L'Exil - Des exils

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L'auteur aborde dans ce recueil d'articles différentes formes d'exil, "ce déplacement majeur de soi". A partir de situations cliniques, des mythes de la littérature et d'autres personnages non moins mythiques comme celui de Nijinski, la guerre et d'autres persécutions posent la question des "traversées". Des déplacements s'inscrivant dans le temps et l'espace comme une écriture du visible. Une écriture qui met en évidence, comme dans "Antigone ou la fin de l'exil", l'étrange lien qu'entretiennent le poids des mots et ce qui veut les anéantir, la langue qui voudrait témoigner de ce qui s'est passé et celle qui s'est absentée à jamais.
Publié le : samedi 1 mars 2003
Lecture(s) : 56
EAN13 : 9782296311473
Nombre de pages : 172
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L'exil

-Des exils

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.

Dernières parutions
Le corps et l'écriture, CLAUDEJAMARTet VANNI DELLAGIUSTINA(eds). Travail culturel de la pulsion et rapport à l'altérité, H. BENDAHMAN(sous la direction de), 2000. Autisme, Naissance, Séparations. Avec Thibaut sur le chemin. Chronique d'un parcours psychanalytique avec une enfant de quatre ans, B. ALGRANTI-FILDIER,2000. Critique littéraire occidentale, critique littéraire arabe, « textes croisés », MOHAMEDOULD BOULEIBA, 2000. Tentation paranoïaque et démocratie, Jean-Pierre BÉNARD, 2000. Bilan personnel et insertion professionnelle, Florian SALA, 2000. MALDA VSKY DAVID, Lignages abouliques, processus toxiques et traumatiques dans des structures intersubjectives, 2000. PORRET Jean-Michel, Temps psychiques et transferts, 2000. MOREAU DU BELLAINGLouis, La fonction du libre-arbitre. Légitimation II, 2000. GUYON Robert, Fragments d'une passion, 2001. DANJOU Marie-Noëlle, Raison et folie, 2001. OLINDO-WEBERSilvana, Suicides au singulier, 2001. BRODEUR Claude, Le père: cet étranger, 2001. GAZENGEL Joseph, Vivre en réanimation, 2001. LEFEVRE Alain, Qui a tué le docteur Lacan ?, 2001. ZAGDOUN Roger, Hitler et Freud: un transfert paranoïaque, 2002. CHARLES Monique, J.L. Borges ou l'étrangeté apprivoisée, 2002. HURNI Maurice, STOLL Giovanna, Saccages psychiques au quotidien, 2002.

Collection

« Psychanalyse

et Civilisations»

Berta Roth

L'exil - Des exils

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-3801-X

Aux miens.

Berta ROTH.

Publications:
«Dans le silence des mots ». Ed. L'Harmattan. 1994.

A paraître:
« Esthétique de l'inconscient « Cantate». ».

Articles parus dans des revues spécialisées: Le Coq-Héron, Esquisses psychanalytiques, Lettres de la S.P.F., Le Cheval de Troie, Point Hors ligne: ouvrage collectif, L'Homme et la Terre, G.R.E.L.P.P. : L'image parentale dans la littérature espagnole.

Prologue
« Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère»

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Différentes formes d'exil. Un déplacement - Des déplacements. La Vie

- La

mort.

Nepantla, premier mot dans la langue Nahuatl utilisée pour décrire la condition des peuples indigènes après la colonisation des Amériques. On pourrait proposer comme traduction approximative: ni ici ni là, mais ici et là. Quelle définition plus juste de l'exil? Un endroit non représentable mais qui se débat cependant entre des limites linguistiques, géographiques, psychologiques et sociales. Un endroit où l'on n'arrive pas à distinguer le dedans du dehors, où le sens devient
G. Deleuze. Proust, Contre Sainte Beuve. Pris de Critique et Clinique. Editions de Minuit. 7
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à ce point inextricable que seule en émerge une énorme confusion, mais seulement à travers des manifestations extrêmement bizarres. Comme le dit Gloria Enedina Alvarezl : «Nepantla est un espace non linéaire dont le centre se déplace pour créer d'autres possibilités, d'autres chemins depuis les jours anciens, qui tournent en spirale pour se frayer un passage à l'intérieur des anciens tracés ». Pour retrouver ces tracés anciens, nous «entamerons» divers parcours d'exil. Nous les aborderons sous différents angles dans l'espoir d'identifier l'acte fondateur qui y est inscrit. Cette démarche afin de lever le doute - ou le confirmer - qu'il n'existe pas plus grand martyre que celui de succomber au dénigrement d'être, jusqu'à devenir un inconnu et un étranger à soi même. Il va nous falloir, en ce sens, concevoir l'exil sous des formes différentes comme des positions à géométrie variable. Et cela, depuis la sphère affective et symptomatique, désirante et fantasmatique. Des aspects qui signalent l'existence d'un dedans incapable de se désolidariser d'un dehors quand, par exemple, la violence du politique agit en s'inscrivant psychiquement tant dans le temps que dans l'espace. Il s'agit des modes de représentation dont la sphère sociale n'est pas exclue, étant spontanément présente dans toute sorte de déplacement géographique, tel un dessin inscrit pour indiquer ce par quoi certains paramètres ont été définis. Tout déplacement évoque nécessairement l'axe par rapport auquel il s'est produit. Dans toute réflexion sur l'exil, il sera fait référence au sens de cet axe. Celui de la verticalité par exemple, comme dans notre chapitre sur Nijinski, où il
The Story of a Soldier. Musique Igor Stravinsky. Spectacle donné à Bobigny en novembre 2000, dans la nouvelle version de l'auteur dont le nom figure. 1

