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L'IDEOLOGIE LIBERALE ET LES RAPPORTS NORD-SUD

De
272 pages
Cet ouvrage pousse jusqu'au bout la critique du discours de légitimation de l'ajustement structurel, il pose les jalons d'une éthique alternative susceptible de prendre au sérieux les caractéristiques positionnelles des différents acteurs de la scène internationale ; une éthique pouvant fonder la nécessité pour les différentes entités du Tiers monde de se créer un espace d'autonomie afin d'y rendre possibles des formes de vie choisies en connaissance des causes.
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L'IDÉOLOGIE LIBÉRALE
ET
LES RAPPORTS NORD-SUDCollection Forum du Tiers Monde
Déjà parus
AIT AMARA R, FOUNOU-TCHUlGOUA B.: (sous la direction de):
Agriculture africaine en crise dans ses rapports avec l'Etat, l'industria-
lisation et la paysannerie, 1989, préface de S. AMIN.
AIT AMARA H.: L'Agriculture méditerranéenne dans les rapports Nord-
Sud,1992.
AMIN S., FAIREA., MALKIN D.: Avenir industriel de l'Afrique, 1981.
AMIN S., La Faillite du développement en Afrique et dans le Tiers
Monde, une analyse politique, 1989.
AMIN S., Les Enjeux stratégiques en Méditerranée, 1992.
AMIN S., Mondialisation et accumulation, 1993.
AMIN S. (dir), Le Maghreb: enlisement ou nouveau départ?, 1996
AMIN S., Les déjïs de la mondialisation, 1996.
AMIN S., Critique de l'air du temps. Le cent cinquantième anniversaire
du manifeste communiste, 1997.
CASANOVA P. G., Etat et politique dans le tiers-monde, 1994.
CAPRON M., L'Europeface au Sud, les relations avec le monde arabe
et africain, 1991.
FOUNOU-TCHUlGOUAB., préface de S.AMIN., Fondements de l'éco-
nomie de traite au Sénégal, Silex, 1981.
HAMMOUDA RB., Les pensées uniques en économie, 1997.
KHENASS L, Le Défi énergétique en Méditerranée, 1992.
LAMINE GAKOU M., Crise de l'agriculture africaine, Silex, 1984.
NOHRA E, Théories du capitalisme mondial, 1997.
SARR Fatou, L'entrepreneur féminin au Sénégal, 1998.
YACHIR E, Crise des théories et des idéologies de développement. E, Crise et redéploiement dans la sidérurgie, Silex, 1984,
préface de S. Amin.
YACHIR E, L'Europe du Sud et le Monde arabe, au défi des
technologies nouvelles, 1992.
YACHIR E, La méditerranée dans la révolution technologique, 1992.
ZAROUR C, préface de S. AMIN, La Coopération arabo-africaine,
bilan d'une décennie 1975-1985, 1989.
ZAROUR c., Préface S. AMIN, La Coopération arabo-
sénégalaise, 1989.Frédéric W ANDEY NGIZUA
L'IDÉOLOGIE LIBÉRALE
ET
LES RAPPORTS NORD-SUD
Préface de Samir AMIN
L'Hanuattan L'Harmattan Inc.
5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005Paris-FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9@ L'Hannattan, 1999
ISBN: 2-7384-7494-2À la mémoire de Jean-Marie WANDEY, brutalement arra-
ché à notre affection au soir du 6 mars 1994;
à Michel W ANDEY et Francisque NKANKA mes parents ;
à Marie-Hélène mon épouse;
et à Mike et Muriel nos enfants.Préface
Frédéric Wandey Ngizua, philosophe congolais,
aborde dans cet ouvrage de la collection du Forum du
Tiers Monde la question difficile mais incontournable des
rapports entre la pensée sociale à vocation scientifique et
les valeurs éthiques. Wandey analyse avec force et luci-
dité les contradictions de la pensée bourgeoise dominante
qui part d'un système éthique posé a priori pour tenter
d'en déduire l'ordre juste qui y répond. Mise en oeuvre à
propos des rapports Nord-Sud cette méthode ne permet
pas d'imaginer autre chose que l'ordre du capitalisme
réellement existant, insupportable par la polarisation qu'il
produit. La méthode du matérialisme historique procède
en sens inverse; elle pose la vraie question éludée par la
pensée dominante: à quels systèmes réels correspondent
ceux des valeurs éthiques explicites ou sous-jacentes dans
toute pensée sociale? Je tenais donc à m'associer, par les
quelques réflexions qui suivent, au débat ouvert par
Wandey autour des jalons pour une autre éthique que
celles de l'utilitarisme et de la théorie de la justice comme
équité.
