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L'identité à l'épreuve de l'exclusion socioprofessionnelle

De
271 pages
Plus qu'une mise à l'écart, l'exclusion professionnelle est une faillite du processus identitaire : incapables de liens individuels, les exclus professionnels ne sont... nulle part : leur inutilité encombre ; cliniquement malades, ils révèlent un potentiel pathogène considérable. La recherche révèle que la perte de travail représente la perte d'un contenu (l'activité), d'un contenant (l'institution) et d'une sociabilité (la relation) : le travail est structurant et générateur identitaire. Elle montre aussi qu'il est possible "de s'en sortir"...
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L'Identité à l'épreuve de l'exclusion socioprofessionnelle

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Grzegorz J. KACZVNSKI, La connaissance comme profession. La démarche sociologique de F. Znaniecki, 2008. Marie-Claude MAUREL et Françoise MAYER (sous la dir.), L'Europe et ses représentations du passé. Les tourments de la mémoire, 2008. F. DERVIN et A. LJALIKOV A (Sous la dir.), Regards sur les mondes hypermobiles,2008. Fabrice HAMELIN, Élodie PINSARD, Isabelle RAGOT et Bérangère VÉRON, Les radars et nous, 2008.

Trinh VAN THAO, Vietnam, du confucianisme au communisme, 2008. Thierry GUILBERT, Le Discours idéologique ou la Force de l'évidence, 2007. Roland GUILLON, Sociologie critique d'un socialisme de gouvernance,2008. Audrey ROBIN, Les filles de ba,!lieue populaire. Footballeuses et « garçonnes» de «cité»: «mauvais genre» ou «nouveau genre », 2007. Marie-Thérèse RAPIAU, Stéphane RIMLINGER, Nelly STEPHAN, Quel marché du travail en agriculture, en agroalimentaire et en environnement pour les techniciens, les ingénieurs et les cadres?, 2007. Nathalie COULON et Geneviève CRESSON (coordonné par), La petite enfance. Entre familles et crèches, entre sexe et genre, 2007. Stéphane MÉRY, Un filet et des sports. Approches sociologique, historique, prospective, comportementaliste, 2007. Frédérik MISPELBLOM BEYER, Travailler c'est lutter, 2007. Yann LE BllIAN, Construction sociale et stigmatisation de la «femme noire », 2007.

Patricia Welnowski-Michelet

L'Identité à l'épreuve de l'exclusion socioprofessionnelle

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04451-7 EAN : 9782296044517

Remerciements

Je voudrais adresser mes plus sincères remerciements

. .

à Monsieur Jean-Sébastien Morvan, mon Directeur de thèse, Psychologue clinicien, Professeur émérite à la faculté des Sciences humaines et Sociales-Sorbonne de l'Université René Descartes-Paris V. à Monsieur Gérard Vergnaud, Directeur de recherche Spécialiste de psychologie cognitive et de didactique, de ma soutenance. émérite au CNRS. Président du Jury

. . . .

à Monsieur Alain Baubion-Broye, Professeur de Psychologie à l'Université de Toulouse Le Mirail, Directeur de la formation doctorale et Directeur du Laboratoire « Personnalisation et changements sociaux à Monsieur Yves Clot, Professeur titulaire de la Chaire de psychologie du travail au CNAM, Membre du Conseil National des Universités pour la section 16 (Psychologie), membre du jury de ma soutenance. à Monsieur Christophe Dejours, Psychiatre, Psychanalyste, Professeur titulaire de la Chaire de Psychanalyse-Santé- Travail au CNAM. à l'ensemble Apprentissage) des doctorants du Laboratoire EDA (Éducation

.
je remercie chaleureusement membres de ma famille: Jacques, mon mari, ma Jean-Luc, Pierre-Jean,

Plus personnellement, mère, et les autres Aymerick.

Enfin, mes pensées vont à mon père, à qui je dédie cet ouvrage.

à la mémoire de mon père

Table des Matières

RE M ER CIEM ENTS TABLE DES MA TIÈRES PARTIE I - INTRODUCTION PRÉAMBULE ORIGINES DELARECHERCHE L 'activité projèss ionnelie L 'histoirefam iliale Une sensib ilité clinique GÉNÉRALE

...

7 11 17 18 18 .19 20 20
21 22 à celles du

LES REPRÉSENTATIONS CHÔMAGEET DU CHÔMEURDE LONGUEDURÉE DU Les représentations « hand icapé » du chômeur de longue durée confrontées

CHAPITRE I - G ÉNÉRALITÉS CHAMPS DERECHERCHE. Le problème de l 'exclusion La question de l'identité Postulat de départ CHAPITRE II ...

