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L'Exil du comte Sieyès à Bruxelles

De
81 pages

D’APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS

IL n’entre pas dans nos intentions d’écrire ou même de résumer en ces pages la vie publique de l’abbé SIEYÈS. Les grandes lignes de cette vie sont connues de tous, et, à ceux des lecteurs qui desireraient la relire, il nous suffira de renseigner deux monographies importantes du célèbre conventionnel, publiées récemment et qui n’ont laissé dans l’ombre aucune partie de sa carrière politique. La présente notice n’a pour objet que de raconter la dernière période de l’existence de SIEYÈS, généralement peu fouillée par ses biographes.

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Paul Duvivier

L'Exil du comte Sieyès à Bruxelles

1816-1830

L’exil du Comte Sieyès a Bruxelles

(1816-1830)

D’APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS

 

C’est par là qu’ont passé des hommes disparus !

(Victor HUGO, Les Voix intérieures.)

 

IL n’entre pas dans nos intentions d’écrire ou même de résumer en ces pages la vie publique de l’abbé SIEYÈS. Les grandes lignes de cette vie sont connues de tous, et, à ceux des lecteurs qui desireraient la relire, il nous suffira de renseigner deux monographies importantes du célèbre conventionnel, publiées récemment et qui n’ont laissé dans l’ombre aucune partie de sa carrière politique1. La présente notice n’a pour objet que de raconter la dernière période de l’existence de SIEYÈS, généralement peu fouillée par ses biographes. C’est celle qui comprend les quinze années de son bannissement, qu’il passa en la ville de Bruxelles. Grâce à des recherches personnelles entreprises sur les lieux, nous avons pu rassembler, à cet égard, d’assez nombreux renseignements, dont la plupart étaient mal connus ou tombés dans l’oubli depuis longtemps. Nous avons essayé de fournir, à côté de chaque fait ou de chaque détail, le document authentique ou officiel, d’ordinaire inédit, qui le concerne particulièrement, — et nous espérons avoir ainsi, à défaut d’autre intérêt, donné au moins, et pour la première fois, un caractère de précision au récit du temps d’exil que subit l’illustre promoteur des constitutions révolutionnaires.

I

L’arrivée et l’installation à Bruxelles

Emmanuel-Joseph SIEYÈS, — le jeune abbé philosophe de Tréguier, le chanoine de Chartres, l’auteur de la fameuse brochure sur le Tiers-Etat, le constituant, le conventionnel, le député au Conseil des Cinq-Cents, l’ambassadeur de France à Berlin, le membre et le président du Directoire exécutif, le consul provisoire de la République, — avait vu finir son rôle politique actif à la suite du coup d’Etat de Brumaire. Après avoir aidé le général BONAPARTE à s’emparer du pouvoir, il dut aussitôt s’effacer devant lui et perdit dès ce moment-là toute espérance de faire encore partie du gouvernement. Comme l’énonce un de ses biographes, en parlant des débuts du Consulat : « Un astre éblouissant se lève à l’Orient : la France, d’abord ravie, se courbe ensuite, se prosterne et l’adore. A l’Occident, à peine remarquée encore de quelques-uns, descend, pour bientôt disparaître, une étoile qui n’a pas été sans grandeur ! »2

Désormais, SIEYÈS, sans la moindre influence, n’est plus qu’un nom, qu’un personnage décoratif. Le Premier Consul, puis l’Empereur le comble de biens et d’honneurs. En compensation de la place de consul qui lui est enlevée, il obtient celle de président du Sénat conservateur. Il reçoit, à titre de récompense nationale et comme témoignage de la reconnaissance publique, la donation du château et de la terre de Crosne, en Seine-et-Oise. En 1804, il est nommé grand officier de la Légion d’honneur et membre de l’Académie française. Enfin, en 1808, Napoléon l’anoblit et le fait comte de l’Empire3.

L’éclipse, dès lors, est complète, et, jusqu’à la chute du régime, le comte SIEYÈS vit dans le silence d’une profonde retraite, ignoré de tous, ressassant sa vieille rancune contre l’Empereur. Aussi s’empressa-t-il, quand ce dernier s’apprêtait à signer, en 1814, son abdication, d’envoyer son adhésion aux délibérations du Sénat, qui avait voté « la déchéance de BONAPARTE et l’abolition de l’hérédité dans sa famille ».

S’il crut devoir approuver la Charte constitutionnelle octroyée par Louis XVIII, il faut ajouter qu’il se tint, sous la première Restauration, à l’écart des intrigues nouées autour du trône royal, et qu’il rejeta toutes les propositions qui lui furent faites, notamment celle d’entrer dans la nouvelle Chambre des Pairs.

Pendant les Cent-Jours, Napoléon le gratifia un des premiers d’un siège à la Chambre des Pairs impériale, où, d’ailleurs, le comte ne daigna point se montrer.

Cette ultime faveur entraîna sa condamnation à l’exil. En effet, outre l’acceptation d’une fonction de l’ « usurpateur », SIEYÈS avait voté la mort de Louis XVI, sans appel et sans sursis4. L’article 7 de la loi d’amnistie du 12 janvier 18165, dirigé contre les régicides relaps, lui devenait donc applicable, de sorte qu’il se trouva contraint, à l’âge de soixante-sept ans passés6, d’abandonner sa patrie, sans conserver grand espoir d’y reparaître jamais.

Dans son livre sur SIEYÈS, M. Albéric NETON écrit que l’ex-abbé7 eut d’abord l’intention de rester à Paris, nonobstant les prescriptions impératives de la loi, et qu’il ne se décida à partir qu’après avoir vu beaucoup de régicides quitter la France et s’installer à Bruxelles8. C’est là une erreur évidente. Le comte SIEYÉS fut, si pas le premier, du. moins l’un des premiers à gagner la Belgique. Il n’attendit même pas que les listes de proscription eussent été dressées9. Dix jours s’étaient à peine écoulés depuis la promulgation des textes légaux, que déjà les journalistes bruxellois signalaient sa présence en leur ville, — alors que les autres bannis ne devaient y venir que plus tard, presque tous dans le courant du mois de février. Voici comment la presse annonça la nouvelle :

ROYAUME DES PAYS-BAS.

 

De Bruxelles, le 22 janvier.

 

M. SIEYÈS, qui fut de l’Assemblée constituante, de la Convention et membre du Directoire exécutif, vient d’arriver à Bruxelles10.

 

PAYS-BAS.

 

Bruxelles, 23 janvier.

 

M. SIEYÈS, qui fut membre de la Convention et du Directoire exécutif, vient d’arriver ici11.