L'Iliade ou le poème de la force

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Ce recueil réunit cinq textes de Simone Weil écrits entre 1933 et 1943, sur la guerre - et la force en général - et ses effets politiques, moraux et spirituels. Qu'advient-il lorsque la pensée se trouve prise dans des rapports de forces, lorsqu'elle est aux prises avec la force ? La capacité de juger, la lucidité, la capacité de penser et d'affirmer des principes peuvent-elles rester intactes ?
Publié le : vendredi 10 janvier 2014
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EAN13 : 9782743626792
Nombre de pages : 197
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L’Iliade ou le poème de la force et autres essais sur la guerre
Collection dirigée par Lidia Breda
Simone Weil
L’Iliade ou le poème de la force et autres essais sur la guerre
Préface de Valérie Gérard
Rivages Poche Petite Bibliothèque
Vie et œuvre
Simone Weil naît en 1909 à Paris et meurt en 1943 à Ashford, en Angleterre. On trouvera chez ses biographes des détails pittoresques sur son enfance, sur sa vie, sur sa mort, dessinant souvent le portrait dune sainte, ou dune folle. Pour comprendre la philosophe, mieux vaut se tourner vers lhistoire du monde, des souffrances et des e luttes qui le marquèrent au milieu duXXsiècle : oppression ouvrière, oppression coloniale, discri mination raciale, dominations fascistes et totali taires, luttes syndicales, luttes antifascistes, militantisme pacifiste, anticolonial, espoirs désa busés de révolution, guerre dEspagne, Seconde Guerre mondiale. Car cest pour ceux qui souffrent et pour ceux qui luttent que Simone Weil écrit. Elle écrit pour eux  à leur intention (elle écrit dans le bulletin destiné au personnel de lusine de Rosières dans le Cher[Entre nous]; elle sadresse dans des revues militantes à ses camarades de luttes syndicales, elle écrit pour les services de la France libre à Londres, réfléchissant aux rapports entre les
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buts et les moyens de la guerre). Elle écrit pour ceux qui souffrent  pour infléchir leurs conditions dexistence (elle propose à Victor Bernard, direc teur technique des fonderies de Rosières, des idées pour réformer lorganisation des usines). Enfin, elle écrit pour  à la place, ce qui signifie, dit Deleuze, que lécrivain est responsable devant ceux pour qui il écrit (quand bien même ils ne le liraient jamais)  cest ce qui fait que lécriture est une affaire universelle et politique et non un simple narcis 1 sisme intellectuel . Dailleurs Simone Weil nest pas une « intellectuelle » engagée et jamais elle ne met en avant un nom ou un titre pour écrire (elle publie un certain nombre darticles sous le pseu donyme anagramme dÉmile Novis ; dans ses écrits militants, elle parle non depuis la position dautorité que donnerait le savoir, mais, toujours, elle parle du milieu de ceux à qui elle sadresse, elle se situe comme une parmi tous). Sil y a un rôle politique et social du professeur de philoso phie quelle était, ce rôle ne consiste certainement pas à s« engager »en tant que« philosophe », à éclairer le débat ou à donner son avis depuis ce statut. Mais celui qui se consacre à la philosophie peut rendre accessibles à tous, et dabord au peuple, les grands textes, les connaissances, la pensée ; et Simone Weil consacra beaucoup de son temps à linstruction populaire. Dès ses années de
1. Gilles Deleuze,Abécédaire, « A comme animal ».
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khâgne elle donne des cours à de jeunes cheminots. Lorsquelle est professeur au lycée du Puy elle donne des cours à la Bourse du travail de Saint Étienne. Elle poursuit ces activités dans des uni versités populaires ; elle écrit pour des revues ouvrières des versions accessibles des grandes tra gédies grecques. Ce militantisme est accompagné dune réflexion sur laliénation des classes popu laires qui ne sont pas « chez elles » dans la pensée, dans le savoir, dans les traditions intellectuelles et culturelles privatisées par les classes dominantes. Cest un aspect fondamental du « déracinement ». À partir de cette analyse, Simone Weil tente de penser les conditions de transmission du savoir aux classes populaires qui y ont été rendues étrangères. Il sagit de « traduire » sans vulgariser, pour que le peuple puisse être chez lui dans les Lumières. Et, à côté, elle écrit pour ceux qui sont privés de savoir, de parole et de visibilité, contribuant à leur donner une place dans un espace public dont ils sont exilés et prenant ainsi place à leurs côtés. Affectée jusquà y laisser la vie par le malheur 1 politiquement fabriqué , Simone Weil vit et écrit avec le courage de celui qui regarde le malheur en face et veut en combattre les causes politiques. Ayant « horreur[]de la situation de ceux qui »,
1.Le Bleu du cielde Bataille fait éprouver cette sensibilité au monde, Paris, Éd. JeanJacques Pauvert, 1957.
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1 dans les guerres, « se trouvent à larrière » , elle est au front, et prend dans les usines sa part de la violence de la matière et de la violence hiérar chique ; elle prend les armes (sengageant en Espagne dans une colonne anarchiste), elle rejoint Londres en 1942 et tente dobtenir une mission clandestine (sabotage, attentat) en France. Ses actes comme ses textes répondent à une nécessité, celle qui se manifeste lorsque, face à létat du monde, 2 « on ne peut pas faire autrement ». Si son écriture peut irriter par sa certitude dogmatique, Simone Weil nécrit pas pour imposer ses principes abstrai tement, mais lorsquil est nécessaire de répondre à des circonstances, quoi que cette responsabilité implique, y compris de reconnaître quen telle 3 conjoncture « les principes nont plus cours ». Cela na rien à voir avec un pragmatisme oppor tuniste : lémancipation du peuple, des rapports sociaux libres, les Lumières, inspirent toute la réflexion et toute laction. Ce qui na plus cours, ce sont les principes en tant quils donneraient des recettes et dispenseraient dune attention aux
1.Lettre à Bernanos » (1938),Simone Weil, « uvres, Paris, Gallimard, « Quarto », p. 406. Sauf indication contraire, toutes les références renvoient à des textes de Simone Weil. 2.Cahier IV,uvres complètes, VI, 2, p. 123 (pour les réfé rences bibliographiques précises voir la fin de cette présenta tion). 3. « Réflexions en vue dun bilan » (printempsété 1939), O. C., II, 3, p. 113.
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