Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,63 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'implication dans les sciences humaines

De
274 pages
Dans une approche clinique individuelle ou collective, il est nécessaire que se noue un rapport entre l'implication dans la rencontre avec l'autre et l'analyse. Ce point de vue est illustré dans des recherches psychosociologiques sur le système socio-mental hospitalier, sur l'hypermoderne et sur la violence politique. En conclusion, l'auteur livre sa réflexion sur le rôle des passions dans les institutions intellectuelles, leur croissance, leurs crises, leurs ruptures.
Voir plus Voir moins

L'IMPLICATION DANS LES SCIENCES HUMAINES

www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan(a),wanadoo.fr harmattan1 (a),wanadoo.fr
(Ç)L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01824-6 EAN : 9782296018242

Max PAGÈS

L'IMPLICATION DANS LES SCIENCES HUMAINES
Une clinique de la complexité

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE

L Hannattan

Hongrie

Espace Fac..des

L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia 15

L'Harmattan

Burkina

Faso

Konyvesbolt Kossuth Lu. 14-16

Sc. Sociales, PoL et Adm. , BP243, KIN XI de Kinshasa - ROC

Yia Oegh Artisti, 10 124 Torino

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

villa 96

1053 Budapest

Université

ITALIE

12

Cognition et Formation Collection dirigée par Georges Lerbet et Jean-Claude Sallaberry
Les situations de formation sont complexes. Elles s'appuient sur des processus cognitifs eux aussi complexes. Appréhender ces situations et ces processus signifie que les sujets (chercheurs, formateurs, "apprenants"...), leurs milieux et leurs relations sont considérés comme des systèmes autonomes en interactions. Cela conduit à mettre l'accent sur une nouvelle pragmatique éducative développée au fil des volumes de la collection.

Déjà parus
Mylène ANQUETIL-CALLAC, L'accueil de l'expérience, 2006. Bernard CLA VERIE, Cognitique, 2005. Franck VIALLE, La construction paradoxale de l'autonomie en formations alternées, 2005. F. MORANDI et J.e. SALLABERRY (Coord.) Théorisation des pratiques, 2005. Jean-Claude SALLABERRY, Dynamique des représentations et construction des concepts scientifiques, 2004. Yvette VAVASSEUR, Relation pédagogique et médiation de la voix, 2003. Question(s) de Martine BEAVYAIS, « Savoirs-enseignés» légitimité(s),2003. Christian GERARD, Jean-Philippe GILLIER (coord.), Se former par la recherche en atlernance, 2001. Pierre PEYRÉ, Compétences sociales et relations à autrui, 2000. André de PERETTI, Energétique personnelle et sociale, 1999. Edgard MORIN et Jean-Louis LE MOIGNE, L'intelligence de la complexité, 1999. Christian GÉRARD, Au bonheur des maths, 1999. Georges LERBET, L'autonomie masquée. Histoire d'une modélisation, 1998. Jean-Claude SALLABERRY, Groupe, création et alternance, 1998. Lev VYGOTSKY, Théorie des émotions, 1998. Frédérique LERBET-SERÉNI, Les régulations de la relation pédagogique, 1997.

Dédicace
à mes aînés Jean Thoraval, mon professeur de seconde, qui plus tard m'a accueilli à l'Université de Rennes Guy Palmade mon maître Carl Rogers Lee Bradford, Ken Benne Noël Pouderoux, mon patron de la Cégos Jean Stoetzel, Juliette Favez-Boutonnier, Claude Revault d'Allonnes Edgar Morin au cercle rapproché André de Peretti, André Lévy, Aecio Gomes Matos, Didier Van den Hove, Fraga Tomazi, Jacqueline Bams-Michel, Klimis Navridis, Manolo Barroso, Solange Vindras, Mirella Ducceschi à ceux avec qui j'ai partagé le plaisir de la recherche, et conduit des interventions, animé des groupes deformation Vincent de Gaulejac, Nicole Aubert, Michel Bonetti, Daniel Descendre, Guy Lafargue, Lily Herbert, Martine Honnorat,... à Jean-Claude Filloux et Annand Touati à ceuxde l'European Institute for group and organizational Development (EIT) Eric Trist, Harold Bridger, Gunnar Hjelholt, Traugott Lindner,... à ceux de Belgique, de Londres, d'Allemagne, du Québec, de Mexico, de Belo Horizonte, Recife, Rio de Janeiro, de Rome, de Milan, de Genève,

d'Athènes, ...
Vincent Hanssens, Monique Hanssens, John Southgate, Burkhard Müller, Robert Sévigny, Jacques Rhéaume, Celio Garcia, Teresa Carretero, ... à mes associés de l 'Arip et du Laboratoire de Changement social, aux membres du groupe Emotion, devenu groupe de recherche sur la complexité clinique, Jean-Michel Fourcade, Edmond Marc, Jacques Digneton, Jacqueline Herbert, Bernadette Collet, Alain Delourme, Alain Amsellek, Suzanne Robert-Ouvray, Jacques Cosnier, Feya Reggios, Colette Piquet, Jocelyne Vaysse, à mes psychanalystes et psychothérapeutes, René Laforgue, André Berge, Piera Aulagnier, Glyn Seaborn Jones et Noelle Philippe, G.H. à mes élèves, doctorants, aux clients d'intervention, participants aux groupes de formation, patients en psychothérapie et psychothérapeutes en supervision

