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L'image de la Côte d'ivoire dans le quotidien Le Monde

De
131 pages
La Côte d'Ivoire est un pays d'Afrique de l'Ouest qui a la particularité "d'exister" dans la presse française. cet ouvrage propose une étude détaillée du traitement médiatique de la Côte d'Ivoire par le quotidien Le Monde sur une période qui s'étend de 1960 à 2005. Cette rétrospective d'une quarantaine d'années permet d'apprécier l'évolution de l'image du pays. Comment Le Monde a-t-il rendu compte de l'actualité ivoirienne ? Une lecture au second degré des différents articles permettra de mettre en évidence que les mots sont rarement choisis au hasard.
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L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidienLe Monde
1960-2005

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Théo DOH-DJANHOUNDY, Autopsie de la crise ivoirienne. La nation au cœur du conflit, 2006. Georges Niamkey KODJO, Le royaume de Kong), 2006. France MANGHARDT, Les enfants pêcheurs au Ghana, travail traditionnel ou exploitation, 2006. Viviane GNAKALÉ, Laurent Gbagbo, pour l'avenir de la Côte d'Ivoire, 2006. Daniel Franck IDIATA, L'Afrique dans le système LMD, 2006. Enoch DJONDANG, Les droits de l 'homme: un pari difficile pour la renaissance du Tchad et de l'Afrique, 2006. Abderrahmane N'GAÏDE, La Mauritanie à l'épreuve du millénaire. Mafoi de « citoyen », 2006. Ernest DUHY, Le pouvoir est un service, le cas Laurent Gbagbo, 2006. Léonard ANDJEMBE, Les sociétés gabonaises traditionnelles, 2006. Gaston M'BEMBA-NDOUMBA, Les Bakongo et la pratique de la sorcellerie, 2006. Mouhamed Lemine Ould EL KETT AB, Ouadane, port caravanier mauritanien, 2006. Mouhamed Lemine Ould EL KETTAB, Facettes de la réalité mauritanienne, 2006. A. C. NDINGA MBO, Introduction à l 'histoire des migrations au Congo-Brazzaville. Les Ngala dans la cuvette congolaise. XVIr-XIX siècles, 2006. Pierre N'GAKA, Le droit du travail au Congo Brazzaville, 2006. Doudou SIDffiÉ, Démocratie et alternance politique au
Sénégal, 2006.

Pierre Bouopda KAME, La quête de libération politique au Cameroun, 2006. Amadou BOOKER SADTI, Le rôle de la génération charnière ouest-africaine. Indépendance et développement, 2006. Baudoin MUBESALA, La religion traditionnelle africaine, 2006.

Fériel BELCADHI

L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde
1960-2005

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

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www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusi on.harmattan@wanadoo. fr ~L'Hannattan,2006 ISBN: 2-296-00724-4 EAN : 9782296007246

A ma mère, à mon père.

Mes plus vifs remerciements s'adressent à Mr. Pierre Boilley, mon Professeur et directeur de recherches ainsi qu'à Mr. Djibril Gningue, intellectuel panafricaniste indépendant. A Hédi, Lucie et Jordan.

Depuis le début du siècle, la Côte d'Ivoire est le pays d'Afrique de l'Ouest qui semble le plus médiatisé aussi bien au sein des grands quotidiens nationaux qu'au niveau des différents Journaux Télévisés des chaînes nationales. Y a-t-il une raison particulière à cela? En tout premier lieu, cette simple constatation en elle même révèle d'ores et déjà un aspect essentiel: Le fait même que l'actualité d'un pays africain soit médiatisée suscite l'étonnement voire la surprise. La Côte d'Ivoire qui trouve son actualité relayée par les plus grands médias français apparaît comme revêtant une certaine spécificité. En effet, l'actualité africaine est très peu présente au sein du système médiatique français, et quand elle existe, celle-ci demeure présentée d'une manière simplificatrice et vulgarisée, souvent empreinte de clichés et de stéréotypes. C'est à partir de ces différentes constatations que les interrogations s'orientent: Pourquoi les événements en Côte d'Ivoire sont-ils si médiatisés? Cette apparente médiatisation des évènements en Côte d'Ivoire est-elle simplement récente ou bien remonte-elle à une période bien plus antérieure? Pour répondre à ces questions, nous avons choisi d'étudier le cas du traitement médiatique de la Côte d'Ivoire sur une période de quarante ans qui s'étend de 1960, date de son accession à l'indépendance, à 2005. Ainsi l'accent pourra être placé sur l'évolution du traitement médiatique de la Côte d'Ivoire. Pour mieux saisir cette dynamique évolutive, nous avons choisi de n'envisager le traitement journalistique de la Côte d'Ivoire qu'à partir du quotidien Le Monde qui constituera la source principale de ce travail. Nous avons choisi de travailler à partir d'un seul journal plutôt que de comparer les divers traitements médiatiques selon les différents titres qui composent le paysage médiatique français. Ainsi l'accent pourra être placé en priorité sur l'évolution de la médiatisation de la Côte d'Ivoire et ce à partir d'une seule et même source. Pourquoi avoir choisi Le Monde? Ce quotidien est devenu en quelques soixante ans d'existence, un journal de référence. Du premier numéro daté du 19 décembre 1944 à aujourd'hui en 2005, le quotidien s'est toujours affirmé dans une position 7

