//img.uscri.be/pth/f86189b3cbbdeb180c36161e3053ce03c2c82e84
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'expérience multimédia

De
187 pages
Ce livre tente d'expliquer méthodiquement comment l'imaginaire a été pensé, théorisé, éprouvé, mis en application, à travers les âges, jusqu'à investir désormais le champ des nouvelles technologies de l'information et de la communication. L'analyse sur pièces des diverses pratiques discursives dans les nouveaux médias numériques, à l'instar des réseaux sociaux permettent de constater les mutations à l'oeuvre.
Voir plus Voir moins

QuQueesstitioons cns coonnttemempoporrainaineess Jean P ierre FEWOU NGOULOUREL’EXPÉRIENCE
MULTIMÉDIAQ
De l’imaginaire global aux formes signi antes
QuQueesstitioons cns coonnttemempoporrainaineess
Ce livre tente d’expliquer méthodiquement comment l’imaginaire a été pensé,
théorisé, éprouvé, mis en application, depuis à peu près l’Antiquité, et comment il
a traversé les âges, les époques et les sociétés jusqu’à investir désormais le champ
des nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’occasion
est ainsi donnée à l’auteur de réunir plusieurs disciplines autour de la question et QQQ
qui relèvent globalement de la philosophie, de l’anthropologie, de la sociologie,
de la psychanalyse, de la littérature, de la linguistique et fondamentalement de la
communication.
L’analyse sur pièces des diverses pratiques discursives dans les nouveaux médias
numériques, à l’instar des réseaux sociaux, lui permet du coup de constater que
les différentes mutations qu’elles engendrent conduisent de façon signi cative
à une recon guration du champ du savoir et des connaissances dont il dé nit
justement les grandes lignes.
L’ouvrage, d’une lecture agréable et facile, s’adresse non seulement à l’ensemble du
monde universitaire, indépendamment des champs disciplinaires, mais à un public
large, l’avenir de l’imaginaire, voire de l’humanité entière, semblant désormais se L’EXPÉRIENCE
jouer sur le terrain de l’Internet et du multimédia.
MULTIMÉDIA
Jean Pierre FEWOU NGOULOURE est docteur en Sciences du langage de l’université De l’imaginaire global aux formes signi antesde Toulouse 2 et chercheur associé au Centre Pluridisciplinaire de Sémiolinguistique Textuelle
de Toulouse. Il est également ancien élève de l’école normale supérieure du Cameroun.
Questions contemporaines
ISBN : 978-2-343-00314-6
18 €
Jean Pierre FEWOU NGOULOURE
L’EXPÉRIENCE MULTIMÉDIA






































L’expérience multimédia
De l’imaginaire global aux formes signifiantes


























































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00314-6
EAN : 9782343003146
Jean-Pierre FEWOU NGOULOURE



L’expérience multimédia
De l’imaginaire global aux formes signifiantes

































L’Harmattan
Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud


Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines »
n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la
collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de
débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions

Tony FERRI et Dragan Brki , La condition pénitentiaire. Essai sur le traitement
corporel de la délinquance, 2013.
Collectif NOUS AUTRES, Quelle action publique face au racisme ? Une
recherche-action dans le Nord-Pas-de-Calais, 2013.
Mostafa BENFARES, Altérité, responsabilité et questions identitaires. Le cas du
Québec, 2013.
Dreyfus LOUYEBO, Politique, insertion et jeunesse : l'espoir du monde, 2013.
Ahmed KHERRAZ, Pour une participation des jeunes à la vie publique.
Engagez-vous ! Réengagez-vous !, 2013.
Rodolphe DALLE (dir.), Didactique de la communication, 2013.
Sébastien REPAIRE, Sartre et Benny Lévy. Une amitié intellectuelle, du
maoïsme triomphant au crépuscule de la révolution, 2013.
Daniel ARNAUD, Le harcèlement moral dans l’enseignement. Sévices publics,
2013.
e eHervé TERRAL, Figure(s) de l’Occitanie. XIX -XX siècles, 2013.
Etienne AUTANT, Construire une société conviviale, 2013.
Bertrand PIRAUDEAU, Le recrutement dans le football français. Histoire,
logiques et enjeux géographiques, 2013.
Jean-Marie BOUGUEN, La naissance de la politique pétrolière en France, 2013.
Herbert GESCHWIND, Le rôle des soins palliatifs, nouvelle édition, 2013.
Sébastien de DIESBACH, La révolution impossible. Mes années avec
Socialisme ou Barbarie, 2013.
Jacob ETIENNE, Protection rapprochée et sécurité entreprise. Des nouvelles
normes à l’international, 2013.
Jacques ARNOL-STEPHAN, Entreprendre dans un monde en mutation, 2013.


