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L'expérience d'élevage périurbain à Kinshasa

De
298 pages
L'auteur montre comment, face aux incertitudes politiques, économiques et sociales, les "citadins-éleveurs", partis de rien, ont entrepris des activités d'élevage pour créer des richesses, assurer leur sécurité alimentaire et construire des réseaux sociaux qui leur servent de "protection sociale" et leur permettent d'écouler les produits de leur élevage grâce à leurs relations sociales, à des vendeurs et à des commerçants débrouillards.
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L'EXPÉRIENCE D'ÉLEVAGE PÉRIURBAIN À KINSHASA
Entre
«

débrouille

»

et

« entreprise

»

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

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Dieudonné TSOKINI, Psychologie clinique et santé au Congo, 2008.

Nuah M. Makungu Masudi
Docteur ès sciences sociales, sociologie DESS de développement agricole

L'EXPÉRIENCE

D'ÉLEVAGE

PÉRIURBAIN À KINSHASA
Entre « débrouille»
et « entreprise»

Préface de Maxime Haubert

L'Harmattan

~ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05811-8 EAN : 9782296058118

Remerciements

et dédicace

Ce livre est le couronnement de nos efforts et nous sommes fier d'arriver au bout de notre projet de publication. Nous remercions notre compagne Adelaida Javier Rodriguez; être dans la vie d'un homme qui écrit un livre exige la patience. Nous tenons à exprimer notre gratitude à notre ami, M. Justin Kalulu Bisanswa qui a relu le manuscrit entier de ce livre. Il nous a fait des suggestions utiles. Nous dédions ce travail à tous ceux qui nous sont chers, notamment, baba Mwinyimali, maman Fatuma +, Fatuma Gracia, Carol Aziza, Mazarine Mayaza, Mwinyi Christopher et Carlos Kalambo.

PRÉFACE
Le travail de recherche réalisé par Nuah Makungu Masudi Mwinyimali est important à plusieurs titres, mais on soulignera d'abord celui d'aller à l'encontre de l' «afropessimisme» ambiant, particulièrement en ce qui concerne des agglomérations urbaines qui connaissent une véritable explosion démographique. Ces agglomérations sont-elles irrémédiablement condamnées à la pauvreté économique et à la déstructuration sociale? Et l'immense majorité de leurs habitants n'ont-ils d'autre horizon que l'insécurité de la survie quotidienne? Ou bien ne faut-il pas relever comme autant de signes d'espoir les dynamismes de toutes sortes dont ils font preuve face à l'adversité? C'est le cas notamment de tous ceux qui se lancent dans ce que l'on appelle de «petites activités marchandes », et les «petits et tout petits éleveurs» étudiés par Nuah Makungu à Kinshasa et dans sa périphérie sont exemplaires à cet égard. Ils sont en effet animés par un véritable «esprit d'entreprise », même si celui-ci prend des formes originales, où la «débrouille» tient une place importante. [auteur critique très justement à ce propos la distinction habituelle entre les secteurs «formel» et «informel », distinction qui n'a pas de signification réelle pour les citadins éleveurs qui ont retenu son attention. Il en est de même pour l'opposition entre «modernité» et «tradition»: de façon apparemment paradoxale, les entrepreneurs les plus «modernes» sont ceux qui restent le mieux enracinés dans la« tradition », certes en procédant en partie à sa réinvention. On observe en particulier une réinvention permanente des liens de sociabilité, une reconstruction des réseaux sociaux, qui servent à la fois d'appui à l'activité économ~que et de protection sociale. De ce point de vue, Nuah Makungu fait très bien ressortir comment, dans les conditions qui sont celles des citadins en Mrique, la pauvreté se définit en définitive moins par la faiblesse de leurs revenus que par la faiblesse des réseaux sociaux sur lesquels ils peuvent compter. Si ce «capital social» est une ressource essentielle pour les petits éleveurs, tout aussi essentielle pour la réalisation de leurs activités est ce que l'on pourrait appeler leur «capital imaginaire ». On ne peut donc que féliciter Nuah Makungu d'avoir mis l'accent sur les représentations et les valeurs qui orientent leur activité, qu'il s'agisse du «rêve» de posséder une affaire ou d'un comportement «ascétique» au bénéfice des investissements (ce qui se manifeste pour certains dans l'adhésion à des groupes religieux particuliers). Pour mener à bien sa recherche, l'auteur a mis en œuvre une méthodologie originale, qui ne néglige pas les données quantitatives indispensables 9

pour saisir la réalité des activités économiques et de leur développement, mais qui donne une" place de première importance aux récits de vie et aux aspects sociaux, politiques et culturels de l'activité des petits éleveurs. Lauteur a un sens aigu de l'observation et il sait capter les détails significatifs; il a ainsi recueilli un corpus d'une grande richesse et d'une grande nouveauté. Par ailleurs, ayant lui-même été «petit éleveur», il sait aussi mettre à profit son expérience personnelle dans le domaine étudié: une caractéristique assez rare, on en conviendra, pour les travaux scientifiques. On aura compris que ce travail de recherche est aussi le fruit à la fois d'un engagement au service de tous ceux qui luttent pour survivre dans les villes africaines, ainsi que de la conviction que les petits élevages et les autres petites activités marchandes peuvent apporter une contribution très importante au développement des pays concernés. Et ce sont autant de raisons pour qu'on le lise avec le plus grand intérêt et la plus grande sympathie. Maxime Haubert Professeur émérite de sociologie Université Paris I Panthéon-Sorbonne

10

ABRÉVIATIONS UTILISÉES
AFDL. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Alliance des Forces de Libération AID . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Agence Internationale de Développement ANEZA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Association Nationale des Entreprises du Zaïre ARUC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Alliancede rechercheuniversité-communauté BOOM. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Bureau Diocésain des Œuvres Médicales

BM ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Banque mondiale CEDAF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Centre d'Etudes Africaines CEPAS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Centre Pour l'Action Sociale COOCEC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Coopérativesde 'Créditd'Epargne
CRDC. . . . . . . . . . . . . Chaire de Recherche du Canada en développement des collectivités

Dir. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Directeur,

direction.

Ed. Edition, Editeur FAG. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Fonds des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation. FB . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Francs Belges FMI. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Fonds Monétaire International IPH-l. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Indice de la pauvreté JEEP. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jardins Et Élevage de Parcelle

MPR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . PNUD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Programme

Mouvement

Populaire de la Révolution

ON G . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Organisation Non Gouvernementale
des Nations Unies pour le développement Universitaire du Zaïre

PUF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Presse Universitaire de France

PUZ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Presse UDPS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Union UNICEF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

RDC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . République démocratique du Congo RFI ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Radio France Internationale
pour la Démocratie et le Progrès Social Fonds des Nations unies pour l'enfance US . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . United States

USORAL. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Union sacrée de l'opposition radicale et alliés.