d'indépendance financière qui s'accompagne d'une réelle indépendance d'esprit apparemment éloignée des pressions politiques. Réputé pour son sérieux et sa fiabilité ainsi que pour la qualité de ses articles, Le Monde qualifié par Edwy Plenel de «journal international d'information générale en langue l française» est également un quotidien qui consacre une importante place à l'actualité internationale. C'est ainsi que le journal Le Monde se fabrique et affine une identité qui lui est propre. Le titre en lettres gothiques devient une sorte de label et de même que Le Monde est une référence, il est également incontournable et se hisse presque au statut d'institution. Edwy Plenel dira à ce sujet que l' étiquette de «journal de référence» pour un quotidien comme Le Monde pouvait être vécue comme une «cage dorée »2 dans le sens où il est parfois difficile de conserver son plus haut niveau et que, de par sa position, Le Monde se retrouve également pris dans la tounnente de la critique et des spéculations. C'est pour toutes ces raisons que ce journal interpelle, intéresse ou même fascine et autour de lui abonde toute une littérature dont la particularité réside dans l'éclectisme. Les différents écrits se complètent et s'opposent. Ainsi, les ouvrages de P. Eveno3 ou de J. Thibau étudient le journal et son histoire de manière approfondie tandis que depuis l'année 2003 se développe un autre type d'ouvrages plus polémiques parfois calomnieux et inquisiteurs.4 Il semble que d'un bord à l'autre de ces différents écrits, le thème du pouvoir réel ou fictif du Monde nourrit la trame de fond. C'est donc ce quotidien que nous avons choisi comme source principale d'une part, parce qu'il consacre une part importante de ses colonnes à l'actualité internationale et également parce que ce journal représente une source de qualité, connue et
I Conférence avec Edwy Plenel « Comment fait-on Le Monde tous les jours» 3 mai 2004, Cité Internationale. 2 Idem 3 P. Eveno, Le Monde, 1944-1995. Histoire d'une entreprise de presse, Paris, Le Monde Editions, 1996, 540 p. J. Thibau, Le Monde, histoire d'un journal, un journal dans I 'histoire, Paris, Jean Claude Simoën, 1978, 469 p. 4 P. Péan P. Cohen, La face cachée du Monde: du contre pouvoir aux abus de pouvoir, Paris, Milles et une nuits, 2003, 631 p. 8

reconnue. Nous envisagerons ce quotidien comme un cadre où s'exprime la représentation collective d'une réalité interprétée. Les médias d'une manière générale sont devenus pour les historiens une source à part entière. Cette prise en compte des médias en tant que source historique date des années 1940. Avant cela, la presse, considérée comme corrompue et peu fiable, ne constituait pas aux yeux des historiens au même titre que les diverses archives traditionnelles, une source que l'on pouvait interroger. Aujourd'hui, avec la multiplication des supports aussi bien écrits, audiovisuels qu'interactifs, les médias ont gagné une place importante et constituent une mine d'infonnations. Ils fonnent un ensemble de sources essentielles qui pennet d'élargir les perspectives de recherches et offrent également une fenêtre particulièrement efficace sur le passé. Autrement dit, on pourrait presque dire que les médias en tant que source historique sont devenus incontournables. Elle l'est d'autant plus que la question de l'opinion publique qui se pose aujourd'hui avec de plus en plus de poids ne peut être envisagée sans interroger en premier lieu, les médias. La question de l'opinion publique est délicate à aborder pour la simple raison qu'elle est difficilement définissable : « L'opinion publique est la reine du monde parce que la sottise est la reine des sotS})5 disait Chamfort. Bourdieu, quant à lui, disait de l'opinion publique qu'elle n'existe tout simplement pas6. Si l'opinion publique est un concept délicat, le lien qui est usuellement établi entre elle et les médias en est d'autant plus laborieux à affirmer. Pourtant, l'influence ou encore l'interaction entre l'opinion publique et les médias est indéniable. Cette question se trouve au carrefour des sciences sociales. Nous nous interrogerons à ce sujet en posant la question de l'influence du discours du Monde sur l'opinion publique; puis à un deuxième niveau nous évoquerons le lien étroit qui existe entre l'opinion au sens large et les idées reçues qui la composent. Au cours de ce travail, la question de l'Afrique
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Cité par J. Lazar, l'opinion publique, Paris, Syrey, 1994, quatrième de