?
À ma chère et tendre Audrey
Introduction
S’intéresser à la problématique de l’imaginaire, dans une
perspective globale, c’est vraisemblablement chercher à sonder tout
un univers pour le moins foisonnant, autrement dit marqué du sceau
de la complexité. En cela, tenter de saisir le sens de l'imaginaire
revient sans doute à adopter un point de vue heuristique et
épistémologique loin de tout esprit dogmatique, ce qui suppose de
construire sa démarche en tenant compte du principe de contradiction,
conforme à une attitude méthodique qui respecte les normes
élémentaires de la scientificité.
Du reste, il apparaît presque impossible de donner une définition
univoque, unifiée et simplifiée de l’imaginaire, tout dépendant de
toute évidence du champ disciplinaire dans lequel on se situe, ou du
cadre théorique qu’on convoque pour fonder son approche. Dès lors,
interroger l’imaginaire, au prisme d’une démarche de lisibilité
cohérente, c’est se situer par rapport à un champ de savoir spécifique ;
c’est également adopter une certaine posture idéologique, qui ne
relève pas toujours de l’objectivité scientifique. Autrement dit, la
saisie du sens de l’imaginaire peut permettre de dévoiler des enjeux
d’ordre politique, économique et géostratégique.
Cela dit, l’imaginaire, en tant que concept « dialogique », au sens
bakhtinien du terme, relève fondamentalement à la fois des
préoccupations philosophiques, anthropologiques, sociologiques,
littéraires, linguistiques, etc. C’est la raison pour laquelle les cadres
théoriques et pratiques qui peuvent permettre de tracer les frontières
de l’imaginaire sont très vastes. En revanche, toute tentative de cerner
ses contours doit être accompagnée d’un minimum de précautions
méthodologiques, étudier la question de l’imaginaire n’étant pas une
tâche aisée, comme nous tenterons de le montrer, à travers cette étude.
Au vu de qui précède, comment définir justement l’imaginaire, de
façon plus satisfaisante, sans tomber sous le coup de la pensée unique,
dans une sorte de dogmatisme heuristique ? Rien n’est donc simple
car mener une telle réflexion exige de la rigueur et de la bonne
méthode, pour une meilleure cohérence, dans l’articulation des idées.
Pour organiser notre réflexion, nous entendons d’une certaine
manière adopter une posture proche du cartésianisme. Quatre
principales règles, à titre de rappel, en constituent le fondement. La
première règle permet de mieux dialectiser le rapport de l’évidence au
doute. La deuxième règle permet en revanche de diviser certaines
9
données d’une étude pour mieux les analyser. La troisième règle, dite
de synthèse, permet de partir du simple au complexe. Enfin la
quatrième règle, fondée sur le dénombrement, met en valeur les
principes du continuisme et de rupture, par le dépassement de l’esprit
de synthèse.
Tout compte fait, en nous inspirant des quatre règles sus énoncées,
nous allons partir de la définition la plus minimaliste de l’imaginaire,
avant de passer aux niveaux de lisibilité plus complexes du concept.
Nous aurons dans ces conditions l’occasion de convoquer plusieurs
champs disciplinaires pour tenter de donner un meilleur éclairage, par
rapport au sens global de l’imaginaire.
D’une manière générale, l’imaginaire peut être associé à une simple
image, n’ayant pas forcément de grande épaisseur sémantique. Il peut
même, dans cette acception pour le moins péjorative, être appréhendé
comme une sorte de vue de l’esprit. Il faut d'ailleurs revenir à son sens
étymologique « quelque chose qui n'a de réalité qu'en apparence,
autrement dit de nature fictive » pour se rendre à l’évidence que
plusieurs termes a priori dépréciatifs semblent se rapporter à la
conception heuristique de l’imaginaire : vision, imagination,
abstraction, intuition, irréel, rêve, phantasme, fantaisie, affabulation,
simulacre, intentionnalité, etc.
En fait, l’imaginaire est dès l’origine à la fois une catégorie
1nominale et adjectivale. Christian Chelebourg situe à peu près la
naissance de ce terme vers les années 1820, utilisé semble-t-il pour la
première fois par Maine de Biran, qui en a fait un substantif :
La présence de Dieu s’annonce par cette lucidité d’idées, cette force de
convictions, ces intuitions vives, pures et spontanées auxquelles s’attachent non pas
seulement la vue mais le sentiment intime de la vérité ; ce n’est pas seulement une
conception, une entente de paroles, c’est de plus une suggestion intérieure de leur
2sens le plus profond et le seul vrai, sans aucun mélange de sensible ou d’imaginaire.
L’imaginaire, toujours en tant que catégorie nominale, désigne
aussi une personne qui aime s’adonner à des racontars ou à des
activités ludiques sans grand intérêt. Cette conception péjorative de
l’imaginaire convient bien à un personnage d’Alphonse Daudet,
Monsieur Joyeuse, qui a la particularité de se livrer à des rêveries les

