L'Exilée

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Après la fin tragique de son meilleur ami, Marek, un jeune pédiatre timide et passionné, se lance à la recherche d’Alexandra, la femme qui fut l’ultime passion d’Axel.

Entre Genève et Bali, en passant par la Turquie et le Mexique, Marek tente de percer les mystères de cette femme audacieuse et ambigüe, et de comprendre le lien étrange qui l’unissait à son ami.

Au fil des voyages et des rencontres, Marek arrivera-t-il à retrouver Alexandra ? Et celle-ci lèvera-t-elle le voile sur la vraie nature de ses sentiments ?


Publié le : jeudi 7 janvier 2016
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EAN13 : 9782334060493
Nombre de pages : 128
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ISBN numérique : 978-2-334-06047-9

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

Pour tous ceux qui m’ont réappris le sens du mot fraternité, au cours de l’éprouvante rédaction du « Spectateur ».

 

« Oh je voudrais tant que tu te souviennes »

Cette chanson était la tienne

C’était ta préférée je crois

Qu’elle est de Prévert et Kosma

Et chaque fois « Les feuilles mortes »

Te rappellent à mon souvenir

Jour après jour les amours mortes

N’en finissent pas de mourir »

(Serge Gainsbourg
« La Chanson de Prévert » – 1961)

 

Axel était mon ami.

Plusieurs années après sa mort brutale et la disparition mystérieuse d’Alexandra Mars, la femme qu’il avait tant aimée, je ne cessais de me répéter durant mes moments de solitude, cette simple phrase : « Il était mon ami. ». C’était comme un mantra quelque peu hypnotisant, une sorte de rituel auquel je m’adonnais dès que j’avais l’occasion d’être seul et de laisser vagabonder mon esprit. Bien que cela eût pu paraître un peu obsessionnel aux yeux de certains, ces quatre mots longuement répétés avaient le pouvoir de m’apaiser quelques minutes durant.

En perdant Axel, cet homme si pur, noble et intègre, j’avais enduré d’autres dommages collatéraux. Nous étions trois autour de lui. Terence Hillary, son plus ancien camarade, n’avait guère supporté son engouement pour la belle Alexandra et avait peu à peu brisé leur amitié au fur et à mesure que l’amour d’Axel s’intensifiait. Après l’accident où mon ami avait involontairement trouvé la mort, Terence n’avait guère cessé de critiquer ce qu’il appelait cette pure folie. De plus, il n’avait jamais pu supporter Alexandra qu’il n’avait pas hésité à qualifier de « poison sur pattes ».

Et le fait qu’aucun d’entre nous, Axel inclus, n’eut jamais su si cet amour était à sens unique ou bien partagé nous avait tous laissés avec tant de questions et si peu de réponses.

Seul Terence avait son avis à ce sujet. Pour lui, tout psychiatre qu’il fût, Axel était tombé dans les griffes d’une séductrice au cœur froid, qui avait ajouté une marionnette de plus dans sa collection d’hommes-jouets. Je ne pouvais pas être foncièrement d’accord. Bien que fort sensible et très vulnérable quant aux affaires de cœur, le docteur Axel Ramaz était un être d’une intelligence vive, à la pensée profonde et totalement incorruptible face à tout type de tentative de manipulation. Terence en eut rapidement marre de mon deuil et des regrets que j’émettais à voix haute. Quelques mois après les obsèques, il repartit vers son Angleterre natale. Je n’eus alors plus guère de nouvelles. J’ouïs dire qu’il avait obtenu le poste envié de chef de service dans une clinique très sélect de Londres et qu’il était devenu un fervent adepte de la dive bouteille. Je ne tins pas trop compte de ce qui se disait. Je ne connaissais que trop le poids des rumeurs pour y attacher la moindre importance. Alexandra en avait elle-même fait les frais. On la disait amorale, cynique, libertine, sans scrupules, âpre au gain. Je savais bien que toutes ces allégations n’étaient nullement fondées. Ainsi, au bout d’un an, je finis par gommer totalement le souvenir de Terence de mon esprit.

