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L'ILLUSION IDENTITAIRE DES ETUDIANTS FRANCOPHONES

De
168 pages
Le MUBEF, fondé en 1961 sur une base identitaire francophone, dut trouver, pour être représentatif, des critères de rassemblement à une époque de mutation pour la société belge, européenne et mondiale. Entre objectifs culturels, régionalistes, corporatistes, syndicaux, générationnels et révolutionnaires, il éprouva bien des difficultés à se définir et finit par amorcer une chute qui lui sera fatale lorsque, en 1970, il trancha définitivement en faveur de l'idéologie marxiste-léniniste.
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L’illusion identitaire des étudiants francophones
Le mouvement des étudiants universitaires belges d’expression française ( MUBEF , 1961-1974)
     Mathilde Collin
 
 
   Dans la même collection : 1. 575 années de formation à l’université de Louvain. Arrêts sur quelques pratiques d’apprentissage , 2000. 2 . La recherche, passions, pratiques, parcours. La communauté scientifique à l’ UCL  depuis 1834 , 2001. 3 . Les archives. Diversité, nouveautés, besoins , 2002. 4 . La vie étudiante à Louvain. 1425-2000 , 2002. 5 .  la découverte de la recherche et des chercheurs , 2002. 6. Archives, universités, monde étudiant : une mémoire en construction ,  2003.  7. Collection de cours manuscrits de l’Université de Louvain. Catalogue analytique ,  2003.  8. Les archives électroniques : quels défis pour l’avenir ? , 2004. 9. Étudiants du 21 e siècle. Une nouvelle génération dans l’aventure universitaire , 2005. 10. Images de l’Université et des étudiants de Louvain , 2005. 11. De  la communicabilité à l’accessibilité . La communication des archives ,  2005. 12. Travailler à l’Université. Histoire et actualité des personnels de l’Université de Louvain (1425-2005) , 2006. 13. La formation des archivistes. Pour relever les défis de la société de l’information ,  2006.  14. Les relations de Louvain avec l’Amérique latine. Entre évangélisation, théologie de la libéra-tion et mouvements étudiants ,  2006.  15. La lettre et l’intime. L’émergence d’une expression du for intérieur dans les correspondances privées (17 e – 19 e siècles) ,  2007.  16. Les archives d’entreprises. Entre gestion patrimoniale et veille technologique ,  2007.  17. De l’ UCL aux Etats-Unis. Les boursiers de la BAEF de 1964 à 1969 ,  2007. 18. Les engagements étudiants. Des pratiques et des horizons dans un monde globalisé, 2008 .  
          
P UBLICATIONS DES A RCHIVES DE L ’U NIVERSITE CATHOLIQUE DE L OUVAIN  Collection dirigée par Paul S ERVAIS  19
L’illusion identitaire des étudiants francophones  Le mouvement des étudiants universitaires belges d’expression française ( MUBEF , 1961-1974)     
 
Mathilde C OLLIN   
Louvain-la-Neuve 2008
 
    Note liminaire Ce livre est issu du mémoire présenté par Mathilde Collin pour l’obtention du grade de Licenciée en Histoire. Le texte original a fait l’objet de modifications dans le style et la forme, ceci dans un souci de le dépouiller de son caractère un peu « académique . Evelyne Vandevoorde                D/2008/4910/20  © Bruylant-Academia s.a. Grand-Place 29 B- 1348 Louvain-la-Neuve   Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.  Imprimé en Belgique  
 ISBN 978-2-87209-907-8  
Introduction
Le concept de « mouvement étudiant  est généralement utilisé pour définir tout ce qui concerne un regroupement d’étudiants autour d’un projet, que ce soit un mou-vement ponctuel et spontané ou une organisation structurée, qu’il ait un objectif pratique, folklorique, culturel ou politique. En partant d’une définition aussi large, il est certain que les mouvements étudiants existent depuis que les étudiants eux-mêmes existent. Le sociologue Erik Neveu 1  définit un mouvement social comme un ensemble d’individus, ayant souvent en commun d’appartenir à une même catégorie sociale, qui ont une revendication à faire valoir. Il y a donc, d’une part, une dimension « d’agir-ensemble intentionnel , marqué par le projet explicite des protagonistes