Il

TABLE DES MATIÈRES
Remerciemen ts et dédicace. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7

Préface.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9

Abréviations
Introduction

utilisées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il
générale. .. o' .. . . . . . .. . . ... .. .. .. .. . .. . . . . . . . .. .. .. .. . . . .. ... . . . . .. . . .. . . . ..

17
29 32 36 37 37 38

CHAPITRE l
Problématique et outils conceptuels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Positionnement de la recherche par rapport aux travaux consultés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Objectifs.. .. Hypothèses Délimitation du sujet. .. .. .. ... Méthodologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. PREMIÈRE PARTIE
Léleveur et son élevage. . .. . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .

45

CHAPITRE II
L apport d'une lecture de l'histoire,
ville de Kinshasa. Histoire, Productions Démographie. conditions végétale naturelles et animale.

de la géographie et de l'organisation
et organisation administrative..

administrative

de la

.............................................................................. ... .. .. . . ... . . .. .. .. . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ., . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

47 47 51 52 55 55 63 65

CHAPITRE
La sociographie

III
des éleveurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. éleveurs. des des . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. .. .. .. .. . . . . . . . . . . . . .. .. . . .. .. . . . . . . . .. . . .. . . .. .. .. . . . . .. . .. .. .. .. .. ... . . .. . . .. .. . . .. . . . .. ... . .. ... . . .. . . . '" '" sociologiques des éleveurs.. .. .. . . . . . ... .. .. . . .. . .. .. .. . . "

Po rtrai ts des Structuration Lanalyse

éleveurs..

caractéristiques

CHAPITRE IV
La formation Implantation Les motivations L organisation Typologies CHAPITRE V des élevages. fonciers brute de capital Le fonctionnement Accès aux moyens La formation Laccès Le financement. Le financement Largent Les processus Les résultats Les représentations aux intrants et l'organisation géographique des créateurs du travail. des élevages.

des élevages. des répondants d'élevage.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 89 à l'enquête. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 89 . . . . .. . .. . . .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . .. .. 93

. . . . . . . . .. .. . . .. . .. . . . . .. . .. .. .. . . .. . .. .. . . .. .. . . .. . . . .. .. .. . .. . . 101 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109 ... .. . . .. de production. . .. . . . . .. .. . .. .. .. .. .. . . .. . .. .. .. .111

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111 .. .. .. .. 116

fixe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115 économique...

et environnement

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117 externe .. .. .. .. d'information économiques. et de formation. ... .. .. .. .. ... .. .. .. .. .. . .. .. .. ... 123

L âme des affaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120 de la prédation.. ... .. . .. .. .. .. .. ... .. . 126

.. .. .. ... .. .. .. . . . . . . . .. .. ... .. .. .. .. . . . .. .129

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138 aux autres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153

SECONDE PARTIE
de soi et des rapports

13

CHAPITRE VI
Les représentations L auto-perception La perception Les normes CHAPITRE Les rapports La main-d' Les salariés. Les modifications VII sociaux œuvre dans l'activité familiale. économique. . ......... ............. .................... . ................................................... .......... ............. .... .................................... .... de soi et des normes de l'éleveur. de la pauvreté de conduite du rapport de conduite. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155 .. .. .. .. .. . . . .. . . . . . .. . . . . . .. . . . . .. .. . . . .. . . .. .. .. . . . .. .. .. par les répondants. de valeur. à l'environnement ........................... ............. et du rapport au temps.

155
159

et systèmes

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162 . . . . . . . . . . . . . 172

179 179 194

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187 et les acheteurs.

Les fournisseurs

CHAPITRE VIII
L éleveur dans la cité.. .. .. .. . .. .. .. . . .. . .. . . .. . . . .. . .. . .. . . .. . .. .. . . . . .. . .. . .. .. . .. . . . .. . .. .. . 199 sociaux.. . .. .. .. .. .. .. . . . .. .. .. . .. .. .. .. . .. .. .. .. .. . . . .. .. . .. .. 206 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .217 publics. religieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223 Les sociabilités. Les poids Les réseaux Ambition Les rapports Les rapports Conclusion Postface. Bibliographie. Ouvrages Ouvrages Ouvrages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208 et notabilité.

des dépendants sociaux. politique

avec les pouvoirs avec les pouvoirs

générale.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .227

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235 de sociologie d'économie générale. générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235 et d'économie de développement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .239 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .242

sur le Congo-ZaÏre-Congo

Au tres ouvrages.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246 sur les productions agricoles à Kinshasa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .249

ANNEXE l
Données chiffrées d'enquête. de quelques

ANNEXE II
Données Évolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .251 indicateurs de base. . .. .. .. .. . .. .. .. . . . .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .262

ANNEXE III ANNEXE IV Productions de Kinshasa et l'importance relative des cultures vivrières.. . . .. . .. .. .. . ..268 ANNEXE V
Cours de change de la monnaie de change.. et prophylaxie. .. .. .. . .. .. . . . .. . . .. .. .. .. .. . . . .. .. .. .. . .. .. 269 . . . .. . . . .. . . .. . .. . . .. . . .. . . . .. .. .. .. . .. .. ..

ANNEXE VI
Programme de rationnement

273

ANNEXE VII
Étude ANNEXE Budget ANNEXE Le profil économique. VIII et dépenses IX des compétences. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 298 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .277 . mensuels (mars 1999) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .293

14

Cartes géographiques
Carte 1 Découpage administratif de la ville de Kinshasa, limites des communes et des quartiers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .48 Carte 2 Kinshasa - Contraintes naturelles du site. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49 Carte 3 La ville équipée et la ville non équipée ... .5 Carte 4 Kinshasa: aire urbanisée et implantation des citadins-éleveurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .64

Images de l'élevage et des infrastructures
Photo 1 Un tout petit élevage de parcelle (maison d'habitation et installations d'élevage dont la construction est inachevée) ... ... .83 Photo 2 Une portée de 10 porcelets dans une cage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .84 Photo 3 Un autre tout petit élevage de parcelle (porcs) à côté de la maison d'habitation. .85 Photo 4 Le petit éleveur Som à l'intérieur de la porcherie.. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .85 Photo 5 Le bâtiment d'élevage chez Som sur le versant de la vallée. Le lisier des cochons est valorisé dans la production des papayes et des légumes verts .. .85 Photo 6 Un atelier de poulet de chair (un tout petit élevage de parcelle) .86 Photo 7 Une vue panoramique d'une exploitation agricole dans la vallée de Selembao. On y pratique la pisciculture et la culture associée à l'élevage. .86 Photo 8 Un tout petit éleveur et producteur de poulet de chair a développé un élevage de lapins comme activité d'appui à sa production principale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .87

