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L'homme ou le travail à toutes fins utiles

De
150 pages
Le dossier de ce trimestre porte sur le travail ou ce qu'il en reste. Le travail est un espace clos, il ouvre et ferme dans l'espace restreint qu'il occupe. Il mute par ce qui, d'une certaine manière, le construit et le façonne : l'éducation, l'école, l'enseignement supérieur, la formation professionnelle… Dès lors : que reste-t-il de l'homme ou du travail à sauver ? Allons-nous inexorablement vers la fin du travail ? Et, au fait, à quoi sert le travail et en avons-nous encore besoin ?
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SOMMAIRE
ÉDITORIAL Conducteur ou isolant ? - Thierry Goguel d’Allondans
SI TU T’IMAGINES… Péguy mis en pièces - Roger Dadoun
ENTRETIEN AVEC… Jean FERREUX
LA CHRONIQUE de David Le Breton - Le travail comme tripalium
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « L’HOMME OU LE TRAVAIL À TOUTES FINS UTILES ? »,
sous la direction de Patrick Macquaire
- Ouverture. L’Homme éloigné de l’emploi - Patrick Macquaire
- Bref aperçu sur les travaux forcés - Éric Fougère
- Travail scolaire et enfants d’ouvriers - Jean-François Gomez
- Le départ à la retraite : une rupture à penser - Daniel Lecompte
- La marchandise a gagné - Salvatore Maugeri
- Se former, une idée du travail. Travailler, une idée de la formation - Claude Rouyer
- Le travail pour quoi faire ? - Jean-Marc Metin
N ° 33 - J a n v ier 20 1533
- La retraite aux flambeaux - Bruno Montpied
HORS CHAM PS : Danse et handicap. Pour une poétique de la rencontre
Anamaria Fernandes & Benoît Le Bouteiller
INITIATIQUES : Militantismes sahariens sur le web : le projet Minweb
Marina Lafay & Fanny Georges
Dossier coordonné par Patrick MacquaireÉCHO DU TERRAIN Oblats… à Robert Castel - Marie-Odile Supligeau
LU & VU « L’homme ou le travail
LE BILLET de l’Association des amis de Cultures & Sociétés à toutes fins utiles ? »
9 7 8236085059 4
ISBN 9 7 8 - 2 - 36085 - 059 - 4 / ISSN 195 1 - 66 7 3
P r i x : 1 6 €
« L’homme ou le travail à toutes fins utiles ? » Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 1 16/12/2014 17:31Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 2 16/12/2014 17:31N°33 – janvier 2015
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 3 16/12/2014 17:31Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris
Cyrulnik (La Seyne sur Mer), Christine Delory-Momberger (Paris-13),
Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul
Fustier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg),
Martine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo
Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury
(19242014), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph
Wulf (Berlin).
Comité de rédaction
Rédacteur en chef : Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication : Xavier Pryen
Président de l’Association des amis de la revue : Jean-François Gomez
Comité de rédaction : Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre),
Philippe Hameau, David Le Breton, Yolande Touati, Renaud Tschudy
Collaborateurs : Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance,
Nancy Midol
Corrections ortho- et typographiques : Isabelle Le Quinio
Couverture et mise en pages : L’Harmattan
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 4 16/12/2014 17:31SOMMAIRE
ÉDITORIAL Conducteur ou isolant ?
Tierry Goguel d’Allondans .........................................................7
SI TU T’IMAGINES… Péguy mis en pièces
Roger Dadoun............................................................................11
ENTRETIEN AVEC… Jean FERREUX .............................................25
LA CHRONIQUE de David Le Breton
Le travail comme tripalium ..........................................................29
LE DOSSIER DU TRIMESTRE :
« L’HOMME OU LE TRAVAIL À TOUTES FINS UTILES ? »
Sous la direction de Patrick Macquaire .......................................33
Ouverture. L'Homme éloigné de l'emploi
Patrick Macquaire ......................................................................34
Bref aperçu sur les travaux forcés
Éric Fougère ...............................................................................43
Travail scolaire et enfants d’ouvriers
Jean-François Gomez ..................................................................50
Le départ à la retraite : une rupture à penser
Daniel Lecompte ........................................................................58
La marchandise a gagné
Salvatore Maugeri .......................................................................65
Se former, une idée du travail. Travailler, une idée de la formation
Claude Rouyer ...........................................................................72
Le travail pour quoi faire ?
