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L'immigration au tournant

336 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 379
EAN13 : 9782296206557
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MIGRATIONS
Collection

ET CHANGEMENTS
Perotti

dirigée par Antonio

L'histoire de l'immigration en France est une histoire ancienne qui touche un phénomène très complexe. Ancienne, car elle a pris des proportions remarquables depuis plus d'un siècle. Le recensement de 1851 dénombrait déjà 381 000 étrangers. De 1921 à 1930, la France se plaçait au second rang des' pays d'immigration dans le monde après les États-Unis. L 'histoire complexe surtout. On peut même se demander si,
pendant une période aussi prolongée

-

durant laquelle les données

démographiques, économiques, politiques, culturelles et psychologiques ont subi des transformations profondes, aussi bien sur le plan national qu'international le phénomène migratoire n'a pas

-

changé de nature. Comment affirmer qu'il s'agit du même phénomène alors qu'il ne résulte pas des mêmes causes, ne. se réalise pas dans le même cadre institutionnel national et international, ne touche pas les mêmes populations étrangères ni les mêmes générations, ne revêt pas les mêmes formes? Cette nouvelle collection, consacrée aux migrations et aux changements qu'elles comportent ou qu'elles provoquent, vise à privilégier les travaux portant sur:

générations successives, avec un accent particulier sur le profil socioculturel des nouvelles générations issues de l'immigration; les mutations introduites dans la vie sociale, économique et
culturelle des pays d'origine et du pays de résidence;

-

les mutations internes des populations immigrées à travers les

-

les approches comparatives du fait migratoire dans ses

paramètres historiques, géographiques, économiques, politiques. Ceux qui pensent que leur recherche pourrait s'insérer dans cette collection peuvent contacter: Antonio Perotti, c/o L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'IMMIGRA TION AU TOURNANT

H. Bartoli - G. Beaugé- F. Bovenkerk M. Labelle H. Lutz - A. Martens - A. Martin R. Miles- H. Milet - M. Miller G. Moreau - M. Morokvasic- F. Moulaert S. Palidda - R. Penn - A. Perotti I. Talha - M. Tripier - G. Verbunt - R. Verhaeren R. Waldinger - C. Wilpert - A. Zehraoui
sous la direction de

G. Abou Sada

-

B. Courault - Z. Zeroulou

Dans la même collection
1. Maria LLAUMETT,Les jeunes d'origine étrangère. De la marginalisation à la participation. 1984, 182 pages. 2. Mohamed Hamadi BEKOUCHI, Du Bled à la ZUP et/ou La couleur de l'avenir. 1984, 160 pages. 3. Hervé-Frédéric MECHERI, Les jeunes immigrés maghrébins de la deuxième génération et/ou La quête de l'identité. 1984, 120 pages. 4. François LEFORT, Monique NÉRY, Emigrés dans mon pays. Des jeunes, enfants de migrants, racontent leurs expériences de retour en Algérie. 1985, 192 pages. 5. Raimundo DINELLO, Adolescents entre deux cultures. Séminaire de transculturation de Carcassone. 1982, 1985, 128 pages. 6. Riva KASTORYANO,Etre turc en France. Réflexions sur familles et communauté. 1986. 7. Michelle GUlLLON et Isabelle TABOADA-LEONETTI,Le triangle de Choisy. Un quartier chinois à Paris. 1986, 216 pages. 8. Adil JAZOULI, L'action collective des jeunes Maghrébins de France. 1986, 217 pages. 9. Véronique de RUDDER, Autochtones et immigrés en quartier populaire: d'Aligre à l'Ilot CMlon. 10. Mario ZAMBETTI, L'été à Cap Djinet. Rencontres méditerranéennes. 11. Abdel Aïssou, Les Beurs, l'école et la France. 1987,215 p. 12. SmaÏn LAACHER, Questions de nationalité. Histoire et enjeux d'ciII code. 1987,254 pages. 13. Isabelle TABOADA LEONETTI, Les immigrés des beaux quartiers. L> communauté espagnole dans le XVI'. 1987,212 pages. 14. LE Hüu KHOA, Les jeunes vietnamiens de la dernière génération. La semi-rupture au quotidien. 1987, 92 pages. 16. Anna VASQUEZ, Exils latino-américains. La malédiction d'Ulysse. 17. Maria do Céu CUNHA, L'action collective des jeunes adultes portugais. 1987. 18. H. MALEWSKA et C. CACHON, Le travail social et les enfants de migrants. Racisme et identité, recherche-action. 1988, 248 pages. 19. Salah RIMANI, Les Tunisiens de France. Une forte concentration parisienne. 1988, 160 pages. 20. Noël MOUBARAKI, Marocains du Nord. Entre la mémoire et le projet. 1989. 21. Bernard LORREYTE (sous la direction de), L'intégration des jeunes issus de l'immigration étrangère. 1989. 22. Maryse TRIPIER, L'immigration dans la classe ouvrière en France, 1990.

L'IMMIGRATION

AU TOURNANT
Actes du Colloque du GRECO 13 sur les mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays industriels Vaucresson, 28-30 janvier 1988

CIEMI 46, rue de Montreuil 75011 Paris

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L' Harmattan et CIEMI, 1990 ISBN: 2-7384-0639-4 ISSN : 0756-7154

Remerciements

Nous remercions tous ceux qui ont participé à l'animation du colloque par la présidence d'une des séances de travail et/ou par l'enrichissement aux débats. Monsieur A. Benachenhou, Unesco, Paris Monsieur Jacques Commaille, directeur de recherche au CNRS,Paris Madame Jacqueline Costa-Lascoux, directeur de recherche au CNRS, Paris Madame Claude Faugeron, directeur de recherche au CNRS, directrice de l'IRESCO, Paris Monsieur Alain d'Iribarne, directeur du PIRTEEMCNRS, Paris Monsieur Dominique Lahalle, ancien directeur du GRECO 13, directeur de recherche au CNRS,Paris Monsieur Jacques Lautman, directeur scientifique
SHS-CNRS

Monsieur Rémy Levau, professeur à l'Institut d'études politiques, Paris Monsieur Gérard Moreau, directeur de la Population et des Migrations, Paris Monsieur André Raymond, directeur de l'IREMAM, Aix-Marseille Monsieur Pierre Rolle, directeur de recherche au
CNRS, Nanterre 7

Monsieur François Stankiewicz, professeur à l'Université de Lille l Monsieur Emile Temime, ancien directeur du GRECO 13, professeur à l'Université d'AixMarseille Monsieur Pierre Tripier, professeur à l'Université de Paris VII Monsieur Michel Yahiel, directeur du Fonds d'action social, Paris De même nous remercions le personnel de OMINORet notamment Mesdames Legrand Anl' nette (CNRS), Malaquin- Herman Marie-Catherine (CNRS), Romero Mercedes (CNRS) et Chervel Armelle (CNRS), dont le travail a permis l'organisation matérielle de ce colloque.

