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L'expérience vécue du chômage au Portugal

De
270 pages
Cet ouvrage met en lien les facteurs structurels de l'expérience vécue du chômage avec l'examen des représentations que les demandeurs d'emploi se font de leur situation et la façon dont ils la vivent. Cette expérience sociologique s'intéresse aux zones rurales et aux zones urbaines, où la majorité des chômeurs se réfère à une société caractéristique de la "pauvreté intégrée".
Un ouvrage éclairant sur la société portugaise et sur la régulation du chômage.
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L'EXPÉRIENCE VÉCUE DU CHÔMAGE AU PORTUGAL

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan1 @wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01161-6 EAN : 9782296011618

Laurence LOISON

L'EXPÉRIENCE VÉCUE DU CHÔMAGE AU PORTUGAL

Préface de

Dominique SCHNAPPER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique ; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

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Mondes lusophones Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Mondes lusophones publie des ouvrages sur cet espace éclaté hérité de l'Empire portugais, de l'Océan indien au Brésil.

Titres parus
M. MONTENEGRO, Un culte thérapeutique au Portugal. Entre Moise et Pharaon, 2006. M. MONTENEGRO, Une thérapie traditionnelle au Portugal. Les bruxos, leurs clients et leur monde, 2005. A. BARBE, Les îles du Cap- Vert, une introduction, préf. C. Ivora,2003.

Sommaire

PRÉFACE DE DOMINIQUE SCHNAPPER REMERCIEMENTS INTRODUCTION I. La sociologie du chômage 1. Les fondements 2. L' « épreuve du chômage» A. L'humiliation et la crise d'identité B. La déstructuration du temps et de l'espace C. Le traitement social du chômage et ses implications D. La participation sociale des demandeurs d'emploi E. La diversité des manières de vivre le chômage II. La constitution d'un objet d'étude: le chômage au Portugal 1. Esquisse d'une modernité inachevée 2. Un domaine peu exploré 3. L'objet de la recherche III. Précisions méthodologiques 1. Les outils sociologiques 2. L'enquête

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Première partie Les facteurs structurels de l'expérience vécue du chômage
CHAPITRE 1. UNE SOCIETE SALARIALE INACHEVEE I. Le poids des salariés dans la population active II. Des conditions salariales peu favorables 1. De la confusion dans la définition du chômage 2. De faibles rémunérations 3. Le temps de travail 4. La précarité III. La protection sociale 1. La protection sociale, un droit salarial encore imparfait

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A. Un régime « sous-protecteur»
B. Quelques dysfonctionnements des institutions 2. Des droits incertains A. Un accès difficile aux informations B. Des citoyens « indépendants» C. « Bénévolat» de l'État et subordination des citoyens 3. Un rapport aux institutions peu stigmatisant IV. L'identité professionnelle des salariés 1. Une faible conscience de classe 2. Le rapport aux tâches effectuées dans le travail A. De bas niveaux d'instruction B. Une formation professionnelle souvent insuffisante Des effets culturels Des effets institutionnels La structure des entreprises C. Un tissu productif peu innovant 3. La valeur du travail A. L'entreprise, un lieu de socialisation B. Le travail, un moyen de survie C. L'éthique du travail

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CHAPITRE 2. FAIRE FACE AUX CONSÉQUENCES DU CHOMAGE I. Une organisation compensatrice 1. Les moyens internes au ménage A. Les restrictions B. La production domestique C. Le travail au noir 2. Les échanges avec les autres ménages A. Les différents types d'aides B. La provenance des aides II. Une sollicitation intacte 1. Peu de changements relativement à la sociabilité A. Une faible proportion de ménages à une seule personne B. La sociabilité au sein de la communauté locale C. La troisième sphère de sociabilité 2. La « pauvreté intégrée» 3. L'éthique paysanne 4. « Eux» et « nous»
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III. Bilan de ces modes de compensation 1. De nombreux effets positifs A. Des liens sociaux entretenus B. Pas de « surnuméraires» C. L'accomplissement du devoir 2. Des inégalités diverses A. La rigidité spatiale B. Des clivages entre les sexes C. Des capacités différentes selon les âges D. Des possibilités inégales selon les milieux sociaux 3. Des pressions sur les individus A. Le contrôle social et la dépendance B. Du court terme

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Deuxième partie Les expériences vécues du chômage
CHAPITRE 3. ÉLABORATION D'UNE TYPOLOGIE I. Deux séries d'indicateurs 1. Le degré de stigmatisation au chômage 2. Les possibilités de compensation face au chômage II. Les facteurs de variation 1. Le sexe 2. L'âge 3. L'expérience professionnelle et/ou les perspectives d'emploi III. Typologie CHAPITRE 4. LE « CHOMAGE INTÉGRÉ» I. Le chômage des jeunes diplômés ou « chômage intégré négocié» 1. La privation d'emploi, une contrariété A. L'entreprise, un lieu de production de compétences B. Le travail, un déploiement relationnel au-delà de l'entourage C. La valorisation de la consommation et de la protection sociale 2. Le chômage, une parenthèse A. Avancer dans leur projet professionnel Retrouver un emploi au plus vite Perfectionner leurs aptitudes professionnelles 155 155 155 157 158 159 160 163 164 169 169 169 170 173 174 176 176

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B. Un fort potentiel de production Des atouts sur le marché du travail au noir Des capacités importantes de production domestique C. Un soutien appuyé de leur entourage II. Le chômage des non qualifiés ou « chômage intégré neutralisé» 1. Des expériences professionnelles décevantes 2. Le chômage, une situation durable, aisément compensée A. La valorisation de soi par l'investissement familial B. Le plaisir ordinaire de se rendre utile autrement III. Le chômage des actifs âgés ou « chômage intégré transformé» 1. La vie professionnelle au passé A. Un rapport affectif au travail B. Un temps révolu Des salariés jugés trop âgés Un retrait encouragé par le mode d'indemnisation du chômage Une pause considérée comme un bienfait par l'entourage 2. Sur le mode de la retraite A. Un rythme ralenti B. Une intensification des relations de sociabilité