15

INTRODUCTION

GÉNÉRALE

Lexpérience d'élevage périurbain à Kinshasa (République Démocratique du Congo), entre «débrouille1» et «entreprise ». Dynamismes économiques et représentations sociales, tel est le titre du présent livre de sociologie. C'est une restitution de notre recherche doctorale réécrite. Les années 1980 et 1990 ont été marquées par l'apparition d'innombrables activités de survie nées de l'effondrement de l'économie formelle héritée de la colonisation belge. Les salariés du secteur public et ceux du secteur privé étaient partagés, selon le cas, entre le commerce, l'entrepreneuriat, la fuite vers le salariat dans le secteur privé et la volonté pour certains de maintenir l'existence de véritables services publics (Peemans, 1997). Pour notre part, nous pensons que cette situation pourrait être l'occasion pour les Congolais de créer des activités économiques originales s'ils ont une imagination fécondé et les moyens de le faire. Lapparition de ces activités de survie est une remise en cause du système économique en place, depuis l'accession du pays à l'indépendance, sans transition aucune d'un régime colonial politiquement centralisé à Bruxelles et qui n'avait, jusqu'alors, prévu aucune forme d'autonomie ou de participation des habitants au pouvoir, à un régime de souveraineté totale, sans restrictions, ni pouvoirs réservés (Van Bilsen, 1962; Petillon, 1985). Après avoir connu une période de «vaches grasses» de 1966 à 19752, la RDC3 a été plongée dans une crise politique sans précédent depuis le 24 avril 19904. Pendant cette courte période de prospérité, les cours mondiaux des matières premières (cuivre, cobalt, etc.) ont été favorables à l'économie du pays et l'État a vécu des recettes des exportations de matières premières. Presque rien de sérieux n'a été fait pour diversifier les activités économiques et multiplier les sources de rentrées financières du pays. Sans transition, le pays

Les guillemets autour de «débrouille» et de «entreprise» laissent entendre que l'élevage périurbain n'est pas complètement une débrouille. De même, il n'est pas encore complètement une entreprise. 2 Voir en annexe le tableau n° 1: Évolution ROC. des indicateurs nationaux de la pauvreté en

Nous adoptons la dénomination actuelle du pays par commodité de langage. Parfois nous utiliserons aussi la dénomination Congo-Zaïre parce que le pays a porté ces deux dénominations dans l'évolution de son histoire. Il s'appelait Congo de 1908 à 1971 ; Z~ïre de 1971-1997 ; Congo du 17 mai 1997 à ces jours. 4 Linstauration extérieures. du multipartisme par le Président Mobutu sous les pressions intérieures et

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est passé de grands travaux de modernisation de l'économie, de développement industriel et d'industrialisation (Willame, 1986) à des activités de survie de la part de la population. Les projets industriels financés à plusieurs millions de dollars se sont révélés inefficaces. Les mesures de «zaïrianisation» de l'économie de 1973 (Mpekesa B., 1974: 287-302; Peemans,JP 1975: 515-527; Mwanalessa, 1976: 517-525; Schatzberg, 1980: 239-257; Vanderlinden, 1981: 420), ainsi que les deux chocs pétroliers de 1976 et 1979 ont été néfastes sur les plans économique, financier et social. La chute généralisée des productions agricoles et la baisse générale des revenus agricoles et non agricoles a dégradé les niveaux de vie des populations rurales (Goossens, 1994: 397; Banque mondiale 1994) et urbaines5. Les rentrées financières dans la caisse de l'État se sont taries. Le nombre de chômeurs6 a augmenté. Le revenu par tête d'habitant est passé de 286$ US en 1960 à 80$ US en l'an 2000 (RDC/PNUD, 2000). En 1990, la rupture de la coopération internationale avec l'Occident suite aux massacres d'étudiants à Lubumbashi (Digekisa, 1990) a été un manque à gagner important et un coup dur pour le pays. L'État qui a vécu de la rente des exportations de matières premières et de la coopération internationale s'est retrouvé sans moyens financiers. «Le secteur public a cessé de verser les salaires et a été dans l'incapacité d'assurer jusqu'aux plus essentiels des services publics» (Marysse et De Herdt, 1996: 58). L'État et la fiscalité ont été investis par les «vautours7 de la deuxième république », ceux que Willame (1995 : 325-337) a qualifié de «chasseurs-cueilleurs8». Avec l'institutionnalisation du parti unique, «l'État est devenu patrimonial» (Pean, 1989; Médard, 1991: 391). La corruption s'est généralisée et la gestion publique est devenue inefficace. [infrastructure et les équipements physiques ont subi de graves dommages. La population

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Annexes III: Tableau n02: Indicateurs

de la pauvreté par province en RDC en 1997.

Toute personne dont l'âge est compris entre 16 et 65 ans qui n'a pas de travail rémunéré ou n'est pas un travailleur indépendant, et qui est disponible pour travailler comme salarié ou travailleur indépendant, et s'efforce sans succès de trouver un emploi salarié ou travailler à son compte. Tous les politiciens, militaires, intermédiaires gent des contribuables. nationaux et étrangers qui dilapidaient l'ar-

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Ce sont ces «prédateurs» qui ont fait fortune dans des activités de «cueillette» portant sur les biens qui se « ramassent» et qui se négocient sans investissements: le diamant, le cobalt, l'ivoire, le café, etc.