8

LISTE

DES INTERVENANTS

AU COI,LOQUE DU GRECO

13

« Les mutations économiques et travailleurs dans les pays industriels»

immigrés

ABOU-SADA G. OMINOR(Observatoire des mutations et des migrations internationales de la région Nord - Pas-de-Calais) 1, rue Norbert Segard BP 109 59016 Lille Cedex BARTOLI H. Séminaire d'économie du travail Université de Paris I 90, rue de Tolbiac 75634 Paris Cedex 13 BEAUGE G. IREMAM(Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman) 3-5-7, avenue Pasteur 13100 Aix-en-Provence COURAULTB. Centre d'études de l'emploi Immeuble Descartes I, Promenade Michel Simon 93191 Noisy-le-Grand Cedex LABELLEM. Université du Québec à Montréal Case Postale 8888, succursale A Montréal (Québec) H 3 C 3 P8 9

LEBONA. Direction de la population et des migrations Ministère des Affaires sociales et de l'emploi 1, place Fontenoy 75700 Paris LUTZ H. Universiteit Van Amsterdam Centrum voor Etnische Studies Prinsengracht 227 1015 DT Amsterdam MARTENSA. Katholieke Universiteit Leuven Department Sociologie E. Van Evenstraat 2 C 3000 Leuven B MARTIN A. Department of Sociology University of Lancaster (Grande Bretagne) MERCKLlNGO. 53 rue de Belville 75019 Paris MILES R. Department of Sociology University of Glasgow Glasgow G 12 8 QQ Scotland MILLER M. International Migration Review 209, Flag place Staten Islan, New York 10304-1199 MILET H. OMINOR(Observatoire des mutations et des migrations internationales de la région Nord-Pas-de-Calais) 1, rue Norbert Segard BP 109 59016 Lille Cedex MOREAU G. Direction de la population et des migrations Ministère des Affaires sociales et de l'Emploi 1, place Fontenoy 75700 Paris
MOROKYASIC M. CIIRYSEIS-IRESCO 59-61, rue Pouchet 75849 Paris Cedex

17

10

MOULAERT

F.

Beverlaai Hof 16 8500 Courtrai (Belgique) PALIDDA S. 40, rue Pascal 75013 Paris PENN R. University of Lancaster Cartmel College Lancaster-LAI 4YL (Grande Bretagne) SINGER-KERELJ. 13, rue de Bièvre 75005 Paris TALHAL. CRESM (Centre de recherche méditerranéennes) Université Aix-Marseille-cNRs 3, avenue Pasteur 13100 Aix-en-Provence
TRIPIER M. IRESCO-LSCI

et d'études

sur les sociétés

59-61, rue Pouchet 74849 Paris Cedex 17 VERBUNTG. 153, rue de Rome 75017 Paris
VERHAEREN R. CRISS

Bâtiment économie gestion n° 90-Domaine universitaire BP 47 Centre de tri 38040 Grenoble Cedex WALDINGERR. Department of Sociology NAC6145 City College Convent A venue at 138 Street New York, N.Y. 10031 WILPERT C. Université de Berlin Heidenbergstr 4-5 Berlin lü-RFA 11

ZEHRAOUI A. CHRYSEIS-IRESCO

59-61, rue Pouchet 75849 Paris Cedex ZEROULOUZ. OMINOR(Observatoire des mutations et des migrations internationales de la région du Nord-Pas-de-Calais) 1, rue Norbert Segard BP 109 59016 Lille Cedex

12

Liste des publications les plus récentes des intervenants

ABOU SADA Georges, L'évolution des politiques migratoires en France dans le contexte de crise, Communication présentée au Séminaire international de Calabre (Italie) du 8-10 septembre 1986, Ed. AIDELF(Association internationale des démographes de langue française), mai 1988, n° 3. L'insertion sociale et professionnelle des jeunes Maghrébins issus de l'immigration dans les sociétés européennes, Colloque de Montréal, Association des sociologues francophones, août 1987. A paraître. Logement des immigrés et politique de gestion des parcs, Communication présentée au séminaire de l'université de Grenoble « Banlieues et immigration », 26-27 mai 1988, université Joseph Fourier, Grenoble I - Institut de géographie Alpine. BEAUGE Gilbert, sous la direction de Gilbert BEAUGE, « Les migrations internationales au Moyen-Orient », Revue TiersMonde, PUF, tome 26, n° 103, juillet-septembre 1985. BEAUGE Gilbert, LONGUENESSE Elisabeth, Communautés villageoises et migration de main-d'œuvre au Moyen-Orient, Cermoc, Beyrouth, Sindbad, Paris, 238 p., 1987. BEAUGE Gilbert, ROUSSILLON Alain, Le migrant et son double: migration et unité arabe, Paris Publisud, 191 p., 1988. COURAULT Bruno, a participé à deux groupes de travail sur l'immigration, le Séminaire auprès des étudiants de l'ENA en 1984 (groupe d'étude sur l'emploi étranger dans les 13

entreprises) et le groupe d'étude présidé par S. Hessel au CGP, qui s'est réuni entre 1986 et 1987 à titre de co-rapporteur, Immigrations: devoir d'insertion (La Documentation française, 1988). LABELLE Micheline, «La gestion fédérale de l'immigration internationale au Canada: 1963-1984 », in D. Brunelle, Y. Bélanger (Eds), L'ère des libéraux. Le pouvoir fédéral de 1963 à 1984, Sillery, Presses de l'université du Québec, 1988, pp. 313-342. LABELLEMicheline, MEINTELD., TURCOTTEG. et KEMPENEERS M., Migration Wage Labor and Domestic Relationships: Immigrant Women Workers in Montreal, Anthropologica, vol. 26, n° 2, 1984 (publié en 1988). LABELLEMicheline, MEINTELD., TURCOTTEG. et KEMPENEERS M., The New Double Workday of Immigrant Women Workers in Quebec, Women's Studies, vol. 1, n° 3, 1987, pp. 273-293. LEBON André, 1986-1987. Le point sur l'immigration et la présence étrangère en France, Paris, La Documentation française, avril 1988, 91 p. « La présence étrangère en Europe occidentale - Dénombrement et Méthode» in Revue française d'administration publique, n° 47, juillet-septembre 1988, pp. 373-381.
«

Un nouvel observatoire des migrations internationales: le

SIMED» in Hommes
paraître)

.

et Migrations, n° 1 121, mai 1989 (à

LUTZ Helma, «Lebensentwürfe auslandischer Frauen », in Informationsdienst zur Ausliinderarbeit, nr 4, 1988, Frankfurt. LUTZ Helma, MOORS A., «De mythe van de anderbeeldvorming over Turkse migrantes in Nederland », in Lover, 16. jrg. 1989/1, Amsterdam. « S« Sheherezade en Fatma - oosterve vrouwelijkheid in westerse literatuur », in Tijdschrift v. Vrouwenstudies, 1989, jaarg. 10, Of. 1, Nijmwegen. MARTENS Albert, L'intégration des immigrés dans l'entreprise. Communication faite au 12" Symposium international du travail et de la sécurité, Houthalen, 20-21 octobre 1988, pp. 1-41 (à paraître).
«

Immigrationet civilisation.L'immigrationd'après-guerre

en tant que processus de civilisation en Europe, en Belgique et en Flandre », Cahiers Marxistes, n° 164, décembre 1988, pp. 11-27.

