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L'Homme avant les métaux

De
366 pages

Nous croyons indispensable, pour l’intelligence des chapitres qui vont suivre, de donner aux lecteurs peu familiarisés avec les termes de la géologie, une idée sommaire des phases diverses que notre globe a subies, avant d’arriver à l’état sous lequel il s’offre actuellement à nos yeux.

D’après l’immense majorité des géologues, la terre a été d’ahord une masse incandescente et fluide. Peu à peu elle s’est refroidie ; une première enveloppe s’est formée.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Sacrifice humain dans une fête nationale et religieuse en Océanie (d’après Lubbock). Voyez page 317.
Nicolas Joly
L'Homme avant les métaux
INTRODUCTION
La science n’est inféodée à aucune philosophie, à aucune religion. Y a-t-il une géométrie, une physique, une physiologie protestante, une autre catholique ?
(Bibliothèque universelle de Genève, août 1868, p. 515.) Les annales de l’humanité primitive ne sont écrites d’une manière certaine que dans la Bible de la nature: c’est donc là que nous devons les aller consulter. Malheureusement, de ce livre immense, écrit par la main divine, bien des feuillets ont disparu ou sont effacés, et ceux qui restent sont le plus souvent très-difficiles à lire et à interpréter. Aussi, malgré le précepte de la sagesse antique (γν฀θισεαυτ฀ν), ce que l’homme connaît le moins bien, c’est lui-même. En effet, il ne connaît parfaitement ni son corps, ni son cœur, ni son intelligence, ni le principe de vie qui l’an ime : il ignore son origine, son berceau, son histoire. Mais, en revanche, il a mesuré les cieux, il a calculé le poids de la terre et la distance des astres : il a fait, du Jupiter Tonnant de ses aïeux, un simple messager qui porte, il est vrai, en un clin d’œil, la pensée et même la voix d ’autrui d’une extrémité du monde à l’autre. Bien plus, autre merveille inattendue, il est parvenu à faire parler les morts. Il a forcé leblondPhœbus et lapâlePhœbé à peindre leur propre image, la sienne, tout ce qu’il veut, au fond d’une chambre obscure. Que dis-je ? il les a réduits à l’humble rôle de copistes de nos vieux manuscrits. Bien plus, il a détrôné Neptune et se rit de ses fureurs. Il devance l’oiseau dans son vol, et ses locomotive s courent, sans se fatiguer, dix fois plus vite que le coursier le plus rapide. L’homme a dompté tous les éléments : l’air et les v ents lui obéissent en esclaves, et bientôt peut-être, des navires d’un nouveau genre t raceront leurs sillages dans les plaines de l’atmosphère, aussi sûrement que le font depuis longtemps les vaisseaux sur la vaste étendue des Océans. Entre ses mains, le fe u, Protée jusqu’alors insaisissable, 1 est devenuliquide.a terre, fouillée, bouleversée dans tous les sens, lui ouvre peu à peu ses secrets. Enfin, son génie invente chaque jour d es merveilles qui, à force d’être étonnantes, ont fini par sembler naturelles, à ce p oint que la seule indication que j’en donne ici paraîtra peut-être au lecteur presque une banalité. Mais sa propre nature et sa propre histoire, encore une fois, l’homme ne les connaît pas. Cependant quel sujet plus important pourrait être offert à ses méditations, à son active curiosité, à son vif désir de savoir le comment et le pourquoi des choses ! Enveloppés d’un voile épais, ensevelis dans le pass é des âges, les premiers documents relatifs à l’histoire du genre humain ont dû se dérober longtemps aux investigations des chercheurs, qui ne se doutaient même pas de leur existence, ou tout au moins de leur signification. Il a fallu le hasard d’heureuses circonstances, l’ingénieuse sagacité et la courageuse persévérance d’un homme d e cœur doublé d’un vrai savant, pour comprendre le mystérieux langage de ces pierre séclatées, de ces ossements exhumés des profondeurs du sol et rendus à la lumiè re du jour après tant de milliers d’années, après tant de milliers de siècles peut-êt re !... Accueillie d’abord par les sarcasmes de l’ironie ou les dédains de l’incrédulité, l’archéogéologie, par une réaction inévitable, a fait naître des enthousiasmes extravagants, des systèmes téméraires, qui,