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nationale s'est appauvrie9. En milieu urbain, en l'absence de projets de développement de transition, l'économie informelle (productions marchandes, artisanat, commerce de détail) est alors devenue un secteur d'accueil pour un grand nombre de personnes sans emploi ou impayées de longue date. Ce sont ces pratiques et ce phénomène social qui nous intéressent. Aujourd'hui, des

pratiques comme la production marchande, « la débrouille» ou le système
«0» et des faits sociaux comme la soumission, la domination, l'adhésion, le patronage et la prébende peuvent se révéler porteurs de traits singuliers. C'est à leurs rencontres, à leurs traces que ce livre s'attache pour comprendre les comportements des acteurs dans des activités qui émergent. Elle cherche à trouver une nouvelle tentative d'explication permettant de mieux saisir la réalité des faits sociaux dans leurs mutations et leur émergence. Nous croyons qu'ils peuvent susciter des pratiques et des valeurs donnant un sens aux individus et aux groupes humains dans un pays où l'ensemble de tout ce qui a été réalisé dans le domaine des services publics et privés a été détruit par les pillages de 1991, ceux de 1993, la guerre de 1997 et celle de 1998. Lélevage périurbainlO est retenu comme lieu privilégié pour étudier les pratiques et les faits sociaux observés. Après à peu près cinq ans de travail sur le terrain dans le cadre du projet J .E.E.PII de l'unité «d' écodéveloppement» de l'Université de Kinshasa en RDC, nous avons été frappé par la pratique de l'élevageI2 dans ce milieu. Ce sont de petits et même «tout petits éleveursI3» (Haubert, 1999: 144) qui alimentent les marchés locaux. Des citadins anonymes provenant de toutes les couches sociales de la population se sont lancés dans cette activité et ont fait évoluer la vie quotidienne à Kinshasa. Au moyen de l'analyse de notre corpus, nous déterminerons dans quel-

le mesure les comportements « en affaires» de créateurs d'élevage ont pu se
modeler, s'affiner ou se figer au contact de nouvelles pratiques, de différentes réalités sociales, techniques et économiques. Aussi, à partir de l'analyse
CE Annexes III: Tableau n03: Évolution des indicateurs de la pauvreté par milieu de résidence en RDC et le tableau 4: Évolution de quelques indicateurs sur les conditions et cadre de vie. 10 Il s'agit des communes périphériques qualifiées de semi-rurales. Il Jardins Et Élevages de Parcelle 12 Nous ne distinguons pas dans ce livre le secteur formel et le secteur informel dans la mesure où les «citadins-éleveurs» se situent en même temps dans les deux secteurs, engrangeant les profits tirés de l'un d'eux pour investir dans l'autre. Aussi, nous sommes convaincus que dans les années à venir, le secteur informel sera marginalisé dans la politique de développement. 13 Expression empruntée à Maxime HAUBERT. 19

des représentations sociales (ou de l'imaginaire) des acteurs, nous avons pu réfléchir aux comportements de ces citadins ordinaires, des congolais «d'en bas» dénommés dans ce travail: «les citadins-éleveursI4». Nous employons le terme «citadin-éleveur» pour référer à l'image construite. Nous travaillerons uniquement sur la catégorie des créateurs d'élevage (ces créateurs d'élevage ne sont ni des politiciens ou des mandataires des entreprises publiques, ni encore des acquéreurs de biens «zaïrianisés1s» ou bien des gestionnaires de fermes appartenant aux confessions religieuses). En effet, leurs activités de production marchande obéissent à plusieurs normes et elles renvoient aux pratiques d'accumulation et à la création de richesses qui pourraient contribuer à impulser le «secteur formel» ou à servir d'exemples à d'autres citadins pour contrecarrer la dégradation prononcée du pouvoir d'achat et ainsi créer des emplois. Ce sont des personnes intégrées à la ville, confrontées à des problèmes de coût de la vie, de bas salaire, d'inflation, d'alimentation, de logement, de santé et d'éducation de leurs enfants qui ont lancé des activités originales d'élevages périurbains. Apparemment, rien ne les prédisposait à devenir éleveurs. On compte parmi eux des professionnels libéraux (médecins, avocats, architectes, professeurs d'universités), des cadres, des rentiers, des fonctionnaires subalternes, des soldats, des retraités et même des commerçants. Hormis ces derniers et les libéraux, toutes les autres catégories professionnelles avaient un revenu salarial pendant les années 1960-1975 et se sentaient membres de la classe moyenne, synonyme d'une représentation sociale positive: «La catégorie des revenus moyens». À la suite du deuxième choc pétrolier en 1979, des pillages de 1991 et ceux de 1993, la guerre de 1996 ainsi que celle de 1998, la crise économique avait atteint tous les secteurs. Le tissu économique avait presque totalement disparu. Assez souvent, ces nouveaux éleveurs s'installaient dans les mêmes vallées que les anciens éleveurs issus des paysannats hérités de la colonisation 16 et des projets en ruine mis en place par le Ministère de l'agriculture de 1968 à 1989. Ils étaient accusés assez souvent par les anciens éleveurs et agriculteurs de s'implanter anarchiquement sur des terrains en pente. Les anciens
14 Pour alléger la lecture de ce texte, cette dénomination est utilisée au masculin comme genre non marqué pour désigner à la fois les hommes et les femmes. IS Ce sont les mesures prises par le bureau politique du Mouvement Populaire de la Révolution (le M.I?R) le 30 novembre 1973 pour confier aux nationaux la gestion des fermes agricoles, des usines, des magasins, etc. appartenant aux étrangers opérant dans le pays. 16 Nous ne faisons pas l'apologie de la colonisation dont nous savons bien qu'elle avait pour but principal de trouver les nouvelles sources de matières premières opportunités aux puissances colonisatrices. 20 et d'offrir d'autres

éleveurs leur faisaient porter la responsabilité de provoquer des érosions qui détruisaient des infrastructures en place provoquant l'ensablement des vallées (par exemple dans la vallée de la Funa). En choisissant l'élevage comme activité complémentaire de revenus, les «citadins-éleveurs» ont fait preuve d'une très grande flexibilité et se situaient entre le salariat et le travail manuel lucrati£ commencement de l'initiative privée. Cela a accéléré un processus déjà ancien de chevauchement entre «activités salariées» et «activités productives privées». Cette évolution a donné un rôle nouveau à une couche de «micro-entrepreneurs» et d'intermédiaires issus de «l'économie populaire17». Hier et aujourd'hui, ces citadins tentent de résister à la crise économique en lançant des élevages de rapport générateurs de revenus complémentaires. Ces élevages deviennent une source de liquidité monétaire et un moyen autonome de satisfaire des besoins immédiats tels que l'alimentation, les soins médicaux, la scolarité, le transport urbain. Ces élevages sont conduits dans des parcelles d'habitation et dans des exploitations construites dans les vallées environnantes. Répertoriés par la municipalité, les «citadins-éleveurs» paient des taxes locales et certains instaurent totalement ou partiellement le salariat dans leurs unités de production lorsque la main-d' œuvre familiale ne peut plus tout faire. Ils louent temporairement le service des vétérinaires et utilisent les tâcherons, abatteurs et bouchers des marchés municipaux. La viande produite est commercialisée, soit directement dans les points de vente, soit dans les réseaux sociaux (voisins, membres de confrérie...) ou encore dans les réseaux professionnels (établissements ou services). Les plus battants d'entre eux ont gagné des parts de marché auprès des restaurants et des hôtels locaux. D'autres vendent leurs produits par l'intermédiaire de vendeurs détaillants de marchés municipaux ou par l'intermédiaire des «libangistes18» à Brazzaville. Fins meneurs «d'affaires», ils arrivent à minimiser certains coûts d'exploitation pour accumuler, investir et devenir concurrentiels. Ils ont su développer une conduite ascétique au moment du lancement de leurs activités et après le décollage de celles-ci.