14

Vreemdelingen : de Brusselaars van het jaar 2000 ? Communication faite au Colloque « Het probleem Brussel sinds Hertoginnedal (1963) », Brussel, 20-21 octobre 1988, pp. lIS. MERCKLlNGOdile, « Transformation des emplois et substitution de travailleurs français aux travailleurs immigrés: le cas de l'industrie automobile », revue Sociologie du travail, n° 1, 1986. « Nouvelles politiques d'emploi et substitution de la maind'œuvre immigrée dans les entreprises en France », Revue européenne des migrations internationales, vol. 3, n° 1-2, 1ertrimestre 1987. « Les travailleurs immigrés dans les petites entreprises », Revue Migrations-Etudes, DPM, n° 2, 1989. MILES Robert, Capitalism ans Unfree Labour: Anomaly of Necessity?, London: Tavistock, 1987. Racism, London, : Routledge, 1989. KAY D. and MILES R., « Refugees or Migrant Workers? The case of the European Volunteer Workers in Britain (1946-1951) », Journal of Refugee Studies, 1988, 1(3/4) : 214-36. MILLER Mark, «Political participation and representation of noncitizens» in W. Rogers Brubuker, ed., Immigration and the Politics of Citizenship in Europe and North America, Lanham, MD : University Press of America, 1989, 129-143. « Les régularisations de la population clandestine dans les démocraties industrielles: un bilan comparatif », Revue française de l'administration publique, 47, juillet-septembre 1988,61-69. « Preliminary results of the IRCAlegalization programs at the end of Phase I », International Migration, 27, 1988, 1, 109-114. MILET Hélène, «Productions écrites d'enfants d'immigrés à l'école, et pratiques langagières en milieu familial immigré: des approches convergentes », in Langage et Société, n° 36, 1986. « L'expression d'identités à double référence - Productions écrites d'enfants d'immigrés maghrébins à l'école », in Vers des sociétés pluriculturelles : étude comparative et situation en France - Actes du Colloque international de l'Association française des anthropologues, Paris, ORSTOM,1987. «Structures du discours en français acquis chez des

immigrés de longue date

}},

in Actes du 6eColloque
15

international sur l'acquisition d'une langue étrangère, à paraître. MOROKVASIC-MuLLER Mirjana, Entreprendre au féminin en Europe: cas des immigrées et des minorités en France, en République fédérale d'Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie et au Portugal, CEE, Bruxelles, 116 p., V/1871/1988. MOROKV ASIC Mirjana, Emigration und Danach. Jugoslawische Frauen in Westeuropa, Stroemfeld Roter Stern Verlag, Frankfurt/Main 1987, 251 pages. MOROKV ASICMirjana, « Garment Production in a Metropole of Fashion: Small Entreprise, Immigrants and Immigrant Entepreneurs », Economic and Industrial Democracy, 1988, vol. 9, 83-97. MOULAERT Frank, « La production des services et sa géographie » (numéro spécial de cles, Lille, 1989). Regional policy a the crossroads (avec L. Albrechts, P. Roberts et E. Swyngedauw), Jessica Kingsley Publishers, London, 1989.
«

The geography of fordist and post-fordist accumulation

and regulation» (avec Patricia Wilson et Erik Swyngedauw), Papers of the Regional Science Association, 1988. CAMPANI G., CATANI M., PALlDDA S. (1987), «Italians immigrant associations in France », in J. Rex, D. Joly and C. Wilpert, eds.: Immigrants associations in Europe, Aldershot, Gower ESF, editors (travaux projet de la Fondation européenne de la science). PALlDDA S., CATANIM., CAMPANIG. (1988), Ciociari, Scaldini et Reggiani entre indifférence, méfiance, antifascisme et fascisme dans les années vingt, in CEDEI, ed. (1988): L'Immigration italienne en France dans les années vingt, Paris, CEDEI (Actes Colloques). PALIDDA S., MUFFOZ M.C. (1988), The condition of young people of foreign origin in France, in C. Wilpert, ed. 1988 ; Entering the working world; Aldershot ; Gower & ESF (travaux projet de la Fondation européenne de la science). PENN Roger, « Continuity and change in skilled work », British Journal of Sociology, vol. XXXVII, 4, 1988, pp. 60-85. « Changes in the differentials of engineering workers since 1979 : an analysis of earnings data from Rochdale» (with R.B. Davies and A. Martin), Journal of Interdisciplinary Economics, vol. 2, n° 3, 1988, pp. 199-213. Class, power and technology: skilled workers in Britain and America, Oxford: politiy press, 1989. 16

TALHA Larbi, «L'évolution des structures socio-économiques des travailleurs maghrébins en France », Actes du Colloque de Tunis, Cahiers du CERES, n° 6, Tunis, 1987. « Une théorie économique des migrations internationales de travail est-elle concevable?» Annuaire de l'Afrique du Nord, 1987. Le salariat immigré dans la crise. La main-d'œuvre maghrébine en France, cd. du CNRS,janvier 1989. TRIPIER Maryse, « La population étrangère en France. Principales évolutions des années soixante aux années quatrevingt », Analyses et Documents économiques, Cahiers du centre confédéral d'études économiques et sociales de la CGT, n° 30, avril 1988. « L'immigration dans la classe ouvrière en France; quelques propositions », Société française, cahiers de l'IRM, avril-juin 1988, pp. 28-35. Les associations, l'entreprise et la vie locale. Colloque international. L'Immigration en Europe et aux Etats-Unis. Politiques nationales et intégration des populations immigrées. Centre d'études et de recherches internationales, CNRS, Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 21-22 avril 1988, à paraître. Revue européenne des migrations internationales. L'immigration dans la classe ouvrière en France, L'Harmattan, coll. ClEMI, n° 22, 1990. VERHAERENRaphaël-Emmanuel, « The role of foreign workers in the seasonal fluctuations of the French economy», article paru dans « International Migration Review», Center for Migration Studies, New York, vol. XX, Winter 1986, pp. 856-874, paru effectivement en février 1987. «L'hypothèse d'une relance des migrations internationales », dans la Revue européenne des migrations internationales, Poitiers, vol. IV, n° 1 et 2, le' semestre 1988, pp. 203-230. Une théorie économique des migrations internationales, thèse pour les diplômes de doctorat de sciences économiques et d'habilitation à la direction de recherches, université des Sciences sociales de Grenoble, juin 1988, 575 p. Les Cahiers du CRISS, n° 12, Grenoble, janvier 1989, 508 p. WALDINGERRoger, Immigrants and Enterprise: Ethnic Business in Europe and the United States, with Howard Aldrich, Robin Ward and associates Sage Publischers, 1990. «Immigration and Urban change », Annual Review of Sociology, 1989. 17

Cities in transition: a comparison of ethnic minorities in London and New York, New Community, V. 14-3, 1989. WILPERT Czarina, « Migrant women and their Daughters: two generations of turkish women in the Federal Republic of Germany», in C.W. Stahl (ed.), International Migration Today, vol. 2 : special issues, Paris, UNESCO,1988. «Work and the second generation: the descendants of migrant workers in the Federal Republic of Germany», in C. Wilpert (ed)., Entering the Working World, Aldershot, Gower, 1988. GITMEZ A. and WILPERT c., « A micro-society or an ethnic community? Social organization and ethnicity amongts turkish migrants in Berlin », in J. Rex, D. Joly and C. Wilpert (eds.), Immigrant Associations in Europe, Gower, Aldershot, 1987. ZEHRAOUI Ahsène, «De l'objet parlé au sujet parlant, Le mouvement social des jeunes d'origine maghrébine, Migrations et Méditerranée », Peuples méditerranéens, septembre 1985, n" 31-32. « L'alphabétisation et la formation des os », rapport de recherches 200 pages, Recherche Renault, CNRS, Les os dans l'industrie automobile, juin 1986. ZEROULOUZaïhia, « Mobilisation familiale et réussite scolaire », Revue européenne des migrations internationales, n" 2, 1986.
«

