1864-1920)ont souligné l’importance dela dimension culturelle dans l’origine du capitalisme. Dans son ouvrageL’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme(1901), il montre la légitimité apportée par le protestantisme et sa valorisation du travail, en faisant des succès d’ici-bas la préfiguration de la rédemption dans l’au-delà. C’est en Europe occidentale que s’établit peu à peu« la distinction entre économique, politique et religieux, reconnaissant à chacun des trois domaines une légitimité propre, qui est le fondement même de notre conception de l’Église,de l’Étatet ducapitalisme » (Henri Mendras). Ce sont les EuropéensAdam Smith(1723-1790) etDavid Ricardo(1772-1823) qui décrivent, les premiers, les lois de l’économie libérale, ils sont les fondateurs de l’économie classique. C’est de la critique du système capitaliste que naît également en Europe la théorie deKarl Marx(1818-1883).
C.La démocratie « Que la moitié plus un gouverne avec le consentement de la moitié moins un est une règle bien étrange, qu’aucune société n’a jamais pensé légitimer, dans aucune civilisation autre que l’Europe occidentale et les États-Unis depuis deux siècles ».Alexis de Tocquevilleinsiste, lui, sur le respect de la minorité qui est essentiel. L’individualisme poursuit aujourd’hui en Europe sa « course millénaire » et constitue la trame des relations avec les grandes institutions, la religion, la famille, l’État.
Chapitre 1 - Identités et diversités en Europe
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