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CHAPITRE 5. LE« CHOMAGE TOTAL NAISSANT» I. L'humiliation I.La prise de conscience de nombreuses faiblesses sur le marché du travail 2. Une forte crise de statut II. L'ennui 1. La fuite hors du regard des connaissances 2. « Tuer le temps» 3. Des tensions au sein du ménage
CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES I. Le système d'enseignement au Portugal II. Les entretiens: liste des personnes d' entretien
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interviewées

et guide

Préface de Dominique Schnapper

L'idée du chômage est liée à la conception même que la société se fait du travail et, par conséquent, du chômage. Elle fut « inventée» au tournant du XIXe et du XXe siècle, alors que s'étendait la notion du travail salarié comme forme dominante de l'activité de production et norme de la vie sociale. Elle n'avait pas de sens au XIXe siècle, lorsque les hommes étaient encore mobiles, d'une qualification à l'autre, d'une région à l'autre, entre la ville et la campagne, lorsque le marché du travail n'était pas organisé par l'offre et la demande d'une main d'œuvre définie par une qualification précise et une localisation stable. L'idée même de «chômage» implique la conception moderne de la séparation du lieu du travail et du lieu d'habitation ainsi que l'existence d'organisations bureaucratiques et industrielles et l'institution d'un « marché du travail ». Elle implique aussi qu'il existe des institutions sociales qui reconnaissent qu'un individu, en âge de travailler et souhaitant le faire, qui ne trouve pas d'emploi, a droit à des compensations. Le « chômage» apparaît lorsque la société estime qu'elle doit une compensation aux chômeurs. « Inventé» en même temps que la société industrielle, le chômeur a vu sa condition progressivement consacrée par les instances de l'État-providence et par les droits, au moins partiels et provisoires, que lui donne sa condition. On sait que Staline supprima le chômage d'un trait de plume en supprimant l'assistance aux chômeurs, donc leur enregistrement dans les statistiques et leur reconnaissance dans la société. Le chômage est rapidement apparu comme l'un des scandales de la société capitaliste. À ce titre, les économistes ont discuté de sa signification, de son origine, de son caractère plus ou moins inéluctable et des moyens nécessaires ou souhai tables pour l'éliminer ou, en tout cas, le réduire. Les sociologues, eux, se sont attachés à comprendre le sens de 1'« épreuve du chômage ». Depuis l'enquête pionnière de Paul Lazarsfeld et de ses collaborateurs sur les chômeurs de Marienthal pendant la grande crise des années 1930, jusqu'aux travaux qui se sont déroulés en France depuis 1980, lorsqu'un chômage massif s'est installé durablement - dont la bibliographie rend compte -, ce « genre» sociologique a fourni un savoir cumulatif sur l'expérience vécue des chômeurs. Laurence Loison s'inscrit dans cette tradition, mais elle renouvelle ce « genre» en étendant l'enquête au Portugal. L'enquête comparative a des vertus

heuristiques que les sociologues connaissent bien, mais dont ils font usage trop rarement. Il faut se réjouir qu'en menant des recherches dans la société portugaise Laurence Loison ait permis non seulement de confirmer les résultats des enquêtes françaises, mais aussi de les nuancer. C'est la conception même du chômage qui diffère dans les deux pays. L'État providence est plus récent au Portugal. Il n'a pas encore déployé tous ses effets sur les conditions de vie objectives de la population. Les individus n'ont pas encore intériorisé les règles de son fonctionnement, ils n'ont pas adapté leurs conduites aux normes impliquées par le développement de l'Étatprovidence. Le Portugal est une « démocratie providentielle» récente. C'est en partant des conditions générales de l'organisation et de la structure sociale que Laurence Loison propose une analyse typologique des expériences vécues des chômeurs. Elle passe ainsi d'une analyse «macrosociologique », présentée dans sa première partie, à une analyse «microsociologique », fondée sur ses entretiens. Elle offre ainsi une excellente illustration de la démarche sociologique, car les expériences les plus individuelles s'inscrivent toujours dans un ensemble plus large qui leur donnent leur sens. C'est en confrontant les résultats des enquêtes, les plus minutieuses, et la réflexion plus large sur notre société, en tant que société historique particulière, que la compréhension sociologique tire son originalité. Un des grands défis de l'analyse sociologique est en effet de mettre en relation les processus historiques globaux - ou macro-sociologiques - avec les résultats des enquêtes empiriques - micro-sociologiques -, consacrées aux individus et aux situations sociales concrètes. Les analyses typologiques des expériences vécues ont pour sens et pour vertu de contribuer à expliciter les effets des phénomènes structurels, d'ordre macro-sociologique, sur les attitudes et les comportements des individus et, en conséquence, les espaces de liberté, même limités, dont ils disposent pour donner un sens à leur expérience sociale. Elles se révèlent un instrument efficace pour mettre au jour les relations entre des processus globaux ou structurels, donc historiques de la société démocratique moderne, avec les expériences vécues telles que l'enquête permet de les saisir, en observant les conduites des individus et le sens qu'ils leur donnent. Les manières dont les individus intériorisent les conditions objectives de leur destin social tout en les réinterprétant sont au cœur de l'enquête sociologique. La typologie proposée permet effectivement de comprendre les résultats de l'enquête réalisée par Laurence Loison. Le premier type d'expérience prolonge celle qui préexistait à l'État providence, le second, directement lié à cet État-providence, est proche de celle que connaissent les chômeurs français Dans un pays où l'État-providence est récent, la majorité des chômeurs au Portugal appartiennent encore à une société où la pauvreté reste « intégrée », pour reprendre le concept de Serge Paugam. Ils ne connaissent donc pas le 10

sentiment d'être stigmatisés ou de connaître une situation honteuse, puisqu'elle est largement répandue et qu'elle est compensée par la solidarité familiale. De plus, l'essor du travail au noir leur donne de quoi survivre, d'autant que leurs attentes sont bien modestes. Le chômeur reste « intégré », selon le terme de Laurence Loison, comme l'est, plus généralement, la pauvreté. On voit toutefois apparaître les premières expériences du chômage caractéristique des sociétés « salariales» ou «providentielles », dans lesquelles le chômeur intériorise l'image d'un statut social inférieur, fait l'expérience de l'ennui, de la désocialisation et de l'humiliation, telle que les travaux sociologiques en France

l'avaient analysée: c'est le type du « chômage total naissant », selon le terme de Laurence Loison, qui reprend, en le nuançant, le type du « chômage total»
que j'avais proposé pour les chômeurs français. Toutefois, même dans ce cas, l'expérience n'est pas aussi douloureuse que dans les sociétés, telle la France, où l'État-providence est plus ancien et plus assuré: la représentation traditionnelle du travail dans les sociétés pauvres et la solidarité familiale, encore vivantes, rendent l'épreuve du chômeur moins rude. Cette expérience de chômage « providentiel» est encore minoritaire, il est « naissant », car la part de la population pleinement entrée dans le monde de la production organisée, du salariat et de l'État-providence reste relativement faible. Les structures sociales du pays permettent d'expliquer que l'expérience vécue de la majorité des chômeurs se rapproche de celle que connaissaient les sociétés globalement pauvres, celle de la pauvreté « intégrée », reste la plus nombreuse mais qu'on commence à voir apparaître l'épreuve du « chômage total », caractéristique de la société salariale-providentielle. Il faut féliciter Laurence Loison d'avoir réussi à mener une véritable enquête de terrain auprès d'une population pauvre, particulièrement difficile à interroger, et, qui plus est, dans une langue et un pays étrangers. Devant les excellents résultats de sa recherche, qui s'imposent dans une tradition de recherche bien établie, on ne peut que souhaiter qu'elle poursuive dans la même direction et qu'elle participe au développement de recherches transnationales en Europe, dont la valeur heuristique n'est pas à démontrer.
Dominique SCHNAPPER