Pendant des dizaines de milliers d'années les êtres
humains ont vécu dans la hantise de l'incertain pesant sur
la survie quotidienne. Ils ont développé, pour y répondre,
des systèmes de protection en grande partie mythologi-Conséquentialisme libéral et rapports Nord-SudII
que, même si l'observation empirique du fonctionnement
de la nature a pu donner à ces systèmes par ci par là une
efficacité réelle. Ils ont inventé des noms pour désigner
des forces surnaturelles particulières, des légendes relati-
ves aux modes d'opération de ces forces, construit de
vastes cosmogonies tenant lieu d'explication de la forma-
tion du monde et des peuples. Simultanément les êtres
humains s'organisaient - dès l'origine - en sociétés, et
dans leur lutte pour arracher à la nature les moyens de
leur survie, médiatisaient le rapport humanité/nature en
le soumettant aux rapports entre les humains, fondés sur
le sexe, la parenté, l'organisation collective et la hiérarchie
des fonctions et des pouvoirs. Dans ce cadre apparaissait
dès l'origine la référence à des valeurs éthiques, la dis-
tinction entre le licite et l'interdit, le bien et le mal. Pour se
soumettre aux contraintes de ces rapports sociaux les
humains intégraient dans leurs mythologies globales des
mythologies particulières au domaine de la morale. Le
monde, naturel et social, unifié d'une manière indissolu-
ble ignorant la séparation naturel société, leur paraissait
immobile, et devoir l'être. L'idée de changement et de
progrès leur était étrangère.
Et pourtant, au cours de ces millénaires, des progrès
gigantesques ont été accomplis, fût-ce à un rythme si lent
que les générations successives n'en percevaient pas la
réalité. Dans l'accomplissement de ces progrès les hu-
mains ont déployé leur intelligence d'observation et
d'invention, dont les technologies de production témoi-
gnent même si le progrès de ces technologies n'était pas
dérivé d'une connaissance scientifique préalable, comme
cela est devenu le cas aux temps modernes, mais réalisé
par des méthodes empiriques, et transmis de génération à
génération par la pratique directe et l'éducation des jeu-
nes par les anciens.
Parallèlement, l'organisation de la société devenait de
plus en plus complexe et hiérarchisée. Les hommes assu-Préface III
mant l'essentiel des décisions de responsabilité, libérés
des tâches de la production quotidienne, pouvaient exer-
cer leur intelligence non seulement dans l'exercice du
pouvoir mais aussi dans l'affinement des constructions
idéologiques et dans l'invention de la science. Séparés de
la production, souvent méprisant à l'égard de ses pro-
blèmes, ils orientaient leurs réflexion de préférence vers
les plus abstraites des sciences, les moins connectées à ce
stade aux besoins technologiques. Les mathématiques et
l'astronomie jouissaient de ce fait d'une préférence mar-
quée. Mais plus on avançait, plus se constituaient les
embryons des sciences intermédiaires, plus proches
d'applications techniques possibles: la mécanique, la
chimie, la physique. Ces progrès inspiraient l'idée de lois
de la nature se substituant progressivement, et en partie,
à l'intervention des forces surnaturelles.
L'idée que l'organisation sociale n'était pas ce qu'elle
était par décret des forces surnaturelles, mais par la logi-
que de forces elles-mêmes sociales a mis un temps extrê-
mement long à percer. Le XVIe siècle - le temps de la
Renaissance européenne - constitue ici le moment char-
nière du saut qualitatif. Il y avait toujours eu, auparavant,
des individus perspicaces, exprimant des doutes à l'égard
des explications mythologiques conventionnelles, entre-
voyant que la société était elle même soumise à des lois.
Pour n'en citer que deux je rappellerai que Thucydide se
proposait d'examiner dans cet esprit libre les raisons de la
guerre du Péloponnèse, qu'Ibn Khaldoun avançait dans
ces termes d'esprit scientifique une explication des cycles
de prospérité et de décadence des dynasties arabes et
berbères. Mais leur influence était pratiquement nulle; la
société continuait à se comprendre elle même et à légiti-
mer ses moeurs par le seul moyen de l'affirmation de ses
idéologies. À partir de la Renaissance par contre, l'idée
générale que la société est soumise à des lois qui en gèrent
l'évolution et à rien d'autre a commencé à faire son che-Conséquentialisme libéral et rapports Nord-SudIV
min. Certes on mettra encore longtemps avant de se sentir
capable de formuler ses lois, on se contentera encore
longtemps des formulations qui, aujourd'hui, nous pa-
raissent bien naïves et simples - comme celle du déter-
minisme géographique (voir Montesquieu).