La réussite scolaire des enfants d'immigrés: l'apport d'une Représentations et attitudes des familles immigrées face à
n" 75, 1988.

approche en termes de mobilisation familiale », Revue française de sociologie, juillet-septembre 1988, XXIX-3.
«

l'école », Migrants/Formation,

19

Préface

Un des mérites des travaux du colloque du GRECO13 sur Les mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays industriels est de mettre en évidence les profondes corrélations existant entre les mutations internes (démographiques, sociales et culturelles) des populations immigrées, les mutations externes intervenues dans les structures économiques (en particulier, la restructuration industrielle) et les mutations de l'emploi des travailleurs immigrés. Les analyses théoriques et les études locales et territoriales présentées au Colloque ont mis en évidence la nécessité de placer l'analyse sur l'emploi des immigrés dans un cadre global qui dépasse largement le paramètre économique, typique de l'analyse des années 60 et du début des années 70. L'analyse traditionnelle sur l'emploi des immigrés de l'époque des flux migratoires «à plaque tournante », lorsque l'immigré correspondait à un profil précis de travailleur en rapport aux besoins du développement industriel de plusieurs pays européens, est tout à fait inadaptée pour l'étude du rôle économique joué par la population depuis longtemps sédentarisée dans ces pays, surtout par certaines fractions de cette population, les femmes et les jeunes issus de l'immigration. Dans une période où l'actualité est bloquée sur les aspects culturels soulevés par la présence des populations immigrées et où les médias braquent leurs projecteurs sur les aspects symboliques et représentatifs des conflits des cultures en présence, un ouvrage comme celui-ci ne peut être que bienvenu. Il est tout à fait salutaire de rappeler, au-delà du discours passionné, souvent manipulé par 19

les idéologies, que l'immigration - qui tire sa signification radicale de l'économique - a gardé un rôle économique toujours déterminant, même dans et après le contexte de crise qui a touché l'Europe. Ces travaux rendent un grand service aux travailleurs immigrés en leur restituant la signification économique que la crise avait remise en cause. La perte de cette signification se serait, en effet, traduite par la perte de toute légitimité face à une opinion publique qui déjà accepte frileusement la légitimation sociale, politique et culturelle de /'immigration.
Antonio PEROTTI 1989

Paris, octobre

20

INTRODUCTION L'IMMIGRATION

GÉNERALE AU TOURNANT

LE COLLOQUE DE VAUCRESSON DE JANVIER 1988

La tenue d'un Colloque est une opération suffisamment ordinaire dans les milieux de la recherche pour qu'il ne soit pas besoin de s'appesantir sur les motivations qui nous ont poussés à choisir les thèmes tournant autour de la question générale de l'immigration au cœur des mutations engendrées par la crise. Mais la tenue d'un Colloque international sur les aspects économiques et sociaux de l'Immigration dans les pays industrialisés n'est pas un événement si banal pour qu'on mésestime son importance: si les travailleurs immigrés se sont trouvés au cœur des bouleversements qui ont été consécutifs des restructurations nombreuses des années quatre-vingts, les raisons en sont sans doute la place trop importante qui était la leur à ce moment-là. Huit ans après qu'en était-il? Que devint cette place au lendemain des mutations de toutes sortes qui ont frappé le monde du travail à l'aube de la nouvelle décennie? que devint l'emploi des étrangers après les vagues de licenciements massifs qui se sont succédé dans les secteurs les plus exposés où ils firent majoritairement les frais de la crise? que furent alors les changements qu'ils durent affronter pour tenter de réaliser tout ce qui s'apparentait à une intégration face à laquelle ne s'opposait que l'alternative d'un retour hypothétique qui ne séduisit finalement qu'une petite minorité de familles? que furent les nouvelles conditions d'une insertion qui ne pouvait plus se faire directement par la reconnaissance dans le travail, avec son corollaire la tenue d'un emploi? quelles perspectives s'ouvrirent aux membres de ces communautés qui s'étaient regroupées depuis six, huit ou dix ans grâce aux bribes de politiques familiales qui avaient vu le jour après la fermeture des frontières en 1974 et qui eurent pour résultat majeur de transformer de fait l'immigration temporaire de travailleurs en 21

une immigration durable de familles qui prit la forme d'une immigration définitive sans que l'on puisse pour autant parler d'une immigration de peuplement comme dans les années quarante? Cette liste n'est nullement exhaustive et ne donne qu'une faible représentation des questions qui préoccupaient les chercheurs que réunissait alors régulièrement le GRECOImmigration, formation du CNRS qui s'était assigné comme but depuis sa fondation de favoriser une confrontation des chercheurs issus de différentes disciplines qui interviennent dans le champ des migrations internationales. Se profilait à l'époque une autre urgence qui était de prendre la mesure des conditions de maturation d'un phénomène qui de démographique et économique dans ses traits originaux perdait de plus en plus cette caractérisation pour emprunter de plus en plus aux aspects sociaux, culturels et professionnels des populations autochtones avec qui elles se fondaient tous les jours davantage. Certes la réflexion sur ces questions n'avait pas été totalement négligée (1) mais les aspects juridiques et culturels d'une intégration que beaucoup prônaient sans bien en voir les implications tendaient à prendre la primeur, le devant d'une scène par trop médiatisée étant alors exclusivement occupé par le débat juridique de la nationalité (2). . A l'époque prédominait le sentiment d'une population étrangère touchée par la crise industrielle qui faisait sentir ses effets de manière quasi générale, et ce dans tous les pays industrialisés. Licenciements et chômage n'avaient d'autre issue que l'attente d'une hypothétique reprise économique à laquelle les augures ne croyaient guère; seule une telle reprise serait susceptible de relancer l'emploi global. Car aux effets directs de la crise s'ajoutait déjà l'importance des mutations d'ordre technologique qui prenaient de l'ampleur et dont tous les experts
(1) Nous pensons aux colloques qui se sont tenus sur cette question en janvier 1983 à Grenoble (Les Algériens en France, genèse et devenir d'une migration, Gréco 13, CNRS,Ed. Publisud) et mars 1987 au Québec (Colloque de Montréal. Actes du Séminaires sur les tendances migratoires récentes et l'insertion des migrants, Ed. du ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, Québec). On doit aussi mentionner le travail que le cop a conduit en 1986 et 1987 et qui a abouti à la somme que l'on sait, vaste contribution à un bilan général et rétrospectif sur la place de l'immigration dans la société française considérée sous l'angle économique, démographique, et social (cop, sous la présidence de S. Héssel, Immigrations: le devoir d'insertion, novembre 1987, La Doc. Fse., 1988, deux tomes). (2) On mentionnera ici le rôle du grand débat public sur la question de la nationalité qui se focalisa alors sur le Code de la Nationalité; il atteint une telle intensité qu'il donna lieu à une procédure jamais utilisée jusque-là en France, celle d'auditions publiques avec retransmission continue des débats et publication intégrale des interventions (cf. D. Schnapper, «Sur la commission de la nationalité », Esprit, 1988, n° 6). 22

