L'expérience dans tous ses états

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Qu'est que l'expérience ? Comment caractériser l'expérience, lorsqu'une personne dit avoir fait ou avoir eu une expérience ? Ces questions traversent, sous différentes formes, l'ensemble des sciences humaines et sociales. Mais quels sont les processus et les « niveaux de réalité » en jeu lorsqu'un individu réalise une expérience ? Il est proposé ici une approche méthodologique de l'expérience qui prenne en compte, d'un point de vue pragmatique, les multiples états, les multiples composantes de l'expérience chez « l'individu-réel ».
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010361
Nombre de pages : 192
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Yvon Corain
L’expérience dans tous ses états Une approche méthodologique
L O G I Q U E S S O C I A L E S
L’expérience dans tous ses états
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Cécile NOESSER,La résistible ascension du cinéma d’anima-tion.Socio-genèse d’un cinéma-bis en France (1950-2010), 2016.Aurélien CINTRACT,La mort inégale. Du recul de la mort à l’analyse socio-historique de la mortalité différentielle, 2016 Éric LE BRETON,Mobilité et société dispersée, Une approche sociologique, 2016 Lenita PERRIER,Couleur de peau et reconnaissance sociale, L’expérience vécue des afro-brésiliens émigrés à Paris, 2016 Michel BONNET,Mobilités l’ombre d’un père, 2016 Dieudonné KOBANDA NGBENZA,Enfants isolés étrangers, Une vie et un parcours faits d’obstacles, 2016. Marie Zoé MFOUMOU,La professionnalisation des métiers féminins. L’exemple du secrétariat au Gabon, 2016. Thérèse PEREZ-ROUX, Richard ÉTIENNE, Josiane VITALI (dir.),Professionnalisation des métiers du cirque. Des pro-cessus de formation et d’insertion aux épreuves identitaires, 2016.Virginie DE LUCA BARRUSSE et Mariette LE DEN (Dir), Les politiques de l’éducation à la sexualité en France, Avancées et résistances, 2016.
Yvon CORAIN
L’expérience dans tous ses états
Une approche méthodologique
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09175-4 EAN : 9782343091754
Introduction Ce texte a d’abord été le fruit d’une « réaction », suite à la lecture du livre de François Dubet,Sociologie de 1 l’expérienceidée: réaction qui est surtout relative à l’« sociologique » selon laquelle l’expérience d’un individu relève le plus souvent, pour ne pas dire toujours, d’une « expérience sociale » ; et plus précisément, idée selon laquelle les processus d’individuation et de subjectivation sont eux-mêmes déterminés par des processus sociaux, et que la subjectivité peut être définie comme le produit intériorisé, incorporé, d’un « rapport social ». On retrouve cette idée dans la formulation assez courante qui affirme qu’il n’y a rien de personnel qui ne soit social. Le problème rencontré est donc l’explication trop monovalente de la construction de l’expérience, parce que trop réduite, selon moi, à sa seule dimension « sociale ». Certes, Dubet prend soin à certains endroits de préciser que sa recherche porte sur l’« expérience sociale » des 2 individus , qu’il caractérise par trois logiques d’action 3 différenciées (intégration, stratégie, subjectivation) ; mais à bien d’autres endroits, il indique que l’expérience des individus est toujours une expérience sociale, relève 4 toujours au final d’une construction sociale . Ainsi, même
1  François Dubet,Sociologie de l’expérience, collection La couleur des idées, Éditions Seuil, 1994 2 François Dubet,Sociologie de l’expérience,ibid., page 15, page 91 3  Quand Touraine en dégage deux concernant « l’expérience moderne » : la rationalisation et la subjectivation, in Alain Touraine, Critique de la modernité, Éditions Fayard, 1992 4 François Dubet,Sociologie de l’expérience,ibid., par exemple page 92 : « Mais la distance à soi, celle qui fait de l’acteur un sujet, est elle-même sociale, elle est socialement construite dans l’hétérogénéité des logiques et des rationalités de l’action. »
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5 s’il relativise parfois son propos , Dubet identifie le plus souvent l’expérience à l’expérience sociale, dans un rapport d’homologie qui m’apparaît problématique concernant la question de la construction de l’expérience chezl’individu. J’avance qu’il est possible, mais aussi nécessaire, d’avoir une compréhension plus polyvalente des processus qui participent de l’expérience, qui ne se réduisent pas aux seuls déterminismes et interactions sociales.