Orhan, notre ami rhumatologue, était un peu plus âgé que nous. Il n’avait pas l’homosexualité rocambolesque de Terence, ni le romantisme contemplatif d’Axel et encore moins mes propres pudeurs et autres timidités. C’était un homme bon et honnête et bien plus pragmatique que nous autres. Fidèle à ses convictions, généreux et empathique autant à l’égard de ses patients, de ses amis que de sa famille, il était tout empreint d’une douce sérénité qu’il n’avait de cesse de nous communiquer. Il avait été le dernier confident d’Axel. Il lui avait consacré toute sa chaleur et toute son énergie afin de l’aider, en vain, à ne pas sombrer dans la dépression après un incident qui fit croire à Axel qu’Alexandra était pour lui perdue à jamais.

Orhan Köse était bien plus qu’un simple collègue et camarade pour moi, il était devenu en très peu de temps une sorte de modèle, un héros de la vie quotidienne. Axel m’avait confié qu’il ressentait exactement la même chose à son égard.

J’étais interne quand je fis la connaissance de ce trio de médecins. Au départ, ils m’avaient considéré comme un sujet de plaisanterie, sans doute à cause de mon accent polonais fort prononcé et aussi à cause de ma manie de m’excuser de tout et de rien. Contre toute attente, ils m’invitèrent un jour à venir déjeuner avec eux. Je m’attendais à subir leurs blagues et leurs sarcasmes. Il n’en fut rien. Ils m’adoptèrent sur le champ comme l’un des leurs. J’en ignore toujours les vraies raisons. J’ai fini par penser que cette initiative venait d’Axel. Son invitation, au départ, était probablement motivée par sa curiosité naturelle. En quelques dizaines de minutes de conversation, je constatai que les visages de ces trois larrons ne portaient aucune trace d’ironie narquoise. Je vis éclore de la mansuétude sur celui d’Axel, de la pure empathie sur celui d’Orhan et une sorte d’innocente espièglerie sur celui de Terence.

Pour la première fois de ma vie de jeune adulte, je connus alors ce qu’était la joie de se sentir appartenir à une bande de copains. Je n’éprouvais plus du tout cette sorte de culpabilité malsaine qui ne cessait de me souffler au creux de l’oreille : « Tu n’es qu’un pauvre petit Pollack, né de père inconnu ».

La mort d’Axel acheva cette année de réjouissances et mit un terme définitif à notre quatuor florissant. Tous les trois, nous aurions pu rester réunis face au malheur. Mais Terence en voulait bien trop à Axel et sa haine à l’égard d’Alexandra en fut décuplée. Quant à Orhan, il resta égal à lui-même : tendre, charitable et prévenant. Mais je percevais que quelque chose était brisé en lui. Bien qu’il n’en montrât rien, je devinais l’ampleur de sa peine, autant à cause du destin tragique d’Axel que de la réaction quasiment pathologique de Terence.

J’étais de loin le plus jeune, mais aussi le moins téméraire de notre bande. C’est pourquoi je décidai de quitter la ville qui avait été le décor de cette année décisive afin de finir mon internat à Genève. Là-bas, je demeurai fort isolé. Ma simple timidité s’était muée en maladif effarouchement. J’étais aussi devenu totalement silencieux. Je n’ouvrais plus la bouche que pour prononcer des paroles essentielles. Mes confrères helvètes prirent cela pour du calme et de la diligence, ce qui rendit là-bas ma vie quotidienne plus aisée. Cependant, mon mutisme pouvait s’avérer terriblement embarrassant quand il s’agissait de ma relation avec mes patients. Je n’étais guère à l’aise avec eux. Pas par manque de pratique ou de savoir-faire mais parce que dès que j’auscultais quelqu’un et que j’avais le moindre doute quant au diagnostic, je me demandais ce qu’Orhan ou Axel en aurait pensé. Je n’avais personne avec qui en discuter. Les deux seuls êtres avec qui j’aurais aimé en parler étaient, l’un dans la tombe, l’autre si cruellement éloigné de moi.