SOMMAIRE

Avant-Propos 1.-COMPLEXITE I.-De l'entre à l'inter, l'avenir des sciences humaines 2.-La démarche complexe dans les sciences humaines 3.-Petite métapsychologie à l'usage du pauvre 4.-Mon testament n.-PSYCHOSOCIOLOGIE 5. -Le système socio-mental hospitalier 6.-L'hypermoderne, la clinique et le politique 7.-La violence politique, mutations sociales et crises régressives m.-PSYCHOTHERAPIE 8.-Unité et diversité de la psychothérapie, préparer son avenir 9.-L'approche complexe en Psychothérapie 10.-Une séance avec Paul: un rêve IV.-L'EPISTEMOLOGIE DE LA GRATITUDE 11.-La psychosociologie est morte, vive la psychosociologie! Poème, le Dieu des athées Documents annexes-Concepts Fragments d'une histoire de l'Arip Bibliographie

11 13 15 27 47 61 113 115 131 147 159 161 171 195 207 209 243 245 247 269

A vaut-propos
Je tente dans ce livre de tirer les enseignements d'une longue carrière en psychosociologie et en psychothérapie. L'enseignement majeur fut pour moi la découverte sur le terrain de ce que j'appelai plus tard la complexité, rejoignant Edgar Morin. Pour le clinicien que je suis, c'est le rapport nécessaire entre l'immersion dans une rencontre avec l'autre, où la complexité prend le visage de la confusion, du trouble, à l'analyse. On passe ainsi des amalgames aux articulations entre déterminants hétérogènes. Ce double mouvement de confrontation de l'analyse et du vécu, de constitution de son individualité dans une rencontre avec l'autre. et de choix d'une méthode personnelle d'analyse en dialogue avec d' autres points de vue est caractéristique de la complexité clinique. Je développe ce point de vue à propos de la psychosociologie et je l'illustre par des recherches sur le système socio-mental hospitalier, par une réflexion sur l'hypermoderne et sur la violence politique. En psychothérapie je montre comment certains d'entre nous ont été conduits à une démarche complexe, que l'on peut aussi appeler intégrative. Je m'interroge dans le livre, en particulier dans la dernière partie, sur le rôle des passions dans le travail scientifique en sciences humaines. Elles sont omniprésentes, à la fois indispensables, sources d'inspiration pour le chercheur, comme elles sont sources d'erreurs, et obstacles au dialogue scientifique. Les croyances irrationnelles nourrissent le narcissisme individuel, au niveau collectif elles sont au cœur des conflits de pouvoir, des ruptures, de l'exclusion, dont les groupes intellectuels sont souvent le siège, du dogmatisme, du corporatisme, de la censure, dont ils font preuve. On ne peut séparer la vie intellectuelle des processus difficiles et

12

douloureux de sa genèse psychologique et politique, sans d'ailleurs pouvoir trancher si c'est la peur de l'incertitude qui provoque ces convulsions, ou si, inversement, ce sont le narcissisme, les conflits de pouvoir, qui limitent le dialogue scientifique. Selon moi la pleine reconnaissance de la subjectivité du travail scientifique, l'entrée dans le « contretransfert du chercheur », dont parlait Claude Revault d'Allonnes, et son analyse, sont une voie nécessaire du progrès scientifique. L'homme est sapiens-demens, selon Morin, un connaissant-fou ou un fou-connaissant Au niveau scientifique cela signifie qu'il est nécessaire de donner leur pleine dimension à l'un et l'autre aspects, et à leur combat dynamique. J'appelle cette démarche l'épistémologie de la gratitude. Cela signifie que le dialogue intellectuel dans sa force et sa liberté repose sur la reconnaissance de ce que l'on reçoit des autres. Mais cette version optimiste doit être complétée par sa contrepartie: c'est par l'affrontement de l'ingratitude, celle des autres et la sienne propre, que l'on peut cheminer vers la gratitude. J'illustre cette méthode dans la dernière partie de l'ouvrage, où je donne mon point de vue sur l'histoire de la psychosociologie, à partir de mon expérience subjective. Je remercie tout particulièrement les amis qui m'ont aidé dans l'élaboration de ce livre, Fraga Tomazi, Jacqueline BarusMichel, Aecio Gomes de Matos, Klimis Navridis, Didier Van den Hove, Jean-Michel Fourcade, Alain Amsellek, Manolo Barroso, Jacques Digneton , Jacqueline Herbert, Edmond Marc. Je remercie mon fils François Pagès, assidu lecteur et ardent critique, et ma femme Bernadette, pour m'avoir supporté pendant cette période et avoir pleinement compris mon projet Je remercie Françoise Huguet et Sophie Rouberol pour leur aide efficace dans la mise au point du manuscrit