Il

Remerciements

Cet ouvrage, issu d'une thèse de doctorat, a bénéficié de l'aide, des remarques et des suggestions de nombreuses personnes que je tiens à remercier sincèrement. Des remerciements particuliers vont à mes jurés, Isabel Guerra et Serge Paugam, pour leur attention, leur rigueur et leur bienveillance dans la direction de cette thèse, Dominique Schnapper pour ses critiques éclairantes et sa disponibilité, et Joao Freire pour ses appréciations constructives. J'adresse également mes plus chaleureux remerciements à Philippe Warin qui a contribué à l'avancée de mes interrogations et de mes réflexions. Je tiens enfin à exprimer ma profonde gratitude envers tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à l'avancée de mes interrogations et de mes réflexions. Leurs remarques m'ont assurément permis d'améliorer mon analyse. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui m'ont fait confiance et qui, de cette façon, ont rendu possible la réalisation de ce travail dans des conditions favorables: les membres de l'Observatoire sociologique du changement (OSC), à l'époque, et aujourd'hui, ceux du Centre de recherche sur le politique, l'administration, la ville et le territoire (CERA T-PACTE) et mes collègues de l' Instituto superior de ciências do trabalho e da empresa (ISCTE) de Lisbonne. De nombreuses données essentielles pour la préparation de l'enquête sur le terrain ont pu être recueillies grâce au dévouement et à la compréhension des responsables et agents techniques du Centro de emprego de Cascais et de Covilha, de Cascais sobre rodas, de l'UNIV A de Carcavelhos et de celle de Cascais. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers tous ceux qui ont accepté d'être interviewés. Je souhaite également exprimer ma reconnaissance envers Lina qui a eu l'amabilité de se joindre à moi lors des entretiens réalisés dans Ie concelho de Belmonte. Je remercie tout particulièrement mes amis portugais pour leur gentillesse, leur délicatesse ainsi que leur patience lors de mes balbutiements dans leur langue. D'ailleurs, leur amitié est restée sans faille et le « miracle» de se sentir accueillie, presque attendue, se reproduit à chaque voyage. Enfin, je ne saurais oublier mon mari Benoît dont le soutien a été très précieux ainsi que notre petite Maria. ..

Introduction

Le chômage est certainement l'un des phénomènes majeurs qui marquent les sociétés productivistes, notamment européennes, depuis plus de trente ans. Il est devenu un objet d'investigation pour de nombreux spécialistes des sciences économiques et sociales. Si les économistes s'interrogent sur les causes du chômage et sur les moyens d'y remédier, pour les sociologues, il est question de comprendre la manière dont les chômeurs vivent cette situation, comment les différents groupes sociaux tentent de faire face, en tous points, à cette épreuve professionnelle. En fait, si les chercheurs ont adopté le thème du chômage et des chômeurs comme objet d'étude sociologique, c'est parce que la privation d'emploi n'est pas uniquement une condition sociale mais surtout une expérience vécue différemment selon les individus. I. La sociologie du chômage La problématique de cette recherche ne peut être comprise indépendamment de la connaissance des réflexions élaborées et des savoirs acquis dans le cadre de la sociologie du chômage. En effet, le chercheur développe sa réflexion à partir de ses observations et de ses travaux mais aussi à partir de la lecture critique des études qui ont été réalisées par les autres. C'est pourquoi, il est nécessaire de revenir aux fondements de la sociologie du chômage et à certaines de ses acquisitions. 1. Les fondements La notion de chômage date de la fin du XIXe siècle. Le terme désignait alors l'interruption de l'activité au sens large et donc de la rémunération. Selon D. Demazière, à cette époque, «les ouvriers chôment le dimanche, pendant la saison morte, pendant les grèves [...]. L'ouvrier qui chôme est donc celui dont l'activité, donc la rémunération est interrompue,

quelles qu'en soient les causes et les circonstances. » (Demazière, 1995b: 5)
L'invention du chômage est liée tout d'abord «à la formalisation juridique de l'entreprise et à la formation de la qualité de salarié dont le contrat de travail est l'expression juridique ». (Salais et al., 1986: 15) Il s'agissait donc de définir le phénomène. Ceci étant fait, il était possible de dénombrer les chômeurs afin de rendre compte du fonctionnement économique d'ensemble. Les travaux de C. Topalov (1994) montrent que notre définition «moderne» du chômage est également le produit de l'élaboration théorique des réformateurs sociaux qui ont tenté de mettre en

place des dispositifs d'intervention sur les « pauvres» tout en distinguant les « bons» des « mauvais» et en accordant un statue aux pauvres valides de « bonne volonté ». De ce point de vue, l'invention du chômage est fondée sur la préoccupation de traiter socialement les aléas du travail. Cette notion de chômage est propre aux sociétés industrielles puisqu'elle est liée à la fois à l'idée de plein emploi et à la conception moderne du rapport salarial. (Gallie, Paugam, 2000a) Dans cette optique, les sociétés industrielles s'opposent aux sociétés traditionnelles. En effet, dans les sociétés traditionnelles, le travail est avant tout une occupation vitale, un devoir qui s'impose à chaque individu et non un statut dans la société. Par définition, tout le monde travaille et, par conséquent, le statut de chômeur n'existe pas. Ces approches historiques de la genèse de la catégorie «chômage» constituent la première étape du fondement d'une sociologie du chômage. En effet, elles ont permis de «rompre avec le présupposé selon lequel le chômage est une donnée purement économique autour de laquelle la sociologie ne peut que broder ». (Maruani, Reynaud, 1999: 44) Cet ensemble de réflexions, en bouleversant une série d'évidences, a introduit l'idée que le chômage est une construction sociale. Par-là même, il a ouvert la voie à des préoccupations et à des problématiques sociologiques. C'est ainsi que les premières grandes enquêtes sociologiques du XXc siècle (Lazarsfeld et al., 1981; Bakke, 1940b) sont apparues. Elles datent des années 1930, période tristement célèbre pour sa crise économique aux conséquences sociales désastreuses. Les recherches sur la question du chômage sont peu nombreuses pendant la période de prospérité économique d'après-guerre. Il faut dire qu'à cette époque, les pays occidentaux ont connu une croissance continue et de profondes modifications de l'emploi. Les chercheurs se sont alors préoccupés davantage des transformations techniques, sociales et culturelles et de leurs effets sur la structure sociale de leurs sociétés. Soulignons toutefois la parution, en 1966, d'un ouvrage de référence: Sociologie du chômage. (Ledrut) Le chômage dont il est question est sans rapport avec celui que nous connaissons aujourd 'hui puisque les données utilisées se réfèrent à une période de plein emploi. C'est seulement après les années 1970 qu'a lieu une nette reprise des recherches sur le chômage en sciences sociales. En France, l'ouvrage de D. Schnapper (1994) marque le renouveau pour ce type d'objet sociologique et demeure, aujourd 'hui encore, incontournable. En Grande-Bretagne, le premier grand programme de recherche2 sur les conséquences sociales du chômage a été effectué dans le milieu des années 1980. Depuis plus de vingt ans, les
1 Le terme de « statut» est utilisé, dans cet ouvrage, au sens où l'a défini D. Schnapper. Il désigne «un ensemble plus ou moins systématisé et relativement fixe de comportements qu'on peut attendre, d'une part, d'un individu placé dans une situation donnée, d'autre part, de la société à l'égard de cet individu, et qui sont reconnus comme légitimes par l'individu et la société ». (Schnapper, 1994: 66) 2 « The social change and economic life initiative» est un programme de recherche interdisci plinaire qui traite des relations entre le travail, l'emploi et la vie des ménages, dans les années 1980. II a donné lieu à une série de publications, dont: Gallie et al., 1994b.

