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L'Évolution de la propriété

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551 pages

Avant d’entamer l’étude des diverses formes et transformations de la propriété dans les sociétés animales et humaines, il ne sera pas inutile de remonter à l’origine même de l’instinct de la propriété. C’est bien un instinct, un penchant inné et dominateur. Dans l’humanité, il a été le grand facteur de l’histoire ; devant lui, se sont docilement inclinées les religions ; autour de lui, se sont organisées les sociétés ; c’est lui qui a dicté la plupart des codes ; par lui, les empires ont été édifiés et détruits.

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Charles-Jean-Marie Letourneau
L'Évolution de la propriété
PRÉFACE
Dans ce volume, comme dans les précédents, je me su is inspiré d’une féconde méthode, la seule ui puisse éclairer les origines sociologiues ; j’entends parler de la méthode ethnographiue, consistant à tenir les races inférieures de l’humanité actuelle, comme les vivants représentants de nos primitifs ancêtres. Je n’ai point ici à justifier cette manière de procéder ; elle est la base même de la s ociologie évolutive, puisu’elle permet d’étudierde visu la sériedes étapes sociales, englouties dans l’abîme du passé. Grâce à elle et par la plus scientifiue des incant ations, les siècles les plus lointains ressuscitent en chair et en os, le passé devient le présent et l’observateur peut scruter simultanément les phases successives, ue les peuples les plus civilisés ont mis des cycles chronologiues à parcourir. Quelle ue soit la grande uestion sociologiue ainsi abordée, il devient possible d’en étudier tous les chaînons historiues et préhistoriues, d’embrasser d’un coup d’œil les lents efforts de l’humanité et d’évouer un spectacle d’un saisissant intérêt. L’évolution du droit de propriété, ui fait le suje t du présent ouvrage, peut être suivie pas à pas, grâce à la méthode ethnographiue, et de cet examen se dégagent des enseignements de la plus haute portée. En effet, le droit de propriété est par excellence le grand ressort social ; c’est le géant, ue les p rimitifs supposent couché au fond des cratères volcaniues et dont chaue mouvement provo ue un tremblement de terre. Point de grande révolution politiue, ui ne soit corrélative à une modification du droit de propriété ; point de métamorphoses de ce droit, ui n’entraîne une transformation politiue. C’est u’il s’agit là d’un instinct puissant, tenan t aux entrailles mêmes de l’humanité. J’ai essayé de montrer, ue le désir de l’appropria tion est simplement l’une des manifestations de l’instinct de conservation ; c’est-à-dire uelue chose d’impérieux, de tyranniue, comme tout ce ui est primordial. On aurait tort d’en conclure ue l’instinct de la propriété ne saurait s’ennoblir, s’idéaliser. Au point de vue de la perfectibilité, on le peut comparer au sentiment de l’amour, capable d’in spirer les plus sublimes dévouements, tout en n’ayant d’autre base physiolog iue ue le rut animal. C’est ue, comme l’instinct sexuel, celui de la propriété se poétise en se teintant d’altruisme. Or, comme on le verra en parcourant ce livre, il se mble y avoir une sorte de contradiction morale entre la marche en avant des c ivilisations et la métamorphose graduelle du droit de propriété, puisue ce droit part toujours du collectivisme pour tendre ou aboutir à l’individualisme. Cependant l’homme pr imitif est bien loin d’être doté de sentiments raffinés ; mais il est faible, très mal armé pour soutenir isolément sa lutte pour l’existence, et, pour résister victorieusement aux influences nocives, aux ennemis, ui de toutes parts l’assaillent, il lui faut former des petits groupes étroitement solidaires : l’union fait la force. Grâce à cette union nécessaire et sa lutaire, l’homme pithécomorphe des premiers âges put croître en nombre, en intelligence, en moralité. Mais, uand, après des milliers d’années d’incessants efforts, il eut enfin bataille gagnée contre la plupart des dangers ui avaient menacé son berceau, de vieux se ntiments inférieurs, mal domptés, se réveillèrent, la lutte s’engagea entre l’égoïsme affranchi et la gênante solidarité des premières sociétés. La propriété commune, avec ses mille entraves, ne suffit plus à l’individu, aspirant à posséder un bien à lui, à lu i seul, dont il eût, suivant la fameuse formule uiritaire, « le droit d’user et d’abuser ». Telle en effet a été la forme dernière du droit de propriété dans toutes les sociétés, ui ont suffisamment évolué. En faut-il conclure ue ce soit là sa phase ultime, non