17 Le terme d'économie populaire est utilisé au Congo-Zaïre pour parler de l'apparition et de l'expansion de nombreuses activités (petites et grandes) productives et commerciales qui se développent selon une autre logique que celle du monde capitaliste, même si elles sont encerclées par ce dernier: travail indépendant, «micro-entreprises» familiales, coopératives, artisans organisés. 18 Un« libangiste» est un débrouillard, un lutteur. «Libanga»: le caillou en langue lingala, signifie la «débrouille», les services marchands, le commerce. «Tailler» la pierre ou «casser» le caillou: il s'agit d'une façon d'arrondir ses fins de mois.

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Le livre est basé sur l'enquête de terrain que nous avons effectuée du 31 janvier au 22 avril 1999 à Kinshasa, sur notre expérience de près de cinq années de terrain et sur des documents écrits. Nous avons pris connaissance des thèses existantes sur la crise multiforme en RDC. Les données bibliographiques rassemblées nous ont permis de bâtir notre problématique et d'ordonner toutes les questions que nous nous posions sur le sujet étudié. Lélevage urbain est abordé ici en termes d'acteurs sociaux. Nous présenterons tout d'abord dans cette introduction l'objet de la présente recherche. Ensuite, nous nous intéresserons aux questions que l'anthropologie et la sociologie des sociétés africaines posent classiquement. Pour nous intéresser ensuite aux différentes thèses rencontrées au cours des lectures sur la prise en charge de la population en RDC par elle-même, suite à la déliquescence de l'État et à la crise économique sévère, et nous nous positionnerons par rapport à elles. Tout cela nous permettra enfin d'énoncer la problématique de notre recherche et de présenter les résultats de notre enquête sur le terrain. Lobjet de notre recherche est d'étudier l'élevage périurbain, les comportements et les représentations sociales de l'éleveur péri urbain, les actes et attitudes valorisés par des «citadins-éleveurs» dans leur parcours individuel et professionnel, ainsi que dans les rapports sociaux qu'ils mettent en place pour réussir dans leur entreprise d'élevage. Les comportements observables et mesurables permettent d'expliquer comment les «citadins-éleveurs» appliquent les connaissances et les compétences acquises dans les sessions de formation et sur le tas. Une bonne connaissance des représentations sociales d'un groupe d'éleveurs permettra de transformer leur monde, de le modifier et éventuellement de l'intégrer à un autre monde. Nous aimerions, au moyen de l'analyse du corpus des récits de vie, déterminer dans quelle mesure l'image du «citadinéleveur» a pu se modeler, s'affiner ou se figer dans un contexte post-colonial de crise, marqué depuis les années 80 par l'idéologie du libéralisme prônée par la BM et le FMI. Nous espérons pouvoir déterminer la manière dont se forme une représentation, une idée, un discours, une image du «citadin-éleveur» à travers l'élevage. Létude des comportements permettra de déterminer dans quelle mesure la pratique d'élevage subit les influences des modes de vie, des réceptivités variables à l'idéologie «à la mode», des particularités culturelles toutes issues du monde congolais. Nous cherchons à déterminer la part des éleveurs dans le contenu des images du «citadin-éleveur », ces dernières étant produites surtout par une culture du libéralisme vulgarisée par le pouvoir en place.

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À Kinshasa, l'élevage urbain fait partie de la catégorie des petites et moyennes entreprises19 indépendantes ou regroupées en organisations d'intérêts sociaux et économiques. Le concept de «petites et moyennes entreprises» est utilisé dans le contexte congolais pour désigner le secteur formel20 et le secteur informel21. Il n'est pas aisé de conduire un élevage en milieu périurbain dans un État exsangue et affaibli par trois décennies de gestion monolithique et partisane du Mouvement populaire de la révolution (M.~R.). Le crédit y est rare. Le marché est étroit. Linflation est galopante. Les salaires pour les rares employés ne sont plus versés régulièrement depuis le 24 avril 1990. Les consommateurs ont par conséquent perdu leur pouvoir d'achat. Le bien-être urbain ne dépend-il pas d'ailleurs surtout du pouvoir d'achat des citadins? Toutes ces contraintes que les citadins subissent débouchent sur un climat de morosité et d'insécurité. Les «citadins-éleveurs» perçus comme «nantis» deviennent les cibles de vols répétés parfois même à main armée. Pour résister aux vols qui les dépouillent, ils cherchent un appui dans les réseaux sociaux formels et dans les réseaux sociaux informels de leurs milieux ou bien ils organisent eux-mêmes les groupes d'autodéfense. Ces réseaux continuent à jouer un rôle important de soutien et d'assistance aux individus. Selon la croyance populaire, ils y trouvent des associés, ils se font patronner ou deviennent les clients de politiciens qui leur assurent une protection. Les «citadins-éleveurs» qui ont une imagination féconde et la capacité de rédiger des projets créent des ONG et demandent de l'aide internationale à des fins d'investissement. Ils organisent dans la foulée des structures d'appui (exemples: le centre de vulgarisation, le réseau de «micro-crédit») par lesquels l'aide extérieure transite. D'autres «citadins-éleveurs », «gagneurs» insatisfaits par les mesures de sécurité civile, sont en position de conquérir le pouvoir politique afin de lutter contre l'arbitraire des situations individuelles et la précarité de l'environnement politique. Ils deviennent membres des partis politiques et autres groupes de pression comme l'ANEZA.
19 «La petite et moyenne entreprise du Zaïre: actes du symposium », Kinshasa, le département de l'économie nationale et de l'industrie avec le concours du PNUD, de l'ONUDI et de l'ANEZA, du 9 au 12 décembre 1985. 20 Il s'agit des activités économiques et sociales relevant du secteur moderne structuré. 21 C'est l'ensemble des groupes d'activités non structurées qui relèvent de l'économie de survie, de la petite production marchande réalisée par des micro-entreprises et des activités économiques et financières criminelles ou illégales, prohibées par la loi, regroupées dans ce que les économistes congolais de la revue Note de conjoncture appellent le «capitalisme sauvage» .