PREMIERE PARTIE COMPLEXITE
Dans cette partie je tente de montrer le sens que prend une démarche complexe pour le clinicien que je suis. Le premier chapitre se centre sur les rapports entre l'écoute clinique, nécessairement immergée dans la confùsion du vécu, et l'analyse, qui fait apparaître des dimensions différentes du réel. On passe ainsi des amalgames aux articulations, de l'entre à l'inter. Le second chapitre, la démarche complexe dans les sciences humaines, est une réflexion plus systématique sur la notion de complexité, ses sources en physique, en cybernétique, son élaboration philosophique par Edgar Morin. Je décris son émergence en psychosociologie dans notre recherche sur « l'Emprise de l'Organisation )), la réorientation qu'elle a entraînée de nos recherches et de nos pratiques: travail sur les fi'ontières corps-psyché et psycho-sociales, stratégies de changement combinées en psychosociologie et en psychothérapie. Dans le troisième chapitre, à l'occasion d'une confrontation avec les thèses d 'Eugène ~nriquez, je montre comment cette réorientation m'a amené à me situer par rapport à la théorie psychanalytique. Dans le quatrième chapitre, cette partie se clôt d'une façon plus personnelle, dans un dialogue avec Vincent de Gaulejac, centré sur mon histoire et ma carrière intellectuelle, sur mon roman épistémologique, dans le style des histoires de vie tel qu 'ill 'a construit. J'introduis là une dimension d'analyse de mon (( contre-transfert intellectuel )), qui sera présente tout au long de cet ouvrage.

15

1.-

De l'entre à l'inter, l'avenir des sciences humaines

Chacun connaît la méthode des récits de vie, dont l'usage se répand dans divers contextes, allant de la psychothérapie et de la formation à la reconstruction des communautés victimes de guerres civiles. Dans un colloque récent consacré à cette méthode, en écoutant Daniel Bertaux parler des «Enfants de Sanchez », dire quel choc fut ce livre pour lui, et quelle place il eut dans son évolution de chercheur, cela enclencha en moi une chaîne de réflexions. Moi aussi j'avais adoré le livre d'Oscar Lewis. Il y avait tout dans ce livre, il ouvrait toutes les pistes d'interprétation: sociologiques, psychologiques, psychanalytiques, ethnologiques... sans en privilégier ni d'ailleurs en expliciter aucune. On sentait que tous ces aspects s'entremêlaient dans la vie de la famille. Le livre ne contenait aucun développement théorique, aucune «exploitation », pas même à la fin, ce qui dans un livre scientifique ne pouvait apparaître aux yeux d'un intellectuel français de l'époque que comme une provocation délibérée. Cela avait sur le lecteur un violent effet libérateur, comme un appel à briser les cloisonnements disciplinaires, les orthodoxies, les tabous. C'est de cela que nous parlait Bertaux, que cette lecture encouragea à introduire la méthode des histoires de vie en sociologie, et lui valut d'être traité, paraît-il, par Pierre Bourdieu de contrebandier, comme l'introducteur en sociologie de marchandises psychologiques suspectes. Une fracture donc, mais aussi du même coup une fantastique ouverture plurielle sur les autres disciplines 1. Mais, me disais-je, peut-on en rester là? L'approche d'Oscar Lewis est syncrétique. Elle donne ensemble les différents aspects d'une situation, comme un tout indissociable, elle les fait

IJoumée sur les Récits de vie, organisée à Paris le 31 Janvier 2001 par la Revue d'Education permanente et la Revue Internationale de Psychosociologie Les Enfants de Sanchez (Lewis, O., 1961, 1963).

16 sentir, pressentir, elle ne les analyse pas. C'est une méthode compréhensive, d'autre part celle d'un ethnologue.
Du ~yncrétbmle à la complexité