1 Christian Chelebourg, L’Imaginaire littéraire. Des archétypes à la poétique du
sujet, Paris, Nathan, 2000.
2 Maine de Biran, cité par Christian Chelebourg, idem.,p.7.
10
plus fantasques. S’inspirant de ce genre de personnage, Chelebourg
explique, en effet : « Un imaginaire, c’est […] un homme qui n’opère plus de
partage entre les productions de son imagination et la réalité objective, un rêveur
3dépassé par sa subjectivité, un imaginatif quelque peu perturbé. »
Même dans sa forme adjectivale, le sens de l’imaginaire a une
grande incidence dépréciative puisqu’il s’agit la plupart du temps
d’opposer à ce terme la notion de réalité. Autrement dit, on classe
généralement dans la catégorie de l’imaginaire tout ce qui n’est pas
réel ou échappe au réel. L’imaginaire devient même, dans cette
logique, un tremplin pour se retrouver dans le monde de l’au-delà,
comme semble le suggérer Villiers de L’Isle-Adam :
Ce vivant éther est une illimitée et libre région où, pour peu qu’il s’attarde, le
voyageur privilégié sent comme se projeter, sur l’intime de son être temporel,
l’ombre anticipée et avant-courrière de l’être qu’il devient. Une affinité s’établit
donc, alors, entre son âme et les êtres, encore futurs pour lui, de ces occultes univers
contigus à celui des sens ; et le chemin de relation où le courant se réalise entre
monde n’est autre que ce domaine de l’Esprit, que la Raison, - exultant et riant dans
ses lourdes chaînes pour une heure triomphale, - appelle, avec un dédain vide
4
L’IMAGINAIRE […] »
L’imaginaire a de ce point de vue des ramifications fantastiques
évidentes, même si comme le constate Chelebourg, Villiers de L’Isle-
Adam y voit aussi une sorte « d’espace intérieur », de « composante
de la psyché » d’un individu.
Cependant, il revient de souligner malgré tout que l’imaginaire est
bien au cœur de toute dynamique humaine ; il habite chaque individu
dans ses multiples activités au quotidien, qu’elles soient artistiques,
scientifiques ou même banales. Il se présente parallèlement comme la
matrice à travers laquelle une société se lit, se construit et oriente son
avenir. En ce sens, on peut soutenir que toute « vision » ou toute
« imagination » ne subsume pas que des valeurs négatives : porter une
vision du monde, avoir une imagination fertile sont des facteurs
positifs qui sous-tendent une certaine élévation de la pensée. Mieux,
l’imaginaire serait même, de l’avis de nombreux penseurs éprouvés, à
la source de toute création humaine. En clair, en sus de ses valeurs
positives, on peut bel et bien soutenir que l’imaginaire a également
des fondements objectifs voire scientifiques, car il insinue aussi l’idée