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Face

aux activités originales, face à certaines façons de faire originales des

«citadins-éleveurs», ces Congolais d'« en bas », nous avons pensé que l'élevage périurbain est un fait social donc un fait sociologique qui vaut la peine d'être débattu en milieu universitaire. Ces activités productives illustrent un nouvel esprit plein de promesses à Kinshasa. C'est pour cela que nous avons jugé utile de tenter de fournir une explication scientifique à l'homme de la rue qui a besoin d'une explication et à tous ceux qui s'intéressent à ces activités productives nées de la rencontre des deux cultures, africaine et européenne. Une des leçons personnelles que nous avons tirées de nos recherches sociologiques et anthropologiques est que l'enjeu du «développement» constitue toujours une «mise en question ». Quand on rencontre quelqu'un qui fait autrement que soi, on ne se demande pas seulement pourquoi il en est ainsi, mais spontanément on se demande aussi qui des deux a raison ou qui des deux «fait mieux». Mais si la question ne se justifie pas toujours, elle jaillit à l'esprit, et l'envisager en toute franchise, c'est admettre la possibilité que l'on pourrait «faire mieux ». De toute façon, quand on voit quelqu'un se comporter autrement que nous, nos propres façons de faire, que nous croyions pleinement justifiées, absolues ou inébranlables, se trouvent mises en question, sous ces aspects précisément. Or, personne n'aime être remis en question. C'est pourquoi l'on voit toutes les sociétés, les cultures, créer des catégories leur permettant d'éviter les questions de remise en question, ou plus exactement de les résoudre à l'avance. Ces catégories ont précisément pour effet: premièrement d'inférioriser les gens de l'autre société, l'autre culture, en faisant jouer comme critère les valeurs dominantes de la culture propre; et deuxièmement d'inférioriser aussi les pratiques de ces gens. Ainsi, les pratiques non positives ou

non empiriques de la culture dominante seront qualifiées de « religion », celles
d'autres cultures de «magie», «rites magiques », etc. Pour se prémunir contre ce penchant naturel d'ethnocentrisme et face à l'importance des acteurs Kinois22 obéissant à une rationalité individuelle efficiente pour survivre, il nous semble que la sociologie et l'anthropologie pourraient être les sciences les plus utiles à Kinshasa pendant cette ère de mondialisation des affaires (commerce), en ce sens que, si on les pratique avec droiture, elles pourront contribuer, mieux que les autres, à unifier ce monde dominé par les affaires, dans le respect de la diversité des cultures, et, en même temps, dans une recherche de modes de vie plus humains pour des citadins acteurs individualisés qui provoquent des actions parcellisées, à condition d'être assez

22 Les habitants 24

de Kinshasa s'appellent

les Kinois.

critique vis-à-vis de ces deux disciplines pour échapper à une rationalisation des façons de faire dictée par les principes de l'idéologie dominante. [étude socio-anthropologique des mentalités, représentations, comportements, significations, etc. (1'art de vivre des gens) développée dans ce livre est une contribution à l'enseignement de la sociologie à l'université pour les générations à venir parce que dans notre explication nous avons opté pour un relativisme culturel: toutes les cultures se valent même si les gens n'ont pas les mêmes talents dans les affaires commerciales ou autres. Les gagnants ne peuvent-ils pas apprendre quelque chose des perdants? Il faut remarquer que travaillant sur sa propre société, le sociologue porte en lui son propre bagage culturel (en partie), ce qui lui permet d'aller plus vite en besogne et de centrer son attention sur certains points seulement. Pour ce faire, il travaille souvent au moyen de questionnaires établis à l'avance, qui doivent l'informer sur tel ou tel détail et dont il peut traduire les réponses qualitativement et quantitativement. Cette démarche méthodologique est expliquée en détail dans la suite de ce livre. Lélevage périurbain peut être source d'impôts et de taxes, producteur de biens accessibles à toutes les bourses et créateur d'emplois. Il peut concourir à l'accumulation du capital et à la formation de ressources humaines. Lapprovisionnement des marchés locaux en viandes fraîches par des nationaux limiterait les importations. Le pays économiserait des devises qu'il affecterait à d'autres priorités du développement humain et économique. Dans le discours des États occidentaux et des institutions financières internationales comme la BM, le FMI, le PNUD sur l'Mrique tropicale apparaît depuis 1994 une préférence croissante pour les valeurs d'échange, de commerce et de négoce, mais il ne donne pas assez d'éléments d'information sur la capacité, l'apprentissage réel de la population à se prendre en charge et sur l'existence ou non d'une catégorie d'entrepreneurs locaux. En 1989, le rapport annuel de la Banque mondiale a fait un diagnostic alarmiste en disant que l'Mrique subsaharienne n'avait pas d'entrepreneurs. Cet énoncé se laissait-il déterminer par l'horizon d'attente du courant néolibéral qui poussait les pays africains à s'engager plus en avant dans la voie d'une privatisation tous azimuts ou affirmait-il l'absence d'esprit d'entreprise chez les Africains? Surpris par cette déclaration de la Banque mondiale, nous avons commencé à chercher une explication basée sur les faits et les témoignages des acteurs dont il était question. NOllS faisons appel à la sociologie qui explique les changements et les fonctionnements sociaux ainsi que l'individualisation dans toute société pour tenter de comprendre cette question en Mrique à partir de l'élevage périurbain 25

à Kinshasa, la capitale du pays. Une recherche sociologique approfondie sur les représentations sociales des «citadins-éleveurs» qui réussissent dans leur entreprise à l'heure actuelle pourrait apporter des connaissances pour comprendre ce qui se passe dans ce créneau d'activité. Personne n'a encore fait de recherche sur ce sujet et sur cette catégorie sociale. Les chercheurs africains, européens et américains se sont intéressés jusqu'ici à l'étude des entrepreneurs politiciens et aux hommes d'affaires ayant des connexions directes avec le centre du pouvoir politique. C'est le cas par exemple de plusieurs scientifiques occidentaux et africains dont les analyses ont privilégié uniquement l'étude des pratiques qu'ils considèrent comme des comportements étranges23, des tares (corruption, clientélisme, néo-patrimonialisme, tribalisme, ethnicité, népotisme, distribution de prébendes, comportements ostentatoires, etc.) À l'exception de quelques-uns, nombre d'entre eux sont restés silencieux sur les avancées de ces acteurs locaux. Nous voudrions donc, par ce travail, contribuer à l'invention d'un nouveau discours en sociologie urbaine, en sociologie du développement et de la coopération sur le Congo et par extension sur toute l'Mrique tropicale, un discours progressiste qui puisse expliquer sans excès, ni optimisme béat les avancées accomplies par les hommes et les femmes de ce pays et du continent africain. Un discours qui soit capable de mettre en lumière la puissance dynamisante des symboles et de l'imaginaire en élevage périurbain. Pour nous, il est surprenant de constater la lenteur avec laquelle nombre de scientifiques comprennent et expliquent que les choses sont en train de changer malgré les vents et marées qui secouent le Congo et toute l'Afrique tropicale. Nous espérons que cette recherche permettra de comprendre tout ce que peuvent avoir de sensé les manières d'agir qui choquent certains observateurs de la société congolaise et africaine. Ce livre est divisé en deux parties comprenant respectivement cinq et trois chapitres. La première partie intitulée «Léleveur et son élevage» réunit des données et analyses qui s'attachent chacune à reconstituer les éléments participant aux contextes dans lesquels évoluent l'éleveur et. l'élevage périurbain. Elle s'articule de la manière suivante:

23 Ces perceptions et ces interprétations sont largement marquées par une série de stéréotypes. Et ceux-ci loin de disparaître avec l'expérience de la coopération, s'en sont d'autant plus renforcés. Ils interprètent tous les comportements qui leur paraissent étranges comme une fatalité de la culture africaine. Pareille interprétation tend à revenir au premier plan dans les études des africanistes. Elles entretiennent des visions de l'Autre (l'Africain, l'Afrique) dépréciatives et simplificatrices.

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Dans le premier chapitre, nous expliquons la problématique de la recherche et les outils conceptuels. Dans le deuxième chapitre, nous présentons des données de l'histoire, de la démographie, de la géographie et de l'organisation administrative de la ville de Kinshasa. Dans le troisième chapitre, nous présentons la population d'enquête et ses caractéristiques. C'est un groupe hétérogène composé d'éleveurs d'origines rurale et citadine, de diplômés d'université, de diplômés d'école secondaire et d'illettrés ainsi que de fonctionnaires, de salariés du secteur privé, de retraités, d'adhérents aux associations locales et de jeunes chômeurs. Dans le quatrième chapitre, nous présentons la formation et l'organisation des élevages. Nous étudions l'implantation géographique, les motivations et l'organisation du travail. Ce chapitre montre que les petits éleveurs et les tout petits éleveurs de Kinshasa sont implantés en milieu semi-rural. Le travail est de type familial; les diverses motivations des éleveurs sont accentuées par la perception qu'ils ont de la situation politique et économique du pays. Nous analysons les moyens de formation, d'information et l'acquisition des compétences techniques dans le processus de travail. Les répondants à l'enquête détiennent des connaissances, des réflexions et des habiletés. Leurs comportements sont innovateurs et plein de sens. Dans le cinquième chapitre, nous analysons le fonctionnement des élevages en quatre points et, notamment, l'accès aux moyens de production, le financement, les processus d'information et de formation et les résultats économiques. Ce chapitre montre que les répondants à l'enquête ont trois sources de financement: le financement interne, le financement externe et les usuriers. Les résultats économiques de l'élevage montrent aussi que l'élevage périurbain est une activité de sécurité alimentaire porteuse d'avenir dans le secteur agricole périurbain. La deuxième partie du livre, qui porte le titre de «Léleveur et les autres », analyse l'interaction de celui-ci avec les différents partenaires dans la société qui l'entoure (réseaux sociaux, rapports sociaux, conduites). Dans le sixième chapitre, nous présentons les représentations de soi et des normes de conduite des petits et tout petits éleveurs périurbains. Ce chapitre comprend les sections suivantes: l'auto-perception de l'éleveur périurbain, les normes de conduite et systèmes de valeur, les modifications du rapport à l'environnement et du rapport au temps. Ici, selon toute probabilité, l'analyse des représentations sociales montre que l'autonomie, l'optimisme, la sécurité et la confiance dans l'activité sont des sentiments exprimés par la plupart des répondants à l'enquête. La tendance est à l'affirmation de l'individu au détriment de la communauté. Nous montrons que le petit éleveur en situation de réussite fonctionne avec plusieurs normes et repères. La constitution 27

de sa personnalité est alimentée à la fois par la culture locale et par la culture scolaire. Tous ont un effet positif sur le développement de son attitude et de son «affaire». Dans son travail, il est peut-être aussi guidé par l'idéologie du libéralisme, en vogue dans le pays et ailleurs sur le continent, qui valorise le mérite individueJ. Dans le septième chapitre, nous analysons les rapports sociaux dans l'activité économique. Il s'agit de la main-d' œuvre familiale, les salariés, les fournisseurs et les acheteurs ainsi que les autres éleveurs. L analyse montre qu'avec le progrès des connaissances, l'adoption de nouvelles techniques et la spécialisation du travail, les rapports sociaux organiques comme le salariat et le contrat partiel s'instaurent progressivement au détriment des liens parentaux favorisant la gratuité et l'exploitation des proches employés. Dans le huitième chapitre, nous étudions les petits éleveurs et les tout petits éleveurs dans la cité. Ce chapitre comprend les points suivants: les sociabilités, le poids des dépendants sociaux, les réseaux sociaux, l'ambition politique et la notabilité, les rapports avec les pouvoirs publics et les rapports avec les pouvoirs religieux. Nous y expliquons l'importance de l'ancrage social d'un petit éleveur dans les réseaux sociaux pour élargir son marché. Cependant, les rapports sociaux entre les éleveurs et les agents de l'État sont entachés de racket, de violence et de corruption. Enfin, nous concluons.

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CHAPITRE I PROBLÉMATIQUE ET OUTILS CONCEPTUELS
Nous avons observé que l'échec de l'État au Congo-Zaïre dans la gestion de