couverture. 6 Idem.

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telle qu'elle existe dans l'opinion publique sera abordée: comment le grand public se représente-t-il le continent africain, et quel est son degré d'intérêt?

Le traitement médiatique de l'actualité africaine influence-t -il les contours de l'image de l'Afrique dans l'inconscient collectif? Cette question sera le point de départ de l'ensemble de la réflexion articulée autour de l'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde. Ce sujet implique un certain nombre d'interrogations et plusieurs orientations sont possibles. L'une d'entre elles concerne l'idée de la représentation de la réalité ivoirienne dans le traitement journalistique du Monde. Problématisé ainsi, ce sujet peut être envisagé à travers un prisme à la fois large et précis. Il soulève de nombreuses questions dont certaines restent ouvertes car l'appréciation demeure un paramètre non négligeable dans la conduite de ce travail. Qu'implique l'étude de l'image de la Côte d'Ivoire dans le traitement journalistique du Monde? Une certaine méthodologie s'impose et consiste à procéder par étapes. Travailler à partir d'une source de presse implique tout d'abord de présenter le média en question. Avant de s'intéresser à son discours concernant l'actualité africaine et ivoirienne, il s'agira de quantifier le nombre d'articles afin de mesurer l'intérêt qu'accorde le quotidien Le Monde à la question ivoirienne. Ainsi, sur la quarantaine d'années prises ici en considération, il sera possible de jauger les fluctuations de la place occupée par la Côte d'Ivoire dans les colonnes du Monde. Après cette analyse quantitative réalisée à partir des index du Monde, l'analyse qualitative révèlera également un certain nombre d'autres aspects. L'analyse qualitative suggère d'envisager les articles répertoriés en tenne de fonne (articles courts, brèves, reportages, enquêtes, dossiers etc.) Cette distinction permet ainsi de jeter un pont avec l'étude du contenu des articles. L'étude de contenu constitue le premier niveau d'analyse, en d'autres termes il s'agit d'une lecture « au premier degré », centrée sur l'événementiel. Le glissement vers l'étude du discours s'opère naturellement et implique une lecture plus en profondeur. Le discours journalistique du Monde est défini par des mots, un vocabulaire spécifique, un langage codifié desquels découlent de 10

manière assez impalpable des impressions, des projections et des interprétations. En résumé, le discours journalistique du Monde sur la Côte d'Ivoire induit une activité représentative et imageante. En procédant par périodes, il est possible d'appréhender l'évolution de ce discours et de l'image ainsi véhiculée.

L'image de la Côte d'Ivoire évolue à mesure que le contenu des articles change. Ainsi, dans les années 1960, l'Afrique est très présente dans le quotidien. L'actualité est alors surtout concentrée sur les indépendances et l'Algérie fait couler beaucoup d'encre. Elle a, à elle seule toute une rubrique qui lui est consacrée. Le reste de l'Afrique est traité dans deux rubriques distinctes. Les anciennes colonies belges ou britanniques sont classées dans une rubrique «Etranger », elles y côtoient par exemple la Grèce, la Corée du sud, ou l'Italie; tandis qu'une autre rubrique intitulée «les événement du continent noir» traite exclusivement des anciennes colonies de l'Empire français. Les indépendances et la façon dont elles se déroulent sont alors la principale préoccupation, aussi bien au sein du Monde que dans la sphère politique. La Côte d'Ivoire est alors assez absente des pages du quotidien pour la simple et bonne raison qu'elle est à l'époque assez stable. La Côte d'Ivoire des années 1970 est celle dite du « miracle '», du «bon élève », de «la vitrine de l'Afrique de l'Ouest », autrement dit, l'exemple même de ce qui est appelé la coopération réussie. Ces termes relevés dans différents articles du Monde, sont aussi ceux que l'on retrouve dans le discours politique de l'époque. La Côte d'Ivoire était alors considérée comme la pierre angulaire de la politique africaine de la France. La Côte d'Ivoire jouira d'une image dorée que le discours du Monde contribuera fortement à faire briller. Durant les années 1980, l'essentiel des articles traitant de la Côte d'Ivoire sont des analyses plus ou moins approfondies de l'économie. Cela correspond en effet à une période cruciale, celle de la grave crise économique que le pays subit de plein fouet. Les cours des matières premières telles que le café et le cacao, qui constituent les principales ressources de la Côte d'Ivoire et qui avaient largement participé à sa réussite économique sont en chute libre entraînant ainsi de graves conséquences. L'attention toute Il