Cela pose d'emblée le problème des rapports entre l'analyse et la compréhension ou l'écoute. Une approche syncrétique comme celle d'Oscar Lewis pourrait être vue comme une étape vers une analyse plurielle, une analyse de la complexité, au sens où l'entend Edgar Morin, qui met en rapport des cadres d'analyse distincts, sociologiques, psychologiques, etc., ordinairement segmentés par les carcans disciplinaires et les écoles de pensée (Morin, E., 1990). Ce serait de la pensée complexe potentielle, naissante, en germe en quelque sorte. C'est elle qu'on sent frémir et qui nous émeut dans cette lecture, en tout cas cela m'émouvait de sentir que ces points de vue que j'avais appris à connaître séparément se rejoignaient quelque part, sans que je sache dire comment. J'ai connu la méthode des histoires de vie par l'approche Roman familial et Trajectoire sociale, et plus largement par les travaux de Vincent de Gaulejac, notamment La Névrose de classe. Ils m'ont grandement apporté, à la fois théoriquement et pratiquement, sans que j'en fusse un usager direct, me situant plutôt à la périphérie de la méthode. J'incorporais une part de la réflexion de Vincent dans mon analyse des conflits psychiques et dans mon travail sur le terrain, lorsque j'invitais Vincent à animer un séminaire « Roman familial et Trajectoire sociale (R.F.T.S.) » pour mes clients en psychothérapie, j'en observais les effets, parfois spectaculaires, sur mes clients. Inversement, lorsque j'animais avec Vincent des séminaires de formation « Emotion et Histoire de vie », nous conjoignions la méthode de R.F.T.S. avec des méthodes de travail émotionnel en psychothérapie de groupe. Dans ces divers cas, il s'agissait d'effets latéraux en quelque sorte, d'un cadre d'intervention à un autre, de la psychothérapie à la formation ou l'inverse, et d'un système théorico-pratique à un autre, sociologique, émotionnel, analytique. sans oublier la dualité des animateurs et donc des

17

aspects transférentiels et contransférentiels. dans 1'« inter ».
Efrets latéraux

Bref. nous étions

L'approche complexe nous fait découvrir ces effets latéraux qu'elle suscite et développe, et que nous ne sommes pas habitués à considérer dans les approches plus classiques. D'ordinaire chaque praticien tend à considérer les changements qu'il observe chez ses patients ou clients comme le résultat, positif ou négatif, de son travail, dans le champ de sa pratique, beaucoup moins comme l'effet latéral en quelque sorte, d'un événement extérieur, ou de l'action d'un autre spécialiste interagissant avec la sienne. Pas plus d'ailleurs qu'il n'aura tendance à s'intéresser à de possibles effets de son travail dans des domaines voisins du sien. Dans une psychothérapie complexe, ou intégrative, des effets d'interaction de cette nature se produisent entre des secteurs différents du travail thérapeutique, secteurs émotionnel, analytique, sociologique, groupai, individuel, qu'ils soient mis en œuvre par un même praticien ou par des praticiens différents. Ceci sans oublier les interactions entre psychothérapie et formation, les effets de la participation du patient à des stages et séminaires variés. On met souvent en avant les risques de fuite ou de passage à l'acte à propos de ces participations « extérieures », et certes pour cette raison la concertation avec le psychothérapeute est souhaitable. Mais la méfiance des psychothérapeutes à ce suj et est excessive, et j'ai souvent observé les effets positifs de ces croisements de méthodes, surtout lorsqu'ils sont opérés de façon concertée et donnent naissance à une véritable collaboration. Cela amène à explorer une «cartographie» élargie du travail thérapeutique, correspondant à des zones psychiques différentes, en recouvrement partiel, interagissant les unes avec les autres, de même que les méthodes de travail qui les concernent. C'est sur cette carte élargie que l'on peut repérer la trajectoire thérapeutique parcourue par le patient au cours de son travail.

18

Celle-ci échappe au contrôle d'un seul praticien, et parfois à sa connaissance même (Pagès, M., 1993). La conception qui fait d'un praticien unique, ou même de son école de pensée, le maître unique du champ thérapeutique du patient, dans lequel ils sont seuls habilités à juger et à œuvrer, est insuffisante, car elle ne permet pas de prendre en compte la complexité du champ thérapeutique, avec ses multiples effets d'interaction. Elle est de toute façon imaginaire, et dépassée dans les faits par le dynamisme de nombreux patients, qui changent de psychothérapeute, d'école thérapeutique, ou complètent l'expérience faite avec l'un par un travail avec l'autre; elle a pour fonction principale de conforter l'illusion de toutepuissance du psychothérapeute, et de le protéger contre l'incertitude. Elle bloque ainsi une appréhension plus rationnelle de la complexité thérapeutique, fondée sur la recherche et l'expérimentation, qui guiderait et prolongerait le dynamisme spontané des patients. Cette problématique interactive que je viens de présenter à propos de la psychothérapie peut à mon sens être étendue aux autres secteurs des sciences humaines et à leurs rapports.
La complexité