de se mobiliser de concert autour d’une cause et, d’autre part, une dimension politique, car ils imputent aux autorités politiques (gouvernements, collectivités locales, admi-nistrations…) la responsabilité des problèmes qui sont à l’origine de la mobilisation. De cette définition, on pourrait déduire que les activités sociales de détente des étu-diants ne font pas partie du mouvement étudiant. Pourtant, le simple fait d’obtenir l’autorisation de se rassembler implique déjà une demande de reconnaissance de la part de ces étudiants aux institutions d’enseignement, ce qui doit être considéré comme une revendication en soi. Tout mouvement social qui tente de s’inscrire dans la durée pour atteindre des ob-jectifs est confronté à la question de l’organisation, qui coordonne les actions, ras-semble des ressources et mène un travail de propagande 2 . Il existe différents types d’organisations liées au mouvements sociaux, que l’on peut définir selon deux critè-res : la participation directe des adhérents et l’orientation de l’organisation. On ob-tient alors le schéma suivant 3 :                                                       1 N EVEU , E., Sociologie des mouvements sociaux , Paris, 1996, p. 6 (Repères, 207). 2  Ibid ., p. 24. 3  Ibid., p. 27.
6  
 
Mathilde Collin
Orientation vers les adhérents/clients  
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 Ces catégories ne sont pas nécessairement distinctes dans la réalité. Il arrive fré-quemment qu’une organisation se trouve à cheval sur plusieurs des cases de ce ta-bleau. Le Mouvement des étudiants universitaires belges d’expression française ( MUBEF ) recouvre les quatre sections, ce qui paraît logique puisqu’il prétend coor-donner les différentes organisations locales d’étudiants, dont les objectifs varient dans le temps, dans l’espace et, surtout, selon les étudiants. Pour s’exprimer à propos de cette organisation « représentative de l’ensemble , on utilisera donc de préférence l’expression « étudiants en mouvement . La définition de ce cadre conceptuel va nous éclairer sur les stratégies successives des structures représentatives étudiants dans ce travail. Le MUBEF est fondé en 1961 pour rassembler les étudiants francophones dans une structure qui puisse faire contrepoids à la Vereniging der Vlaamse Studenten  ( VVS ), organisation des étudiants flamands animée de revendications linguistiques et qui, en toute cohérence, ne supporte pas de partager son ancien acronyme – la FEB , Fédération des étudiants de Belgique – avec des étudiants francophones. Ces derniers se sont retrouvés face à un véritable défi : s’unir sur une base identitaire commune qui ne pouvait pas être d’ordre linguistique, puisqu’ils n’avaient, eux, pas grand-chose à réclamer dans ce domaine. En d’autres termes, et pour reprendre les éléments théoriques que nous avons exposés, le MUBEF , au départ, est une organisation vide qui n’encadre aucun mouvement. Pour ne pas perdre la face, il va devoir s’atteler à créer ce mouvement, lui donner des objectifs clairs et convaincre les étudiants francophones de s’y identifier. Autant dire que la tâche est ardue, voire impossible. Sur un peu plus de dix ans d’existence, de 1961 à 1974, le MUBEF  va jongler avec plusieurs sentiments d’appartenance. Ils sont tous en relation, soit avec l’évolution et la structure de la société belge dans toute sa complexité, soit avec les conflits idéologiques internationaux. Nous tentons dans ce travail de cerner les influences
