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L'homme émotionnel

De
222 pages
La conscience naît-elle de nos émotions ? S'appuyant sur une connaissance approfondie des neurosciences, l'auteur nous propose une lecture de la nature et du rôle de nos émotions. De ce dialogue entre biologie et sciences humaines se dessine le profil d'un homme libéré de toute exigence métaphysique sans être réduit pour autant à son simple cerveau et qui apprend à devenir lui-même grâce à ses extraordinaires capacités de se rapporter à ses semblables.
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Henri Margaron
L’homme émotionnel
L’HOMME ÉMOTIONNEL
Henri Margaron
L’HOMME ÉMOTIONNEL
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00727-4 EAN : 9782336007274
Introduction L’hypothèse extraordinaire consiste dans le fait que toi, avec tes joies, tes souffrances, tes souvenirs et tes ambitions, ton sens de l’identité et ton libre arbitre, tu n’es rien d’autre que le résultat du comportement d’une myriade de cellules nerveuses et des molécules qu’elles contiennent.1 F. Crick Benjamin Libet a observé au début des années 90 qu’une ac-tion volontaire commence toujours avant que nous ayons cons-cience de vouloir l’accomplir. Quelques années plus tard, Gia-como Rizzolati a découvert le phénomène surprenant des neu-rones miroirs : certains neurones moteurs s’activent de façon semblable qu’ils observent ou qu’ils accomplissent le même mouvement. Pour pouvoir nous guider, le cerveau doit analyser les informations qui lui arrivent et élaborer, sur la base des ré-sultats obtenus, la réponse qui s’impose. Ce modèle incontour-nable semble remis en cause par ces étonnantes découvertes. Encouragés par les découvertes des neurosciences nous avons voulu attribuer le guide de nos comportements à notre cerveau. Toutefois les difficultés que les neuroscientifiques éprouvent à expliquer la façon dont il procède pour cela, les obligent à imaginer que le cerveau produise certaines fonctions particulières. Malheureusement, une telle interprétation se heurte non seulement aux observations des autres sciences qui s’intéressent à l’homme mais également aux leçons fondamen-tales de la biologie. Comme le rappelle Michael Gazzaniga :tous les savants sont absolument convaincus qu’il n’y a rien de spécial dans le neurone en soi et que la spécificité de l’être humain est toute 1 Crick F.,L’hypothèse stupéfiante,p. 17.
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2 dans le réseau de connexions de ses neurones .En effet les cel-lules dont est composé le cerveau ne peuvent accomplir qu’un seul type d’action : recevoir une stimulation pour la transmettre à une autre. Et comment procèdent-elles pour cela ? Un poten-tiel d’action dû à un passage d’ions de sodium et de potassium à travers la paroi se propage jusqu’à l’autre extrémité de la cellule où il provoque la libération de protéines qui vont se fixer sur la cellule successive et y déclencher un nouveau potentiel. Sur de telles bases, parler de structures cérébrales de la connaissance, de la morale, de la mémoire, de la volonté et ainsi de suite, a-t-il un sens ? Non bien sûr et nous devons repenser le rôle de notre cerveau et à la façon dont il réagit aux expériences auxquelles il est confronté. Le cerveau n’est pas un ensemble d’organes producteurs de fonctions spécifiques, mais un instrument qui met en relation l’organisme avec le monde externe. Ces informations sont con-nectées, à leur tour, aux nerfs moteurs afin que l’organisme puisse établir le meilleur rapport possible avec le contexte en fonction de ses besoins et des circonstances externes. Ce n’est donc pas notre cerveau qui est intelligent, moral, réfléchi, mais les interactions qu’il permet à pouvoir être qualifiées de mo-rales, d’intelligentes ou de réfléchies. Nous savons que le développement du cerveau après la nais-sance est dû à une augmentation du nombre des synapses qui relient les cellules entre elles. Comme cette synaptogénèse est conditionnée par les activités de la cellule et donc l’histoire ou les expériences de la personne, nous pouvons en déduire que le cerveau modèle sur ses expériences et ses habitudes. Est-il possible à partir de ces éléments de proposer un mo-dèle ontogénétique alternatif, capable de faire dialoguer toutes les sciences qui s’intéressent à l’homme ? Oui, mais si nous écoutons le conseil de Jean Didier Vincent de raisonner en terme de cartes neuro inform-actionnelles. Avec ce néologisme le biologiste suggérait que les associations entre informations et actions adviennent directement, automatiquement, sans média-tions supérieures. Les premières cartes neuro inform-actionnelles que sont les réflexes du nouveau-né, se transforme-2 Gazzaniga M. (2008),Human,p. 8.
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raient donc en comportements finalisés et rationnels seulement grâce à une synaptogénèse guidée par ses expériences. Nous allons voir qu’un tel modèle apparemment surprenant est possible. Si l’homme qui ressort de cette lecture est sûre-ment plus près d’un singe intelligent que d’un ange descendu du ciel, il n’en conserve pas moins la capacité de s’autodéterminer.
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