la « chose publique» et la modernisation manquée de l'économie a suscité
un intérêt nouveau pour des activités productives marchandes pendant les années 80 et 90. La tendance à les considérer comme de simples activités improductives de survie est une position extrême. Pour notre part, nous pensons qu'elles constituent une autre façon de vivre porteuse de changements sociaux et d'espoir pour l'avenir. C'est pourquoi nous avons entrepris cette recherche pour étudier le comportement «en affaires» des «citadins-éleveurs». Plusieurs cadres de références théoriques nous ont aidé dans notre réflexion: la sociologie, l'anthropologie, la psychosociologie, l'histoire, l'économie et les sciences politiques, pour ne citer qu'elles. En l'absence d'études sur l'économie privée formelle des nationaux, les travaux de Lokota E. (1994), Omasombo T. (1992), Marysse S. (1993), Verhaegen B. (1992), Peemans J.~ (1997), et G. de Villers (1992) nous ont paru incontournables parce qu'ils concernent l'emploi créé par des activités de l'économie informelle après l'effondrement de l'économie formelle. Les études de MacGaffey (1987 et 1991) et Lokota (1994) traitent directement de la question des créateurs d'entreprises et de services au CongoZaïre. D'autres travaux consultés analysent l'émergence et la multiplicité de «l'économie informelle» comme un signe d'espoir pour l'emploi, tandis que pour Marysse (1993 et 1996) et Peemans (1997), l'économie sinistrée s'est décomposée en économie de survie et végétative. Dans ce contexte de déstructuration de l'État, Young (1985), Bayart (1989), Kabuya (1995), Willame (1995) et les économistes congolais de la revue Note de conjoncture dénoncent la criminalisation de l'économie au sommet de l'État. Ils parlent également de la décomposition de l'économie nationale en «réseaux mafieux» affaiblissant totalement l'État et de la recomposition du politique comme voie heureuse de sortie. Pour ces auteurs, c'est la décomposition de l'État en réseaux qui alimente le secteur informel. Leurs analyses sont faites en termes de corruption, de néo-patrimonialisme et de décomposition de l'État en réseaux de clients. Bayart décrit de façon fascinante la redistribution inégale de richesses

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au sommet de l'État zaïrois à la suite des mesures dites de «zaïrianisation »24en 1973 (Bayart, 1989: 115). Young (1985) fait la même observation et conclut que l'appui politique a été déterminant dans l'octroi des biens «zaïrianisés» aux acquéreurs nationaux. Quelles idées les nouveaux entrepreneurs acquéreurs avaient-ils derrière la tête? Comment se sont-ils comportés en affaires? Qu'est-ce que les «biens zaïrianisés» représentaient pour eux? Ces auteurs n'ont pas étudié de façon explicite les comportements, les conduites et références de ces acteurs. Par contre, Lokota (1994) apporte une note optimiste dans sa recherche sur le Zaïre. Il soutient la thèse selon laquelle l'économie informelle est devenue une solution à la crise socio-économique à Kinshasa. Pour lui, le rôle du secteur informel est devenu capital pour la vie et la survie de la population. Il crée des emplois, distribue des revenus et met en œuvre plusieurs formes de solidarité sociale. Il rejoint MacGaffey (1987 et 1991) en disant qu'une classe d'entrepreneurs est en cours de formation. Pour ces deux auteurs, les uns avaient profité des facilités accordées par les mesures de zaïrianisation de 1973 et d'autres comme les commerçants du Nord-Kivu se débrouillaient seuls (MacGaffey, 1995: 187-194). MacGaffey affirme dans son étude réalisée en 1987 que, dans les activités de production marchande mises en place, on distingue les modes de production capitaliste et non-capitaliste dans l'économie périphérique. Pour elle, l'émergence d'un capitalisme local était effective au Zaïre. Enfin, elle constate qu'en économie parallèle, dans ce contexte de crise, il y a eu une importante accumulation de capital dans les activités de production marchande qui essayent de contourner l'État prédateur, affaibli. C'est dans le déclin de l'économie officielle que se sont formés les opérateurs économiques ou les entrepreneurs. Ces Congolais rentabilisent leurs plantations, élevages, etc., dans des conditions parfois extrêmement difficiles (MacGaffey, 1987). Aussi, MacGaffey atteste que ces activités sont financées par l'économie parallèle qu'elle qualifie de «seconde économie )). Comment? Celle-ci donne des renseignements sur l'argent de la contrebande mais elle n'a pas étudié les détails de ce mode de financement illicite. Kabuya (1995) et les économistes de la revue Note de conjoncture donnent des détails sur le mode de détournement de fonds publics par la classe politique et la bourgeoisie d'affaires. Comment se comportent-ils? Qu'est-ce qui influence leurs comportements en affaires? Ni MacGaffey ni Kabuya ne le
24 C'est l'ensemble des mesures politiques asiatiques et africains de leurs biens. 30

qui avaient dépossédé

les expatriés européens,

disent explicitement. Signalons que les travaux de MacGaffey expliquent aussi le mode de financement licite qui passe par l'entremise de relations judicieusement placées dans le pouvoir politique local. Ainsi, son analyse sociologique se rapproche de celle de Labazée (1988) sur le Burkina Faso. Celui-ci a étudié les catégories endogènes, les modes de différenciation et d'articulation des fractions des milieux d'affaires entre elles et au pouvoir. Il a conclu que «rien ne pouvait se faire sans connexions dans la sphère du pouvoir politique ». Pour lui, l'accès aux ressources de l'État, l'intégration à la sphère du pouvoir et à l'économie moderne étaient facilitées par les symboles et les attributs de la modernité (Labazée, 1988). Ensuite, d'autres auteurs comme Arhin (1979), Amselle et Grégoire (in Terray, 1987: 23-27) qui ont fait des recherches sur c;l'autres pays du continent soutiennent l'idée selon laquelle l'esprit d'entreprise des Mricains est effectif dans le domaine du commerce. Verhaegen (1992), Amselle et Le Bris (1982: 163-173) confirment cela en disant que «l'économie mercantile »25est antécoloniale en Mrique. Pendant la même période O'deye (1985), Simard (1994) et Leclercq (1992) ont observé dans d'autres pays du continent la décomposition des États, la structuration des réseaux sociaux, les nouvelles logiques des acteurs et la construction des rapports sociaux en rapport avec l'importance des activités productives dites informelles. Avec ses avancées, ses déboires et ses limites, le Congo-Zaïre n'était pas seul dans la tempête des mutations sociales et économiques. En 1995, MacGaffey fait marche arrière et met en doute les résultats de ses recherches précédentes. Elle écrit: Les possibilités offertes par le secteur informel constituent en grande partie un moyen de survie et ne peuvent donc pas représenter une alternative satisfaisante puisque fait défaut un système politique et un univers institutionnel sain et fonctionnel. (MacGaffey, 1995: 194) Les études citées de Kabuya (1995) et Marysse (1996) partagent cette conclusion des récents travaux de cette Américaine que nous résumons en ces mots: le potentiel de développement existe dans le pays mais il n'y a pas un État organisé et une classe d'affaires soucieuse du progrès. Ainsi, dans une certaine mesure, MacGaffey et les autres rejoignent le discours de la Banque mondiale (1989). Ailleurs en Mrique, les études de Marie en Côte d'Ivoire rapportent que si «l'on a pu constater une multiplicité des emplois informels,
25 Pour Amselle et Le Bris c'est celle qui relève de la production pour le marché. 31