L'expression plurielle du pouvoir politique au Gabon

De
Publié par

L'expression plurielle du pouvoir politique au Gabon rend compte du manque d'autonomie de celui-ci, fondé sur une illusion démocratique et sur l'influence continue de ses représentants institutionnels et individuels, désireux d'annihiler toute forme d'expression qui leur serait opposée. Ces logiques, déployées par le pouvoir politique, donnent lieu à des situations de conflits, d'ambiguïté et d'ambivalence et de réinterprétation des fondements du pouvoir, qu'il soit "traditionnel" ou "moderne".
Publié le : mardi 1 février 2011
Lecture(s) : 105
EAN13 : 9782296454170
Nombre de pages : 209
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
REVUE GABONAISE DE SOCIOLOGIE N°4
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13859-9 EAN : 9782296138599
REVUE GABONAISE DE SOCIOLOGIE N°4 Janvier 2011 L’expression plurielle du pouvoir politique au Gabon CRES /
Revue Gabonaise de Sociologie Une publication du Centre de Recherches et d’Etudes sociologiques (Université de Libreville – Gabon) Comité de Direction Jean Ferdinand MBAH Achille DEJEAN Claudine-Augée ANGOUE Rédacteur en Chef Jean Ferdinand MBAH Rédaction Achille DEJEAN Maixant MEBIAME ZOMO Placide ONDO Maturin OVONO EBE Comité scientifique Claudine-Augée ANGOUE (Université de Libreville) Jean COPANS (Paris V) Achille DEJEAN (Université de Libreville) Caroline JUILLARD (Paris V) Abel KOUVOUAMA (Pau) Jean Ferdinand MBAH (Université de Libreville) André MARY (EHESS Marseille) Nicolas METEGUE N’NAH (Université de Libreville) Francis NYAMNJOH (CODESRIA) Jean Bernard OUEDRAOGO (CODESRIA) Rédaction CRES, Université de Libreville BP.17055 Libreville Gabon Tel. (00 241) 06 70 40 83 e-mail : regasocres@yahoo.fr
SOMMAIRE Présentation Claudine Augé ANGOUE………………………………………….7 Dossier Pouvoir néocolonial et contretemps démocratique au Gabon : Essai d’interprétation du contrecoup d’Etat militaire du 19 février 1964 Jean-Ferdinand MBAH……………………………………………9 Conflits de pouvoirs au Gabon : le pouvoir religieux dans le système politique national à Mokéko Claudine-Augée ANGOUE……………………………………….45 Les églises pentecôtistes et le pouvoir politique au Gabon Maixant MEBIAME ZOMO……………………………………...79 L’évergétisme dans l’enseignement au Gabon et la production Des fétiches politique au Gabon Placide ONDO…………………………………………………125 Femmes, pouvoir et pouvoirs publics : introduction à l’étude du féminisme d’Etat au Gabon Chantal MIDZIE ABESSOLO…………………………………153 Conjoncture La télévision et la mobilisation des masses populaires dans un contexte électoral africain : le cas du Congo-Kinshasa en 2006 Jean LIYONGO EMPENGELE…………………………………173 Débat Problèmes liés au cheminement du diplôme au grade à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Jean-Ferdinand MBAH Jules MBAH NKOGHE…………………………………………195 Résumés………………………………………………………...201
Présentation Le pouvoir, cet objet qui retient toutes les attentions et alimente l’essentiel des débats tant au niveau de ceux qui l’exercent politiquement que de ceux qui l’étudient pour en saisir les différentes formes d’expression est, dans ce numéros 4 de laRevue gabonaise de sociologie, appréhendé sous deux directions : l’une qui le perçoit du point de vue de sa formation institutionnelle, l’autre dans ses manifestations populaires constitutive d’une construction individualiste du statut d’homme politique. A partir de l’analyse d’un ensemble de données historiques relatives au contrecoup d’Etat du 19 février 1964, qui a considérablement compromis l’élan démocratique post-indépendance, Jean-Ferdinand Mbah démontre que le processus des indépendances, tout comme les fondements du pouvoir politique gabonais sont l’expression d’une double illusion démocratique au service du système capitaliste financier. On peut aujourd’hui percevoir la fragilité de ce pouvoir politique lors des consultations électorales. Alors que Claudine-augée Angoué analyse le conflit de pouvoir qui caractérise la rencontre entre pouvoir local, fondé sur le système religieux traditionnel et pouvoir national représentant les institutions gouvernementales, Maixant Mebiame fixe son objectif sur la relation ambivalente et ambiguë qui lie les politiques aux mouvements pentecôtistes dits de réveil. De son analyse C-A Angoué arrive à la conclusion que le pouvoir politique gabonais est fondé, non seulement sur le mensonge, mais également sur le désir d’anéantissement de tout autre forme de pouvoir qui échapperait à son contrôle, fut-il institutionnel. Pour illustrer la « langue de bois » qui qualifie le mieux la classe politique gabonaise, Placide Ondo évalue l’activité de ses acteurs au sein du système scolaire où, au lieu de trouver des solutions durables aux difficultés de fonctionnement du système éducatif, ils les transforment en occasion d’idolâtrer le chef de l’Etat, à travers les dons qui constituent désormais le moyen de résolution de ces problèmes. Chantal Midzie Abessolo, à partir du féminisme d’Etat, cerne l’action du pouvoir depuis 1961 et apporte la preuve que 7