27 27 30 31 32 35
36

-

PRO BLÉ MA TISA TI ON

LA POPULATION ÉTUDIÉE Les demandeurs Les ex-chômeurs
Emp 10 i et trava

d'emploi,

au chômage depuis au moins deux années

37 39 39

de longue durée, réintégrés

VERS L'EXCLUSIONSOCIOPROFESSIONNELLE

il. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. ... .. . .. .. . .. . . .. .. . .. . . . .. . . . . . . ... . ... .. .. . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . .. 39

La perte d'un « code » La perte d'objets d'identification L'identité des chômeurs L'identité du chômeur... en crise? VERSLARÉINTÉGRATION SOCIOPROFESSIONNELLE « Réinsertion» ou « réintégration» socioprofessionnelle L'institution ANPE

41 45 46 46 48 48 49

Il

Le retour à l 'emploi
PARTIE II

0'

50
53

- ADO RD

THÉO RI Q DE

CHAPITRE III

- L'EXCLUSION
- L'ID
ENTITÉ

SOCIOPROFESSIONNELLE

55
60

RÉFLEXIONS THÉORIQUES ET CONCEPTUELLES LIÉES À L'EXCLUSION CHAPITRE IV

63

LANOTION D'IDENTITÉ Sur le plan psychanalytique.. L'ide ntité personnelle Entre processus d'unification et processus de rupture La socialisation... phénomène de construction identitaire L'identité globale et l'identité professionnelle La crise identita ire Crise identitaire... Crise psychique EN RÉsuMÉ

63 63 67 70 72 73 74 74

...77 81
81 82 86 86 87 87 88 89

CHAPITRE V - LE TRAVAIL
LA CENTRALITÉDU TRAVAIL Lafin du travail... ou de l'emploi? La nature des changements dans le travail La perte du travaiL.. et l'exclusion socioprofessionnelle Le travail et l'institution Définition de l'institution L'homme et l'institution EN RÉSUMÉ CHAPITRE VI

- LE CH Ô MAG E
..

91
91 93

ADAPTATION DES INSTITUTIONS AU CHÔMAGE STRUCTUREL UNE CRISE IDENTITAIRE DE TYPE ACCIDENTEL DEUIL ET TRANSITION PSYCHO SOCIALE

93 99
99 100

CHAPITRE vn - LE TRAVAIL DE DEVIL
L'IDENTITÉ PROFESSIONNELLE:UN OBJETPSYCHANALYTIQUE LE TRAVAILDU DEUIL SURLE PLANDE LA THÉORIE

La période du « choc » La période de la dépression La période du rétab /issement

101 101 102

12

LE TRAVAIL DE DEUIL DE L'IDENTITÉ PROFESSIONNELLE ANTÉRIEURE

103

La nature de la relation au travail L'acceptation du principe de réalité Qualité de l'étayage de l'environnement proche EN RÉSUMÉ CHAPITRE VIII

103 104 105 107 111

-

LA RÉSILIENCE
"

DÉFINITIONDE LA RÉSILIENCE
DE LA RÉSILIENCE DE L'EXCLU
. . . . . . ..

111
SOCIOPROFESSIONNEL
.. . .. . . . .. ... .. . . . .. ... ..

DE LONGUE

DURÉE RÉINTÉGRÉ

. . . . . .. . .. .. . . . . . .. . . . . . . .. . . . . .. . . ..

.. . .. . ... . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . ... .. .. . . .. 112

CHAPITRE IX - HYPOTHÈS E
LES HYPOTHÈSES DE RECHERCHE

115
115

CHAPITRE

X

- LE DISPOSITIF
« rencontrées » clin ique

MÉTHODOLOGIQUE

119
119 120 .122 122 123 124 125 ..126 126 126 .127

DISPOSITIFDE RECUEILDESDONNÉES Les personnes L'approche

Les origines théoriques de la méthode choisie La nature du matériel clinique recueilli Langage verbal: limites et atouts L'entretien: une situation transférentielle Traitement des données et modalités Une vision globale... Prise en compte de la dimension inconsciente... mais pas « interprétation» Limite méthodologique PARTIE III - É TUD EDE TERRAIN

12 9

CHAPITRE XI - L'ANALYSE DES ENTRETIENS PRÉALABLE. ... CAS~ 1 ANTOINE ... Parcours de vie Les effets psychiques de l'exclusion professionnelle Les mécanismes psychiques de la réintégration professionnelle Conclusion du cas nO-1- Antoine CASN° Il - PASCAL Parcours de vie. Les effets psychiques de l'exclusion professionnelle

131 131 .132 132 138 139 140 142 .142 144

13

Les mécanismes de la réintégration professionnelle Conclusion du cas n° -11- Pascal CASN° 14 THOMAS Parcours de vie Les effets psychiques de l'exclusion professionnelle Conclusion du cas n° -14 - Thomas CAS~ 15 VIRGINIE ... ... Conclusion du cas n° -15 - Virginie CHAPITRE XII

145 147 148 148 149 ..151 .....154 154 159
161 162 163 164 167

- RÉSULTATS

RAPPEL DE LA POPULATION ÉTUDIÉE MODE D'ÉVALUATION UTILISÉ POUR L' ANALYSE TABLEAU DE LA DÉSTRUCTURATION IDENTITAIRE (RÉSULTATS) TABLEAU DE LA DYNAMIQUE IDENTITAIRE NOUVELLE (RÉSULTATS) UNE RÉORGANISATION DU SYSTÈME DE VALEURS