Jean-Marc Metin ........................................................................79
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 5 16/12/2014 17:31La retraite aux fambeaux
Bruno Montpied ........................................................................85
HORS CHAM PS Danse et handicap. Pour une poétique de la rencontre
Anamaria Fernandes & Benoît Le Bouteiller ..............................91
INITIATIQUES Militantismes sahariens sur le web : le projet Minweb
Marina Lafay & Fanny Georges ..................................................97
ÉCHO DU TERRAIN Oblats… à Robert Castel
Marie-Odile Supligeau .............................................................105
LU & VU ......................................................................................113
LE BILLET de l’Association des amis de Cultures & Sociétés ..........139
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 6 16/12/2014 17:31Conducteur ou isolant ?
Thierry Goguel d’Allondans
L’anthropologue Maurice Godelier, lors d’un colloque où l’avait
invité Armand Touati (« Différences dans la civilisation », Cannes,
juillet 2001), s’était insurgé contre cette idée, à ses yeux un peu
simpliste, qui consisterait à expliquer tous les maux de nos sociétés de
l’hyperconsommation par un individualisme effréné du sujet moderne ;
ce serait imputer au seul individu à la fois la cause et ses effets. Pour lui,
il s’agirait plutôt d’analyser, finement, des sociétés qui, de plus en plus,
isolent l’individu et, du coup, de mesurer les enjeux sociétaux d’un
accroissement des solitudes, particulièrement chez les plus précaires
d’entre nous (vieux, pauvres, migrants, handicapés, étrangers…). Ces
solitudes, plus nombreuses et multiformes, seront l’enjeu majeur du
travail social de demain matin.
Il est vrai que, dans bon nombre de sociétés coutumières, la marge
de manœuvre de l’individu est extrêmement réduite, très exactement
à l’aune d’un ordre établi et, dans celui-ci, d’une place socialement
attribuée. Paradoxalement, cet ordonnancement du Monde est
incroyablement rassurant, voire anesthésiant, comme ont pu l’être des
sociétés pourtant totalitaires. Et c’est un autre paradoxe, et non des
1moindres, que d’entrevoir l’angoisse (La fatigue d'être soi ) générée chez
l’individu postmoderne par ses libertés si chèrement acquises. Dans une
société qui repose sur des traditions immuables, tout peut être dans Tout,
et chacun participe alors à cette cosmogonie. Il n’est, généralement, nul
1. Alain Ehrenberg a publié trois livres qui évoquent, chacun, ces questions : Le
culte de la performance (1991), L’individu incertain (1995) et La fatigue d'être soi
(1998).
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ÉDITÉDIT ORIALORIAL8 n°33 – jan vier 2015
besoin d’évoquer les sociabilités ou les solidarités, elles sont intrinsèques
au clan, au groupe. Dans nos sociétés de la modernité avancée, au fil des
siècles, les us et coutumes communément partagés se sont érodés (cf.
les syncrétismes et les évolutions de la sphère privée) ; les hiérarchies,
elles, se sont organisées et, de même, les économies – les profits allant,
inexorablement et de plus en plus, à un petit nombre au détriment
des masses laborieuses. Si l’on veut parler d’individualisme, il se
caractériserait alors par le fait que nous passons les uns à côté des autres,
foules d’anonymes empressés et aveugles, sans nous connaître, sans
nous reconnaître. Parfois, sur des chemins forestiers ou de montagnes,
nous retrouvons, par un retour à la nature et au sauvage, un semblant
d’humanité en saluant, exceptionnellement, d’autres passants, car nous
nous reconnaissons, un tout petit peu, en eux.
À quoi et à qui sommes nous encore liés ? Qu’est-ce qui nous
lie ou nous délie ? Sur quoi ou sur qui pouvons-nous compter pour
mener une existence « vivable » ? Dans quels espaces et quels temps
pouvons-nous, même fugacement, nous retrouver, nous apprécier,
nous aimer ? Et, pour filer une métaphore électrique : qu’est-ce qui fait
conducteur ? Qu’est-ce qui fait isolant ? Ce serait un peu provocateur
d’évoquer « travail, famille, patrie » quand on sait ce que ce slogan a
nourri, jusqu’à aujourd’hui, comme dérives et idées nauséabondes. Et
pourtant, c’est bien là qu’il y a dialectiques : qu’est-ce qui fait travail ?
Qu’est-ce qui fait famille ? Qu’est-ce qui fait patrie ? Comment tout
cela s’enchevêtre-t-il ou non ? Mais aussi : quel est mon travail ?