cette politique ne l’a été que sur les plans politique et juridique sans pour autant bénéficier des moyens d’une mise en œuvre effective. Son article démontre aisément que le féminisme d’Etat, d’inspiration paternaliste au Gabon, est une doctrine d’Etat pour le contrôle de la femme et son maintien dans les rôles de cadette et de mineure sociale et politique. C’est là un refus de regarder les problèmes en profondeur pour y apporter des solutions adaptées. Dans la suite de ce dossier sur le pouvoir au Gabon, Jean Liyongo Empengele traite d’une conjoncture politique à travers les problèmes électoraux de la République Démocratique du Congo en 2006. Ce texte offre l’occasion de saisir d’une part, la manipulation des électeurs par les hommes politiques, propriétaires des medias télévisés (y compris ceux de l’Etat), d’autre part celle des responsables politiques détenteurs des medias privés. Claudine-Augée ANGOUÉ
8
Pouvoir néocolonial et contretemps démocratique au Gabon : essai d’interprétation du contrecoup d’Etat militaire du 19 février 1964 Jean –Ferdinand MBAH Situé sur l’équateur, le Gabon occupe une superficie de 267.000 Km2. Il est limité au Nord-Ouest par la République de Guinée Equatoriale, au Nord par la République fédérale du Cameroun, à l’Est et au Sud-Est par la République du Congo et à l’Ouest sur 800 Km par l’Océan Atlantique. Sa population, estimée à 444.000 habitants en 1960 puis 456.000 en 1965, est évaluée aujourd’hui à 1 1.500.000 habitants . Indépendant en 1960, le processus de construction étatique fut brutalement interrompu quatre ans après par l’application des Accords dits de coopération signés en juillet 1960, entre le Gabon et la France, ancienne puissance de tutelle. C’était le 18 février 1964, lorsque l’armée gabonaise qui, forte de 400 hommes, déposa Léon Mba et fut agressée par les troupes françaises sur ordre de l’Elysée. Pourquoi revenir sur cet épisode de la vie politique gabonaise quarante six ans après ? Trois raisons. 2 D’abord, parce que sur 76 coups d’Etat intervenus en 3 Afrique de 1952 à 2010 , celui du Gabon n’est pas mentionné, sûrement à cause de sa moindre portée universelle. La politique comme l’explique Jean Yves Boursier « peut laisser pour trace les noms qu’elle dépose à la suite d’un événement de portée universelle : la « Révolution française », « l’insurrection
1  République gabonaise,Plan de développement économique et social 1966 – 1970, Paris, COGIPA, 1966, p.2. 2 Afrique Education n° 296 du 16 au 31 mars 2010, p. 3. 3 er  Entre le coup d’Etat de Mohamed Naguib qui renversa Farouk 1 en Egypte en 1952 et celui de Salou Djibo au Niger contre Mamadou Tandja en 2010, celui de février 1964 au Gabon ne fait pas parti de cette longue énumération.
Pouvoir néocolonial et contretemps démocratique au Gabon 4 d’octobre », « la guerre du peuple » . Dans la politique nationale, cet événement demeure assez obscur et sujet à une réécriture dans la mesure où pour en parler, il est loisible de le désigner par une kyrielle d’expressions : « événements malheureux », « incidents de parcours du 18 février 1964 », « très regrettable affaire du 18 5 février 1964 », « coup d’Etat manqué du 18 février 1964 » , 6 7 « catastrophe » , « échec aux militaires » , « triste expérience de 8 février 1964 » . Dans notre approche, le 18 février 1964 est à la fois une date et un événement qui ont marqué la vie politique gabonaise ; nous la retenons comme telle dans le même sens que Pierre Nora lorsqu’il avance que « l’événement est lui-même son propre événement, seul mot qu’on ait trouvé pour le baptiser » et que « chacun s’est demandé après coup ce qui s’était réellement 9 passé » . Ensuite, parce que cet événement est en même temps un fait historique, situé dans la courte durée de la construction de l’Etat, et qui a laissé des traces. On retiendra avec Boursier que « la trace de ce possible se trouve dans la mémoire des acteurs de ces « événements », tout au moins chez ceux qui sont restés fidèles au 10 nom, à ce qu’il représente » . Tâche difficile car les principaux acteurs « ont déjà changé de monde » en passant de vie à trépas et leur disparition ne peut conduire aujourd’hui qu’à un « accommodement » des restes (le terme « accommodement » est de J-Y Boursier) de ce passé qui comme le soulignait Bronislaw 11 Malinowski, « est pertinent lorsqu’il survit dans le présent » .
4  J.-Y. Boursier, « la mémoire comme trace des possibles »,Socio-anthropologie, n°12, 2002, p.6. 5  Service de presse et d’information. Ambassade du Gabon en France, n°spécial, juillet 1970, p.9. 6 Rénovation à l’aube de la deuxième décennie, Monaco, Editions du P.D.G.- P.Bory, 1978, p.15. 7  M. Nsole Biteghe, Echec aux militaires au Gabon en 1964, Paris, Chaka, 1990. 8 JournalN’NKU’U le messager, n°185 du 22 mars au 4 avril 2010, p. 2. 9 Pierre Nora cité par J-Y Boursier, article cité, p.6-7. 10 J-Y. Boursier, op.cit. p.7 11 Malinowski cité par Boursier, p.7. 10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.