La valeur travail La valeur: La valeur: La valeur: La valeur: EN RÉSUMÉ «sécurité «famille »

... de l'emploi»

169 172 172 174 175 176 et « prise de risque » 177 17 8 179 179 179 180 181 181 touchée 182 184 185 ... ... .187 188 188 ... ...... 189 190 190

La famille comme valeur-refuge « sécurité au niveau du logement» « prise d'initiative» La valeur « santé »

LES MANIFESTATIONS LA CRISEIDENTIT DE AIRE L'identité Le licenciement Le changement d'orientation forcé Le divorce La rupture familiale La rupture sociale La« cohérence de soi »... est fortement La « diversité »... est très appauvrie « L'estime de soi»... EN RÉsuMÉ.. Première remarque Deuxième remarque Troisième remarque Quatrième remarque LE SYNDROMEDU CHÔMEURDE LONGUEDURÉE
14

de l'exclu de longue durée du travail marque cinq types de rupture .179

très diminuée ... ...

Troubles psychosomatiques Perturbation du temps Troubles du sommeil... Difficulté de se plier à des ..horaires Perturbation de l'espace Perte d'énergie: fatigabilité, hypocondrie... Prise ou perte de poids Dépendance médicamenteuse et prise de substances psychoactives Déficience cognitive Sentiment de dévalorisation Des mécanismes EN RÉsuMÉ LA DYNAMIQUEDU TRAVAILDE DEUIL
PRÉSENCE D'UN ESPACE EXTÉRIEUR« SUFFISAMMENT BON» REMPLISSANT LES

191 191 192 193 193 193 193 194 195 ..195 de soi... 195 197 .19 8 201 205 206 206 207 208 208 209 212 214

d'accusation

Une angoisse de séparation...

FONCTIONSDE CONTENANTET D'ÉTAYAGE L'espace: «famille » L'impact sur l' environnement familial Les rôles de la famille L'espace « formation » L' effet Formation Des « espaces intermédiaires».. Les institutions (I 'ANPE, l'ASSEDIC...) Les espaces sociaux et amicaux

PARTIE IV - CON CLUSION CON CLUSION G ÉNÉRALE
HYPOTHÈSECONFIRMÉE CLARIFICATIONDE PROBLÉMATIQUE AJUSTEMENTDE L'HYPOTHÈSE ET

217 219
..219 220

Pas de lutte contre le chômage 220 Le travail sans emploi et l'emploi sans travail... 220 Le « chômage d'entreprise » 221 « Le bénévolat » 223 La phase d'exclusion professionnelle: la déstructuration identitaire 225 La phase de réintégration socioprofessionnelle: la restructuration identitaire 227 L 'hypothèse finale 229 LIMITES DELARECHERCHE .229 Approche elinique monodisciplinaire . 229 15

B énéfi ces ec 0nda ire? CHAMPSD' APPLICATIONSPOSSIBLES... Nouveaux critères pour « dispositifs d'insertion» Avant tout une dynaIIlique Autre point: la g10 balité Le temps, facteur de maturation Un conseiller référent.. Des objectifs spécifiques pédagogiques... « Stimuler les capacités cognitives » « S'approprier et s'inscrire dans son environnement» « Optimiser la dynaIIlisation » « Créer de nouveaux liens sociaux et développer la capacité à communiquer» Illus fration de deux dispositifs complé menta ires Le Bilan de compétences Un dispositif de suivi au sein de l'entreprise La compétence EN RÉsuMÉ. EN GUISEDE CONCLUSION du personnel d'insertion existants

230 233 233 234 235 235 236 236 236 237 238 238 239 239 240 241 .242 .243

BI BLIOGRAP HIE RETRANSCRIPTION INTÉGRALE D'UN ENTRETIEN
ENTRETIEN~ 1 -

247 257

ANTOINE.

...

...

.....25 7

16

PARTIE I
Introduction générale

Ce chapitre présente

la recherche par quelques

déterminants

de son cheminement:

origines

motivationnelles,
du demandeur

personnelles,
d'emploi

professionnelles,

ainsi
DELD).

que

les

représentations

de longue durée (nommé

Préal11bule
Le chômage de longue durée incite à s'interroger sur ce qui constitue le fond même de l'être humain et de l'humanité: le travail est-il moyen ou raison de vivre (ou les deux) ? Le chômage ôte, pour partie (pour ceux qui bénéficient d'indemnités) ou en tout, les moyens de vivre et la totalité des raisons de vivre: notre cœur nous fait crier à l'inacceptable; la raison du chercheur conclura-t-elle au déraisonnable? La société et son économie sont victimes du chômage. Cependant, elles ne sont pas des entités pures; des intérêts et des visions multiples les traversent. Certains y situent l'origine du chômage. D'autres la voient dans la nature même de l'homme1: «fainéant », «profiteur », son «inadéquation au milieu» . .. Inadéquation de l'homme à la vie sociale ou inadéquation de la société actuelle à l'humain? Cette recherche se limite à la compréhension du phénomène identitaire, confronté au chômage de longue durée et au parcours de « réintégration» socioprofessionnelle de l'individu qui y a été soumis.. .