Al' époque où j'ai pris contact avec les histoires de vie, Vincent de Gaulejac (1983) insistait sur la dualité de deux « irréductibles» l'irréductible social, l'irréductible psychique. Il s'agissait bien de la mise en rapport de deux cadres théoriques et pratiques distincts, irréductibles l'un à l'autre. On était déjà dans la complexité, même si le mot n'était pas prononcé. J'étais moimême en ce temps encore embarqué dans la construction de synthèses englobantes, unifiantes. C'est dans l'expérience de notre recherche sur «L'Emprise de l'Organisation» que la voie de la complexité commença à s'imposer à moi, et je crois également à Vincent et à d'autres, comme la voie royale des sciences humaines (Pagès, et al., 1979). Je ne déclinerai pas ici cette idée, sur laquelle je me suis beaucoup exprimé, à propos des organisations, de la consultation psychosociale, de la psychothérapie, de l'épistémologie des sciences humaines en

19

général: renoncement à la toute-puissance et au dogme, remplacement d'une logique des contradictoires par une logique des contraires, qui s'opposent sans s'exclure, suspension métathéorique et mise en flottaison mutuelle des systèmes de référence, déplacement de l'accent des Principes pan-explicatifs,

Libido, Lutte de Classes, Energie sexuelle, ... vers le niveau
intermédiaire des processus, travail sur les articulations interprocessuelles, tout un travail de différenciation permettant de séparer en reliant, de relier en séparant, des aspects habituellement disjoints. Il se poursuit au niveau des rapports entre recherche et pratique, entre chercheurs, et de la politique de la recherche: incarnation du projet théorico-pratique de chaque chercheur-praticien, la recherche s'individualisant et s'incarnant dans la pratique qui la vivifie en retour; collaborations interchercheurs, inter-écoles, interdisciplinaires d'un genre nouveau. Une opération de différenciation et de mise en relation généralisée qui s'effectue à toutes sortes de niveaux, intellectuels, pratiques, affectifs, sociaux, chez les chercheurspraticiens, entre les chercheurs, entre eux et leurs clients individuels et collectifs2 Une politique de la recherche et de la pratique propre à faire chanter la polyphonie du monde. Mais je m'emballe et j'anticipe.
De ['entre à ['inter, de ['inter à ['entre

Le mouvement que j'ai décrit plus haut d'une appréhension syncrétique à une appréhension analytique de la complexité est un mouvement de l'entre à l'inter. La préposition entre, nous dit le dictionnaire, désigne un intervalle, un état intermédiaire, je dirai un espace indifférencié entre deux rives que l'on aperçoit plus ou moins clairement. La particule inter désigne, elle, des relations entre des entités distinctes, par exemple interpersonnelles, internationales, interculturelles, interdisciplinaires... Il s'agit cette fois d'un mouvement d'une rive à l'autre, ou de deux territoires clairement identifiés, et non d'un état situé entre l'un et l'autre. Ce mouvement trace un itinéraire. il ouvre
2 voir ch. 2.

20

un chemin où d'autres peuvent s'engager, et permet lui-même le mouvement. La dialectique de l'entre et de l'inter décrit celle qui s'établit entre l'analyse, d'une part, la pratique ou l'écoute, de l'autre. La pratique, comme la vie, est syncrétique. Elle donne ensemble une multiplicité d'aspects collés, amalgamés les uns aux autres, sans que l'on puisse les distinguer les uns des autres, ni les chemins qui les relient3 C'est un cri informulé, ce n'est pas de la musique. L'analyse simple identifie des objets ou des territoires, l'analyse complexe donne des repères, éclaire des chemins qui relient plusieurs territoires. Mais l'analyse, simple ou complexe, ne dispense pas les chercheurs du rapport à soi-même et à l'autre, qui s'instaure toujours dans une pratique, qu'elle soit d'ailleurs de recherche ou d'intervention, comme une saisie globale et intuitive de l'objet à tTavers la relation que l'on entretient avec lui. L'écoute créative, en psychothérapie ou dans d'autres pratiques, est toujours intuitive, obscure, tâtonnante, aveugle en quelque sorte, prise dans l'opacité du vécu et de la relation. Mais il n'y a pas non plus d'empathie, d'écoute pure, de communication parfaite et directe, pas plus que d'expression d'un sujet-objet pur aux contours clairement identifiés. Nous sommes toujours dans des situations d'interlocution biaisées et limitées, où à l'expression confuse et amalgamée du sujet-objet répond l'amalgame qu'il induit chez le praticien. Ecouter quoi? L'image, l'idée, le sentiment, le cri, le geste... ? Répondre comment? Par le silence, la reconnaissance de l'idée, de l'image, de l'affect, de l'expression non-verbale, par l'expression de son vécu propre... L'analyse, simple ou complexe, informe l'écoute, lui donne une (des) forme (s). L'une et l'autre contribuent à désamalgamer
3 La notion d'amalgame décrit un lien entre des systèmes de défense contre des cont1its hétérogènes, psychiques, émotionnels, socio-familiaux. Dans l'état d'amalgame les défenses se renforcent mutuellement, et limitent les ditlérents modes d'expression des cont1its. L'amalgame s'oppose à l'articulation. La situation d'interlocution avec le psychothérapeute et l'agent de changement en général a pour but de passer de l'amalgame à l'articulation (Pagès, M., 1993).