modifiable ? On sera, j’espère, persuadé du contraire après avoir lu le présent volume. En effet, dans toutes les sociétés civilisées, ui ont devancé la nôtre, l’intronisation du droit égoïste et sans frein de propriété individuelle a été l’avant-coureur de la décadence, la principale cause de la ruine. Une humanité plus éclairée, ayant enfin réussi à créer une science sociale, saura, on aime à le croire, éviter l’écueil, sur leuel ont sombré Athènes et Rome. Elle comprendra, ue la guerre de chacun contre tous et de tous contre chacun ne saurait constituer une base sociale suffisamment solide ; elle verra u’il est urgent, pour le salut commun, d’idéaliser le droit de propr iété non pas sans doute en caluant servilement des institutions disparues à cause de l eur imperfection même, mais en remplaçant l’égoïste droit de propriété individuell e et abusivement libre par une organisation altruiste sans doute, mais raisonnée, mais scientifiue, soutenant l’individu sans l’annihiler, sans enchaîner ni son initiative, ni sa liberté. Le débat, le conflit plutôt, est déjà ouvert ; la lutte s’engage entre le vieux monde et le nouveau. Quelle en sera l’issue ? Je suis de ceux ui ont foi dans l’avenir. CH. LETOURNEAU.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
LA PROPRIÉTÉ CHEZ LES ANIMAUX
I. — DE L’INSTINCT DE LA PROPRIÉTÉ
II. — DE LA PROPRIÉTÉ CHEZ LES ANIMAUX
III. — LA PROPRIÉTÉ DE L’HABITATION
IV. — FOURMIS ET ABEILLES. LA PROPRIÉTÉ SOCIALE
V. — DU VOL ET DE LA JALOUSIE
I. — DE L’INSTINCT DE LA PROPRIÉTÉ
Avant d’entamer l’étude des diverses formes et tran sformations de la propriété dans les sociétés animales et humaines, il ne sera pas inutile de remonter à l’origine même de l’instinct de la propriété. C’est bien un instinct, un penchant inné et dominateur. Dans l’humanité, il a été le grand facteur de l’histoire ; devant lui, se sont docilement inclinées les religions ; autour de lui, se sont organisées les sociétés ; c’est lui qui a dicté la plupart des codes ; par lui, les empires ont été édifiés et détruits. Enfin les animaux eux-mêmes, du moins les animaux intelligents, quel que soit le ur type zoologique, lui obéissent tout comme les hommes. Or, quand un penchant revêt un tel caractère d’universalité, on peut être bien sûr qu’il a sa racine dans les nécessités biologiques elles-mêm es, au plus profond de l’être. En effet, l’instinct de la propriété n’est qu’une des manifestations du plus primordial des besoins, du besoin de se conserver, de vivre et même de faire vivre sa descendance. Or, le « banquet de la nature » est fort irrégulièremen t, parfois fort chichement servi ; les convives y sont nombreux, affamés, souvent brutaux. Pourtant, sous peine de mort, il faut s’y frayer une place, la défendre et autant qu e possible la garder, car il s’agit d’assouvir sans cesse des besoins toujours renaissants. Avec plus ou moins d’âpreté « la lutte pour la vie » est sans trêve ; aussi plus l’ê tre organisé, animal ou homme, est intelligent, plus il a le souci de l’avenir, plus i l tâche, en s’assurant une propriété quelconque, de réduire dans son existence la part laissée à l’imprévu. Dans des centres nerveux développés, que ce soit ceux d’un homme ou ceux d’une abeille, les accidents de la vie laissent des empreintes durables ; un combat livré, un danger couru, un pénible effort accompli pour se procurer le vivre et le cou vert s’inscrivent et survivent dans la mémoire. A grand’peine, a-t-on réussi, un jour, à sauvegarder son droit à l’existence en s’attribuant des aliments ou un abri, on désire nat urellement une appropriation plus vaste, une alimentation soustraite au hasard, un gîte sûr et permanent. Sans cesse on y songe et, dans la mesure de ses facultés, on se pro cure ces biens précieux, cette assurance contre le malheur, on devient propriétair e ; mais on peut l’être de diverses manières, tantôt isolément, avec égoïsme, si l’on e st assez bien doué ou assez bien armé de force ou de ruse pour se suffire à soi-même ; tantôt collectivement, si l’on est assez intelligent, assez sociable, pour suppléer à sa faiblesse native en s’agrégeant, en créant un faisceau puissant par l’union de petites énergies individuelles. Ces deux manières, si différentes, d’entendre la propriété, nous les trouvons dans le règne animal et chacune d’elles marque d’une empreinte spéciale les mœurs, les tendances, la