Avancer que des lois particulières commandent la so-
ciété, c'était reposer la question des valeurs éthiques dans
des termes totalement nouveaux. Le bien et le mal ne sont
plus des décrets divins, mais les produits de la logiq~e
sociale. On ne sera donc pas surpris que l'esprit des 1u-
mières se soit révolté contre la religion enseignée, ait
inventé l'agnocisme et même l'athéisme. Il ne lui a pour-
tant pas substitué grand-chose de fort convaincant: un
béhaviorisme plat qui dérive directement les valeurs
éthiques des exigences de la pratique sociale. Nous som-
mes là en pleine tautologie puisque cette pratique sociale
doit elle-même être expliquée. C'est que la bourgeoisie
qui inspirait l'esprit des Lumières, dans son affirmation
contre l'ordre ancien revêtait son propre projet sociétaire
des vertus d'une ra tionalité transhistorique : il s'agissait
de définir un nouvel ordre «naturel », donc rationnel, qui
constituera la «fin de l'histoire ». Cet ordre naturel sera
donc fondé sur les caractères de l'être humain qu'on
estime invariants, permanents. On est donc contraint de
désigner ces caractères permanents et on croit les avoir
découvert en les nommant égoïsme, recherche du bien-
être, recherche du pouvoir, besoin de liberté, etc.. Le
discours quotidien dominant encore aujourd'hui ne dé-
passe pas ces platitudes au demeurant floues au point de
pouvoir être parfaitement manipulées pour l'exercice
d'un certain pouvoir. On ne sera pas surpris que les vic-
times de la réalité sociale nouvelle - le capitalisme -
aient commencé par inverser les termes, dans une même
logique. Il y a aussi d'autres caractères permanents de
l'être humain ont-ils dit: l'esprit de solidarité, l'altruisme,
la générosité, le besoin d'égalité. L'ordre naturel doitPréface v
privilégier ces valeurs et relativiser les autres. On créera
ainsi une autre société rationnelle, une autre «fin de
l'histoire », avec l'avènement du socialisme. Le marxisme
lui-même, tel qu'il a été vécu par les forces sociales qui se
sont revendiquées de lui, a souvent cédé à la pression de
ce mode de pensée.
J'en viens donc à la seconde coupure qualitative que
représente le projet de Marx de construction du « matéria-
lisme historique ». La construction d'une pensée sociale à
vocation scientifique impliquait que le statut du phéno-
mène social, objet de l'analyse, soit lui-même défini c'est-
à-dire que sa spécificité par comparaison au phénomène
naturel (objet des sciences de la nature) soit elle-même
précisée et, entre autre, que la construction donne la place
qui doit lui revenir à la question des valeurs éthiques
(lesquelles interviennent toujours dans les comporte-
ments humains), qu'elle en articule le fonctionnement à
celui du système social. Je dirai pourquoi cette spécificité
du phénomène social m'amène à préférer qualifier la
réflexion sur son sujet de pensée sociale - fut-elle à
vocation scientifique, ce qui est souhaitable - plutôt que
de science sociale, qui inspire une trop grande analogie
avec les sciences de la nature.
La tentation était forte, au milieu du XIXe siècle, de
formuler l'objectif d'une science sociale à l'instar des
sciences de la nature. La pensée bourgeoise des lumières
en avait préparé le terrain. Les progrès accélérés des
sciences de la nature avaient franchi de telles étapes que
beaucoup d'inconnues dans lesquelles étaient resté en-
fermée jusque-là la connaissance du monde se trouvaient
déchiffrées; les découvertes relatives à la composition des
corps chimiques, l'atome et la molécule, la cellule vivante,
l'évolution des espèces faisaient avancer cette connais-
sance bien au-delà de celle qui était restée jusque là en-
fermée dans le champ d'application de la mécanique.
L'être humain et la société paraissaient, comme être vi-VI ConséquentiaIisme libéral et rapports Nord-Sud
vants, pouvoir être analysés avec les outils développés
dans les branches nouvelles des sciences de la nature. On
avait des exemples de succès indicatifs de cette possibili-
té, comme la naissance de la linguistique le démontrait.
Les comportements humains pouvaient faire l'objet d'une
meilleure systématisation grâce à la statistique des proba-
bilités. Simultanément les sciences de la plus grande
abstraction - les mathématiques - étaient connectées
aux sciences physiques et naturelles, mises à leur service
direct, et par ce biais le développement les techniques
sortait de l'empirisme pour être l'objet d'une recherche
systématisée.
On ne sera donc pas étonné que l'esprit dominant au
XIXe siècle ait été convaincu que les sciences de l'homme
et de la société devaient progressivement devenir aussi
« exactes» que les sciences de la nature, puisque l'homme
et la société étaient soumis à des lois opérant sur eux
comme les lois de la nature opèrent sur la nature. En utili-
sant le terme « comme» je souligne que l'analogie impli-
quait la négation de la spécificité du domaine objet de
l'étude sociale. Je dirai plus loin pourquoi cette analogie
me paraît dangereuse et erronée. Toujours est-il que la
pensée sociale bourgeoise - dominante - n'est jamais
sortie de ce piège. Lisez un quelconque manuel
d'économie ou de sociologie d'un auteur célèbre - le prix
Nobel Paul Samuelson par exemple. L'ouvrage s'ouvre
par cette arrogante stupidité: les lois de l'économie opè-
rent comme les lois de la nature, la science économique
doit les découvrir comme la physique le fait dans son
domaine. Le manuel non moins célèbre de Popov, de l'ex-
Académie soviétique, tient exactement le même langage.