21

notre écoute intuitive contre-transférentielle, sans se substituer à elle. Elles enracinent notre dialogue avec le client dans la complexité de son (ses) transferts et des nôtres ') Elles permettent aux deux interlocuteurs de déployer leurs potentialités expressives. Il ne s'agit pas d'un voyage à sens unique, mais d'une dialectique entre l'entre et l'inter, où le second va vers des analyses diversifiées, plus précises et plus fines, de l'expression des clients, impliquant des corpus scientifiques, des situations, voire des chercheurs différents, pour revenir dans l'entre avec des outils nouveaux. C'est une opération de désamalgamation du dire individuel et collectif, à laquelle les chercheurs participent eux-mêmes, au niveau personnel de leurs relations avec les clients et entre eux, aussi bien qu'au niveau intellectuel et pratique. Il est deux façons de réduire cette dialectique. L'une est d'assimiler la pratique à l'analyse (et finalement le client au praticien), de la réduire à l'art de l'interprétation. L'interprétation n'est bien sûr pas à proscrire, les clients sont doués de capacités d'analyse, dont il serait sot de se priver, mais elle n'est qu'un outil parmi d'autres, et non le principal, parmi ceux qui permettent de développer l'expression subjective des clients. L'analyse est principalement destinée au chercheur-praticien, qu'elle a pour fonction d'ouvrir à l'écoute du client. L'autre mode de réduction, symétrique du premier, est l'identification du chercheur-praticien au client, par des modes de réponse fusionnels, dans lesquels l'expression du chercheur et celle du client, davantage encore celle d'un groupe, se prennent en masse, s'amalgament de façon inconsciente, idéologiquement, affectivement, en produisant des effets de résonance et d'amplification parfois spectaculaires, qui peuvent être dangereux s'ils ne sont pas maîtrisés et analysés, non seulement intellectuellement, mais pratiquement, dans un mouvement de différentiation. C'est ce mouvement conjoint de différenciation, d'expression et de dialogue polyphoniques chez le chercheur et le client que vise la dialectique analyse-écoute dont nous parlons.

22

Au cours de la journée consacrée aux Récits de vie dont j'ai parlé, j'eus une impression curieuse de retour en arrière. La journée avait eu un grand succès. Près de 400 personnes s'étaient déplacées, praticiens, usagers ou simplement curieux, pour découvrir les usages multiples de la méthode. Il régnait une atmosphère agréable, optimiste et joyeuse, comme si nous étions en train de célébrer sans le dire une sorte de culte. Bion aurait parlé de « pairing », qu'il décrit comme un climat d'attente messIanIque. Cela me rappela l'époque où l'on découvrait en France les groupes de base, d'évolution, de diagnostic, suivant les diverses appellations qu'on leur donnait, et où du même coup se fondait la psychosociologie. Les histoires de vie n'étaient-elles pas en train de jouer par rapport à la sociologie clinique le même rôle qu'avaient joué autrefois les groupes pour la psychosociologie? Dans les deux cas on découvre avec enthousiasme une méthode, identifiée à une école de pensée, voire à une discipline nouvelle. Une méthode à toutes fins en quelque sorte, allant de la psychothérapie au changement social. Une sorte d' obiet-fétiche. Vingt ans plus tard, dans l'évolution de la psychosociologie, les groupes avaient perdu la position privilégiée qu'ils occupaient à ses débuts. D'une part ils se spécifiaient suivant les situations et les buts professionnels poursuivis, la formation, la consultation psychosociale, la psychothérapie..., d'autre part d'autres méthodes s'adjoignaient à eux, la recherche-action, le questionnaire, le psychodrame... ; enfin des croisements divers s'opéraient avec d'autres courants de pensée, la psychanalyse, la bioénergie, la Gestalt-thérapie... La fétichisation d'une méthode serait-elle une étape dans la croissance des sciences humaines? Cette question nous amène à réfléchir aux rapports entre quatre catégories: les systèmes théoriques; les méthodes et techniques; les professions; les disciplines.
Théories, méthodes, professions, disciplines

Je partirai de l'hypothèse qu'il n'y a pas de lien nécessaire, de correspondance univoque ni bi-univoque entre ces catégories. Ainsi un système théorique fait normalement appel à plusieurs