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conviendra de prendre en compte le temps, mais aussi les conséquences du cauchemar en état de veille ou de l'hallucination dans le déroulement d'une vie. L'axe, conçu non seulement depuis une verticalité, mais aussi à l'intérieur d'une horizontalité: dans le temps et dans l'espace. L'horizontalité et la verticalité représentent alors des dimensions dont on tiendra compte, non seulement en ce qui concerne le déplacement des personnes ou des déplacements géographiques, mais encore comme des coordonnées traversant le fantasme. Nous allons étudier également ces dimensions dans le cadre de la cure. Ceci pour dire que la position assise, allongée, ou tout autre mouvement, «parle» du changement intervenant à l'intérieur même du discours. Il s'agit d'un exil que tout analysant est censé traverser afin de retrouver les traces d'un trajet intimement lié à son cheminement personnel; à ce qu'il savait déjà. Trois termes seront récurrents tout au long de ce travail. Trois termes représentés par des formes diverses qui s'entrecroisent et se côtoient telles des formes du tragique: le sacrifice, la punition et la mort. Il s'agit d'une interaction qui bannit tout projet d'avenir, tant passé et présent se confondent et se déclinent à l'intérieur de ce système complexe qui est celui de la répétition inéluctable. Nous nous proposons d'aborder ce tragique pour mieux appréhender la ruse, la sournoiserie et la moquerie qu'il renferme face à la vie d'un homme. Et aussi pour donner du sens à ce qui n'en a pas, et ne pas en rajouter à ce qui en déborde, comme il peut se produire avec des textes qui ne réussissent pas à s'exiler d'eux-mêmes, ou comme avec certains mots trop «arrogants» pour s'exiler de là où ils s'imaginent être.

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L'étude de l'exil dans les différents articles réunis dans ce recueil fait référence, entre autres, aux effets que certains systèmes politiques peuvent engendrer sur l'individu qui les subit. Il est évident que, dans chaque article, la guerre est au centre de l'événement traumatique. La guerre, témoignage exemplaire des analyses clinico-théoriques qui nous ont permis d'envisager la dimension du désastre qu'elle provoque Dans le chapitre intitulé Le Fantasme entre le sexe et la guerre, comme dans Sous les décombres, la question considérée renvoie à la réminiscence entre mythe et réalité. La mémoire comme organisatrice de la haine est traitée dans la Métapsychologie d'une souffrance. Le couple transfert/contretransfert, en tant que fonction dans la rencontre psychanalytique, est également un concept abordé dans l'Exil-quête de répétition. Par ailleurs, L'Etrangère-analyste migrante essaie de considérer, au travers d'un cas clinique, les effets de « transfert» produits par le refoulé des catastrophes de l'histoire, dans le temps et dans l'espace. Non seulement dans l'histoire du patient, mais encore dans la rencontre avec l'analyste. Par ailleurs, en cherchant du côté d'Antigone, nous avons exploré ce que l'enjeu politique - celui d'une loi fasciste - peut produire comme catastrophe dans une vie ainsi que sur le résultat de ce que l'on «enterre» (dans tous les sens du mot), ou ce qui demeure enterré comme «réussite» d'un consensus socio-politique. C'est encore de la guerre qu'il s'agit et de ses incidences comme anéantissement de l'humain. L'anéantissement, en effet, puisque c'est à ce point que se rejoignent des forces empêchées de faire front ensemble quand, par exemple, la résistance (que ce soit par l'attaque ou la défense) n'a plus de raison d'être, ou quand il n'est même plus possible que la douleur soit vécue comme telle.

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Encore la guerre, la «Grande ». Ce fut à cette époque qu'il se produisit un changement d'axe chez le grand danseur Nijinski. Un axe qui bascula d'une verticalité géniale vers une horizontalité sans issue. C'est ainsi que ce changement est décrit dans l'écriture de ce créateur, pris en otage entre des désirs de pouvoir exercés par autrui et le sexe. Il sera également question d'un autre pouvoir, celui de l'Inquisition. Celle qui parcourut des continents en semant l'horreur et obligea des familles à s'exiler de génération en génération pour se retrouver, enfin, au point de départ, là où le bûcher les attendait pour les anéantir. C'est ce que le roman de Marcos Aguinis nous donne à savoir et que nous avons repris dans l'article intitulé L'exil entre l'écriture et la répétition.

Il

L'écriture comme un exil.