Ce n'est pas celui de ma lecture de Marx. Le sous-titre
du Capital, «Critique de l'Économie politique », ne signi-
fie pas, pour quiconque connaît le langage philosophique
de Marx, critique (au sens banal) d'une mauvaise théorie
économique pour lui en substituer une meilleure, maisPréface VII
démystification de la science économique. Marx cherche
donc à dévoiler (ôter le voile, rendre transparent ce qui
est opaque) la réalité du fonctionnement social, en mon-
trant dans quelles conditions et par quels mécanismes les
lois économiques s'imposent comme des lois de la nature,
c'est-à-dire comme des forces extérieures à la société alors
que ces lois économiques ne sont rien d'autre que
l'expression du mouvement des forces internes à la so-
ciété. Le projet de Marx reste totalement incompris par
tous ceux - et ils sont nombreux - qui ne voient pas que
dans ce projet, la théorie de la valeur remplit précisément
une fonction centrale dont ils ignorent la portée en
l'assimilant à une réalité empirique du premier degré, de
statut phénoménal. Le concept d'aliénation est donc ici au
centre de la question et définit justement la spécificité du
domaine objet de l'étude (la réalité sociale), différent (et
non analogue) de celui qui est l'objet des sciences de la
nature. Je centrerai donc ma réflexion, dans ce qui suit,
sur ce concept d'aliénation, qui seul nous permet de
définir l'objet du projet du matérialisme historique, sa
spécificité, ses frontières, et par là même articuler la
question des valeurs éthiques à l'analyse du fonctionne-
ment de la société et à la découverte des lois qui le com-
mandent.
*
* *
Nous sommes confrontés à deux séries de problèmes
incontournablement liés dans le fonctionnement des
réalités auxquelles ils font référence, mais que je crois
utile, dans un premier temps, de distinguer: les problè-
mes concernant la définition de l'être humain et ceux
concernant l'évolution de la société.
L'être humain est, à la fois, un être social et autre
chose. J'entend par là qu'il tient de sa nature d'être vivant
appartenant au règne animal des caractéristiques indé-
pendantes de l'ordre social dans lequel il se situe -VIII Conséquentialisme libéral et rapports Nord-Sud
transhistoriques donc - essentiellement qu'il est mortel.
Son intelligence lui donne, de ce fait, une angoisse et un
besoin de définir l'objectif du projet individuel et social
qui lui est propre et qui transgresse les problèmes relatifs
à l'ordre social. D'une certaine manière je dirai que l'être
humain est un être métaphysique, au sens qu'il se pose
des questions concernant le sens de sa vie.
Toutes les religions se fondent sur cette réalité pour
donner leur réponse à cette angoisse. Cette réponse est
par définition aliénation. Le statut de l'être humain est
défini comme étant produit par des forces surnaturelles
(<<l'Homme est créé par Dieu »). Alors que l'on peut dire
à l'opposé: les forces surnaturelles (Dieu) sont imaginées
par l'être humain, elles sont le produit de son angoisse.
Cette aliénation, que je qualifierai de métaphysique, est
peut-être, sans doute même, non supprimable puisque
aura toujoursl'angoisse est là, réelle. Autrement dit il Y
un espace pour le questionnement métaphysique. C'est
pourquoi la religion aura toujours une place; ce que
l'athéisme naïf du scientisme bourgeois qui se limite à
constater que l'être humain appartient à la nature (ce qui
est vrai mais insuffisant) est incapable de comprendre.
Mais à leur tour les religions ne sont pas que cela,
c'est-à-dire une réponse à l'angoisse métaphysique, elles
sont aussi des produits sociaux historiquement détermi-
nés. Elles remplissent de ce fait d'autres fonctions dont on
pourra dégager la nature en regardant du côté de la réa-
lité sociale et de son évolution.
Toutes les sociétés humaines ont fonctionné jusqu'à
présent sur la base d'une idéologie aliénante, essentielle-
ment pour leur reproduction. Cette aliénation a revêtu
successivement la forme dominante d'une aliénation
religieuse (que je distingue de l'aliénation métaphysique,
en donnant à la religion ici sa fonction sociale) puis d'une
aliénation marchande, la coupure se situant à la renais-
sance européenne. J'ai associé cette analyse à celle duPréface IX
mode de production, successivement tributaire puis
capitaliste. Dans le premier l'exploitation du travail est
transparente (Marx donne l'exemple du serf qui travaille
trois jours sur son lopin et trois sur le domaine de son
seigneur), ce qui implique la dominance d'une idéologie
légitimatrice permettant la reproduction de l'exploitation.