plus d’une fois, ont nui à sa cause et compromis se s vrais progrès. Laissons de côté enthousiastes trop ardents et détracteurs systématiques, et occupons-nous seulement des résultats obtenus. Le plus important sans contr edit, le plus inattendu, et en même temps l’un des plus certains, c’est la haute antiquité de l’hommepréhistorique. Ce nom indique assez que l’histoire, telle qu’elle a été jusqu’à présent conçue et enseignée, ne saurait nous fournir aucune date précise relativement à cette antiquité. Les tables de Manéthon, la Bible elle-même ne peuvent nous être ici d’aucun secours. De l’aveu d’un bon nombre d’érudits et de théologie ns, la chronologie en est incertaine, pleine de lacunes, altérée par les copistes et les commentateurs. Sylvestre de Sacy, chrétien orthodoxe, s’il en fut, disait déjà qu’il n’y a pas de chronologie biblique. Un de nos ecclésiastiques les plus instruits confessait naguère, avec une bonne foi qui l’honore, que « la chronolog ie de l’Ancien Testament n’a jamais été déterminée par l’Eglise ». Elle résulte, dit-il, de la combinaison de certaines dates, de l’interprétation de certains passages, qui n’intére ssent ni la foi ni les mœurs, et qui peuvent avoir été corrompus ; on est même certain q u’il y a des lacunes, et les cosmogonies des différentes versions autorisées ne s’accordent pas entre elles, etc., etc. « Rien n’empêcherait donc, continue notre savant théologien, d’ajouter un plus ou moins grand nombre d’années au chiffre généralement accep té touchant l’apparition de l’homme sur la terre, si la science arrivait à fixe r rigoureusement cette date. Mais ce 2 résultat certain est encore loin d’être atteint » . Sur ce dernier point, nous sommes complètement d’accord avec le docte abbé Duilhé de Saint-Projet. Mais la concession qu’il nous fait relativement à l’incertitude de la chronologie biblique est, à nos yeux, bien autrement importante que la nôtre, puisqu’elle nous met à l’abri du reproche d’impiété souvent adressé à la science, qui n’en peut mais, p ar des personnes qui en ignorent l’esprit ou en méconnaissent les tendances. Du rest e, auxa priori téméraires, par lesquels certains prétendent réduire à néant ses dé couvertes, aux accusations aussi injustes que malveillantes, trop fréquemment et que lquefois trop légèrement portées contre elle, la vraie science répond par des faits et souvent même par des bienfaits. Or voici des faits mis en lumière par les savants et qui confirment, dans tout ce qu’elles ont d’essentiel, les assertions de la plus pure orthodoxie. « On ne trouve dans la Genèse, dit notre éminent pa léontologiste M. Ed. Lartet, aucune date limitative du temps où a pu commencer l ’humanité primitive : ce sont les chronologistes qui, depuis quinze siècles, s’efforc ent de faire rentrer les faits bibliques dans la coordination de leurs systèmes. Aussi voyons-nous qu’il s’est produit plus de cent quarante opinions sur la seule date de la création, et qu’entre les variantes extrêmes il y a un désaccord de 3194 ans seulement pour la périod e entre le commencement du monde et la naissance de Jésus-Christ. Cette différ ence porte principalement sur la partie de l’intervalle la plus proche de la création. Du moment donc qu’il est reconnu que la question des origines humaines se dégage de tout e subordination au dogme, elle restera ce qu’elle doit être, une thèse scientifique accessible à toutes les discussions, et, à tous les points de vue, susceptible de recevoir la solution la plus conforme aux faits et 3 aux démonstrations expérimentales . » Telle est aussi, sur ce point délicat, notre profession de foi scientifique. Ne valait-il pas mieux progresser avec Galilée, que lui arracher un désaveu coupable, surtout quand on voit aujourd’hui l’un de ses compatriotes, célèbre entre tous, le Père Secchi, directeur de l’Observatoire romain et membre correspondant de l’ Institut de France, proclamer la supériorité de cette même philosophie de Galilée, condamnée jadis et mise au cachot par l’Inquisition ? « Laissez donc aller la science, ré péterons-nous, après M.V. Duruy, 4 laissez-lui faire son œuvre ; l’âme est au bout . »