Origines

de la recherche

L'intérêt que je2 porte au chômage a certainement ses sources dans mon expérience professionnelle. Confrontée au vécu douloureux de chômeurs de longue durée, j'ai souhaité approfondir cette question, essentiellement d'un point de vue clinique.

« L'homme», lorsqu'il est utilisé au singulier, ne signifie pas l'individu du sexe masculin, mais l'espèce humaine en général, l'être humain. 2 Le « moi » et le «je» sont ici volontairement utilisés pour me permettre d'exposer ma propre motivation. Le « nous» (dit de modestie) sera immédiatement repris pour poursuivre ce travail de recherche. 18

L'activité professionnelle
Consultante et formatrice pour adultes, de 1990 à 2000 j'ai animé, entre autres, des séminaires d'orientation pour demandeurs d'emploi en grandes difficultés d'insertion (chômeurs de longue durée, RMlstes...). Leurs vécus « Zolaien »3 quasi généraux, désespérés et crus, ont interpellé ma sensibilité clinique et m'ont portée à réfléchir aux drames inhumains, personnels, dont j'étais témoin. Ce public m'était jusqu'alors inconnu. Il m'a très vite passionnée. Tous les chômeurs rencontrés (cadres, employés, ouvriers, artisans, etc.) étaient touchés: d'origines géographiques et culturelles (française comme étrangère), jeunes, moins jeunes, comme proches de la retraite. Toutes ces histoires de vie, dans leurs originalités, m'ont interpellée au titre de leurs caractères communs. Chargée de mobiliser ce public dans une démarche de projet professionnel, je me suis heurtée à leur absence L'action, multiforme, complexe, de long terme, impliquait l'individu et un dispositif environnemental d'accompagnement; j'étais démunie. Ma formation d'orientation, de conduite de projet et de connaissances certainement facilité mon approche de cette douloureuse mes résultats ont été appréciés bien qu'insatisfaisants pourquoi cette quasi-impossibilité de retrouver un emploi? réorientation, de motivationnelle. la motivation de motivationnel aux méthodes psychologiques, a problématique; à mon regard:

Les souffrances psychiques de ces « exclus », leurs difficultés me laissaient entrevoir l'immense chantier de cette formation pour adultes, ce qui a donné jour à ma démarche de recherche universitaire: comprendre le problème posé, en extraire les enseignements, pour élaborer des applications efficaces, dans le cadre de la Formation Professionnelle Continue4, notamment des dispositifs d'insertion. J'ai privilégié la relation clinique et psychanalytique, pour mieux comprendre les aller-retour inter et intra-psychiques mobilisés par les chômeurs et parce que je constatais, dans les dispositifs existants, nombre de dysfonctionnements majeurs: de types structurel et fonc~onnel, dans la

3

En référence aux descriptions apocalyptiques de la condition ouvrière de l' œuvre d'Emile Zola. 4 FPC: La loi sur la Formation Professionnelle Continue a été initialisée en 1971 et a subi des évolutions importantes depuis.

19

communication, dans la compréhension de l'autre, dans les comportements et les représentations des différents types d'acteurs. Mon investissement de chercheur est, bien sûr, une manière de poursuivre ma lutte contre ce «gâchis» et ces souffrances humaines insupportables. Cependant, celle-ci ne saurait tout expliquer...

L'histoire familiale
Mon histoire familiale a développé une sensibilité particulière au phénomène de marginalité et d'exclusion: de père polonais, immigré en 1926 (naturalisé français en 1949), de mère corse, je suis née en Algérie pour en être aussitôt déracinée en 1962. Cet héritage familial m'a transmis un sentiment d'exclusion; il a exacerbé besoin d'être intégrée et reconnue dans un environnement social stable. le

J'ai compris très tôt que les différences culturelles pouvaient représenter une richesse pour ceux qui savaient les comprendre et qu'elles devaient être respectées; ma sensibilité à ceux qui souffrent d'injustice, d'intolérance, d'exclusion, à quelque titre que ce soit, y a certainement ses racines.