s'attendaient à voir peser les effets sur l'emploi industriel précisément. Finie l'époque où régnait un optimisme à toute épreuve face aux mutations techniques et à la multiplication des techniques de l'électronique, de la robotique et de l'informatique. La production commençait à acquérir ce côté immatériel que la révolution des techniques allait accroître inexorablement et dont devaient nécessairement pâtir les travailleurs les moins qualifiés. Toutefois les premières reconversions opérées brutalement prirent de court les industriels eux-mêmes qui réalisèrent un peu tard que l'expérience des plus âgés dans les postes de tout rang devenait très vite irremplaçable faute d'une gestion élargie de la polyvalence, faute de politiques d'accompagnement en matière de formation et de responsabilisation. Il importait alors de voir les solutions de repli que pouvaient trouver les étrangers selon leur expérience, ancienneté et position dans le corps social. C'est ainsi que les accents furent mis dès le lancement du thème du Colloque sur les expériences étrangères susceptibles de permettre d'élargir le champ de la confrontation. Les réseaux traditionnels des membres du GRECOfavorisèrent la venue de nombreux collègues étrangers qui nous permirent de vérifier l'importance prise de mani.ère structurelle dans l'emploi par la main-d'œuvre étrangère. L'accent mis principalement sur la mobilité sociale et les parcours de reclassement, les nouvelles formes de socialisation prises par l'emploi des jeunes et des femmes étrangères nous permirent d'aborder un autre volet du problème, les aspects liés aux conditions de reproduction de cette composante de la population. La fragmentation des études qui est coutumière dans ce genre d'approche a contribué à souligner le rôle des variables communautaires, dites ethniques, dans les trajectoires d'insertion face auxquelles les mesures d'accompagnement politiques et sociales ne sont d'aucun effet comme le soulignait Dominique Lahalle dans la synthèse finale qu'il nous proposa lors de la dernière séance du Colloque. On se doit de souligner dès à présent que notre objectif était de ne pas dissocier les aspects économiques et sociaux, mais que les traditions propres aux disciplines que nous représentons, l'économie et la sociologie principalement, ne nous poussent guère à y parvenir. Le résultat en est un peu frustrant pour le lecteur qui, pour acquérir une vision d'ensemble du sujet, devra recomposer à sa manière les imbrications qui lient nécessairement ces deux dimensions. Un tel recentrage était toutefois nécessaire dans notre esprit tant les orientations qui se faisaient jour au moment de la préparation du Colloque, en 1987, tendaient à évacuer ces dimensions sociales et économiques pour ne privilégier que les réflexions politiques et juridiques lancées par le premier débat 23

public (3) sur l'intégration et son corollaire, la nationalité. On retrouve ici les vicissitudes d'une recherche induite par une certaine demande sociale qui donne droit aux priorités du moment et laisse de côté les préoccupations plus fondamentales qui permettent d'éclairer les mutations dans leur globalité. On reviendra sur cet aspect si essentiel du pilotage à vue des pouvoirs publics qui a tant nui au développement d'une recherche ne répondant pas toujours aux exigences d'une démarche scientifique: cela explique pour une grande part la difficulté rencontrée par beaucoup de travaux qui émargent dans le champ des migrations internationales de soumettre leur problématique sociale aux critères scientifiques d'une nécessaire globalisation seule apte à lui conférer une dimension critique. Plusieurs dimensions furent toutefois omises dans les débats, sans doute en l'absence de communications s'y rapportant explicitement (4) : il appartiendra aux organisateurs du prochain Colloque de les traiter, sans tomber dans l'excès qui serait d'oublier les interactions entre ces questions et les dimensions économiques et sociales qui, sans perdre leur importance en tant que variables structurantes, voient leur rôle s'estomper devant la francisation à laquelle se trouvent soumises les populations étrangères. Les motifs qui nous ont poussés comme organisateurs du Colloque à publier les Actes sous une forme allégée (5) mais la plus exhaustive possible tiennent à plusieurs considérations. Les raisons qui nous avaient incités à organiser le Colloque se sont trouvées en partie validées et les circonstances de la tenue même
(3) Rappelons que ce débat fut le premier à se tenir sur la place publique et à enflammer littéralement les esprits au point que le gouvernement de l'époque dut inventer une formule originale et inédite pour le canaliser, tout en lui conférant une très large audience (cf. D. Schnapper, « Sur la commission de la nationalité », Esprit, n° 6, 1988). (4) Plusieurs pans de l'analyse sont restés en dehors de la discussion, en pjl.rticulier les questions du logement et de la formation professionnelle en liaison avec la nécessaire reconversion des activités où les étrangers étaient encore majoritairement employés. (5) Seules ne figurent pas dans ce recueil les communications de Odile Merkling « Les travailleurs immigrés dans les petites entreprises », de André Lebon « La main-d'œuvre étrangère en France aujourd'hui: composition et rôle économique », de Jeanne Singer-Kerel « Crise économique et protection de la main-d'œuvre nationale » qui ont été publiées dans la Revue européenne des migrations internationales, vol. 4, n° 1 et 2, 1988 et vol. 5, n° 2, 1989. La communication de R.E. Verharen figure sous une forme différente mais très complémentaire de celle que publia cette même revue, vol. 4, n° 1 et 2 de 1988, sous un titre voisin « L'hypothèse d'une relance des migrations ». Pour le reste nombre de communications ont été revues, leur traduction révisée et le texte parfois modifié à notre demande. Les éléments bibliographiques ont été allégés et complétés par une information bibliographique sur les travaux récents des auteurs prenant en compte les avancées des recherches des auteurs. Toutefois nous sommes seuls responsables du retard apporté à cette publication. 24

du Colloque ouvert par le directeur de Sciences de l'Homme et de la Société du CNRS venu annoncer aux participants la suppression de la formation du GRECO13, Groupement de recherches coordonnées sur les migrations internationales, celle-là même qui leur avait permis de soutenir leur démarche combien délicate, heurtée et apparemment si peu féconde puisqu'on la sacrifiait aux exigences de réorientations plus partisanes propres au collège des sociologues (6), n'étaient pas les moins fondées à leur ajouter un tel côté paradoxal. La recherche sur l'immigration a toujours eu tendance en France à demeurer confidentielle - et encore s'agit-il là d'un doux euphémisme - pour que nous soyions suffisamment tenté de faire mentir cette idée et n'hésitions pas à le faire sur les ressources propres de l'équipe de l'Ominor, le CNRS n'ayant manifesté ni l'appui, ni le soutien qui nous était promis. La disparition de la formation du Gréco 13, instigatrice initiale du Colloque est sans doute responsable de ce manque. Mais il était bon de rappeler que l'aide concrète de la politique d'immigration passe par des mesures très mineures de ce type que les responsables scientifiques et politiques devraient avoir pour légitime mission de faire aboutir.

I. Statut de la recherche sur l'immigration
Premiers obstacles liés à la genèse du champ L'exemple est tout à fait illustra tif des difficultés que les chercheurs, qui pour certains se sont intéressés depuis fort longtemps à l'immigration, ont rencontré dans leur travail tant fut grand et demeure inexplicablement infranchissable le fossé entre la recherche et les moyens d'une connaissance élargie du domaine. Aussi voùdrions-nous saisir cette opportunité pour tenter d'instruire le procès de la recherche à partir de nos trois
(6) Il faut rappeler que si le Gréco 13 était une émanation de la commiSSion de Sociologie du CNRS,il réunissait davantage de non-sociologues qui n'ont pas eu le moyen de faire connaître leur position face à une telle mesure. Cela démontre à quel point les instances du CNRSsont incapables de promouvoir dans la durée des démarches qui impliquent la transgression de la discipline, seule détentrice d'une légitimité exclusive. Si beaucoup le regrettent, rares sont les personnes qui essayent de la combattre, et cette publication voudrait manifester notre refus de telles exclusives. La raison de notre obstination se trouve peut-être dans nos appartenances respectives qui mélangent l'Université, le CNRSet la recherche publique.