Cette idéologie prend alors nécessairement une forme
absolue (à laquelle la religion comme phénomène social
se prête), s'exprimant dans des termes attribuant
l'inégalité pratiquée à la « nature» (ou à la volonté di-
vine). Toues les religions connues ont rempli cette fonc-
tion sociale. Par contre le capitalisme opacifie l'exploita-
tion du travail: Marx l'exprime en disant que le tra-
vailleur qui vend sa force de travail paraît vendre son
travail. De ce fait les « lois économiques» (le « marché »,
« l'offre et la demande») semblent désormais agir comme
des lois de la nature. Leur action suffit pour la reproduc-
tion sociale et de ce fait l'économique devient l'instance
dominante, s'exprimant par le contenu nouveau de l'alié-
nation idéologique, qui est l'aliénation marchande. Le
socialisme, dans ses premiers balbutiements qu'expri-
ment ses expériences historiques avant et après 1917, n'a
pas (encore) réellement rompu avec cette aliénation mar-
chande. Marx comme on le voit, dans mon interprétation,
n'assimilait pas le rapport base matérielle/ superstructure
idéologique propre au capitalisme à celui des époques
antérieures. Il en renversait les termes. Marx situait dans
ce cadre la forme religieuse comme force sociale; il se
séparait sur ce plan de la pensée bourgeoise des Lumières
qui confondait la religion-forme sociale et la religion-
expression du besoin métaphysique.
La dimension double du phénomène religieux expli-
que que les religions soient potentiellement capables de se
réinterpréter pour s'ajuster à l'évolution sociale et que de
ce fait, elles survivent à l'affranchissement de la domi-
nance métaphysique dans l'idéologie inaugurée par leConséquentialisme libéral et rapports Nord-Sudx
capitalisme. Le christianisme l'a fait, et est en passe de
faire sa seconde révolution, par la théologie de la libéra-
tion, pour s'adapter à une société socialiste libérée de
l'aliénation marchande et se recentrer sur la dimension
humaine de la religion-réponse à l'angoisse métaphysi-
que. L'islam ne l'a pas fait, probablement parce que les
forces sociales capables de le faire ne sont pas mûres dans
les sociétés de capitalisme périphérique du monde mu-
sulman. La bourgeoisie libérale arabe elle-même n'était
pas allée au-delà des concepts des Lumières et, par pu-
sillanimité sociale, a reculé par la suite. Tout le drame du
fondamentalisme islamique, enfermé dans des formula-
tions dépassées du rôle social de la religion (par
l'affirmation que l'Islam est religion et État), et de ce fait,
condamné à la fois à se soumettre dans les faits à l'ordre
social du capitalisme périphérique et à dériver en com-
pensation dans un formalisme liturgique creux, tient à cet
échec.
La théorie de l'aliénation nous permet donc de com-
prendre pourquoi la pensée sociale bourgeoise devait
développer l'illusion de la construction d'une « science »
économique à l'image de la science naturelle, sans être à
même de comprendre que le domaine étudié (la réalité
économique) ne paraît être régi par des lois objectives que
parce que la société qui la porte est elle-même soumise à
l'aliénation marchande. La pensée bourgeoise est fondée
sur le totalitarisme de l'économique, exprimé chaque jour
naïvement par tous ceux qui disent: «l'économie nous
impose de ». La pensée bourgeoise dérivait nécessai-
rement de ce fait vers une vision scientiste par son projet
de « direction scientifique de la société », projet repris
dans les termes d'une économie de marché généralisé,
fondement d'une « rationalité» prétendue absolue. Or la
critique de la théorie du marché autorégulateur, telle
qu'elle se présente dans sa formulation la plus pure, a
l'avantage de faire toucher du doigt les limites du calculPréface XI
économique. D'ailleurs, les rationalistes cartésiens
(Walras, Allais) ont osé tirer les conclusions logiques de
leur théorie: le marché intégré parfait et autorégulateur
implique l'abolition de la propriété privée, sa substitution
par une propriété d'État générale du capital et de la
«nature» (le sol, l'accès à l'usage des conditions naturel-
les .de l'activité économique). À la place des systèmes de
gestion imparfaits que la propriété privée concrète impli-
que, ils ont proposé un État mettant aux enchères publi-
ques l'accès au capital et à la nature (à des prix calculés
égaux aux productivités marginales de ces facteurs, ce
qu'ils supposent possible). Les « individus» auraient de
ce fait tout le choix entre la vente de leur force de travail
ou la candidature à être « organisateurs» de la produc-
tion (entrepreneurs). La proposition est intellectuellement
courageuse, mais je la crois naïve. Il est amusant de noter
que les propositions des « réformateurs soviétiques» -
de Kroutchev à Gorbatchev - aujourd'hui dépassés
plaidaient pour un système exactement conforme à cette
illusion que j'ai qualifiée de « capitalisme sans capitalis-
tes ». S'ils ont été dépassés, c'est bien parce que leurs
conceptions (parfois qualifiées de « technocratiques» non
sans quelque raison valable, leur philosophie, comme
celle des économistes walrasiens purs, s'inscrivant dans la
lignée de Saint Simon et du gouvernement «par la
science») oubliaient l'essentiel: les rapports sociaux.