mentalité des espèces, Même en négligeant les espèces animales les plus in férieures, celles chez qui la vie psychique n’est encore qu’à l’état d’ébauche, de lueur, on peut dire, que, le plus souvent dans le règne animal, l’instinct de la propriété es t à très courte vue. La plupart des animaux vivent au jour le jour, sans aucune prévision de l’avenir ; ils s’emparent de ce qui tombe sous leur dent, leur bec ou leurs griffes, de tout ce qui leur est comestible et le consomment immédiatement. Pour eux, la propriété es t simplement ce qu’ils peuvent saisir et dévorer. Nous retrouverons plus d’une fois, chez les hommes, cette grossière conception de la propriété. La Rome primitive lui a vait même fait, dans son code, une très large place ; c’était, pour elle, la propriétémancipi (manus, capire), la propriété sur laquelle la main peut s’abattre. J’aurai plus tard à en parler avec quelques détails.
II. — DE LA PROPRIÉTÉ CHEZ LES ANIMAUX
Ce genre de propriété éphémère, dont on s’empare à l’occasion, que l’on consomme ou détruit sur-le-champ, est le seul que connaissent les animaux bornés, incapables de prévoyance et aussi les animaux puissants, que leur force, presque irrésistible, dispense de prévoyance. Les grands félins, le lion et le tig re, par exemple, n’ont pas besoin d’amasser des provisions ; nombre d’autres mammifèr es errant dans les forêts ou les campagnes sont, pour eux, des proies faciles. De même l’éléphant, en raison de sa force énorme et de ses goûts herbivores et foglivores, pe ut s’endormir, chaque soir, sans s’inquiéter du lendemain. Les forêts tropicales son t, pour lui, un inépuisable garde-manger ; aussi ne s’astreint-il pas à l’économie. C ’est un grand seigneur, à qui son opulence permet le gaspillage. Rien que pour faire un repas, l’éléphant d’Afrique (Elephas Africanus)renverse, déracine un grand nombre d’arbres et d’arbustes, jonche la forêt de troncs renversés, le tout pour déguster en gourmet un petit nombre de branches 1 savoureuses . Pourtant l’éléphant compte parmi les mammifères les plus intelligents, les plus sensés, c’est le dieu Ganésa, l’emblème de la sagesse, dans la mythologie indoue ; mais c’est en même temps un potentat subissant rarement les sévères leçons du besoin. Nous savons trop que, dans l’humanité, les puissants et les opulents (c’est presque la même chose) se conduisent exactement comme cet aristocratique pachyderme. Pourtant il est un genre de propriété, un peu plus relevé, que nombre d’animaux connaissent, désirent et défendent ; c’est la propriété territoriale. Le lion vit seul, tout au plus en famille temporaire ; mais il a besoin d’un vaste territoire de chasse ; ce territoire il le veut riche en gibier et il le choisit lui-même ; après quoi, il entend qu’aucun intrus n’y braconne ; de son autorité privée, et ce parce qu’il s’appelle lion, il en a fixé les limites. Un autre animal de son espèce se permet-il de viole r le domaine qu’il s’est attribué, il proteste, réclame à sa manière auprès de l’envahisseur et, si celui-ci ne l’écoute pas, il a recours àl’ultima ratiorois et des lions, à une bataille dont l’issue tranche le conflit des 2 juridique . Cette prétention la propriété d’un territoire déterminé est commune chez les animaux. Dans les familles d’oiseaux, c’est un fait constant, presque universel. La délimitation du district est d’autant plus rigoureuse, chez ces der niers, et on le défend,unguibus et rostro,plus énergiquement que le propriétaire ou prétendu tel est carnivore ou d’autant pêcheur ; c’est qu’alors le domaine est un territoire de chasse, absolument nécessaire au maintien de l’existence. Arrive-t-il que la chasse et la pêche soient très abondantes, alors le propriétaire ailé ne maintient plus ses droits avec la même rigueur ; sa surveillance se 3 relâche, car il ne sent plus l’aiguillon de la néce ssité . Cela est naturel ; pourtant nous savons qu’il n’en va pas toujours ainsi dans nos so ciétés humaines où la « fureur