Une sensibilité

clinique

Cette histoire explique sans doute aussi mon approche de « l'autre », celle de l'individu plus que celle des groupes; n'appartenant pas à des groupes forts et enracinés, mon approche de l'humain s'est plus facilement exprimée dans la relation individuelle, par la recherche de compréhension des phénomènes internes à l'individu: physique, physiologique, psychologique et psychanalytique. Ma rencontre avec l'exclusion a touché mon besoin de comprendre mon propre cheminement et a élargi ma première sphère d'intérêt: l'identité, cette construction de l'individu «dans» et «par» les groupes d'appartenance. Ainsi, l'explication du réel ne se réduisait pas à la maîtrise d'une seule discipline, d'un seul champ de connaissances; l'approche clinique, souvent minimisée, comportait un «réel» non pris en compte, explicatif de l'inefficacité des dispositifs existants. Ma démarche clinique d'orientation psychanalytique a privilégié comme mode de connaissance, une forme de regard, d'écoute, d'intuition. L'objet de recherche a été particulièrement délicat à repérer, à voir et à entendre, puis à 20

décrire. Il est constitué de « sujets» aux prises avec des situations sociales complexes. Au travers de leurs conduites et de leurs discours, des processus inconscients sont à l'œuvre, qui se développent à l'insu même des protagonistes et dont les effets ne sont lisibles ni pour le profane ni pour les sujets eux-mêmes. Les processus inconscients ne sont pas seulement inconnus et cachés, mais renvoient à des processus particulièrement étudiés par la psychanalyse. Ces phénomènes, même repérés, agissent avec une force et une intensité difficilement maîtrisables ; leurs effets sur des conduites persistent bien après la disparition des causes et, surtout, obéissent à une logique propre. Dans cette perspective, c'est avant tout la dimension inconsciente du sujet qui est signifiante; son appareil psychique avec ses diverses instances: sa charge pulsionnelle, ses fantasmes, ses mécanismes propres. Or, l'appareil psychique, parce qu'abstrait, est inobservable. La théorie de la psychanalyse nous en révèle la construction et les mécanismes; en nous y appuyant, nous pouvons en appréhender les phénomènes. À tout le moins, est-elle indispensable à l'explicitation de la présente problématique. Le choix de cette approche s'est révélé d'une grande pertinence. Il serait cependant intéressant, dans une recherche future, plus large, d'y associer d'autres approches méthodologiques. L'étude de terrain m'a permis d'approfondir psychologique et pédagogique des sujets chercheur sur le terrain et, surtout, son situations concrètes. J'ai mis à l'épreuve engagé une réflexion individuelle précise clinique. la maîtrise de la prise en charge en difficulté, le rôle qu'occupe le implication personnelle dans les les bases théoriques retenues et sur les dimensions de la relation

Les représentations du chôInage et du chôIneur de longue durée
Les représentations des chômeurs de longue durée que possèdent les agents de l'insertion et, en général, l'environnement sociétal, étaient souvent à l'opposé des miennes, praticienne formatrice, intervenante dans des dispositifs d'insertion; ces représentations ont largement motivé mon envie d'identifier la réalité psychique vécue par les chômeurs de longue durée, invisible pour leur entourage.

21

« Univers organisé d'opinions et de croyances, ce que pensent des individus ou des groupes d'un objet significatif, image qu'a un sujet, à un moment donné, d'un objet ou d'un phénomène, produit et processus d'une activité de construction mentale du réel» 5, La représentation est une construction originale effectuée par chacun, à partir d'informations fournies par ses sens, son environnement et sa propre structure intellectuelle. Elle est à la fois individuelle et sociale. Elle a une signification pour celui qui la construit, en même temps qu'elle traduit la façon dont il interprète le monde. Elle est toujours en construction et reconstruction, en création et interprétation du sujet, par rapport à un élément de son environnement.

Les représentations du chômeur de longue durée cotifrontées à celles du « handicapé »6
Jean-Sébastien Morvan7 a étudié spécifiquement la déficience mentale, mais ses résultats peuvent s'appliquer à d'autres champs, notamment celui de l'exclusion socioprofessionnelle. En s'appuyant sur ses résultats d'approches cliniques, un rapide tour d'horizon des représentations du chômeur de longue durée peut être fait par confrontation à celles du «handicapé 8», proches sur bien des aspects. Selon J .-5. Morvan, cinq catégories d'images sous-tendent les représentations des personnes « handicapées ». Elles sont liées à l'objet du handicap, aux symptômes, aux déficiences, à ce qui est observable dans les fonctionnalités, les relations et les inadaptations sociales. « L'image l'accent mentale sémiologique» est celle, pour le handicap physique, qui met

sur le corps atteint, impotent et impuissant, pour la déficience (mongolisme, autisme et folie), qui donne lieu aux images

KAËS, R. (1968). Images de la culture chez les ouvriers français. Thèse de 3e. Cycle ss la dir. Serge Moscovici. Ed. Cujas. 6 Etude réalisée à partir d'un article de BAZIER, G. ; MERCIER, M. Représentations sociales du handicap et de la mise au travail des personnes handicapéeS. Site de la Faculté de médecine - Département de psychologie FUNDP - Namur: <http. www.medecineJundp.ac.be .psycho/index.html> 7 J .-5. MORVAN, psychologue clinicien, professeur émérite à la faculté des sciences humaines et sociales-Sorbonne de l'Université René Descartes-Paris Va dirigé ma thèse. 8 Le mot « handicapé» est ici mis entre guillemets pour éviter l'identification du handicap à la personne porteuse.