Voyons maintenant comment la science nouvelle,l’archéo-géologie,parvenue à est établir non pas la date précise de l’apparition de l’homme à la surface de la terre (elle n’est pas arrivée, elle n’arrivera peut-être jamais là), mais seulement à fixer une date approximative, certainement antérieure à celle qu’indiquent toutes les cosmogonies. On trouve répandus à la superficie du sol ou dans s es profondeurs, au sein des cavernes sombres ou sous les ruines des plus antiques monuments, dessilex,qui tantôt paraissent grossièrement taillés, tantôt offrent le plus beau poli et des formes analogues à celles de nos haches, de nos couteaux, de nos outils de toute espèce. Déjà remarqués des anciens, qui leur donnaient les noms delapides fulminis, ceraunix gemmæ,etc., et par les modernes, qui les appellent encorepierres de foudre, pierres de tonnerre, pierres tombées du ciel,les silex dont il s’agit étaient employés dans certaines cérémonies sacrées chez les Hébreux, les Egyptiens, les Romains, et peut-être aussi par les Scandinaves, adorateurs de Thor et d’Odin. e De nos jours même, en plein XIX siècle, tant le progrès est lent en toute chose, les prétendues pierres tombées du ciel sont encore un objet de superstition au sein de nos campagnes, et il n’est pas rare d’en trouver dans les chaumières ou dans les étables des paysans, lesquels croient fermement pouvoir par là préserver leurs demeures des atteintes de la foudre, leurs personnes des maléfices, et leurs troupeaux des épizooties. Mais qu’est-ce donc que ces cailloux problématiques qui, depuis qu’ils sont devenus les objets de l’attention des investigateurs du passé, ont été rencontrés sur presque tous les points du globe : à Paris et au cap de Bonne-Espérance, à Toulouse et à Christiania, dans lediluviumde la vallée de la Somme ou de la Tamise, et dans le limon ossifère des cavernes du Languedoc et du Périgord, dans les dolmens de la Bretagne, de l’Algérie et de l’Angleterre, sous les ruines de Ninive et de Babylone, dans l’Indo-Chine et au Japon, et jusque sur les bords del’Ohioet duMississipi ? A cette question, il n’était pas facile de répondre . Pour les uns, ces éclats de silex étaient desjeux de la nature ;les autres, c’étaient des produits volcaniques ; pour pour d’autres enfin, c’étaient des pierres éclatées par le froid des hivers. Ceux qui se croyaient les plus savants prétendaient avoir affaire à des p ierres à fusil et, qui plus est, à des pierres à fusil d’une fabrication toute récente !... Frappé de la forme singulière de certains de ces cailloux, très-abondants en Picardie, un savant antiquaire d’Abbeville en recueillit un t rès-grand nombre, les examina, les compara, les étudia avec soin, avec amour, avec une sorte de passion. « Ne fit-on que des épingles, a dit je ne sais plus quel philosophe , le succès est à ce prix. » Malheureusement, l’imagination ardente de l’antiqua ire, fascinée à son insu par un mirage trompeur, lui fit voir dans ces cailloux des figures d’hommes, d’animaux, de plantes, intentionnellement sculptées, et même des signes graphiques, de vrais hiéroglyphes. Là était son erreur. Mais bientôt le rêve de l’archéologue s’évanouit, et la réalité subsista. Ces cailloux n’étaient rien autre, chose que des œuvres d’art, art primitif, s’il en fut, art grossier, si l’on, veut, mais aussi réel et significatif, dans sa rude expression, que peuvent l’être laVénus de Milo,l’Apollon du Belvédère ou les frises duParthénon. Evidemment, la main de l’homme avait passé par là : elle avait taillé ces cailloux ; elle leur avait donné des formes intentionnelles ; elle en avait fait des. armes ou des outils. Et comme ces instruments de guerre, de chasse ou de travail se trouvaient enfouis à de grandes profondeurs, avec des ossementsd’espèces éteintes, dans un terrainen place, c’est-à-dire que de son dépôt primitif, lanon fouillé, non remanié depuis l’épo conclusion logique, rigoureuse, irréfutable était celle-ci :
Dieu est éternel, mais l’homme est bien vieux.