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témoignages particuliers qui sont à bien des égards très illustratifs des itinéraires de très nombreux de nos collègues. Précisons qu'il ne s'agit pas pour nous de justifier notre itinéraire comme représentatif de celui de la recherche mais de chercher à comprendre pourquoi notre effort pour traiter l'immigration comme d'une question scientifique s'est avéré difficile, toujours problématique, souvent conflictuel et parfois vain. Une première lecture de l'ambivalence et des difficultés des relations entre la pertinence de la recherche et sa légitimité sociale et publique serait d'arguer que les approches que nous voulions en donner n'étaient ni pertinentes ni justifiées pour ceux qui auraient dû légitimement attendre quelque résultat positif de ces travaux. L'immigration ne constitue ni un champ ni une discipline susceptibles d'une quelconque autonomie comme semblaient le penser nos partenaires de l'administration, qui se trouvaient le plus souvent nos partenaires obligés - et pas toujours désintéressés. L'Université de son côté n'a jamais témoigné d'une hâte naturelle pour s'emparer de nouveaux sujets de recherche, et n'auraient été les premiers articles écrits par quelques hauts fonctionnaires, souvent obligés de taire leur identité, Henri Bartoli n'aurait peut-être pas eu l'idée de s'emparer du sujet en 1966 et d'en dresser un premier inventaire (7) ; ce travail allait fournir un an plus tard l'occasion au Commissariat général du Plan de commander une des toutes premières études fort modeste sur le sujet. Elle fut l'occasion pour le chercheur le plus âgé du trio de mesurer l'état de friche dans lequel se présente toute nouvelle question dans le domaine des sciences sociales (8). Une seconde lecture serait d'expliquer l'incompréhension tenace du quiproquo entre la recherche et la demande sociale par la difficulté des chercheurs à saisir (et accepter) les enjeux concrets de leur sujet. Ce serait oublier que la recherche sur l'immigration, à part les quelques thèses et trop rares travaux universitaires effectués par les chercheurs pour leur propre compte, fut toujours une recherche très largement finalisée car
(7) « Analyse et signification des migrations de main-d'œuvre. » Il s'agit du premier article synthétique et général sur le sujet publié par la revue de François Perroux à la suite de sa présentation devant les auditeurs de la semaine sociale de Lyon de 1965, Cahiers de l'ISEA, 1966, Série AB, n° 6, septembre 1966. (8) A ce propos il pourrait témoigner de la constance extrême des rapporteurs et autres experts, qui, chaque fois qu'ils vont découvrir ce nouveau champ, préconiseront unanimement le montage d'un dispositif d'observation prenant en compte la spécificité de la migration. Une telle observation en dit long sur la difficulté de traiter correctement toute question nouvelle par un dispositif de nature administrative. Si demain, ou un jour lointain, un Observatoire de la connaissance de l'immigration voit le jour, ce ne sera pas le résultat d'une volonté délibérée du pouvoir, mais bien sous la pression de la rue.
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émanant des organismes directement concernés par les actions en matière sociale, éducative ou socio-professionnelle requises par les populations de l'immigration. La recherche fut largement pour cette raison une recherche conduite en termes de catégories cibles de l'action publique, l'accent devant beaucoup plus porter sur les contours définitionnels des cibles étudiées que sur les déterminants des processus socio-économiques correspondants. C'est ainsi que dans le domaine social le sort de la population étrangère fut pour la première fois abordé lors de l'étude sur l'habitat insalubre, à l'occasion des problèmes occasionnés pour les étrangers résidant en France lors de la seconde moitié de la décennie soixante par la résorption des bidonvilles, dans l'agglomération parsienne d'abord puis lilloise ensuite. Le second chercheur du trio témoigne ainsi de ce que fut son premier objet de recherche, l'approche sociale de la question immigrée étant au début des années soixante-dix largement conditionnée - pour ne pas dire uniquement légitimée - par l'approche finalisée du logement (9). Une troisième lecture serait de méconnaître la charge interrogatrice des résultats et effets de la recherche dès qu'elle porte sur les attendus sociaux qui ne sont que les effets les plus directs et les plus immédiatement tangibles de toute action des pouvoirs publics, que celle-ci soit directement ou non impliquée dans la formulation des questions posées. L'exemple des problèmes de la scolarisation abordés par la plus jeune du trio est là pour démontrer le caractère incontournable du droit du chercheur à questionner la réalité sociale qu'il entreprend d'inventorier. Éléments de l'histoire du champ à partir de fragments d'histoires de recherches Nous aurions souhaité écrire ici l'histoire de ce champ naissant de la recherche auquel nous avons participé à divers stades de son émergence, mais le manque de recul et l'absence de repères dans le balisage de cette construction nous font craindre une perte d'objectivité préjudiciable à l'intérêt d'une telle tentative. Nous nous contenterons d'en indiquer quelques jalons puisés dans nos parcours personnels avant de souligner les obstacles et les difficultés qui sont particuliers à l'immigration . .
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(9) On comprend mieux de la sorte les dérives qui semblent avoir jalonné pour un observateur ignorant de l'histoire de ce champ les errements supposés de la recherche - nous visons expressément ici le travail que viennent de produire deux sociologues non connaisseurs du sujet chargés de faire le bilan de vingt années de recherches sans jamais y avoir directement participé. 27

conçue comme un champ de la recherche sociale. AusSI avons-nous préféré dresser un bilan de cette époque révolue; il se révèle, comme l'actualité s'entête à nous le rappeler, indispensable à la compréhension des formes présentes que revêt le phénomène migratoire dans ses implications plus sociales, culturelles et politiques qu'elles ne l'étaient il y a dix ou vingt ans où l'économique et le social marquaient de leur empreinte plus forte la société française. A une époque où s'accélèrent les mutations de nos sociétés, de tels bilans sont utiles pour nous remémorer les conditions qui présidèrent aux premiers travaux effectués sur l'immigration en France. A la fin des années soixante les matériaux disponibles pour le chercheur étaient des plus succincts: de données immédiatement gérables, point, d'analyses et de problématiques ayant fait leur preuve, pareillement; faisait de plus défaut la mémoire qui aurait permis le recollement avec les travaux importants effectués sur la période de l'entre-deux-guerres. Les grandes fresques démographiques et économiques ne faisaient qu'une place très restreinte à la question et les travaux des historiens de la société française se montraient tout aussi peu versés dans la matière. Quelques travaux émergent dans les années cinquante et soixante; ils opèrent davantage une jonction entre la période de l'entre-deux-guerres et celle de l'après-seconde-guerre qu'ils n'inaugurent véritablement une relance de la recherche proprement dite sur l'immigration. Or il s'agit de travaux qui dans leur domaine font figure de travaux pionniers si l'on se souvient du contexte de la recherche de l'époque. Nous mentionnerons le travail d'Andrée Michel sur les ouvriers algériens en France publié au CNRSqui date de 1954, l'enquête d'Alain Girard à la même époque sur l'adaptation des Polonais dans la société française publiée avec le concours de Jean Stoetzel, qui devint par la suite le spécialiste des enquêtes d'opinion, et la recherche de Dominique Lahalle sur les ouvriers étrangers de l'industrie textile employés dans les usines du Nord-Pas-de-Calais effectuée avec l'équipe de Pierre Naville en 1959, suivie par une enquête du même auprès des travailleurs étrangers à la régie Renault en 1963-4 qui, si elle avait été publiée, aurait fait office de première enquête de sociologie du travail sur l'emploi des immigrés. Il est curieux de constater que ces travaux n'ont guère retenu l'attention de ceux qui ont repris le flambeau à la décennie suivante; sans doute leur origine sociologique très marquée en est la cause si l'on se souvient que la recherche fut par la suite largement développée sous l'angle économique, impulsée par des pouvoirs publics pris de court devant l'ampleur d'un recours spontané à l'immigration que rien ne semblait devoir freiner. En dehors de ces travaux, qui ont acquis par la suite le statut 28