Néanmoins, le contact avec les enfants me rendait heureux. Et c’est ainsi très naturellement que je devins pédiatre. Transgressant les règles tacites de l’impersonnelle pratique de la médecine, je me comportais avec eux comme un camarade de jeux. J’aimais soigner les enfants, autant que je craignais les inévitables relations avec leurs parents. Malgré l’amour que je portais à mon métier, la solitude me pesait horriblement. Peu à peu, j’en vins à repenser à Orhan. Que devenait-il ? Etait-il toujours endeuillé ? Avais-je un peu compté pour lui ? Un jour, n’y tenant plus, je lui envoyai un long courriel où je lui expliquais tout ce que je ressentais. Moins de deux heures plus tard, le téléphone sonna. Une place de pédiatre urgentiste venait de se libérer à l’hôpital universitaire où Orhan travaillait toujours, et j’y étais le bienvenu.

Le temps de mettre fin à mon contrat à Genève, au bail de l’appartement que je louais près de la gare des Eaux-Vives et d’achever mes minces bagages, je m’engouffrai aussi rapidement que possible dans un train remontant vers le nord. Et je retournai exercer à l’endroit où j’avais connu Axel amoureux, Terence tapageur et Orhan bienveillant.

Autant dire que je remontais à la source.

 

– Marek, comment vas-tu ?

– Mieux, maintenant que je suis ici !

Orhan me donna une accolade brève mais pleine de cordialité, comme si nous nous étions quittés la veille. Il me présenta directement à l’équipe du service des urgences et me souffla à l’oreille :

– Ecoute, je me doute bien des raisons de ton retour. Je finis tout comme toi à 19h. Veux-tu qu’on dîne ensemble pour parler de tout cela ?

Ma réponse fut spontanément enthousiaste.

Cette journée fila à une vitesse folle.

Je fis la connaissance de mes nouveaux collègues et parcourus les lieux afin de mieux trouver mes repères en compagnie d’une infirmière d’un certain âge qui se comporta avec moi comme une maîtresse d’école guidant un petit nouveau dans son nouvel établissement. Je me familiarisai aussi avec les multiples protocoles que je trouvai singulièrement différents de ceux appliqués à Genève. J’avais beaucoup de chance : mes compagnons de travail étaient tous très sympathiques, énergiques et joviaux. J’allais pouvoir travailler dans d’excellentes conditions et je serais entouré d’une équipe qui me donnerait toute la convivialité et l’énergie positive dont j’avais besoin afin de faire preuve de professionnalisme et d’efficacité.

Vers sept heures moins le quart, je me précipitai au rendez-vous que m’avait donné Orhan. Je fus heureux qu’il eût opté pour un restaurant italien proche de l’hôpital. La cafétéria m’aurait rappelé une infinité de souvenirs douloureux, et je n’étais encore guère prêt à recevoir ce choc de plein fouet. J’avais besoin de temps, de simple humanité et surtout de repères afin d’entreprendre une quelconque confrontation avec moi-même et les afflictions de ma mémoire.

 

Orhan était un être délicat et ne posait jamais de questions embarrassantes. Fin psychologue, il attendait que les autres se confient à lui plutôt que de les tourmenter avec des interrogations auxquelles ils n’étaient guère prêts à répondre. Il dut pourtant deviner que je n’arriverais pas à prendre la parole. Il était vrai que je ne savais par où commencer tant j’étais submergé par quantité d’émotions fortes. Cette journée à l’hôpital avait été une vraie madeleine de Proust et avait fait ressurgir en moi une foultitude de détails, heureux comme malheureux, que je pensais pourtant avoir définitivement rayés de mes souvenirs.

Je fus ainsi fabuleusement soulagé qu’il attaquât d’emblée le problème d’Axel et Alexandra, sitôt nos repas commandés.

– Comme tu peux le voir, en apparence, rien n’a changé. Et comme tu peux le ressentir, tout est différent. Nous avons perdu Terence non pas à cause de son cynisme et de sa mauvaise foi, mais bien par son manque d’écoute et de compassion. Il péchait par excès d’égocentrisme et de jugements hâtifs. Tu sais, il avait beau avoir la quarantaine bien sonnée, dans son for intérieur, il est resté terriblement puéril et immature. C’est hélas un bien qu’il soit parti peu après la mort d’Axel.