22

prégnantes. C'est donc sur la déficience, en pathologies, que l'accent est mis. Le manque correspond, pour le chômeur, aux manques de d'adaptation. Nous retrouvons ainsi, pour les idée: elles n'ont pas les potentialités susceptibles dynamique évolutive et de progrès.

termes de manques et de d'emploi, bien qu'exogène, compétences et de capacités deux populations, la même de se développer, dans une

Dans « l'image figure porteuse», les personnes « handicapées» sont perçues comme des enfants (même les adultes) incapables de s'insérer et d'être autonomes par leurs propres forces, dans la vie sociale. Il en est de même des chômeurs de longue durée, avec qui des relations infantilisantes sont développées. Elle se réfère à une image négative de l'enfant en tant que manques... alors que cette image devrait aussi évoquer le dynamisme et la capacité d'évolution que l'on attribue à l'enfant normal. «L'image secondaire» traduit le retentissement du handicap. Pour la personne « handicapée» physique, l'accent est mis sur l'assistance technique et l'objet palliatif (à la fois corps étranger et prolongement de soi, objet réparateur et compensateur) qui constituent et déterminent l'image que l'on a de ces personnes. La personne déficiente mentale et le chômeur de longue durée renvoient, par contre, à une image secondaire de mondes clos et d'enfermements affectifs, sans doute parce que l'on veut prendre ses distances vis-à-vis d'elles, affirmer sa différence et éviter la proximité, la ressemblance, l'association. Pour le handicap physique, il s'agit donc d'une approche fonctionnelle où l'assistance technique rétablit certaines capacités, mais maintient l'image négative de dépendance, de difficulté relationnelle, de différence stéréotypée, visualisée par les techniques palliatives. Les mondes clos de la personne déficiente mentale comme du chômeur et leurs différences d'avec « la norme» sont renforcés par les incapacités, scolaires pour l'une, d'intégration professionnelle pour l'autre. «L'image affective» représente le vécu affectif de la personne « handicapée». Le handicap physique véhicule une image de vouloir-vivre, de volonté de s'adapter, de capacité d'autonomie. La déficience mentale ainsi que le chômeur renvoient à l'image affective vide, de dépression, de manque d'envie de se battre et de s'adapter. L'image affective est donc positive pour la personne «handicapée» physique et contraste d'avec les images négatives de la personne déficiente mentale comme de la personne sans emploi. « L'image relationnelle» sous-tend les relations étudiées (relation à l'objet, au sujet chômeur, en ce qui nous concerne) que les autres ont avec la 23

personne en question. Un sentiment de malaise et d'inadaptation de la société prévaut à propos de la personne « handicapée» physique; pour la personne déficiente mentale, c'est le rejet qui prédomine et pour le chômeur, c'est l'isolement, l'ignorance. La capacité de relation avec le chômeur comme avec la personne déficiente mentale est attribuée aux « experts » (ici de l'insertion). Les deux dernières images sont les plus handicapantes. Elles traduisent le vécu affectif du chômage, attribuant des affects au chômeur et identifiant son propre malaise par rapport au chômage. Les images de désavantage, d'inadaptation, de crainte, de malaise, prédominent pour la personne déficiente mentale ainsi que pour le chômeur de longue durée; chez la personne «handicapée» physique, elles sont atténuées par leur désir de vivre en autonomie. Ces images se regroupent et s'articulent pour former des représentations sociales, elles-mêmes liées à nos modèles culturels, nos idéologies et nos connaissances spécifiques de l'objet. Nos représentations déterminent notre conception du chômage, ainsi que nos relations sociales avec les chômeurs. Elles véhiculent nos idéologies et nos stéréotypes culturels à propos des autres, dans leurs différences et leurs ressem blances. En confrontant les cinq types de représentations sociales que Jean-Sébastien Morvan met en évidence à propos du handicap, présentons celles qui correspondent à notre population étudiée:

.
III

des représentations qui sous-tendent et sont sous-tendues par des concepts qui classifient les handicaps (du chômeur de longue durée) ; des représentations différences; qui sont source d'exclusion, de rejets, de refus des

. .

des représentations qui renvoient le handicap à des problèmes techniques, humains, physiques, institutionnels ou de comportements individuels et sociaux; représentations qui notamment psychique; des représentations réduisent le handicap » la personne. à une souffrance,

18 des

qui « infantilisent

La combinaison de ces différentes représentations sociales génère des images complexes de la personne «handicapée ». Dans le cas de la personne 24

exclue du champ professionnel, nous entendons d'elle, qu'elle est « incompréhensible », « irritable », « responsable de son état », « incompétente », « inadaptable », « manquant de mobilité et de réalisme », bref « inemployable» ; le leitmotiv est: « celui qui veut vraiment travailler le peut» Signifiant que le « laissé-pour-compte» est un « fainéant », un « tricheur un « profiteur» ou encore un « pauvre type ». »,