23 méthodes et techniques, de même qu'une méthode peut se référer à des systèmes théoriques différents. Le psychodrame par exemple d'inspiration morénienne au nom d'une théorie de la spontanéité, fut repris et transformé par D. Anzieu en psychodrame psychanalytique, par moi-même en psychodrame émotionnel dans une perspective communicationnelle. Il était d'ailleurs, ne l'oublions pas, d'inspiration théâtrale à l'origine. Ces transformations successives s'accompagnent évidemment de redéfinitions de la méthode, de ses conditions d'exercice ainsi que des hypothèses théoriques qui la sous-tendent Bien qu'elles ne manquent pas d'être dénoncées par les uns et les autres comme des trahisons de telle ou telle école, ces transformations font partie du destin normal des méthodes, qui appartiennent à un patrimoine scientifique commun. A fortiori les professions quant à elles ne devraient pas non plus être liées à un système théorique ou à une méthode particulière. Elles se définissent par l'objectif poursuivi et par la nature du contrat implicite/ explicite qui lie le client à l'acteur professionnel. Ainsi la psychothérapie se définit-elle par le contrat entre une personne demandant de l'aide pour que soit réduite sa souffrance psychique et un professionnel qui offre ce type d'aide. La formation correspond à une demande et à une offre de connaissances ou de capacités. Ces deux activités dans certains cas peuvent être très voisines, faire appel aux mêmes références, voire parfois produire des effets comparables, elles n'en diffèrent pas moins par leur cadre professionnel, ce qui a des conséquences importantes au niveau de l'engagement des acteurs, de leurs responsabilités, de la formation des intervenants... Cette indépendance ou neutralité de principe de la profession par rapport à des théories et méthodes particulières fait de la profession un terrain ouvert à la compétition intellectuelle et technique, aux éventuels alliances et croisements entre écoles de pensée. Il en est de même des disciplines. La psychologie, la sociologie, l'ethnologie, la biologie, n'appartiennent à aucune école de pensée en tant que telles, pour les mêmes raisons. La psychanalyse n'est pas la psychologie, pas plus que le marxisme la sociologie, ni le darwinisme la biologie.

24

S'il est nécessaire de rappeler ces évidences, c'est que, nous le savons, elles ne sont pas toujours respectées, il s'en faut, sous l'effet notamment de la fétichisation.
Féticltisation

La fétichisation porte sur un ensemble théorique et l'Ecole de pensée qui le porte, en particulier sur les grands principes panexplicatifs, Libido, Lutte des Classes, Energie sexuelle..., hypostasiés comme des forces menant le monde, supports propices de croyances magiques, qui contribuent à transformer le système théorique en une religion scientifique. La croyance investit les principes, le système théorique, et tout ensemble les méthodes, qui s'agrègent à la théorie comme un tout solidaire. La fétichisation opère parfois une sorte de collage entre un système théorique et une méthode princeps qui l'incarne. Elle établit un lien nécessaire, bi-univoque entre l'un et l'autre. Un exemple est celui qui s'est établi entre la théorie psychanalytique et la cure-type. Ce lien n'a pas de justification scientifique. Comme on s'en est aperçu dans le développement de la pratique psychanalytique, la cure-type ne correspond plus à grand-chose, tout en restant une sorte d'idéal imaginaire. D'autres techniques sont apparues, le face-à-face, le dessin, l'expression non-verbale, le groupe, qui ont elles-même des rapports avec d'autres ensembles théoriques que la psychanalyse. Dans d'autres cas où le système théorique est moins développé, c'est la méthode elle-même qui est prise comme principal objetfétiche (le cas du psychodrame, du groupe, des histoires de vie...) Le risque est alors, si l'on en reste là, que la méthodefétiche devienne un objet de mode intellectuelle, que l'on jette au bout d'un certain temps, pour le remplacer par un autre. On pourrait craindre d'une certaine forme de modernité qu'elle conduise à cette pratique du travail scientifique. Le mouvement de prise en masse, de rigidification va même jusqu'à affecter la conception de la profession, voire de la discipline. Etre psychanalyste par exemple devient une

25

profession, voire une discipline et non une certaine forme de pratique de la psychothérapie, parmi d'autres. Dans tous les cas la fétichisation limite le mouvement de dialectisation entre systèmes et méthodes, et entre les systèmes eux-mêmes, elle ôte leur légitimité aux croisements intersystèmes, inter-méthodes, à l'étude des articulations, qui se font clandestinement. L'élaboration scientifique et technique se fait toujours dans la même direction, à l'intérieur du même ensemble solidaire, elle est bloquée dans le sens transversal, dans l'inter. Pour conserver le même exemple, la psychothérapie psychanalytique devient une cure au rabais, elle est du coup mal théorisée et étudiée techniquement. Une autre conséquence de la fétichisation est l' absolutisation des interdits techniques. Ainsi par exemple de l'interdit du toucher. Justifié dans le cadre de la théorie psychanalytique et de l'exploration des fantasmes par la parole et l'association libre, il ne l'est pas dans une conception du système émotionnel archaïque, pour laquelle l'image archaïque inconsciente se mobilise dans le cadre d'une communication non-verbale4 Ces deux cadres théorico-techniques ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Ils peuvent être utilisés conjointement, par un même thérapeute, ou par des thérapeutes associés, à condition que leurs cadres d'intervention soient précisés. L'interdit dès lors devient relatif. La fétichisation correspond sans doute à l'enthousiasme de la découverte, ainsi qu'à une réaction de défense pour protéger un mouvement d'idées naissant du conformisme ambiant, des agressions et de l'envie du milieu. Mais la part de la volonté de puissance et de l'investissement imaginaire de la production scientifique, par le Père-fondateur, par les disciples qui investissent à leur tour indistinctement le fondateur, le système théorico-technique et l'Ecole qu'il a fondée est considérable. Le corporatisme, la lutte pour le pouvoir, et les enjeux narcissiques s'entremêlent ici. Il faut faire aussi sans doute la part d'une réaction de défense contre l'incertitude intellectuelle. Chez les créateurs. . l'incertitude est affrontée dans une direction donnée,.
4