3
Idem., p. 8.
4 Villiers de L’Isle-Adam, cité par Chelebourg, idem.
11
de l’ordonnancement rationnel et logique, pour une meilleure
articulation de la pensée humaine. Nous donnons ainsi raison à Gaston
Bachelard lorsqu’il affirme, avec à-propos :
Comme beaucoup de problèmes psychologiques, les recherches sur l'imagination
sont troublées par la fausse lumière de l'étymologie. On veut toujours que
l'imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de
déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous
libérer des images premières, de changer les images. S'il n'y a pas changement
d'images […] il n'y a pas imagination, il n'y a pas d'action imaginante. Si une image
présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne
détermine pas une prodigalité d'images aberrantes, une explosion d'images, il n'y a
pas imagination. Il y a perception, mémoire familière, habitude des couleurs et des
formes. Le vocable fondamental qui correspond à l'imagination, ce n'est pas image,
c'est imaginaire. Grâce à l'imaginaire, l'imagination est essentiellement ouverte,
évasive. Elle est dans le psychisme humain l'expérience même de l'ouverture,
l'expérience même de la nouveauté […] Une image qui quitte son principe
imaginaire et qui se fixe dans une forme définitive prend peu à peu les caractères de
la perception présente. Bientôt, au lieu de nous faire rêver et parler, elle nous fait
agir. Autant dire qu'une image stable et achevée coupe les ailes à l'imagination. Elle
nous fait déchoir de cette imagination rêveuse qui ne s'emprisonne dans aucune
image et qu'on pourrait appeler pour cela une imagination sans images […] Sans
doute, en sa vie prodigieuse, l'imaginaire dépose des images, mais il se présente
toujours comme un au-delà des images, il est toujours un peu plus que ses images.
Ainsi le caractère sacrifié par une psychologie de l'imagination qui ne s'occupe que
de la constitution des images est un caractère essentiel, évident, connu de tous : c'est
la mobilité des images. Il y a opposition dans le règne de l'imagination […] entre la
constitution et la mobilité. Et comme la description des formes est plus facile que la
description des mouvements, on s'explique que la psychologie s'occupe d'abord de la
première tâche. C'est pourtant la seconde qui est la plus importante. L'imagination,
pour une psychologie complète, est, avant tout, un type de mobilité spirituelle, le
type de la mobilité spirituelle la plus grande, la plus vive, la plus vivante. Il faut
donc ajouter systématiquement à l'étude d'une image particulière l'étude de sa
5mobilité, de sa fécondité, de sa vie.

Tout au long de notre parcours, il sera donc question de déblayer de
nombreuses pistes de réflexion qui nous permettront de mieux aborder
la question de l’imaginaire, sous une toile de fond complexe.
D’emblée, nous tenterons d'expliquer méthodiquement comment
l’imaginaire a été pensé, théorisé, discuté, appliqué, vécu, et comment
il a traversé les âges, les époques et les sociétés. Au passage, il sera
sans doute utile d’interroger le réel, pendant de l’imaginaire, aux fins

5
Gaston Bachelard, L'Air et les songes. Essai sur l’imagination des mouvements,
Paris, Corti, 1943, pp. 7-8.
12
de mieux saisir le rapport dialectique qui fonde ces deux concepts
majeurs. Plus fondamentalement, notre but consistera à construire une
théorie de l’imaginaire global, au cœur de notre problématique
générale, tout en accordant un intérêt manifeste à la manière dont il
permet de faire sens. Enfin, nous entendons nous pencher sur quelques
enjeux de l’imaginaire global, dans le contexte actuel marqué par
l’essor significatif des nouvelles technologies. Plus précisément,il
s’agira pour nous de nous intéresser aux nouvelles formes
d’expression discursive et d’articulation générique, en lien avec le
déferlement croissant d’une pratique médiatique à la lisière de
l’écriture automatique.
Au demeurant, l’hypothèse directrice de cette réflexion est de
défendre l’idée majeure que l’imaginaire ne peut être mieux défini,
mieux décortiqué et mieux analysé que dans une perspective globale,
ce qui n'est pas synonyme d'une neutralisation conséquente du local,
qui sert même sous certaines conditions de matrice à une meilleure
6saisie du global. Bien plus, notre démarche méthodologique sera
tournée fort opportunément vers l’interdisciplinarité, la saisie des
divers enjeux de l’imaginaire dépassant le cap d’une simple chapelle
disciplinaire.
Par ailleurs, quand on aborde généralement la question de
l’imaginaire, il est parfois difficile de ne pas s’intéresser en même
temps à la question du réel, qui se présente comme son pendant
cognitif. En réalité, l’imaginaire ne semble avoir d’épaisseur
sémantique que par rapport à l’articulation qui en est faite par rapport
au réel. Toutefois, il n’est pas aisé non plus de dire ce qu’est le réel.
Parfois, il arrive que les deux paradigmes soient tout simplement
confondus, ce qui est parfois supposé comme « réel » par les uns
pouvant être perçu comme « imaginaire » par les autres. D’où toute
l’importance qu’on accorde souvent à la question de l’univers des
croyances, qui permet par exemple à chaque groupe de référence de
construire sa vision du monde et les modes de ses systèmes de pensée,
en fonction des choix vitaux qui fondent son existence.
Pour avancer dans notre réflexion, précisons le sens que nous
attribuons à la notion de « globalité », aux fins d’éviter toutes sortes
de généralisation, ce qui pourrait constituer un facteur handicapant