Nous sommes là dans le champ culturel et idéologique, lié au champ relationnel et à la perception de «l'objet chômage ». Ces représentations ainsi que les images qui les sous-tendent rejoignent les représentations mises en évidence à partir de la confrontation des images du handicap physique et mental. «L'image sémiologique» et «l'image figure porteuse» mettent l'accent sur des déficiences et des manques; «l'image secondaire» « zoome» sur les incapacités, prises en charge par les prothèses et les objets palliatifs, (lesquels leur restituent des capacités). Il y a un souhait de dépassement des incapacités grâce à des aides physiques, humaines et institutionnelles. Chez le chômeur, c'est l'image d'incapacité (financière) du chômeur d'assumer sa vie matérielle: «l'assisté» et « le profiteur» ; on parle dans les milieux spécialisés «d'assistanat », alors qu'il s'agit de solidarité et d'autofinancement différé... Ici, plus que le souhait de dépasser l'incapacité d'assumer sa vie matérielle, le chômeur en a le besoin vital. De plus, nous verrons qu'il a impérativement besoin d'une aide extérieure pour dépasser ses handicaps. La relation d'aide, telle qu'elle apparaît dans les représentations sociales, établit une relation de communication. Les dispositifs d'insertion dont fait l'objet le demandeur d'emploi de longue durée, correspondent à des aides relationnelles sensées rétablir la communication avec les autres et avec luimême. Le professionnel de l'insertion jouerait alors le rôle de valorisation des personnes exclues alors que, parallèlement, il assume le rôle paradoxal de « censeur», de « gendarme», qui fait respecter les règles de l'institution mal aimante et mal-aimée. Les images affectives et relationnelles, ainsi que les représentations sociales d'exclusion, de rejet et de méconnaissance des différences ou des ressemblances déterminent les relations sociales et les relations individuelles du sujet, de la personne sans emploi avec son entourage. Alors que la personne « handicapée» physique est perçue à la fois positivement comme

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ayant la volonté de vivre et négativement comme enfermée dans sa souffrance, le chômeur est ressenti négativement comme enfermé dans son oisiveté et sans volonté pour en sortir. .. Si le regard des autres, concernant la personne « handicapée », reste un regard de malaise et de culpabilité, avec un sentiment d'inadaptation de et à la réalité sociale, celui concernant le chômeur demeure majoritairement un regard de condamnation et de rejet. D'un côté la personne déficiente mentale est perçue comme affectivement vide, comme source de malaises et de craintes pour les autres, de l'autre, le chômeur de longue durée est considéré comme affectivement dépendant, comme source de honte et de projection d'anxiété. Pourtant, la conscientisation des représentations sociales négatives et l'appui sur des représentations plus réelles, positives, permettraient de modifier ces relations, pour déboucher sur une communication émancipatrice. À l'instar des personnes « handicapées», les représentations des personnes sans emploi seraient améliorables par la modification du cadre juridique et administratif. Là est situé l'enjeu des valorisations des rôles sociaux, de créativité, de participation à la vie sociale, d'accompagnement, etc. Les changements de représentations et d'attitudes des professionnels sont susceptibles de transformer les relations pédagogiques et les connaissances scientifiques pour les introduire dans des relations de sujet à sujet. Une telle perspective nous semble fondamentale du point de vue de l'éducatif, du scientifique et de l'éthique, lorsqu'on aborde, comme dans cet ouvrage, la problématique de la réintégration socioprofessionnelle des chômeurs de longue durée. Une recherche spécifique mériterait d'être menée pour analyser les représentations sociales en vue de les modifier, en entreprises, chez les personnels de l'insertion et chez le législateur.

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Chapitre I

- Généralités

Dans ce chapitre, nous commencerons par identifier le contexte d'émergence de notre objet: l'exclusion socioprofessionnelle, pour ensuite définir la notion d'identité, très largement questionnée tout au long de la recherche et enfin, formuler le postulat de base sur lequel s'appuient notre réflexion et nos investigations, en relation avec les notions théoriques essentielles de l'étude: l'exclusion et l'identité.

Champs

de recherche
{{

Avec le chômage endémique que connaît notre société

développée », le phénomène d'exclusion de longue durée correspond certainement à son dysfonctionnement le plus profond. Il détruit l'individu psychiquement et physiquement, ainsi que l'environnement dans lequel celui-ci ne s'inscrit pl us. Les conséquences sont lourdes; elles concernent, certes, la dégradation des grands équilibres économiques et sociaux: déficit des caisses de sécurité sociale (augmentation des dépenses de santé), des retraites (diminution des cotisations) et du chômage. Elles s'accentuent du fait de ce {{ cisaillement» des dépenses/recettes. Elles engendrent également une véritable destruction sociale de l'environnement de l'exclu socioprofessionnel9, par une insécurité psychique et sociale, par une perte de confiance dans les valeurs sociétales et humaines, par une rupture relationnelle; mais surtout, et c'est ce qui motive la recherche, elles touchent l'individu dans sa réalité psychique et le marginalisent socialement, familialement... et de lui-même. Contre publics ces terribles effets, induits par la crise économique, les pouvoirs (avec l'ANPE10 ...) et les acteurs sociaux institutionnels ont mis en

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« L'exclu» est défini ici comme celui qui a perdu son activité socioprofessionnelle et l'ensemble de ses repères (sans statut professionnel, en perte de statut social et dans l'impossibilité d'utiliser les ressources de la société). 10 ANPE: Agence Nationale Pour l'Emploi.