Cette dernière observation nous fait toucher du doigt
le drame de la dérive du marxisme historique devenu
marxisme vulgaire. Le projet initié par Marx était celui du
matérialisme historique, qui aurait articulé les plans de
l'économique du capitalisme, de l'État et du pouvoir, de
la culture et de l'idéologie. Il en a proposé quelques fon-
dements dans ses écrits, véritablement à la hauteur de son
génie. Malheureusement par la suite, en lieu et place
d'une poursuite de la construction du matérialisme histo-
rique, il s'est constitué ce qui s'est appelé le « marxisme»XII Conséquentialisme libéral et rapports Nord-Sud
c'est-à-dire davantage un recensement et une vulgarisa-
tion des découvertes et propositions faites par Marx.
Cette dogmatique du marxisme vulgaire n'a pas été in-
ventée par Staline, elle remonte à la vieille social-
démocratie allemande à la fin du XIXe siècle, dont les
conceptions ont été largement héritées par ce qui est
devenu le léninisme, puis son avatar stalinien (et même
par l'adversaire de celui-ci, le trotskisme), et même en
partie par le maoïsme, pourtant le plus ouvert des cou-
rants du marxisme historique. Du coup la théorie du
pouvoir (<<les modes de domination») et celle de
l'idéologie se sont trouvé bloquées dans leur développe-
ment (par rapport à la théorie du mode de production
capitaliste), réduites à la pâle pseudothéorie stérile du
« reflet».
Le marxisme historique retournait ainsi graduelle-
ment au scientisme bourgeois, assimilait à nouveau so-
ciété et nature, réduisait le concept de société en gom-
mant la contradiction spécifique et immanente qui oblige
à distinguer l'être humain en tant qu'espèce et l'être
social, donnait de fait - comme la pensée bourgeoise
fabricatrice de l'homo oeconomicus - une dimension
unilatérale à la société envisagée presqu'exclusivement
comme société économique, réduisant les rapports so-
ciaux aux seuls rapports de production. L'ambition bour-
geoise d'une philosophie globalisante, enveloppant la
nature, la société et l'individu dans un même domaine de
connaissance retrouvait une expression nouvelle sous la
forme du diamat (condensé du matérialisme dialectique)
soviétique.
On dit parfois qu'Engels est responsable de cette dé-
rive. Je ne le crois pas tout à fait, même si je partage
l'opinion que la Dialectique de la Nature faisait trop pen-
cher la balance dans cette direction dangereuse. Mais
Engels ne peut être réduit à l'auteur de cet ouvrage (non
publié par lui d'ailleurs), et le souci qu'il avait (commePréface XIII
Marx d'ailleurs) de faire sortir la pensée socialiste des
cercles intellectuels pour la transformer en une force
sociale réelle est pleinement cohérent avec la découverte
de l'aliénation: libérés de l'aliénation sociale, les êtres
humains deviennent capables non plus seulement de
« comprendre le monde », mais encore de le « changer ».
Au demeurant Engels allait réagir très vite au glissement
du mouvement ouvrier dans la direction simplificatrice
d'un catéchisme scientiste, et répéter sans se lasser que le
socialisme n'est pas un capitalisme sans capitalistes. Il
faut lui en savoir gré.
*
* *
Nous sommes peut-être maintenant mieux équipés
pour reprendre la question des rapports entre la pensée
sociale à vocation scientifique et les valeurs éthiques. Le
monde contemporain et la vision d'avenir de son dépas-
sement sont les produits de trois grandes révolutions
modernes: la française, la russe et la chinoise. J'attribue
en effet une importance qualitative à la rupture que la
révolution française inaugure, car cette rupture substitue
un système de légitimation séculaire de l'action politique
et sociale à l'ancienne légitimation religieuse propre aux
idéologies tributaires et, dans ce sens, inaugure les évolu-
tions ultérieures, tant celles de la démocratie bourgeoise
que du socialisme.
