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L'Inde, "pharmacie du Sud"

De
180 pages
Surnommée "la pharmacie du Sud", l'Inde produit aujourd'hui une grande partie des médicaments génériques contre le sida, le cancer et la tuberculose distribués dans les pays en développement. Elle devient donc à la fois un acteur incontournable du commerce pharmaceutique et un interlocuteur central des négociations commerciales et sanitaires internationales. Par l'étude historique et sociologique de ces éléments, cet ouvrage livre une réflexion intéressante sur l'émergence indienne.
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Marie-Liesse LEFRANC
L’INDE, « PHARMACIE DU SUD »
Son rôle en matière de santé mondiale et commerce international
L’Inde, « pharmacie du Sud »
Son rôle en matière de santé mondiale et commerce international
Points sur l'Asie Collection dirigée par Philippe Delalande Dernières parutions Peh BUNTONG,Le développement socio-économique au Cam-bodge,2013. Camille LAPORTE,L’aide au développement en Corée du Nord. Efficacité et évaluation, 2012.Antoine MAIRE,La Mongolie en quête d’indépendance.Une utilisation stratégique du développement minier,2012.Frédéric BERAHA,Apprendre de la Chine et s’y orienter, 2012.Anna OWHADI RICHARDSON,Les Instituts Pasteur du Viet-nam face à l’avenir. Alexandre Yersin à l’heure d’internet, 2012. Olivier van INGELGEM,L’agriculture sud-coréenne, 2012. Tierry GUTHMANN,Précis de politique japonaise,2011. Yvonne CAPDEVILLE, Dominique LEVESQUE,La Faculté des Sciences d’Orsay et le Vietnam. De la solidarité militante à la coopération universitaire (1967-2010),2011. Antoine MALINAS,La lutte des sans-abri au japon, 2011. Claude HELPER,La Dénucléarisation de la Corée du Nord et la Succession de KIM Jong-il, dans le contexte géopolitique et de sécurité en Asie-Pacifique, 2010 Mathieu BARATIER,Les Chinois aujourd’hui, 2010 Carla DI MARTINO,Le Pakistan, islam et modernité. Le projet de Benazir Bhutto, 2010. Vincent GREBY,Le nouveau Népal. Le pari d’une utopie, 2010. Raoul Marc JENNAR,Trente ans depuis Pol Pot. Le Cambodge de 1979 à 2009, 2010. Thierry GUTHMANN,Shintô et politique dans le Japon con-temporain, 2010. Raphaël GUTMANN,Entre castes et classes. Les communistes indiens face à la politisation des basses castes, 2010. Changxing ZHAO,L’enseignement non gouvernemental en Chine, 2009. Lionel BAIXAS, Lucie DEJOUHANET, Pierre-Yves TROUIL-LET,Conflit et rapports sociaux en Asie du Sud, 2009. Maja A. NAZARUK,La prostitution en Asie du Sud-Est, 2009. Anne BUISSON,Alphabétisation et éducation en Inde, 2009. Jean-Pierre CABESTAN et Tanguy LE PESANT,L’esprit de défense de Taiwan face à la Chine, 2009.