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connaissances sur le chômage s'étendent. Cependant, on constate une extrême variété, entre les divers pays, dans la recherche sociologique sur ce sujet aussi bien en ce qui concerne les problématiques spécifiques étudiées, que la valeur qualitative et quantitative des travaux. Cette différence peut être expliquée par l'importance variable de ce phénomène. Avec l'ouvrage dirigé par D. Gallie et S. Paugam (2000c) sur la régulation sociale du chômage en Europe, la recherche sociologique sur le chômage intègre un nouveau champ d'investigation. Elle va dans le sens d'une véritable comparaison internationale du phénomène qui rompt avec les tentatives de juxtaposition de monographies nationales.

2. L' « épreuve» du chômage
Les sociologues décrivent le chômage, notamment dans la société française, comme une épreuve (Schnapper, 1994). Il est bien souvent cause de pauvreté et de rupture des liens sociaux, tout comme il stigmatisel l'individu et remet en question son statut.2 La sociologie ne considère pas le chômage seulement comme un état qui provoque des privations matérielles. En général d'ailleurs, il s'agit plus fréquemment de problèmes de privations relati ves que de problèmes de subsistance. La perte d'emploi touche l'aspect économique en même temps qu'elle a des implications sociologiques plus générales. A. L'humiliation et la crise d'identité L'une des premières enquêtes sociologiques sur le chômage, effectuée à Greenwich (Bakke, 1933), souligne que le chômeur a tendance à se
Dans cette recherche, l'expression de« stigmate» est employée au sens où E. Goffman l'a utilisée. Les stigmates ont pour point commun de marquer une différence et d'assigner une place à l'individu. «Un stigmate représente donc en fait un certain type de relation entre l'attribut et le stéréotype [...], ne serait ce que parce qu'il existe des attributs importants qui, presque partout dans notre société, portent le discrédit. [...] Mais, dans tous les cas de stigmate, [...] on retrouve les mêmes traits sociologiques: un individu qui aurait pu aisément se faire admettre dans le cercle des rapports sociaux ordinaires possède une caractéristique telle qu'elle peut s'imposer aux yeux de ceux d'entre nous qui le rencontrent, et nous détourner de lui, détruisant ainsi les droits qu'il a vis-à-vis de nous dufait de ses autres attributs. Il possède un stigmate, une différence fâcheuse d'avec ce à quoi nous nous attendions.» (Goffman, 1975: 14- 15) 2 Cette approche du chômage est si répandue que S. Schehr a consacré tout un ouvrage à la contester. «S'il est un point de vue commun aux études et recherches sur le chômage ainsi qu'aux diverses représentations véhiculées par les médias, c'est bien de dépeindre cette situation, cet état, comme étant celui d'une victime. Toutes nos conceptions sont empreintes plus ou moins de cette mise en forme privilégiant la souffrance, insistant sur la misère inhérente à cette condition comme s'il nous était impossible - du sens commun aux recherches actuelles - de penser autrement. » (Schehr, 1999: 7) 17
1

considérer comme «anormal », différent et inférieur, par rapport aux gens qui travaillent au sein de sa communauté. Plus tard, en s'appuyant sur des entretiens approfondis de chômeurs, R. Ledrut (1966) a décrit une chute de statut pour ceux qui en font l'expérience, vécue comme une véritable déchéance. Le chômage est un drame parce que le travail est devenu important dans nos sociétés productivistes. Plus précisément, le travail n'est pas l'unique élément qui fait défaut au chômeur, il est également question du statut de salarié. La perte d'emploi est synonyme d'identité dévalorisée, de statut inférieur. Elle entraîne 1'humiliation, la perte de dignité et des problèmes d'identité. «La condition des chômeurs conduit à remettre en question leur identité personnelle et sociale, remise en question qui, selon les individus et les groupes et selon le rapport qu'ils entretiennent avec la norme du travail, peut être vécue positivement ou, plus souvent, négativement.» (Schnapper, 1994: 72) La cause de ce malaise n'est autre que la force et la stabilité de la norme de l'emploi salarié. En France notamment, «nous héritons de la société de l'après-seconde-guerre mondiale, dans laquelle le contrat à durée indéterminée était à la fois majoritaire et donnait le statut le plus élevé. Les individus qui en sont privés ont un statut d'autant plus bas qu'ils en sont éloignés.» (Schnapper, 1997: 48) Le lien entre le travail productif et la citoyenneté est encore très fort. Le «véritable emploi» constitue la norme sociale essentielle.
B. La déstructuration du ten1ps et de l'espace

En outre, nombreux sont les sociologues à avoir constaté que, même si les premiers temps du chômage peuvent être vécus comme libérateurs par certains individus, la situation entraîne vite une déstructuration du temps. Dans les sociétés productivistes, le travail étant majoritairement salarié, le chômage implique l'absence de rupture entre le temps de travail, destiné à procurer un revenu, et le temps libre, destiné à la satisfaction directe des besoins des membres du groupe familial. Le temps du chômeur n'étant plus défini par l'alternance du temps de travail et de non-travail, le chômeur est privé de sa participation aux rythmes collectifs. Les vacances, les week-ends ou les soirées sont dénués de sens puisqu'il n'y a aucune période de travail qui les a précédés. De surcroît, pour un grand nombre de demandeurs d'emploi, le manque de projet à long terme est notable. Leur vie n'étant pas rythmée par le travail, beaucoup s'ennuient et voient leur avenir comme le présent, un avenir qui n'a pas beaucoup à offrir. Le chômage est également synonyme d'une déstructuration de l'espace. Un nombre important de chômeurs est privé de points de repères spatiaux dans leur existence. L'adoption d'activités de substitution à l'activité de production sur le marché de l'emploi amoindrit fortement cette déstructuration du temps et de l'espace. Les recherches montrent que ces activités sont plus fréquentes pour les femmes que pour les hommes.