Quelle est ma famille ? Quelle est ma patrie ? Ou encore : quel travail,
quelle famille, quelle patrie me fait, me construit, me réalise ? Ou au
contraire : quel travail, quelle famille, quelle patrie me plombe, me
lamine, m’anéantit ?
Nous avons déjà disputé de la famille (dans Cultures & Sociétés
n° 3 et dans bien des dossiers de manière transverse) ; il faudrait
maintenant un dossier sur la patrie ou peut-être plutôt sur la nation
(avis aux amateurs). Pour ce trimestre, la controverse portera sur le
travail ou, si l’on en croit bien des contributeurs réunis par Patrick
Macquaire, ce qu’il en reste. Dès lors, le travail est-il un conducteur
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 8 16/12/2014 17:31« L'homme ou le tra v ail à t out es fins utiles ? » 9
ou un isolant ? Notre rapport à la retraite, évoqué par Daniel Lecompte,
Bruno Montpied et Jean Ferreux, laisserait penser que le travail est
un espace clos sur lui-même, il ouvre et ferme dans l’espace restreint
qu’il occupe. Il n’y a pas – ou peu – d’enchevêtrements. Après l’un, le
déluge ! Mais le travail mute aussi par ce qui, d’une certaine manière, le
construit et le façonne : l’éducation, l’école, l’enseignement supérieur,
la formation professionnelle… Or ces outils de transmission ont, eux
aussi, connu, tout au long de notre histoire, de profondes mutations,
comme l’évoquent Éric Fougère, Jean-François Gomez et Claude
Rouyer. Une question centrale traverse ces propos : qu’en est-il
aujourd’hui des principes de l’alternance ? Il ne s’agit pas là de simples
stages pour découvrir, voire apprendre, ce qu’est un métier, mais de ce
mouvement, de cette co-construction entre espaces de connaissances
théoriques et espaces de connaissances pratiques, de cette transmission
d’un métier, de ce processus subtil (initiatique) de professionnalisation ?
Devant la « chalandisation » généralisée, Patrick Macquaire, Salvatore
Maugeri et Jean-Marc Metin osent les questions qui fâchent : que
restet-il, de l’homme ou du travail, à sauver ? Allons-nous inexorablement
vers la fin du travail ? Et, au fait, à quoi sert le travail et en avons-nous
encore besoin ?
Nous le voyons tous les jours, les grands débats de société tournent
autour de ces questions : réformes des retraites, complexifications du
code du travail, aménagements du temps de travail, renégociations
de l’assurance chômage (tous les deux ans), négociations sur les
conditions de travail, les conventions collectives, les salaires minimums
et interprofessionnels, etc. Et l’on peut avoir, là aussi, l’impression de
mondes clos, avec leurs régimes spéciaux, ignorants les voisins plus
ou moins fortunés qu’eux quand ils ne les méprisent. Dans L’Obs
n° 2607 du 23 au 29 octobre 2014, notre premier ministre, Manuel
Valls, souhaite « en finir avec la gauche passéiste ». Ceci le regarde et
nous intéresse peu, mais il précise en fustigeant cette gauche qui, selon
lui, « s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi
marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses ». Foin de nostalgie,
mais fâché, il me revient ce postulat de notre maître et ami Jean Oury
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ÉDIT ORIAL10 n°33 – jan vier 2015
(1924-2014) évoquant la psychanalyse comme « un alphabet pour la
psychiatrie » et la lecture de Marx comme préalable à toute analyse
économique sérieuse. Espiègle, il disait souvent : « Je marche sur deux
pieds, Freud et Marx, le premier me permet de réfléchir l’aliénation
psychique, le second l’aliénation sociale. » Que nous reste-t-il pour
eréfléchir les aliénations en ce XXI siècle ?
Cultures_et_societes_33_corr_16_decembre_OK.indd 10 16/12/2014 17:31Péguy mis en pièces
Portrait de Péguy en : « djihadiste catholique », « terroriste »,
« intégriste », « suicidaire », « raté », « frustré sexuel », « branlé des
milliers de fois », « S.B. = Sans Bite » – et « charlot », « hurluberlu »,
« fou », dans : L'Amitié Charles Péguy n° 146, avril-juin 2014, « Dossier
Yann Moix et Péguy », p. 115-151.