Marie-Liesse Lefranc
L’Inde, « pharmacie du Sud »
Son rôle en matière de santé mondiale et commerce international
Préface de Philippe Douste-Blazy
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05545-9 EAN : 9782343055459
PRÉFACE Mardi 18 novembre 2014, le Programme commun des Nations Unies contre le VIH-sida (Onusida) publiait son rapport annuel. «Nous avons infléchi la courbe de l’épidémie. A présent, nous avons cinq années pour la briser, sinon l’épidémie rebondira à nouveau».L'Onu-sida y enjoint la communauté internationale d'assurer, d'ici 2030, l'accès de 95% des personnes séropositives aux trai-tements antirétroviraux. Le paragraphe de ce rapport est, à mes yeux, l'un des plus grands sujets géopolitiques du 21ème siècle : l'accès universel aux médicaments essentiels. Autrement dit, pourquoi condamner à mort un enfant parce qu'il est né au « mauvais endroit » ? Il n'y a pas de pire injustice ! Et pourtant... l'ensemble de la communauté internationale semble l'accepter. Comme si la valeur d'un être humain sur la terre n'était pas la même partout... L'accès aux médicaments peut se concevoir en termes de prix – le produit est-il abordable, y compris pour les popula-tions pauvres ? –, de disponibilité – le produit est-il présent en quantité suffisante, là où se trouvent les malades ? – ou de qualité – le produit est-il distribué sous des formes effi-caces et adaptées aux malades ? En 2005, l'Inde rejetait la demande de brevet de la firme pharmaceutique Novartis pour le Glivec, un traitement innovant contre le cancer du sang. Contestant cette déci-sion, les dirigeants de Novartis entamaient des poursuites devant les tribunaux indiens. Le 1er avril 2013, après plu-sieurs années de bataille judiciaire, la Cour Suprême de
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New Delhi limitait la brevetabilité du Glivec sur le sol in-dien. Cette décision fut saluée par Médecins Sans Fron-tières et d'autres acteurs de la santé mondiale comme une victoire pour l'accès aux médicaments. L'industrie pharma-ceutique indienne s'est en effet développée en produisant des versions génériques de molécules conçues par des en-treprises de recherche-développement telles que Novartis. Surnommé la « pharmacie du Sud », le pays est l'un des premiers fournisseurs de médicaments génériques à bas prix auprès des pays en développement.
Une telle bataille judiciaire est le symptôme de défi-ciences de la coopération et de la solidarité internationales qu'il convient de corriger, afin de garantir l'accès des popu-lations aux Biens Publics Mondiaux. Elle témoigne des restrictions que la protection de la propriété intellectuelle impose en matière de concurrence et de copie, contribuant au prix élevé de certains traitements. Ne nous méprenons cependant pas : les difficultés d'accès aux médicaments sont multiples, et entretiennent parfois peu de liens avec l'exis-tence de brevets pharmaceutiques.
Endiguer l'épidémie du VIH-sida et améliorer l'état de san-té des populations nécessitera une vision plénière de ces en-jeux.
Fort heureusement, les solutions tendant à équilibrer les intérêts commerciaux et humains au sein du marché pharmaceutique mondial sont nombreuses. La propagation du VIH-sida a contribué au développement de réseaux d'ONG, de fondations et d'institutions financières qui s'allient aux Etats et aux organisations internationales pour favoriser l'accès des populations aux médicaments essentiels. Suivant la ligne dessinée par les Nations Unies au travers des Objec-tifs du Millénaire pour le Développement, ces acteurs – par-mi lesquels le Fond Mondial pour la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, la Bill & Melinda Gates Founda-
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tion, UNITAID ou le Medicines Patent Pool – travaillent au renforcement de l'aide sanitaire internationale. Des moyens de financement innovants sont mis en œuvre.UNITAID tire plus de la moitié de ses fonds d’une taxe sur les billets d’avion, et finance l’accès aux traite-ments et aux produits de diagnostic du sida, du paludisme et de la tuberculose dans les pays en développement. Ainsi UNITAID aura permis de financer les traitements de 8 enfants sur 10 soignés contre le sida dans le monde de 2008 à 2012 ou encore de 351 millions de traitements contre le paludisme. Mais UNITAID finance également le « Medicines Patent Pool » (MPP), organisation qui œuvre pour améliorer l’accès aux traitements contre le VIH dans les pays en développement. Son action porte sur l’un des défis majeurs pour assurer un accès équitable à des médicaments de qualité à bas prix : la nécessité de partager les brevets. Le « Medicines Patent Pool » négocie des licences avec les titulaires de brevets et des sous-licences sont ensuite octroyées par le MPP à des fabricants de médicaments génériques. Le « Medicines Patent Pool » a, à ce jour, signé des ac-cords de licence avec des entreprises pharmaceutiques telles que AbbVie, Bristol-Myers Squibb, Gilead Sciences, F. Hoffmann-La Roche et ViiV Healthcare (Glaxo et Pfizer) pour des antirétroviraux prioritaires. Ces licences concer-nent approximativement 90% des personnes touchées le VIH dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Ainsi, dix fabricants de médicaments génériques ont ob-tenu des sous-licences auprès du MPP. De plus, la concur-rence entre les fabricants de génériques entraîne une baisse des prix et donne déjà des résultats. À titre d’exemple l’accord de licence signé en 2011 avec Gilead Sciences a contribué à faire baisser le prix d’un médicament de 45-87% en deux ans.
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