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c. Le traitement social du chômage et ses implications
Entre autres conséquences négatives du chômage, les recherches ont mis àjour une dégradation du niveau de vie. (Moylan et al., 1984; Heady, Smyth, 1989; Hauser et al., 2000) Elles ont également mis en évidence le fait que les privations économiques ont des implications sur le stress psychologique (Whelan et al., 1991) dans la mesure où, notamment, la dégradation du niveau de vie peut être vue par les acteurs eux-mêmes comme l'interruption de leur plan, de leurs stratégies. Les sociologues se sont également attachés à analyser la capacité du système à garantir la survie des demandeurs d'emploi. Cela peut s'exprimer directement par des allocations chômage pour les personnes sans emploi ou bien, indirectement, par des mécanismes informels de solidarité, la famille représentant dans ce cas le moyen essentiel. Les chômeurs n'ont plus faim comme autrefois, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas plus défavorisés, d'un point de vue économique, que le reste de la population. Et c'est bien ce risque de pauvreté, plus important pour les gens au chômage que pour les gens en emploi, que certains chercheurs ont mis en évidence. (Hauser et al., 2000; Gallie et al., 2000) Cependant, le risque de pauvreté, en tant que conséquence du chômage, varie d'un pays à un autre en Europe. Cette variation ~' explique, pour une grande part, par des différences structurelles entre les Etats-providence. (Esping-Andersen, 1999 ; Gallie, Paugam, 2000c) Par ailleurs, le caractère positif des aides publiques sur le plan financier ne fait aucun doute. Mais les sociologues ont voulu en savoir plus sur la relation qu'il peut y avoir entre l'expérience vécue du chômage et la perception d'une allocation. L'une des premières analyses dans ce sens est celle de W. E. Bakke (1933). Son étude concerne différents membres de la classe ouvrière (plus ou moins qualifiés et âgés), uniquement des hommes, et son apport principal est d'établir quel lien existe entre les allocations et l'effort que le chômeur fournit pour chercher un nouveau travail. D'autres, à ~a suite, ont remis en question «l'évidence» selon laquelle les aides de l'Etat influencent négativement la motivation au travail des chômeurs. Ainsi, D. Gallie et S. AIm (2000) ont montré que les pays européens les plus généreux en allocation chômage (conditions de versement, durée et montant) sont aussi ceux dans lesquels la motivation pour trouver un emploi est la plus forte parmi les chômeurs. Ils ont également pu analyser que la motivation des femmes dépend plus du type de société (traditionnelle ou non dl! point de vue du rôle des hommes et des femmes) que du type d'aide que l'Etat fournit aux demandeurs d'emploi. En revanche, en dépit de leur apport certain d'un point de vue financier, il semble que les aides publiques peuvent rendre la privation d'emploi plus difficile à supporter d'un point de vue identitaire. Le vécu du chômage ne se réduit pas à une expérience subjective ou inscrite dans les groupes primaires (famille, voisinage, communauté). Il se construit aussi au sein d'institutions, notamment administratives, où l'on nomme, classe, oriente les chômeurs, où des «examinateurs» portent des diagnostics sur leur employabilité. (Astier, 1992 ; Demazière, 1992b) En France notamment, 19

les chômeurs éprouvent d'importantes difficultés à bâtir une «identité pour soi» 1 qui ne soit pas dévalorisée. La construction des identités s'effectue

alors selon un double processus. « D'un côté, un mécanisme d'attribution de
l'identité par les professionnels directement en contact avec le chômeur de longue durée, dont l'enjeu est la production et la mise en forme légitime d'identité socialement acceptable; de l'autre, un mécanisme d'incorporation par les individus au cours de leur trajectoire sociale d'identités sociales réelles et subjectivement légitimes. » (Demazière, 1992a : 340) S. Paugam (2000a) a également mis en évidence l'effet négatif du stigmate attaché au chômage, particulièrement en ce qui concerne les relations des individus avec les services sociaux locaux, non seulement pour leur identité mais aussi pour leur capacité à échanger avec les autres. D. La participation sociale des demandeurs d'emploi Le thème de l'isolement social lors du chômage a été largement abordé par les sociologues. En effet, le travail est un moyen d'assurer les échanges sociaux. L'entreprise n'est pas seulement un organe économique. C'est également un lieu de socialisation essentiel dans une société productiviste, tout comme la famille et l'école. Ainsi, qui dit non-emploi, dit aussi absence de sociabilité du travail. Les analyses ont montré qu'en plus, les chômeurs tendent à s'isoler de leur réseau d'échanges sociaux et de leur parentèle. Bien entendu, cette mise à l'écart du monde social diffère d'un pays à l'autre (Paugam, Russell, 2000) et d'un individu à l'autre. Dans les sociétés où le salariat est devenu la norme, le statut social lié au chômage est dévalorisé et stigmatisant. Les demandeurs d'emploi sont ainsi plus ou moins contraints de vivre leur situation dans l'isolement. L'absence de valeur sociale attachée à la condition de chômeur, y compris pour les sans-emploi eux-mêmes, entrave toute tentative de mobilisation. (Demazière, 1996b; Maurer, 20012) «Une organisation de chômeurs signifierait que l'on accepte de se reconnaître et d'être reconnu comme tel, alors que c'est avant tout ce que l'on veut masquer. Se grouper, au fond, ce serait vouloir rester chômeur.» (Galland, Louis, 1981: 180-181) L'humiliation empêche donc les demandeurs d'emploi d'avoir le sentiment d'appartenir à une classe sociale. Elle les maintient dans un rapport distant
I

J'emprunte la définition de ce terme à E. Goffman. «[...] L'identité "pour soi", l' identité

"sentie", c'est-à-dire, le sentiment subjectif de sa situation et de la continuité de son personnage que l'individu en vient à acquérir par suite de ses diverses expériences sociales. l...] L'identité pour soi est avant tout une réalité subjective, réflexive, nécessairement ressentie par l'individu en cause. » (Goffman, 1975: 127) 2 À propos de la mobilisation des chômeurs, S. Maurer écrit: «Le constat de l'apathie protestataire reste donc valable pour la majorité des chômeurs. S'il n'en demeure pas moins important d'étudier des situations qui échappent à cette logique, nous souhaitons avancer dans notre recherche avec le souci de garder toujours à l'esprit les limites de la portée de nos résultats.» (Maurer, 2001: 16-17) 20