d'œuvres pionnières chacune dans leur champ respectif, mais qui devront attendre longtemps pour qu'on redécouvre leur importance comme témoignage d'une réalité que l'immense majorité ignorait déjà, on se doit de mentionner les travaux de géographes qui ont de tout temps suivi la question des migrations transocéaniques ou transeuropéennes et ont acquis une spécialité générale dans ce domaine (10). Il s'agit de travaux concernant les migrations hors de France, par exemple l'étude de Michel Roux sur l'émigration yougoslave dans le Kosovo, ou l'étude d'Emile Kolodny sur l'immigration grecque entre l'Allemagne et la Crète. Ces travaux, et d'autres similaires, quoiqu'effectués plus tardivement lors de la décennie suivante, ont élargi le champ de référence des migrations aux courants migratoires extérieurs à la situation française, mais ils n'ont pas facilité la mise en place d'un cadre d'analyse intégrant les préoccupations de développement ou d'échange de savoir-faire que les économistes ont tenté ensuite de prendre en compte. Ces travaux figurent une manière de baliser le champ de la recherche élargi à tous les aspects internationaux mais ne dépassent jamais le stade descriptif: la place et l'importance des vagues migratoires entre espaces et régions géographiques sont traitées selon les époques sans autre considération méthodologique ni apport ou évaluation disciplinaire. Leur intérêt demeure toutefois essentiel car ce sont les premiers travaux à avoir traité de la migration internationale dans sa double dimension d'espace géographique et politique: les migrations temporaires de ces décennies permettaient aux migrants de conserver les liens et attaches avec leurs pays d'origine, tout en tirant parti des avantages que procurait une plongée dans les structures sociales et culturelles des sociétés des pays d'accueil (11). Les analyses de la migration en tant que processus faisant communiquer deux sociétés que relient une même population, rendues possible grâce à cette approche, il eut été normal qu'elles se dévelopassent : elles auraient tôt ou tard débouché sur les approches ethnologiques et anthropologiques. Or curieusement c'est le contraire qui advint: comme le rappelle Marié, l'ethnologie ayant déserté longtemps le champ de la migration, elles n'ont pas porté les fruits qu'elles auraient dû légitimement engendrer et sont restées dans lendemain. A la fin des années soixante on se trouve en face d'un champ
(10) Cette tradition doit aussi beaucoup à l'Ecole française de géographie dont Pierre George fut le grand représentant pendant cette longue période; il a impulsé les recherches de nombreux disciples et réédité sans relâche son célèbre
«

Que sais-je» sur Les Migrations internationales, bréviaire obligé de multiples
sorbonnards. notion de migration conçue comme un espace liant deux espaces que rapproche la communauté migrante développée par Gildas recherche sur la migration tunisienne. 29

générations de (11) Cf. la géographiques Simon dans sa

relativement vierge, comme s'il avait été déserté par la recherche depuis les années quarante, et de plus privé de tout souvenir. Seuls émergeaient de ce désert les documents produits par l'administration chargée de gérer la politique des pouvoirs publics; ils permirent d'effectuer une première recollection des données disponibles. La première tâche consista donc pour prendre la mesure exacte du phénomène à élaborer les premières séries statistiques à partir des comptes rendus des rapports annuels par l'Office national d'immigration depuis 1946. On se pencha aussi sur la réglementation en vigueur qui confinait alors les travailleurs étrangers dans une semi-clandestinité troublante: les procédures qui régissaient leur venue et leur séjour les mettaient sous la tutelle directe des employeurs qui les « introduisaient» ou les « régularisaient », leur conférant ainsi un statut dérogatoire de travailleurs admis à travailler temporairement ! La collation des séries statistiques fut l'étape décisive qui permit la reconnaissance de son rôle de variable stratégique du marché du travail. L'époque était alors celle des pénuries de main-d'œuvre et l'immigration fut alors légitimée pendant une durée continue de presque vingt ans comme variable de régulation de l'offre de travail. La politique de l'immigration visa à l'époque à faire reconnaître ce rôle, laissant à l'arrière-plan le traitement des aspects sociaux consécutifs aux renouvellements massifs des flux d'entrées des travailleurs étrangers. L'outil que les théoriciens anglo-saxons de l'analyse coûtbénéfice avaient conçu pour apprécier les effets macroéconomiques d'une politique sociale de formation fut reproduit dans tous les articles où les auteurs s'efforçaient d'évaluer les effets de l'immigration sans qu'il put jamais en résulter la moindre évaluation précise. Seul Alfred Sauvy s'élevait pour rappeler régulièrement à l'opinion publique que, quel que fût son coût pour la collectivité, l'immigration était tout bénéfice pour la collectivité nationale puisqu'elle mettait à la disposition de l'appareil productif une main-d'œuvre dont le coût d'élevage et de formation n'avait pas été à la charge du pays; comme de plus ces travailleurs n'étaient censés demeurer employés que temporairement, le coût social de leur prise en charge ne pouvait être que des plus faibles; ainsi pouvait-on leur étendre le bénéfice des allocations familiales - instrument par excellence de la politique familiale - qui se trouvait, soit dit en passant, bénéficier à ceux qui venaient combler les manques de cette même politique familiale (12).
(12) Les travailleurs dont les familles résidaient en France touchaient les allocations familiales selon les mêmes taux que les familles françaises et ceux dont les familles résidaient dans le pays d'origine ne touchaient qu'un taux réduit. . 30