’accumuler » dépasse souvent singulièrement la limite des besoins. Cette revendication d’un territoire, à titre de pro priété individuelle, familiale ou collective, n’est pas rare non plus chez les mammifères. Les aurochs conservés, sous la protection spéciale de l’empereur de Russie, dans l a forêt polonaise de Bialoviza, y vivent en troupeaux, à l’exception des quelque individus misanthropes ou insociables, qui errent isolément. Mais les mêmes troupeaux hantent toujours les mêmes districts de la forêt, d’habitude dans le voisinage de quelques cours d’eau, et cette répartition du sol de la forêt est si rigoureuse que les gardes préposés à la conservation des aurochs ont pu 4 se partager la surveillance de leurs petits groupes . Mêmes mœurs chez les chiens errants de l’Égypte ; leurs peuplades se choisissen t un habitat et, dit un témoin 5 oculaires : « Malheur au chien qui s’égare sur le territoire d’un voisin. J’ai vu, bien des fois, les autres chiens se ruer sur le malheureux e t le déchirer. » De même encore les chiensparias de l’Inde se cantonnent dans la partie de la ville où ils sont nés. Chacun d’eux a son district particulier, sa patrie, qu’il nettoie soigneusement, et dont il ne franchit 6 jamais les limites . Les singes ne se comportent pas autrement. Ainsi le s cercopithèques vivent en hordes, dans les forêts, sous le gouvernement de le urs vieux mâles, et chaque groupe revendique pour son usage un district particulier, dans lequel ne sont point tolérés les individus d’une autre horde. Mais cette prétention à la possession d’un territoire donné, c’est le fond même, l’origine première de la propriété du sol dans les sociétés h umaines. Plus d’une fois, dans les chapitres suivants, j’aurai à parler des territoire s de chasse, dont les tribus sauvages réclament aussi la jouissance exclusive, dont elles prétendent interdire l’accès aux tribus voisines et rivales, dont elles punissent de mort la violation. Je signale, en passant, ces instructives analogies entre les animaux et les hom mes ; elles éclairent singulièrement l’origine du droit et de l’instinct de la propriété . Il est, en effet, bien intéressant de retrouver chez nombre d’espèces animales, la plupar t fort peu intelligentes, les rudiments, grossiers sans doute, mais parfaitement reconnaissables, de nos deux principaux modes de propriété : la propriété foncière et la propriété mobilière.
III. — LA PROPRIÉTÉ DE L’HABITATION
D’autre part, ce qui est plus humain encore, bon no mbre d’espèces animales ont un goût très vif pour la propriété de l’habitation. Ma is ce penchant se satisfait, selon les espèces, avec plus ou moins d’industrie et d’intell igence. Les animaux les moins ingénieux s’accommodent simplement d’un gîte naturel, grotte, abri sous roche, etc., etc. L’ours brun, par exemple, aime à s’établir dans une caverne naturelle et à y vivre seul, en philosophe chagrin. D’autres animaux, plus industrieux, se font des grottes, se creusent des terriers. La situation de ces habitations souterraines n’est point choisie au hasard. Avant de se fixer, le renard, par exemple, visite, explore le voisinage, fouille chaque excavation pour s’assurer qu’elle ne renferme ni embûches ni ennemis. Puis, cette enquête terminée, il procède à son installation, creusant des couloirs, des chambres, se ménageant des issues multiples, à la fois éloignées les unes des autres et fort distantes du centre de 7 l’habitation . Le blaireau se conduit de même et presque tous le s rongeurs ont des terriers plus ou moins compliqués. Ceux de nos lapins de garenne sont en ce genre des 8 modèles, que tout le monde connaît. Comme le remarq ue G. Leroy , les lapins ont sûrement l’idée de la propriété, car on voit les mê mes familles occuper héréditairement les mêmes terriers, en les agrandissant seulement à mesure que leur nombre augmente,