J’avais déjà les yeux embués mais je le laissais poursuivre.

– On a dit, je pense que tu ne t’en souviens que trop bien, qu’Axel avait volontairement précipité sa voiture dans le ravin. Je n’en crois rien. Tout d’abord car le rapport de police et les deux témoins de l’accident vont totalement dans le sens contraire. De plus, juste avant son départ pour le Midi de la France, j’ai eu l’occasion de discuter plusieurs fois avec lui. Il ne souhaitait qu’une seule chose… sortir de son marasme dépressif afin de conquérir le cœur d’Alexandra. Il était mû par un grand nouvel espoir. Personne ne se donne jamais volontairement la mort quand un tel sentiment naît… ou renaît. Pour moi, il est certain qu’il conduisait certes trop vite. Néanmoins, cet accident a été provoqué par une stupide distraction. Tu t’en souviens… Il pouvait être si rêveur, tellement songeur, et parfois de longues heures durant. Les rêveries éveillées, ça ne pardonne pas quand on conduit de nuit, pied au plancher.

J’étais entièrement d’accord avec lui. J’avais toujours soutenu cette thèse-là et j’étais vraiment heureux qu’Orhan en soit lui aussi convaincu, preuves à l’appui. Mais restait une inconnue, et de taille…

Comme s’il lisait dans mes pensées, il poursuivit.

– Tu te demandes probablement si ses sentiments à l’égard d’Alexandra étaient partagés. Et surtout, comme tout le monde, tu voudrais savoir pourquoi elle a disparu soudainement, peu après l’accident, sans laisser la moindre trace. Mais pire encore, à ma connaissance, nul ne sait si elle est morte ou bien encore en vie. Si elle est en vie, où diable se cache-t-elle ? Et surtout, pourquoi s’est-elle éclipsée ainsi ? Marek, ne me dis pas que tu n’y as pas pensé…

– Bon Dieu, cela fait des lustres que ça me taraude ! Ma première hypothèse était qu’elle avait accepté un boulot de journaliste d’investigation, qu’elle travaillait sous couverture, ce qui l’avait obligé à se transformer en parfaite anonyme.

– J’y ai aussi pensé. Mais il y a plusieurs failles dans cette supposition. La plus flagrante est que même pour des sujets dits « sensibles », elle a toujours eu le cran de signer ses articles et ses photos de son propre nom. J’ai alors entrepris quelques investigations à ce sujet. Tu sais que je la suivais en tant que rhumatologue depuis plus de 6 ans. J’ai pris contact avec les rédactions des différents journaux pour lesquels elle travaillait. Afin de leur faire briser le secret professionnel auquel ils sont tenus tout comme nous, je leur ai dit que je devais à tout prix la voir ou, du moins, l’entendre.

– Qu’as-tu alors avancé comme arguments ?

– C’est là que j’ai été obligé de ruser. Je leur ai dit que ses dernières analyses étaient franchement alarmantes, ce qui était totalement faux… Mais qu’il fallait qu’elle me consulte au plus vite. Et que c’était une question de vie ou de mort. Je terminai mon exposé en leur disant que je ne désirais guère me mêler de sa vie ou de sa carrière mais qu’il était de ma responsabilité en tant que médecin de l’avertir afin qu’elle se fasse soigner au plus vite. Ce stratagème a marché au-delà de mes espérances. C’est ainsi que j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer. La bonne, c’est que tous ces journalistes m’ont parlé ouvertement. La mauvaise, c’est que personne ne sait où elle se trouve.

J’étais franchement médusé par l’énergie qu’Orhan avait déployée ainsi que de cette prise d’initiative qui ne lui ressemblait en rien. J’osai pourtant lui demander les motifs de sa petite enquête. Il me regarda droit dans les yeux. Son regard doré était mi-triste, mi-défiant. Il me...

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