L’illusion identitaire des étudiants francophones 7 qu’a subies le MUBEF  et d’utiliser ensuite les éléments mis en évidence par l’histoire événementielle pour proposer une analyse de ce qu’a été l’essence de l’organisation. Pour ce faire, nous procédons en trois étapes. La première décrit les conditions de départ posées par la société à la création d’une organisation comme le MUBEF : le paysage politique, et particulièrement les questions liées à l’enseignement, la montée du pouvoir syndical et l’émergence de l’idée d’un syndicat étudiant, ainsi que l’héritage historique des organisations nationales d’étudiants de Belgique. La deuxième étape passe à la loupe les premiers pas du MUBEF  ainsi que ses textes fondateurs, ses activités, ses intentions et déceptions, et repère les paradoxes. La troisième, enfin, balaie le parcours chronologique du MUBEF , identifie les obstacles sur lesquels il trébuche et en dégage une périodisation. Il va sans dire qu’en tant que première étude sur les organisations étudiantes francophones nationales ou communautaires, ce travail déblaie le terrain pour les chercheurs qui, à la lecture, se sentiraient investis de mission d’approfondissement.  l’image de ce qui se fait en Flandre ou en France, au sein du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants ( GERME ), on peut citer les activités de services, les acteurs des mouvements étudiants et les liens entre leur parcours de jeunesse et leurs activités ultérieures, les méthodes d’action, les rapports avec les institutions ou encore la participation des filles. Mais avant, il est nécessaire de récolter les informations de manière plus systématique. « En miettes 4 , « mémoire(s) courte(s)  et « mémoire des mythes 5 , « struc-turellement amnésique  6  …les chercheurs qui s’intéressent aux mouvements étu-diants ne manquent pas d’expressions pour décrire l’état de la mémoire étudiante. « Tel Sysiphe, les mouvements étudiants semblent recommencer éternellement leur ouvrage sans capitaliser une quelconque expérience , à tel point qu’il serait « illusoire de chercher une mémoire du mouvement étudiant […] d’autant plus que le mouvement étudiant unique et unifié est lui-même une illusion  7 .
                                                      4 C OHEN , Y., W EILL , C., « Les mouvements étudiants : une histoire en miettes ?  dans Le mouvement social , n° 120, Entre socialisme et nationalisme : les mouvements étudiants européens , juillet-septembre 1982, pp. 3-10. 5 L EGOIS , J.-Ph ., « Mémoires étudiantes, « mémoire(s) courte(s)  ? Pistes générales à l’épreuve du cas exemplaire de mai 68  dans Informations sociales , n° 99, publié en ligne sur www.germe.info/kiosque/travauxligne.htm 6 M ONCHABLON , A., « Le mouvement étudiant et sa mémoire : l’ UNEF  après 1945, entre tradition et oubli  dans L’homme et la société , n° 111-112, Générations et mémoires , janvier-juin 1994, pp. 113-117. 7 L EGOIS , J.-Ph., « Mémoires étudiantes, « mémoire(s) courte(s)  ? Pistes générales à l’épreuve du cas exemplaire de mai 68  dans op. cit ., p. 1.
8 Mathilde Collin Le ton est donné pour le jeune chercheur qui se lance à la conquête du Graal. Pour-tant, le tableau n’est peut-être pas aussi noir qu’il y paraît, bien que la reconstruction de l’histoire des mouvements étudiants soit effectivement un parcours difficile qui demande un travail méthodique et méticuleux. En effet, plus que pour d’autres groupes sociaux, la mémoire étudiante est victime d’éclatements. Éclatement entre générations qui se succèdent au rythme des années d’études, éclatement entre réseaux, entre facultés, entre individus qui composent la collectivité. La transmission s’en trouve d’autant plus fragilisée à une époque où la jeunesse est socialement portée à se projeter dans l’avenir. Des bribes de mémoire parviennent à traverser les générations, mais elles s’en trou-vent bien souvent déformées et prennent une valeur symbolique très forte 8 . C’est le cas, par exemple, de la Charte de Grenoble adoptée en 1946 par l’Union nationale des étudiants de France ( UNEF ) et qui est ensuite brandie par les étudiants belges jusqu’au début des années soixante comme le texte fondateur de leur syndicalisme étudiant, faisant fi de leur propre histoire et des heures de travail et de réflexion de leurs prédécesseurs qui ont bâti le syndicalisme étudiant « à la belge  9 . Pour aborder cet univers complexe, trois types de fonds d’archives doivent être ex- plorés : ceux des structures étudiantes, ceux des militants et ceux des archives non-étudiantes susceptibles de receler des informations sur les mouvements étudiants 10 .