6
Pour être plus précis, nous voulons dire ici que les réalités locales peuvent
participer à une meilleure saisie du sens du global, à condition qu’elles ne se
substituent pas tout simplement au global proprement dit. Pour cela, elles doivent
rester des maillons qui constituent la chaîne globale.
13
aux yeux du lecteur. De notre point de vue, la notion de globalité
exclut d’emblée toute connotation politique, économique et
géostratégique. Autrement dit, il ne s’agit pas pour nous d’actualiser
insidieusement la notion de mondialisation, qui semble à la mode dans
la plupart des études consacrées au domaine des nouvelles
technologies numériques, pour justifier selon différentes stratégies
comment le monde est devenu un petit village planétaire. Mais loin de
faire abstraction de ce phénomène planétaire dont l’ampleur est
manifeste, nous n’établirons toutefois pas de lien direct avec notre
thématique générale.
Cela dit, notre approche de l’imaginaire consistera à placer la
complexité au cœur de la signification, pour tenter de mieux
comprendre ses multiples enjeux, surtout en cette époque où l’intérêt
porté sur les nouvelles technologies numériques est de plus en plus
croissant. Toutefois, nous nous garderons de mener une étude
artificiellement exhaustive, n’ayant aucun intérêt à vouloir cultiver un
esprit « universaliste », sans grande importance.
Et pour mener à bien cette aventure intellectuelle, notre parcours
sera sous-tendu par une double approche théorique et pratique, ce qui
justifie les deux grandes parties du livre. En effet, il devient de plus en
plus utile de démontrer sur pièces toute théorie mise en perspective, le
temps de simples formalisations abstraites ayant à notre sens fait long
feu.
Ainsi, nous nous intéresserons aux différentes conceptions de
l’imaginaire, en nous donnant pour objectif de revisiter d'un point de
vue philosophique les différentes approches qui ont façonné ses
multiples représentations heuristiques. L’occasion sera alors donnée
de synthétiser la vision philosophique de quelques penseurs de renom,
qui se sont penchés de façon pertinente sur la question. Mais comme
l’imaginaire se déploie également sur les terrains anthropologique,
sociologique, littéraire, linguistique, etc., il sera aussi utile de revisiter
les grands courants de pensée qui ont irrigué le terrain de la
connaissance, au travers de ces différents champs disciplinaires.
De même, nous reviendrons sur les différents liens de causalité qui
déterminent le rapport imaginaire/réel, au cœur de toutes les
dichotomies et de tous les dualismes. D’une certaine manière,
concevoir le réel, dont le lien avec l’imaginaire est plus que jamais
étroit, semble vraisemblablement relever d’une gageure, et peut
apparaître visiblement comme une tâche insurmontable. Car ce qui
s’offre à l’observation immédiate n’a parfois d’existence que par
14
rapport à la pensée de celui qui l'articule. Par voie de conséquente,
toute tentative d’une meilleure saisie sémantique passe
irrévocablement par une problématisation générale de ce qu’on entend
par le « réel ».
Par ailleurs, nous proposerons au passage une théorie de
l’imaginaire global, pour mieux étoffer notre cadre théorique. Dès
lors, nous chercherons à dépasser le modèle structuraliste, basé
exclusivement sur une approche oppositive des objets signifiants, pour
fonder de nouvelles propositions théoriques privilégiant davantage les
valeurs inclusives et participatives, dans la quête de la signification.
C’est tout le sens qui découlera de notre conception de l’imaginaire
global, qui sous-tend à la fois des rapports de type esthétique, logique,
techno-logique, voire « biologique ». Vu sous ce dernier angle,
l'imaginaire global sera en clair appréhendé, dans notre démarche,
comme un « milieu de vie ».
Dans une autre perspective, nous éprouverons sur pièces les
instruments théoriques convoqués dans la première partie du livre.
L’enjeu ici sera surtout de faire coopérer à travers nos différentes