avec leurs homologues qui, considérés dans leur ensemble, forment une catégorie sociale hétérogène. Cette distance avec ceux qui sont proches de leur condition sociale accroît les risques d'isolement social. L'effet du chômage sur le niveau de participation à la vie sociale a fait l'objet de nombreuses recherches. La plus remarquable des études de l'Entre-deux-guerres (Lazarsfeld et al., 1981) a mis en évidence que le chômage entraîne de sévères difficultés à l'intérieur du réseau de sociabilité local. Cette analyse met à jour une rupture du lien social de la communauté au chômage. Alors qu'avant la crise, la participation à des clubs, des associations était très active dans la petite ville de Marienthal, avec le chômage, la communauté devient léthargique: la participation politique et sociale est réduite. Le travail était la base de l'intégration sociale, la référence dans l'organisation du quotidien pour les hommes comme pour les femmes. Les études de cette époque ont fait un portrait uniforme du développement social de la personne au chômage attribuable à la détresse psychologique, au stigmate du chômage et au manque de ressources financières nécessaires pour maintenir des relations sociales. (Bakke, 1940a) Plus tard, les sociologues ont cherché à savoir si les résultats obtenus à Marienthal (Lazarsfeld et al., 1981) étaient stables dans le temps. En Grande-Bretagne, D. Gallie, J. Gershuny et C. Vogler (1994a) ont montré que le chômage n'est pas à mettre en lien avec un déclin de la sociabilité mais bien plutôt que cette dernière change d'une manière qualitative. En France, l'expérience du chômage induit un retrait de la vie sociale et familiale. Les individus se sentant humiliés par la perte de leur statut, ils ont tendance à changer leurs relations avec les autres, ce qui provoque leur isolement. Une recherche (Paugam et al., 1993) a notamment montré que les personnes ayant l'impression de ne pas avoir atteint leurs buts professionnels, si elles sont en bonne santé et si elles peuvent travailler, éprouvent un sentiment d'échec face à leur famille et leurs amis. Beaucoup d'individus préfèrent même diminuer leurs contacts avec leur famille élargie jusqu'à ce qu'ils aient un emploi qui, à leurs yeux, les rendrait plus respectables. D'ailleurs, lorsqu'un chômeur retrouve un emploi, il renforce simultanément sa sociabilité familiale. Mais les chômeurs ne sont pas tous démunis de liens sociaux. Il existe des fonnes de compensation au retrait du marché de l'emploi. En France, cette sociabilité compensatrice s'organise autour de la cellule familiale et repose aussi sur les relations régulières avec les professionnels du social. Plus récemment, une analyse comparative en Europe (Paugam, Russell, 2000) a mis en évidence que les résultats de P. Lazarsfeld ne sont ni stables dans le temps, ni identiques dans tous les pays. Dans l'ensemble, les chômeurs se distinguent plus souvent par un niveau inférieur de sociabilité. Toutefois, ce qui les différencie plus des personnes en emploi tient à la nature du réseau plutôt qu'à son étendue. Les chômeurs se distinguent par un réseau social ségrégué dans lequel leurs connaissances sont plus souvent au chômage. De même, contrairement à ce qui a été observé dans les années 1930, le niveau d'ensemble des activités de loisir des chômeurs est semblable à celui des actifs en emploi mais les 21

premiers ont, en revanche, tendance à effectuer des activités moins coûteuses que les seconds. Pour les mêmes raisons, le chômage rend plus difficile la formation du couple et risque de provoquer l'affaiblissement et même la rupture des liens familiaux. (Paugam et al., 1993) Différentes recherches associent le chômage à des tensions accentuées à l'intérieur des foyers. (Lazarsfeld et al., 1981 ; Bakke, 1940b ; Fagin, Little, 1984) Certaines même ont montré qu'il est directement lié à de hauts risques de divorce (Lampard, 1994; Paugam et al., 1993). D'autres enfin se sont attachées à comprendre si le chômage menait à un changement significatif du rôle de I'homme et de la femme au sein du foyer. Ainsi, M. Komarovsky (1971) a montré que c'est seulement au sein des familles qui avaient déjà des problèmes que le chômage de 1'homme provoque un changement relatif à l'autorité du père. La privation d'emploi favorise l'éclatement d'une crise de l'autorité familiale, jusqu'alors latente. Concernant la question d'une éventuelle renégociation des rôles, L. Morris (1985) affirme que la perte de travail produit des effets différents suivant le milieu social des travailleurs concernés. Le caractère du réseau social influence nettement le comportement que les personnes, les hommes en particulier, adoptent à la maison. Selon elle, dans la mesure où le conjoint homme dispose de relations qui lui assurent un soutien psychologique, il aura tendance à camper sur ses positions. D. Gallie, J. Gershuny et C. Vogler (1994a) rajoutent que le chômage peut s'accompagner de signes de changements dans la division sexuelle du travail domestique mais que cela dépend de la situation professionnelle des autres membres du ménage. Enfin, D. Gallie et C. Vogler ont examiné le phénomène du chômage d'une façon plus globale. Ils décrivent la perte d'emploi comme un processus de cumul de handicaps. (Gallie, Vogler, 1994a) Le chômage augmente la probabilité d'une rupture conjugale tout comme une séparation amplifie le risque d'une perte d'emploi. De même, les chômeurs ayant souvent un réseau social ségrégué, ils bénéficient donc d'un support social plus faible pour ce qui est de l'aide psychologique et matérielle. Si l'on considère, à juste titre (Barbieri et al., 2000), que les réseaux sociaux constituent une ressource non négligeable pour trouver du travail, alors la nature même de son réseau place le chômeur en situation défavorable sur le marché du travail. D'ailleurs, il semblerait que ceux qui connaissent le chômage sont aussi ceux qui avaient relativement peu d'amis et une participation relativement faible dans des associations lorsqu'ils travaillaient. (Gallie et al., 2001) De plus, ceux qui sont le plus souvent en position de désavantage sur le marché du travail sont aussi les plus faibles psychologiquement et physiquement (Gallie, Vogler, 1994a), ce qui les lèse d'autant plus dans le domaine de l'emploi. Enfin, D. Gallie et C. Vogler (1994a) ont signalé que le cumul de handicaps sur le marché du travail n'affecte pas seulement les personnes au chômage mais aussi les travailleurs précaires. Il est donc question d'un «cercle vicieux» (Gallie et al., 2001) dans lequel la mise à l'écart du marché du travail produit une privation 22

financière et un isolement social qui rendent, encore plus difficile, le retour à l'emploi.
E. La diversité des manières de vivre le chômage

