L'Homme océan

De
Publié par

Jean-Marie est marin pêcheur sur le bassin d’Arcachon. Mais un marin d’un genre particulier. Avec ses tatouages noirs et sa carrure de baroudeur, il ne ressemble guère à ses collègues. Il est l’un des seuls à jeter ses filets dans la zone la plus dangereuse, celle des passes, entre le bassin et l’océan.Pour Jean-Marie, aventurier, complexe, cherchant toujours un ailleurs, le bassin aux eaux apparemment si calmes est comme un étau. Le monde commence à sa limite, quand on rencontre l'océan qui, seul, lui permet de se sentir vivre, en prenant tous les risques.Sylvie Caster est née à Arcachon. Elle a fait partie de l’équipe du premier Charlie Hebdo, avant de tenir une chronique au Canard enchaîné. Elle est l’auteur de plusieurs romans, dont Les Chênes verts (1980, rééd. LGF, 1982), Bel-Air (1991, rééd. LGF, 1993, prix Populiste et prix des Bouquinistes), Dormir (Pauvert, 2002, prix Jean-Freustié), et écrit dans la revue XXI depuis sa création.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370211347
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture

Dans la même collection

Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui

 

Chercheur au quotidien

Sébastien Balibar

 

La Course ou la ville

Ève Charrin

 

La Femme aux chats

Guillaume le Blanc

 

Le Parlement des invisibles

Pierre Rosanvallon

 

Regarde les lumières mon amour

Annie Ernaux

 

Business dans la cité

Rachid Santaki

 

Grand patron, fils d’ouvrier

Jules Naudet

 

Le Moindre mal

François Bégaudeau

 

La Juge de trente ans

Céline Roux

 

Au prêt sur gage

Pauline Peretz

 

Marchands de travail

Nicolas Jounin, Lucie Tourette

 

La Barbe

Omar Benlaala

 

Les grandes villes n’existent pas

Cécile Coulon

 

Les Reins cassés

Lou Kapikian

 

Le Corps des autres

Ivan Jablonka

 

Dans l’œil du gardien

Jean-François Laé

 

La Passion du tuning

Stéphanie Maurice

 

Sous mon voile

Fatimata Diallo

Jean-Marie Baudry est marin pêcheur sur le bassin d’Arcachon.

Il a 51 ans et encore ce qu’il appelle un « potentiel de force ».

Mais ce n’est pas un pêcheur type. Dans sa famille, il n’y a aucune transmission de cette profession.

Jean-Marie dit : « Marin est un drôle de métier à tous points de vue. On risque sa vie. J’ai des copains qui sont morts. Moi-même, j’ai failli y passer plusieurs fois.

Mais la mort, entre nous, on n’en parle pas. À quoi ça servirait ? »

Actuellement, son activité principale est le dragage des moules sur le bassin. Il pêche aussi la civelle, les alevins d’anguille dans l’estuaire de la Gironde. Il a fait des pêches en haute mer jusqu’aux Açores, en Irlande. Bien sûr, ces pêches ne se ressemblent pas. Il y a un monde entre sa vie de marin pêcheur sur le bassin d’Arcachon et celle qu’il a eue sur les bateaux qui partent en pêche des semaines durant sur l’océan.

Mais il y a une constante : « Le risque fait partie du métier. »

Ici même, sur le bassin d’Arcachon, lagune dont les eaux ont l’air calmes, si tranquilles, un navigateur trouve des endroits très dangereux : les passes, à l’entrée du bassin.

On ne peut rallier l’océan qu’en empruntant les passes, ces seuls chenaux qui contournent les nombreux bancs de sable qui ferment presque toute l’entrée du bassin.

Les passes sont la frontière entre le bassin et l’océan, le point de passage obligé.

Dans les passes, s’accomplit le brassage incessant du sable et de l’eau, les bancs de sable y bougent, entraînés par de forts courants. Et dans cette géographie incertaine et mouvante, on se trouve confronté à un changement brutal, d’un côté, l’océan et ses hauts-fonds, de l’autre, de faibles tirants d’eau recouvrant à peine des sables abondants.

Se créent là des fonds traîtres. Deux eaux se rencontrent, celle de l’océan surpuissant et celles apparemment si calmes du bassin.

En roulant vers les passes, les vagues venant de l’Atlantique peuvent y prendre une violence destructrice.

Les vagues qu’on dit « jaunes », parce que chargées de sable, y sont particulièrement redoutées.

Elles peuvent se modifier d’un coup, leur hauteur se multiplier par cinq, prenant une amplitude qu’on ne peut maîtriser.

Quand une de ces vagues explose, elle explose tout sur son passage.

On a coutume de dire : « Vert, ça passe. Jaune, ça casse. »

Dans cet univers où le sable et l’eau sont sans cesse imbriqués, la rencontre de ces eaux si contraires donne de spectaculaires panoramas.

On vient admirer l’océan à la pointe du Cap-Ferret. De l’autre côté du bassin, du haut de la dune du Pyla, la vue est grandiose.

Mais « ici, tout le monde craint les passes ».

Il y a toujours eu des morts dans les passes. Elles sont parmi les plus dangereuses du monde.

Pris par la force de la vague qui se hausse, le bateau se retourne avant de sombrer.

 

Au Cap-Ferret, on peut profiter à la fois de l’océan et du bassin. S’avançant en pointe à l’entrée du bassin, sa forme permet de bénéficier d’un côté des plages immenses et des vagues de l’Atlantique, de l’autre de la douceur tranquille du bassin.

Mais pour les marins, c’est différent.

Ce n’est pas pour rien que les gens, ici, ont une trouille bleue des passes.

« Moi-même, dit Jean-Marie, mon bateau s’est retourné dans les passes. »

 

Parmi ces nombreux bancs de sable qui obturent presque toute l’entrée du bassin, le plus célèbre est le banc d’Arguin, au milieu des passes. Il est si connu qu’il est devenu un emblème du bassin d’Arcachon, reproduit sur des centaines de cartes postales.

Réserve naturelle d’oiseaux peuplée de sternes et de migrateurs, durant les mois d’été, il est pris d’assaut par les vacanciers. Il devient impossible d’y compter le nombre de plaisanciers qui y accostent chaque année avec des bateaux de plus en plus nombreux, de plus en plus gros.

Les plaisanciers y passent la journée. On y pique-nique. On s’y baigne. Impossible de rentrer du banc d’Arguin sans avoir bronzé, au moins rougi comme un homard. C’est un solarium splendide : face à la dune du Pyla, devant les premières vagues de l’océan. La dune a des airs de Sahara.

L’été, sur le banc d’Arguin, on peut tout voir. Même des couples qui viennent se faire photographier, le jour de leur mariage, en tenues de mariés. En costume et robe blanche, ils avancent vêtus de façon un peu décalée sur le sable.

L’été, qui ne va pas sur le banc d’Arguin ? Des vacanciers les plus fortunés qui y font montre de leurs bateaux aux touristes qui empruntent les navettes maritimes qui les déposent quelques heures sur le banc avant de revenir les y chercher.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Gueules de Ré

de le-nouvel-observateur

les plages...

de belles-regions-de-france

suivant