Le court terme était la seule référence admise et pas une voix d'après nos souvenirs ne s'est jamais élevée pour penser le moyen et le long terme afin de prévoir les effets pervers que le phénomène migratoire allait inévitablement engendrer. L'ouvrage de Bernard Granotier paru en 1970 sur l'immigration en France servit alors de texte de référence à un public d'étudiants et d'élus locaux de plus en plus sensibilisés à cette question: le vide qu'il reflétait ne fut jamais comblé malgré plusieurs rééditions. Il continua malheureusement trop longtemps de faire écran aux quelques travaux pionniers qui adoptèrent les

premières interprétations originales: la « fonction miroir» de
Michel Marié ou le premier essai d'une vision politique globale d'une praticienne de l'action sociale Françoise Pinot. A la même époque les travaux proprement sociologiques sont des plus limités et tous au départ s'inscrivent dans la ligne empruntée aux analyses économiques des coûts et avantages. En dehors des travaux pionniers mentionnés plus haut, seule l'étude de Zehraoui consacrée aux familles algériennes en France paraît marquer une avancée, qui ne sera pas poursuivie par d'autres pendant un moment, la dimension familiale de l'immigration demeurant cachée à de nombreux observateurs. Alors que les approches en termes de travail et d'emploi seront également un temps délaissées, ce sont les aspects liés au logement et aux premières mesures d'une politique sociale d'accompagnement de l'immigration qui retiennent l'attention. On se doit de faire mention ici de l'apport novateur des travaux de Michel Marié et son équipe. Il rappelle dans un court texte publié beaucoup plus tard le rôle de véritable laboratoire que joua alors le site de Nanterre considéré comme lieu d'institutionalisation de ce champ de la recherche. Mais très vite l'éclairage allait se centrer sur les études catégorielles, enfermant délibérément la réflexion sociologique dans l'impasse ethnique qui interdit par définition toute approche globale. Il est très curieux de constater rétrospectivement que l'analyse sociologique s'est polarisée sur les questions du logement entre 1968 et 1972, puis très vite sur celle de la scolarisation (les premières monographies sur les jeunes étrangers scolarisés datent des années 1972) et de l'action sociale (liée au logement, aux prestations familiales et à la famille), en laissant de côté l'emploi et le travail. Cet intérêt explique que par la suite davantage de chercheurs s'empareront du thème de

C'est alors que l'on imagina une procédure pour la moins curieuse, visant à assurer le financement d'un organisme social créé pour développer et promouvoir des actions en faveur des populations de l'immigration, le Fonds d'action sociale, par l'entremise de la fraction des allocations familiales non versées aux travailleurs dont les familles étaient restées au pays. 31

l'immigration et le traiteront dans l'optique de la reproduction et de la socialisation en l'appliquant à toutes les catégories de la famille, des jeunes, des scolaires, etc. Mais ce n'est que plus tard que se généraliseront les analyses plus théoriques d'auteurs comme Sayad qui sauront replacer l'analyse des migrations dans la perspective historique longue que lui confère l'ensemble de ses caractéristiques démographiques. Le renversement de perspective et le retour à une analyse prenant en compte les aspects globaux d'une régulation de nature économique se sont effectués au même moment où se diffusaient en France les travaux de l'Américain Piore qui venait de publier Birds of passage dans lequel il appliquait les analyses de la segmentation à l'exemple de l'immigration américaine. Ces travaux qui n'avaient pas débouché de manière convaincante en France permirent de retrouver une dimension globale qui manquait jusque-là: l'un des mérites de cette approche est d'articuler la vision séquentielle et catégorielle qui prédominait alors avec une compréhension globale de l'emploi due à la réintroduction des effets régulateurs du fonctionnement du marché du travail. La réversibilité des fonctions de l'immigration pouvait dorénavant s'inscrire dans l'analyse des changements de fonction du marché du travail. Cette prise en compte tardive permit d'opérer la jonction avec les transformations qui commençaient à s'opérer dans la composition même de l'immigration et dans la nature de celle-ci. Ainsi c'est moins l'immigré-travailleur qui a retenu l'attention du sociologue au début de cette période, mais davantage l'immigré-homme avec sa famille et les données de son appartenance ethnique qui a polarisé la recherche; cela a renforcé par la suite le morcellement des travaux et contribué à la dilution de la centralité de la régulation à laquelle fut soumise l'immigration en tant que composante distincte de la population active, accentuant du même coup la perte de sens global de sa légitimité. On s'étonne aussi que la dimension politique ait été quasiment absente des analyses de cette période, les recherches sur la syndicalisation des travailleurs immigrés n'ayant été entreprises qu'assez tard et sous la seule impulsion de l'équipe de Dominique Lahalle qui joua alors un rôle actif dans cette voie. C'est d'autant plus surprenant que la tradition ouvrière des immigrés du Nord avait par le passé contribué à faire le succès des thèses socialistes: ne répète-t-on pas assez ici, si l'on en croit Firmin Lantacker, que ce furent les ouvriers belges flamands, qui étaient majoritairement des frontaliers employés dans les usines de cette région, qui assurèrent l'élection du premier député socialiste à la Chambre en 1908 en la personne de Jules Guesde! Or paradoxalement la question de l'immigration semble absente de toute la réflexion politique de la décennie soixante et du début
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de la suivante, si l'on fait abstraction d'un homme qui, à lui seul, a réalisé une œuvre colossale sur le sujet, aux franges il est vrai de deux disciplines l'histoire et la sociologie: Serge Bonnet a patiemment collectionné les témoignages de la vie ouvrière des milieux sidérurgiques de la Lorraine et produit une véritable histoire de la classe ouvrière, de ses luttes et de ses combats pour la reconnaissance de ses droits dans un syndicalisme dont il a reconstitué toutes les composantes, les travailleurs italiens anticipant dans cette région le rôle que joua par la suite l'immigration étrangère dans le Nord (belge, polonaise, puis italienne et marocaine), rôle sur lequel Odette Hardy-Hémery s'est penchée à son tOUL Ces travaux repris par la suite par Gérard Noiriel nourriront la grande fresque historique de l'immigration que cet auteur nous a livrée récemment. Un fait mérite qu'on s'attarde: il concerne l'évolution de l'opinion publique face à la question de la légitimité et de la reconnaissance du rôle économique des travailleurs étrangers en France dans les années soixante, Comment expliquer que l'on soit passé quasi subrepticement d'un état de l'opinion où le travail des étrangers était virtuellement refusé, sinon décrié et condamné à l'instar des idéaux des mouvements de l'extrême droite d'avant la guerre, à une acceptation tacite de leur rôle dans l'activité économique? Dans toutes les années soixante en effet la clause de la préférence nationale, qui théoriquement continuait de s'appliquer, n'a en réalité jamais été invoquée à notre connaissance. Tout se passait comme si les étrangers constituaient un recours nécessaire et obligé pour l'ensemble des forces politiques et économiques, toutes opinions confondues, Il y a là comme une sorte d'oubli de la mémoire collective qui se trouve confirmé par le fait suivant, signe combien révélateur, qui ne laisse pas d'intriguer: dans l'ouvrage de l'économiste Boccara consacré à l'histoire du capitalisme et au rôle du prolétariat en France dans les années cinquante et soixante, la contribution de l'immigration à la classe ouvrière n'est pas mentionnée une seule fois. Or ce sont les syndicats et une fraction des partis de la gauche qui adoptèrent à cette période le mot d'ordre unitaire « Français-Immigrés, même combat» ! Il est tout aussi surprenant de voir que ce sont les mêmes forces politiques qui provoquèrent le tournant de la politique de l'immigration à partir des années 1967-1968 avec l'adoption des célèbres circulaires dites Marcellin et Fontanet, puis plus tard Bonnet-Stoléru. Il faudra là encore attendre les premiers signes annonciateurs d'une prise de conscience par les intéressés eux-mêmes (grèves chez Penaroya en 1970) pour que la recherche s'intéresse à cette question. Les travaux de Gani dans les années cinquante, repris et largement développés par ceux plus récents de Maryse Tripier font toute la lumière sur cet aspect de l'histoire politique de la 33