Bien vieux, en effet, car il a été le contemporain dumammouthou éléphant laineux, du rhinocéros à narines cloisonnées, du lourdhippopotame, del’ours et du grandchat des cavernes, ducerf à bois gigantesquesd’autres animaux d’espèces éteintes, dont nos et musées d’histoire naturelle possèdent maintenant de s spécimens magnifiques et complets. Mais, pour faire accepter cette conclusion, d’ou dérivaient, il est vrai, toutes les autres, que de peines, que d’ennuis, j’allais dire que d’hu miliations, étaient réservés à M. Boucher de Perthes ! Quelqu’un l’a dit, qui avait autorité pour le dire : « La couronne du novateur est une couronne d’épines. » (Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.) L’illustre antiquaire en ceignit son front, et son front en fut plus d’une fois déchiré. Cependant l’idée était lancée, et, comme elle était vraie, rien ne pouvait en arrêter le triomphe : aujourd’hui, il est complet. Mais il fallut près de vingt ans à la découverte de M. Boucher de Perthes pour être admise à l’honneur de paraître devant l’aréopage de l’Institut. Le baron Cuvier fit, comme on dit, la sourde oreille, et cela se conçoit de la part d’un savant qui avait posé en principe que, nouveau venu sur la terre, dernier-né de la création, l’homme n’avait pu être le contemporain de ces espèces perdues, dont les plus anciennes couches quaternaires recèlent les débris. Disons à la louange de MM. AI. Brongniart, Flourens et Dumas, qu’ils furent les premiers à encourager les recherches de Boucher de Perthes et à se montrer à peu près convaincus. Les habiles ou les peureux, ceux qui craignaient de paraître se rendre complices d’une hérésie ou d’une mystificati on, se tinrent sur la réserve et continuèrent à objecter que, même en admettant que les silexd’Abbeville ou deSaint-Acheulportent réellement l’empreinte d’un travail humain, la haute antiquité de ces silex resterait douteuse, tant qu’on n’aurait pas déterminé l’âge précis des terrains où on les découvre, tant qu’on n’aurait pas démontré l’état vierge de ces terrains, enfin tant qu’on n’aurait pas rencontré, avec les outils de pierre, non-seulement des débris osseux ayant appartenu à des espèces éteintes, mais encore et surtout des ossements humains. On en trouvera très-certainement, répondait avec co nfiance le courageux auteur du livre sur lesAntiquités antédiluviennes, et, en effet, l’évènement ne tarda pas à justifier ces paroles prophétiques. Cet évènement s’est renouvelé, depuis, un très-grand nombre de fois, et rien ne semble aujourd’hui mieux prouvé que la haute antiquité du genre humain. Cependant des esprits retardataires ou prudents à l’excès doutent encore, et ce sont précisément ceux-là qu’il s’agit de convaincre. Pour y parvenir, la science moderne n’a négligé aucun moyen d’information, n’a laissé aucun domaine inexploré. Monuments cyclopéens, cités ensevelies sous des forêts cinq ou six fois superposées, sol glacé de la Sibérie ou du Groënland, tumuli de l’Ohio et de la Scandinavie, grottes sépulcrales, dolmens et menhirs, habitations lacustres de la Sui sse et de l’Italie, nuraghi de la Sardaigne, terramares de l’Emilie, laves et volcans d’Auvergne, diluvium des vallées et des plaines, brèches osseuses, cavernes ossifères, la science de nos jours a tout scruté, tout interrogé, tout jusqu’à ces tas de fumier, jus qu’à ces restes de la cuisine primitive des Scandinaves, que les archéologues danois de nos jours ont désignés sous le nom, passablement barbare, dekjökkenmöddinger. En publiant le livre ou plutôt le programme dévelop pé qu’on va lire, notre but est de faire connaître, avec les détails à l’appui, les no mbreuses preuves jusqu’à présent recueillies en faveur de lahaute antiquité du genre humain.Ce sera l’objet de la première partie. Dans la seconde, nous traiterons des mœurs, de l’in dustrie, des arts, et des idées morales et religieuses de l’homme avant les métaux, et nous tâcherons de tracer son portrait à peu près ressemblant.
1C’est sous la dénomination très-bien choisie defeu liquide, defeu lorrain,que le docte et laborieux Nicklés a désigné un produit dont il a payé de sa vie la découverte importante. Qu’il me soit permis de déposer sur la tombe, si prématurément ouverte, de ce savant honnête autant qu’érudit, le tribut de mes regrets sincèrement affectueux.
2 Voir laSemaine catholique de Toulouse, 28 mars 1869, et surtout laMinerve de Toulouse, où lesConférencesM. l’abbé Duilhé de Saint-Projet sont appréciées avec de un esprit d’impartialité qui honore tout à la fois l’habile critique et le savant tneologien.
3Lartet, Ed. Nouvelles recherches sur la coexistence de l’homme et des grands mammifères fossiles réputés caractéristiques de la dernière période géologique (Annales e des sciences naturelles,t. XV, p. 256).4 série,
4V. Duruy,Discours au Sénat.
PREMIÈRE PARTIE
L’ANTIQUITÉ DU GENRE HUMAIN