particulière que Le Monde porte à ces événements traduit une grande inquiétude, qui est également celle du pouvoir politique français, fortement impliqué. Mais il est aussi notable que le discours du Monde ne s'adonnera pas à l'alarmisme. Le ton employé sera néanmoins clairement paternaliste et parallèlement à cela, dans la logique de la démarche, la Côte d'Ivoire, ses dirigeants et ses citoyens seront infantilisés. Enfin, des années 1990 jusqu'à aujourd'hui, et particulièrement depuis le coup d'Etat de décembre 1999, la Côte d'Ivoire est le pays d'Afrique de l'Ouest le plus médiatisé. C'est là que s'ouvre la période la plus sombre de l'histoire du pays, celle d'un conflit meurtrier aux mille lectures. Cel1e du Monde comme de l'ensemble des médias occidentaux est celle du clivage dit « ethnique ». La Côte d'Ivoire est alors décrite comme coupée en deux, « le nord musulman et le sud chrétien». Des titres comme « la haine interethnique» reviennent en leitmotiv, comme si les médias occidentaux restaient prisonniers de moules, de grilles de lectures rigides qu'ils déplacent d'un pays à l'autre, du Rwanda au Liberia en passant par le Congo. Or, le concept d'ethnie est largement remis en cause, et ce, dès le milieu des années 19807. Ce concept, aux contours si flous, peut se révéler extrêmement dangereux, quand on voit l'instrumentalisation qui en est faite aussi bien d'un côté que de l'autre. C'est précisément à ce propos que le discours stéréotypé se révèle en toute clarté. Le conflit ethnique demeure la principale grille de lecture de tout conflit anné impliquant des civils sur le continent africain. Du préjugé à la contrainte de simplification voire de vulgarisation qu'implique parfois le discours journalistique, la frontière semble extrêmement mince. L'étude de l'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien français Le Monde soulève également cette interrogation: quelle place occupe le stéréotype dans le discours journalistique du Monde à propos de l'Afrique et de la Côte d'Ivoire? Nous conclurons par cette question, mais avant cela nous nous intéresserons au quotidien en lui-même. Après avoir présenté ses spécificités, parcouru son histoire qui lui façonne son identité
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J. L AmseIle et E. M'Bokolo, Au cœur de l'ethnie, Paris, La Découverte, 12

1999, 225 p.

et la position que nous lui connaissons aujourd'hui, nous envisagerons Le Monde à travers le traitement de l'information relative à l'actualité africaine qu'il suggère. Quelle place lui accorde-t-il? Qui sont les principaux journalistes chargés de rendre compte de cette actualité? Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons au contenu des articles consacrés à la Côte d'Ivoire de son indépendance à aujourd'hui. Nous distinguerons trois périodes, chacune caractérisée par une actualité dominée par des thèmes en particulier, et qui, selon sa teneur, nourrira les tons de l'image du pays, images dont les caractéristiques seront totalement bouleversées. L'image de la Côte d'Ivoire telle qu'elle est véhiculée par le traitement journalistique du Monde sera caractérisée par un revirement qui s'apparente à une volte-face quand on considère l'évolution de cette image sur cette période qui s'étend de 1960 à 2005. Enfin nous terminerons ce travail par une partie plus théorique qui envisagera la question de l'image de la Côte d'Ivoire en tant que manifestation d'une représentation collective d'un pays africain dans le cas particulier d'un discours journalistique. Nous aborderons le concept de représentation en insistant sur le lien qui existe entre l'activité représentative et le processus imageant et nous examinerons les éléments qui les influencent. Etudier l'image de la Côte d'Ivoire dans Le Monde aura supposé un certain nombre de réflexions et soulevé une quantité d'interrogations dont certaines restent ouvertes. Cet ouvrage se propose de tenter d'en éclaircir certaines d'entre elles.

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