Roger Dadoun
« Effarés et incrédules » – ce récent propos du Pape François
découvrant les massacres des chrétiens d’Irak par les « djihadistes »
d’un pseudo-« État islamique » fanatique de l’égorgement renommé
Daech – nous pourrions, toutes proportions gardées, les appliquer avec
un peu moins de naïveté à l’effarante et inimaginable incrédulité que
suscite en nous le numéro 146, avril-juin 2014 de L’Amitié Charles
Péguy (ACP) : un dossier-scoop, par trois auteurs, consacré à un nom
d’écrivain, affiché sur couverture et six fois cité dans la table des
matières, qui revendique, par complices interposés, qu’on lui fasse
« place » dans L’Amitié Charles Péguy : « sa place, toute sa place, une
place à lui », comme le martèle son émissaire ou commissaire, en tout
cas celui qui sert de commis, tandis qu’un « Thiers » intervient avec un
quatrième article en évoquant on ne sait quelle fumeuse « empathie »
de « communauté de génération » (Péguy, plus « exact », dirait, il l’a
dit : « jeunes gens » ou jeunes loups aux dents longues). Ne ressentant
ni « empathie » ni mentalité d’ouvreuse, je me contenterai, par stricte
nécessité éthico-politique [m’appuyant, entre autres – au vu de la
graveleuse promiscuité que représente en son principe même le duetto
« Péguy et Heidegger » annoncé en ouverture – sur la substantielle
étude d’Emmanuel Faye, Heidegger, l’introduction du nazisme dans
la philosophie (Albin Michel, 2005), ainsi que sur mon bref essai,
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SI TU T ’ IMA GINES … 12 n°33 – jan vier 2015
« Héraclitiques. Du Denken en-tant-que-bunker-stukas & panzer :
ailesheil du “penser” en-tant-que-tank », dans : Heidegger, le berger du
néant (Homnisphères, 2007)], de rappeler, donc, mon active et plus que
semi-séculaire familiarité critique avec l’œuvre et la pensée de Péguy,
auquel Cultures & Sociétés a consacré un « (Re)découvrir », n° 6,
avril 2008, ainsi que l’inspiration du dossier « Révoltes, Résistances
– Réparation ! », n° 27, juillet 2013, présenté lors d’une rencontre à
Chartres (on y chercha en vain la moindre lueur de godillot péguyen).
Ce qui importe aujourd’hui avec ce « dossier » du n° 146, c’est qu’il
fait injure à l’« honneur » même de la personne et écrivain Péguy –
j’avance ce mot « » pour la première fois, excipant, si besoin
est, de ma qualité de membre du Comité d’HONNEUR (honorifique) de
L'Amitié Charles Péguy (ACP).
Heidegger, philosophe nazi accolé à Péguy
De l'Obscénité
S’affiche en gravité, extrait d’une contribution de l’écrivain Yann
Moix (Y.M., ici nommé « l’auteur »), le gros (gross) titre « Péguy et
Heidegger » qui ouvre – et plombe – le dossier : il se veut, par virile
volonté, à la fois morceau de bravoure, provocation « inauguriale » et
bavassante bavure (dégradés textuels-sexuels qui veulent « choquer » :
registre de l'obscénité). Premier coup de force, avec le label de tête
Heidegger (H.) : le nom, qu’on sait retentissant, du philosophe allemand
nazi, coqueluche de divers milieux philosophiques et culturels français,
« fascinés » par cette tête hautement couronnée du titre tant radoté :
« l’un des plus grands penseurs de tous les temps » (ce dernier propos est
avancé, pesanteur de l’habitude, par Jambet dans sa pourtant judicieuse
préface au livre de Farias, Heidegger et le nazisme, Verdier, 1987) – ce
nom de H. ne peut que résonner agressif, délirant et mortifère face à
Péguy poids plume.