Cette réaction m’amènerait donc, dans un premier temps, à faire une certaine distinction entre l’individu et ce qu’on appelle le social, contre l’idée, devenue courante, de « sujet social » ; autrement dit entre processus de socialisation et processus de subjectivation. Je dirais simplement que mon hypothèse de départ a été que l’expérience d’un individu ne se constitue pasquedans un 6 rapport (au) social. Et je me suis souvenu que Moscovici , pour introduire la psychologie sociale, indique qu’il s’agit pour ce champ de recherche d’observer et de comprendre les conflitsopposent l’individu et le social  qui : ce qui semble impliquer que leur articulation n’est pas toujours évidente, et qu’il s’agirait de distinguer ce qui se produit au niveau individuel de ce qui se produit au niveau social.
Cette délicate problématique de l’articulation dialectique entre dimension sociale et dimension individuelle, polarité
5 Alors qu’il indique lui-même qu’il faut se départir d’une conception « hypersocialisée » de l’action,Sociologie de l’expérience, ibid., page 227 ; ce relativisme apparaît notamment dans la dernière partie méthodologique « Entre les sociologues et les acteurs », qui parfois semble venir « corriger » les « excès » d’un certain sociologisme, qu’il condamne, mais qui est tout de même à l’origine de ma « réaction » 6  Serges Moscovici,Psychologie sociale, collection Quadrige ème Manuels, Éditions PUF, 3 édition, 2014
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qui est la plus manifeste dans les ouvrages de recherche en sciences humaines, se lit par exemple dans un autre livre de sociologie, fort intéressant, sur les ruptures et 7 reconversions professionnelles , où l'auteure cherche à comprendre la dynamique de ces ruptures en regard des dimensionsbiographiquesqui y participent ou que cela génère. Or, malgré la prise en compte explicite par l’auteure de la dimension biographique, là encore tout est 8 ramené à des logiques ou dynamiques sociales . Pourtant, Denave indique à certains endroits qu’une explication en 9 termes de catégorie sociale s’avère insuffisante pour comprendre le parcours singulier de tel enquêté, et s’en remet à la question des dispositions et des incorporations passées chez l’individu. La dimension « psycho-individuelle » est donc évoquée, mais en termes de 10 dispositionou d’incorporation passéeet mêmed'expéri-11 ence socialisatrice passéesociolo-parti-pris » . Ce « gique, qui d’une certaine façonfige l’individu dans la seule dimension sociale, me semble produire alors des raccourcis interprétatifs, parfois relativement à la parole des enquêtés eux-mêmes, car il n’apparaît pas prendre en compte la question et la dynamique propre dusujet psychique, expression qui d’un point de vue conceptuel n’est pas nécessairement équivalente à celle desujet social.
7  SophieDenave,Reconstruire sa vie professionnelle. Sociologie des bifurcations biographiques, collection Le lien social, Éditions Presses universitaires de France, 2015 8  Par exemple les pages 159, 167, 172, 222, et plus explicitement encore la page 279 de conclusion générale 9 Par exemple, page 195 : « A nouveau, les caractéristiques sociales ne permettent pas de comprendre la constitution d’un rapport au travail particulier ». 10 La référence à Bourdieu et au concept d’habitusest prégnante 11  Qu’il faut bien sûr relativiser puisque l’auteure s’exprime en tant que sociologue !
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