R. Ledrut affirmait déjà en 1966 que les chômeurs représentent une population diverse en toutes circonstances. Depuis, les sociologues n'ont cessé de traiter de l'extrême variété des conditions de chômeurs et des manières de vivre le chômage. La «carrière» 1 des chômeurs est plurielle parce qu'elle dépend de caractéristiques diverses telles que, notamment, l'âge, le sexe, l'appartenance sociale, la trajectoire passée ainsi que, selon les pays, la nature de l'Etat-providence, la culture nationale, à savoir le contexte économique, historique, politique et social. Concernant l'âge, il semblerait que l'épreuve du chômage est plus affligeante lorsqu'elle touche les individus au cœur de leur vie professionnelle. Dans son ouvrage sur les chômeurs en fin de parcours professionnel, N. Burnay (2000) étudie la rupture qui s'opère autour de 40 ans. Le chômage qui frappe les individus de 40 à 50 ans remet tout particulièrement en question, à la fois, le rapport au métier et à la conception du travail, à la rémunération mais aussi il bouleverse souvent les relations à autrui. Selon D. Schnapper (1994), les femmes au chômage éprouvent le même désarroi que les hommes. Cependartt, cette analyse diffère d'une époque à l'autre et d'une culture à l'autre. A Marienthal (Lazarsfeld et al., 1981), dans les années 1930, les femmes avaient plus souvent la possibilité de trouver un statut de substitution en s'investissant dans l'éducation de leurs enfants et dans la prise en charge du foyer, alors que les hommes rencontraient de nombreux obstacles pour reconstruire une nouvelle identité. O. Schwartz (1990) a également souligné la difficulté qu'ont les anciens ouvriers au chômage à reconstruire un espace qui leur soit légitime pour remplacer celui qu'ils ont perdu. Le chômage des femmes est moins souvent associé à la pauvreté que celui des hommes. (Hauser et al., 2000) Enfin, le support social des femmes au chômage est plus solide que celui des hommes dans la même situation. Selon M. Jahoda (1982), en raison de leur rôle auprès des enfants et au foyer, les femmes même lorsqu'elles ont exercé un emploi ont un réseau social plus large que celui des hommes; ce qui leur donne l'avantage d'avoir de plus grandes ressources d'identité positive quand elles sont sans emploi et des supports plus effectifs dans leur réseau de sociabilité. En France, de nombreuses femmes expliquent l'expérience du
Ce terme est employé au sens où l'ont utilisé H. S. Becker et E. Goffman. Cette expression de« carrière », rapportée à cette présente recherche, fait référence au fait que, pour un même individu, l'expérience vécue du chômage n'est en rien à rapprocher d'un phénomène statique dans le temps. Ainsi, selon H. S. Becker, «cette notion désigne les facteurs dont dépend la mobilité d'une position à une autre, c'est-à-dire aussi bien les faits objectifs relevant de la structure sociale que des changements dans les perspectives, les motivations et les désirs de l'individu ». (Becker, 1985: 47; Goffman, 1968) 23
1

chômage comme un moment de mobilisation des liens familiaux et de reconstitution du ménage, alors que les hommes évoquent au contraire le plus souvent, les tensions conjugales et familiales depuis qu'ils ne travaillent pas. (Paugam et al., 1993) De cette façon, le risque de disqualification social augmente en fonction de la double fragilité de la vie professionnelle et de la vie familiale, et ceci de façon plus marquée chez les hommes. La population au chômage est très hétérogène et la façon de vivre cette situation dépend aussi beaucoup de l'appartenance sociale: revenu, niveau culturel, profession, etc. Certaines recherches ont également montré que, pour bien comprendre la condition des chômeurs interrogés à un point de leur trajectoire, il faut tenir compte de l'ensemble de leur parcours. P. Lazarsfeld et son équipe (1981), affirmaient déjà dans leur ouvrage que l'existence passée influence la résistance au stigmate du chômage; les individus qui ont vécu une existence passée plutôt heureuse, résistent soit peu soit longtemps. Enfin, quelques sociologues ont élaboré une typologie des expériences vécues du chômage. Ces typologies montrent que le chômage constitue une condition sociale différemment utilisée et vécue par les divers groupes sociaux. Ainsi, à Marienthal (Lazarsfeld et al., 1981), quatre types de comportements ont été distingués: la stabilité, la résignation, le désespoir et l'effondrement. Ces types correspondent à différents degrés de lassitude des ménages concernés, en termes de fatalisme, de résignation, de désœuvrement et de manque de perspectives. D. Schnapper, suite à son enquête effectuée en France (Schnapper, 1994), a également proposé une typologie. Ainsi, pour les uns, travailleurs manuels, employés âgés ou cadres autodidactes, qui connaissent l'épreuve du «chômage total», le chômage signifie humiliation, ennui, désolation, désocialisation. Pour certains jeunes, au contraire, le « chômage inversé» offre l'occasion de prolonger la vie de vacances ou de se livrer à certains plaisirs comme la peinture, la littérature, etc. Enfin, les cadres, dont le chômage est récent, font l'expérience du «chômage différé », en adoptant une série d'activités organisées pour retrouver un emploi et pour perfectionner leurs aptitudes professionnelles.

II. La constitution d'un objet d'étude: le chômage au Portugal
Dans le but de présenter au mieux les spécificités de la société portugaise, j'ai choisi de faire de nombreux parallèles avec d'autres sociétés européennes de l'Union à 15, pour lesquelles les recherches sociologiques sont souvent plus étendues. Par ce choix méthodologique, une grande partie de cet ouvrage peut apparaître comparative. 1. Esquisse d'une modernité inachevée À ce stade initial de la présentation de cette recherche, il pourrait être aisé d'avoir le sentiment que le thème du chômage, dans les sociétés occidentales, est épuisé. Au contraire, il s'agit d'une problématique toujours 24

aussi riche et stimulante étant donnée la diversité des implications sociologiques du chômage. La société portugaise connaît de profondes mutations depuis trois décennies. Bien sûr, le 25 AvrilI constitue un élément important en soi. Mais les bouleversements dont il est question ne sont pas uniquement d'ordre politique. Les événements de la Révolution des Œillets ont entraîné toute une série de changements cruciaux dans cette société tant dans le domaine politique, qu'économique ou social. Cette société est intéressante à étudier parce qu'elle se perfectionne, se complique et se diversifie en même temps qu'elle conserve un nombre important de ses composantes traditionnelles. En effet, si on analyse les tendances d'évolution du changement social au Portugal, on assiste à un mouvement de convergence de la société portugaise et des autres sociétés européennes. Cependant, le chemin emprunté fi'est pas toujours le même et les aboutissements, s'ils sont identiques par leur forme, comprennent quelques particularités dans le fond. C'est ainsi notamment que, d'un point de vue statistique2, l'activité féminine s'est développée plus tardivement que dans l'ensemble des pays européens. Depuis les années 1960, elle s'est accrue fortement, pour constituer un phénomène aujourd'hui massif, présentant un taux d'activité à temps plein parmi les plus élevés de l'Union européenne à 153. Comme dans la plupart des pays de l'Union, les enquêtes mettent en évidence une large acceptation du travail des femmes. Il est considéré comme un instrument de l'indépendance féminine ainsi que comme une source de revenus pour les ménages. Néanmoins, il existe une proportion importante d'hommes et de femmes, au Portugal, qui se réfèrent aussi bien au modèle de la femme active qu'au modèle de la femme au foyer. Même quand on accepte la présence des femmes sur le marché du travail, l'idée selon laquelle la fonction de mère prime sur les autres fonctions de la femme est courante. (Vasconcelos, 1998b; Almeida,2003 ; Sa, Reto, 2002) De même, comme dans l'ensemble des pays européens, on assiste à un changement des modèles matrimoniaux et parentaux. Autrement dit, le taux de divorce augmente, le concubinage est de plus en plus fréquent, la proportion de familles monoparentales s'accroît, la fécondité est faible et par conséquent, la taille des ménages tend à diminuer. Par ailleurs, la vie de famille est de plus en plus vécue comme une sphère privée pour laquelle chacun peut choisir les options qu'il désire sans que les autres n'interfèrent.4
1 2

25 avril 1974: la Révolution des Œillets rétablissait la démocratieau Portugal. Dans les campagnes portugaises, l'activité féminine a toujours été considérable, bien que,
statistique. Il s'agit

par le passé, elle n'ait pas ou peu été prise en compte par l'information donc ici plus particulièrement de l'activité salariée.
3