exactement, comme les Indiens Pueblos, de l’Amérique centrale, ajoutent au besoin des annexes à leurs phalanstères. Les fondateurs de ces cités souterraines ne se sont pas décidés à la légère ; ils ont eu soin au préalable de placer le terrier dans un endroit où il est à l’abri des inondations, d’en disposer l’entré e de manière à masquer l’intérieur du domicile, etc. C’est vraisemblablement le goût de l’épargne, le désir de mettre en sûreté des aliments de réserve, qui a inspiré aux rongeurs l’idée de se creuser ainsi des habitations souterraines. Pourtant ce goût s’observe aussi, mais à l’état très rudimentaire, chez nos chiens domestiques et chez beaucoup de carnassiers qui, n’étant ni architectes, ni fouisseurs, se bornent, quand ils possèdent des ali ments en excès, à faire un trou en terre, à y déposer leur excédent de provisions, leu r épargne, et à cacher le dépôt en entassant sur lui les déblais. Plus habiles, les rongeurs creusent de véritables magasins. Ainsi le hamster(Mus cricetus)sait se creuser deux excavations souterraines. L’une est s a chambre à c ucher ; elle est jonchée d’herbe sèc he et tenue avec une propreté parfaite ; l’autre sert simplement de magasin aux vivres. Souvent, chez les rongeurs, ces réserves de provisions sont considérables ; on les a accumulées de longue main, et elles 9 doivent servir à sustenter l’animal pendant toute l a mauvaise saison . C’est de la prévoyance à lointaine échéance. Comme bien des animaux, nos ancêtres préhistoriques ont été troglodytiques. Tout d’abord, ils ont disputé aux fauves la jouissance des cavernes naturelles ; puis ils ont eu aussi, comme les rongeurs, l’idée de s’en creuser d ’artificielles, enfin celle de se construire des huttes. Mais il s’en faut que ce dernier trait soit particulier à l’homme. Les huttes des castors, par exemple, sont sûrement, au point de vue architectural, bien supérieures à celles des Pécherais de la Terre de Feu. Tout le monde a lu la description des villages de castors avec leur digue, leurs hutt es circulaires à une seule entrée, se terminant en dôme, contenant une chambre de résiden ce et une chambre pour les provisions, au total, assez analogues aux huttes des nègres d’Afrique. Chaque hutte de castor abrite une famille et leur ensemble constitu e une véritable tribu. On sait que la 10 construction de ces huttes est savante et que les p arois en sont fort épaisses . Le castor est pourtant un animal médiocrement intellig ent, mais il arrive souvent, chez les animaux comme chez les hommes, qu’une aptitude spéc iale se développe seule et devienne d’autant plus saillante que les autres sommeillent ou font défaut. A propos de ce qu’on peut appeler « la propriété bâtie » chez les animaux, j’ai jusqu’ici emprunté mes exemples à la classe des mammifères ; mais des faits du même genre, plus curieux encore, s’observent dans les autres cl asses du règne animal. Beaucoup d’oiseaux ont aussi l’idée de l’épargne, et tous, p lus ou moins habilement, sont architectes. Le hibou(Strix otus)comme le chien, le surplus de ses provisions. enterre, La pie-grièche fiscale(Lanius collaris) se nourrit de sauterelles, de souris et de petits oiseaux. Fait-elle une chasse surabondante ? Alors elle accroche ou plutôt elle enfile ses 11 victimes aux épines des buissons ou sur des bâtons où elle les retrouvera plus tard . Un pic de Californie(Melanerpes formicivorus) creuse dans les arbres des excavations pour y déposer son butin. En automne, on le voit occupé à picoter les pins et les chênes 12 et à insérer des glands dans les trous qu’il a prat iqués . Les geais font aussi des provisions ; les pies, les polyborus, les anomaloco rax, les ptylonorrynques, les chlamydères cachent et thésaurisent certains objets , objets de luxe, sans utilité 13 apparente, mais auxquels ils semblent attacher un grand prix . Tout le monde sait combien l’instinct constructeur est développé chez les oiseaux, combien sont variées les formes de leurs nids et av ec quel héroïsme ils défendent ce logis familial. Quoique les nids ne soient point de s habitations permanentes et aient
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