1. Les archives des structures étudiantes Les archives conservées par la Fédération des étudiant(e)s francophones ( FEF ) re-montent à l’année 1968, mais seuls quelques documents concernent la période 1968-1973 11 , date de fondation de la Fédération des organisations francophones des étu-diants de Belgique ( FOFEB ) et année retenue par l’actuelle fédération comme l’année
                                                      8 Jean-Philippe Legois n’hésite pas à écrire qu’elles relèvent « plus de la mythologie que d’autre chose . Cf. Ib . 9 Cf. chap. 1, section 2. Notons que l’image entretenue par les médias français de la Charte de Grenoble a pu contribuer à sa perpétuation en Belgique, bon nombre de militants étudiants déclarant se référer au journal Le Monde . 10 L EGOIS , J.-Ph., « Archives et mémoires étudiantes : enjeu historique et enjeux archivistiques  dans Les cahiers du GERME , n° 19, 3 e trimestre 2001, p. 7. 11 Nous y avons retrouvé certains résumés des congrès du MUBEF à partir de cette date. Ces documents sont les plus importants pour retracer les grandes lignes de l’évolution du mouvement puisque c’est lors de ces congrès que sont redéfinies, chaque année, les orientations générales du mouvement et qu’un nouveau bureau exécutif est élu.
L’illusion identitaire des étudiants francophones 9 de fondation du mouvement étudiant francophone en Belgique 12 . Ce fonds nous est relativement familier puisque nous en avons réalisé un premier inventaire en 2001 au cours d’un travail d’étude. Nous y avons mis en évidence certaines difficultés pour la consultation de ces do-cuments. Jusqu’il y a peu en effet, il n’existait pas de système préétabli de rangement, de sorte que chacun classait comme bon lui semblait, ne conservait que ce qui lui paraissait important, avec toute la dimension de subjectivité que cela implique. De plus, certains nouveaux arrivants ont le réflexe d’emprunter des documents aux ar-chives pour se documenter et omettent de les replacer. Il s’ensuit un caractère peu systématique de la conservation des archives. S’ajoutent à cela des lacunes récurren-tes dans la datation des documents, un manque de moyens financiers, matériels (es-sentiellement des locaux) et humains, la désinformation sur les possibilités de dépôt ou encore simplement la mauvaise santé du mouvement 13 . Pour la période antérieure, nous ignorons où ont été déposées les archives, si tant est qu’elles ont existé et existent encore. L’histoire des structures étudiantes francopho-nes montre à quel point elles ont été agitées. Ruptures, déménagements et délocalisa-tions, les occasions de destruction ont été nombreuses.
2. Les archives des militants étudiants Une des manières de combler les lacunes, voire de pallier l’inexistence des fonds de mouvements étudiants, est de s’adresser directement aux militants étudiants. Ils peu-vent aider le chercheur de plusieurs manières. D’abord, il arrive qu’ils aient conservé leurs archives personnelles, fondamentale-ment différentes de celles du mouvement. Ces fonds sont le reflet des activités d’un individu et non celui de l’ensemble des activités de l’organisation.  l’heure actuelle, il n’existe aucun répertoire de ce type de fonds.                                                       12 La FEF  a connaissance de l’existence du MUBEF , mais elle refuse de le considérer comme son « ancêtre  à cause des dérives d’extrême gauche dont il a été le théâtre lors de ces derniers mois d’existence (http://www.fef.be). 13 En période de crise ou quand l’heure est à l’action, les étudiants ne pensent pas à prendre note des débats et à rédiger des comptes-rendus de leurs réunions. En guise d’exemple pour la période qui nous intéresse, citons un extrait du rapport d’orientation de François Martou, président de janvier à avril 1965, à propos de la méthode de travail que devrait adopter le MUBEF : « Une analyse simple nous montre que le mouvement manque de cadres, de documentation, d’informations sur des problèmes cependant étudiés. Les gens partis, il ne reste pas de document permettant de faire travailler le successeur. Nous reposons sur des personnes et leurs paroles. Il nous faut des groupes et des écrits.  M ARTOU , F., « Rapport d’orientation  dans Quatrième congrès, Bruxelles, le 3 avril 1965 [les dossiers du MUBEF , n° 8], p. 14.