Je dis donc que les trois révolutions en question cons-
tituent les grands moments dans lesquels se dessine notre
vision du monde moderne et de son avenir possible et
souhaitable. Pour retrouver dans le passé des moments
aussi décisifs, il faut remonter 1500 à 2500 ans plus tôt,
aux temps de grandes révolutions idéologiques par les-
quelles s'est exprimée la cristallisation de la société tri-
butaire dans notre région du monde formée autour de la
Méditerranée sous les formes successives de l'hellénisme,
du christianisme et de l'Islam, ailleurs sous les formes duXIV Conséquentialisme libéral et rapports Nord-Sud
Confucianisme et du Bouddhisme qui ont ensemble
représenté au plan de l'idéologie une transformation
qualitative aussi gigantesque que celle apportée à notre
époque par les trois révolutions modernes. On saisit alors
ce qui est essentiel dans la construction culturelle adé-
quate au mode tributaire: une disposition universaliste
qui permet de dépasser les clivages ethniques ou tribaux
au bénéfice de l'État impérial, une réconciliation de la
raison scientifique et de la reconnaissance du surnaturel,
une morale conservatrice respectueuse des hiérarchies
sociales. Il n'est pas sans intérêt de noter ici également
que ces révolutions anciennes ont été portées au-delà de
l'ajustement simple aux exigences de l'évolution sociale:
en proclamant par exemple un universalisme dont les
sociétés tributaires, forcément régionales, n'impliquait
pas la nécessité. Car finalement en dépit de la vocation
universaliste proclamée par les grandes religions qui
marquent cette transformation (et l'affirmation de valeurs
éthiques fondamentales similaires), le monde tributaire
demeure éclaté en aires culturelles particulières parce
qu'il ne fonde pas une économie mondiale. La dominance
de l'instance idéologique se manifeste donc ici précisé-
ment par ce fait qu'il y a « des» mondes juxtaposés: ceux
de la Chrétienté médiévale, de l'Umma islamique, de
l'hindouisme, du Confucianisme.
Il fallait donc attendre la seconde vague des révolu-
tions affranchissant la pensée sociale de la préoccupation
métaphysique pour que soit posé, à travers la construc-
tion effective d'une économie mondiale, le défi d'une
universalisation de la culture et des valeurs. En effet,
l'intégration de toutes les sociétés de notre planète dans le
système capitaliste mondial a crée les conditions objecti-
ves d'une universalisation devenue nécessaire. Néan-
moins la tendance à l'homogénéisation sur la base de la
vocation universelle de l'idéologie de la marchandise,Préface xv
sous-jacente dans le développement capitaliste, est entra-
vée par les conditions mêmes de l'accumulation inégale.
La base matérielle de la tendance à l'homogénéisation
est fondée sur l'extension continue des marchés, en lar-
geur et en profondeur. La vie culturelle étant le mode
d'organisation de l'utilisation des valeurs d'usage,
l'homogénéisation de celles-ci par leur soumission à la
valeur d'échange généralisée va tendre à homogénéiser la
culture elle-même. Cela étant, il reste que la critique
fondamentale du capitalisme exige celle de ce mode de
consommation et de vie, qui lui-même est le produit du
mode de production capitaliste. Cette critique n'est
d'ailleurs pas aussi utopique qu'on le dit souvent: le
malaise dont souffre la civilisation occidentale en témoi-
gne. Car en fait, la tendance à l'uniformisation et l'indivi-
dualisme antihumaniste impliquent le renforcement de
l'adéquation de la superstructure aux exigences de l'infra-
structure capitaliste. Elle est réduction des contradictions
motrices, donc réactionnaire. La résistance spontanée à
cette uniformisation exprime donc le refus de se soumet-
tre aux rapports d'exploitation qui la sous-tendent.
Mais aussi et surtout cette tendance à l'uniformisation
se heurte aux limites que l'accumulation inégale lui im-
pose. Celle-ci accélère les tendances à l'homogénéisation
réelle au centre, tandis qu'elle les annule pratiquement
pour la grande masse des peuples de la périphérie, qui ne
peuvent accéder au mode de consommation moderne,
réservé ici à une minorité. Pour ces peuples, souvent
démunis des moyens élémentaires de la simple survie, il
ne s'agit pas de malaise, mais de tragédie. Cependant, la
réaction à cette tragédie n'est pas nécessairement immé-
diatement positive. Elle peut aussi - et c'est le cas domi-
nant à l'heure actuelle - s'inscrire dans l'utopie passéiste
d'une reconstruction de la pluralité culturelle (et des
valeurs éthiques qui lui sont associées). Cette réaction que
je nomme «culturaliste» (parce qu'elle attribue auxXVI Conséquentialisme libéral et rapports Nord-Sud
« cultures» des caractères invariants transhistoriques) ne
voit pas qu'il y a déjà en place une culture universelle,
fut-elle dans la version tronquée et appauvrissante du
capitalisme, que les formes régionales dans lesquelles elle
s'exprime ont déjà perdu leur contenu spécifique authen-
tique, que vouloir les rétablir c'est donc s'enfermer dans
une impasse tragique.