Selon Eurostat, en 2001, 61% des femmes âgées de 15 à 64 ans étaient actives au Portugal, Dans un questionnaire passé en 1995, plus de 71% des personnes interviewées pensaient

contre 55% dans l'UE 15.
4

qu'avoir un enfant sans être marié ne devait pas être réprouvé. (Ferreira, 1998) Dans une autre enquête réalisée en 1998, 68% des personnes interrogées étaient d'accord avec l'idée que« ce n'est pas mal de vivre ensemble sans être marié ». (Cabral,2001) 25

Malgré ces tendances globales qui mettent en évidence la montée d'un certain individualisme et une soumission de plus en plus faible aux grandes valeurs traditionnelles, d'autres indicateurs relatifs à la famille montrent la force d'une conception collective du groupe domestique. Le nombre de familles monoparentales augmente. Cependant, si on regarde de plus près, en 2001,42,1 % seulement des familles considérées comme telles comprenaient au moins un enfant de moins de 18 ans. Autrement dit, 58,9% des familles dites «monoparentales» étaient composées d'un parent avec un ou des enfants adultes, la relation de dépendance pouvant être dans l'un ou l'autre sens. (Wall,2003) Dans le même ordre d'idée, le Portugal se distingue, avec les autres pays de l'Europe du sud, par une proportion importante de familles monoparentales à vivre dans des ménages comprenant plusieurs noyaux familiaux.1 De plus, le nombre et la proportion de personnes seules, qu'elles soient en logement d'une seule ou de plusieurs personnes, augmentent. En 2001, 6,2% des personnes résidant au Portugal vivaient dans une famille unipersonnelle, contre 4,4% en 1991. Si on regarde l'âge des personnes concernées, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un phénomène croissant à mesure que l'on s'intéresse aux plus âgés.2 Ainsi, certes, on peut dire que cette tendance est la traduction d'une certaine indi viduaIisation des modes de vie. Toutefois, il convient surtout d'analyser ces chiffres en ayant en tête le phénomène du vieillissement de la population puisque 51 % des familles unipersonnelles sont composées d'individus âgés de 65 ans ou plus. (Guerreiro, 2003) Enfin, la proportion de naissances hors mariage croît d'année en année. Elle représentait un quart des naissances en 2001. Les naissances hors mariage (dans des unions de fait ou de mères seules) partagent un profil social similaire qui tend à s'opposer systématiquement aux naissances ayant eu lieu dans le cadre du mariage du point de vue d'un ensemble de variables significatives comme l'instruction, l'insertion professionnelle et la nationalité de la mère. D'une manière globale, on peut dire que les naissances hors mariage, au Portugal, sont plus souvent associées à des situations de précarité que les naissances dans le cadre du mariage. Avoir un enfant sans être marié est une pratique plus caractéristique des milieux populaires que des milieux scolarisés. Les naissances hors mariage, dans ce pays, sont «modernes dans la mesure où elles contribuent à renforcer la tendance de sécularisation mais non parce qu'elles accentuent le processus d'individualisation ». (Ferreira, Aboim, 2002 : 445)

1

En 2001, au Portugal, 72% des familles monoparentales, au sens large, vivaient

complètement seules, sans autre personne dans le ménage. C'était le cas, cette même année, de 61 % des familles monoparentales «jeunes» (comprenant au moins un enfant de moins de 18 ans). (Wall, 2003)
2

En 2001, 3% des 15-29 ans vivaient dans une famille unipersonnelle (en logement d'une

seule ou de plusieurs personnes), 4% des 30-49 ans, 6% des 50-64 ans et 20% des 65 ans et plus. (Guerreiro,2003) 26

Il est également intéressant de noter qu'on assiste au Portugal, comme en France par exemple, à une valorisation très forte du terroir et des racines.1 Cependant, au Portugal, ce phénomène n'exprime pas un sentiment de peur face à la mondialisation.2 Dans le cas portugais (il en sera question dans les pages qui vont suivre), cette valorisation est à mettre en lien avec une conscience paysanne bien présente au cœur du système social, le processus de la mondialisation n'entraînant d'ailleurs pas de trouble identitaire.3 Enfin, étant donnée l' évol ution globale de la société portugaise dans diverses directions comme la modernisation du systèl1)e économique, la tertiairisation, l'urbanisation, la constitution d'un Etat-providence, la croissance de la classe moyenne, on pourrait s'attendre à observer, plus particulièrement dans les zones urbaines, un éclatement des rythmes de vie et un étalement des activités comme il en est question dans d'autres pays européens. En fait, il apparaît au travers des enquêtes que les Portugais passent la majeure partie de leur temps libre sur leur lieu de vie et qu'ils préfèrent la convivialité familiale et amicale au domicile ou dans leur quartier plutôt que dans des associations ou des clubs ou encore dans des lieux proprement urbains comme le cinéma, le théâtre, les concerts, etc. 2. Un domaine peu exploré Les spécificités de la société portugaise en ce qui concerne les différentes tendances du changement social font d'elle un objet de recherche particulièrement intéressant. Une autre raison fondamentale est à l'origine de mon choix d'étudier le chômage dans ce pays. Il s'agit du déficit de recherches sociologiques relatives à cette société. La sociologie n'est apparue en tant que discipline, au Portugal, qu'à partir des années 1960. Au tout début, les revues spécialisées publiaient des articles plus fondés sur l'économie, l'anthropologie et I'histoire de la pensée économique et sociale que sur la sociologie véritablement. Ce n'est qu'en
1

Une enquête réalisée en 2000 met notamment en évidence le fait que l'agriculture reste L'Eurobaromètre réalisé au printemps 2004 montre que les Portugais ont moins peur du

associée à des images bucoliques de la rurali té. (Almeida, 2004)
2

terrorisme que l'ensemble des Européens. Seuls 7% des Portugais citaient le terrorisme comme l'un des deux principaux problèmes que leur pays affrontait, contre 15% de l'ensemble des Européens.
3

Dans une enquête réalisée en 1997, on voit que les jeunes Portugais maintiennent de forts

liens identitaires avec le lieu et la région dans lesquels ils vivent en même temps qu'une grande majorité s'identifie à l'espace national. Seule une petite minorité s'identifie à une échelle supranationale. Cependant, une majorité d'entre eux pense qu'il existe une culture commune au sein de l'Europe. (Fernandes, 1998) De même, lors d'un sondage effectué en 2000, peu de Portugais (7%) expliquaient la criminalité par un manque d'autorité dans la

société (<< abus deIiberté », «légèreté de la justice», «immigrés»).

Ladrogue et l'alcool

étaient pour plus de la moitié des Portugais (51 %) les raisons principales de la criminalité dans leur pays. Les raisons de nature économique et la misère constituaient la deuxième raison invoquée pour expliquer la criminalité (20%). (Sa, Reto, 2002) 27