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place différents dispositifsll et stages d'orientation professionnelle pour éviter l'exclusion totale à ce public ou qu'il ne touche des extrêmes d'où l'on ne revient plus ou trop rarement (alcoolisme, drogue, prostitution, maladie). Ces dispositifs qui ont pour but de lutter contre l'exclusion sociale et contre le chômage n'ont, hélas, pas l'efficacité recherchée. Même quand ils limitent leur ambition à la lutte contre l'exclusion sociale, on s'aperçoit que leurs prestations organisent une « rotation» plus rapide des chômeurs: de demandeurs d'emploi de longue durée (DELD), ils deviennent stagiaires de la Formation Professionnelle, pour revenir ensuite au « statut» initial de demandeurs d'emploi, mais nouvellement inscrits sur les listes. Ce brassage d'une population errant d'un stage à un autre, avec quelques réinsertions « accidentelles », améliore globalement la concurrencialité inter-chômeurs pour l'accession à l'emploi, mais ne peut prétendre lutter contre le chômage, n~étant pas créateur d'emploi. Même dans le cas où le demandeur crée sa propre structure d'emploi (souvent en désespoir de cause), il lui faut alors engager une lutte effrénée de sauvegarde de ce statut professionnel. Malheureusement, la majorité des petites entreprises s'effondre après deux ans çl'efforts surhumains. Ces échecs (dépôt de bilan, remboursement de dettes...) laissent des traumatismes indélébiles, notamment au plan psychologique, et retentissent alors comme l'ultime coup d'assommoir. Les dispositifs (tel que le PAREI2) accentuent la culpabilité du chômeur, au nom du principe de sa responsabilisation à sa recherche d'emploi: l'obligation d'acceptation d'une offre sous peine d'une suspension de ses droits à l'indemnité, lui fait porter la responsabilité même du chômage. Ce faisant, les pouvoirs publics considèrent le problème résolu: ils ne recherchent plus les causes profondes et moins encore les solutions à ce scandale humanitaire. Cependant, ces dispositifs permettent à certains bénéficiaires de garder « la tête hors de l'eau» et de stimuler des mouvements de survie. En cela, il y a effets positifs (ponctuels) ; le chômeur peut retrouver une confiance, des contraintes extérieures, une conscience de la nécessité d'un accompagnement personnel et ainsi maintenir un équilibre psychique, indispensable pour affronter l'épreuve; au mieux, cela constituera une aide

Il 12

Tels que le Module d'Orientation Approfondie - MOA. PARE: Plan d'Aide à la Recherche d'Emploi. 28

de prise en compte de ses valeurs, d'ajustement des moyens correspondants (formation...), d'acquisition de méthodes d'analyse du «réel» et des instruments d'action afin de maîtriser ses choix et d'en élaborer le cheminement. . . Néanmoins, malgré tous les efforts de resocialisation et de réinsertion professionnelle, le phénomène d'exclusion, tel un cancer, accentue sa dimension de phénomène destructif individuel et sociétal : la répétition de ces cycles (formation - emploi précaire - chômage) enfonce chaque fois un peu plus la personne. Le déclenchement du phénomène d'exclusion socioprofessionnelle est, par nature, externe à l'individu (sauf exception qui n'est pas l'objet d'étude). Ce premier niveau d'exclusion déclenche un phénomène général d'exclusion, de type sociétal, aux causes et mécanismes complexes: d'une part de nature externe, il est prolongement du rejet professionnel, constitutif de situations critiques, génératrices d'angoisse parce que subies comme des agressions; d'autre part de nature interne: mise hors travail, la victime mobilise nouvellement l'énergie libérée du travail disparu. Il n'est pas concevable en effet, d'isoler ou d'opposer le sujet de son environnement. Winnicott a dit «un bébé n'existe pas », mais existe une relation bébé-environnement. Pour le nourrisson, le sein de sa mère fait partie de l'environnement, tout autant que l'environnement fait partie de luL Pour le sujet-acteur, l'environnement ne peut pas être pure extériorité: il en fait partie et il le perçoit par la subjectivité de ses sens. Tout comme la perte d'un être cher est fondamentalement la perte d'une « partie de soi ». Perdre son emploi est aussi perdre une partie de soL.. C'est pourquoi ces deux causes (externes et internes) ne peuvent pas être opposées, mais associées au contraire, considérées globalement: le chômage structurel, source d'exclusion sociale, apparaît comme un élément de désorganisation, sociale et individuelle (l'individu pouvant être considéré comme un « système complexe»). Nous postulons que leur réorganisation exige construction de nouveaux référents; les anciens, n'étant plus opératoires13. un travail générateurs profond de d'une crise,

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Cf. LOjKINE, j. (1992). La Révolution informationnelle. Paris: PUF. 29