C’est à qui, sur le H. philosophe&nazi (glu de l’esperluette),
passerait la brosse à lire et à reluire, multipliant à loisir les idiomes
des dictionnaires franco-allemands, la plupart s’en tenant au seul
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Dasein (traduction : « ce qui se montre là » – on est d’emblée sur le
plat terrain tautologique, le socle oraculaire pléonastique même),
sachant qu’on peut avec (le dit Dasein) se le jouer : « catégorial »,
« historial », « existential », « aventurial », « destinal » – « racial » ad
libitum ( un « génital » « SB », qui sera bientôt exhibé, laisse place à
un « excrémental » régressif, sur fondement freudien, opposé au
progressiste « spiritual » de l’attristant spirituel essai de Derrida De
l’esprit, 1987). H. l’avait dit, dans Der Spiegel (entretien donné en
1966, mais publié seulement en 1976, au lendemain de sa mort, ainsi
qu’il l’avait exigé) : « C’est une chose que les Français aujourd’hui
me confirment sans cesse. Quand ils commencent à penser, ils parlent
allemand : ils assurent qu’ils n’y arriveraient pas dans leur langue. »
Or donc, comme ça, en ce commémorateur ACP n° 146, on
accouplerait, quasi matrimonialement, s’ecstasyant sur une farfelue
posture d’« être-de-compagnie », « Péguy et Heidegger » ? Pareil
couper-coller serait « naturel » ? Ou bien, ouvrant-couvrant d’un noir
voilement « djihadiste » ce menottant et flicard appariement, ne faut-il
pas plutôt y voir l’expression, le symptôme, l’ « en jeter plein la vue »,
d’un Ça sournoisement encagé en même temps que tout trémulant de
grenouiller en poreuse ACP ? Ouvrir-couvrir le « djihadisme » – c’est
cela qui, dans ces textes, en une crasse ambigüité, frappe, effare, cette
espèce d’Unbewust, « une-bévue » lacanoïde, de l’inconscient mis à
nu et prodigue en turbulences et lapsus (Nu descendant, comme tant
d’autres, l’escalier des médias barboteurs en eaux grasses – vision
médiastrique prémonitoire, par Marcel Duchamp, des actuelles frénésies
de narcissisme, exhibitionnisme, écholalies, flagorneries, grivèleries).
Pour faire venir au jour cette grossière (gross) bévue, je ferai fort
usage d’italiques, « guillemets », citations, références – comme, en son
temps (La Quinzaine littéraire, mars 1981), pour démonter le « portrait
robot rabique » du Péguy hargneusement traficoté par le critique Henri
Guillemin.
À mourir de rire, s’esclafferait notre riant Nietzsche. Ecce homo :
l’homme, le voici, le philosophe nazi Heidegger (H.), inscrit au Parti
national-socialiste de 1933 à 1945, soit douze années d’hitlérisme,
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SI TU T ’ IMA GINES … 14 n°33 – jan vier 2015
massacres et exterminations ; homme d’appareil universitaire vite
emmonté Recteur en graine et grade hitlériens, sur-monté Führer de
l'université ; nationaliste volontaire-autoritaire-totalitaire cultivant
trilogi quement Sol Sang Race (Boden Blud Rasse – sur glorification popu
du fond et de la forme Volk, « peuple ») ; admirateur (disciple) du
« charismatique » prédicateur catholique (« trublion » savonarolesque,
celui-là) férocement antisémitique Abraham a Sancta Clara, dont il a
« introjecté » tant précocement que sénilement « au plus profond » de
lui-même la « tête de génie » (Farias précise les deux saints pôles de cet
attachement, de cet agrippement dans le temps : 1910, « premier écrit »
de H. sur Abraham ; 1964, « retour » de H. sur Abraham, conférence
à Messkirch) ; stakhanoviste de la publication : l’Intégrale compte
quelque 120 ou 130 volumes, bien d’autres textes demeurent inédits,
censurés, prêts à rebondir. Viennent de paraître en 2014 en Allemagne
les Cahiers noirs (traduction récente : Heidegger et l'antisémitisme.
Sur les « Cahiers Noirs », de Peter Trawny, Seuil) : quelques extraits
évacuent vite doutes ou tergiversations – ils le montrent acharné
à produire une espèce d’ontologie de l'anéantissement des Juifs,
à métaphysiquer un antisémitisme-monde cheminant en « nuit et
brouillard » dans l’apocalyptique tête-de-mort d’un
H.-aux-cheminsqui-ne-mènent-nulle-part, sinon, historiquement, à l’extermination ;
habile à faire rentrer le fric (traitement et primes, conférences, vente de
manuscrits, droits d’auteur) dans sa paysanne Hütte sous le nattier de
la servante au grand cœur à quatre branches Elfriede, la fidèle épouse
nazie de la première à la dernière heure, féminisme et adultère mâle
inclus…
C’est donc ce si célébré philosophe nazi que le dossier ACP 146
présente en « rencontre », à « proximité », « rapproché », « voisinant »,
en « dialogue », accolé ou collé à l’ « introuvable » écrivain français
socialiste libertaire Péguy, adversaire irréductible des antisémitismes
autant hurleurs et rageurs en rue (« mort aux Juifs ») que sournois
rampants rongeurs (ah, au Congrès des Organisations socialistes de
1899, ces guesdistes du POF profilés, sous le regard du tout jeune délégué
du Groupe d'études sociales des anciens élèves du lycée d'Orléans,
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