Prayez, P., 1994, Pagès, M., 1986, 1993.

26 celle qu'ils ont choisie d'explorer. Mais leur garde n'est pas abaissée, peut-être même est-elle renforcée, à revers ou sur leurs flancs en quelque sorte. Un certain degré de fétichisation est sans doute inévitable dans le travail scientifique comme une étape historique de la création. Mais si elle n'est pas combattue, et réduite, ses effets à long terme limitent considérablement l'immense potentiel évolutif des sciences humaines. Sans préjuger des découvertes nouvelles, la simple exploitation de notre patrimoine pourrait conduire à une fructueuse redistribution des cartes: multiplication des collaborations intra- et interprofessionnelles, des pratiques complexes associant des types d'analyses et d'interventions complémentaires, renouvellement des professions mixtes, psychopédagogues, psychomotriciens, psychosociologues, ouverture de nouveaux chantiers sur les problèmes de société, comme celui de la violence politique, au croisement des sciences politiques, de l'histoire, de la sociologie, de la psychologie. Les champs de la recherche, de la pratique, de nos professions, pourraient être transformés et dynamisés. La fétichisation, le sectarisme des Ecoles d'un côté, J'indigence de pensée des Bandes intellectuelles, de J'autre, qui en sont l'expression, sont les principaux obstacles à cette espèce de respiration dialectique qui constitue à notre sens le cœur du travail scientifique, dans la pratique quotidienne et dans le développement historique des sciences humaines, à l'échelle du chercheur individuel, des groupes de chercheurs, de la collectivité scientifique dans son ensemble: entre J'intuition créatrice et l'élaboration théorique, entre théorie et pratique, entre systèmes et méthodes, entre systèmes, entre méthodes, de l'entre à l'inter, de l'inter à l'entre.

27

2.-

La démarche complexe dans les sciences humaines

La réflexion épistémologique sur la notion de complexité** est née des bouleversements de la science au cours de ce siècle. En remettant en question les principes et les concepts les plus assurés, ils ont sapé les fondements mêmes de la réflexion scientifique. Il suffit de rappeler les ébranlements les plus notoires: en physique, le principe d'incertitude de Heisenberg, postulant l'impossibilité de déterminer simultanément la vitesse et la position d'une particule; l'indétermination quantique, qui introduit une rupture de continuité de la matière, la nature à l'échelle microphysique procédant en quelque sorte «par sauts », la relativité restreinte et généralisée qui lient les notions d'espace et de temps... L'impermanence des lois physiques est remise en question. L'univers physique a une histoire, tant à l'échelle micro- que macrophysique (Prigogine, J., Stengers, I., 1979). En physique, mais aussi en biologie, on s'interroge sur les rapports entre ordre et désordre, entre hasard et nécessité (Monod, 1., 1970). L'ordre n'est plus immuable, ni éternel, il naît du désordre, et cependant s'impose à lui, dans une certaine mesure, probabiliste. La cybernétique, la théorie des jeux (Wiener, N., 1962, Ashby, W. R., 1960, Luce, R. D., et Raiffa, H, 1957), les théories des systèmes (von Bertalanffy, L., 1968, 1973), du chaos (Thom, R., 1972), de l'auto-organisation (von Neumann, 1., 1966), proposent des conceptualisations de ces relations5. A un niveau plus général, Edgar Morin (1990) situe la pensée complexe comme un dépassement de la pensée simplifiante, positiviste, de la science classique, qui procède par isolement et disjonction des différentes dimensions du réel, et prétend à une cohérence parfaite, et finalement totale, de la connaissance, par additivité des connaissances partielles. La complexité, dit Morin «est un tissu (complexus, ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés. » La pensée
5 Je dois à Guy Palmade de m'avoir tàit co=aître l'œuvre d'Ashby, et son intéressante notion d'ultrastabilité, stabilité du deuxième ordre, obtenue par la variation aléatoire des systèmes de régulation du premier ordre.