illustrations des domaines disciplinaires qui sont parfois à la base
institutionnellement séparés. Il s’agira du reste pour nous d’appliquer
quelques notions et concepts de linguistique et de sémiologie
générales aux sciences de l’information et de la communication.
Pour cela, nous allons beaucoup nous inspirer des corpus
dynamiques, à l’instar des messages postés sur les réseaux sociaux et
sur des sites d’information divers. De même, il s’agira pour nous de
porter un intérêt manifeste aux formes de transpositions et de
transferts cognitifs en jeu dans ces productions innovantes, et qui ont
vocation à être plurimodales et polysensorielles. Dans ces conditions,
nous chercherons à montrer comment le développement des
technologies numériques bouleverse non seulement les découpages
entre champs disciplinaires, mais génère des pratiques transversales
qui lient discours artistiques et innovations technologiques et
scientifiques.
Du point de vue méthodologique, nous opterons pour une analyse
sémio-linguistique et pragmatique. D’après Charaudeau,
Sémio-, de « sémiosis », évoqu[e] que la construction du sens et sa configuration
se font à travers un rapport forme - sens (dans différents systèmes sémiologiques),
sous la responsabilité d’un sujet d’intentionnalité pris dans un cadre d’action et
ayant un projet d’influence sociale ; linguistique rappelant que cette forme est […]
constituée d'une matière langagière - celle des langues naturelles - qui, par le fait de
15
sa double articulation, de la particularité combinatoire de ses unités (syntagmatico -
paradigmatique, à plusieurs niveaux : mot, phrase, texte), impose une procédure de
7sémiotisation du monde différente de celle d'autres langages.
Dès lors, l’étude des registres énonciatifs des corpus retenus nous
permettra d’une manière globale d’analyser leurs caractéristiques d’un
point de vue énonciatif, discursif et générique. De même, la
convocation de quelques présupposés théoriques de l’analyse du
discours nous permettra de mener à bien notre réflexion.
Mais une telle étude, qui permet de mieux saisir les enjeux de ces
nouvelles pratiques de l’imaginaire, surtout dans le champ des
nouvelles technologies, ne saurait se départir d’une incursion dans le
champ de la pragmatique, d’où l’idée de s’intéresser aux différents
jeux et enjeux illocutoires et perlocutoires qui se nouent et se
dénouent, au travers de ces divers processus discursifs innovants. Et
dans cet exercice d’analyse conversationnelle, et marqué du sceau de
l'hétérogénéité énonciative, nous chercherons alors à voir comment les
internautes occupent l’espace discursif, en tant que porteurs d’un
savoir soumis à une épreuve pragmatique performative, selon les
8termes de Gaston Pineau.
Somme toute, ces illustrations pratiques, nourries par une volonté
manifeste de décloisonnement, se feront au travers de multiples
canaux : textes, images, écrits divers, etc. C’est dans l’objectif de
produire un savoir partagé que nous nous engageons à briser les
frontières disciplinaires pour garantir la libre circulation des
connaissances, ce qui est sans doute l’un des défis majeurs qui
interpelle les chercheurs aujourd’hui.
Et pour clore ce livre, nous ne manquerons pas d’aborder
accessoirement la question de l'éthique, car toute esthétique même
marquée fondamentalement par une liberté de ton et de pratiques
n’exclut pas de tracer les frontières de l’interdit. Avec le
renouvellement du champ du savoir, favorisé par les nouvelles
technologies, beaucoup de préoccupations, de l'ordre éthique, ont vu le
jour. Il s’agira dans cette optique de se demander jusqu’où
l’imaginaire dans son expression globale influencera notre

7
Patrick Charaudeau, « Une analyse sémiolinguistique du discours », in Langages,
29e année, n°117, 1995, p. 98.
8 Gaston Pineau, Guy Jobert, Histoires de vie - Tome 1. Utilisation pour la
formation, Paris, L’Harmattan, 2000.
16
quotidienneté et quelles en seront les conséquences, positives ou
négatives, dans un futur proche ou lointain.
17