Si l'on admet que l'écriture est une forme d'exil, une forme d'arrachement ( «la honte d'être un homme» comme le dit Deleuze), le fait d'écrire, ou d'être amené à «forer des trous» dans le langage pour voir ou entendre ce qui est «tapi derrière» (Beckett), n'appartient pas uniquement à des histoires singulières. L'écriture fait bien partie des déplacements, des «désaxements» des races à travers des continents. Elle fait partie également des visions et des auditions! qui donnent sens aux Figures sans cesse réinvesties qui concernent autant l'histoire que la géographie; le temps revient donc, mais aussi l'espace. C'est cette écriture, entendue comme le dépaysement majeur de soi pour ainsi dire que nous évoquerons. Celle qui nous ramène vers cette difficulté d'avoir à restituer, dans une langue étrangère, autant l'émotion que la rigueur de la pensée. C'est le cas pour celui qui écrit et doit admettre qu'il a «perdu sa langue ». Non pas l'organe, mais le mutisme qui s'ensuit,
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G. Deleuze. Proust, Contre Sainte Beuve. Prix de Critique et Clinique. Op.

cit.,p.9.

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surtout quand il s'agit de constater combien il est difficile de se

réunir avec les mots qui lui rappellent qu'une fois, en effet, il a
eu un chez-soi. Du moins ce chez-soi qui est la langue qui dévoile quelque chose de soi, point de départ pour pouvoir s'y absenter. Ces articles, hormis Antigone - Non à la loi fasciste ou la fin de l'exil par exemple, compose un recueil. Ces articles ont été écrits à des moments différents, toujours en France et pour des publications françaises. A chaque fois, pour répondre à des nécessités et des demandes spécifiques. Mais, surtout, ils correspondent à différents moments de l'apprentissage d'une langue étrangère d'un auteur en exil, et c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas souhaité les rendre homogènes. Au contraire, en les laissant tels quels, leur déplacement, se faisant à l'intérieur de la langue elle-même, signe les nuances avec lesquelles une histoire marquée par l'exil a pu, le temps s'écoulant, s'intégrer le plus possible à l'intérieur d'une vie ordinaire, en même temps que l'analyste migrante devenait une analyste ordinaire. Une analyste censée penser tant d'autres migrations, comme celles qu'on a à vivre à l'intérieur d'une analyse « ordinaire ». L'écriture vécue donc comme un exil, mais aussi l'exil vécu dans la «langue d'accueil ». C'est une générosité qui se veut désormais « sans merci» pour ce type d'écriture, tellement le désir d'exister est impitoyable. Tout comme l'est, somme toute pour chaque phase d'une langue, celle que tout théoricien a besoin d'utiliser et qui le commande autant qu'il lui obéit. Ainsi, l'écrivain est-il obligé de créer sa propre langue. Fatalité que Kafka rappelle quand il fait dire au champion de

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natation: «Je parle la même langue que vous, et pourtant je ne comprends pas un mot de ce que vous dîtes. .. » C'est peut être celle-là la langue de l'exil, celle qui a dû quitter un « chez soi» qui n'est plus.

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L'étrangère

- Analyste
ou L'Exil forcé

migrantel

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Collectifs

- Evénements

Psychanalytiques. Paris 1983. Actes.

Il est difficile d'entreprendre un exposé qui touche d'aussi près l'histoire personnelle, comme le sujet proposé pour le colloque: L'ETRANGER - Crise - Représentation. Les analystes rendent compte en général du roman familial du patient. Il est rare qu'ils parlent de leur situation personnelle en rapport avec celle du patient. Cependant, malgré la difficulté inhérente, j'accepte le défi. Pas innocent sans doute, puisqu'il s'agit d'essayer de pousser plus loin l'interrogation sur ce qui s'était passé pour cette patiente rencontrée au Mexique. Qu'avait-elle transféré sur moi après avoir parlé? Et qu'ai-je pu transférer sur elle, puisque c'est comme cela que ça s'est passé: elle a parlé, elle est partie et je ne l'ai plus jamais revue? J'ai cherché en vain un ouvrage qui aurait pour titre quelque chose comme «l'analyste étranger à l'étranger », ou bien, «l'étranger de l'étranger », ou encore, «l'étranger de l'analyste à l'étranger face à l'étrangeté de son patient », mais je ne l'ai pas trouvé. J'aurais dû, peut-être, reprendre la lecture de Kafka, de Camus ou d'autres écrivains encore. J'ai pensé, en revanche, à certains réalisateurs cinématographiques étrangers à l'étranger comme par exemple Lubitsch, Fritz Lang ou Sternberg. Autant de personnalités qui ont laissé dès traces d'étrangers ailleurs que dans leur pays d'origine. Nous autres analystes ne saurons jamais rien des représentations des patients, comme pour le psychotique qui n'a pas toujours la possibilité de nommer «la Chose », à la différence de ce qui se passe dans tout métier où il y a du représenté, le cinéma par exemple. Alors, pour poursuivre ma quête, je n'ai rien d'autre que le dictionnaire et mes souvenirs.

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