Pour des esprits progressistes, il s'agit, au contraire,
d'aller en l'avant, en dépassant l'universalisme tronqué
du capitalisme par la création des conditions d'un univer-
salisme véritable. C'est en cela précisément que les révo-
lutions (ou évolutions) socialistes du passé récent et
encore à venir ne font que parachever l'oeuvre amorcée
par les révolutions bourgeoises. Les valeurs proclamées
par la révolution française - Liberté, Égalité, Fraternité
- n'ont pas épuisé leur potentiel et ne sont pas encore
devenues au-delà de la démocratie bourgeoise la Démo-
cratie dans la gestion de la politique et de l'économie, au-
delà de l'égalité des droits l'Égalité sociale, au-delà de la
polarisation mondiale l'Égalité des peuples. Il s'agit là des
valeurs éthiques certes; c'est tout simplement la preuve
que l'éthique est incontournable parce qu'elle définit
l'être humain.
Samir AminRemerciements
Au moment où je m'apprête à envoyer cet ouvrage à
l'édition, je voudrais exprimer ma profonde gratitude à la
Commission au développement du Secrétariat à la coopé-
ration internationale de l'Université Catholique de Lou-
vain (UCL) qui a financé ce séjour de recherche.
Je voudrais remercier Messieurs Robert Franck, André
Berten et Marc Maesschalck de l'Institut Supérieur de
Philosophie de l'UCL et Monsieur Crispin Ngwey
Ngond'a Ndenge de la Faculté de Philosophie des Facul-
tés Catholiques de Kinshasa pour le temps qu'ils ont
consacré à la lecture de ce travail et pour les échanges que
nous avons eus. Tout en assumant entièrement la respon-
sabilité de ses éventuelles lacunes, je reste convaincu que
les discussions que nous avons eues ont largement con-
tribué à rendre le sens de ma démarche plus accessible.
Ma gratitude s'adresse également à Monsieur Samir
Amin qui a accepté de publier ce texte dans la collection
« Forum du Tiers monde» et qui, surtout, a voulu parti-
ciper, avec force et dans des concepts traduisant des
convictions ancrées, au débat qu'ouvre cet ouvrage par
rapport aux contraintes des rapports sociaux à différents
niveaux d'association dans la quête d'une ontologie pou-
vant fonder toute éthique voulant rendre raison du con-
texte socio-historique des relations internationales.2 Conséquentialisme libéral et rapports Nord-Sud
Je voudrais aussi remercier ma nièce Nadine Mbu et
tous les amis qui ont consacré leur temps à relire mon
manuscrit: Evariste Mputu, Albert Kenkfuni, Joseph
Kasongo, Tshitshi Kia Ntoni, Clément Kuete, Dédé
ltuome et Pascal Martin. Que Luc Vansina puisse ici
trouver l'expression de ma profonde gratitude pour le
matériel informatique qu'il a mis à ma disposition lors de
mon dernier séjour à Kinshasa.
Je voudrais, pour finir, exprimer toute ma gratitude à
Antonio Canedo pour la patience avec laquelle il a para-
chevé le « prêt-à-clicher » de ce livre.
Frédéric Wandey
Louvain-la-Neuve, le 27 septembre 1998.Introduction générale
Depuis près de vingt ans, le FMI et la Banque mon-
diale mettent en place, à l'intention des économies «mala-
des» du Tiers monde, des programmes d'ajustement
visant à résorber les déséquilibres qui minent ces écono-
mies. Ces institutions affirment que les difficultés
miques des pays du Tiers monde sont essentiellement
dues à une mauvaise orientation des politiques économi-
ques et que la solution pour en sortir est de les astreindre
à une série des réformes économiques. La présentation de
ces réformes est toujours assortie des scénari de sortie de
crise dont l'avènement annoncé avec plus ou moins de
certitude est susceptible de faire reculer la pauvreté dans
ces régions. Pourtant la misère et la pauvreté continuent
d'être les scènes courantes au Tiers monde et, malgré tous
les efforts de restructuration en cours dans nombre de ces
pays, ceux-ci restent écrasés par le poids de la dette et
soumis à un ajustement déflationniste qui engendre pau-
vreté et marginalisation.
On peut alors se demander pourquoi ces programmes
continuent à faire du chemin. Deux hypothèses peuvent
être avancées pour répondre à cette question. La
première, c'est que l'ajustement préconisé par le FMI et la
Banque mondiale est nécessaire en ce sens qu'il est la
condition sine qua non de la restructuration des éco-